14.05.2012
"Antifascisme"
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Présentation du Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste (Belgique)
La Belgique est en train de changer, l'important est de le comprendre. Aujourd'hui, le fascisme, loin de se cantonner à un rôle de second plan - voire la lutte contre les communistes et les « gauchistes » assumée par Jeune Nation, le Front de la Jeunesse, etc. dans les années 60-90 - se pose désormais comme alternative crédible, comme mouvement de masse, avec un discours de défense des intérêts populaires et de critique antimondialiste, anticapitaliste et anti-impérialiste. Mais il ne s'agit jamais, bien entendu, d'un anticapitaliste au sens propre, mais bien d'un anticapitalisme idéaliste, romantique.
En cette période de crise générale du capitalisme, la tendance la plus agressive de la bourgeoisie, celle des monopoles, pousse de plus en plus vers le fascisme. Les trotskystes et PTB ne peuvent pas comprendre cela. Alors que des enfants juifs et leur professeur étaient froidement massacrés par l'islamiste antisémite Mohamed Merah devant l'école Ozar Hatorah de Toulouse, alors qu'en Belgique, l'antisémitisme, l'arabophobie et homophobie pénètrent de plus en plus la société, sur les réseaux sociaux, un militant PTB affirmait : « La société n'a jamais été moins fasciste qu'aujourd'hui »!
L'enjeu est désormais l'implication des fascistes dans la réorganisation de la domination capitaliste. Les liens étroits avec les services secrets allemands, qui ont permis aux nazis « tueurs de Turcs » en Allemagne de commettre des meurtres impunément des années durant, en fourni un exemple. On assiste à la (ré)émergence d'un « état souterrain » où se mêle fascistes, capitalistes et pontes des services secrets.
C'est dans ce contexte de pourrissement général que nous avons décidé de publier la brochure intitulée «Antifascisme». Les auteurs, l'Action antifasciste (France) ici soulignent d'emblée que « Rien ne pose un défi plus grand à la culture que le fascisme». On peut regretter que, dans cette publication, toutes les analyses soient présentées telles quelles, sur le même plan. Le Centre MLM(B) met en avant les analyses de Dimitrov, de Zetkine, de Gossweiler, de Sternhell plutôt que celle de Trosky et de Guérin, mais en même temps, afin de nous permettre d'avancer avec le matérialisme dialectique, dans la perspective d'un affrontement sur le long terme avec le capitalisme (alors qu'au sein de l'extrême-gauche en Belgique règne la plus grande confusion idéologique sur la question du fascisme), cette publication permet à tout le moins de saisir les différentes perceptions et analyses du fascisme « historique », et donc de s'armer théoriquement pour comprendre et combattre le fascisme aujourd'hui.
Présentation des auteurs
Rien ne pose un défi plus grand à la culture que le fascisme. Le fascisme est l’expression la plus ultime de la barbarie moderne, mais il ne se présente jamais comme destructeur: il se veut enthousiaste, rebelle, anti conformiste, il se met en avant comme une « révolte contre le monde moderne ». Mussolini lui-même disait que « Le fascisme c’est l’horreur de la vie commode ».
Pour avoir un œil réaliste sur le monde, il faut donc comprendre le fascisme, ce qu’il représente comme tendance. Et cet œil réaliste est difficile à avoir, comme le montre cette première série de présentations de thèses sur le fascisme. A chaque fois, on aura donc une présentation de l’auteur et une synthèse de ses analyses de ce qu’est le fascisme. Les auteurs ont été classés de telle manière à ce que l’on comprenne au mieux les positions des uns et des autres.
Naturellement, il est plus aisé de comprendre ce qu’ont été les fascismes italien et allemands plus de cinquante ans après leurs défaites. Néanmoins, la bataille pour la compréhension du fascisme n’a en fait jamais cessé: rien n’est plus éloigné que la vision du fascisme de Dimitrov que celle de quelqu’un comme Nolte, tout comme sont fondamentalement différentes les thèses de Gossweiler et de Guérin.
Le fascisme d’hier ne se comprend pas sans une compréhension correcte du monde d’aujourd’hui: tel est le problème central, et de fait, également la solution.
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George Mosse
Présentation
GL Mosse (1918-1999) est un historien américain d’origine allemande. Universitaire, il a mené ses travaux sur les origines idéologiques du national-socialisme et sur l’antisémitisme.
La nature de la culture « völkisch »
La culture a joué un énorme rôle dans le triomphe du fascisme, cela se voit particulièrement si l’on compare les pays où il a triomphé avec les pays où il a, à l’opposé, été écrasé. Mosse a particulièrement étudié la culture « völkisch », le terme « volk » signifiant « peuple » en langue allemande et le suffixe «isch » marquant l’adjectif.
« Völkisch » ne signifie donc pas populaire, mais en quelque sorte relevant du peuple, issu du peuple; en pratique il s’agit d’un mélange de folklore, de mysticisme et d’idéologie. Le folklore a su garder une place majeure dans les sociétés germanophones et l’idéologie « völkisch » tente d’intégrer celle-ci dans une véritable vision du monde mêlant le corps et « l’esprit. »
Selon les théoriciens volkisch la nature de l’âme d’un peuple est déterminée par son paysage d’origine, qui a façonné son ethnie. Les Juifs sont ainsi vus comme venant du désert et par conséquent superficiel, « secs », sans « profondeur » ni « créativité », alors que les Allemands seraient naturellement liés aux forêts sombres et brumeuses, donnant un esprit profond, « mystérieux. » Pour certains théoriciens nazis, on retrouve l’image du jour sacré et du soleil chez tous les « Aryens » car ils viennent du grand Nord où le jour se fait attendre quasiment toute l’année en raison de la nuit polaire. Pareillement, selon le philosophe Heidegger, les Allemands ont pris le relais des Grecs et sont le peuple « métaphysique » par excellence: il faut (soit disant) être et penser en allemand pour « être » vraiment.
Mosse a bien vu que cette culture « völkisch », en Allemagne et en Autriche (et ce par ailleurs jusqu’à aujourd’hui) a un caractère de masse; elle forme un courant idéologique clairement présent parallèlement à la culture folklorique. On retrouve par ailleurs le même genre de conceptions chez Rudolf Steiner, un des grands « penseurs » mystique de cette période et créateur de l’anthroposophie, ou encore chez les « théosophes. »
En Allemagne, le mouvement autonome (antifasciste) a longtemps travaillé cette problématique du « milieu (ou centre) de la société », ces valeurs diffuses « socialement acceptables » et contrôlées par les fascistes. Dans cette perspective similaire de travail sur la culture, Mosse repère toute la littérature allemande du 19ème siècle particulièrement marquée par un antisémitisme forcené. «L’évolution de ce sentiment, ainsi que le changement dans la façon de percevoir la nature du Juif, apparaissaient avec éclat dans la littérature populaire. L’expression la plus célèbre de ce stéréotype apparaît dans Débit et Crédit de Freytag (1855). Veitel Itzig incarnait toutes les qualités associées au Juif par la pensée völkisch. Celui-ci était laid, avare et dépourvu de toute humanité. Être déraciné, il gravissait impitoyablement les échelons de la réussite par des procédés déloyaux. Face à Itzig se trouvait l’apprenti allemand qui conservait sa droiture en se frayant son chemin dans le monde et dont l’enracinement était démontré par son honnêteté et son sens des responsabilités. » (Les racines intellectuelles du Troisième Reich).
Mosse a bien compris que le message antisémite des nazis avait eu un terreau fertile profitant de dizaines d’années de propagande, voire même des siècles avec l’antisémitisme religieux du christianisme. Le « meurtre rituel » est un thème revenant souvent dans la propagande antisémite en Allemagne et en Autriche; l’antisémitisme a de fait toujours été présent et la culture « völkisch » ne fait que généraliser culturellement un préjugé déjà là. « La déshumanisation du Juif est peut-être l’un des développements les plus importants dans l’évolution de l’idéologie völkisch (...). On se demandait si, le Juif étant dépourvu d’une âme véritable, il pouvait être considéré comme un être humain (...).
C’est ainsi que, dans toute une série de romans populaires, les personnages juifs étaient dépourvus de toute qualité humaine et subissaient un sort misérable, victimes de leurs pulsions égocentriques pour le pouvoir. La personnification du mal dans le Juif à travers ses caractéristiques profondes fut renforcée par l’accent mis sur son apparence extérieure.
La race, après tout, était un critère absolu. Les propriétés physiques du Juif furent donc opposées à l’idéal de beauté germanique; une silhouette tordue, corpulente, avide et sensuelle, reposant sur des jambes courtes, et, bien sûr, le « nez juif », étaient comparés à la silhouette esthétiquement proportionnée de l’homme nordique.
Certes, de tels stéréotypes existaient depuis les XVI et XVIIème siècles, mais à l’époque ils n’étaient pas aussi déterminants. Au cours des siècles précèdent, le Juif était encore représenté comme un personnage comique, quoique grotesque. Dans l’image que mettait en avant la pensée völkisch, il menaçait de maintenir les Allemands en servitude » (Les racines intellectuelles du Troisième Reich).
La bataille pour la culture de masse
Mosse considère que cette base « völkisch », issue du romantisme antirationnel du 19ème siècle, a été à la base du nazisme, qui consiste donc en une révolte contre la modernité. Il remarque en effet que l’Allemagne s’unifie contre Napoléon, et donc d’une certaine manière contre le rationalisme, et que de nombreux auteurs célèbrent une liaison mystique avec la nature que posséderaient ceux qui sont rattachés à la terre « pure. » Le concept de nation, en Allemagne, est alors lié culturellement au sang, à l’ethnie, dont le sol est le territoire « naturel » et parfaitement « adapté », le tout formant une symbiose « cosmique. » Le christianisme est souvent réinterprété et assimilé à des vieux contes et légendes germaniques, voire réinterprété et prétexte à l’occultisme. Tout cela est prétexte à des mouvements culturels, qui influencent ou deviennent des mouvements de masse.
Généralisation des clubs de gymnastique (fondés par le « völkisch» Friedrich Ludwig Jahn), développement des jeunesses pratiquant la marche à pied dans les forêts (les Wandervögel), création de cercles occultistes, associations estudiantines pangermanistes (dont la statue « völkisch » est toujours à l’entrée de la faculté de Vienne) : toutes ces structures jouent un rôle essentiel dans la promotion de la culture fasciste en tant que culture de masse.
Et cette culture de masse est systématique, elle est présente dans tous les domaines intellectuels sous la forme d’un néo-romantisme se fondant sur le « style » imposé par Nietzsche: « Ce qui semblait manquer, selon ces hommes adeptes de la pensée völkisch, néo-romantiques et admirateurs de Stefan George, c’était un mythos exprimant les aspirations du peuple allemand (...). Pour eux l’âme allemande semblait morte et incapable d’entrer en communication avec le cosmos; elle paraissait dépourvue d’un caractère spirituel reflétant ses valeurs, ses aspirations et ses capacités (...). » (Les racines intellectuelles du Troisième Reich).
La culture « völkisch » apparaît donc capable de changer non seulement la vie quotidienne, mais d’expliquer l’ensemble du monde et l’ensemble des faits qui s’y déroule. Mosse souligne d’ailleurs bien – et il est peut-être le seul historien universitaire à le faire - qu’à côté des nazis, le parti fasciste légaliste qu’a été le DNVP (Parti national populaire allemand) s’est également appuyé / fondé sur cette culture, et que son rôle a été énorme à côté du parti nazi (le DVNP a été un parti de masse et l’équivalent légaliste du parti nazi, et issu des milieux initialement conservateur - putschiste il a compris l’utilité de la culture « völkisch » pour avoir un impact populaire) Il est également le seul à parler de manière approfondie des thèses racistes et antisémites des frères Strasser, représentant l’aile pseudo anticapitaliste du parti nazi et le « front noir», qui eux aussi diffusaient et s’appuyaient sur le délire « völkisch » et la culture allant avec. Pour le DVNP, pour les nazis, pour les frères Strasser, la révolution avait le même fond: elle était une révolution « antijuive »; «c’est ainsi que s’explique le succès remporté par Hitler: sa capacité à transformer les aspirations et revendications révolutionnaires d’une grande partie de la population en une révolution antijuive. Ce ne fut pas le gros capitaliste ou le commissionnaire, mais le Juif qui devint l’incarnation de l’ennemi. Dans l’astucieuse distinction qu’il établit entre capitalisme juif et capitalisme allemand, Hitler épargnait à la structure capitaliste de l’Allemagne une ruine assurée et, en fait, la préservait. » (Les racines intellectuelles du Troisième Reich).
Charles Patterson
Présentation
Charles Patterson est un universitaire américain, qui a travaillé sur les droits civiques aux USA ainsi que sur la destruction de la population juive d’Europe par les nazis...
L’organisation du travail et le nazisme
Patterson n’est pas un spécialiste du fascisme, et tout comme Mosse il ne s’intéresse qu’à un aspect précis du fascisme allemand: le nazisme et le génocide. C’est à cette occasion qu’il a entrevu ce qui est selon lui un lien essentiel entre le meurtre de masse des êtres humains et le meurtre de masse des animaux. Le nazisme n’aurait pas pu exister sous cette forme destructrice si les abattoirs n’avaient pas eux-mêmes généralisé le meurtre de masse «anonyme » avec les abattoirs industriels. Et ces abattoirs eux-mêmes sont le fruit de la colonisation de l’Amérique, de la gestion des animaux pour les colons arrivant toujours plus massivement. Dans son étude, Patterson explique ainsi que c’est l’organisation du travail dans les abattoirs qui a inspiré Henry Ford, et que ce n’est pas un hasard si Henry Ford était un antisémite forcené, qui plus est en lien avec l’Allemagne nazie. Hitler avait un portrait de Ford dans son bureau et le considérait comme un grand chef; Ford lui-même publiait des pamphlets antisémites à grande échelle et avait aidé à financer les nazis en Allemagne. Il eut pour toutes ces raisons le « privilège » de recevoir en 1938 la grande croix de l’Ordre suprême de l’Aigle allemand, soit la plus grande décoration nazie pour un étranger.
Patterson ne voit aucun hasard et accorde une grande importance à l’influence des USA sur l’Allemagne (Patterson n’en parle d’ailleurs pas mais il est à noter qu’une partie importante du mouvement nazi était pro-américaine et a dominé dans le mouvement nazi de 1933 jusqu’en 1935-1936). Patterson affirme ainsi qu’« Au cours du vingtième siècle, deux des nations industrialisées du monde, les États- Unis et l’Allemagne, ont tué des millions d’êtres humains et des milliards d’autres êtres. Chacune a donné sa propre contribution au carnage du siècle : l’Amérique à donné les abattoirs au monde moderne ; l’Allemagne nazie lui a donné les chambres à gaz. Bien que ces deux opérations fatales aient des victimes et des buts différents, elles ont plusieurs traits en commun. »
Patterson généralise alors son propos: à partir du moment où l’eugénisme et la sélection naturelle est généralisée au niveau industriel pour les animaux, à partir du moment où les animaux sont considérés comme des objets pour l’espèce humaine, alors il était inévitable que certains groupements d’êtres humains déshumaniseraient certains autres groupes et les mettrait sur le même plan que les animaux. Il rappelle que Georges Cuvier (1769-1832) décrivait les Africains comme « la race humaine la plus dégradée qui soit et dont les formes se rapprochent de celles des bêtes », des multiples insultes dégradantes et racistes qui visent à «rabaisser» la personne insultée jusqu’à nier son statut d’être humain. Les nazis pratiquaient ainsi une hiérarchie « raciale » en considérant que les races non « aryennes » étaient proches des animaux.
Un éternel Treblinka
La thèse de Patterson se fonde en fait sur deux piliers. Le premier est ouvertement revendiqué par lui : Patterson se revendique de tout le courant philosophique ayant traversé une partie de la communauté juive et en appelant à la compassion. Le titre de son œuvre principale, Un éternel Treblinka, est extrait d’une citation de principal écrivain yiddish de l’après guerre, Isaac Bashevis Singer: « En pensée, Herman prononça l’oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie avec lui et qui, à cause de lui, avait quitté ce monde. « Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi ? Ils se sont persuadés que l’homme, l’espèce la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka » (Isaac Bashevis Singer, tiré de la nouvelle The Letter Writer).
Le second pilier n’est pas clairement explicite. Patterson puise en effet chez Adorno l’idée que le fascisme est issu de la victoire de la « personnalité autoritaire », victoire issue de la mise en place de la société industrielle, de la société de consommation. Le fascisme est en quelque sorte la systématisation de la pensée antidémocratique, le triomphe de la figure autoritaire, de la soumission, de la hiérarchie.
Cynisme, rapport de forces, croyance en les stéréotypes, pulsions destructrices... en sont les conséquences. Patterson cite Adorno justement pour développer son propos en se fondant précisément là-dessus: « Auschwitz commence quand quelqu’un regarde un abattoir et pense: ce ne sont que des animaux. » C’est-à-dire que finalement tout son travail ne s’intéresse qu’à la psychologie de l’assassin, pas à ses motivations ni à ce qui est à l’origine du fascisme comme mouvement.
Clara Zetkine
Présentation
L’Allemande Clara Zetkine (1857-1933) a été une figure historique du mouvement communiste. Féministe, elle est à l’origine de la journée internationale de la femme le 8 mars, qu’elle propose en 1910 à la seconde conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague au Danemark. Par la suite, elle fut une des membres historiques des spartakistes qui furent fondés sous la direction de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht. Elle fut ensuite une dirigeante du Parti Communiste d’Allemagne et de l’Internationale Communiste, ainsi que du Secours Rouge International et à l’origine de la première analyse historique du fascisme au sein des rangs communistes.
Une première analyse du fascisme
Si Zetkine est la première à analyser le fascisme, c’est parce que ce dernier est un mouvement nouveau. Mussolini prend le pouvoir en Italie en 1922; quelques années auparavant on trouve la dictature de Horthy en Hongrie, instaurée en 1920, ou encore la terrible répression des « rouges » par les « blancs » en Finlande en 1918. La révolution de 1917 en Russie a été suivie d’une vague révolutionnaire, qui a amené une vague contre-révolutionnaire. Il a donc été logique de mettre a priori tous les mouvements de répression anticommuniste sur le même plan, et de considérer que les dictatures se valent toutes.
Zetkine fût la première à expliquer que cette analyse est fondamentalement erronée. Elle oppose la terreur blanche comme conséquence de l’existence d’un fort mouvement révolutionnaire, et le fascisme qui apparaît comme un châtiment parce qu’il n’y a pas de mouvement révolutionnaire. La terreur blanche « classique » est le produit de la tentative de faire de la révolution, le fascisme est le produit de l’absence de cette tentative.
Il est vrai que la terrible répression anticommuniste de 1918 en Finlande n’a pas abouti à une dictature « classique », pas plus qu’en Turquie avec Mustafa Kémal: ce qui en est ressorti est un régime paternaliste ultra-conservateur et anti-communiste, mettant en avant un semblant de démocratie.
Le fascisme italien ne se veut, lui, pas une démocratie, et surtout il prétend être un régime révolutionnaire. Zetkine a reconnu ces caractéristiques particulières du fascisme. Dans La lutte contre le fascisme, qui date de juin 1923, elle explique que « La terreur instaurée par Horthy [en Hongrie] fut une vengeance. L’exécuteur de cette vengeance est la petite caste féodale des officiers.
Il en va autrement du fascisme. Il n’est nullement la vengeance de la bourgeoisie après un soulèvement du prolétariat. Historiquement et objectivement, le fascisme est bien plus un châtiment infligé parce que le prolétariat n’a pas continué la révolution commencée en Russie. Et le fascisme ne repose pas sur une petite caste, mais sur de larges couches sociales, qui englobent même une partie du prolétariat. »
Zetkine affirme alors que la question n’est pas que militaire, mais également politique et idéologique: le fascisme n’est pas une armée blanche classique qu’il suffirait de combattre et de vaincre ; il est nécessaire de mener une politique antifasciste.
La nature du fascisme
Zetkine critique ardemment les socialistes, qui ont émis toutes sortes de théories pour expliquer que la révolution n’était pas nécessaire pour que les masses s’émancipent. La conséquence en a été que les masses ont été désarmées alors que le capitalisme s’écroulait sous ses contradictions. Zetkine est en effet une dirigeante de l’Internationale Communiste, et les thèses de celle-ci se fondent sur la conception selon laquelle l’Etat bourgeois se décompose parce que le système capitaliste est dépassé.
Le fascisme est le produit de cette décomposition générale du capitalisme, de la bourgeoisie, de l’Etat. La première guerre mondiale a aggravé cette décomposition et appauvri de très nombreuses couches sociales, comme par exemple les couches intellectuelles ou les paysans, sans parler des « classes moyennes », la petite-bourgeoisie. Le fascisme est alors une fuite en avant, une tentative de sauver les meubles en renforçant la richesse «nationale ».
Zetkine considère que le soutien d’une partie des couches sociales appauvries au fascisme puise sa source dans la politique social-démocrate. Les socialistes ayant déçu ces couches sociales avec leurs fausses promesses, ces couches sociales deviennent réceptives à la démagogie fasciste. Puisque la perspective de la lutte de classes ne renferme apparemment rien de productif, l’idée qui se développe est qu’il faut dépasser les clivages de classe, que la nation doit être « au-dessus » des divergences et des antagonismes sociaux. Il y aurait alors quelque chose de «neuf» qui apparaîtrait. Zetkine analyse longuement le fascisme italien et le processus marquant la naissance des syndicats fascistes, d’une société totalement compartimentée, organisée en corporations chapeautées par l’Etat.
Les contradictions propres au fascisme
De par sa nature même, foncièrement démagogique, le fascisme est un régime instable. La petite-bourgeoise qui a cédé aux sirènes du fascisme parce qu’elle a été déçue par la social-démocratie s’aperçoit nécessairement assez vite que le régime ne fait que l’utiliser et ne défend pas ses intérêts. Une partie même des masses populaires a été séduite par la démagogie nationaliste, et elle comprend pareillement qu’elle a été utilisée. Cela signifie que le fascisme doit faire vite pour restructurer le capitalisme et relancer la machine économique.
Zetkine se penche sur ses contradictions et affirme que les antifascistes doivent taper là où cela fait mal, précisément sur ces promesses non tenues, afin de démasquer le fascisme. De plus, le fascisme ne peut pas gérer longtemps ses propres contradictions internes: entre l’administration pré-fasciste et la nouvelle administration, au sein des couches dirigeantes, des différentes couches bourgeoisies l’ayant soutenu, au sein de l’armée, etc.
Ainsi, pour Zetkine, « le fascisme est actuellement l’expression la plus forte, la plus concentrée, l’expression classique de l’offensive générale de la bourgeoisie mondiale » et il faut répondre à sa violence par la violence.
Léon Trotsky
Présentation
Léon Trotsky (1879-1940) est un intellectuel et un révolutionnaire russe, qui en 1917 rejoint les bolcheviks. Refusant toutefois la politique de « socialisme dans un seul pays », il est exclu et exilé. Il forme alors la « quatrième Internationale », mettant en avant une autre interprétation du léninisme que celle existante en Union soviétique.
Bonapartisme et Thermidor
Si Zetkine est restée fidèle à l’Internationale Communiste, Léon Trotsky a rompu avec elle en raison de ses considérations sur ce que devait (ou pouvait) être le socialisme en Union Soviétique. Sa rupture ouverte et revendiquée date de la fin des années 1920, et ses considérations sur le fascisme, datant des années suivantes, reprennent les premières analyses du fascisme en y apportant des explications plus approfondies.
Trotsky conserve l’idée que le fascisme n’est qu’un phénomène temporaire, que le régime ne peut pas se maintenir. Il a d’ailleurs exactement le même point de vue concernant ce qu’il appelle la « bureaucratie » en Union Soviétique. Pour Trotsky, le fascisme et le stalinisme sont en quelque sorte des accidents de l’histoire. La situation n’étant pas assez «mûre », une caste s’approprie le pouvoir.
Trotsky qualifie ce phénomène de bonapartisme en ce qui concerne le fascisme et de Thermidor en ce qui concerne l’Union Soviétique. Le bonapartisme est un phénomène analysé par Karl Marx en France dans l’ouvrage Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte; Trotsky reprend cette analyse et la généralise, tout comme il reprend le terme de Thermidor à l’histoire de la révolution française.
Le fascisme comme domination d’aventuriers
Dans Qu’est-ce que le national-socialisme?, publié en juin 1933, Trotsky présente ce qui selon lui forme la base sociale du mouvement nazi: « Le drapeau du national-socialisme fut brandi par des hommes issus des cadres moyens et subalternes de l’ancienne armée. Couverts de décorations, les officiers et les sous-officiers ne pouvaient admettre que leur héroïsme et leurs souffrances aient été perdus pour la patrie, et surtout qu’ils ne leur donnent aucun droit particulier à la reconnaissance du pays. »
Ayant vécu la guerre et étant capable de s’organiser et de prendre des responsabilités, ces soldats perdus étaient motivés pour s’approprier la société car ils se considéraient comme des « chefs »; pour Trotsky, Hitler représente « la soif de vengeance du soldat humilié » et le nazisme se fonde sur le fait que « la petite bourgeoisie, impuissante face au grand capital, espère désormais reconquérir sa dignité sociale en écrasant les ouvriers. »
Le nazisme est alors un mouvement qui tente de stopper la roue de l’histoire, qui tente de faire en sorte que rien ne change, ce qui fait dire à Trotsky que « le national-socialisme rejette le marxisme mais aussi le darwinisme. » L’idéologie raciste sert de moyen pour nier l’histoire: ce qui compte ce n’est plus l’économie, mais la « race. » Ainsi, « le fascisme a amené à la politique les bas-fonds de la société (...), la civilisation capitaliste vomit une barbarie non digérée. »
Dans l’analyse trotskyste, la bourgeoisie n’est pas du tout contente d’avoir affaire à ces aventuriers: « Ce n’est pas d’un cœur léger que la clique dirigeante pactisa avec ces fascistes qui sentent mauvais. Derrière les parvenus déchaînés, il y a beaucoup, beaucoup trop de poings : c’est là le côté dangereux des chemises brunes ; mais c’est là aussi leur principal avantage, ou, plus exactement, leur unique avantage. » (Devant la décision, février 1933).
De la même manière, pour Trotsky, le fascisme ne profite pas d’un large soutien des masses, il n’est qu’un coup du sort, un coup de main à la bourgeoisie, mais pas un saut qualitatif nécessitant une stratégie reposant sur l’antifascisme.
Le front unique
Après avoir expliqué que les aventuriers prennent le pouvoir en s’appuyant sur la petite bourgeoisie, Trotsky pose la question de savoir qui le fascisme sert. Car selon lui, si l’Etat possède une autonomie relative par rapport à l’économie, il ne peut pas la modifier pour autant. Les classes moyennes étant incapables de gérer la société, les aventuriers se vendent en quelque sorte aux grands capitalistes, qui profitent du mouvement de masse fasciste pour réorganiser l’économie en leur faveur et aller vers la guerre.
Ainsi, pour Trotsky, le fascisme ne représente pas une étape totalement nouvelle de l’impérialisme. La lutte contre les fascistes est nécessaire à la révolution, mais il n’y a pas besoin d’« antifascisme » car le fascisme n’est qu’une aide (particulière) au capitalisme, une forme momentanée du pouvoir politique capitaliste.
Durant la seconde guerre mondiale, les trotskystes se sont ainsi opposés à la résistance, considérant que les soldats allemands étaient des ouvriers en uniformes et qu’il fallait les enjoindre à rejoindre le camp de la révolution. C’est le principe de la «révolution permanente», qui s’oppose à la «révolution par étapes. »
Trotsky, dans les années 1930, était le principal critique des positions du Parti Communiste d’Allemagne en ce qui concernait la fondation d’une « action antifasciste » comme front de masse au-dessus des structures communistes et socialistes (notamment dans « La seule voie», 1932), tout comme il a critiqué la stratégie de Front populaire dans l’Etat espagnol et en France. Ce qui est nécessaire selon lui, c’est le « front unique ouvrier», c’est-à-dire l’organisation d’actions bien délimitées, ponctuelles entre structures politiques (par en haut donc). La tactique se fonde sur le principe de « frapper ensemble, marcher séparément »: les masses, voyant qui est réellement révolutionnaire, rejoignent par la suite les trotskystes.
Daniel Guérin
Présentation
Initialement proche de Marceau Pivert au sein de la SFIO puis activiste du Parti Socialiste Ouvrier et Paysan, une organisation à gauche des socialistes et proche de Léon Trotsky, Daniel Guérin finit par rejoindre la «quatrième Internationale » trotskyste, avant de prôner ensuite une synthèse du marxisme et de l’anarchisme.
Les plébéiens au pouvoir
Publié en 1936, Fascisme et grand capital n’a eu aucun écho à sa publication. Ce n’est qu’à partir des années 1970-1980 que cette œuvre sera mise en avant par les courants politiques trotskyste et anarchiste.
Fascisme et grand capital s’oppose en effet à l’antifascisme tel qu’il a été conçu par les communistes. Daniel Guérin reprend la conception développée par Léon Trotsky du fascisme comme bonapartisme et la développe longuement. Les fascistes sont selon lui des «plébéiens » (du terme de l’antiquité romaine pour nommer les membres de la «plèbe », de la « populace » par opposition aux aristocrates), qui ont un discours anticapitaliste de façade qui amène les masses à les soutenir, ce qui plaît au grand capital qui empêche ainsi la révolution d’arriver.
Mais, comme dans la théorie trotskyste et à l’opposé de la vision de Dimitrov pour qui les fascistes sont très précisément les représentants de la bourgeoisie impérialiste, Guérin considère que ces « plébéiens » disposent d’une très large autonomie et qu’ils accèdent au pouvoir simplement parce que cela arrange l’industrie lourde. Ils ne sont acceptés par le grand capital que comme un moindre mal; ils sont « utilisés » malgré eux.
Pour Guérin, le fascisme est une « réaction de défense », une tentative du capitalisme de se sauver lui-même de sa propre désintégration. Il ne voit donc pas la guerre comme le produit nécessaire et totalement lié au fascisme, mais comme lié au capitalisme en général. La guerre ne vient pas du fascisme, mais du capitalisme; le capitalisme donne naissance à différents phénomènes, comme le fascisme, ou la guerre. Le fascisme n’est qu’une forme particulière d’Etat, un Etat totalitaire, où la bourgeoisie conserve son « autonomie », même si les plébéiens ont le pouvoir.
Daniel Guérin ne prône ainsi pas l’antifascisme; pendant la seconde guerre mondiale il a défendu le point de vue trotskyste, tout comme en 1936 il avait critiqué le front populaire pour ne pas avoir fait la révolution (« Tout est possible »).
Pour Guérin, seul le socialisme s’oppose au fascisme, il ne saurait être question d’étapes, car l’ennemi c’est au fond le capitalisme et pas le fascisme, fascisme qu’il perçoit de fait comme un mouvement extérieur à la haute bourgeoisie.
Contradictions du fascisme
Pour Guérin, il y a une bataille permanente au sein de l’Etat entre les plébéiens et le grand capital, par exemple pour le contrôle de l’armée, mais dans tous les cas le grand capital conserve l’hégémonie. Guérin donne comme exemple le putsch anti-Hitler raté de juillet 1944 ou le rôle du roi italien dans la tentative de renverser Mussolini en juillet 1943 : la bourgeoisie aurait alors tenté de se débarrasser des plébéiens.
Il existe une différence entre fascisme et grand capital: « Cet ultime épisode prouve que, grâce à l’instrument redoutable de répression qu’il s’est forgé, le fascisme peut se maintenir un moment, même lorsqu’il est abandonné par le grand capital. Le plomb destiné aux travailleurs peut servir aussi à trouer la peau de quelques bourgeois. Mais pas longtemps. Aucun régime politique ne peut gouverner contre la classe qui détient le pouvoir économique. N’en déplaise à quelques naïfs, les vieilles lois qui, de tout temps, ont régi les rapports entre les classes ne se trouvent pas, pour une fois, en défaut. Le fascisme ne les a pas, d’un coup de baguette magique, suspendues. Entre fascisme et grand capital le lien est si intime que le jour où le grand capital lui retire son appui est, pour le fascisme, le commencement de la fin. »
Guérin considère même que le fascisme vit indépendamment des intérêts économiques, qu’il est devenu une « mystique. » Il est très difficile de ne pas voir ici le parallèle entre la position de Guérin et celle des « nationalistes révolutionnaires » :
- les plébéiens « de gauche » (ou les « vrais fascistes » comme les SA, les phalangistes, etc.) ont été liquidés au début du fascisme à la demande du grand capital ;
- le fascisme est une mystique irrationnelle, un mouvement « élémentaire »
La seule différence est que Guérin rejette les plébéiens, car selon lui ils ne sont en fait que l’expression de la paupérisation des classes moyennes alors que le capitalisme est en crise. Les plébéiens se vendent sciemment; ils «savent » qu’ils ne peuvent gouverner sans le grand capital.
En ce sens, Guérin rejette toute existence réelle aux classes moyennes: elles ont suivi le fascisme, elles auraient dû suivre le socialisme, il aurait fallu les convaincre et toute politique par « étapes » en ce sens (comme le front populaire) est selon lui totalement erroné.
Dans La peste brune, Guérin raconte son voyage en Allemagne au début des années 1930 et les impressions laissées par les nazis: leur côté «plébéien», «provocateur », « turbulent».
Le fascisme n’est pour Guérin pas un saut du capitalisme vers autre chose, mais l’expression d’une situation pourrie, d’une classe en perdition, la petite-bourgeoisie, produisant des agitateurs, et d’une classe incapable d’assumer son rôle: le prolétariat.
Reinhard Kühnl
Présentation
L’Allemand Reinhard Kühnl, né en 1936, est un universitaire ayant fait son cursus en Allemagne de l’ouest. Il est connu dans son pays pour avoir concentré son travail sur la question du fascisme afin de contribuer aux initiatives antifascistes.
Le fascisme comme « alliance »
Patterson n’est pas le seul à avoir poussé jusqu’’au bout la thèse comme quoi le nazisme était un phénomène « industriel »; en fait toute la littérature universitaire se revendiquant du marxisme fait la même chose. L’une des figures les plus connues est l’allemand Reinhard Kühnl.
Kühnl est le théoricien du fascisme compris comme « union »; il a été influencé par les thèses d’August Thalheimer, qui à la fin des années 1920 avait été à l’origine d’une scission dans le Parti Communiste d’Allemagne (Parti Communiste – Opposition). Thalheimer interprétait le fascisme comme du «bonapartisme» : le capitalisme s’effondrant il y a besoin d’une direction politique, les fascistes se présentent alors pour tenir ce rôle. Les fascistes sont l’inverse exact des bolchéviks et se chargent de « sauver la baraque », s’appuyant, pour agir, sur la petite bourgeoisie.
Kühnl part de là et étudie la formation du fascisme. Il affirme que le capitalisme présuppose des structures autoritaires, que « la grande partie de la population (en particulier dans le processus de travail) est objet et non pas sujet des décisions politiques et sociales. »
Le capitalisme présuppose l’obéissance et les ordres, dans ce jeu sadomasochiste le principe du commandement par un « Führer », un guide, triomphe, particulièrement en Allemagne où la monarchie s’est maintenue jusqu’en 1918. L’Etat prussien a distillé sa culture militaire, autoritaire, son culte de l’obséquiosité (déjà typique des petites entités royales allemandes), son racisme, son antisémitisme. Le nazisme est directement issu de ce terreau et son « anticapitalisme » n’est là que par démagogie, pour avoir un écho dans les classes moyennes. Avec la crise de 1929, la bourgeoisie n’a plus le choix et « cède » le pouvoir aux nazis, afin de mettre en place une industrie de guerre qui (elle et elle seule) peut satisfaire les exigences capitalistes de conquête.
Mais les fascistes ont une relative indépendance, comme le démontre la tentative des capitalistes de se débarrasser de la clique d’Hitler en 1944 (avec l’attentat du 20 juillet), afin d’éviter la débâcle totale, ou encore la priorité accordée à la direction nazie aux convois de personnes juives à exterminer par rapport aux transports militaires. Le gouvernement fasciste est ainsi pour la bourgeoisie une solution idéale pour réaliser ses plans, mais il présente des risques.
Kühnl explique donc que les fascistes ont une autonomie relative; ils ont une certaine marge de manœuvre pour suivre leurs propres plans, même s’ils dépendent pour leur maintien au pouvoir des capitalistes. L’historien allemand note ainsi qu’à partir de 1936, les nazis se mettent au service de la fraction partisane du « solo allemand » (principalement l’industrie chimique et électrique), aux dépens de la fraction très liée au capital des USA (principalement l’industrie lourde) représentée par Hjalmar Schacht qui souhaitait la « neutralité » favorable des pays occidentaux pour une offensive contre l’URSS. Le fascisme consiste donc en une politique d’aventuriers qui prennent le pouvoir en assurant l’ordre et la stabilité, par la terreur (contre la classe ouvrière) et la démagogie (pour les classes moyennes). Contrairement à Postone, Kühnl considère que l’antisémitisme est venu non pas immédiatement, mais au fur et à mesure: ce sont les nazis qui ont amené l’antisémitisme dans les classes moyennes pour les mobiliser. La nuit de cristal en 1938 n’avait pas du tout eu l’écho escompté par les nazis, et ce n’est que pendant la guerre que les nazis, ayant les mains libres, réalisent leurs propres plans. Il en veut pour preuve que les premiers camps de concentration ont été destinés aux opposants, principalement aux communistes, et que l’extermination de la population juive ne présentait aucun intérêt économique; il s’agit d’un plan totalement « idéaliste », ayant un socle purement idéologique.
Georgi Dimitrov
Présentation
Georgi Dimitrov (1882-1949) a été l’un des dirigeants de l’insurrection communiste en Bulgarie en 1923. Devenu l’un des dirigeants de l’Internationale Communiste, il gagne une notoriété internationale avec son procès à Berlin pour l’incendie du Reischstag, les nazis étant obligé de l’acquitter puis de l’expulser. Principal théoricien du front populaire, il devient après la défaite nazie le principal dirigeant de la république populaire de Bulgarie.
Le fascisme comme dictature terroriste ouverte
La conception de Dimitrov s’oppose très exactement à celle de Trotsky. Parlant de l’Allemagne, Trotsky expliquait que « les barons, les magnats du capital, les banquiers tentent, au travers du gouvernement Papen, de garantir leur situation et leurs affaires au moyen de la police et de l’armée régulière. L’idée de transmettre tout le pouvoir à Hitler qui s’appuie sur les bandes avides et déchaînées de la petite bourgeoisie, ne leur sourit pas du tout» (Devant la décision, février 1933). Dimitrov explique très exactement le contraire.
Selon Dimitrov, la très haute bourgeoisie a dès le départ soutenu le mouvement fasciste; le fascisme exprime même très exactement ses besoins. La raison de cela réside dans la «chute tendancielle du taux de profit », qui est un constat fait par Karl Marx dans son analyse du Capital. Selon lui, la bourgeoisie augmente la productivité du travail et licencie en raison de la concurrence, mais le problème est que la bourgeoisie vit en réalité de l’exploitation des travailleurs: remplacer les travailleurs par des machines c’est pour le capitalisme se couper les ailes. Une contradiction insoluble amenant un capitalisme ultra agressif, que Lénine a défini comme l’impérialisme (« l’impérialisme, stade suprême du capitalisme »).
Le fascisme est alors l’expression de la bourgeoisie la plus agressive, la plus impérialiste. L’Internationale Communiste et Dimitrov définissent le fascisme comme « la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. »
La thèse de Trotsky comme quoi le fascisme est porté par des « éléments déclassés », sorte de pirates modernes achetés par la bourgeoisie impérialiste, est totalement rejetée. Est également rejetée la thèse comme quoi la lutte contre le fascisme ne nécessite pas une stratégie spécifique: pour Dimitrov, le fascisme représente un saut qualitatif, une modification de la forme même de l’Etat. « Le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à l’intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche, et dans d’autres pays » (Fascisme et classe ouvrière).
La lutte anti-fasciste comme nécessité absolue
Dimitrov formule les thèses du front populaire alors que le mouvement communiste auquel il appartient a été freiné voire tué dans l’œuf par les dirigeants socialistes. En Allemagne, le mouvement socialiste a participé à différents gouvernements et à la répression sanglante contre les communistes, empêchant systématiquement toute union. La ligne a été la même en Autriche. Pour cette raison, l’Internationale Communiste a mis en avant le thème du social-fascisme: la direction social-démocrate sert le fascisme et il faut lui arracher sa base. Au sens strict, social-démocratie et fascisme sont deux aspects de la même pièce, ils se nourrissent l’un de l’autre. La social-démocratie empêche le mouvement communiste de grandir, or seul le mouvement communiste affronte réellement le fascisme de manière décidée et organisée. Qui plus est, en menant une politique réactionnaire, qui désespère le prolétariat, la social démocratie favorise le fascisme.
Dimitrov théorise alors une forme d’union qui doit permettre de mobiliser les masses socialistes malgré la direction socialiste qui s’y oppose. Il profite pour cela de l’expérience faite en Allemagne, notamment avec l’action antifasciste; Zetkine défendra également les mêmes positions dans son fameux discours « Il faut abattre le fascisme » à l’assemblée nationale allemande en 1932.
Cette forme d’union, c’est le front populaire, qui devient alors la conception mise en avant par l’Internationale Communiste afin de rassembler les forces antifascistes, la lutte contre le fascisme étant considérée comme une étape essentielle avant même de pouvoir envisager la révolution.
Le fascisme est en effet une nouvelle forme de contre-révolution, qui fait tout pour avoir un impact dans les masses. Le fascisme « aborde celles-ci avec une habile démagogie anticapitaliste, en exploitant la haine profonde des travailleurs pour la bourgeoisie rapace, les banques, les trusts et les magnats financiers, et en formulant les mots d’ordre les plus tentants au moment donné pour les masses politiquement frustes (..). Le fascisme arrive au pouvoir comme le parti de choc contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat, contre les masses populaires en fermentation, mais il présente son avènement au pouvoir comme un mouvement « révolutionnaire » contre la bourgeoisie au nom de « toute la nation » et pour le « salut » de la nation. » (Fascisme et classe ouvrière).
Le front populaire
En pratique, la mise en avant de la ligne de Dimitrov par l’Internationale Communiste a eu un succès certain. En France, elle a barré la route au fascisme en 1936, dans le prolongement des activités antifascistes des années 1920- 1930 et des événements de février 1934 où les fascistes ont tenté le coup de force. Dans l’Etat espagnol, le front populaire a permis également l’unification de toutes les forces anti-franquistes et la mobilisation des Brigades Internationales, bien que là il y ait échec face au fascisme pour des raisons historiques, notamment en raison de la complexité du pays (divisions socialistes, anarchistes et communistes; divisions nationales du pays avec la Galice, Euskadi, la Catalogne; stratégies militaires contradictoires, le soutien aux troupes franquistes de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste face au quasi-isolement international des républicains - seuls le Mexique et l’URSS leurs ont apportés leur soutien, etc.)
Le front populaire contourne le blocus de la direction socialiste en formant l’unité à la base des organismes générés par les socialistes et les communistes (clubs sportifs, associations culturelles, etc.). C’est donc « l’établissement de l’unité d’action de tous les détachements de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme» (Pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme), et historiquement cette unité a profité de l’expérience faite du fascisme italien et du nazisme allemand, contre-exemples terrifiants poussant les socialistes à accepter l’ouverture vers les communistes. L’antifascisme est compris comme un « premier pas » dans l’organisation générale des masses afin de faire la révolution. Les forces militantes sont obligées de s’unir si elles servent réellement le peuple, parce que c’est dans l’intérêt du peuple que d’avoir ses propres organisations et associations. Face à la violence des troupes fascistes, des SA, de la police voire de l’armée, il n’y a pas d’autre choix que l’unité. « Les intérêts économiques, sociaux, culturels et politiques des ouvriers des différentes tendances politiques : communistes, social-démocrates, anarchistes sont identiques. C’est sur cette base, qu’on peut et qu’on doit établir le front unique.
Qui donc s’y oppose ?
Ce sont les chefs réactionnaires de la social-démocratie, l’idéologie et la politique social-démocrate de collaboration de classe avec la bourgeoisie qui entravent la constitution du front unique prolétarien. Il faut éliminer cet obstacle.» (Pour l’unité d’action du prolétariat dans la lutte contre le fascisme et la guerre).
Dans ce contexte, le rôle des communistes est d’aiguiller la lutte antifasciste, parce que le parti socialiste ne le peut pas: « Un parti qui appelle systématiquement les ouvriers à reculer devant le fascisme et permet à la bourgeoisie fasciste de renforcer ses positions, un tel parti mènera inévitablement les ouvriers à la défaite. » (Fascisme et classe ouvrière).
Kurt Gossweiler
Présentation
Kurt Gossweiler, né en 1917 en Allemagne, il déserte en 1943 l’armée nazie pour rejoindre l’armée rouge. Il devient alors un responsable de l’agitation antifasciste auprès des anciens membres de l’armée nazie, puis l’une des principales figures universitaires d’Allemagne de l’est; de 1970 à 1983 il est collaborateur scientifique de l’Institut central d’histoire de l’Académie des Sciences en RDA. Auteur en 1972 d’une thèse sur Les monopoles industriels et l’Etat, il a publié de très nombreux travaux sur le mouvement nazi et le nazisme au pouvoir.
Les soutiens des nazis révèlent leur nature
Aux élections du 6 novembre 1932, le NSDAP perd deux millions de voix et tombe à 11,7 millions de voix, cela malgré l’énorme démagogie sociale et la violence des centaines de milliers de SA. Les communistes sont à 5,2 millions de voix, gagnant 700,000 voix, alors que l’action antifasciste, front uni de lutte, se développe.
Ce n’est qu’à ce moment là que le NSDAP est intégré au gouvernement, alors que justement sort en novembre 1932 un document au gouvernement signé par des banquiers (Solmssen, Urbig, Schlitter, Fischer...) et des industriels (Krupp, Thyssen, Stinnes...) demandant qu’on intègre Hitler au gouvernement.
Cela ne relève pas du hasard: tous ces éléments se combinent et font partie d’un grand tout; avec Gossweiler justement on profite de toutes les recherches faites en RDA après la seconde guerre mondiale sur le nazisme. Gossweiler a mené un énorme travail pour savoir comment les nazis fonctionnaient et de quels soutiens ils disposaient. Gossweiler a constaté que les monopoles de l’électricité et de la chimie avaient été largement ouverts au développement de la social-démocratie, à l’opposé des capitalistes de l’industrie lourde et des grands propriétaires terriens, dont nombre craignait la concurrence internationale. Mais avec le développement de la crise, les intérêts des uns et des autres vont se rejoindre, alors que depuis le début de la première guerre mondiale, il y a un processus pour créer un parti politique représentant les intérêts de cette fraction et disposant d’une base de masse affaiblissant celle de la fraction opposée.
« Sous le capitalisme, la loi de l’offre et de la demande est aussi valable dans le domaine politique. Cette nouvelle organisation se créa tout naturellement après que la demande d’une telle organisation se soit manifestée suffisamment clairement et fortement sur le marché de la politique. Elle ne s’engendra cependant pas sous sa forme achevée mais se développa à partir de différents germes d’organisations.
La plupart de ces germes furent plantés par des membres d’associations pangermaniques. Ces associations possédaient des relations étroites et explicites avec les représentants de l’industrie lourde (Emil Kirdorf, Albert Vögler, Alfred Hugenberg, Paul Reusch entre autres) et les grands propriétaires terriens (le comte Arnim-Muskau, comte Udo de Stolberg-Wernigerode, le baron de Manteuffel- Katzdangen, entre autres). Les partis fascistes ne furent pas inventés comme résultat final de ces efforts mais furent choisis au terme d’une sorte de processus de sélection comme étant les organisations les plus conformes aux nouveaux besoins du cercle le plus réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste. Ce processus de sélection fut particulièrement long car ce cercle de la bourgeoisie ne fut prêt à soutenir la fondation d’un « parti national-ouvrier » qui serait vu de l’extérieur comme indépendant de lui qu’après qu’il ait été démontré que toutes les autres formes d’organisations ne menaient pas au but désiré » (Classe ouvrière et fascisme).
Gossweiler constate alors une division du travail: il y a deux grands partis de la « droite nationale. » D’un côté le DNVP (parti populaire national d’Allemagne) se charge de rassembler les fractions traditionnellement nationalistes ainsi que les milieux dirigeants. Les milieux autour du DNVP avaient été responsables du putsch fasciste de 1920, qui fut mis en échec par les masses. Le NSDAP (parti national socialiste des travailleurs allemands) quant à lui se charge d’avoir un impact dans les masses populaires; lui-même a tenté un putsch en 1923 et est lié aux réseaux de l’association pan-allemande.
Les deux organisations politiques de la « droite nationale » disposent d’un large soutien des milieux industriels et financiers. Les nazis participent à de nombreux colloques privés pour expliquer leur utilité: le 28 février 1926, Hitler tient une conférence pour les armateurs, patrons de chantiers navals et gros commerçants du «Club national de 1919 » de Hambourg, entre juin 1926 et décembre 1927, il est invité à cinq reprises au moins par les gros industriels de la Ruhr. A la réunion très connue de Dusseldorf le 27 janvier 1932, Hitler explique qu’il faut exterminer le communisme car même avec la moitié du pays votant nationaliste, rien ne pourra sinon changer pour les monopolistes. Le comte Ernst zu Reventlow, affirmait déjà en ce sens en mai 1930: « Le ralliement d’un seul- ouvrier au mouvement national-socialiste a infiniment plus de valeur que l’adhésion d’une douzaine d’excellences ou de personnalités.»
En 1927, les patrons de la chimie Wilhelm Keppler et Emil Kirdorf, qui comptaient parmi les hommes les plus puissants de la Ruhr, étaient devenus membres de la NSDAP. Dès le début de 1930, le banquier Kurt von Schröder décidait de soutenir les nazis. Le 27 octobre 1931, C.F. von Siemens parle devant la General Electric Company à New York du «désintéressement du mouvement de Monsieur Hitler et de la grandeur de ses hauts idéaux nationaux... Les racines de son mouvement résident dans la lutte contre le socialisme, contre le marxisme... Il est opposé à la domination effrénée du parlementarisme, pour laquelle notre peuple allemand n’est pas suffisamment mûr.»
Et plus le NSDAP a du succès, plus la fraction la plus moderne et la plus impérialiste de la bourgeoisie abandonne l’option social-démocrate pour préférer le fascisme; social-démocratie qui a bien servi: si les nazis avaient obtenu 810.000 voix en 1928, puis 6.409.000 en 1930, alors que durant le même temps le gouvernement socialiste ne cessait de réprimer les communistes.
« Plusieurs personnalités entrèrent ainsi en contact avec le NSDAP après les élections de
septembre 1930 afin de le mettre sous contrôle, de l’orienter dans le sens du capital financier et de le rendre apte à gouverner :
• Kurt Freiherr von Schröder : associé dans une banque privée de Cologne, parent et partenaire en affaires des propriétaires anglais et américains de la Banque Schroeder.
• Hjalmar Schacht: président de la Banque Nationale allemande et homme de confiance du capital financier international. En automne 1930, il entreprit un voyage à travers les États-Unis pour rassurer les monopolistes américains inquiets du succès électoral des nazis et leur dire qu’une éventuelle prise de pouvoir des nazis ne représentait aucun risque pour leurs placements en Allemagne.
• Emil Georg von Stauss : un des directeurs de la banque monopoliste la plus puissante d’Allemagne, la Deutsche Bank und Disconto-Gesellschaft.
• Le Prince royal Guillaume de Hohenzollern, et son frère, le Prince Auguste- Guillaume: der «Auwi» [August Wilhelm] comme on le surnommait officieusement. «Auwi» quitta le « Stahlhelm» [Casques d’acier, branche paramilitaire du DNVP] dès 1930 pour les SA de Hitler, où il obtint tout de suite une haute fonction dirigeante. (...)
L’influence directe du grand capital sur le NSDAP fut renforcée par l’adhésion de monopolistes importants et de personnalités proches. Certains étaient des membres secrets. Ainsi, outre Hjalmar Schacht, déjà cité, rejoignirent, entre autres, le NSDAP en 1931 :
• Walter Funk: à l’époque éditeur du journal de la grande bourgeoisie Die Berliner Börsen-Zeitung. Il devint conseiller économique de Hitler.
• Fritz Thyssen : membre du conseil d’administration de l’Union des aciéries Vereinigten Stahlwerke AG, le plus grand trust de l’industrie du charbon et de l’acier en Europe.
• Wilhelm Mann: membre de la direction du plus grand groupe chimique mondial, IG-Farben AG.
• Le Prince Eulenburg-Hertefeld: grand propriétaire terrien (4 600 ha) et entrepreneur (briqueterie, brasserie, ferme d’élevage d’animaux à fourrure). (De Weimar à Hitler : Les causes de l’avènement de la dictature fasciste) Le NSDAP mettait donc en avant un discours socialiste, tout en étant totalement lié aux industriels et aux financiers. Les liens sont permanents et la ligne du NSDAP est sévèrement encadrée; les nazis ne sont pas du tout des « plébéiens » exprimant les intérêts de la petite-bourgeoise et autonomes par rapport aux grands capitalistes, mais des cadres politiques nationalistes sachant très bien quelles forces ils représentent au fond: le parti de la guerre.
Si la base du NSDAP a été petite-bourgeoise, c’est parce que la tentative de conquérir la classe ouvrière a été un échec. Mais le mouvement fasciste permet surtout la réalisation du pouvoir absolu de la fraction la plus réactionnaire des capitalistes. Au Haut Comité Economique sous le gouvernement nazi, on trouve Krupp von Bohlen, roi de l’industrie d’armement, M. Fritz Thyssen, baron de l’acier, C. von Siemens, roi de l’électricité, Karl Bosch, de l’industrie des colorants...
« Où résident les causes pour lesquelles des couches déterminées de la petite bourgeoisie s’étaient ralliées à un mouvement qui n’agitait pas seulement le drapeau du nationalisme, que ces couches avaient toujours suivi, mais se présentait aussi comme socialiste, est une question en soi.
On peut seulement dire ici que la perte de confiance d’un large cercle petit-bourgeois envers le capitalisme, son aspiration à un ordre nouveau, plus juste socialement qui protégerait les classes moyennes du pillage par le grand capital et dont ils attendaient la réalisation par les fascistes, étaient à la fois une conséquence et un symptôme de la crise générale du capitalisme.
Mais le parti fasciste ne fut pas engendré comme un parti original de la petite bourgeoisie radicalisée qui, à l’aide de ce parti et dans une lutte sur deux fronts contre le mouvement ouvrier et le grand capital, voulait conquérir le pouvoir, comme l’affirme les défenseurs de la théorie du fascisme comme ‘’mouvement social’’ et les théoriciens du‘’bonapartisme’’.» (Classe ouvrière et fascisme)
Gossweiler s’oppose ici au trotskysme et défend la ligne communiste, exprimé par Dimitrov. La petite-bourgeoisie est incapable de s’organiser, de par son statut. Mais elle est entraînée soit par la bourgeoisie, soit par la classe ouvrière, d’où la conception de front populaire.
Rôle et fonction du fascisme
Historiquement, le NSDAP s’est donc allié au DNVP. C’est une vérité quasiment toujours oubliée des historiens universitaires. Dès 1931 le NSDAP fait partie du front de Harzburg, alliance du NSADP, du DNVP et des casques d’acier dans l’opposition nationale. Par la suite le DNVP devra s’effacer devant le NSDAP, comme à l’intérieur du mouvement nazi les SA devant les SS. Gossweiler fait tout un historique des deux fractions capitalistes principales à la base du mouvement nazi, avec d’un côté les monopoles du charbon et de l’acier, et de l’autre, ceux de l’électricité et de la chimie. Selon les fractions, les politiques mises en avant ne sont pas les mêmes: prise du pouvoir légal ou putsch, alliance avec les USA dont le capital s’implantait fortement en Allemagne ou bien politique solitaire.
Il donne ainsi par exemple un aperçu très net de la « nuit des longs couteaux » qui se déroule après que le nouveau régime eut été mis en place. Les SA (sections d’assaut) avaient recruté dans le peuple et la petite-bourgeoisie; le mécontentement grandissait, appelant parfois même une « seconde révolution » et certaines sections étaient qualifiées de Beefsteak: brun à l’extérieur, rouge à l’intérieur. Fort de ce mouvement - les SA ont rassemblé jusqu’à 4 millions de membres -, Roehm, dirigeant SA, voulait que les SA deviennent le noyau de la nouvelle armée allemande. Il représentait alors l’industrie chimique, notamment IG Farben, industrie le soutenant totalement, opposée à la fraction partisane de l’alliance avec les USA, représentée notamment par Schacht et Thyssen.
La « nuit des longs couteaux » (30 juin 1934) voit le triomphe des SS sur les SA, SS dont le dirigeant est Himmler qui dispose d’un «cercle d’amis », qui sont par ailleurs les plus grands financiers du parti nazi: le baron Kurt von Schroder, Hjalmar Schacht, le président du comité directeur des aciéries Vereinigten Stahlwerke Albert Vögler, le directeur de la Commerz-und Privatbank Friedrich Reinhart, le directeur général du groupe chimique Wintershall August Rostberg, le membre de la direction des aciéries Mitteldeutsche Stahlwerke Otto Steinbrik, le président du conseil d’administration de la Wintershall et président du conseil d’administration d’une entreprise contrôlée par l’Etat, ainsi que membre de la direction de Siemens Heinrich Schmidt, le président du conseil d’administration de la plus grosse compagnie allemande de transport maritime HAPAG Emil Helfferich, Emil Meyer, de la Dresdner Bank, le comte Gottfried von Bismark, un grand propriétaire terrien.
De la même manière, le putsch militaire (échoué) de juillet 1944 est le fruit de la concurrence inter-capitalistes, en raison du questionnement sur les alliances; de fait, l’énorme développement des monopoles allemands en R.F.A. après la guerre montre précisément comment les capitalistes allemands et les USA se sont alliés, en raison surtout de la menace communiste.
Gossweiler explique donc que « Le passage du capitalisme de libre concurrence au capitalisme monopoliste constitue donc la base économique et la condition première, et la plus importante, pour l’avènement du fascisme. La tendance de l’oligarchie financière, découlant de cette même base, à la réaction et à la violence, l’hostilité à la démocratie immanente à l’impérialisme, son aspiration naturelle à l’expansion illimitée de sa puissance représentaient les premiers germes du fascisme. Toutefois, cette tendance ne prit une forme fasciste qu’après la fin de la Première Guerre mondiale et la victoire de la révolution d’Octobre, autrement dit après que le capitalisme atteignit le stade de sa crise générale.
À côté du passage du capitalisme à son stade impérialiste, le début de sa crise générale est la condition la plus importante pour l’avènement du fascisme. » (Origines et variantes du fascisme)
Le fascisme ne s’explique que dans le cadre de la crise générale du capitalisme et par l’affrontement entre révolution et contrerévolution. « La tendance inhérente au capitalisme monopoliste à la réaction et à la violence, sa tendance à compléter le monopole économique par le monopole du pouvoir s’était concrétisée jusque-là par le développement d’un capitalisme monopoliste d’État : un effort constant pour renforcer l’exécutif au détriment du Parlement et des mesures répressives à l’encontre du mouvement ouvrier. Il franchit alors un palier supplémentaire : la bourgeoisie souhaitait désormais l’éradication et la liquidation complètes du mouvement ouvrier révolutionnaire et de l’État qui le soutenait, l’Union soviétique, et l’action dans ce sens de certains groupements réactionnaires du capital financier (...).
Cette évolution mena également à un «enrichissement» du spectre politique dans les pays capitalistes par la création d’organisations et de partis dont le but principal était l’éradication du communisme et même du mouvement ouvrier, essentiellement par des moyens violents et terroristes.
La création de telles organisations de combat fit suite à l’expérience extrêmement douloureuse pour la bourgeoisie de l’échec de leurs appareils militaires et politiques conventionnels face à des travailleurs révolutionnaires armés. En Allemagne, au lieu de le réprimer comme on leur ordonnait de le faire, les soldats de la vieille armée impériale s’étaient ralliés au soulèvement des marins et des travailleurs.
Les forces de l’Entente qui envoyèrent leurs armées se battre contre l’Armée rouge durent contempler, avec une rage impuissante, comment leurs troupes, contaminées par le «bacille révolutionnaire» se désagrégeaient ou même se mutinaient et menaçaient de retourner leurs fusils contre leur propre bourgeoisie.
Suite à ce constat d’impuissance face à la classe ouvrière révolutionnaire et armée, la bourgeoisie impérialiste, plus particulièrement celle des pays les plus menacés par la Révolution, redoubla d’efforts pour mettre en place aussi vite que possible des groupes contre-révolutionnaires opérationnels dans le domaine militaire et si possible dans le domaine politique contre les masses révolutionnaires (...).
Les événements révolutionnaires qui, dans de nombreux pays, firent suite à la victoire de la révolution d’Octobre avaient rendu la bourgeoisie impérialiste consciente que son arsenal d’armes n’était plus suffisant pour la lutte contre la classe ouvrière. Elle avait compris qu’était arrivé le temps de la confrontation directe pour le maintien de son pouvoir et qu’elle était face à une situation stratégique tout à fait nouvelle. La bourgeoisie impérialiste ressentit donc le besoin plus ou moins clair et plus ou moins fort d’un nouveau type d’organisation et d’une nouvelle arme contre le mouvement ouvrier révolutionnaire, adaptés aux nouvelles conditions du combat militaire et politique.
Le fascisme est né pour répondre à ce besoin. Voilà pourquoi Togliatti qualifia le parti nazi de «parti bourgeois d’un type particulier (…) Il est à la fois un parti de la bourgeoisie d’un “nouveau type” qui correspond au contexte de l’époque de la décomposition du capitalisme et de la révolution prolétarienne (...). Le fascisme n’est pas né totalitaire, il l’est devenu au moment où les cercles dirigeants de la bourgeoisie ont atteint le degré le plus haut d’unification économique et politique. Même l’idée de totalitarisme n’est pas issue de l’idéologie fasciste. Il faut voir le totalitarisme comme la réflexion du changement qui est survenu et de le domination du capital financier » (Togliatti, Leçons) ». (Origines et variantes du fascisme)
Antonio Gramsci
Présentation
Antonio Gramsci (1891-1937) est la principale figure du Parti Communiste naissant en Italie suite à la révolution russe, dont il a été également le principal théoricien. Il sera emprisonné par le pouvoir fasciste, qui le considérait comme une menace vitale de par sa capacité d’analyse de la société italienne.
Le fascisme comme expression de la petite-bourgeoisie
En tant que dirigeant du mouvement communiste en Italie exactement au moment où le fascisme de développe et finit par triompher, Antonio Gramsci a été en première ligne dans la tentative d’analyse de ce phénomène «nouveau » Gramsci a ainsi pu voir comment le fascisme a mis en place le corporatisme, découpage de la société en strates totalement compartimentées et soumises à l’Etat fasciste. Il interprète cette forme d’organisation sociale comme correspondant à l’idéologie de la petite-bourgeoisie.
« Le gouvernement fasciste ne peut se maintenir au pouvoir que tant qu’il rend la vie impossible à toutes les organisations non fascistes. Mussolini a fondé son pouvoir sur l’appui de couches profondes de la petite bourgeoisie qui, n’ayant aucune fonction dans la production et ignorant, en conséquence, les antagonismes et les contradictions résultant du régime capitaliste, croyaient fermement la lutte des classes être une invention diabolique des socialistes et des communistes.
Toute la conception « hiérarchique » du fascisme résulte de cet esprit petit-bourgeois. De là le concept de la société moderne formée d’une série de petites corporations organisées sous le contrôle de l’élite fasciste, dans lequel se trouvent concentrés tous les préjugés et tous les penchants utopistes de l’idéologie petite bourgeoise. De là la nécessité de créer un syndicalisme « intégral », revu du syndicalisme démocratique chrétien où l’idée de la nation, élevée à la divinité, est substituée à l’idée religieuse. » (L’échec du syndicalisme fasciste, 1924).
Gramsci voit le fascisme comme une tentative de préserver la stabilité autant que possible. Il dit que « La crise radicale du régime capitaliste, qui a débuté avec la guerre en Italie comme dans le monde entier, n’a pas été résolue par le fascisme.
Usant d’une méthode de gouvernement répressive, le fascisme avait rendu très difficiles et même presque totalement interdit les manifestations politiques de la crise capitaliste générale, mais il n’a cependant pas marqué l’arrêt de celle-ci et, moins encore, une reprise et un développement de l’économie nationale.» (La crise italienne, 1924).
Pour Gramsci, le fascisme est le produit de la crise: la petite-bourgeoisie s’effondrant en tant que classe se mobilise contre la classe ouvrière au nom de l’intérêt national. Si le fascisme a triomphé en Italie, c’est parce que le Sud est peu industrialisé alors que le Nord l’est beaucoup; dans ce cadre seule la petite-bourgeoisie apparaît comme une classe « unifiant » le pays et capable d’avoir un «programme. » Mais l’Etat fasciste ne réalise nullement ce programme, bien au contraire il renforce l’écrasement du prolétariat et des classes moyennes: le fascisme est donc fondamentalement instable.
Gramsci considère donc que le fascisme ne pourra pas durer, notamment en raison de l’influence grandissante de la bourgeoisie agraire dans le mouvement fasciste, et considère que Mussolini n’est qu’une figure pitoyable : « L’assassinat de Matteotti a été la preuve par neuf que le Parti fasciste ne parviendra jamais à être un parti de gouvernement normal, que Mussolini ne possède rien de l’homme d’État et du dictateur, si ce n’est quelques poses pittoresques purement extérieures : Mussolini n’est pas un élément déterminant de la vie nationale ; c’est un phénomène du folklore local, destiné à passer à la postérité, à la suite des différents « masques » provinciaux italiens, plutôt qu’à s’inscrire dans la lignée des Cromwell, des Bolivar, des Garibaldi » (La crise italienne, 1924).
Le fascisme est un phénomène nouveau, unique en son genre, et théoriquement imprévisible: « La caractéristique du fascisme consiste en ce qu’il est parvenu à constituer une organisation de masse de la petite bourgeoisie. C’est la première fois dans l’histoire qu’une chose pareille se produit. L’originalité du fascisme réside en ce qu’il a trouvé la forme d’organisation adaptée à une classe sociale qui a toujours été incapable d’avoir une unité et une idéologie unitaire : cette forme d’organisation est celle de l’armée en campagne. » (La crise italienne, 1924).
La lutte antifasciste
Si Gramsci a une conception du fascisme qui est proche du trotskysme, sa conception de la lutte antifasciste relève par contre des positions de l’Internationale Communiste à laquelle appartient le Parti Communiste d’Italie. Gramsci raisonne en effet en termes d’organisation et d’étapes; il considère que l’antifascisme est nécessaire et soutient ainsi l’union des forces antifascistes. Une vision par « étapes » qui s’oppose au principe trotskyste de la « révolution permanente ».
Pour Gramsci, la lutte contre le fascisme a une base démocratique, non révolutionnaire. La lutte antifasciste est une phase de transition et le Parti Communiste a une fonction d’avant-garde.
La différence avec la conception de Dimitrov est par contre énorme. Alors que pour Dimitrov et les communistes le fascisme représente politiquement parfaitement les intérêts de la bourgeoisie financière, pour Gramsci le fascisme n’est qu’un agrégat informe: « Il n’existe pas de Parti fasciste capable de transformer la quantité en qualité, pas de Parti fasciste qui soit un appareil de sélection politique pour une classe ou pour une couche sociale ; il n’existe qu’un agrégat mécanique indifférencié et indifférenciable du point de vue des capacités intellectuelles et politiques, qui ne vit que parce qu’il a acquis dans la guerre civile un esprit de corps extrêmement vigoureux, grossièrement identifié avec l’idéologie nationale. » (La crise italienne, 1924).
Pour Gramsci, les fascistes ne peuvent pas s’emparer de l’Etat, ses structures restant intouchables: armée, magistrature, police, presse, Vatican, franc-maçonnerie, Cour, etc.
Gramsci paiera cher cette erreur. Gramsci avait qualifié le fascisme d’« improvisation d’amateurs », mais à son procès, le procureur expliquera qu’« il faut empêcher ce cerveau de penser pendant vingt ans », il meurt alors peu après sa sortie de prison, en 1937.
Pendant ses années de prison, il écrira ses « cahiers », traitant à mot couvert du marxisme et de la société italienne, mettant en avant la notion d’hégémonie et le rôle de la culture.
Mais la conception du fascisme comme mouvement tentaculaire était déjà comprise pareillement par les communistes du monde entier: en Italie par Palmiro Togliatti qui avait pris le relais de Gramsci au sein des communistes d’Italie, en Allemagne où le Parti Communiste multipliait les organismes générés (du théâtre jusqu’aux clubs de motos) et surtout en Chine.
Mao Zedong
Présentation
Mao Zedong (1893-1976) a été le dirigeant de la révolution chinoise. Adoptant la ligne de l’Internationale communiste, il développe la ligne de la guerre populaire dans la confrontation avec le fascisme chinois et le fascisme japonais, avant de mettre en avant certains points essentiels selon lui au marxisme (principalement la dialectique et la culture).
Fascisme chinois et fascisme japonais
Mao Zedong a été le premier grand théoricien de la notion de fascisme dans les pays contrôlés par le colonialisme. Selon lui, les colonisateurs font en sorte qu’émergent de nouvelles classes sociales qui lui soient liées. Dans les villes existe ainsi la bourgeoisie compradore, terme venant du portugais; il s’agit d’une bourgeoisie bureaucratique, servant d’intermédiaire au service des colonisateurs. Dans les campagnes, les colonisateurs soutiennent la mise en place de grands propriétaires terriens. La colonisation installe donc des régimes fascistes, où la dictature prévaut. Les communistes ont donc considéré la Chine comme un régime de type fasciste, où « la terreur ouverte prévaut » (Zhou Enlai, A propos du fascisme chinois).
De fait, en Chine les communistes se sont confrontés à deux fascismes: le fascisme chinois et le fascisme japonais lors de son invasion. Ce combat contre deux fronts a été très compliqué et a nécessité en Chine un grand débat, qui a été en même temps international. L’Internationale communiste issue de la révolution russe de 1917 avait appelé au soulèvement des peuples opprimés et en son sein de grands débats se sont développés autour de ce thème. Si en effet le caractère colonial d’un pays était évident, facile à reconnaître, comment fallait-il considérer la bourgeoisie nationale? Etait-elle une alliée ou une ennemie?
Les trotskystes ont mis en avant la « révolution permanente » mais c’est le principe de révolution ininterrompu (ou par étapes) qui a prévalu chez les communistes. La raison en est que la bourgeoisie nationale a un double caractère: d’un côté elle préférerait la révolution car elle est elle-même opprimée par les pays impérialistes, mais elle a logiquement peur de la révolution. Mao Zedong parle donc de la bourgeoisie nationale comme d’une alliée potentielle, possible mais non nécessaire, mais surtout il rejette la « révolution permanente » car selon lui les étapes sont inévitables: il faut mener à bien la révolution démocratique que la bourgeoisie nationale est justement incapable de mener.
Voilà pourquoi les communistes de Chine ont tout fait pour faire imploser le Kuomintang: si les fascistes chinois étaient dans ce parti, d’autres forces sociales y étaient présentes, et étaient nécessaires pour vaincre l’invasion japonaise. Cela était d’autant plus compliqué qu’il existait plusieurs seigneurs de la guerre, qui contrôlaient certains territoires et étaient autant de régimes fascistes au service de tel ou tel pays colonial. Mao Zedong parle ainsi de régime semi-colonial semi-féodal, et pour lui tous ceux qui sont contre ce régime doivent s’unir : « L’étape actuelle de la révolution en Chine est une étape de transition qui va de la liquidation de la société coloniale, semi coloniale et semi-féodale à l’édification d’une société socaliste, c’est le processus de la révolution de démocratie nouvelle (...). Tous ceux qui sont pour la résistance et la démocratie sont qualifiés pour participer à ce pouvoir [de front uni national anti-japonais], quel que soit le parti ou le groupement politique auxquels ils appartiennent. » (La révolution chinoise et le Parti Communiste de Chine). Mao Zedong met donc en avant une philosophie antifasciste propre à son pays et son époque: « Tout homme doit mourir un jour, mais toutes les morts n’ont pas la même signification.
Un écrivain de la Chine antique, Sema Tsien, disait : «Certes, les hommes sont mortels; mais certaines morts ont plus de poids que le mont Taichan, d’autres en ont moins qu’une plume.»
Mourir pour les intérêts du peuple a plus de poids que le mont Taichan, mais se dépenser au service des fascistes et mourir pour les exploiteurs et les oppresseurs a moins de poids qu’une plume. » (Servir le peuple).
Fascisme et culture dominante
Dans les années 1960-1970, Mao Zedong a affirmé que l’URSS était devenue un régime fasciste avec l’accession de Khrouchtchev à la direction du Parti Communiste d’Union Soviétique. Selon lui, l’idéologie commande tout, et dans un pays socialiste, si la culture dominante n’est pas systématiquement une culture au service du peuple, alors le fascisme se développe dans les esprits et accumulent des forces. Le principe de « révolution culturelle» est la conséquence de cette analyse: les traditions devenant de plus en plus pesantes et bloquant l’émergence du « nouveau » (par-rapport à l’« ancien »), il faut balayer celles-ci.
« La lutte de classes, la lutte pour la production et l’expérimentation scientifique sont les trois grands mouvements révolutionnaires de l’édification d’un pays socialiste puissant.
Ces mouvements constituent une sûre garantie permettant aux communistes de se garder de toute bureaucratie, de se prémunir contre le révisionnisme et le dogmatisme et de demeurer toujours invincibles, une sûre garantie permettant au prolétariat de s’unir avec les larges masses travailleuses et de pratiquer une dictature démocratique.
Si, en l’absence de ces mouvements, on laissait se déchaîner les propriétaires fonciers, les paysans riches, les contre-révolutionnaires, les mauvais éléments et les génies malfaisants, tandis que nos cadres fermeraient les yeux et que nombre d’entre eux n’opéreraient même pas de distinction entre l’ennemi et nous, mais collaboreraient avec l’ennemi, se laissant corrompre, démoraliser et désunir par lui, si nos cadres étaient ainsi entraînés dans le camp ennemi ou si l’ennemi parvenait à s’infiltrer dans nos rangs, et si beaucoup de nos ouvriers, paysans et intellectuels se laissaient aussi séduire ou intimider par l’ennemi, alors il se passerait peu de temps, peut-être quelques années ou une décennie, tout au plus quelques décennies, avant qu’une restauration contrerévolutionnaire n’ait inévitablement lieu à l’échelle nationale, que le parti marxiste-léniniste ne devienne un parti révisionniste, un parti fasciste, et que toute la Chine ne change de couleur. » (cité dans: Le Pseudo-communisme de Khrouchtchev et les leçons historiques qu’il donne au monde).
George Jackson
Présentation
George Jackson (1941-1971) est un révolutionnaire afro-américain. Condamné à l’âge de 18 ans à 10 ans de prison pour avoir volé 70 dollars lors d’un braquage, il se politise en prison et devient l’un des principaux dirigeants historiques du Black Panther Party. Il fondera également l’organisation militante de prisonniers appelée « Black Guerilla Family. »
Les USA et le fascisme
Emprisonné, Jackson s’est politisé et a fait une relecture de sa vie et de l’existence de la communauté afro-américaine aux USA. Il constate que dominent aux USA des règles et des principes équivalant au fascisme. La fin de l’esclavage n’a fait que marquer un saut qualitatif dans l’oppression; « si vous ne trouvez pas de travail à l’intérieur du complexe industriel, le néo-esclavage actuel ne vous garantit plus le minimum de nourriture et de protection que vous apportait l’autre. Vous êtes libre, libre de crever de faim. Le sens, la signification de l’esclavage est dans le lien qui nous attache à notre salaire. Nous avons besoin de ce salaire ; sans lui, nous sommes condamnés à mourir de faim ou de froid. »
La communauté afro-américaine est donc comprise comme une colonie intérieure; Jackson retrouve la ligne développée par l’Internationale Communiste à l’époque de Staline et qui fût reprise par le Black Panther Party. Et pour lui le prolétariat des USA subit le fascisme, auquel il faut livrer bataille.
Les USA forment un impérialisme puissant, au fascisme organisé et sélectif, au fascisme mutant et opportuniste.
Le système capitaliste cherche à s’adapter, et le fascisme consiste précisément en l’adaptation, voilà pourquoi la seule stratégie possible est le conflit ouvert. Aucun compromis ne peut être possible avec un système qui récupère toute opposition, la paralyse, la neutralise, l’intègre. Jackson considère donc que le fascisme a pris une forme nouvelle, sélective. « L’Etat industriel, l’Etat fasciste moderne, a découvert qu’il est capital de dissimuler l’opulence et la vie de loisir de sa classe dirigeante en offrant aux classes inférieures une sorte de marché aux puces qu’on appelle consommation de masse. » Le pouvoir est centralisé, toutes les structures sont arrangées pour fournir l’illusion de la démocratie et assurer au capitalisme sa domination la plus complète. Les réformistes jouent un rôle essentiel: cooptés par le système, ils sont un rouage vital pour le système.
Jackson constate que les USA sont « une société de masse qui n’est pas une société de masse; une société de masse faite par des autoritaires, dont les intérêts matériels à court terme sont parfaitement adaptés au développement du parfait État totalitaire et de son économie centralisée. »
Voilà pourquoi le fascisme ne peut être défini que dans la lutte pour la victoire du peuple sur lui. « Jamais nous n’aurons une définition complète du fascisme, parce qu’il est en constante évolution, montrant un visage nouveau chaque fois qu’il doit affronter une série donnée de problèmes de menaces contre la prédominance de la classe dirigeante, traditionaliste et capitaliste. Mais s’il fallait à toute force, pour parler clair, le définir d’un mot assez simple pour être compris de tous, ce mot serait « réforme. » Si on lui ajoute l’adjectif «économique», la définition sera plus précise. « Réforme économique », voilà qui se rapproche beaucoup d’une définition admissible des forces motrices du fascisme. »
Une lame dans la gorge du fascisme
De par sa situation, la communauté afro-américaine est en première ligne contre le fascisme; le racisme ne vise justement qu’à empêcher la révolution par la peur de la communauté noire. Il faut donc que celle-ci assume son rôle et la tâche de l’avant-garde est de la guider dans cette tâche.
« Nous envoyons nos enfants dans des centres « culturels » dirigés par des hommes qui nous haïssent, qui haïssent la vérité. Il est clair qu’il vaudrait mieux qu’il n’y ait pas d’école. Brûlez-la, et toute la littérature fasciste, brûlez-la aussi. Les fascistes vont vous apprendre à intervertir le blanc et le noir - il y a de l’argent là-dessous. Brûlez tout ça. Sans la mission et les missionnaires, il n’y aurait pas de collaborateurs. Lisez le Petit Livre Rouge, c’est pour nous le seul moyen de redevenir nous-mêmes.
Brûlez tout cela, et donnez aux colonies de l’intérieur la caisse de dynamite de l’autodétermination, de l’anticolonialisme et de la pensée de Mao ! Noirs, Bruns, Blancs, tous nous sommes des victimes, il faut nous battre !
Au terme de cette lutte de masses, collective, naîtra un homme nouveau, il est l’avenir, le produit de l’évolution, il n’en sera que mieux équipé pour mener la véritable lutte, la lutte permanente post révolutionnaire - celle qui instaurera des rapports nouveaux entre les êtres humains. »
George Jackson est devenu le théoricien le plus expressif de l’oppression vécue par la population afro-américaine; nul autre que lui n’a parlé de manière plus profonde de la psychologie, de l’esprit des personnes opprimées aux USA. Justement pour cela, il met le principe de révolte au coeur du processus révolutionnaire, de révolte révolutionnaire.
Jackson prône la continuité avec l’histoire du mouvement communiste né en Europe; critiquant l’option « sexe - musique - drogues » d’une partie du mouvement contestataire, il lui oppose « Huey Newton et son idée de communes noires, établies au coeur des agglomérations populeuses de l’Etat ennemi. Cette idée admet la violence, autant qu’il en faudra pour faire aboutir les exigences du peuple et des travailleurs. Ces communes seront reliées par un parti d’avant-garde national et international, et unies aux autres sociétés révolutionnaires du monde (...).
Chez les Noirs, les traits autoritaires sont surtout les effets du terrorisme et de l’absence de stimulation intellectuelle. La commune les rachètera. Pour l’heure, le travailleur noir se borne à choisir la stratégie de survie la moins dangereuse et compliquée. Toutes les classes et toutes les personnes sont sujettes au syndrome autoritaire. C’est une régression atavique vers l’instinct grégaire (...). Nous ne pouvons pas nous retirer des villes (...). Il faut forcer les fascistes à se retirer. Et sous la protection des fusils qui les forceront à partir, nous bâtirons les nouvelles communes noires. Une lame dans la gorge du fascisme. »
Une lame dans la gorge du fascisme: tel est la nature et le devoir de la communauté afro-américaine dans le combat contre le fascisme «amérikkkain.»
Ibrahim Kaypakkaya
Présentation
Ibrahim Kaypakkaya (1949-1973) est l’une des principales figures du mouvement issu de 1968 en Turquie. Jeune étudiant il a analysé de manière approfondie la Turquie et en a conclu que celle-ci est un pays fasciste, le kémalisme correspondant à une forme de fascisme typique des pays néo-colonisés. Il meurt à 24 ans après avoir fondé une guérilla.
Le kémalisme: pseudo démocratie, vrai fascisme
Au sortir de la première guerre mondiale, la Turquie a vécu une « révolution », guidée par
Mustafa Kémal et ayant amené une modernisation du pays, qui devint une république, défendant notamment la laïcité. Ibrahim Kaypakkaya a été le premier théoricien à considérer que cette révolution était en fait une révolution par en haut, instaurant un régime fasciste.
Si aujourd’hui l’extrême-gauche en Turquie considère ce pays comme fasciste, les avis divergent concernant le moment où le fascisme est apparu. Certains considèrent que le kémalisme a été trahi, d’autres que le kémalisme a modifié sa nature après avoir libéré le pays pour lui donner son indépendance.
Kaypakkaya affirme au contraire que le kémalisme est une révolution par en haut pour empêcher celle par en bas. Pour des raisons historiques, la Turquie était avant la première guerre mondiale l’empire ottoman; totalement sous le contrôle des capitaux européens, il a été amené par l’Allemagne à s’engager à ses côtés dans le conflit mondial. Selon Kaypakkaya, qui reprend l’analyse de Mao Zedong sur la Chine, la « révolution » kémaliste n’a consisté qu’en la liquidation des anciennes couches semi-coloniales semi-féodales par des nouvelles. La « turquification» du pays s’explique ainsi: les couches sociales éjectées du pouvoir étaient notamment grecques et arméniennes. D’où les slogans nationalistes en Turquie valables encore aujourd’hui comme « un turc vaut monde » ou « heureux celui qui peut dire: je suis un Turc », ou la conception (appelée théorie soleil-langue) comme quoi toutes les langues du monde viennent du turc, etc.
La bourgeoisie commerçante turcophone a été obligé de s’opposer à l’intervention franco-anglaise suivant la défaite allemande en 1918 afin de sauver son existence, tout comme les propriétaires terriens mais cela n’est pas allé plus loin et ces couches sociales sont devenues « compradore. » « La révolution kémaliste est une révolution de la couche supérieure de la bourgeoisie commerçante, des propriétaires terriens, des usuriers turcs et un nombre plus faible de la bourgeoisie industrielle existante. C’est-à-dire que les chefs de la révolution sont les classes de la grande bourgeoisie compradore turque et les propriétaires terriens. La bourgeoisie moyenne avec un caractère national n’a pas participé à la révolution en tant que force guide. » (A propos du kémalisme).
Les coups d’Etat marquent le passage de la soumission à une puissance impérialiste à la soumission à une autre; le putsch de 1950 amène ainsi la soumission aux USA. Même si le kémalisme a une apparence parfois démocratique, en pratique la culture et l’idéologie dominante présuppose une mobilisation nationaliste de masse orchestrée par la bourgeoisie compradore, qui participe aux plans des pays impérialistes et qui n’hésite pas d’ailleurs à avoir des visées expansionnistes – militaristes parallèlement à leurs plans à eux. Toute critique du kémalisme est interdite en Turquie, il est possible d’être «libre » mais seulement dans le cadre des valeurs kémalistes. Le masque est démocratique, mais c’est l’armée qui décide de tout en dernier ressort, « la réalité de la Turquie nous montre que le kémalisme est un anticommunisme fanatique.» (A propos du kémalisme).
La conception de Kaypakkaya est originale pour la Turquie, mais pas dans le monde, où dans les années 1960-1970 les partisans de Mao Zedong ont qualifié les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine de «pays semi-féodaux semi-coloniaux » et appelé à suivre la « voie de la Chine. » Il s’agit alors d’une « guerre populaire » revenant à une « guerre de libération nationale », première étape d’une révolution devenant par la suite socialiste.
Zeev Sternhell
Présentation
Zeev Sternhell, né en 1935, est un universitaire israélien né en Pologne. Il est connu en France pour avoir été le seul historien institutionnel à considérer que le fascisme a existé en France. Sternhell considère même que l’idéologie fasciste est née en France dans la seconde moitié du 19ème siècle, avant d’être adoptée dans d’autres pays, notamment en Italie.
La France comme laboratoire idéologique du fascisme
A l’opposé de l’interprétation de Gramsci, Sternhell considère que le fascisme est une idéologie extrêmement cohérente, qui s’est développée lentement et synthétise plusieurs courants d’idées. Historien universitaire, Sternhell a étudié la France de la fin du 19ème siècle, notamment l’œuvre de Maurice Barrès, le principal intellectuel d’extrême droite avec Charles Maurras. Barrès critiquait le «déracinement », la perte des valeurs nationales, identitaires, et a développé ainsi une critique « de droite » du capitalisme.
Sternhell a de cette manière constaté que les conceptions du fascisme italien provenaient de France. Sternhell s’intéresse principalement à l’histoire des idées; il analyse très peu les classes sociales; ce qui l’intéresse, c’est l’idéologie. De là, il affirme que « Si l’Allemagne est la patrie de l’orthodoxie marxiste, la France est le laboratoire où se forgent les synthèses originales du XXème siècle.
C’est là que se livrent les premières batailles qui mettent aux prises le système libéral avec ses adversaires; c’est en France que se fait cette première suture de nationalisme et de radicalisme social que fut le boulangisme; c’est la France qui engendre aussi bien les premiers mouvements de masse de droite que ce premier gauchisme que représentent Hervé ou Lagardelle, gauchisme qui conduira finalement ses adeptes aux portes du fascisme.» (Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire: les origines françaises du fascisme 1885-1914)
Pour Sternhell en effet, le fascisme est le fruit d’un refus du marxisme par une partie de la gauche française. A la fin du 19ème siècle le courant syndicaliste révolutionnaire est très puissant en France, il domine la CGT et s’oppose à la social-démocratie. Rejetant le marxisme qu’ils assimilent au réformisme social-démocrate, les syndicalistes révolutionnaires vont chercher d’autres voies. Est alors élaboré par Georges Sorel (1847-
1922) le principe de la « grève générale » qui sert de mythe mobilisateur, avec la « violence créatrice » des masses organisées en syndicats. « Le syndicat : tout l’avenir du socialisme réside dans le développement autonome des syndicats ouvriers » (Matériaux pour une théorie du prolétariat).
Mais les masses restant rétives au projet syndicaliste révolutionnaire, la déception amène l’adhésion massive à l’idéologie nationaliste. C’est en quelque sorte un retour à l’idéologie de Proudhon soutenu par Napoléon III, et la mise en avant du corporatisme: la société est divisée en corporations, le tout chapeauté par l’Etat. Les royalistes de l’Action française s’empresseront de reprendre cette idée, expliquant que le royalisme c’est «l’anarchie plus un »: le roi au milieu des corporations maintient la cohésion sociale.
Et cela explique aussi pourquoi en 1914, les syndicalistes révolutionnaires s’engageront massivement dans l’Union sacrée, jusqu’à Emile Pouget qui expliquait avant celle-ci les valeurs du sabotage contre le capitalisme.
Comme le dit Sternhell, « Incontestablement, certains syndicalistes révolutionnaires se considèrent comme une aristocratie nouvelle menant à la guerre – la guerre sociale – l’immense armée des prolétaires ».
Comme Sorel et Berth, les autres théoriciens de ce syndicalisme subissent aussi l’influence de Nietzsche. Ils accueillent avec faveur son mépris de la mentalité bourgeoise et n’hésitent pas à faire un révolutionnaire de son surhomme.
Son concept de l’élite, l’importance qu’il attache à la violence, à l’héroïsme, au dynamisme et à la foi, à l’activisme en somme, vont fortement modifier le marxisme jusque-là professé par les syndicalistes. Dès lors, ceux-ci vont mettre l’accent sur la puissance créatrice de l’individu et sa capacité de changer le cours de l’histoire.
L’élan révolutionnaire devient ainsi fonction de foi et non plus conscience de l’évolution historique. Voilà pourquoi la rencontre avec l’Action française ne sera pas fortuite, mais le résultat d’une conception très proche du politique et des forces historiques. » (Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche: l’idéologie fasciste en France)
Le fascisme comme « refus de la vie commode »
Dans la logique de Sternhell, le fascisme est une idéologie quasi mystique, un idéalisme « antibourgeois », une version « révolutionnaire», anti-matérialiste. Le « refus de la vie commode» mis en avant par Mussolini est en quelque sorte une tentative de dépasser le pourrissement des institutions pour éviter que le dépassement ne soit fait par les marxistes. Le fascisme forme une nouvelle élite, aux valeurs de combat, capable de restaurer les valeurs, de créer des institutions nouvelles, s’exprimant par la guerre vue comme une « hygiène de vie. »
Sternhell analyse précisément cette idéologie qu’est le fascisme: « Le sens de l’urgence d’une renaissance physique de la nation est alors extrêmement vif. Cette idolâtrie du sport et de l’activité physique, la vénération de la vie en plein air, mais aussi de la vie en groupe et de l’esprit d’équipe, permettent de creuser un fossé quasiment charnel entre la société libérale et bourgeoise, sédentaire, conformiste et individualiste, et le nouveau monde fasciste, viril, puissant, fondé sur l’exaltation de ces valeurs collectives par excellence que sont la nation et la race. «Une nation est une, exactement comme est une l’équipe sportive» écrit Brasillach... » (Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche: l’idéologie fasciste en France).
Mais l’historien souligne également de manière très nette l’aspect anti-matérialiste du fascisme. Le fascisme se pose comme antimarxisme, comme anti-matérialisme; pour lui la solution est dans l’idéalisme, dans le fait de transcender son être tel un aristocrate pour servir le grand tout qu’est la nation.
Selon Sternhell, l’idéologie fasciste n’aurait pas pu naître de cette manière s’il n’y avait pas eu des syndicalistes révolutionnaires pourra affirmer que le marxisme était faux, qu’il prétendait expliquer tout alors que ce n’était pas possible. Le fascisme se fonde sur une critique du marxisme faite au sein de la gauche.« Les divers courants de la psychanalyse, les disciples et les vulgarisateurs de Freud ont abondamment développé les découvertes du maître pour en conclure l’impuissance de l’homme à changer son propre sort ou le cours de l’histoire. Selon eux, la condition humaine est fixée pour l’éternité par les impulsions de l’inconscient.
L’œuvre de Le Bon [auteur de Psychologie des foules], de Tarde, de Freud, de Jung, favorise grandement la percée d’une pensée politique anti-intellectualiste, anti-rationaliste et déterministe.
Que Freud se doit lui-même défini comme conservateur n’est pas fortuit; qu’il fut finalement très proche d’un Walras, d’un Pareto ou d’un Mosca n’est pas une coïncidence inexplicable.
Et ce n’est pas non plus l’effet du hasard si les Origines de la France contemporaine [de Taine] présentent des ressemblances avec Psychologie collective et analyse du moi [de Freud].
Toute cette convergence d’idées tient de l’essence d’une même idéologie marquée par la crainte de la foule, de la vile populace et des forces obscures mises à jour par la démocratie.» (Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français).
Le fascisme c’est donc le rejet de la démocratie en tant que telle: Sternhell n’est jamais ouvertement clair à ce sujet, mais il est évident de ce qu’il explique que le fascisme se combat par un front populaire. Et il est évident ici que ce front populaire doit avoir des valeurs antifascistes, c’est-à-dire anti-aristocratiques, anti-élitistes.
C’est seulement en France qu’existe cette image « progressiste » ou « créatrice » de Nietzsche, véhiculée par des philosophes français. En Allemagne comme dans tous les autres pays, Nietzsche a toujours été compris comme un ultra-conservateur élitiste, haïssant le peuple et appelant à la naissance des surhommes.
Le philosophe allemand de la fin du 19ème siècle (donc de la même époque que Marx) est ainsi presque un modèle pour comprendre les valeurs du fascisme : « Son dégoût [à Nietzsche] de la réalité, de la société moderne et du progrès technique l’amènent, à la fin de sa vie, non seulement à dénoncer la civilisation de son temps, mais à souhaiter sa ruine et à annoncer l’avènement d’un âge nouveau, héroïque et viril.
Le nouveau type d’homme vivra dangereusement et sera fait pour dominer. L’humanité selon Nietzsche se divise en vile multitude et en élite: chacune de ces deux catégories remplit une fonction différente et a une morale différente. L’élitisme nieztschéen n’est pas un phénomène isolé: il se rencontre avec l’élitisme de Renan et de Taine, avec les conceptions sociales de Dostoïevsky, ou encore avec l’élitisme que Mosca, Pareto et l’école italienne de sociologie politique ont érigé en un véritable système de gouvernement (...).
Bien sûr, la philosophie de Nietzsche n’a souvent que peu de chose à voir avec la légende nietzschéenne, ou même avec le nietzschéisme élémentaire qui se répand alors bien au-delà du cercle des lecteurs attentifs, dans la plupart des cas d’ailleurs dans un sens totalement opposé à celui que Nietzsche lui-même donnait à ses intentions.
C’est pourtant ce nietzschéisme là qui influencera si profondément la jeune génération européenne de la fin du siècle. C’est ce nietzschéisme qui, avec le message de Dostoïevsky dont le nationalisme russe rappelle parfaitement le pangermanisme de Treitschke et dont la haine de la civilisation scientifique et industrielle et du rationalisme occidental est sœur de la haine de Nietzsche, formera cette synthèse curieuse et qui devrait être plus tard terriblement explosive.
En condamnant le positivisme, cette synthèse ne s’attaque plus seulement à certaines structures sociales ou à la nature des institutions politiques, mais aussi à la civilisation occidentale en soi, considérée comme radicalement viciée. » (Zeev Sternhell: Maurice Barrès et le nationalisme français)
Toute cette évolution explique paradoxalement pourquoi en France le fascisme a eu du mal à se développer, tout en conservant des bastions. « Il convient de mentionner le niveau intellectuel tout à fait exceptionnel de la littérature et de la pensée fascistes [en France]. L’oeuvre de Gentile mis à part, il n’existe nulle part en Europe d’idéologie fasciste de qualité comparable.
Il importe ensuite de souligner que, parallèlement à l’aspect mystique et irrationnel, romantique et émotionnel, le fascisme français s’est donné aussi une dimension planiste, technocratique et « manageriale », serait-on tenté de dire. Cet aspect essentiel, et souvent méconnu, du fascisme provient de la crise du socialisme d’alors, elle-même résultat de l’impuissance de la pensée marxiste à répondre au défi que présente la crise du capitalisme.
Plus qu’ailleurs, c’est en France que fleurissent toutes les chapelles du fascisme, tous les clans et groupuscules possibles et imaginables. Ce foisonnement de tendances et d’écoles est certes pour beaucoup dans l’impuissance politique du fascisme français. Mais il atteste aussi de sa richesse idéologique et de son potentiel. L’imprégnation fasciste dans ce pays fut bien plus profonde et les milieux touchés bien plus nombreux qu’on ne l’imagine ou qu’on ne le reconnaît d’ordinaire » (Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche: l’idéologie fasciste en France).
Moishe Postone
Présentation
Moishe Postone, né en 1942, est un universitaire nord-américain. S’appuyant sur les travaux de Marx, il a étudié la théorie de la valeur ainsi que l’antisémitisme.
Les camps de la mort: une usine capitaliste inversée
Gossweiler n’a pas étudié ni la culture ni l’antisémitisme; son travail se fonde uniquement sur la formation pratique et théorique des structures nazies. La thèse de Postone, elle, met l’accent sur le côté froid et « rationnel » du nazisme, le fait que le génocide ait été « calculé. » La population juive a été exterminée sans qu’aucun intérêt matériel n’existe; les nazis considéraient cela comme leur « mission », et même leur mission « centrale », prioritaire. Selon Postone, « ni une explication fonctionnaliste du meurtre de masse ni une théorie de l’antisémitisme centrée sur la notion de bouc émissaire ne sauraient fournir d’explication satisfaisante au fait que, pendant les dernières années de la guerre, une importante partie des chemins de fer fut utilisée pour transporter les juifs vers les chambres à gaz et non pour soutenir la logistique de l’armée alors que la Wehrmacht était écrasée par l’Armée rouge.
Une fois reconnue la spécificité qualitative de l’anéantissement du judaïsme européen,
il devient évident que toutes les tentatives d’explication qui s’appuient sur les notions de capitalisme, de racisme, de bureaucratie, de répression sexuelle ou de personnalité autoritaire demeurent beaucoup trop générales» (Antisémitisme et national-socialisme).
Qui est alors responsable du génocide juif? Postone se fonde uniquement sur le principe du « fétichisme de la marchandise » élaborée par Karl Marx dans le Capital. Il va, en s’appuyant sur cela, élaborer l’explication la plus originale du génocide juif, explication qui aura un énorme succès au sein du mouvement autonome en Allemagne. Selon lui, c’est la marchandise elle-même qui doit être étudiée. Postone constate en effet que, « quand on considère les caractéristiques spécifiques du pouvoir que l’antisémitisme moderne attribue aux juifs – abstraction, insaisissabilité, universalité et mobilité –, on remarque qu’il s’agit là des caractéristiques d’une des dimensions des formes sociales que Marx a analysées : la valeur » (Antisémitisme et national-socialisme).
En quelque sorte, les nazis ont pris les « Juifs» comme cible de leur « anticapitalisme» de la même manière que Proudhon avait pris comme cible l’argent (et que Proudhon ait été antisémite ne relève pas du hasard vu l’imaginaire antisémite). Dans la logique de Postone, Proudhon opposait le concret – le travail – à l’abstrait, c’est-à-dire l’argent, car il ne comprenait pas les rapports sociaux comme Marx a pu le faire. « Le capitalisme se caractérise par des rapports sociaux médiatisés, objectivés dans des formes catégorielles dont l’argent est l’une des expressions et non la cause. En d’autres termes, Proudhon a confondu la forme phénoménale du capitalisme – l’argent en tant qu’objectivation de l’abstrait – avec l’essence du capitalisme » (Antisémitisme et national-socialisme).
Et les nazis ont fait de même; ils ont voulu purifier le capitalisme de l’élément abstrait, personnifié pour eux en la personne du « Juif »« L’usine capitaliste est un lieu où est produite la valeur, production qui, « malheureusement», doit prendre la forme d’une production de biens, de valeurs d’usage. C’est en tant que support nécessaire de l’abstrait que le concret est produit. Les camps d’extermination n’étaient pas la version d’horreur d’une telle usine – il faut y voir au contraire la négation «anticapitaliste », grotesque, aryenne, de celle-ci. Auschwitz était une usine à «détruire la valeur », c’est-à-dire à détruire les personnifications de l’abstrait» (Antisémitisme et national-socialisme).
Les « Juifs » étaient ainsi un fétiche négatif, l’expression de la finance, de l’argent, de l’abstrait, l’abstraction elle-même: le nazisme les révèle et les liquide, pour rendre la société pure. Voilà pourquoi le nazisme mettait l’accent sur la pureté, la communauté, la race: il s’agissait d’un « anticapitalisme » idéaliste, servant naturellement les capitalistes.
Le nazisme: un anticapitalisme idéaliste, romantique
Les thèses de Postone sont uniques; c’est la seule fois où l’antisémitisme moderne a été étudié à la perspective des thèses de Marx sur la marchandise. Pour en arriver à ces thèses, Postone a considéré que l’ensemble de la culture « chrétienne – occidentale » européenne avait une composante antisémite, liant les Juifs avec le « pouvoir » (celui de tuer Jésus, de créer le capitalisme, d’amener le socialisme, etc.). Le racisme anti-juif a cela de particulier que non seulement la population juive est vue comme étant composée de « sous-humains », comme pour les autres racismes, mais il s’y ajoute des éléments comme le côté insaisissable, invisible: parce que le « pouvoir » juif n’est pas « enraciné », il est « partout », caché, tout puissant, conspiratif. Et ces éléments différents des autres racismes en amène un autre: l’aspect « systématique » ou (soit disant) scientifique de l’antisémitisme moderne, car l’antisémitisme moderne prétend absolument tout expliquer.
Postone constate alors que toutes les caractéristiques que l’antisémitisme moderne donne aux « Juifs » - abstrait, insaisissable, mobile, universel-, sont les mêmes caractéristiques que possèdent en réalité la valeur de la marchandise, car une marchandise est d’un côté un objet utile et concret, mais de l’autre une entité abstraite, dont on s’explique mal ou pas la valeur, le « prix », la « valeur.» Postone considère alors que sa thèse est la seule valable, car s’il est vrai que le fascisme s’imagine être une « révolte contre le monde moderne », le fait est qu’il ne s’est jamais « révolté » contre l’industrie, alors qu’il a prétendu (soit disant) le faire contre la finance. Et pour cause: l’antisémitisme moderne est lié à l’aliénation, au fait que les marchandises semblent s’échapper des mains du travailleur pour être jetées sur le marché. Le travail concret devient abstrait car le fruit du travail est arraché des mains du travailleur, d’où l’apologie par les nazis de la féodalité, des corporations, de l’époque où les travailleurs étaient des artisans, etc., par opposition à la population juive personnifiant pour les nazis l’aspect « abstrait. » La communauté (nationale) ne peut devenir elle-même qu’en supprimant le côté abstrait; telle est l’idéologie de l’« authenticité» mis en avant par le nazisme.
Il n’y a plus d’histoire propre au capitalisme, il n’y a que la communauté en général face à un abstrait particulier.
Voilà ce qui explique également la forme « romantique » du nazisme, sa conception « anti-bourgeoise » (alors qu’en fait le nazisme est un phénomène vivant dans le capitalisme et par lui, et non pas contre lui). L’anticapitalisme romantique ne s’intéresse qu’aux formes de l’abstraction, formes qu’il oppose à la réalité « naturelle », évidemment communautaire ou nationale selon lui. A l’opposé du marxisme, le travail concret est considéré comme « non capitaliste », voire « anticapitaliste. » De fait, le socialisme utopique et l’anarchisme ont une conception similaire: ils opposent une société «vraie », quasiment un « organisme », qui est «parasitée. »
Voilà pourquoi l’anticapitalisme romantique ne s’oppose pas aux machines, au machinisme, à l’industrie: « dans ce type d’« anticapitalisme» fétichisé, tant le sang que la machine sont vus comme principes concrets opposés à l’abstrait. L’accent positif mis sur la « nature », le sang, le sol, le travail concret, la communauté (Gemeinschaft) s’accorde sans problème avec une glorification de la technologie et du capital industriel. »
Pour Postone, le nazisme sert le culte de la technologie, le capital industriel. Si le nazisme se présente comme un « retour en arrière » aux valeurs féodales, comme une « nostalgie », en réalité il est l’expression du passage du capitalisme libéral au capitalisme industriel organisé, passage où la vision de la société est « biologisée. » Le « Juif » n’est pas seulement équivalent à l’argent, il devient la personnification du capitalisme lui-même.
Postone a donc une compréhension du nazisme différente de Dimitrov (ou Gossweiler); s’il explique l’antisémitisme par la question de « l’abstrait » et du « concret », il pousse la question du fétichisme de la marchandise tellement loin qu’il explique qu’il s’est développé un faux marxisme, une idéologie totalement coupée de la réalité et interprétant le monde de manière délirante.
Ernst Nolte
Présentation
Ernst Nolte est un universitaire allemand; ultra-conservateur, il est le chef de file de ce qui est le courant dominant idéologiquement dans l’Etat allemand. Il est une référence pour un auteur comme Stéphane Courtois.
Le fascisme comme réponse au communisme
Selon Nolte, le fascisme n’est qu’une «réaction »; il est un « totalitarisme » qui n’est apparu qu’en réponse à un autre totalitarisme considéré comme une menace: le communisme. Le fascisme est « une copie brouillée du bolchevisme. » Selon lui, « ce qu’il y a dans le national-socialisme de plus essentiel, c’est son rapport au marxisme, au communisme particulièrement, dans la forme qu’il a prise grâce à la victoire des bolcheviks » (La Guerre civile européenne). Pour cet auteur ultraconservateur, le nazisme ne s’explique que par le communisme, et c’est là qu’il faut chercher le premier « mal.»
Dans un article ayant fait scandale et ayant amené des intellectuels à le traiter de «révisionniste », Nolte explique que « L’archipel du Goulag n’est-il pas plus originel qu’Auschwitz ? L’assassinat pour raison de classe perpétré par les bolcheviks n’est-il pas le précédent logique et factuel de l’assassinat pour raison de race perpétré par les nazis ? » (Un passé qui ne veut pas passer).
Pour Nolte, le fascisme a des caractéristiques relevant du communisme, bien qu’en tant qu’idéologie il soit en définitif un « antimarxisme. » La folie destructrice nazie ne s’explique que comme « réaction » folle au « génocide de classe » pratiqué par les bolchéviks, puis aux actions des partisans communistes contre l’occupation nazie. De la même manière, niant la culture « völkisch », il explique l’antisémitisme des années 1930 pratiqué par les nazis comme une « réaction » à la politique internationale (notamment face à l’Angleterre), Hitler utilisant la population juive comme « cible » et explication de ce qui le dans monde.
« Hitler a trouvé sa clé d’explication dans les Juifs. Le vrai problème qui provoquait la fureur d’Hitler n’était pas les Juifs en tant que tels mais ce grand mouvement mondial qui menaçait de détruire l’identité allemande. Hitler était naturellement un nationaliste ; il n’était pas seulement un antimarxiste. C’était un nationaliste radical antimarxiste. Chacun sait son succès. Mais ce régime national-socialiste était une opposition imitative. Le marxisme était vraiment l’ennemi. L’antibolchevisme n’était pas, comme certains le pensent, un simple thème rhétorique, une façon de parler. Mon opinion est que l’antibolchevisme était authentique, que c’était quelque chose d’essentiel, d’originel dans le national-socialisme, pour plusieurs raisons. Hitler était raciste, naturellement, parce qu’il était un nationaliste extrémisé. Il croyait que l’Allemagne était menacée par ce courant international. Il voulait défendre la nation allemande mais il ne pouvait faire cela sans développer un certain internationalisme lui-même. C’est cette imitation qui fait du nazisme quelque chose de similaire au phénomène originel (...). Ma thèse est que Maurras, pour ainsi dire, était un Hitler plus profond et moins unilatéral. Maurras voit les Juifs, les étrangers, les protestants etc., comme une troupe d’ennemis. » (Un entretien avec Ernst Nolte).
Fascisme et libéralisme
Mais Nolte va plus loin : analysant le fascisme italien, le nazisme allemand et l’Action française, Nolte explique finalement que le fascisme est un mouvement anti-communiste prenant la direction d’un mouvement contre la « modernité »; il considère même que l’Action française était la « thèse », le fascisme italien l’« antithèse » et le nazisme la « synthèse » des deux précédents mouvements fascistes.
L’anticommunisme n’est que l’aspect politique; sur le plan sociologique le fascisme se veut « anti-bourgeois » et utilisant le terme de « métapolitique » largement employé par les néo-fascistes par la suite, pour expliquer que le fascisme est une philosophie contre la « transcendance. » Nolte résume tout au libéralisme, dont il est un grand défenseur, par exemple en s’opposant à une répression plus grande en Allemagne contre les négationnistes, et en même temps une théorie l’ayant amené à devenir une grande référence pour l’extrême droite. « A mes yeux la tâche politique majeure de l’époque actuelle est de réintégrer dans le système la droite et la gauche. Sous le signe de la Première Guerre mondiale elles avaient évolué vers une forme d’autonomie d’un activisme extrême, pour aboutir à des États totalitaires à parti unique ; après les lourdes épreuves qu’elles ont subies au cours de ce siècle, et bien qu’elles aient changé une nouvelle fois, elles demeurent des réalités nettement identifiables, il faut les réintégrer dans le système (...).
Ce n’est pas le totalitarisme d’un nouveau fascisme ou d’un nouveau bolchevisme qui représente aujourd’hui un réel danger, mais le totalitarisme d’un genre tout différent, celui d’un système libéral totalement débridé que l’on ferait mieux d’appeler « libérisme » car il s’est libéré de tous les contrepoids auxquels il devait jusqu’ici sa signification et son importance. » (Entretien à la Nouvelle revue certitudes).
Nolte contribue largement à l’entreprise visant à « déculpabiliser » l’Allemagne vis-à-vis du nazisme, et ses thèses sont devenues une cible générale de la part des antifascistes.
Otto Rühle
Présentation
L’Allemand Otto Rühle (1874-1943) est une figure du mouvement appelé par Lénine le «gauchisme». Militant socialiste proche de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, opposé pareillement à la première guerre mondiale, il fait partie du Parti Communiste d’Allemagne à sa fondation. Il en est exclu en 1919 pour « gauchisme » et participe à la naissance du Parti Communiste des Ouvriers d’Allemagne (KAPD), puis à l’Union générale des travailleurs d’Allemagne – Organisation unitaire, petite scission de l’Union Générale des Travailleurs d’Allemagne, elle-même scission du KAPD, puis n’est plus organisé à partir de 1924, se rapprochant de l’anarchisme et écrit de nombreuses œuvres sur l’éducation et la psychologie individuelle. Il meurt en exil au Mexique.
Fascisme & bolchévisme
Pour Rühle les choses sont très claires: le bolchevisme est la matrice du fascisme, de par son autoritarisme et sa bureaucratie. Le bolchevisme n’a fait que réaliser le triomphe du capitalisme en Russie, sous la forme « capitaliste d’Etat », et donc « fasciste. » Dans Fascisme brun, fascisme rouge, il explique que « En Russie, le bolchévisme connut le même sort. La victoire du parti de Lénine suffit pour instaurer le capitalisme, mais non pour réaliser le socialisme. Et le capitalisme, non pas au vieux sens du terme, mais conformément à son développement général, le capitalisme d’Etat. Le fascisme russe, sous la forme de la dictature stalinienne, s’est montré totalement adapté à cette nécessité économique. »
Selon Rühle, tout le problème vient de la forme « parti » ; c’est cette forme qui est la cause de tous les malheurs du prolétariat. Si Rosa Luxembourg n’a pas réussi à mener la révolution allemande de 1918, ce n’est pas parce que son parti était trop faible (par rapport au modèle bolchévik), mais parce qu’il s’agissait d’un parti. Rühle reprend en fait, sans le savoir, les arguments syndicalistes-révolutionnaires de la France du 19ème siècle.
La conséquence est alors logique : « la lutte contre le fascisme commence par la lutte contre le bolchevisme. » Car le bolchevisme est le modèle du fascisme et du nazisme: «Il faut placer la Russie au premier rang des nouveaux États totalitaires. Elle a été la première à adopter le nouveau principe d’État. C’est elle qui a poussée le plus loin son application. Elle a été la première à établir une dictature constitutionnelle, avec le système de terreur politique et administrative qui l’accompagne. Adoptant toutes les caractéristiques de l’État totalitaire, elle devint ainsi le modèle pour tous les pays contraints à renoncer au système démocratique pour se tourner vers la dictature. La Russie a servi d’exemple au fascisme. » (La lutte contre le fascisme commence par la lutte contre le bolchevisme).
Le fascisme comme « sous-produit »
En publiant La lutte contre le fascisme commence par la lutte contre le bolchevisme en septembre 1939, Rühle appelle donc à lutter contre l’URSS à la toute veille de la seconde guerre mondiale et alors que le régime nazi est au pouvoir depuis six années déjà. Dans sa perspective, seul le prolétariat est le protagoniste de notre époque; le fascisme n’existe pas ou ne peut être qu’un épiphénomène, un sous-produit. Il peut donc prolonger sa critique (revendiquée d’ultragauche) des positions de Lénine en la prolongeant contre l’URSS et l’Internationale Communiste, accusant « les léninistes Staline et Dimitrov de réaliser un compromis avec la petite bourgeoisie pour lancer le mouvement loufoque des «Fronts populaires».» (La lutte contre le fascisme commence par la lutte contre le bolchevisme). Il considère même que Lénine est à l’origine du type de régime nationaliste.
De la « centralisation » aux « méthodes terroristes », c’est le bolchévisme qui est le modèle du fascisme. « Nationalisme, autoritarisme, centralisme, direction du chef, politique de pouvoir, règne de la terreur, dynamiques mécanistes, incapacité à socialiser— tous ces traits fondamentaux du fascisme existaient et existent dans le bolchevisme. Le fascisme n’est qu’une simple copie du bolchevisme. Pour cette raison, la lutte contre le fascisme doit commencer par la lutte contre le bolchevisme. » (La lutte contre le fascisme commence par la lutte contre le bolchevisme).
Il va de soi que les positions de Rühle n’ont aucun impact historique, à part dans certains cercles d’extrême-gauche faisant de la critique de l’URSS de Lénine et Staline leur seule activité.
Wilhelm Reich
Présentation
Wilhelm Reich (1897-1957) est un psychiatre autrichien ayant adhéré à la psychanalyse.
Prônant la libération sexuelle totale en opposition à Freud, il se rapproche des communistes avant de rompre avec eux. Il meurt aux USA où il s’était exilé, en prison en raison de pratiques considérées comme sectaires et farfelues, Reich considérant qu’il avait découvert une énergie secrète au coeur de la vie (l’« orgone »).
Le besoin de communisme à travers la sexualité
Médecin, Wilhelm Reich adhère aux thèses de la psychanalyse et il est l’un des premiers
disciples de Sigmund Freud. Mais il décide assez vite de rompre avec lui: pour Freud en effet la sexualité en elle-même n’a aucune valeur, et sa satisfaction va à l’encontre de la
civilisation, car la culture est le fruit d’une énergie sexuelle déplacée vers la culture.
Wilhelm Reich s’oppose formellement à cette conception et dans La révolution sexuelle, prône la libération complète de la sexualité. Pour Reich, l’amour libre est la condition sine qua non d’une vie épanouie. Il rejoint alors les rangs socialistes puis communistes, et quitte alors l’Autriche pour l’Allemagne, où il rejoint les rangs du Parti Communiste d’Allemagne, qui mettait systématiquement en place de grandes structures populaires.
Reich organise alors la Sexpol, c’est-à-dire une organisme d’agit-prop traitant des conditions de vie des masses et de leur sexualité: l’Association allemande pour une politique sexuelle prolétarienne. Reich constate notamment l’impossibilité matérielle d’avoir une sexualité, en raison de la pénurie de logements.
Mais le conflit entre Reich et les communistes était inévitable, car pour les psychanalystes la sexualité détermine tout, alors que pour les communistes c’est la lutte des classes qui est centrale. A cela s’ajoute les problèmes idéologiques: alors que le Parti Communiste d’Allemagne avait lutté sans compromis pour la dépénalisation de l’homosexualité, Reich, fidèle en cela à la ligne psychanalyste, voyait en elle une forme de maladie: pour lui tout ce qui est politique est subordonné à la psychanalyse libératrice.
Wilhelm Reich rompra donc avec les communistes, qui lui reprochaient finalement de ne pas être marxiste, en se plaçant du point de vue de la consommation, et non de la production. Il élaborera par la suite ses thèses sur la psychologie de masse du fascisme, mettant la sexualité au centre de tout.
Psychologie de masse du fascisme
Selon Wilhelm Reich, en raison de la répression de la sexualité, les masses – comprises comme un agrégat de « gens » et non plus vraiment en terme de classes sociales - ont une personnalité rabougrie, autoritaire, qui fait que Hitler est « désiré. » Reich explique ainsi que la croix gammée en tant que symbole a joué un rôle essentiel sur la psychologie des gens, que de par sa forme elle a joué un rôle dans leur inconscient. Le nazisme est compris comme une « peste émotionnelle. » C’est pour Reich un mouvement de masse, qui est l’expression du besoin d’orgasme des masses, le seul moyen qu’elles ont trouvé, selon lui, pour satisfaire leur sexualité. « Des concepts réactionnaires s’ajoutant à une émotion révolutionnaire ont pour résultat la mentalité fasciste » explique-til dans Psychologie de masse du fascisme. «Le fascisme en tant que mouvement politique se distingue de tous les autres partis réactionnaires par le fait qu’il est accepté et préconisé par les masses »; « La psychologie individuelle du Führer réjouit et assouvit les penchants des masses. »
Reich a donc poussé sa thèse jusqu’au bout: selon lui l’insatisfaction des masses dure depuis des millénaires, et en définitive prise individuellement, chaque personne est incapable de s’arracher à la réalité. Reich considère en effet comme juste la thèse marxiste comme quoi l’histoire de l’humanité a débuté avec le communisme primitif, le matriarcat. Mais il rejette l’économie politique marxiste comme inopérante; pour lui, c’est la sexualité qui explique le fascisme. « La politique sexuelle du mouvement révolutionnaire a été jusqu’ici un échec : cet échec est dû au fait qu’il n’a pas su opposer des armes efficaces aux tentatives couronnées de succès de la réaction pour mettre à son service les forces de refoulement sexuel agissant dans l’homme. » Wilhelm Reich considère que le marxisme est un pur économisme, qu’il faut donc rejeter en ne considérant que la « structure mentale. » « La révolution dans la superstructure idéologique fait faillite parce que le support de cette révolution, la structure psychique des êtres humains n’a pas changé. » Émigré aux USA et ayant abandonné toute lutte politique au sein des masses en raison de leur « incapacité », Reich s’est logiquement lancé dans une quête éperdue de « scientifique fou » en quête du saint Graal: « l’énergie » secrète au coeur de la vie des êtres humains et qui se révèle dans l’orgasme. Il a alors repris ses thèses émises au départ de son activité dans la psychanalyse: « La formule de l’orgasme (tension-charge-décharge-détente), écrit-il, se présente comme la formule essentielle de la vie. » (La fonction de l’orgasme, 1926).
Inévitablement, marxisme et nazisme passent alors pour lui sur le même plan, en tant qu’idéologies opposées au développement individuel « libre», développement qui passe par le rejet de tout « totalitarisme » ayant une emprise sur les « individus. »
Annexe
Chronique des relations entre le NSDAP et le capital monopolistique d’octobre 1923 au 30 janvier 1933 (sélection), extrait de De Weimar à Hitler : Les causes de l’avènement de la dictature fasciste, de Kurt Gossweiler.
Octobre 1923 Fritz Thyssen remet au général Ludendorff 100000 marks-or pour le NSDAP.
8/9 novembre 1923 Putsch de Hitler et de Ludendorff à Munich.
24 février – 1er avril 1924 Procès contre Hitler, Ludendorff et leurs complices à Munich. Le tribunal permet à Hitler de faire du procès une tribune pour la propagande du NSDAP. Il empêche –d’après les déclarations du fonctionnaire SPD Hoegner, cité comme témoin au procès– «d’examiner aussi à fond qu’il n’aurait fallu le mode de financement du mouvement hitlérien ».
À partir de 1925 Thyssen recommence à financer le NSDAP, bien qu’il soit membre
d’autres partis – d’abord du Parti du Centre, puis du DNVP.
1926 Hitler parle un peu partout en Allemagne devant des assemblées de grands entrepreneurs.
1927 Wilhelm Keppler, industriel de la chimie, adhère au NSDAP.
4 juillet 1927 Emil Kirdorf, un des industriels les plus puissants de la Ruhr, prend personnellement contact avec Hitler et quitte peu après le DNVP pour le NSDAP. Sa carte de membre porte le numéro 71.032. Il s’arrange pour que le NSDAP reçoive des subsides du fonds politique du cartel minier.
1928 Thyssen finance pour une immense partie l’achat et la transformation de la «Maison brune» (Braunes Haus) à Munich.
1928 Après l’arrivée de Hugenberg à la direction du DNVP, Kirdorf revient au DNVP et quitte le NSDAP. Il garde néanmoins des relations personnelles amicales avec Hitler et fait en sorte que le NSDAP continue à recevoir des subventions de l’industrie lourde.
1928 Otto Dietrich, gendre de Reismann-Grone, le pangermaniste et éditeur du journal de l’industrie lourde de Rhénanie- Westphalie, jusque-là rédacteur commercial au Deutschnationalen München-Augsburger Abendzeitung, devient membre du NSDAP et établit des contacts plus intenses avec l’industrie lourde de la Ruhr. Il prend la direction de la section journalistique du NSDAP.
1928/29 Le programme du NSDAP est modifié, on ajoute de nouveaux commentaires aux fameux « 25 points » qui suppriment les agressions contre le capital et les limitent au capital « rapace » juif.
Août 1929 Emil Kirdorf est invité d’honneur du congrès national du NSDAP à Nuremberg. 1929/30 Alliance étroite entre le DNVP et le NSDAP dans la campagne pour le référendum sur le «Plan Young».
Au plus tard au début 1930 Début du soutien du banquier Kurt von Schröder au NSDAP. 14 septembre 1930 Grand succès électoral pour le NSDAP aux élections fédérales. Les millions des entrepreneurs rapportent 6 millions de voix.
25 septembre 1930 Hitler jure de respecter la légalité au procès devant la Cour suprême du Reich contre les officiers nationaux-socialistes de la Reichswehr, Ludin, Scheringer et Wendt. Fin septembre 1930 Walter Tengelmann, directeur de la Gelsenkirchner Bergwerk AG, adhère au NSDAP.
Automne 1930 Hjalmar Schacht fait un voyage aux États- Unis pour convaincre les hauts représentants de la finance américaine qu’un gouvernement nazi ne présenterait aucun danger pour les investissements américains en Allemagne, mais constituerait bien au contraire un rempart contre le bolchevisme.
5 octobre 1930 Hitler s’entretient avec le chancelier Brüning. Ensuite, il mange avec le directeur de la Deutsche Bank und Disconto-Gesellschaft, Emil Georg von. Stauss. Stauss (à l’époque encore membre du DVP) commence à soutenir le NSDAP.
Fin 1930 Walter Funk, jusque-là éditeur du journal destiné à la grande bourgeoisie Berliner Börsenzeitung, adhère au NSDAP et devient conseiller économique de la direction du NSDAP et homme de contact avec les milieux de la banque et de l’industrie.
1930 Le prince Auguste-Guillaume Hohenzollern («Auwi») entre dans la SA.
25 décembre 1930 Le général von Seeckt déclare dans le Deutsche Allgemeine Zeitung : «À la question de savoir si la participation du parti hitlérien à un gouvernement est souhaitable, je réponds sans réserve un grand “oui”.» Dans le même numéro de ce journal, Hjalmar Schacht déclare: «S’il est impossible de diriger sans les sociaux-démocrates, alors, il est tout aussi impossible de diriger sans les membres d’une extrême droite tout aussi forte.» Dans le même numéro, le Junker von Oldenburg-Januschau déclare: «Je suis convaincu que le NSDAP a le droit indéniable de participer dans le futur à la formation de gouvernements.»
Début 1931 Le dirigeant nazi et assassin Paul Schulz s’entretient à Essen avec des magnats de la Ruhr qui décident de financer à l’avenir le NSDAP à concurrence de 10000 marks par mois.
1er mars 1931 La femme de Fritz Thyssen adhère au NSDAP.
Début de l’été 1931 Guillaume, le prince héritier, prend personnellement contact avec Hitler.
Été 1931 Hitler a quelques entretiens secrets avec des industriels.
Juin 1931 Le prince Auguste-Guillaume prend officiellement parti pour Hitler.
19 juin 1931 Entretien d’Edmund Stinnes avec Hitler.
9 juillet 1931 Lettre d’Edmund Stinnes à Hitler : « L’élargissement de l’espace allemand vers l’est et le sud-est de l’Europe ne me semble aujourd’hui pas possible en repoussant les frontières mais bien en les effaçant considérablement… Néanmoins, pour avoir du succès, toute solution du problème de l’Est nécessite l’accord de Londres et de Washington. Je sais très bien par l’entretien que nous avons eu, très cher Monsieur Hitler, que vous êtes tout à fait conscient des limites de ce qui est aujourd’hui possible et que votre intention est de ne les franchir qu’avec prudence, pas à pas, une marche après l’autre. J’espère que vous réussirez dans cette tâche immense qui consiste à réfréner les passions qui se sont éveillées. Jegarde une entière confiance…»
27 juillet 1931 Requête adressée à Hindenburg par l’« Association de politique économique Francfort-sur-le-Main», en accord avec le président de l’« Union des associations patriotiques», Rüdiger von Goltz: «Votre excellence! L’opposition nationale est la dernière chance de l’Allemagne […] Et nous, dirigeants de l’économie, […] la soutenons. […] Nous ne voulons pas d’un coup d’État, mais juste l’exécution du principe fondamental de la démocratie : le pouvoir revient au parti national le plus fort.»
10 octobre 1931 Premières négociations du président von Hindenburg avec Hitler et Göring sur la participation des nazis à la formation d’un gouvernement.
11/12 octobre 1931 Réunion à Harzburg de l’« Opposition nationale » (DNVP, Stahlhelm, NSDAP…)
27 octobre 1931 C. F. von Siemens est invité par la General Electric Company à venir parlerà New York devant des hauts représentants de la finance américaine. Il en profite pour réclamer leur compréhension et leur bienveillance à l’égard du NSDAP. Dans ce discours, il explique entre autres ceci : « On n’estime pas assez à sa juste valeur que ce sont le désintéressement de son mouvement et ses hauts idéaux nationaux qui attirent dans ses rangs des jeunes issus de toutes les classes. Ils sont les vrais partisans de Hitler et la colonne vertébrale du parti nationalsocialiste […] Le but profond du gouvernement hitlérien est la lutte contre le socialisme, c’est-à-dire contre le marxisme […] Il est contre la suprématie débridée du parlementarisme telle qu’elle est malheureusement prévue dans notre constitution. Le peuple allemand […] n’est pas mûr pour cette forme de la démocratie.»
Décembre 1931 Fritz Thyssen devient membre du NSDAP. Wilhelm Mann, membre
de la direction de IG-Farben, adhère au NSDAP. 26 janvier 1932 Discours de Hitler
devant plusieurs centaines de monopolistes à l’Industrieklub à Dusseldorf, arrangé par Fritz Thyssen.
27 janvier 1932 Réunion secrète au Chäteau Landsberg de Thyssen des représentants de l’Union des aciéries (Thyssen, Poensgen, Vögler) avec Hitler, Göring et Röhm à propos de la formation d’un gouvernement nazi.
Février 1932 Entretien entre Friedrich Flick et Hitler.
19 mars 1932 Le grand industriel Paul Reusch conclut un accord avec Hitler stipulant que les organes de presse contrôlés par Reusch (Münchener Neueste Nachrichten, Fränkischer Kurier) n’attaqueront pas Hitler au cours de la campagne pour les présidentielles.
3 avril 1932 Le prince héritier Guillaume appelle à élire Hitler président.
12 avril 1932 Dans une lettre à Hitler, Hjalmar Schacht écrit qu’un groupe d’hommes s’est déclaré disposé à financer avec lui une institution chargée d’étudier la possibilité de concilier les idées économiques du national-socialisme avec l’existence de l’économie privée. Il se serait déclaré prêt « en accord avec quelques amis occidentaux à assurer la direction spirituelle sur les travaux à cet endroit. » Quelques semaines plus tard, il ouvre un bureau portant le nom de «Bureau d’études Dr Hjalmar Schacht »financé en majeure partie par Fritz Thyssen et Paul Reusch.
Début 1932 Création du « Cercle de soutien » par des monopolistes sous la direction de Wilhelm Keppler. Ce cercle de soutien (qui deviendra plus tard le « cercle d’amis » de Himmler) se composait lors de sa création d’une douzaine de monopolistes de tout premier plan qui se réunissaient tous les mois pour discuter des mesures de soutien au NSDAP et de l’orientation de sa politique.
Juin 1932 Göring assure à Flick le soutien d’un futur gouvernement nazi pour la défense de ses intérêts dans le cadre de « l’Affaire Gelsenkirchen».
5 août 1932 Entretien entre von Schleier, le ministre de l’armée, et Hitler. Schleier promet à Hitler d’intervenir auprès du président pour qu’il nomme Hitler à la chancellerie.
13 août 1932 Entretien entre Hitler et le président von Hindenburg. Sous l’influence
des Junkers et des industriels nationalistes, Hindenburg accepte de nommer Hitler
chancelier d’un cabinet qui s’appuierait sur une majorité parlementaire, mais pas d’un cabinet disposant de pouvoirs spéciaux. Hitler insiste cependant pour avoir en tant que chancelier les mêmes pouvoirs que Brüning et Papen.
Septembre 1932 Hitler rencontre à nouveau des industriels de la Ruhr au Château Landsberg de Fritz Thyssen. Automne 1932 Paul Silverberg, important industriel de la Ruhr et membre du conseil d’administration de la Deutsche Bank, prend contact avec Hitler et Georg Strasser.
19 novembre 1932 Requête adressée par des monopolistes et des Junkers de tout premier plan au président von Hindenburg lui demandant de nommer Hitler à la chancellerie : « Nous voyons dans ce mouvement national qui s’empare du peuple le début prometteur d’une ère nouvelle qui permettra à l’économie allemande de se
relever en supprimant l’antagonisme entre les classes. Nous pensons que de nombreux sacrifices seront encore nécessaires, mais ils ne seront consentis de bonne grâce que si la plus grande partie de ce mouvement national occupe une place prépondérante dans le gouvernement. En confiant la responsabilité de diriger un cabinet présidentiel doté des meilleures forces matérielles et humaines au dirigeant du plus grand groupe national, nous éviterons les faiblesses et les erreurs inhérentes à tout mouvement de masse…»
Novembre 1932 Otto Meynen et Franz Reuter, éditeurs de la revue patronale confidentielle Deutsche Führerbriefe, s’entretiennent à la demande de Paul Silverberg avec Hitler dans son « quartier général berlinois », l’hôtel Kaiserhof. Novembre 1932 À la demande de Carl Bosch, président du comité directeur de IG-Farben, Bütefisch et Gattineau, directeurs de IG-Farben, s’entretiennent avec Hitler, qui leur assure que la production synthétique d’essence serait subventionnée par un éventuel gouvernement dirigé par les nazis.
Début décembre 1932 Lutte de pouvoir entre Göring, l’homme de confiance de Thyssen et de Schacht, et Gregor Strasser, le favori d’IG-Farben, pour savoir qui allait le plus peser de son influence sur la ligne politique du parti. Strasser dut s’effacer face à Göring et abandonna tous ses postes au sein du parti. L’éviction de Strasser poussa les industriels qui ne s’étaient pas encore prononcés pour une position dominante du NSDAP dans un gouvernement à faire taire leurs réticences.
4 janvier 1933 Hitler s’entretient avec von Papen dans la villa du banquier Kurt von Schröder à Cologne. Ils se mettent d’accord sur la formation d’un cabinet par Hitler et sur les lignes essentielles du programme de ce gouvernement.
7 janvier 1933 Rencontre entre des monopolistes importants et Hitler dans la maison de Kirchdorf.
28 janvier 1933 Schleier est forcé à démissionner.
30 janvier 1933 Formation du cabinet de Hitler; début de la dictature fasciste en Allemagne.
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Mots-Clés : Culture -
07.05.2012
Commençons à démolir les murs et à déployer l'aurore
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IIème Session plénière du Comité Central, 28 mars 1980
I. LES MASSES EXIGENT L'ORGANISATION DE LA REBELLION
Depuis les temps anciens, la vie des masses est assujettie à l'exploitation et à l'oppression et toujours elles se sont révoltées, c'est une longue et inépuisable histoire. La lutte des classes est une constante, elle ne peut être supprimée.
Depuis toujours, depuis qu'elles combattent, les masses ont exigé l'organisation de la rébellion, de leur armement, de leur soulèvement, et qu'on les dirige, qu'on les guide.
Il en a toujours été ainsi, et cela continuera ainsi, et une fois qu'il y aura un autre monde, cela continuera, bien que de manière différente.
Il existe la misère, jointe à une fabuleuse richesse, même les socialistes utopiques savaient qu'elles allaient ensemble : la richesse considérable et provocante, jointe à la pauvreté qui dénonce et demande des comptes. Il en est ainsi parce que l'exploitation existe.
L'exploitation est accouplée à l'oppression et celle-ci existe aussi, elle assassine les masses, les fait se consumer de faim, elle les emprisonne, les égorge, mais les masses ne sont pas des brebis, elles sont formées d'hommes regroupés en classes qui s'organisent, génèrent leurs partis et ceux-là ses dirigeants.
Les dirigeants doivent écouter la plus légère rumeur de la masse, écouter ses fluctuations, scruter le futur dans ses lointains, tout en posant au sol un pied ferme pour enregistrer le plus léger frémissement de la masse. Un dirigeant qui ne ferait pas cela n'en serait pas un.
Nous sommes communistes, Marx nous apprenait que les révolutionnaires doivent par obligation professionnelle organiser la misère pour démolir le vieil ordre, et notre obligation est de le faire scientifiquement, nous qui savons la loi de la lutte des classes et qui savons le but vers lequel marche la classe et le peuple.
Telle est notre obligation, c'est pour cela que nous sommes venus, pour organiser la clameur de la masse, pour la mobiliser, pour l'armer, c'est pour cela que nous sommes venus.
Parce qu'ainsi le pouvoir désorganisé de la masse exprime sa force, son pouvoir invincible, et la masse devient créatrice d'ordres nouveaux, sape les murs les plus solides et les démolit avec fracas.
Nous ne pouvons pas nous appeler des communistes sans agir ainsi, il ne peut y avoir parmi nous des dirigeants sourds à la clameur de la masse, aveugles devant sa force, durs et indifférents. C'est inacceptable.
Cependant, qu'avons-nous vus : des dirigeants sourds, aveugles, durs et indifférents - en train de perdre leur condition de communistes?
Les communistes doivent avoir une âme qui tremble comme tremble celle des masses, qui se réjouit de ce qui les réjouit, qui souffre de ce qui les fait souffrir, qui s'enflamme de ce qui les enflamme, qui se soulève de ce qui les soulève. Dans le cas contraire, la condition de militant devient un en-tête sur un papier, un label, un timbre, une étiquette.
Il ne peut y avoir de communistes et encore moins de dirigeants qui osent manquer de confiance envers la masse, cela signifie manquer de confiance envers la seule force de l'histoire. Les « raisons » invoquées pour le faire peuvent être très élaborées mais elles ne seront que vide, néant inacceptable.
Le Parti ne peut continuer à permettre que des militants nient la masse, et encore moins des dirigeants. Cela ne peut pas être.
Nous ne pouvons pas permettre, au moment où les bourgeois voient la vague gréviste et la paysannerie qui recommence ses ruades, que des communistes nient ce que voient leurs yeux et ce que font leurs mains. Il est impossible que les communistes nient la masse, cela n'a pas de sens, nous ne pouvons pas le permettre.
Nous devons de plus en plus être ceux qui avertissent, nous devons voir les lointains, avoir l'ouïe fine pour les entendre, une vue pénétrante, un talent aigü et pénétrant pour découvrir la transformation de la masse. Sans cela nous ne pouvons remplir notre mission.
Prendrons-nous le chemin du vieil opportunisme? Aurons- nous le cœur dur de la réaction? De camarades qui agissent ainsi, que pouvons-nous attendre demain?
Noirs et sinistres individus chevauchant sur les épaules des masses. Plus jamais nous ne permettrons que telles choses recommencent, et encore moins de la part de dirigeants.
Il y a une réalité puissante dans ce pays qui est le nôtre, c'est la masse, elle a une grande histoire, qui est ignorée, mais à chaque fois qu'elle s'est mise debout, la terre a tremblé et chaque fois que la masse paysanne s'est soulevée, les fondements ont été secoués, la réaction a connu mille inquiétudes, c'est seulement par le sang et par le feu qu'ils l'ont calmée, avec leurs sacristains les opportunistes qui cherchent à la dévier et l'entraver; ils n'ont pu que la calmer, mais jamais l'arrêter. Les masses ne cesseront jamais d'être ce qu'elles sont, jusqu'à ce que la terre cesse de tourner.
Engels nous a appris qu'il y a deux pouvoirs sur la terre, la force armée de la réaction et la masse inorganisée. Si nous organisons ce pouvoir, ce qui est en puissance devient en acte, le potentiel devient réel, ce qui est loi et nécessité devient un fait frappant, qui balaie tout ce qui se croyait ferme.
Sans être soutenu par la masse rien n'est solide, tout n'est que château de cartes, et quand elle parle, tout frémit, l'ordre commence à trembler, les plus hautes cimes s'abaissent, les étoiles prennent une autre direction, parce que les masses font et peuvent tout.
Si cette conviction commence à faillir en nous, l'âme des communistes commence à tomber en morceaux. Il faut être vigilant, que ce que nous avons vécu lors de cette séance plénière soit un immense avertissement : cela ne doit plus arriver.
Malheur au Parti s'il a des commandants incapables d'entendre la masse! Si cela arrive, démolissons-les et détruisons le mastodonte bureaucratique, puisqu'il ne sera plus le Parti, mais un monstre.
Que nous a dit le Président Mao? Que nous les athées nous n'avons qu'une seule divinité, les masses; ce sont ces dieux que nous invoquons pour qu'ils nous écoutent, et quand cela se produira, il n'y aura plus d'exploitation.
Forgeons les militants selon ces critères, aujourd'hui plus que jamais et demain encore plus.
Les masses exigent à cor et à cris l'organisation de la rébellion.
C'est pourquoi le Parti, ses dirigeants, ses cadres et militants ont une obligation, aujourd'hui impérative, un destin : organiser le pouvoir désorganisé de la masse, et cela ne se fait que les armes à la main. Il faut armer la masse, pas à pas, secteur par secteur, jusqu'à l'armement général du peuple, et lorsque cela arrivera il n'y aura plus d'exploitation sur la terre.
II. QUE LES ACTIONS PARLENT
La IIè Session Plénière du Comité Central sonne déjà avec un timbre glorieux, un timbre qui lui est propre, qui est : Développer la militarisation du Parti à travers les actions.
Il nous a fallu, à nous communistes, payer le prix d'une violente lutte pour établir un nouveau drapeau : Déclencher la lutte armée.
Nous en sommes tous témoins, c'est au cours d'une fracassante bataille entre deux lignes qu'on arriva à concrétiser le développement de notre ligne : ILA [Iniciar la Lucha Armada - Déclencher la Lutte Armée].
Nous avons marché d'un pas ferme mais sûr, parce que nous sommes sûrs de là où nous allons et de ce que nous voulons. Souvenons-nous de Lénine : Nous vaincrons parce que nous savons ce que nous voulons.
Il est bon de s'arrêter quelque minutes et de nous demander : Comment sommes-nous arrivés à cette grande définition? À Développer le militarisation du Parti à travers les actions?
Cela s'est produit dans une lutte intense, qui n'a peut être pas la même stridence que les autres, mais qui est plus profonde, plus dense, et qui a une très grande portée.
Deux positions se sont clairement affrontées : il y a ceux qui ont suivi ce que nous inculquons depuis le VIème Plenum, à savoir transformer la parole en action, et aujourd'hui nous assumons de transformer la parole en actions armées. Concrétisation décisive, développement transcendant.
Nous avons adopté la décision de développer des actions militaires, c'est de cela que nous parlons, c'est cela qui gît dans notre esprit, qui palpite dans notre coeur, qui bout dans notre cerveau et qui s'agite dans notre volonté, quand nous parlons des actions.
Certains d'entre nous ont travaillé d'arrache-pied pour qu'on passe au langage des actions militaires, et d'autres avec obstination s'y sont opposés, avec des arguties, des manœuvres et même des fourberies.
Mais cette définition a fini par s'imposer, parce que notre patrie demande des définitions, parce que notre peuple demande une décision ; le peuple exige à cor et à cris et nous répondons à cette clameur, à cette exigence, nous sentons ce qu'ils sentent et nous voulons ce qu'ils veulent, ils veulent que leurs mains parlent le langage précis et frappant des faits d'armes.
Oui! Mener des actions, c'est la façon de faire des masses, du peuple : quand on ouvre le sillon, c'est l'action qui parle; quand on forge sur l'enclume c'est l'action qui parle; quand les hommes enquêtent, dégagent des lois, c'est l'action qui parle; quand les mains armées se tendent, c'est le peuple qui combat.
D'abord vient le fait et ensuite l'idée, et cette idée te mène à une action à chaque fois plus élevée. Nous sommes les reflets certains et véridiques de notre réalité. Nous avons prêché, appelé aux armes, à la lutte armée.
Notre voix n'a pas résonné dans le désert, la semence est tombée dans le bon sillon, et commence à germer. Les éclats de voix que nous lançons sont des échos puissants, croissants, qui tonneront sur notre terre.
Ceux à qui nous disons de se mettre debout, de se soulever en armes, dans la volonté de qui nous semons, nous répondent ainsi : nous sommes prêts, guidez-nous, organisez-nous, agissons! Et ils nous en demanderont toujours plus.
Ou bien nous tenons ce que nous avons promis, ou bien nous serons la risée des masses, des êtres parjures, des traîtres. Or, c'est ce que nous ne sommes pas.
Si nous avons semé, si nous avons prêché, si nous avons organisé et que tout commence à fructifier et à marcher, notre obligation est de nous placer en tête.
Que les actions armées confirment notre prêche, que notre sang se joigne au sang de ceux qui doivent le verser; nous n'avons pas le droit de laisser ce sang refroidir seul, ou que ce froid ne rencontre que la tiédeur du nôtre. Ou alors nous ne sommes pas ce que nous sommes.
Nous sommes devenus communistes de façon presqu'insensible, c'est comme un long chemin, c'est comme la marche, le fait de bouger un pied te commande de bouger l'autre et si tu te fatigues, ce n'est pas pour en rester là, mais pour prendre un repos doux et calme et reprendre l'ascension. Demain la matière nous reprendra dans sa paix belliqueuse, c'est là que nous pourrons nous reposer définitivement.
C'est pour cela que nous avons été forgés en tant que communistes; c'est pour cela qu'ont vécu Marx, Lénine et Mao, pour apprendre aux autres, pour apprendre comment réussir, c'est pour les appeler, les organiser, les soulever; c'est pour cela que la classe les a enfantés.
Et qu'est-ce que nous avons pu voir ici même? Des camarades dirigeants qui s'opposent à ce que le Parti fasse le pas décisif de son histoire. Au nom de quoi? Du supposé « manque de conditions »? Et dans leurs voix tremblantes, qui parlait? C'était les sombres trognes de l'oppression et de l'exploitation, ces sombres trognes pleines de bave et de sang.
N'oublions pas que la réaction doit verser des flots de sang pour calmer le peuple, c'est son rêve de feu et de fer, mais ce rêve sinistre est la preuve la plus claire que tout son être est vermoulu.
Et quand des camarades et dirigeants veulent nous voler l'âme, l'esprit, pouvons-nous le permettre? Non. Leurs « arguments » partent en fumée, leur « considérations » en lambeaux, leurs « fermes engagements » sont des parchemins qui pourrissent par terre. Jamais plus dans notre Parti nous ne devons entendre ces paroles sinistres dans la bouche de communistes et encore moins de dirigeants.
Et ceux qui oseront élever la voix de la sorte, écrasons-les comme ils le méritent, détruisons-les.
Aujourd'hui c'est ce qu'il y a de plus urgent; c'est d'autant moins tolérable aujourd'hui, cela mine, cela sape l'espoir de la masse, l'oeuvre de cinquante années, et à quel moment? Au moment-même où la masse commence à concrétiser cela dans la réalité. C'est à ce moment qu'ils arrivent, les pacifistes honteux.
Les réunions nous donnent à tous beaucoup de leçons, pour certains, cela doit être un avertissement tonitruant, un rappel frappant. Plus jamais ça.
Nous avons une orientation claire et définie : que les actions parlent. Des actions pour Développer la militarisation du Parti à travers les actions. Transformer cela en réalité est impératif, urgent, c'est un mot d'ordre, la classe l'exige, l'histoire et le peuple
l'exigent. Nous ne pouvons pas œuvrer autrement. C'est une nécessité. Ce que nous avons fait auparavant nous a mené jusqu'ici. Le chemin est tracé, le plan d'action établi : il faut l'accomplir. Nous n'avons pas d'autre droit.
C'est notre mot d'ordre : que les actions parlent.
III. COMMENCONS A DEMOLIR LES MURS
Nous avons décidé de Développer la militarisation du Parti à travers les actions, mais qu'est-ce qui découle de cela? Que nous commencions la démolition des murs. C'est pour maintenant, pour cette fois.
Il y en a eu pour s'y opposer, qui ont résisté et ont fui lâchement, désertant pour la deuxième fois, et cette attitude a trouvé des défenseurs. Est-ce que la défense de la trahison et la lâcheté va commencer à avoir cours dans notre Parti? Pensez à ceux qui ont agi ainsi. Souvenez-vous de « Prométhée », des Océanides et d'Hermès : demandez-nous tout sauf la lâcheté et la trahison.
Deux mille cinq cents ans après, des communistes du XXe siècle, dans un Parti Communiste qui travaille à déclencher la lutte armée, débattant au sujet du Développement à travers les actions de guerre, nous entendons des dirigeants qui font la louange, qui arborent, qui soutiennent, allaitent et protègent la trahison.
Est- ce que cela va commencer à entrer en vigueur chez nous? Non. Arrachons les herbes vénéneuses, c'est du pur venin, un cancer dans les os, qui nous corromprait; nous ne pouvons pas le tolérer, c'est de la pourriture et un sinistre pus, nous ne pouvons pas le tolérer, encore moins maintenant; et jusqu'à la fin ils ont soutenu cela. Déterrons ces sinistres vipères, ces vipères nuisibles, nous ne pouvons tolérer ni lâcheté ni trahison, ce sont des serpents venimeux.
Nous ne pouvons pas allaiter cela, c'est impossible. Que cela s'exprime parmi nous et parmi les dirigeants, c'est inacceptable, condamnable, il faut marquer cela au feu. Commençons à brûler, à éradiquer ce pus, ce venin, il est urgent de le brûler. Cela existe et ce n'est pas bon, c'est dangereux, c'est une mort lente qui pourrait nous consumer.
Nous devons nous forger dans un autre temple, dans un autre esprit. Ceux qui sont dans cette situation sont les premiers à devoir marquer au feu, à éradiquer, à crever les abcès. Autrement, l'empoisonnement serait général. Les venins, les purulences, il faut les détruire; le corps est sain, si on ne les détruit pas, sa vigueur disparaîtra.
Il est urgent et impératif d'en finir avec cela. Nous ne devons pas en laisser une trace, c'est à cela que sert l'épuration, la démarcation dans les faits. Que ceux qui ont mis le pied là-dedans soient les premiers à le faire, ce sera la preuve de leur avancée.
Pour démolir les murs, nous devons balayer les décombres et anéantir les venins. Pour que commence la démolition, nous devons nous renforcer, et nous renforcer c'est balayer la pourriture du droitisme en général.
Nous le pouvons et donc nous le devons, c'est à prendre comme une obligation sérieuse et l'exigence de la vigilance la plus élevée. Il faut préserver la gauche, et ceux qui ont des difficultés avanceront, que cela soit la preuve de leur action, que cela signe leur promesse.
Nous irons aux bases transmettre, arborer les actions. Avoir mené à bien une lutte contre une droite qu'on a décapitée est quelque chose de magnifique, c'est une grande avancée.
Ainsi donc, nous- mêmes et ceux qui ont des problèmes doivent là-bas faire montre de leur correction, de leur détermination, de leur ralliement sincère à la gauche, de leur vigilance.
C'est faisable, nécessaire, donc à faire. C'est indispensable, c'est ainsi que nous avançons, nous nous renforçons, et le fer prendra forme en nous.
Avoir des problèmes ne signifie pas impuissance. La puissance viendra de l'action. L'action est la démolition des murs. Faisons des actions militaires. Prenons feu en elles. De novices que nous sommes, nous passerons à expérimentés.
Ainsi, en appliquant le Développement de la militarisation du Parti à travers les actions, les murs seront profondément sapés et leur démolition sera enclenchée.
La clef de ceci : les groupes armés, les groupes armés sans armes. Que tes mains désarmées arrachent leurs armes à ceux qui les portent, en appliquant l'astuce et guidées par des idées claires.
Voilà. Nous allons généraliser les groupes, nous allons agir par le boycott [des élections], les moissons et les invasions [de terres], les sabotages, l' anéantissement sélectif [des ennemis de classe] et principalement par des actions de guérilla.
Tel est notre destin, notre nécessité. Nous avons tous signé : que fleurisse la violence concrétisée dans ILA, portons-la en avant au moyen des groupes armés; commençons par des groupes sans armes, de ces semences ardentes pousseront d'ardents tournesols.
Ils ont un soleil qui les éclaire : le marxisme-léninisme-pensée Mao zedong. Ils ont une terre fertile qui les fortifie : la lutte de classes des masses en croissance ascendante.
Que manque-t-il? Que poussent et que fleurissent les groupes armés sans armes! De ces humbles pousses et graines doivent sortir les monuments de la classe, qui démoliront les murs. Ainsi l'aurore élira domicile dans notre patrie.
Clef : les groupes; vitale : notre décision; base : la masse. Que fleurissent les groupes armés sans armes! Tel est l'ordre du jour.
IV. ARBORER L'OPTIMISME ET DEBORDER D'ENTHOUSIASME
Nous sommes communistes, grandis dans un temple à part, faits d'une roche à part; nous sommes des communistes prêts à tout et nous savons ce que nous avons à affronter. Nous l'avons déjà affronté, nous l'affronterons encore demain.
Le futur, fils du présent, sera plus dur, mais le passé nous a déjà trempé et au présent nous nous forgeons.
Trempons nos âmes dans la révolution, ce sont les seules flammes capables de nous forger. Nous avons besoin d'un optimisme élevé, qui a une raison d'être : nous sommes ceux qui conduisent ceux qui façonnent l'avenir, nous sommes des guides, l'état major du triomphe invincible de la classe, pour cette raison nous sommes optimistes.
Nous possédons l'enthousiasme, parce que nous nourrit l'idéologie de la classe : la marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong. Nous vivons la vie de la classe, nous participons de sa geste héroïque, le sang de notre peuple nous remplit d'ardeur et bout dans nos cœurs. Nous sommes ce sang puissant et palpitant, prenons ce fer et cet acier inflexible qu'est la classe et fusionnons-le avec la lumière immarcescible du marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong.
L'enthousiasme, c'est participer de la force des dieux, c'est pour cela que nous débordons d'enthousiasme, parce que nous participons des divinités du monde actuel : la masse, la classe, le marxisme, la révolution.
Pour cette raison, notre enthousiasme est inépuisable, pour cette raison, nous sommes forts, optimistes, notre âme est vigoureuse et nous débordons d'enthousiasme.
Et qu'avons-nous vu ici? Des dirigeants, des militants orphelins d'optimisme, ayant perdu l'ébullition enthousiaste, des âmes éteintes, des volontés déchues, des passions en fuite.
Inacceptable. Nous en connaissons l'origine : ce qui les soutient, ce n'est pas le marxisme, la classe ni la masse, c'est l'individualisme corrosif; c'est la pourriture réactionnaire qui les fait s'effrayer, c'est d'avoir été moulé dans les cloaques du vieil ordre, c'est l'expression d'un monde qui se meurt, ce sont les gaz mortels qui s'échappent des barrages de la réaction; à cause de cela, leurs énergies s'affaiblissent, leur cœur tremble, la pensée les abandonne, leurs nerfs se détruisent, leur action se trouble.
Cela, il faut l'éradiquer; cela ne peut plus habiter parmi nous. Inacceptable, inadmissible; à brûler, à faire exploser. Cela peut encore moins exister dans le Parti et moins encore chercher à dominer. Qu'avons-nous vu tout à l'heure? Des dirigeants avec ces positions et attitudes. Monstrueux.
Cela ne doit plus jamais arriver. Et en plus aujourd'hui, aujourd'hui où justement nous devons arborer l'optimisme et déborder d'enthousiasme? Si cela est en soi inacceptable, c'est aujourd'hui de la corrosion, de la pure gangrène, aujourd'hui c'est encore plus inacceptable.
Si les camarades n'éradiquent pas ces maux, quel type de cadres vont-ils former? Quel type de militants vont-ils former? Appliquons ceci : la compagnie ressemble à son commandant. A commandant sans optimisme, compagnie sans optimisme; à commandant pusillanime, compagnie pusillanime, vaincue et ruinée avant même de livrer bataille.
Nous devons arborer l'optimisme et déborder d'enthousiasme. Que notre idéologie puissante, notre ligne acérée et notre volonté de communiste s'expriment surtout chez les dirigeants.
Mot d'ordre : Arborer l'optimisme et déborder d'enthousiasme! Qu'on transmette cela aux autres, aux cadres, aux bases. Que l'enthousiasme à l'idée d'entrer en action nous donne plus d'impulsion, nous retire les croûtes qui nous empêchent d'avancer et que cela serve à ceux qui doivent éradiquer leur maux.
Que brille l'optimisme et que vive en nous un puissant enthousiasme. C'est faisable, c'est nécessaire. C'est faisable et nécessaire, pour cette raison nous le ferons.
Il n'échappe à personne qu'il s'agit d'une guerre de positions; cela, nous l'avons enregistré et le résumé doit être l'expression de ce que nous avons vu. Mais qu'est-ce qui a primé, qui prime et qui primera? Le principal, le positif, la gauche.
Qui pleure lentement sa défaite? La droite; qu'elle comprenne que cette lamentation est inutile, qu'il ne reste plus qu'à brûler les vieilles idoles, brûler ce qui est caduc et tremper nos âmes. Celle qui a l'âme bien trempée c'est la gauche, c'est elle qui est au diapason de ce que la patrie, le peuple et la révolution exigent; nous ne pouvons pas faillir.
Si notre sang et notre vie sont exigés, ayons une seule attitude : portons-les dans notre main pour les donner, mettons-les au service de ce qui est la cause la plus juste et la plus grande.
Notre mort pour la bonne cause sera le sceau de notre action révolutionnaire. Que l'action constante et ferme pour notre cause marque ineffaçablement notre bonne vie de combattants communistes. C'est cela que nous avons compris le mieux, pour cette raison le positif pèse immensément plus dans la balance.
Nous avons avancé, mais certains croient que leurs maux sont derrière eux. C'est de la perte de vigilance, des « raisons » on peut en trouver des milliers, qui ne seront toujours que de l'eau d'égout. Elevez votre vigilance, balayez définitivement l'erreur, détruisez ce qui est mauvais et caduc à travers les actions armées, qui seront le sceau véritable et effectif.
Peut-être certains pensent que nous n'aurions dû parler que du positif; ce qui existe c'est la lumière et l'ombre, la contradiction. Nous devons résumer, tirer une leçon; cette réunion est une très grande leçon, ne l'oublions pas.
Nous avons un besoin de préserver la gauche pour que le Parti mène à bien son rôle. Avec les actions que nous sommes en train de mener et avec cette bonne réunion, nous commençons à démolir les murs et à déployer l'aurore. Nous pouvons résumer en quatre mots d'ordre:
1.Les masses exigent l'organisation de la rébellion.
2.Que les actions parlent
3.Commençons à démolir les murs
4.Arborer l'optimisme et déborder d'enthousiasme.
Ce Comité Central est plus fort et il sera plus fort encore, si tous nous faisons ce qui s'impose à chacun dans l'accomplissement des actions, principalement « Développer la Militarisation du Parti à travers les actions. »
Que les camarades en parlant expriment leur optimisme et enthousiasme, ce sera la preuve de leur détermination.
Que mes paroles ne deviennent pas pour certains un prétexte pour perdre l'optimisme et replier leur enthousiasme.
Je crois qu'est venu le moment de dépasser des vieilles tares qui sont là depuis 50 ans. Un autre monde s'ouvre pour nous, nous avons commencé à nous définir; cette réunion donne une définition.
Que chacune de nos paroles, que chacune de nos pensées, que chacune de nos volontés authentifie celle-ci. C'est faisable, indispensable, c'est nécessaire. Nous le pouvons et nous le devons parce que nous le voulons et nous savons ce que nous voulons.
La réunion est très bonne, elle nous a uni davantage, elle nous a donné de la cohésion.
Nous avons décidé à l'unanimité de nous tenir à la ligne militaire et à sa concrétisation : « Développer la militarisation du Parti à travers les actions. » A partir de maintenant, que tout exprime notre volonté tendue d'accomplir ce qui a été décidé.
"Dans l'histoire du monde, il n'y a pas eu de guerres qui ont commencé et se sont terminées par une offensive victorieuse continue, ou s'il y en eut, ce furent des exceptions.
Et nous ne parlons ici que des guerres ordinaires, mais lorsque dans une guerre il s'agit du sort d'une classe, lorsque l'alternative est « capitalisme ou socialisme? », existe-t-il un fondement logique pour supposer qu'un peuple, qui affronte pour la première fois ce problème, puisse découvrir immédiatement la méthode correcte, libre d'erreurs? Y a-t-il des raisons de supposer cela?
Non, il n'y en a pas. L'expérience nous enseigne le contraire. Aucun des problèmes que nous avons rencontré n'a pu être résolu d'un coup, mais seulement après des tentatives répétées.
Subir une défaite, recommencer à nouveaux frais, tout reprendre à neuf, pour finir par trouver la façon de s'approcher de la solution - solution définitive ou au moins satisfaisante.
C'est ainsi que nous avons travaillé et que nous devons continuer à travailler.
Etant donné les périls que nous encourons, l'absence d'unanimité dans nos rangs serait le triste indice qu'un esprit d'abattement, dangereux au plus haut point, aurait pénétré le Parti.
Au contraire, si nous n'avons pas peur de dire la vérité avec franchise, quelque dure et amère qu'elle soit, nous apprendrons.
Et il est absolument certain que nous apprendrons à vaincre toute difficulté".
Lénine.
Mots-Clés : Textes du Parti Communiste du Pérou -
06.05.2012
TURIN 69 - LA GREVE DE GUERILLA

"La Cause du Peuple" n°12 - supplément
La lutte commence aux Auxiliaires1 , à propos de la grève de solidarité avec Battipaglia2, que les syndicats ont prudemment réduite à une heure.
Le drainage des jeunes travailleurs du Sud par la FIAT s’est intensifié ces derniers mois, car de plus en plus les ouvriers s’en vont : ils ne supportent plus les cadences FIAT. Le sous-développement forcé du Sud est bien utile à la FIAT pour aller chercher la force de travail là où il y a beaucoup de chômage, et les départs d’ouvriers l’arrangent encore mieux : les nouveaux embauchés acceptent des salaires plus bas. Autrefois, c’était possible de faire des économies pour se marier dans le Nord ou pour envoyer de l’argent dans le Sud. Maintenant, ça ne l’est plus. Le salaire « réel » à la FIAT s’est réduit de plus en plus ces dernières années. Voilà pourquoi la grève à propos de Battipaglia va devenir l’occasion d‘une grève politique contre les plans de la FIAT et de l’Etat.
A la cantine des Auxiliaires, un ouvrier monte sur une table. Il explique pourquoi les méridionaux sont obligés de venir dans le Nord. La direction réplique : elle mute l’ouvrier à la Mirafiori-Nord3 en l’isolant des autres.
Mardi 15 avril, c’est tout un groupe d’ouvriers qui tient une réunion à la cantine, qui décide d’un débrayage, et impose au Comité d’Etablissement la réintégration de l’ouvrier dans son équipe. En quarante-huit heures, la lutte démarre aux Auxiliaires contre les primes et les classes : deux heures d’arrêt par équipe. Ce sont les ouvriers qui décident eux-mêmes, le syndicat ne fait que suivre. Au même moment, les caristes de la Mirafiori-Nord arrêtent le travail.
Le syndicat leur propose de mener la lutte pour forcer le patron à proposer lui-même la plateforme revendicatrice ! Les ouvriers devront dire s’ils acceptent ou non …
C’est la période de sondage de la volonté de lutte dans les départements de la part des syndicats. De ces premiers affrontements, la direction et les syndicats tirent les conclusions politiques : il leur faut refaire leurs comptes, refaire le calendrier des luttes.
Les stocks s’épuisent et la grève des caristes commence à avoir des conséquences un peu partout : le mouvement de grève s’étend aux trois équipes. Alors la FIAT fait un premier essai : elle offre 40 lires de l’heure d‘augmentation à tous les caristes de classe III et 30 lires à ceux de la classe II, de manière à préserver la hiérarchie et la division. Les caristes de la Mirafiori-Nord opposent un refus catégorique.
Lundi 19 mars, tous les caristes de la première équipe sont en grève. Les ouvriers balaient la division entre ateliers et tiennent la première assemblée ouvrière. Deuxième essai de la FIAT : les chefs d’ateliers propose à une délégation d‘ouvriers de venir discuter avec eux. La réponse de l’assemblée des caristes ne se fait pas attendre : ils exigent que la FIAT envoie ses propres représentants devant l’assemblée ouvrière.
Par téléphone, les caristes de l’usine Nord réussissent à communiquer avec leurs camarades de l’usine Sud vers 11H30. Une demi-heure après, tous les caristes de la Mirafiori-Sud sont en grève jusqu’à 14H30. A la deuxième équipe, il y a une nouvelle grève de deux heures pour obtenir cinquante lires. « Et s’ils nous en donnent 50, on en demandera 70 ».
Mercredi 21, les chefs réussissent à arrêter la grève de la première équipe. Mais avant qu’ils y aient réussi, ce sont tous les grutiers et les pontonniers qui s’arrêtent pendant deux heures.
Jeudi 22, pour la première fois, la grève s’étend à un département tout entier : les Presses. C’est d’autant plus important que les Grandes Presses ont la réputation d’être un endroit « calme ». Pour s’allier les journaliers de classe III, le syndicat propose de faire grève pour une augmentation de salaire. Ainsi, la FIAT sera « obligée » de faire des propositions sur lesquelles les ouvriers se prononceront.
D’après « LA CLASSE » n° 6, 7/14 juin 1969
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1Ateliers d’entretien et de manutention.
2Ville du Sud de l’Italie, défendue pendant trois jours consécutifs contre les flics et l’armée, en avril 1969.
3Mirafiori : la plus grande des vingt-six usines FIAT de Turin.
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LUTTONS TOUS, TOUT DE SUITE !
Les luttes qui ont commencé la semaine dernière à la FIAT sont loin d’être terminées.
Ce sont les ouvriers qui ont pris la direction des grèves. Cela prouve qu’en nous organisant, nous pouvons nuire au maximum au patron, et le moins possible à nous-mêmes. Les ouvriers des presses, les caristes, les grutiers organisent les luttes, ils arrivent à bloquer tous les autres départements en faisant seulement quelques heures de grève par équipe.
La FIAT est faible, c‘est ce que montre l’organisation des luttes par les ouvriers.
Voilà comment nos camarades des Presses ont lutté :
Jeudi 22 : première équipe : grève de 10 H à midi. Ils arrachent à leurs machines les ouvriers qui travaillent encore. Des discussions commencent dans le département.
Deuxième équipe : grève de 15H30 à 17H30. Discussions pendant deux heures : on décide de faire deux heures de grève de 21 à 23 H parce qu’à 21 H arrive le matériel des caristes.
Vendredi 23 : première équipe : nous faisons les deux heures de grève comme prévu. Après discussions, nous décidons de prolonger la grève jusqu’à 14H30. Voilà ce que nous disons : « Notre objectif, ce n’est pas les 50 lires, même si elles nous arrangent bien ; notre objectif, c’est d’organiser les ouvriers de façon permanente ; ainsi on pourra battre le patron n’importe quand. On se fout de la démocratie : cela fait vingt-cinq ans que la démocratie, on ne sait pas ce que c’est, et qu’on se fout de nous. Il faut que nous nous organisions, les syndicats, c’est nous. Il n’existe aucune armée plus forte que la classe ouvrière quand elle est organisée et unie ».
Samedi 24 : les syndicats viennent nous dire que les samedis, ça ne vaut pas la peine de faire grève, parce qu’il n’y a qu’une seule équipe. Nous acceptons pour ne pas créer de divisions, mais « nous réduisons la production ». Nous disons : « Si nous sommes unis et organisés, nous pissons quand nous voulons, nous mangeons quand nous voulons, nous travaillons quand nous voulons et comme nous voulons ». Nous en donnons tout de suite la preuve : La production baisse de 3500 pièces à 1300. Les chefs ont peur de venir nous donner des ordres. Nous disons aussi : « Si nous avons fait grève hier, mais qu’aujourd’hui le chef n’a rien perdu de son pouvoir, rien n’a changé ». « Il faut continuer la lutte, personne ne doit lâcher. Ça ne se passera pas comme l’année dernière, maintenant nous avons compris ».
Nous avons démontré que quelques lires d’augmentation ce n’est pas le principal, mais qu’il faut lutter et nous organiser pour dire NON
- aux cadences,
- à l’organisation du travail,
- au pouvoir du patron.
C’est maintenant le bon moment pour lutter. La FIAT est faible ; en ce moment, il lui faut à tout prix produire au maximum. Il faut attaquer quand l’ennemi est faible.
Il faut nous organiser pour étendre et unifier les luttes de tous les ouvriers de la FIAT aux 12.000 ouvriers qui sont déjà en grève ».
26 mai 1969 - fait par des ouvriers et étudiants.
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Alors, le syndicat appelle à une grève de deux heures par équipe à partir du jeudi 22 « jusqu’à ce que la FIAT mette ses propositions noir sur blanc ». A la première équipe, la grève commence par une manifestation à l’intérieur de l’atelier. L’enthousiasme est à son comble quand une dizaine d‘ouvriers partis du fond de l’atelier arrivent aux presses, arrêtent les machines qui tournaient encore. La manifestation encercle les chefs, et la discussion est générale dans l’atelier.
Ainsi, la dernière tentative de la FIAT pour récupérer tout ce qu’elle a perdu dans ces premières grèves a fait long feu. Les chefs qui tentaient de pousser la chaîne du 124 pour qu’on passe de 600 pièces à 641 peuvent voir le résultat : aucun ouvrier ne commence le travail.
A 14H30, ce même jeudi, c’est l’entrée de la deuxième équipe aux Grandes Presses. Mais le travail ne peut commencer parce que la grève des caristes empêche le matériel d‘arriver. Alors les ouvriers proposent de faire grève de 21 à 23 H juste au moment où le matériel arrivera. Passe un dirigeant syndical qui demande aux ouvriers ce qu’ils veulent ; mais personne ne veut rien lui dire. Alors on envoie le Comité d’Etablissement qui menace : « Les ouvriers des presses ne doivent pas faire grève seuls comme les caristes. La FIAT risque de décréter le lock out ». Pour la troisième équipe, le syndicat avait proposé un débrayage de 3 à 5 H. Tous ensemble, les ouvriers décident de s’arrêter de 2 à 6.
Vendredi 23, la première équipe continue sa grève de 10 H à midi. Une assemblée se tient pendant ces deux heures : on décide de continuer jusqu’à 14H30. A cette assemblée, les jeunes ouvriers des Petites Presses interviennent : « Les autres ont débrayé quatre heures. On a bien le droit de le faire aussi ». C’est une réponse au délégué du C.E. qui était passé la veille en disant : « Tout le monde a le droit de travailler ». Pendant ce temps-là, il n’y a plus dans l’atelier que quelques chefs d’équipe. Toutes les grosses têtes ont disparu.
Les graffitis commencent à apparaître dans les cabinets : « notre objectif, ce n’est pas les 50 lires, mais d’arriver à monter une organisation qui pourra battre la patron sur tous les terrains ». Les Presses moyennes et les Petites Presses commencent la grève à leur tour.
Samedi 24, beaucoup d’ouvriers des presses veulent aller encore plus loin. Les délégués répètent partout que « ça ne vaut pas la peine ». Agnelli4 est à Rome, et discute avec Rumor5 . Tous les ouvriers se mettent d’accord pour travailler cette journée-là, mais à leur façon : les chefs n’arrivent plus à donner des ordres, il y aura 1.300 pièces à la fin de la journée au lieu des 3.500 habituelles.
Les syndicats poussent les délégués aux négociations. Le samedi, deux délégués des presses vont voir la Direction. En revenant, ils vont voir tout le monde en disant qu’ils ne veulent plus entendre parler de négociations : « Si on nous a envoyés, c’est pour servir de potiches ».
D’après « LA CLASSE » (id).
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4Patron de la Fiat
5Président du Conseil italien
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LOTTA CONTINUA
Samedi 24, deux délégués des presses ont assisté aux négociations entre les syndicats et la Direction. Lundi dans l’atelier, ils nous ont déclaré qu’ils ne voulaient plus y aller parce qu’on les avait envoyés là pour servir de potiches. Nous en avons discuté et avons trouvé la solution suivante :
Puisque nous sommes en lutte, qu’un membre du Comité d’Etablissement vienne dans l’atelier à chaque équipe pour informer les ouvriers du déroulement des négociations. C’est aux ouvriers eux-mêmes de décider quand ça leur conviendra et quand les syndicats pourront signer.
A la FIAT aujourd’hui, il y a beaucoup de rencontres au sommet, mais peu de luttes encore.
Il faut bien nous convaincre que la lutte vient d’abord. Et c‘est pendant la lutte qu’on négocie. Samedi 24, aux Presses, les ouvriers ont limité eux-mêmes la production : 1.300 pièces au lieu de 3.500.
C’est bien la preuve que le problème des cadences ne se règle pas autour d’une table avec la direction. C’est à notre poste de travail que nous pourrons le résoudre, en nous organisant équipe par équipe, département par département, atelier par atelier.
Nous avons deux sortes de problèmes à régler : nos revendications et notre pouvoir. Les revendications, on peut toujours en discuter autour d’une table, mais c’est aux ouvriers de se prononcer. Que les syndicats aillent négocier, de toute façon, nous leur refusons le droit de décider. Le problème du pouvoir (contrôle ouvrier sur les cadences et sur l’organisation du travail), c’est au travail que nous le règlerons, seuls, et par la lutte. Que chaque ouvrier prenne la question en main, qu’il s’organise avec les autres sans permettre à personne de penser et de décider pour lui.
Les luttes continuent, elles continuent à s’étendre :
Auxiliaires : deux heures de grève par équipe.
Caristes : quatre heures de grève par équipe.
Atelier 5 (Grandes Presses), deux heures de grève par équipe, assemblée d’atelier.
Atelier 13 : à 19 H, assemblée à la cantine. Les ouvriers ont décidé de se mettre en grève jusqu’à 23 H. A 19H30, il y a eu une manifestation dans l’usine aux cris de : « Le pouvoir aux ouvriers ».
Atelier 24 : la première équipe s’est arrêtée pendant une heure, spontanément. La grève a été interrompue par un membre du C.E. qui a déclaré que cette grève était illégale.
C’est seulement pour les patrons que la grève est illégale.
Atelier 7 : première équipe, débrayage et manifestation spontanée. Le C.E. fait reprendre le travail.
Ateliers 1 et 3 (Petites et Moyennes Presses) : depuis le vendredi 21 à 20 H, il y a une grève de quatre heures par équipe tous les jours, sans préavis. Jusque là, le syndicat n’a pas osé se faire voir.
27 mai 1969 – Fait par les ouvriers et les étudiants
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Tract distribué aux portes des chaînes 1 et 2
La grève des presses continue. Ne croyez pas vos chefs, ils se foutent de vous.
Les Presses et les Auxiliaires ne peuvent pas faire grève seuls : ils demandent votre collaboration. Les problèmes de la lutte sont partout les mêmes : contrôle de la production, augmentation de classe pour tous.
Comment pouvons-nous lutter avec les Presses et les Auxiliaires ? En arrêtant les ateliers qui tournent encore.
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Tract distribué aux portes 15 et 17 (Ateliers de Presses)
En nous offrant 17 lires, la FIAT se moque de nous.
Le syndicat se moque de nous en disant que la FIAT nous offre 36,30 lires. Voyons un peu ce qu’il en est :
21,25 lires : nous venons de les obtenir (accord signé le mois passé).
9,81 lires : elles sont subordonnées à la prime ; il va falloir les transpirer jour après jour.
5,00 livres : les voilà, les 5 lires « offertes » par la direction. Avec un « gros effort », elle vient de les passer à 7 lires.
Nous ne nous vendons pas pour 7 lires. La lutte continue.
La mécanique et les chaînes sont prêtes à s’unir à notre combat.
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Tract distribué aux portes 18 et 20 (Mécanique)
La lutte continue aux Presses et Auxiliaires.
Il faut l’étendre à la mécanique et aux chaînes.
Demandons la classe II pour tous, y compris pour les chaînes de la mécanique.
Réalisons le contrôle ouvrier sur les cadences et sur le nombre de pièces.
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CAMARADES OUVRIERS !
Mercredi matin, à la première équipe de l’atelier 2 (forges, marteaux-pilons, presses, meules, trempage, etc.) nous avons commencé la lutte nous-mêmes. Pendant trois heures, nous avons fait passer la consigne d’équipe en équipe et de la première équipe à la deuxième. Ces trois heures de grève ont été un succès. Alors nous avons décidé de poursuivre la grève tous les jours, huit heures par jour, les trois équipes ensemble.
Le chef d’atelier nous a convoqués, pour nous demander d’arrêter la grève en disant que mardi prochain, la FIAT accepterait nos revendications.
Mais nous ne nous sommes pas laissés avoir, et nous avons répondu que la grève s’arrêterait le jour où nos revendications seraient accordées. En attendant, elle continue.
Nos revendications, c’est :
- 200 lires d’augmentation sur le taux de base non intégrable au prochain contrat,
- suppression de la Classe III qui ne sert qu’à diviser les ouvriers,
- refus des cadences infernales qui ne servent qu’à enrichir le patron.
Si nous faisons grève dans l’usine, c’est parce que là, nous sommes unis ; ainsi, nous pouvons diriger la lutte et l’organiser. Nous en avons plein le dos des grèves organisées par les autres et des négociations bidons qui affaiblissent la lutte et nous divisent.
Nous aussi, à l’exemple des ateliers 13, 15, 53 et 54, nous sommes décidés à faire grève sur nos objectifs à nous.
Nos problèmes sont les mêmes que ceux de tous les ouvriers.
En ce moment, le patron est faible parce que nous sommes unis.
Donc, c’est le moment de continuer et d’étendre la lutte à toute la FIAT.
Les ouvriers de la forge 2
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II
LES SYNDICATS ESSAIENT DE REPRENDRE LE DESSUS,
ILS SONT BALAYES
Travailleurs des ateliers 51, 52, 53, 54, 27, 13, 85 :
Travailleurs, c’est vous qui, ces dernières semaines, dans les assemblées et les discussions, avez affirmé votre volonté de lutter aux côtés de vos syndicats. Vous avez prouvé que vous étiez décidés à obtenir une réglementation du travail aux chaînes réelle et effective.
C’est vous qui êtes unis pour obtenir, grâce à vos délégués de chaîne ou d’équipe, le contrôle et la défense de vos conditions de travail.
N’oubliez jamais, pas un seul instant, que c’est grâce au syndicat, et à lui seul, que vos revendications pourront être satisfaites !
Aujourd’hui, mardi 3 juin, les syndicats vous appellent à faire deux heures de grève de 17 à 19 heures.
Ils invitent tous les travailleurs à s’en tenir précisément à cette consigne pour ne pas risquer de perdre le jour férié du 2 juin.
Les syndicats vous demandent de désigner pendant la première demi-heure, dans chaque équipe et dans chaque chaîne votre délégué ou votre représentant. De plus ils vous invitent à discuter d’une manière responsable de vos revendications et des formes ultérieures d’action syndicale, pour la lutte et les négociations.
Les syndicats organisent à 17H30, à la cantine de l’allée n° 3
Une assemblée de tous les délégués, en vue de préciser les revendications à présenter dès maintenant à la Direction.
Aujourd’hui,
C’est cela, seulement cela, et pas plus, que vous demandent de faire les syndicats.
En réunion, et avec les travailleurs, nous déciderons ensemble, d’une manière responsable, de toutes les initiatives à prendre les prochains jours, sans oublier la position particulière de la FIAT.
FIM-CISL6 , FIOM-CGIL7 , FISMIC-SIDA8 , UILM-UIL9
Turin, 3 juin 1969
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6Equivalent italien de la CFDT.
7Equivalent de la CGT.
8SIDA : syndicat autonome FIAT.
9Equivalent de la CFTC.
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LOTTA CONTINUA
Hier, la Direction de la FIAT a donné sa réponse aux syndicats qui lui avaient présenté les revendications des chaînes de la carrosserie à Mirafiori. On ne connaît pas encore le texte définitif de cette réponse, mais on sait déjà les points essentiels :
- L’organisme chargé d‘intervenir sur tous les problèmes concernant les cadences et autres conditions de travail sera un Comité de quatre personnes pour toutes les carrosseries. Chaque syndicat nommera un des quatre membres. Les membres du Comité sont dispensés de travailler. En pratique, la direction se réserve le droit d’augmenter les cadences. Donc les ouvriers sont foutus, mais au moins on les informe. Naturellement, les ouvriers peuvent faire des réclamations qu’ils devront adresser au Comité. Dans un cas semblable, le Comité devra s’adresser à d’autres personnes : les experts.
- Les experts sont 48 ouvriers (1 pour 260) nommés par le syndicat après « consultation » des ouvriers. Les experts ont également le droit d’émettre un avis, mais ils auront moins de temps à leur disposition que les membres du Comité (un jour payé par mois plus d’autres heures payées à la demande du Comité). Ce ne sont pas les représentants des ouvriers, mais les aides du Comité.
En résumé :
- Pour les cadences, la situation est inchangée, sinon un peu plus compliquée.
- Quant aux revendications sur le salaire et sur les classes, il n’en a pas été question dans les négociations.
Nous posons les questions suivantes :
- Où sont passés les motifs pour lesquels les ouvriers ont fait grève ces jours-ci ?
- Pourquoi le syndicat qui vient de prendre le train en marche a-t-il essayé d’arrêter les grèves sans donner d’explications ?
N’oublions pas qu’aux fonderies, la lutte n’a pas cessé. Au contraire elle s’étend : huit heures de grève par jour, non seulement aux ateliers 2 et 3 mais en plus aux forges Sud. L’atelier 4 lui aussi continue la lutte.
Préparons-nous à répondre à cette provocation en nous organisant pour réduire la production et reprendre la lutte.
7 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS !
Il faut rompre le mur de silence que toute la presse a dressé autour de la lutte des ouvriers de la Mirafiori.
Pourquoi ce silence ? Parce que les patrons ont tout intérêt à ce que la lutte ne s’étende pas : ils savent que c’est la FIAT qui donne toujours le signal de l’attaque à tous les ouvriers italiens. La lutte des derniers jours a prouvé notre force, notre capacité de décider pourquoi lutter, comment lutter, quand lutter.
Nous nous sommes révoltés contre l’encerclement de notre travail, l’encerclement de nos luttes, l’encerclement de toute notre vie, pour les besoins de l’exploitation capitaliste. C’est dans les assemblées d’usine que nous parlons de nos propres intérêts et que nous décidons de la lutte. Les syndicats ont déjà décidé de ce qu’ils allaient faire : des grèves bidons, liquidées le plus vite possible. Mais les ouvriers ne veulent pas de leurs revendications : ils ne veulent pas des formes de lutte syndicale ; ils comprennent qu’ils doivent s’organiser aux-mêmes.
Que décidons-nous dans les assemblées ouvrières ?
1) Le refus des cadences.
2) Refus des classes et des augmentations proportionnelles qui divisent les ouvriers.
3) Fortes augmentations de salaire égales pour tous, indépendantes de la prime annuelle et de la prime de production.
Que signifient ces revendications ?
Non aux cadences infernales.
Non aux divisions entre les ouvriers que le patron organise lui-même : classes, augmentations suivant le « mérite », favoritisme, fayotage…
Cela signifie que les ouvriers savent bien que les cadences ne se négocient pas, mais qu’on les impose par la lutte, et que, pour lutter, tout le monde doit s’organiser.
Formons des organisations de base qui se foutent des projets syndicaux et patronaux.
Dans chaque département, dans chaque atelier, que tous les ouvriers décident en assemblée des moyens et des objectifs de la lutte. Qu’ils forment des comités de département, des comités d’atelier.
Camarades ouvriers !
Voilà les objectifs qui intéressent tout le monde :
1) Refus des cadences.
2) Refus des classes.
3) Fortes augmentations de salaire égales pour tous.
Poursuivons la lutte, étendons-la à toute la Mirafiori.
Le patron a peur, il menace. Tous ensemble, que la lutte soit notre réponse.
Vive la lutte ouvrière !
Non aux assemblées des syndicats !
Oui à l’assemblée des ouvriers qui décident eux-mêmes !
3 juin 1969 - Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS !
La FIAT est prise à la gorge : il n’y a presque pas de voitures qui sortent. Les pièces pour Rivalta n’arrivent plus. L’organisation du travail est bouleversée. Voilà le premier résultat de notre lutte. Une semaine décisive commence maintenant.
Que fait le patron ?
1) Contre notre organisation de lutte, et avec la complicité des syndicats, il essaie de nous faire participer à notre exploitation. C’est exactement le sens de sa proposition au sujet des délégués de chaîne et du comité de contrôle : quatre ouvriers, un par syndicat, dispensés de travail, un expert pour 250 ouvriers !
2) Pour empêcher que la lutte se généralise, il essaie de nous isoler du reste de la classe ouvrière en proposant comme en 1962 un « contrat FIAT ». Ou alors, mais ça revient au même, un acompte sur le prochain contrat.
Que fait le syndicat ?
Il essaie d’enfermer les luttes dans chaque atelier. Il ose venir nous raconter dans l’usine ce que propose le patron. Il se contente de dire au patron ses propres revendications, il négocie sur notre dos sans rien vouloir entendre de nos objectifs.
Et que voulons-nous, nous les ouvriers ?
Aux Fonderies Nord et Sud de Mirafiori, nous l’avons dit plus d’une fois pendant la grève : ce que nous voulons, c’est 200 lires de plus sur le taux de base, ou alors l’égalité avec la sidérurgie (c’est-à-dire 30.000 lires de plus par mois sur le taux de base). Rien à voir avec l’aumône que nous offre le patron.
Aux chaînes, nous exigeons 50 lires de plus sur le taux de base, la classe II pour tous après six mois de travail à l’usine.
Tout cela, nous l’exigeons immédiatement.
Tout cela, ça ne se négocie pas.
Et ce n’est pas un acompte sur le contrat.
Nous ne voulons pas des cadences du patron. Voilà ce que nous lui disons, comme nous le disons au syndicat :
« Le comité de contrôle, nous n‘en avons rien à foutre. Ce qu’il nous faut, c’est l’assemblée ouvrière dans les départements, et les comités d’atelier pour organiser la lutte permanente contre le patron, ses valets, ses cadences ».
« Le délégué de chaîne », nous n‘en avons pas besoin ».
Organisons-nous pour devenir tous des délégués.
Camarades ouvriers, le patron est faible parce que nous luttons. C’est le bon moment pour attaquer. Atelier par atelier, organisons notre combat.
9 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS !
Hier encore, à Mirafiori, de nouveaux ateliers ont commencé la lutte :
Atelier 13 : huit heures de grève à 100 % et pour les deux équipes. Motif : la direction n’a pas voulu revenir sur la mise à pied de trois jours d’un camarade ; les syndicats n’ont rien fait sur les revendications ouvrières présentées depuis quinze jours, à savoir : 1) classe II pour tous, 2) prime de nocivité égale pour tous, 3) contrôle ouvrier sur les cadences, 4) boni égal pour tous, 5) augmentation des poses, 6) modification de l’ambiance de travail, 7) augmentations de salaire non récupérables.
Fonderies Nord et Sud : huit heures de grève à 100 % pour les deux équipes. Pour diviser les ouvriers, la direction a offert 67 lires d’augmentation sur la prime de poste, y compris pour les marteaux-pilons. Il n’y a eu que 100 ouvriers sur 890 pour les accepter.
Chaînes de carrosserie : la première équipe s’est arrêtée à dix heures, avec la grève du vernissage et de la peinture. Voilà dix jours que nous avons présenté nos revendications aux chefs de département : 50 lires d’augmentation pour tous non récupérables, changement de classe au bout de six mois pour tous les ouvriers, réduction des cadences. Le Comité d’Entreprise devait donner sa réponse hier à huit heures. On n’a rien vu, rien entendu. Et voilà qu’ils disent qu’ils nous la donneront lundi prochain ! A la deuxième équipe, les chefs ont essayé de nous diviser en proposant la classe II à quelques-uns.
Atelier 25 : les ouvriers de l’atelier 25 ont présenté leur demande d’augmentation de salaire.
Cabines : les revendications sont : une demi-heure payée pour manger, changement de classes sans essai.
Le patron essaie de réduire ces revendications à une augmentation de salaire minable. Mais ce que veulent les ouvriers, ça concerne tous les aspects de leur condition dans l’usine :
le salaire
les classes
les cadences
la nocivité.
Sur la base de ces intérêts de classe communs, la lutte atteint de nouveaux ateliers et de nouveaux départements. La perte de production est toujours plus importante. Cette forme de lutte se généralise : c’est elle qui fait le plus de tort au patron et la plus petite perte de salaire pour les ouvriers. Pour empêcher l’isolement de la lutte atelier par atelier, les ouvriers qui ont fait grève ont décidé d’aller à la sortie des autres ateliers pour raconter ce qu’ils ont fait.
Voilà comment la lutte va circuler dans l’usine, voilà comment elle continuera jusqu’à ce que le patron cède.
10 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS !
Pendant ces quatre dernières semaines, la FIAT a perdu pour des milliards de lires de production, et elle continue à en perdre : ces jours-ci, Mirafiori n’a produit que 50 % du tonnage de sa production normale.
C’est pour cela que FIAT cherche par tous les moyens à faire cesser ces luttes. Ce n’est pas seulement pour la production ; la FIAT veut surtout reprendre l’autorité qu’elle a perdue sur la classe ouvrière. Mais ce petit jeu ne lui réussit pas. La lutte s’arrête un instant dans un atelier, mais reprend aussitôt dans un autre. Les ouvriers commencent à se révolter, non seulement à Mirafiori, mais dans d’autres endroits.
Là où la situation semble calme, les ouvriers se préparent à reprendre la lutte avec une meilleure organisation, sur des revendications décidées en commun. Mais il ne suffit pas que quelques départements ou quelques ateliers très combatifs se mettent à bouger, si les autres les regardent faire. Il faut que partout les travailleurs de la FIAT s’organisent pour renforcer ce qui existe déjà. L’organisation, c’est l’arme pour faire grève immédiatement là où les ouvriers le décident. C’est aussi et surtout le moyen d’avoir une force constante contre le patron.
Ne laissons pas les choses redevenir comme avant.
Dans chaque atelier, aux moments les plus « chauds » de la lutte, les ouvriers ont trouvé leur unité, la confiance en leurs propres forces, la capacité de prendre l’initiative et les décisions eux-mêmes. La direction et les chefs s’en sont bien rendu compte, mais ils espèrent que dans chaque atelier, si la lutte s’arrête, la division, la méfiance reviendront entre les ouvriers. Ils espèrent qu’ils continueront à se battre entre eux en disant que « après tout, ça ne sert à rien… » Cela ne doit pas arriver, cela n’arrivera pas.
Les travailleurs de la FIAT sont en train de démontrer au cours de ces semaines de lutte qu’ils sont capables, dans l’usine, d’être plus forts que le patron. Ils sont en train de démontrer qu’ils sont capables de décider quand, pourquoi et comment lutter, et d’imposer leur volonté à tous ceux qui s’y opposent. Mais pour que cette force se maintienne, il ne suffit plus d’avancer « sur la lancée », spontanément, comme les premiers jours. Il faut maintenant s’organiser comme il faut, savoir lutter même dans les conditions les plus difficiles, savoir répondre au patron qui cherche à « rétablir l’ordre » par tous les moyens : le fayotage comme la répression.
Dans chaque équipe, dans chaque département, les ouvriers décidés à bouger sont de plus en plus nombreux. Ils ont commencé à prendre contact pour agir ensemble. Il faut maintenant que ces ouvriers se réunissent, d’une façon régulière, non seulement dans chaque équipe, mais entre équipes, entre départements, entre ateliers différents : la lutte est la même pour tous. Ce regroupement commence à se faire dans l’usine. Il se développe aussi à l’extérieur, là où peuvent se rencontrer des ouvriers de différents ateliers, et où c’est plus facile de parler. Les étudiants qui viennent régulièrement devant les portes peuvent servir à aider ce regroupement.
C’est vraiment maintenant le premier « banc d’essai » de cette organisation : il s’agit d’être capables de riposter à la tentative patronale de « faire revenir les choses comme avant » : la production, les cadences, la discipline. Il faut organiser partout la résistance à cette attaque du patron. Que chaque groupe d’ouvriers, évaluant bien ses propres forces, recherche les moyens les plus efficaces : débrayage, menace de débrayage, ralentissement de la production, réduction de la qualité du travail.
Nos revendications
Pendant les dernières luttes, les ouvriers des différents ateliers ont discuté et fixé leurs propres revendications. Jusqu’ici, il n’y en a guère eu de satisfaites, mais la lutte est loin d‘être achevée. C’est justement pour cela qu’il faut que ces revendications soient connues de tous, justement parce que le patron et les syndicats chacun à sa façon, cherchent à embrouiller les choses.
Augmentations des salaires :
Les ouvriers demandent des augmentations égales pour tous du salaire de base, non intégrables au prochain contrat. Le patron ne répond pas par un « non » clair et net. Il accorde même quelques augmentations, mais il les accorde à sa façon : c’est-à-dire pas à tout le monde, pour nous diviser, et sur la prime et le taux de poste, qui sont précisément la partie du salaire qui sert à tromper les ouvriers. Aux Fonderies, il y a eu des augmentations du taux de poste pour mieux nous faire accepter la nocivité du travail : il faut dire très clairement que les ouvriers veulent des augmentations de salaire, mais qu’ils ne sont pas prêts à accepter les conditions de travail actuelles, car cela aussi, nous voulons le changer.
Classes :
Les ouvriers veulent le changement de classe pour tous, sans essai. Une fois de plus, et pour nous diviser, le patron accorde un essai de temps en temps, un essai pas trop difficile pour faire monter un ouvrier et le couper des autres. Il faut faire cesser ce petit jeu.
Cadences :
Les ouvriers en ont marre des cadences FIAT. Sous des formes diverses, la direction et les syndicats proposent un système compliqué et bureaucratique de Comités, de Délégués, sans aucune possibilité de contrôle de la part des ouvriers. Les ouvriers savent qu’ils sont les seuls à pouvoir contrôler les cadences. Et ce n’est pas une réclamation sur papier timbré qui leur donnera ce contrôle, mais la lutte, la limitation de la production. Maintenant, tout le monde le sait. Commençons tout de suite à le mettre en pratique.
De la lutte FIAT vers des luttes plus vastes
Nous savons que tous ces problèmes ne se règlent pas du jour au lendemain. Aujourd’hui, la solution commence avec la lutte à Mirafiori. Demain ce sera la lutte de tous les ouvriers pour le contrat.
L’organisation ouvrière dans l’usine et à l’extérieur, et des objectifs clairs, compris par tous, choisis par tout, sont les bases de la lutte d’aujourd’hui, et de celle de demain.
Turin, 12 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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III
LA LUTTE S’ETEND AUX AUTRES USINES DE TURIN
A MIRAFIORI, ELLE DEVIENT GENERALE
La lutte s’étend
La lutte des ouvriers de la FIAT s’étend de Mirafiori à d’autres usines : Grandi Motori de Settimo (grutiers et manœuvriers), Grandi Motori Centre (départements Pe, B, Sima), S.P.A. Centre (département 3).
Pour le moment, ce sont des luttes partielles, dans des départements isolés ; mais à Mirafiori aussi, c’est à partir de la lutte des Auxiliaires qu’est partie toute une série de luttes dans presque tous les ateliers. Aujourd’hui encore, la production est chamboulée. Hier, par exemple, les ouvriers de l’atelier 13 à Mirafiori ont continué l’autolimitation de la production ; cela se voit aux chaînes où, souvent, les portières manquent (à la 850, à la 124, à la 125). La lutte des ouvriers de l’atelier 13 nous montre comment il faut combattre les cadences : suivons leur exemple dans les autres ateliers.
De nouvelles luttes se préparent
Les débrayages d’hier ne sont qu’un début. Les ouvriers sont en train de préparer d’autres débrayages dans un nombre toujours plus grand d’équipes, de départements, d’ateliers.
- Les syndicats servent de pompiers. Ils essaient de faire traîner les choses, de faire éclater les luttes l’une après l’autre, et ainsi de les isoler les unes des autres.
- Le patron et les chefs essaient de brouiller les cartes. Ils accordent quelques sous, ils donnent la classe supérieure à quelques-uns d’entre nous, mais selon leur bon plaisir pour pouvoir comme cela diviser les ouvriers.
Cela nous a montré que :
1) Nous devons nous organiser de façon stable : nous ne pouvons plus nous dire « il suffit de commencer, et puis les syndicats se chargeront du reste ».
2) Nous devons avoir des objectifs clairs : sinon, nous courons le risque d’être achetés par le patron, qui nous divisera en distribuant quelques sous et quelques catégories supérieures à une minorité d’entre nous.
3) Nous devons trouver une coordination entre les différentes équipes et les différents ateliers : quand on est seul dans la lutte, on résiste moins longtemps.
Lutter contre la répression
Cette organisation, cette coordination sont également indispensables pour lutter contre la répression patronale. En ce moment, la direction a trop peur pour pouvoir faire des représailles massives. Mais elle essaie de frapper les ouvriers isolément là où la lutte est la plus avancée : licenciements ou mutations (atelier 13, atelier 15). Comme cela, elle espère effrayer les autres. Ce petit jeu ne doit pas se passer comme ça. Il faut absolument répondre du tac au tac à toute tentative de répression, bloquer le travail dès qu’un camarade est visé. Mais l’arme la plus puissante pour que la répression soit sans effet, c’est l’unité des ouvriers et la coordination de leurs luttes.
Si nous agissons tous unis, si ce n’est pas seulement deux ou trois personnes qui entraînent les autres, il y a deux avantages :
- c’est plus difficile pour le patron de repérer quelques individus pour leur faire subir sa répression, et il ne peut pas user de la répression contre tout le monde ;
- même si un camarade est muté, la lutte et l’organisation restent, parce qu’elles ne dépendent pas d’un seul, mais de la volonté collective de tous les ouvriers.
Si dans chaque atelier il y a un groupe d‘ouvriers organisés, s’il existe une coordination entre eux, l’ouvrier qui est muté ne se trouve pas isolé. Comme cela, même en usant de la répression, le patron n’arrive pas à briser l’organisation des ouvriers ; tout ce qu’il peut faire, c’est chercher à embrouiller les cartes.
Le problème de la coordination
Les étudiants qui viennent aux portes de l’usine ne viennent pas là pour bavarder avec nous ; ils sont là pour nous aider à organiser cette coordination entre les diverses équipes, entre les ateliers. Tous les jours, des ouvriers des différents ateliers de toute la Mirafiori se réunissent avec les étudiants. L’utilité de ces réunions, c’est surtout d’être informés de ce qui se passe : en effet, le silence, le manque d’informations sont bien utiles au patron. Comme cela, chacun croit être seul à lutter et se sent plus faible. Ces réunions servent aussi à décider ensemble des actions à entreprendre : il n’est pas toujours facile d’en discuter à fond dans l’usine, et surtout, il est difficile d’unir nos actions à celles d’autres équipes, d’autres ateliers.
Coordonner les débrayages dans différents ateliers, cela veut dire faire perdre plus de production au patron et nous faire perdre moins d’argent à nous.
Turin, 13 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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LOTTA CONTINUA
Hier, la lutte à la Mirafiori a atteint son point le plus fort et le plus enthousiasmant. Face à la continuation de la grève de la deuxième équipe, qui bloque la production des chaînes, la direction de la FIAT a changé de tactique. Les patrons ont compris que les ouvriers n’ont plus rien à foutre des syndicats. Alors ils ont été obligés de négocier directement avec les ouvriers en lutte.
Ils se faisaient des illusions. Ils sont tellement habitués à manoeuvrer les gens qu’ils croyaient nous avoir avec leurs belles paroles : ils ont offert 17 lires, et encore pas à tout le monde, réparties sur les diverses rubriques de la fiche de paye. Mais les ouvriers ne se laissent pas acheter pour 4 sous.
Et alors, ces Messieurs les patrons, si bien élevés, si élégants, ont laissé échapper les injures les plus vulgaires sur le compte des ouvriers : « Sales méridionaux, pas plus tard qu’hier vous aviez la pioche à la main, et aujourd’hui vous osez relever la tête ».
Les ouvriers ont répondu du tac au tac à ces insultes, et surtout, dès qu’ils sont rentrés à l‘usine, ils ont riposté de la meilleure façon possible : ils ont intensifié et accentué la lutte.
Une manifestation d’une centaine d’ouvriers a bloqué l’usine toute entière, y compris là où travaillent les femmes.
La vérité c’est que la FIAT est à genoux, elle ne sait plus où donner de la tête. La vérité, c’est que la lutte des ouvriers unis peut vaincre n’importe qui, même s’il s’appelle Agnelli ou FIAT.
On nous tire dessus à Avola et à Battipaglia ; on nous exploite comme des bêtes à Turin, et de plus on se fout de nous : les patrons croient vraiment qu’ils peuvent nous considérer comme des carpettes. Mais nous ne sommes ni des bêtes, ni des carpettes.
Nous sommes de « sales méridionaux », mais peu importe l’endroit d’où nous venons : nous sommes des ouvriers décidés à dire que nous en avons marre aux patrons qui s’engraissent sur notre dos.
Tous les ouvriers de la première équipe doivent se mettre en grève immédiatement !
La deuxième équipe continuera la lutte à outrance.
Tous les chauffeurs de l’atelier 85 sont en lutte.
Les agents techniques des calculateurs sont en grève pour 48 heures.
Que les patrons ne croient pas qu’en laissant passer le temps ils nous affaibliront et nous obligeront à baisser le prix. Nous ne marchandons pas nos revendications. Les luttes ne se négocient pas. Ce n’est pas par l’intermédiaire de délégués quels qu’ils soient, mais tous ensemble que nous décidons quand commencer la lutte, combien de temps elle durera et comment elle se terminera.
En grève tout de suite, organisons-nous en assemblée dans toutes les équipes, dans tous les départements, dans tous les ateliers.
Unis, nous sommes toujours plus forts que le patron.
Turin, 18 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS
Hier, la grève des chaînes de Mirafiori s’est étendue à la première équipe.
Ainsi, toute la production de Mirafiori est bloquée. De plus, la lutte est plus avancée, elle s’est intensifiée. Les ouvriers de la deuxième équipe sont partis de l’atelier 54, ils ont formé un cortège imposant et sont allés aux ateliers 51, 53, 55, 56 et puis ils sont sortis et ils ont bloqué les camions à la porte principale et sont arrivés jusqu’à la Palazzina.10
La lutte continue, dans les trois équipes, sur la base des revendications que les ouvriers ont formulées pour tous les ateliers.
En ce moment, ce sont les ouvriers de l’atelier 54, après ceux des Presses, des Auxiliaires, des Fonderies, qui représentent la force de tous les ouvriers de Mirafiori, qui, pendant les arrêts de travail, discutent, s’organisent et se préparent à leur tour à entrer dans la lutte.
Comme ça, la lutte se déplace d’un point à un autre de l’usine, et personne ne pourra l’arrêter. Aujourd’hui déjà, les assemblées et les arrêts de travail se sont multipliés dans les autres ateliers de la Nord et de la Sud.
Un exemple suffit : hier, on comptait sur les doigts de la main les voitures produites aux chaînes de montage, mais même ces voitures-là restent bloquées dans la cour où les ouvriers de l’atelier 85 continuent la lutte.
FIAT est coincé.
Les ouvriers envoient promener toutes les manœuvres, qui vont des menaces aux concessions ridicules et dont le seul but est de les diviser, et ils envoient promener aussi le syndicat.
Face à cette lutte décidée et formidable, prise en main dès le début par les ouvriers eux-mêmes, en dehors de tous leurs soi-disant représentants et même contre eux, les syndicalistes viennent nous raconter que nous faisons le jeu du patron, et que nous nous isolons du reste de la classe ouvrière italienne.
C’est faux.
Nous luttons aujourd’hui pour nos revendications, qui n’attendent pas la convention collective. Et nous lutterons côte à côte avec tous les autres ouvriers à n’importe quel moment.
Les quarante heures, tout de suite, l’égalité avec les employées, les augmentations contractuelles, nous les obtiendrons tous ensemble, les 1.300.000 métallos unis.
Cela ne nous empêche pas aujourd’hui d’utiliser à fond notre force. Le patron se permet d’agiter l’épouvantail du lock-out. Mais nous savons répondre à ça aussi. Nous avons transformé l’usine, c’est-à-dire le lieu où nous sommes exploités et divisés, en un lieu où nous exerçons notre force de classe.
Nous ne nous laisserons pas chasser de l’usine pour aller faire une manif-promenade.
C’est dans l’usine que nous sommes exploités, c’est dans l’usine que nous luttons. Et tout d’abord en étendant la grève et l’organisation interne à tous les ateliers et à tous les secteurs.
La lutte des ouvriers est plus forte que n’importe quel patron.
19 juin 1969 – Ouvriers et étudiant
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10Bâtiment de la direction
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CAMARADES OUVRIERS !
Grâce à la ténacité des ouvriers de la 54 et des ouvriers des chaînes qui ont collaboré avec nous au blocage de la production pendant une semaine, aujourd’hui, à la FIAT, la situation est mûre pour l’élargissement de la lutte.
A Mirafiori, d’autres ateliers de l’usine sont en lutte (les ateliers 85 et 13), ou sur le point de l’être (ateliers 33 et 25).
A Rivalta, les débrayages commencent, et quand la lutte éclatera, elle sera très dure.
Même à Lingotto, il y a eu des débrayages qui annoncent une lutte plus large.
A S.p.A. Stura, les ateliers 29 et 25 ont fait deux heures de grève dans la semaine.
La victoire ouvrière dépend de notre capacité d’élargir la lutte. Cette capacité dépend de l’organisation que nous saurons nous donner, dans l’usine et à l’extérieur.
Une organisation, cela signifie beaucoup de choses.
- Cela veut dire savoir coordonner les luttes entre les ateliers de façon à provoquer une baisse de production maximum avec une perte de salaire minimum.
- Cela veut dire savoir clairement les objectifs qu’on veut atteindre, de façon à pouvoir rejeter les propositions-bidons avec lesquelles le patron essaie de ne lâcher que quelques miettes, et seulement à quelques ouvriers.
- Cela veut dire savoir riposter aux manœuvres des syndicats pour saboter notre lutte.
Les syndicats s’y prennent de plusieurs façons :
- Ils cherchent à protéger les secteurs « jeunes », dans lesquels la lutte est en train de se propager, en les isolant des autres ;
- Ils empêchent par exemple que les ouvriers de Rivalta puissent connaître l’expérience des ouvriers de Mirafiori, et se joignent à eux ;
- Ils essaient d’agir là où la lutte est à son début par la convocation d’assemblées comme celle de vendredi, avec l’aide des chefs, et avec des discours du genre : « faites attention : le patron peut faire des représailles », ou encore : « après tout, il y a déjà eu quelques concessions, et on ne pourra pas obtenir plus ».
Etre organisés, cela veut dire avoir les idées claires et être tous d’accord sur la façon de mener la lutte.
Souvent, le plus grand risque, ce n’est pas la fatigue de ceux qui luttent, mais la confusion et la division que nos ennemis essaient de semer dans nos rangs. Une lutte continue, aujourd’hui, à Mirafiori, ça signifie que :
Les ouvriers des autres atelier doivent prendre la relève de ceux du 54, en commençant la lutte : là où les revendications on déjà été présentées, ce n’est pas la peine d’attendre les renvois continuels de la direction : il faut commencer la lutte tout de suite (à la mécanique, il y en a beaucoup qui disent que ce n’est pas la peine de se battre sur place parce que la FIAT a des stocks importants. Au contraire, la grève ralentirait de toute façon la production à Rivalta et à Lingotto).
Au contraire, là où les revendications n’ont pas été présentées, il faut faire une assemblée générale pour les présenter, et les appuyer immédiatement par l’action en refusant tout délai de la direction.
Il y a une semaine que nous sommes en lutte au 85, avec des méthodes que nous avons retenues parce qu’elles étaient les meilleures pour nous et les pires pour la direction. Notre revendication est bien précise :
La classe II pour tous comme l’ont déjà obtenue les camarades du 54.
Pour le moment les chaînes ont repris le travail. Mais nous continuons à nous battre : la classe II pour tous, voilà ce que nous voulons.
Jusqu’à ce que les chaînes s’arrêtent, les chefs continueront à ignorer nos revendications.
Ils sont déjà passés provoquer 70 avancements.
Qu’il soit clair que même avec leurs tentatives de division, en essayant d’acheter quelques-uns d’entre nous avec des promesses, nous n’entendons pas marchander notre revendication.
Hier encore, ils ont essayé de faire travailler des ouvriers « loués » (en réalité, ce sont des jaunes bon teint) et cela a entraîné notre juste réaction :
à l’atelier Sud, nous les avons fait détaler,
à l’atelier Nord, nous avons arrêté complètement le travail en encombrant les chaînes, de la 21 à la 23.
Souvenons-nous tous : ou la classe II pour tous, ou nous quittons tous le travail.
24 juin 1969 – les ouvriers du 85
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CAMARADES OUVRIERS DE RIVALTA !
Toute indécision de notre part renforce le patron. Les cadences augmentent, la direction veut récupérer les pertes que la grève des camarades de Mirafiori lui fait subir.
Dans l’usine, le travail devient toujours plus insupportable. On a des salaires de famine. La vie est de plus en plus difficile : tout augmente : la nourriture, les loyers, les transports.
Voilà tous les problèmes que les travailleurs doivent affronter et régler par la lutte.
Nous exigeons :
100 livres de plus sur le taux de base pour tous, non réintégrable,
Passage en classe II pour tous, sans essai, et sans perdre l’ancienneté de la classe inférieure,
10 minutes de pause payées, par heure,
30 minutes payées sur les huit heures (repas).
Ces revendications sont exigées pour tous : les ouvriers, des vieux aux nouveaux, n’acceptent aucune division.
Camarades ouvriers !
Refusons les cadences infernales que nous impose le patron.
Aujourd’hui, commençons la lutte !
Quelques secteurs s’arrêtent à 10 H. Utilisons les heures de grève pour discuter et organiser la lutte pour qu’elle coûte le plus cher possible au patron, et le moins possible à nous !
25 juin 1969 – Ouvriers-étudiants
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CAMARADES OUVRIERS DU 25
Tout l’atelier 25 est arrêté ! Finalement, nous avons fait comprendre nos intentions à la direction. Maintenant, c’est à eux de céder : nos revendications, nous les avons établies nous-mêmes :
1) 50 livres de plus sur le taux de base pour tous, non réintégrables.
2) Passage en classe supérieure pour tous.
3) Paiement de la demi-heure de production récupérée tous les jours, pour ne pas arrêter les fours pendant le repas.
Par ailleurs, voilà quelques avertissements pour nos chefs :
Vos manœuvres pour faire décharger les fours sont inutiles, comme vos discours pour nous rappeler le prix des pièces qui sont dans les fours.
Hier, si vous avez voulu qu’on les charge quand même, à vous la faute : vous saviez bien que les ouvriers de la première équipe voulaient débrayer. Mais vous, vous ne croyez pas à notre force, et le débrayage vous a bien surpris ! Si maintenant vous voulez que les fours marchent, si vous voulez éviter les dégâts, vous n’avez qu’à payer !
Il est également inutile de venir avec les gardiens. Inutile aussi de nous envoyer les syndicalistes provocateurs pour nous offrir et nous imposer des broutilles.
Vous avez envoyé des lettres de menace aux ouvriers de la première équipe : c’est une provocation qui ne fait peur à personne. C’est comme dans tous les autres ateliers : les mêmes menaces n’ont pas plus d’effet.
Travailleurs du 25 !
Aujourd’hui, c’est nous qui tenons le manche du couteau.
Notre grève a des conséquences directes sur toute la production de la FIAT : déjà hier, après huit heures de grève, la mécanique était en difficulté.
Maintenant, commençons à ne plus faire de pièces pour Rivalta, S.p.A. Stura, et l’Autobianchi de Milan.
Ne nous laissons pas acheter pour quelques lires, ne nous laissons pas diviser, continuons la lutte. Tous unis, nous sommes plus forts que le patron.
25 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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TRAVAILLEURS DU 85 !
La réaction d’Agnelli et de ses sbires a commencé dans le Nord. Hier, cinq de nos camarades de la deuxième équipe ont été mutés dans d’autres ateliers.
Cela, c‘est la bonne vieille arme de la FIAT quand les tentatives pour diviser les ouvriers par des promesses d’avancement individuel ont échoué.
Ces derniers jours, nous avons refusé en bloc les six, puis les septante promesses d’avancement. Nous avons commencé la lutte pour obtenir le changement de classe pour tous. Maintenant, il nous faut répondre à la répression avec la même combativité que celle que nous avons eue jusqu’à aujourd’hui.
Le patron a montré qu’il avait peur. Il a compris que notre atelier est solide comme un poing. Comme un poing ferme, il faut réagir et frapper.
Les ouvriers du 85 ont toujours eu l’unité maximum dans l’action entre les deux équipes. Maintenant, il nous faut continuer dans cette voie : seule l’unité permet la victoire.
Il nous faut arrêter la répression sur les points les plus chauds de la lutte, en faisant un exemple qui pourra servir à tous les ateliers en lutte.
Unissons-nous : la lutte continue avec toute la FIAT. Hier, les trois équipes du 25 ont fait grève pendant huit heures. A Rivalta et dans d’autres secteurs, de nouvelles luttes naissent et se développent.
25 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS DE MIRAFIORI !
Hier à Mirafiori, les chaînes ont été bloquées en amont du 52 et 53. Le 25 continue sa grève dure de huit heures par équipe. Au secteur 42 de l’atelier 4 Fonderies, quatre heures de grève. Le contrôle des cadences continue dans l’atelier 16. L’atelier 51 est arrêté.
A Lingotto, il y a de courts débrayages pour préparer la mobilisation pour de prochaines grèves.
A Rivalta, il y a eu douze ou quinze arrêts de durée variable : entre une demi-heure et deux heures et demi par équipe. Désormais la situation est explosive et le patron n’arrive plus à la contrôler.
Hier, en amont du 52 et du 53, les ouvriers se sont mis en grève tous ensemble, et les deux équipes à la fois : il y a eu une manifestation qui a bloqué toute la production. A la deuxième équipe, toutes les chaînes étaient arrêtées. On a vu des contremaîtres se mettre à travailler : le record a été battu par le contremaître Bruno du 52, qui a fait treize heures à lui tout seul !
Cela, c’était la riposte ouvrière à la manœuvre de la direction qui ne voulait presque rien lâcher, et d’une manière hiérarchisée. La direction essaie de se mettre à l’abri : elle propose aux syndicats un accord-bidon dans lequel elle reprend les concessions faites il y a quelques jours, avec quelques retouches. Elle dit : c’est à prendre ou à laisser.
A ce sujet, nous avons deux choses à faire remarquer :
1) Les propositions de la direction continuent à faire une discrimination avec les manœuvres, en leur donnant des augmentations moins importantes.
2) Nous ne nous contenterons pas d’obtenir pour les manœuvres ce que la direction propose pour les chaînes. Nous avons demandé 50 lires d’augmentation pour tout le monde : 17 lires après une année de FIAT, cela ne suffit pas. Nous avons demandé la classe II pour tous, pas seulement pour quelques-uns. La lutte n’est pas seulement pour les manœuvres, mais pour tous.
La lutte sera illimitée tant que nos revendications ne seront prises en considération. Aujourd’hui, c’est les manœuvres du 52 et du 53 qui bloquent toute la production. La semaine dernière, c’était le 54 ; dans les prochains jours il y a aura les chaînes du 52, du 53 et celles du 55 et du 56. L’organisation des ouvriers permet de bloquer toute la production avec un seul atelier en grève à la fois. Pour que la lutte réussisse, il faut nous réunir tous ensemble ; ne demandons pas d’autorisation de sortie pendant les débrayages.
Maintenant, la lutte s’étend à toutes les usines FIAT, avec des revendications communes : mêmes augmentations pour tous, la classe II pour tous.
Nous ne laisserons pas la direction nous diviser avec des concessions différentes suivant les secteurs et les ateliers.
26 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS !
Le développement toujours plus formidable des luttes dans toutes les usines de la FIAT, qui a vu hier l’extension de la grève de Mirafiori à Rivalta, exige une position commune sur les points suivants :
1) La généralisation de la lutte et son organisation toujours plus ferme sur la base des résultats déjà acquis.
2) La riposte ouvrière à l’accord-bidon signé par les syndicats avec les patrons, et aux manœuvres qui vont l’accompagner.
3) La discussion immédiate sur les formes de lutte à adopter pour le contenu à l’échéance des contrats.
4) Une prise de position ouvrière sur la question des loyers.
Assemblée générale des ouvriers et étudiants, samedi 28 juin à 16H30, Palazzo Nuovo de l’Université, angle rue S. Ottavio et Cours S. Maurizio, sous la statue de la place Vittorio.
Vive la lutte unie de la classe ouvrière !
Ouvriers et étudiants
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IV
PATRONS ET SYNDICATS S’ACCORDENT
POUR BRISER LE MOUVEMENT
CAMARADES OUVRIERS ET ETUDIANTS !
La lutte des ouvriers de la FIAT est entrée dans sa cinquième semaine. Elle a tenu en échec toutes les tentatives patronales et syndicales pour la morceler et la saboter avec les accords particuliers d’ateliers. Pour cela, la direction et les syndicats sont parvenus à un accord global qui devrait concerner 60.000 ouvriers.
L’accord porte sur les augmentations différenciées du taux de base de 5 à 84 lires, à des titres divers (combien vont toucher 5 lires et combien vont en toucher 84) : mais les ouvriers exigent 100 lires d’augmentation pour tout le monde.
L’accord maintient la différence entre les classes. Bien plus, il en prévoit une nouvelle : la classe III super.
Les différences de salaire et de classe sont toujours un moyen de diviser les ouvriers au profit du patron.
La lutte continue parce que les revendications des ouvriers n’ont pas été satisfaites.
La lutte continue parce qu’en même temps le patron s’affaiblit ; il arrive aux échéances en position de faiblesse et nous, nous nous sommes encore plus forts.
C’est seulement ainsi, unis avec les 130.000 métallos et les millions d’ouvriers qui sont en grève ou qui vont s’y mettre au moment du renouvellement des contrats, que nous obtiendrons les revendications de toute la classe ouvrière italienne :
- Augmentations du taux de base importantes et les mêmes pour tous.
- Réduction immédiate du temps de travail.
- Parité immédiate avec les employés.
Tout cela, les ouvriers de Rivalta l’ont déjà demandé. Hier, les ateliers 64, 72, 76 se sont arrêtés en même temps que les travailleurs de Lingotto, de Materferro, de Ricambi et ceux du Spa Stura et de Carmagnola.
A Mirafiori aussi, la production a été arrêtée par la grève des fours et du ferrage, et celle du 85. Ils ont obtenu le passage de 400 ouvriers en classe II, et pourtant ils continuent la lutte.
La lutte continue parce que les ouvriers n’ont rien à faire des accords syndicaux, qui ne visent qu’à nous détourner du combat.
L’accord des patrons, ce n’est pas le nôtre.
Ce n’est pas pour quelques lires que la production reprendra à la FIAT : ces lires-là, nous les tenons déjà !
Demain samedi 16 H, à l’université (Via S. Ottavio 20, près de la Via Antoneliana) :
Assemblée générale des ouvriers de la FIAT !
27 juin 1969 - fait par les ouvriers et les étudiants
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FIM FIOM SIDA UILM
COMMUNIQUE DES SECRETAIRES DE FEDERATION REGIONAUX :
En de nombreuses occasions, les organisations syndicales ont présenté aux Autorités (maires, préfets, ministres), ainsi qu’aux industriels turinois, des revendications précises concernant :
Les loyers et les expulsions
1) Blocage des loyers (y compris les charges), arrêt immédiat des expulsions, mesures particulières pour les travailleurs immigrés.
2) Réglementation et contrôle des loyers et des contrats de location, de manière à déterminer un barème équitable, à assurer les droits des locataires.
3) Plan d‘urgence pour la construction d’immeubles, en particulier dans les nouvelles zones urbaines, avec priorité sur l’utilisation des crédits GESCAL et des fonds publics affectés aux Constructions et Travaux publics.
4) Intervention de l’Etat dans le plan de construction turinois de manière à éliminer tout retard et toute spéculation ; pour favoriser une redistribution des ressources économiques ; pour rétablir un équilibre entre les investissements du secteur productif et les investissements sociaux (immeubles, transports, écoles, etc…) dont le poids repose jusqu’ici essentiellement sur les entrepreneurs.
Les organisations syndicales n’ont toujours pas reçu de réponse. Au contraire, l’augmentation des loyers et la fréquence des expulsions est toujours plus grande.
Si dans les prochains jours, aucune réponse claire et positive ne leur est pas parvenue, les organisations syndicales appelleront les travailleurs à la
GREVE GENERALE
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CAMARADES OUVRIERS DE LA FIAT
Depuis plus de cinq semaines, nous menons une grève dure dans l’usine. Cette grève, patrons et syndicats l’ont entourée d’un mur de silence.
La lutte qui avait commencé dans quelques secteurs s’est étendue à toutes les chaînes de montage, aux fonderies, aux ateliers de mécanique de Mirafiori, aux usines de Rivalta, de Lingotto et de Carmagnola. La grève touche tantôt un atelier, tantôt l’autre. Elle réussit à bloquer toute la production. Beaucoup de fournisseurs ont été obligés de fermer.
Nous exigeons 100 lires de l’heure pour tous, non réintégrables, et la classe II pour tous.
Nous voulons des augmentations égales pour tous, pour éliminer les différences que patrons et syndicats essaient sans arrêt de faire entre les ouvriers, pour les diviser. Nous voulons des augmentations non réintégrables, pour garantir les résultats de nos luttes actuelles : quand nous déciderons de revendiquer sur les contrats, nous nous y mettrons, avec tous les autres métallos.
C’est nous qui décidons quand nous luttons, avec quelles armes, pour combien de temps, et pour quels objectifs.
C’est nous seuls qui décidons de nous réunir avec les ouvriers des autres secteurs et des autres départements. C’est nous qui discutons de la poursuite de la lutte avec les étudiants qui se sont unis à nous.
Dès le départ, les syndicats on essayé de bloquer notre lutte, en l’isolant et en signant des compromis avec le patron : nous les avons systématiquement refusés en continuant à nous battre. En ce moment, la répression patronale frappe : seize camarades ont été licenciés, beaucoup d’autres ont été mis à pied, sans que les syndicats lèvent le petit doigt. Mais la lutte continue, elle se développe et se renforce.
La colère ouvrière, la volonté de combattre à mort contre les patrons ne cessent de croître chez tous les ouvriers de Turin. Pour essayer de détourner la lutte, les syndicats ont annoncé pour jeudi une grève générale pour le blocage des loyers. (C’est beau de bloquer les loyers quand ils nous mangent déjà la moitié du salaire !). Avoir contraint les syndicats à déclarer la grève générale au moment où toute la FIAT se bat, c’est une première victoire.
La question des loyers ne doit pas nous détourner du combat dans l‘usine. Le loyer, comme tous les problèmes de la condition ouvrière, est étroitement lié aux rapports de force entre les ouvriers et les patrons : les loyers augmentent quand les ouvriers sont faibles, ils baissent quand les ouvriers sont forts ! Quand nous serons assez forts, nous pourrons même nous organiser pour ne plus les payer du tout.
Mais, pour ce combat-là, il faut que se construise dans l’usine une véritable force ouvrière. En commençant par mettre Agnelli à genoux, on pourra mettre à genoux tous les patrons, et tous les pourris du monde. Dans cette lutte il faut qu’une organisation ouvrière de masse naisse et se développe, une organisation capable de prendre en main nos revendications dans tous les domaines. Et ce ne sera pas pour aller pleurnicher chez le préfet…
C’est pourquoi, nous ouvriers de la FIAT, nous demandons à tous les ouvriers de Turin de faire leurs nos objectifs et nos méthodes de lutte, de se joindre à nous et, pour préparer des combats plus durs et plus étendus, de participer à la manifestation que nous organisons jeudi.
28 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS DE RIVALTA !
A Mirafiori, les chaînes sont bloquées par la grève des préparations du 52 et du 53. Au 25, la grève est totale : huit heures à chaque équipe. A l’atelier 51, il y a eu un débrayage. Et surtout le combat a commencé à Rivalta aussi !
A la première équipe : grève sur le tas de deux heures à l’atelier 64. Débrayage à l’atelier 72 (vernissage 128). Débrayage à l’atelier 75 (chaîne du 128). Débrayage à l’atelier 76 (chaîne du 128).
A la deuxième équipe, grève à l’atelier 63 (trois équipes) de 8H45 à la fin. Débrayage d’une heure sur les deux chaînes de contrôle au 128 (atelier 72). Arrêt d’une demi-heure des trois équipes des monteurs du 128 (atelier 72).
Même s’ils n’ont pas duré longtemps, ces grèves et ces débrayages nous montrent que :
A Rivalta aussi, nous sommes forts. Nous pouvons organiser nos luttes nous-mêmes.
A Rivalta aussi, comme à Mirafiori, les nouveaux embauchés luttent aux côtés des autres ouvriers.
Pour répondre à nos arrêts de travail, le patron a envoyé tous les chefs d’équipes, chefs de départements et ceux du Comité d’entreprise qu’il avait sous la main pour essayer d’arrêter notre lutte. Les membres du C.E. qui se promènent maintenant au bras des chefs ont raconté des tas de calomnies. Mais nous sommes prévenus, et nos camarades de Mirafiori nous le disent : ceux-là, c’est la voix du patron. Ils sont là pour nous trahir, et pas pour nous encourager à la lutte.
Ce n’est pas vrai qu’on ne peut pas faire grève dans l’usine. Nos camarades de Mirafiori en font la preuve : depuis un mois, c’est comme cela qu’ils ont bloqué la FIAT.
La grève dans l’atelier est importante parce que le patron n’est jamais sûr qu’entre une lutte et l’autre, la production va continuer tranquillement, ou même augmenter pour récupérer la perte, comme c’était le cas pendant les grèves où on restait en dehors de l’usine.
La grève dans l’atelier renforce et unit les ouvriers parce qu’on utilise le temps de grève pour s’éclaircir les idées et organiser la poursuite de la lutte.
La grève dans l’atelier bloque la production non seulement là où on lutte, mais dans toute l’usine. Elle coûte plus cher au patron qu’aux ouvriers. Elle permet même aux ouvriers des ateliers suivants, qui sont arrêtés pour manque de travail, de discuter pour préparer à leur tour le combat.
Souvenons-nous qu’un mois de grève sur le tas dans quelques ateliers à la fois a fait perdre plus de 50 milliards à la FIAT.
Et si la grève se fait dans toute l’usine, la FIAT ne peut plus nous envoyer les flics pour nous casser les pieds et nous cogner dessus.
Préparons-nous et organisons notre combat dans l’usine.
Utilisons tous les temps libres (à la cantine, au vestiaire, devant les portes, dans les cars, dans les foyers).
Faisons des meetings à la sortie pour rencontrer les camarades d’autres départements et d’autres ateliers.
Nous luttons aujourd’hui parce que c’est aujourd’hui que nous en avons assez de ce travail.
Nous luttons pour obtenir ce que nous voulons :
1) 100 lires de plus sur le taux de base pour tous ;
2) passage en classe II sans essai pour tous ;
3) 10 minutes de pose payées par heure ;
4) une demi-heure de casse-croûte payée sur les huit heures.
En octobre, quand il y aura les contrats, nous utiliserons l’organisation née dans les luttes d’aujourd’hui pour combattre avec les 300.000 métallos d’Italie, et avec les millions d’ouvriers des autres branches.
Tous ceux qui veulent nous empêcher de nous battre maintenant en disant que le bon moment c’est le mois d’octobre, font le jeu du patron : c’est le patron qui, en ce moment, a intérêt à produire le maximum, et c’est ça qui fait sa faiblesse. C’est le patron qui a intérêt ce que les ouvriers ne se battent qu’une fois tous les trois ans.
Assemblée générale, samedi après-midi, à 16H30.
26 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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OUVRIERS DES ATELIERS 23, 24, 25, 26, 28, 41 !
La FIAT a licencié en bloc douze de nos camarades du 25 qui luttaient de façon autonome pour l’augmentation de 50 lires pour tous, et pour le passage en classe II. La FIAT a licencié ces ouvriers pour saboter la lutte du 25 qui était arrivé à paralyser toute la Mécanique, et pour démontrer le danger qu’il y a à lutter sans syndicat. Les ouvriers du 25 rejettent ce chantage infâme et répondent en continuant le combat. En outre, nous ajoutons à nos revendications précédentes une condition prioritaire : la levée immédiate des mesures de licenciement.
Par ailleurs, les ouvriers du 25 demandent à leurs camarades des ateliers 23, 24, 26, 28, 41 de répondre immédiatement aux provocations de la FIAT, par des débrayages, des meetings à la cantine, des pétitions à la direction pour l’arrêt des licenciements, des manifestations à la sortie du 25, des collectes pour soutenir la lutte et aider les camarades licenciés.
Camarades !
Nous devons riposter immédiatement pour défendre notre autonomie, notre lutte, nos revendications.
Nous ne sommes pas seuls. Tous les ouvriers de la FIAT sont en train de s’organiser. Ils généralisent le combat pour les augmentations, la classe II pour tous, contre l’accord bidon, et pour la réintégration immédiate des camarades licenciés.
Continuons la lutte, tous unis nous vaincrons
30 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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CAMARADES OUVRIERS !
La lutte se développe et s’étend. L’organisation autonomie des ouvriers, qui se renforce toujours plus, a porté un coup sérieux au patron :
Mirafiori : aujourd’hui, toute la production arrêtée.
Rivalta : de nombreux départements arrêtés par la grève du 25 de Mirafiori, et par celle du 65 de Rivalta.
Carmagnola : en grève depuis mercredi.
Lingotto : les débrayages se succèdent avec une importance toujours plus grande.
La lutte sort de Turin :
à la FIAT de Modène,
à la FIAT de Pise,
à la FIAT de Naples,
à la FIAT de Florence,
à la FIAT de Trieste,
à la Piaggio de Pontedera,
partout avec les mêmes méthodes, et pour les mêmes objectifs !
La grève de FIAT touche en plus toutes les entreprises fournisseuses. Le combat est de plus en plus résolu, l’organisation des ouvriers de plus en plus forte.
Le patron contre-attaque :
1) accord bidon : des augmentations ridicules, différenciées par classe, non sur le taux de base, et pas pour tous. Il prévoit une multiplication des classes (la 3 super en plus) pour cacher la faiblesse des augmentations de salaire ;
2) licenciements : après les deux ouvriers des chaînes de Mirafiori au début de la grève, c’est maintenant treize ouvriers des Fours et deux de l’aluminium (Carmagnola),
3) intimidations : la direction a donné des ordres au chefs pour multiplier les avertissements et les mises à pied, pour pouvoir ensuite licencier pour de « bons motifs »,
4) agressions : vendredi soir, une espèce de flic a frappé violemment un camarade étudiant devant la porte 5 à Rivalta.
Les syndicats ont accepté la manœuvre du patron, et essaient de la faire avaler aux ouvriers :
1) en signant l’accord que les ouvriers ont refusé,
2) en continuant à se taire sur les licenciements, et en ne bougeant pas le petit doigt pour que les camarades soient réintégrés.
Sur cette question, les ouvriers ont décidé de garder l’initiative pour la direction de la lutte. Ils ont décidé de la rendre encore plus ferme :
1) ils refusent l’accord patron-syndicats,
2) ils exigent la réintégration immédiate des camarades licenciés,
3) ils réaffirment leur volonté de lutter pour de fortes augmentations du taux de base, égales pour tous, pour le passage automatique en classe II de tous les ouvriers de la classe inférieure au bout de six mois.
Pour cela nous sommes prêts à intensifier la lutte, par la violence s’il le faut, s’il le faut nous irons jusqu’à l’occupation de l’usine.
Pour nous, la grève de jeudi est l’occasion d’échanger nos expériences de lutte, de nous réunir avec d’autres usines, de renforcer l’organisation ouvrière à l’intérieur comme à l’extérieur de l’usine.
Nous appelons tous les ouvriers à participer à une manifestation qui montrera nos méthodes et notre capacité de lutte, dans l’usine comme au dehors.
30 juin 1969 – Ouvriers et étudiants
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V
LA BATAILLE DU 3 JUILLET LA VILLE ET L’USINE S’UNISSENT AU COMBAT
LA BATAILLE DE CORSO TRAIANO
Turin est une ville dégueulasse : un lit pour dormir y coûte 20.000 lires par mois, un repas 1.000 lires. Il n’y a pas d’appartements : dernièrement, la FIAT a décidé de construire pour les ouvriers qui venaient du Sud, des baraques pour quatre cents personnes dans un terrain vague. C’est un véritable camp de concentration. On n’en sort que pour aller travailler.
Ce n’est donc pas un hasard si les syndicats, au moment le plus chaud de la lutte de Mirafiori, ont appelé à une grève de vingt-quatre heures en dehors de l’usine pour le blocage des loyers et l’arrêt des expulsions. Le but de la manoeuvre, c’était de regagner la confiance des ouvriers en les mobilisant sur un de leurs problèmes les plus importants. Mais ce n’est pas une journée de grève-congé, ni même les pétitions inutiles qu’on nous a fait signer qui résolvent le problème des loyers : que signifie bloquer les loyers quand ils sont déjà hors de prix ?
C’est pourquoi l’Assemblée générale des Etudiants et des Ouvriers, qui se tenait toutes les semaines pour coordonner les luttes et les organiser, avait décidé de transformer cette grève en une grande journée de lutte : on irait dire à tous nos camarades de Turin ce qu’était notre lutte, on n’y irait pas en petits groupes, mais en masse, avec une manifestation, avec nos propres banderoles, nos mots d’ordre à nous.
Des milliers d’ouvriers et d’étudiants accourent au rendez-vous. A partir de là, on connaît les faits : la police intervient immédiatement, elle charge férocement la manifestation, sans même de sommations. C’est là qu’ont lieu les premières arrestations.
La manifestation se disperse, et se reforme cent mètres plus loin, vers le Corso Traiano. Alors la police charge à nouveau, encore plus durement, en lançant des grenades lacrymogènes, en arrêtant tous ceux qu’elle peut.
Ce n’est plus la peine de faire une manifestation : les manifestants ne sont plus seuls, c‘est tout le quartier qui descend dans la rue, les hommes et les femmes, les enfants et les vieux. La bataille s’étend jusqu’à Nichelino et Moncalieri12 . Elle dure toute la nuit du 3 juillet et une partie de la matinée du 4. La police n’ose pas s’aventurer dans les quartiers. Les flics avancent par groupes de 200 ou 300, protégés par les paniers à salade.
En face d’eux, la foule barre les rues avec des barricades, des voitures enflammées ; pendant ce temps, des groupes mobiles de jeunes attaquant les flics sans répit sur leur flanc. Ils s’échappent ensuite en se réfugiant dans les immeubles. La police n’a plus qu’une solution : s’acharner sur la population. Elle lance de grenades dans les fenêtres des appartements. Immeuble par immeuble, jusqu’au dixième étage, les gens sont arrêtés chez eux. Mais les barricades continuent.
Toute la presse nationale et internationale a bien été obligée d’en parler. Mais la Stampa13 , le journal des patrons, et l’Unita14 avec elle, osèrent dire qu’il s’agissait de petits groupes de voyous, d’éléments étrangers à la classe ouvrière. Quel scandale, quand on sait que le combats ont duré plus de douze heures, que les vingt-neuf inculpés sont presque tous des ouvriers de la FIAT et des habitants du quartier. Parmi eux, une femme de 56 ans, et beaucoup de membres du PCI (bien que ce parti et les syndicats les aient invités à ne pas participer). Voilà ce que c’était « le petit groupe d’éléments étrangers à la classe ouvrière » : c’est tout un quartier de Turin, ça aurait pu être toute la ville.
Extrait de « LOTTA CONTINUA :
lettre des ouvriers de la FIAT, à leurs camarades du Sud » - août 1969
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12Banlieues de Turin, proches de Mirafiori.
13Quotidien de Turin financé par Agnelli.
14Quotidien des révisionnistes italiens, équivalent de l’Humanité
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CAMARADES OUVRIERS !
Hier, la police a brutalement attaqué la manifestation de 10.000 ouvriers et étudiants qui venait à peine de quitter Mirafiori.
Le but de cette manifestation, c’était de faire connaître à toute la classe ouvrière les formes et les objectifs que la lutte s’était donnés au cours d’un mois et demi de grève sur le tas. En attaquant la manifestation, la police voulait empêcher cet échange d’expériences en vue de futurs combats.
Une fois de plus, les patrons et leurs larbins ont fourni l’occasion d’élargir le combat. Ainsi, l’attaque de la police a-t-elle provoqué l’intervention des habitants de Turin-Sud, qui sont entrés dans la lutte aux côtés des ouvriers et des étudiants. De plus, le combat s’est étendu à différents quartiers de Turin, mobilisant une grande masse d’ouvriers, en généralisant la lutte plus que n’aurait pu le faire n’importe quelle manifestation.
Pourquoi la police est-elle intervenue aussi massivement et aussi violemment ?
Depuis un mois et demi, les ouvriers de la FIAT luttent contre la production, en imposant leurs objectifs de combat :
- refus des conditions de vie et de travail, dans l’usine comme au dehors,
- refus du contrôle des syndicats et des partis sur le mouvement de la classe ouvrière,
- organisation autonome de la lutte pour les objectifs fixés par les ouvriers eux-mêmes.
Tels sont les objectifs exprimés dans les luttes de la FIAT, que les ouvriers veulent généraliser aux autres usines.
Cette action de la classe ouvrière à l’usine a provoqué la crise des structures politiques et syndicales que les patrons utilisaient jusque-là.
Cette crise ne se manifeste pas seulement à Turin : c’est une crise politique nationale que les patrons n’arrivent plus à résoudre aujourd’hui. C’est pour cela, pour bloquer le mouvement, qu’ils utilisent la répression par la violence.
Le combat d’hier
Les combats de rue très violents d’hier ont été une grande victoire ouvrière.
Depuis vingt ans (à part en 1962), les ouvriers de la FIAT n’avaient pas affronté longtemps et victorieusement les forces de police. Dans les combats d’hier, les ouvriers ont prouvé leur volonté et leur force de combat, non seulement dans l’usine, mais aussi dans la rue.
Certes, cette victoire a coûté son prix : une centaine d’arrestations, une vingtaine d‘inculpations. Mais cette lutte a prouvé que les ouvriers ont aujourd’hui une force suffisante pour imposer leurs objectifs dans l’usine, comme ils ont celle d‘imposer la libération des camarades arrêtés.
Cette force va se manifester immédiatement aujourd’hui même, dans l’usine : l’usine ce n’est pas la police qui la tient.
Il faut reprendre la lutte, l’étendre à toute la FIAT. En même temps, il faut consolider et organiser la puissance de lutte qui s’est manifestée pendant les affrontements d’hier, en ville et dans les quartiers.
Camarades ouvriers ! La lutte continue !
- Pour les objectifs que nous nous sommes fixés pendant ce mois et demi de lutte.
- Pour la libération immédiate des camarades arrêtés.
Turin, 4 juillet 1969 – Ouvriers et étudiants
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OUVRIERS DE RIVALTA !
Le procès des 29 camardes arrêtés jeudi dernier Corso Traiano et à Nichelino a commencé hier.
Le jeudi 3 juillet a été une journée importante pour la lutte ouvrière. Il a fait la preuve que la lutte des ouvriers dans l’usine est la même que celle des ouvriers dans les quartiers ; à partir de maintenant, nous refusons tous cette vie de chien.
Les flics ont été appelés par le patron pour empêcher notre manifestation. La manifestation avait pour but de montrer pacifiquement à toute la ville de Turin, la force de l‘organisation de la lutte ouvrière à l’intérieur de la FIAT.
Des milliers de flics sur le pied de guerre essayaient de nous faire peur et d’empêcher le départ de la manifestation. Quand ils ont vu que les ouvriers commençaient à être plus de cinq mille, ils ont eu recours à la violence : charges, grenades, etc…
Mais, une fois de plus, ils se sont trompés : en voulant disperser la manifestation par la violence, les flics se sont trouvés devant un nouvel affrontement. Les habitants des quartiers sont descendus dans la rue, ils ont combattu jusqu’au matin, ils ont tenu en échec des milliers de policiers appelés en renfort de toute l’Italie. Toute la journée, la police a arrêté sans distinction tous ceux qu’elle pouvait : des ouvriers, des étudiants, des femmes, des passants : en tout deux cents personnes. Sur ces deux cents, 29 ont été inculpées. Ce sont presque tous des ouvriers, presque tous des habitants des quartiers où la bataille a eu lieu.
Cela aussi, c’est une grossière manœuvre du patron :
Quand il a vu que tous les autres moyens échouaient, il a voulu arrêter la lutte ouvrière avec son arme la plus dure et la plus répugnante : les arrestations, les dénonciations, les procès.
Quand il a vu que l’organisation des ouvriers en lutte, avec les étudiants à son côté, ne pouvait plus être contrôlée ni par les syndicats, ni par les partis, il a essayé de nous tromper, de nous dresser les uns contre les autres, les ouvriers contre les ouvriers, les ouvriers contre les étudiants.
Le procès des 29 inculpés pendant la lutte contre la FIAT et sa ville-usine a commencé hier à Turin.
Le procès des 17 étudiants arrêtés pendant la lutte contre l’école de classe a commencé hier à Milan.
Les commissaires, les inspecteurs, les flics, les juges ont reconnu ceux qui luttaient contre les patrons dans les usines, dans la rue, dans les écoles.
Les journaux, la radio et la télé mentent pour diviser et tromper ceux qui luttent.
Les étudiants et les ouvriers luttent ensemble parce qu’ils savent que le patron qui exploite les ouvriers dans l’usine, qui leur fait mener une vie de chien, c’est aussi celui qui fait de l’école une caserne où seront formés les imbéciles et les fidèles serviteurs du patron dans l’usine et à l’extérieur.
Les étudiants qui sont avec nous ont compris qu’ils devaient aller à l’usine, dans les quartiers, dans la rue, au côté des ouvriers, contre les patrons et leur système.
CAMARADES OUVRIERS !
Le patron utilise la répression pour nous diviser et nous effrayer.
- Il nous fait arrêter dans la rue et nous expédie au tribunal.
- Il nous menace, il nous déplace, il nous licencie (aux licenciements de Mirafiori, se sont ajoutés trois licenciements à Rivalta).
- Le patron espère que cette manœuvre réussira, car il espère que nous ne saurons pas répondre.
Notre réponse, c’est notre lutte et notre organisation.
Tous unis avec nos camarades inculpés, interdisons au patron de les licencier quand ils rentreront à l’usine.
La lutte continue, préparons l’élargissement de la lutte à l’intérieur de l’usine.
10 juillet 1969 – Ouvriers et étudiants
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LOTTA CONTINUA
Aujourd’hui, en Italie, un processus révolutionnaire nouveau a commencé : il va au-delà même de ce qu’a signifié le mois de mai français. Ce n’est pas un mouvement improvisé, mais une lutte prolongée qui unit étroitement les ouvriers, les étudiants et les paysans, une lutte qui balaie l’une après l’autre toutes les contre-attaques des capitalistes.
La journée du 3 juillet n’est pas un épisode isolé, ni une explosion de révolte incontrôlée. Elle vient à la suite de cinquante jours de lutte à la FIAT, une lutte qui a rassemblé un très grand nombre d’ouvriers, une lutte qui a bloqué complètement la production, une lutte qui a atteint un niveau d’autonomie politique et organisationnelle inconnu jusque là, une lutte qui a balayé toute tentative de contrôle syndical. La portée politique profonde des luttes de la FIAT, leur caractère de masse permettent aujourd’hui à toute la classe ouvrière italienne de passer à un stade de luttes sociales généralisées sans que les objectifs, les formes ni les dates en soient fixés, sans considérer les exigences du développement capitaliste, des syndicats ou du parti ; ces luttes sont dirigées entièrement par l’organisation autonome des ouvriers. En même temps, la signification politique de cette situation va bien au-delà de la signature d’un accord quelconque. Les patrons le savent, car, pour pouvoir reprendre leur souffle, ils ont besoin d’utiliser les luttes pour tromper politiquement la classe ouvrière et redonner de forces aux syndicats.
C’est pourquoi la bataille sur les contrats est une bataille politique d’un bout à l’autre. La victoire ouvrière, c’est la capacité d’avancer en ayant fait place nette des faux défenseurs de la classe ouvrière et en renforçant sa propre organisation.
Une fois de plus, la FIAT donne l’exemple. Agnelli a déjà perdu beaucoup plus que ce qu’il aurait payé en acceptant les revendications des ouvriers. Mais aujourd’hui, Agnelli se rend compte qu’aucune concession ne peut freiner la lutte ouvrière. Au contraire, chaque concession stimule encore plus la reprise de la lutte.
Les ouvriers de la FIAT n’ont pas attendu l’échéance des contrats (en septembre), ils n’ont pas demandé au patron, comme le voulait le syndicat, des concessions ridicules sur le salaire et les cadences. La lutte des ouvriers FIAT est une lutte de masse ; elle a repris tous les objectifs déjà exprimés pendant les luttes de 1968-69, les objectifs des plus grandes concentrations ouvrières italiennes, de Milan à Porto Marghera, d’Ivrea à Valdagno.
Ces objectifs, ce sont :
- augmentations importantes du taux de base, égales pour tous ;
- suppression des classes ;
- réductions importantes du temps de travail sans diminution de salaire, et d’un seul coup ;
- égalité immédiate et complète entre les ouvriers et les employés.
Sur la base de leur expérience, les ouvriers de Turin, réunis en Assemblée après les combats du 3 juillet, proposent à tous les ouvriers italiens de commencer une nouvelle période de lutte de classe générale sur les objectifs qu’ils se seront fixés eux-mêmes. Ils proposent l’unification politique de toutes les expériences de lutte autonome déjà réalisées.
De la FIAT à Turin, de Turin à toute l’Italie, organisons-nous dans le feu des luttes pour marcher vers la prise du pouvoir.
5 juillet 1969 – L’Assemblée ouvrière de Turin
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VI
AGNELLI EST A GENOUX JUSQU’AUX VACANCES, IL A PERDU LA PARTIE
Le patron accélère les cadences, Le syndicat fait élire ses délégués :
Camarades ouvriers !
Petit à petit, le patron essaie de reprendre le contrôle sur l’usine, mais la force et l’unité avec lesquelles nous avons lutté pendant 45 jours l’obligent à prendre des précautions. Alors, nous le voyons augmenter les cadences dans quelques ateliers (le 54 par exemple). Mais au premier signe de protestation de la part des ouvriers, les chefs remettent les mêmes cadences qu’avant.
Cela, c’est les premières tentatives du patron pour récupérer ce qu’il a perdu avec la lutte. Pour lui, cela ne veut pas seulement dire récupérer de l’argent, mais surtout, en se foutant de nous, reprendre le contrôle que nous lui avions arraché pendant la lutte.
Mais le patron sait que les ouvriers sont décidés à ne pas reculer, qu’ils sont décidés à ne plus lui permettre de parader dans l’usine comme avant. C’est pour cela qu’il cherche, en accord avec les syndicats, le meilleur moyen de canaliser et de contrôler notre révolte.
Aujourd’hui, il nous fait le coup des délégués. Car, dans les ateliers, la bande de complices des syndicats a disparu avec sa marchandise électorale.
Camarades ! A quoi servent ces délégués ?
Disons-le clairement une fois pour toutes :
- Ils servent à vérifier que les cadences fixées par la direction sont bien respectées.
- En cas d’abus de la part des chefs et des gardiens, le délégué, au lieu d’organiser un débrayage avec ses camarades, doit courir au bureau des délégués dans lequel il transmet, par la filière bureaucratique, sa protestation à la direction.
Dans ces conditions, les délégués deviennent obligatoirement les sergents du patron. Leur rôle, c’est d’arrêter les ouvriers quand ils vont commencer la lutte en leur faisant croire que tout se règle dans le bureau du patron.
Mais ce piège répugnant que nous tendent le patron et les syndicats ne peut marcher que si nous renonçons à la lutte pour nous jeter dans les bras des délégués et des bureaucrates syndicaux.
Camarades ! Nous ne devons compter que sur nos propres forces !
Ripostons à l’augmentation des cadences en débrayant ou en réduisant la production ; mais cela ne suffit pas, puisque notre meilleure défense, c’est l’attaque.
Organisons-nous atelier par atelier pour reprendre la lutte sur tous les points de la condition ouvrière !
Le salaire, l’horaire, l’égalité avec les employés.
9 juillet 1969 – Ouvriers - Etudiants
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LES CADENCES AUGMENTENT : LES DEBRAYAGES RECOMMENCENT
CAMARADES OUVRIERS !
Pendant les six semaines de lutte le patron a perdu sur deux tableaux :
- il a perdu 100 milliards de production,
- il a perdu le contrôle des ouvriers.
Maintenant, il essaie de récupérer tout cela :
- les cadences augmentent,
- les chaînes vont plus vite,
- les chefs vont voir les ouvriers et leur demandent de faire des heures supplémentaires,
- si une machine se casse, le patron nous oblige à récupérer la production.
Agnelli veut reconstituer son stock et récupérer les pertes de production, parce qu’il pense déjà aux luttes encore plus dures que nous reprendrons en automne, à la FIAT, et dans toute l’Italie.
La récupération de la production, cela veut dire surtout imposer aux ouvriers des cadences infernales qu’ils n’arrivent pas à supporter.
Ces cadences-là, nous les retrouverons en septembre si nous les acceptons maintenant !
Agnelli est passé à l’attaque parce qu’il voit que les ouvriers ont appris à se servir de l’usine pour s’organiser et pour lutter.
Il suffit d’entendre les chefs quand ils passent dans les ateliers : « Ceux qui commandent ici, ce n’est pas vous ! ».
Mais les ouvriers ont compris la manœuvre et ils ont commencé à s’organiser.
Ceux du 54 ont quitté la chaîne parce qu’elle allait trop vite. Tous unis, ils ont refusé les heures supplémentaires. Voilà l’organisation qu’il faut généraliser dans tous les ateliers !
Nous avons compris que nous ne devions plus nous occuper des délégués, qu’il fallait nous organiser nous-mêmes en dehors de l’usine, et à l’intérieur.
Pour le faire, et pour être toujours plus forts, réunissons-nous avec les autres ateliers à la sortie de l’usine.
Pour vaincre le patron, il faut savoir utiliser toues les possibilités de discuter entre nous et de nous organiser : pendant les pauses à la cantine, aux cabinets, partout où on peut ; à l’extérieur de l’usine, aux réunions devant les portes, dans les assemblées.
Nous devons être vigilants parce qu’en même temps que le patron, les syndicats reviennent à la charge avec la camelote usée des délégués. Eux aussi, ils veulent reprendre des forces avant le mois d’octobre pour nous imposer leur plateforme revendicative, leur programme de « lutte », et leurs accords bidons.
Organisons immédiatement les débrayages contre les cadences dans toute l’usine.
Dans les assemblées où nous décidons notre programme de lutte, commençons à fixer nos objectifs pour les luttes contre les contrats !
Le premier objectif, c’est de s’unir dans une même organisation avec les ouvriers de toutes les autres usines italiennes.
Maintenant déjà la lutte de Mirafiori est une lutte qui intéresse tous les ouvriers d’Italie et tous les patrons d’Italie. Si aujourd’hui les ouvriers de la FIAT arrivent à vaincre le patron à Mirafiori, c’est une victoire pour tous les ouvriers d’Italie, car les motifs et les objectifs de notre lutte sont aussi ceux de nos camarades.
Des millions d‘ouvriers sont en grève. Le problème est de savoir nous unir pour attaquer ensemble.
Tous les patrons d’Italie sont d’accord pour écraser la lutte de la FIAT parce qu’ils savent que si le combat continue, ils en subiront tous les conséquences. Ils auront en face d‘eux un front uni de tous les ouvriers et ils seront forcés de plier devant leur force.
Renforçons-nous !
Tous unis, refusons :
Les cadences !
Les heures supplémentaires !
14 juillet 1969 – Ouvriers et étudiant
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Si la production augmente, débrayons !
Si on nous demande de faire
des heures supplémentaires, refusons !
Si on nous fait crever
de chaud et de fatigue, bloquons tout !
Nous comptons les jours qui nous séparent des vacances. Nous n’irons pas à la mer ni à la montagne : mais au moins, on s’en ira le plus loin possible de cette maudite usine. Et nous voulons arriver en vacances vivants.
Notre désir d’aller en vacances, Agnelli l’utilise à ses fins. Pour aller en vacances, il faut un peu d’argent. Alors voilà les heures supplémentaires. En attendant, voilà où nous en sommes : on a augmenté les retenues, les augmentations ont disparu, la prime a diminué. En vacances, on y va les poches vides. Et puis, comme on va se reposer d’ici peu, la FIAT a pensé qu’elle pouvait nous fatiguer encore plus. La production augmente tous les jours. Ce n’est plus un travail, c’est un vrai bagne.
Agnelli a été mis à rude épreuve, et maintenant il essaie de s’en remettre. Il attaque d‘abord sur le problème de la mutuelle, et bien sûr, les syndicats l’appuient. Puis c’est l’augmentation de la production. Puis c’est les fiches de paye fractionnées. Agnelli espère récupérer la production, d’autant plus qu’il sait très bien que nous reprendrons la lutte en automne. Il espère pouvoir à nouveau nous contrôler, nous convaincre qu’il n’y a rien à faire, que nous perdons toujours et que nous sommes les seuls à y perdre. Mais Agnelli tire un peu trop sur la laisse. La chèvre est mangée par le loup : cela, nous l’avons bien compris.
A l’atelier 54, toutes les tentatives pour accélérer les cadences ont échoué : les ouvriers ont riposté en débrayant. Tous refusent de faire les heures supplémentaires.
A l’atelier 53, grève d‘une demi-heure avant-hier, pour protester contre ce qu’il nous vole sur la fiche de paye.
A l’atelier 13, grève de deux heures. Les ouvriers sont prêts à la prolonger.
Avant-hier soir, aux ateliers 55 et 56, les ouvriers ont quitté les chaînes. Ils ont refusé de faire la production supplémentaire qu’on leur avait demandée.
Hier, aux ateliers 23 et 24, il y a eu plusieurs évanouissements. Aujourd’hui : débrayages.
Pendant trois jours, l’atelier 27 s’est opposé à l’augmentation de la production et a débrayé à la fin de l’équipe. Cela s’est passé aussi dans d’autres ateliers.
Cela veut dire que notre lutte n’a pas eu lieu pour rien.
Cela veut dire que les choses ne redeviendront pas comme avant.
C’est le patron qui nous oblige à lutter. Aujourd’hui nous ne sommes pas prêts à répondre partout aux attaques du patron. Non seulement parce que les 17 lires, il ne nous les a pas données tout de suite. Les 17 lires, c’est rien du tout, mais elles sont à nous, et pas à Agnelli, qui gagne sur notre dos en ne les déboursant pas tout de suite. Mais surtout, nous refusons de nous faire tuer par l’augmentation de la production.
Ces deux mois de lutte nous ont rendus plus forts : servons-nous de cette force. Le patron ne doit pas pouvoir utiliser ces quelques semaines avant les vacances pour récupérer la production et reprendre le contrôle des ouvriers.
Nous devons utiliser ces semaines pour renforcer notre organisation et pour nous préparer aux luttes futures. Nous devons arriver aux luttes pour le contrat en ayant défini nous-mêmes nos objectifs et la façon dont nous voulons lutter pour les atteindre.
17 juillet 1969 – Ouvriers et étudiants
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LES POUX ET LA BALEINE
Ces jours-ci, les entrées de Mirafiori sont devenues une véritable foire. Il y a de tout : des syndicalistes, des gens du PCI, de gamins habillés en rouge, des flics habillés en vert, etc. Ils sont tous là à faire concurrence aux vendeurs ambulants, tous à faire de la propagande pour leur marchandise.
Les syndicalistes : quand les ouvriers luttaient, ils n’avaient plus le courage de se montrer. Aujourd’hui, ils pensent que la lutte est finie, et ils se ramènent en force. Ils essaient de se faufiler dans le rang des ouvriers qui étaient à la tête de la lutte. On a l’impression qu’ils disent : « Vous avez fait une fugue, mais on vous pardonne pourvu que vous reveniez dans les jupes du syndicat ».
Le P.C.I. : il est toujours absent des luttes. Il lui arrive aussi de raconter que les prolétaires qui se sont battus le 3 juillet étaient des « agents irresponsables et provocateurs » (aujourd’hui, ces mêmes ouvriers viennent d’être condamnés par un tribunal bourgeois). Le voilà qui vient nous raconter que les luttes décidées et dirigées par les ouvriers eux-mêmes sont dangereuses parce que les patrons peuvent utiliser la répression ! Il vient nous accuser d’être « des groupes étrangers à l’usine ». Mais il se garde bien d’expliquer comment « ces misérables groupuscules » ont réussi à mener une lutte aussi longue et aussi violente que celle que nous avons menée pendant ces deux derniers mois. En résumé, le P.C.I. veut entrer au gouvernement, et il doit donner des preuves toujours plus claires de sa respectabilité bourgeoise. Les luttes de masse qui se moquent des lois du patron sont un obstacle au progrès du PCI. C’est pourquoi le PCI devient un complice de la répression, c’est pourquoi il collabore à l’isolement des avant-gardes ouvrières et étudiantes et se met à brailler au danger fasciste.
Les flics : ils se montrent de plus en plus souvent. Le 3 juillet, ils se sont donnés bien du mal en se battant et en lançant des grenades au nom d’Agnelli et de l’Etat. Maintenant, ils viennent nous rappeler ce qu’ils sont. Si les ouvriers rentrent dans le rang et recommencent à obéir aux syndicats, tout va bien, sinon, c’est la matraque.
Les « marxiste-léninistes » : pendant les luttes, on ne les a pas vus. Aujourd’hui, ils viennent essayer de tirer les marrons du feu comme des vautours. Ils font de beaux discours révolutionnaires, mais ce qu’ils cherchent, c’est à placer des cartes et à vendre des journaux. Ce ne sont que des petits bureaucrates, les concurrents du PCI et des syndicats.
Les fascistes : ils viennent faire des provocations sous la protection bienveillante de la police, sans aucune réaction des syndicats. Ils cherchent le combat avec les étudiants et les ouvriers les plus actifs pour permettre aux flics, au PCI et aux syndicats de parler d’une « lutte entre extrémistes » et se présenter comme des arbitres impartiaux.
Les syndicalises, les bureaucrates du PCI, les faux « marxistes-léninistes », les flics et les fascistes ont tout une caractéristique commune : ils ont une peur terrible de la lutte ouvrière, de la capacité qu’ont les ouvriers d’envoyer promener le patron et ses valets pour décider et organiser la lutte eux-mêmes dans l’usine et à l’extérieur.
Tout cela, nous le disons parce que nous étions aux portes de l’usine avant la lutte. Nous y avons été pendant la lutte, les ouvriers à l’intérieur, les étudiants à l’extérieur, et nous y serons encore. Aujourd’hui, les sorties sont encombrés de ces messieurs. C’est un signe que nous leur avons fait peur. Aujourd’hui, ils arrivent tous pour essayer de récupérer les fruits d’une lutte qu’ils pensent terminée. Mais en réalité, le « cadavre » de la lutte ouvrière est bien vivant. Et ils s’en apercevront.
Quelqu’un disait que même les baleines ont des poux. La lutte de classe est une baleine, les flics, les bureaucrates du parti et les syndicats, les fascistes et les faux révolutionnaires sont les poux.
11 juillet 1969 – Ouvriers et étudiants
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Le visuel en frontispice de cet article est repris du site Voie-lactee.
ici : www.voie-lactee.fr
Mots-Clés : Archives internationales -
01.05.2012
Message Commun aux Travailleurs de Tous les Pays
Luttons pour le triomphe de la Révolution Socialiste Mondiale!
Comme chaque année, en ce premier mai, les travailleurs de tous les pays honorent la mémoire des martyrs de Chicago, nouent des liens de solidarité, passent en revue leurs rangs et réaffirment leurs objectifs d’abolition de toutes les formes d'exploitation et d'oppression sur Terre.
Une journée où l'armée prolétarienne mondiale prend les rues devant les masses populaires, leurs voix jointes dans la bataille contre l'impérialisme et la réaction, et en soutien au combat révolutionnaire de leurs frères et sœurs dans tous les pays et au combat des peuples du monde.
Et il ne peut pas en être autrement, car la crise capitaliste mondiale continue partout de faire rage, amenant aux masses laborieuses de terribles souffrances par la faim et la misère, laissant derrière elle une traînée de mort, de destruction de la nature et de désolation pour les peuples, augmentant le danger d'une nouvelle guerre mondiale que les impérialistes préparent, mettant en évidence le déclin d'un système agonisant violemment opposé au progrès de la société.
La prétention des impérialistes et de leurs régimes laquais dans les pays opprimés à se sauver de la ruine et de leur inévitable destruction intensifie l'exploitation et l'oppression du prolétariat et des peuples, augmentant la résistance et la rébellion des dépossédés. Les contradictions antagoniques entre les exploiteurs et les exploités, entre les opprimés et les oppresseurs, exacerbées jusqu'à leurs limites par l'avidité de la minorité parasite qui vit du travail des autres, donnent l'impulsion aux forces de la société, particulièrement celles du prolétariat de tous les pays, pour la révolution : des puissantes manifestations aux grèves dans les entrailles mêmes des pays impérialistes, les innombrables soulèvements et même les insurrections populaires contre les conséquences de la crise dans les pays opprimés, la résistance armée des peuples en Irak, en Afghanistan et en Palestine, attaqués par l'impérialisme et ses mercenaires... voilà des événements qui sont des signes indéniables de la tempête révolutionnaire.
Cependant, les luttes et rébellions spontanées des travailleurs ne sont pas suffisantes, elles ne sont pas suffisantes pour renverser les tyrans ou dominants, pas suffisantes pour soulager les souffrances, pas suffisantes pour stopper l'agression impérialiste ; nous devons décider de changer radicalement la situation mondiale. Cela rend nécessaire de transformer la lutte spontanée en lutte consciente, de passer de la rébellion à la révolution, en assumant la lutte pour le renversement du pouvoir des ennemis du peuple, en détruisant le vieil État réactionnaire des exploiteurs par la Guerre Populaire, par la violence révolutionnaire des masses, pour établir sur ses ruines le nouvel État des ouvriers et des paysans, la Dictature du Prolétariat, qu'ont en vue les peuples d'Inde, de Turquie, du Pérou et des Philippines, concrétisés dans les Guerres Populaires dirigés par les Communistes, marxistes léninistes maoïstes.
Le prolétariat, la classe qui dans la révolution n'a rien à perdre à part ses chaînes, et est pour cela la classe la plus révolutionnaire de notre époque, obtient chaque jour davantage d'importance dans la lutte contre l'exploitation et la domination impérialistes. Et sa responsabilité de guider la lutte révolutionnaire des masses populaires est soutenue par les efforts des marxistes léninistes maoïstes qui persistent dans la construction de leur Parti politique indépendant dans chaque pays, comme composante d'une Internationale Communiste d'un nouveau type ; instrument indispensable pour le triomphe de la Révolution Prolétarienne Mondiale, seule solution à la catastrophe qu'a causé l'impérialisme à la société toute entière.
Cependant, en opposition à cet objectif se lèvent non pas seulement la persécution et le terrorisme d’État des exploiteurs, mais aussi l'opportunisme, l'idéologie et la politique bourgeoises dans le cœur même du mouvement ouvrier, qui dévie le prolétariat, dans la recherche de la perpétuation du capitalisme impérialiste.
Tel est le rôle actuel des trotskystes et hoxhaistes, dont certains se désignent eux-mêmes comme marxistes léninistes et même marxistes léninistes maoïstes, dont les théories et les pratiques, comme dans le cas du Parti communiste du Népal Unifié (maoïste), conduisent à la trahison de la révolution, à la capitulation devant l'impérialisme et les classes dominantes laquais, et au désarmement de la Guerre Populaire et de l'Armée populaire de Libération de l'héroïque peuple du Népal, dont l'expérience de lutte sera un terrain fertile pour le retour à la ligne correcte d'un nouveau Parti construit sur la défaite totale de l'ancien parti et de sa ligne révisionniste.
Une attaque soutenue par le Parti communiste révolutionnaire des États-Unis qui, sous le nom de « nouvelle synthèse d'Avakian », prétend remplacer la théorie du socialisme scientifique, le marxisme léninisme maoïsme, par les théories bourgeoises de la réforme sociale. L'attaque de ces partis révisionnistes, membres du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste - MRI, et le silence complice de son Comité dirigeant, a causé la débâcle de ce mouvement en tant que centre embryonnaire du prolétariat mondial.
Aujourd'hui, devant l'effondrement indéniable du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste, la position centriste qui accorde une légitimité au silence complice se cache derrière le danger principal que représente le révisionnisme pour l'unité du Mouvement Communiste International, minimise sa trahison du prolétariat mondial et ses outrages contre le peuple de Népal, obscurcit la vue des Communistes et empêche les travailleurs de comprendre clairement le rôle du révisionnisme dans les défaites de leur mouvement politique, contribuant à les maintenir à l'écart des problèmes politiques de leur révolution.
Maintenant, sur cette base de la conciliation avec les ennemis du prolétariat, le centrisme se propose de relancer le Mouvement Révolutionnaire Internationaliste dans ce qu'ils appellent « Conférence élargie du MRI », fondée sur le fait d'ignorer la connaissance de sa faillite et les causes révisionnistes de celle-ci, aggravant et prolongeant ainsi avec cela la confusion, la dispersion et l'impuissance des communistes révolutionnaires.
Mais, contrairement au pessimisme et au désespoir des révisionnistes anciens et nouveaux, et aussi à l'éclectisme des centristes conciliateurs, les contradictions de l'impérialisme dans son état avancé d'agonie libèrent les forces mondiales du travail contre le parasitisme impérialiste, appelant urgemment à l'unité internationale du prolétariat.
Unité dans laquelle les révolutionnaires prolétariens s'efforcent maintenant de démolir les fausses théories révisionnistes et les positions éclectiques du centrisme. Unité qui doit se matérialiser dans une proposition de ligne générale du Mouvement Communiste International, qui trace une démarcation profonde entre le marxisme et l'opportunisme, et est la base solide de l'unité pour forger la nouvelle Internationale qui mènera les batailles grandioses de la Révolution Prolétarienne Mondiale contre l'impérialisme et tous ses laquais.
Les puissantes forces révolutionnaires déclenchées par l'impérialisme - le capitalisme moribond – exigent la direction du prolétariat et des communistes. Ainsi, ce premier mai, le marxistes léninistes maoïstes appellent les prolétaires de tous les pays à lutter pour le triomphe de la Révolution Prolétarienne Mondiale, à marcher sous les bannières de l'internationalisme prolétarien et à unir leurs cris de guerre et leur lutte politique pour le Socialisme et le Communisme.
A bas l'exploitation et la domination impérialistes!
Vive la Révolution Prolétarienne Mondiale!
Vive les Guerres Populaires en Inde, au Pérou, en Turquie et aux Philippines!
Contre le Révisionnisme et le Centrisme: Vive le Marxisme Léninisme Maoïsme!
Pour une Nouvelle Internationale Communiste fondée sur le Marxisme Léninisme Maoïsme: Allons De l'Avant!
1er Mai 2012
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Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste - Belgique
Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste – France
Communist Party Marxist-Leninist-Maoist - Bangladesh
Groupe Reconstruction - PERUCRPM – État espagnol
Colectivo Odio de Clase [Collectif Haine de Classe] – État espagnol
Parti Communiste (Marxiste-Léniniste) - Panama
Union Ouvrière Communiste (MLM) – Colombie
Mots-Clés : Communiqués -
01.05.2012
Joint Message to the Workers of All Countries
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Let's Struggle for the Triumph of The World Proletarian Revolution!
As every year, on this May Day the workers of all countries honor the memory of the martyrs of Chicago, narrow ties of solidarity, review their ranks and reaffirm their goals of abolishing all forms of exploitation and of oppression on Earth. A day where the world proletarian army takes the streets in front of the popular masses, their voices joined in the battle against imperialism and reaction, and in support of the revolutionary struggle of their brothers in all countries and of the peoples of the world.
And it can not be otherwise, since the world capitalist crisis continues to rage everywhere, bringing the terrible sufferings of hunger and misery to the laboring masses, leaving a trail of death, of destruction of nature and of desolation for the peoples, increasing the danger of a new world war for which the imperialists are preparing, highlighting the decline of a agonizing system violently opposed to the progress of society.
The pretension of the imperialists and their lackeys regimes in the oppressed countries of saving themselves from ruin and of their inevitable destruction intensifies the exploitation and the oppression of the proletariat and of the peoples, increases the resistance and rebellion of the dispossessed. The antagonistic contradictions between exploiters and exploited, between oppressed and oppressors, exacerbated to the limits by the greed of the parasite minority that lives the work of others, give the impulse to the forces of society, especially those of the proletariat of all countries, for the revolution: powerful demonstrations and strikes in the bowels of the imperialist countries, countless uprisings and even popular insurrections against the consequences of the crisis in the oppressed countries, armed resistance of the peoples in Iraq, Afghanistan and Palestine, attacked by imperialism and its mercenaries ... events that are undeniable signs of the revolutionary storm.
However, the spontaneous struggles and rebellions of the workers are not enough, they are not enough to overthrow the tyrants or rulers, not enough to alleviate the sufferings, not enough to stop the imperialist aggression; we must decide to radically change the world situation. This makes necessary to transform the spontaneous struggle in conscious struggle, to move from rebellion to revolution, taking the fight to overthrow the power of the enemies of the people, destroying the old reactionary state of the exploiters with the People's War, with the revolutionary violence of the masses, to establish on its ruins the new state of the workers and peasants, the Dictatorship of the Proletariat, that have in sight the peoples of India, Turkey, Peru and the Philippines, elevated in People's Wars led by the Communists, marxists leninists maoists.
The proletariat, the class that in the revolution has nothing to lose but its chains and therefore the most revolutionary class of this era, obtains each day more importance in the struggle against exploitation and imperialist domination. And its responsibility to lead the revolutionary struggle of the popular masses is supported in the efforts of the marxists leninist maoists who persist in building their independent political Party in each country, as part of a Communist International of a new type; indispensable instrument for the triumph of the World Proletarian Revolution, only solution to the catastrophe that imperialism has caused to entire society.
But in opposition to this purpose raises itself not only the persecution and the state terrorism of the exploiters, but also opportunism, the bourgeois ideology and politics in in the very heart of the worker movement itself, that deviates the proletariat, in the seeking of perpetuating imperialist capitalism. Such is the current role of trotskyists and hoxhaists, of which some call themselves marxists leninists and even marxists leninists maoists, whose theories and practices, as in the case of United Communist Party of Nepal (Maoist), lead to the betrayal of the revolution, to capitulation before imperialism and the lackeys ruling classes, and to the disarmament of the People's War and People's Liberation Army of the heroic people of Nepal, whose experience of struggle will be a fertile ground for the reunion with the correct line of a new Party built on the total defeat of the old party and its revisionist line. An attack supported by the Revolutionary Communist Party, USA, which under the name of “Avakian's new synthesis”, pretends to replace the theory of scientific socialism, Marxism Leninism Maoism, for bourgeois theories of social reform. The attack of these revisionist parties, members of the Revolutionary Internationalist Movement-RIM, and the accomplice silence of its leading Committee, caused the debacle of this movement as embryonic center of the world proletariat.
Today, given the undeniable collapse of the Revolutionary Internationalist Movement, the centrist position that legitimizes the accomplice silence hides the main danger that represents revisionism to the unity of the International Communist Movement, minimizes its betrayal of the world proletariat and its outrages against the people of Nepal, obscures the view of the Communists and prevents workers to clearly understand the role of revisionism in the defeats of their political movement, contributing to keep them away from the political problems of their revolution. Now, on that basis of conciliation with the enemies of the proletariat, centrism proposes to revive the Revolutionary Internationalist Movement in what they call “Expanded Conference of the RIM”, based on ignoring the knowledge of its bankruptcy and the revisionist causes of it, thus aggravating with this further confusion, dispersion and impotence of the revolutionary communists.
But contrary to the pessimism and despair of the old and new revisionists, and also to the eclecticism of the centrists conciliators, the contradictions of imperialism in its advanced state of agony unleash the world forces of work against imperialist parasitism, urgently calling for the international unity of proletariat. Unity in which the proletarian revolutionaries strive now to demolish the false revisionist theories and the eclectic positions of centrism. Unity that must materialize itself in a proposal for a General Line of the International Communist Movement, that draws a deep demarcation between marxism and opportunism, and is the firm basis of unity to forge the new International which will lead the grandiose battles of the World Proletarian Revolution against imperialism and all its lackeys.
The powerful revolutionary forces unleashed by imperialism - moribund capitalism – demand the direction by the proletariat and the Communists. So, this May Day, the marxists leninists maoists call the proletarians of all countries to fight for the triumph of the World Proletarian Revolution, to march under the banners of proletarian internationalism and to unite their battle cries and political struggle for Socialism and Communism.
¡Down with imperialist exploitation and domination!
¡Long live the World Proletarian Revolution!
¡Long live the People's Wars in India, Peru, Turkey and the Philippines!
¡Against Revisionism and Centrism: Long live Marxism Leninism Maoism!
¡For a New Communist International Based in Marxism ELeninism Maoism: Let's Go Forward!
May Day 2012
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Colectivo Odio de Clase – Estado Español
Communist Party Marxist-Leninist-Maoist - Bangladesh
Grupo Reconstrucción - PERUCRPM – Estado Español
Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste – France
Partido Comunista (Marxista-Leninista) - Panamá
Unión Obrera Comunista (MLM) – Colombia
Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste - Belgique
Mots-Clés : Communiqués -
01.05.2012
Mensaje Conjunto a los Obreros de Todos los Países
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¡Al Combate por el Triunfo de la Revolución Proletaria Mundial!
Como cada año, este Primero de Mayo los obreros de todos los países honran la memoria de los mártires de Chicago, estrechan sus lazos de solidaridad, pasan revista a sus filas y reafirman sus objetivos de abolir toda forma de explotación y de opresión sobre la tierra. Un día donde el ejército proletario mundial, toma las calles al frente de las masas populares, une sus voces en combate contra el imperialismo y la reacción, y en apoyo a la lucha revolucionaria de sus hermanos de todos los países y de los pueblos del mundo.
Y no puede ser de otra forma, por cuanto la crisis capitalista mundial continúa haciendo estragos por doquier, llevando los terribles sufrimientos del hambre y la miseria a las masas trabajadoras, dejando su estela de muerte, de destrucción de la naturaleza y arrasamiento de los pueblos, acrecentando el peligro de una nueva guerra mundial para la cual se preparan los imperialistas, poniendo en evidencia la decadencia de un sistema agonizante, violentamente opuesto al progreso de la sociedad.
La pretensión de los imperialistas y sus regímenes lacayos en los países oprimidos de salvarse de la ruina y de su inevitable destrucción, intensifica la explotación y la opresión sobre el proletariado y los pueblos, acrecienta la resistencia y la rebelión de los desposeídos. Las contradicciones antagónicas entre explotados y explotadores, entre oprimidos y opresores, exacerbadas al límite por la voracidad de la minoría parasitaria que vive del trabajo ajeno, impulsan las fuerzas de la sociedad, especialmente las del proletariado de todos los países, a la revolución: poderosas manifestaciones y huelgas en las mismas entrañas de los países imperialistas, innumerables levantamientos e incluso insurrecciones populares contra las consecuencias de la crisis en los países oprimidos, resistencia armada de los pueblos en Irak, Afganistán y Palestina agredidos por el imperialismo y sus mercenarios… acontecimientos que son signos innegables de la tormenta revolucionaria.
Sin embargo, no son suficientes las luchas y rebeliones espontáneas de los trabajadores, no basta tumbar tiranos o gobernantes, no basta mitigar los sufrimientos, no basta frenar la agresión imperialista; hay que decidirse a cambiar radicalmente la situación del mundo. Ello hace necesario transformar la lucha espontánea en lucha consciente, pasar de la rebelión a la revolución, llevando la lucha hasta el derrocamiento de todo el poder de los enemigos del pueblo, destruyendo con la Guerra Popular, con la violencia revolucionaria de las masas, el viejo Estado reaccionario de los explotadores, para instaurar sobre sus ruinas el nuevo Estado de los obreros y los campesinos, la Dictadura del Proletariado, hacia donde tienen la mira los pueblos de la India, Turquía, Perú y Filipinas, alzados en Guerras Populares dirigidas por los comunistas, marxistas leninistas maoístas.
El proletariado, la clase que no tiene nada que perder en la revolución más que sus cadenas y, por consiguiente, la clase más revolucionaria de esta época, cobra cada día más importancia en la lucha contra la explotación y la dominación imperialista. Y su responsabilidad de dirigir la lucha revolucionaria de las masas populares se encuentra respaldada en los esfuerzos de los marxistas leninistas maoístas que persisten en construir su Partido político independiente en cada país, como parte de una Internacional Comunista de nuevo tipo, instrumento imprescindible para el triunfo de la Revolución Proletaria Mundial, única salida a la catástrofe que el imperialismo ha causado a toda la sociedad.
Pero en contra de tal propósito se levanta, no sólo la persecución y el terrorismo estatal de los explotadores, sino además el oportunismo, la ideología y la política burguesa en el propio seno del movimiento obrero, que desvía al proletariado buscando perpetuar el capitalismo imperialista. Tal es el papel de las corrientes trotskistas y hoxhistas, de algunas que se dicen marxistas leninistas e incluso marxistas leninistas maoístas, cuyas teorías y prácticas, como en el caso del Partido Comunista Unificado de Nepal (Maoísta), condujeron a la traición de la revolución, a la claudicación ante el imperialismo y las clases dominantes lacayas, y al desarme de la Guerra Popular y el Ejército Popular de Liberación del heroico pueblo de Nepal, cuya experiencia de lucha será terreno abonado para el reencuentro con la línea correcta de un nuevo Partido construido sobre la derrota total del viejo partido y su línea revisionista. Un ataque secundado por el Partido Comunista Revolucionario, Estados Unidos que, bajo el nombre de la “nueva síntesis de Avakian”, pretende suplantar la teoría del socialismo científico, el Marxismo Leninismo Maoísmo, por las teorías burguesas de las reformas sociales. El ataque de esos partidos revisionistas, integrantes del Movimiento Revolucionario Internacionalista –MRI, y el silencio cómplice de su Comité dirigente, ocasionaron la debacle de este movimiento como centro embrionario del proletariado mundial.
Hoy, ante el irrefutable colapso del Movimiento Revolucionario Internacionalista, la posición centrista que legitimó el silencio cómplice, oculta el peligro principal que representa el revisionismo para la unidad del Movimiento Comunista Internacional, minimiza su traición al proletariado mundial y sus infamias contra el pueblo de Nepal, opaca la visión de los comunistas e impide a los obreros comprender con claridad el papel del revisionismo en las derrotas de su movimiento político, contribuyendo a alejarlos de los problemas políticos de su revolución. Ahora, sobre esa base de conciliación con los enemigos del proletariado, el centrismo propone revivir el Movimiento Revolucionario Internacionalista en lo que llaman “Conferencia Ampliada del MRI”, basada en desconocer su bancarrota y las causas revisionistas de la misma, con lo cual se agravaría aún más la confusión, dispersión e impotencia de los comunistas revolucionarios.
Pero contrariando el pesimismo y la desesperanza de los viejos y nuevos revisionistas, así como el eclecticismo de los centristas conciliadores, las contradicciones del imperialismo en su avanzado estado de agonía, desatan las fuerzas mundiales del trabajo contra el parasitismo imperialista, reclamando con urgencia la unidad internacional del proletariado. Unidad en la cual se empeñan ahora los proletarios revolucionarios demoliendo las falsas teorías revisionistas y las posiciones eclécticas del centrismo. Unidad que debe concretarse en una propuesta de Línea General del Movimiento Comunista Internacional, que trace un profundo deslinde entre el marxismo y el oportunismo, y sea la firme base de unidad para forjar la nueva Internacional que dirigirá las grandiosas batallas de la Revolución Proletaria Mundial contra el imperialismo y todos sus lacayos.
Las poderosas fuerzas revolucionarias desatadas por el imperialismo –capitalismo agonizante– exigen la dirección del proletariado y los comunistas. Por ello este Primero de Mayo, los marxistas leninistas maoístas llaman a los proletarios de todos los países al combate por el triunfo de la Revolución Proletaria Mundial, a marchar bajo las banderas del internacionalismo proletario y a unirse a sus gritos de batalla y lucha política por el Socialismo y el Comunismo.
¡Abajo la Explotación y la Dominación Imperialista!
¡Viva la Revolución Proletaria Mundial!
¡Vivan las Guerras Populares en la India, Perú, Turquía y Filipinas!
¡Contra el Revisionismo y el Centrismo: Viva el Marxismo Leninismo Maoísmo!
¡Por una Nueva Internacional Comunista Basada en el Marxismo Leninismo Maoísmo: Adelante!
Primero de Mayo de 2012
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Unión Obrera Comunista (MLM) – Colombia
Colectivo Odio de Clase – Estado Español
Communist Party Marxist-Leninist-Maoist - Bangladesh
Grupo Reconstrucción - PERUCRPM – Estado Español
Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste – France
Partido Comunista (Marxista-Leninista) - Panamá
Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste - Belgique
Mots-Clés : Communiqués -
17.04.2012
Clarté Rouge, organe théorique du Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste (Belgique) N°1 - avril 2012

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1. Introduction
Une des contributions les plus décisives du Président Mao au marxisme est la théorie et la pratique de la guerre populaire prolongée. Une des contributions les plus décisives du Président Gonzalo est la théorisation de la guerre populaire prolongée maoïste comme stratégie universelle : « Pour nous, le Président Mao Zedong en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes. (…) Chaque classe génère sa forme de guerre spécifique et en conséquence, sa stratégie. Le prolétariat a crée la sienne : la guerre populaire et c’est une stratégie supérieure. La bourgeoisie ne pourra jamais avoir une stratégie supérieure à celle-là, qui plus est, il n’y aura pas de stratégie plus développé que celle du prolétariat.» (interview de 1988).
Les débats acharnés pour le développement d’une unité politique, idéologique et stratégique dans le Bloc Marxiste-Léniniste puis hors de celui-ci nous ont permis d’affiner et de préciser notre compréhension de ces problèmes, de saisir mieux que jamais la spécificité, l’originalité, la force et la justesse de ces positions marxistes-léninistes-maoïstes. Dans les débats qui ont caractérisé la phase ultime des conflits au sein du Bloc ML, qui ont mis en évidence une claire ligne de démarcation entre nous et les ex-"pro-albanais", la question du caractère universel, — donc applicable partout — de la guerre populaire s’est vite révélé le nœud principal.
En effet, à peine consommée la rupture entre le Bloc ML et le courant qui allait le quitter pour former le collectif « Classe contre classe ! », le noyau ex-"pro-albanais" a révélé son caractère néo-révisionniste en pesant de tout son poids pour que le Bloc ML se démarque ouvertement de l’expérience des Cellules Communistes Combattantes. Pour nous, maoïstes, une critique de l’expérience des CCC est nécessaire, mais il doit s’agir d’une critique servant le progrès révolutionnaire, une critique reconnaissant les apports de cette expérience, une critique visant à dépasser dialectiquement cette expérience. Or, dans ce cas, il s'agissait clairement d'évacuer le contenu révolutionnaire de l'expérience des CCC, principalement la manière dont les CCC avaient pratiquement posé la question de la guerre révolutionnaire en Europe.
Le contenu politique de cette attaque était évident. Il s’agissait de reproposer le pseudo-insurrectionnalisme révisionniste, et fermer immédiatement la porte à la stratégie maoïste de la guerre populaire prolongée. Si encore l’insurectionnalisme des ex-"pro-albanais" avait été conséquent, s’il avait été une vraie stratégie, par rapport à laquelle on détermine ses choix tactiques…. Mais il s’agissait de cet insurectionnalisme-prétexte dont la seule utilité est de se prétendre révolutionnaire tout en renvoyant la question militaire à un avenir lointain (puisque les conditions ne sont pas prêtes) et de mener une politique que rien ne distingue (sinon la jactance) des politiques radical-réformistes.
Aux débats au sein du mouvement communiste belge ont succédés, pour nous, les débats au sein du mouvement maoïste international. C’est une nouvelle étape dans notre processus de définition idéologique, théorique, politique et stratégique. Un grand souffle de clarification balaie ce mouvement.
La trahison prachandiste au Népal en a été l’élément déclencheur, et plus spécifiquement l’évaluation des Accords de paix de 2006. Nous avons fait nos tout premiers pas dans ce débat.
Tant le débat au sein du mouvement communiste belge que le débat au sein du mouvement maoïste international nous ont ramenés à la question de la guerre populaire. Et il nous est très vite apparu que cette question avait été pauvrement traitée dans les pays impérialiste. Les débats sont rares, les efforts théoriques pour adapter les principes généraux de la guerre populaire aux conditions des pays capitalistes développés sont plus rares encore. Cela peut paraître surprenant quand nombreux sont les partis qui, en Europe et en Amérique du Nord, revendiquent l’universalité de la guerre populaire, et qui donc devraient concrètement se poser la question de sa mise en pratique dans leur réalité nationale. Tout cela nous a amené à décider à mener un travail de recherches et d’analyses, et de publier, (sur quatre numéros de Clarté Rouge) les principaux documents du débat et nos propres positionnements.
Dans ce premier numéro, et comme première contribution du Centre MLM de Belgique au débat, nous proposons : Les expériences historiques de la lutte armée prolétarienne et populaire en Belgique, qui recensera et analysera les principales manifestations du prolétariat de Belgique sur le terrain de l’affrontement armé avec l’Etat bourgeois. Ces expériences forment notre arrière-plan, notre bagage historique, par bien des côtés, tant elles furent marquantes dans les processus de formation et déformation de la conscience de classe dans ce pays. Elles déterminent d’ailleurs encore certains réflexes politiques dans les mobilisations et positionnements populaires.
Notre seconde contribution en tant que Centre MLM (B) sur cette question, sera intitulée: Du caractère universel de la guerre populaire prolongée de type maoïste, et sera publiée dans le deuxième numéro de Clarté rouge (août).
Notre troisième contribution, intitulée Ce que peut et doit être la guerre populaire dans les pays impérialistes, sera publiée dans le troisième numéro Clarté Rouge (novembre). Un document intitulé Démasquer les faux partisans de la guerre populaire ! Assumer une pratique révolutionnaire ! constituera notre quatrième contribution au débat.
Ce premier numéro de Clarté Rouge est articulé autour d’un document essentiel du Parti Communiste d’Inde (Maoïste), et pourtant inédit en français : Perspective urbaines : Notre travail dans les zones urbaines. Ce document était à l’origine un document interne du Parti Communiste d'Inde (Marxiste-Léniniste) « Guerre populaire » écrit fin 2001 ou début 2002. Il a été adapté et assumé par le PCI(M) lorsque celui-ci est né, en septembre 2004, de la fusion du PCI(ML)GP et du Centre Communiste Maoïste. Ce document a été saisi et rendu public par la contre-révolution. Le fait qu’il s’agisse d’un document interne explique qu’il n’a jamais été assumé publiquement par le PCI(M), le fait qu’il s’agisse d’un document authentique explique qu’il n’a jamais été dénoncé comme faux.
Après avoir étudié l’urbanisation telle qu’elle se développe en Inde, ce remarquable document aborde la question essentielle du le rôle du travail urbain dans la stratégie politique et militaire du PCI(M). En sont déduits les objectifs principaux du travail dans les villes : la construction et le développement d’organisations de masse (clandestines et publiques), le développement organisationnel du Parti en milieu urbain, la problématique du Front uni (relativement aux parties de la classe ouvrière, à l’unité entre la classe ouvrière et la paysannerie, aux rapports entre celles-ci et la petite-bourgeoisie, etc.), la lutte en front uni contre la répression policière, les forces fascistes hindoues, la mondialisation impérialiste etc. Ce document aborde naturellement les tâches militaires des communistes, avec les formes d’organisations spécifiquement urbaines, les tâches de soutien et de renseignement, l’appui à la guerre populaire dans les campagnes, la cyber-guerre, etc. Il s’achève par une évaluation autocritique des conceptions et de la pratique du PCI(M) relativement à son travail dans les zones urbaines, et par les perspectives qu’ouvre une telle évaluation.
Ce document est d’une importance exceptionnelle pour les maoïstes des pays impérialistes, car il constitue une mine d’information et d’enseignement sur le champ d’’expérience du PCI(M) la plus proche de leurs propres réalités. Il y a loin, bien entendu, des ‘slums’ de Bombay aux quartiers déshéritées d’Europe, mais malgré cette distance, nous pensons qu’il faut considérer ce document comme un matériel essentiel dans le débat pour la définition d’une authentique pratique maoïste de la guerre populaire dans les pays impérialistes.
Enfin, nous entamons dans ce numéro la publication d’une série de textes classiques sur la guerre populaire prolongée par Problèmes stratégiques de la guerre de partisans contre le Japon, écrit par Mao Zedong en mai 1938.
Vive le marxisme-léninisme-maoïsme !
Guerre populaire jusqu’au communisme !
Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste (Belgique)
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Contribution du Centre MLM (B)
Les expériences historiques de la lutte armée prolétarienne et populaire en Belgique
1. L’insurrection prolétarienne de 1830
A la veille de la Révolution de 1830, les contentieux entre la bourgeoisie belge (catholique, francophone et industrielle) et le régime hollandais (protestant, néerlandophone et commerçant) étaient presque tous réglés (régime fiscal protectionniste, mesures linguistiques, grands travaux etc.). La bourgeoisie connait une grande vague de prospérité. Le prolétariat s'est formé rapidement (la seule industrie cotonnière emploie 220.000 ouvriers) et sa conditions est épouvantable: un impôt sur la mouture augmente le prix du pain alors que l'on sort d'une disette provoquée par la maladie de la pomme de terre. La concurrence d'un capitalisme anglais supérieurement équipé tire les salaires vers le bas (jusqu'à la moitié des salaires anglais en 1820). Des émeutes de la faim se produisent dans les années 20. Il y a 690.000 miséreux – un neuvième de la population.
Quand arrive la nouvelle de l'insurrection parisienne, seul le prolétariat s'enthousiasme et prend les armes. Il se cherche des chefs, comme le relieur Pierre Schavye qui a participé à l'insurrection parisienne. Le 25, des groupes d'ouvriers, certains armés, imprimeurs en tête, arborant les couleurs françaises, tiennent la rue et saccagent, sans les piller, des hôtels de responsables gouvernementaux, comme celui du chef de la police. Le lendemain, après de grands meetings publics, ils forment trois colonnes qui, arborant les drapeaux rouge et français, vont dévaster cinq fabriques et quelques hôtels de maitre, en réclamant « du pain et des armes ». La troupe, composée d'ouvrier et de paysans brimés par des officiers hollandais, ne bouge pas. La bourgeoisie forme alors une garde de 400 combattants armés par les Hollandais. S'y retrouve quelques révolutionnaires mais surtout la pire des réactions. Le 26, les ouvriers massés grand place somment les gardes bourgeois de marcher sur le palais ou de leur remettre leurs fusil pour qu'ils le fassent eux-mêmes. La garde tire sur les ouvriers et en tue une vingtaine. Les bourgeois remplacent le drapeau français par le drapeau brabançon sur l'hôtel de ville (arborer le drapeau orangiste serait suicidaire). Le 27, la garde bourgeoise tire sur les manifestants qui marchaient sur le palais, tuant au moins dix ouvriers. Le lendemain, les patrouilles quadrillent la ville et 250 "meneurs" sont arrêtés. Pour la bourgeoisie belge, l'affaire pourrait s'arrêter là, mais l'intervention provocatrice du prince de Hollande (considérant la bourgeoisie belge comme séditieuse pour avoir arboré les couleurs brabançonnes) va la contraindre au choix national belge.
Les combats de septembre contre l'armée d'occupation du prince d'Orange massée aux portes de Bruxelles seront déclenchés et menés par groupes d'ouvriers bruxellois et par les volontaires venus de province. La garde bourgeoise ne participe pas aux combats, et tire parfois encore contre le peuple qui veut prendre ses armes pour combattre les troupes d'occupation. Un soulèvement se produit le 20 septembre, l'hôtel de ville est envahi. 10.000 prolétaires dispersent la garde bourgeoise. Les masses ne reconnaissent que le pouvoir de la "Réunion centrale" des volontaires (ceux qui ont pris les armes contre les Hollandais), "Réunion" rassemblant des dirigeants prolétaires et populaires, des démocrates modérés et des intellectuels révolutionnaires et progressistes. Lorsque l'armée hollandaise (10.000 hommes) entre dans Bruxelles, les dirigeants démocrates modérés (comme Rogier) désertent la "Réunion". Seul le prolétariat et ses dirigeants fait face, appuyé par les masses populaires qui jettent par leur fenêtre leur mobilier sur les soldats hollandais, qui dressent des barricades, etc. Les masses sont victorieuses: une partie de l'armée est contenue, l'autre s'enferme dans le parc royal. Les démocrates modérés, ramenés à Bruxelles par la tournure des événements, vont alors former une "Commission administrative" qui usurpera progressivement les pouvoirs jusqu'à s'autoproclamer "Gouvernement provisoire".
Manœuvrant habillement, sachant s'attacher des intellectuels révolutionnaires populaires comme De Potter, ces démocrates modérés vont transformer l'insurrection prolétarienne en révolution démocrate-bourgeoise, évacuer toutes les questions d'ordre économique posées par les ouvriers, et reformer l'unité de la bourgeoisie autour du projet d'une monarchie constitutionnelle libérale.

1830 : Les révolutionnaires canonnent les Hollandais
Il aura manqué au prolétariat bruxellois une organisation capable de synthétiser et de représenter ses intérêts. Ses quelques leaders spontanés, malgré leurs qualités individuelles, ne pouvaient suffire. L’absence d’une organisation politique capable d’exprimer les intérêts spécifiquement prolétariens a condamné les masses à jouer le rôle de chair à canon pour la bourgeoisie nationale.
2. Les émeutes de 1848 et l’expédition de «Risquons-Tout»
Engels (dans l’article Wilhelm Wolff) écrivit : «Lorsque la révolution de Février [1848, à Paris] éclata, elle trouva aussitôt un écho à Bruxelles. De très nombreuses personnes se rassemblaient chaque soit sur le Grand Marché1 devant la Mairie qui était occupée par la garde civile2 et la gendarmerie. Les bistrots de bière et d’eau de vie autour du marché étaient bondés de monde. On criait ‘Vive la République’, on chantait la Marseillaise, on s’assemblait, on poussait et on était repoussé ». Les communistes allemands présents à Bruxelles s’activent. Marx qui venait de recevoir un héritage de 6.000 francs en consacre 5.000 pour acheter des armes destinés aux ouvriers de Bruxelles. Mais la classe ouvrière est encore désorganisée. Pourtant, à la différence de 1830, il existait en 1848 des forces capables d’exprimer les intérêts spécifiques du prolétariat. Marx lui-même était à Bruxelles. Mais ces forces étaient encore très faibles, avaient une influence minime, et étaient absolument incapable d’agir comme un état-major politique et militaire.
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1 C'est-à-dire la Grand Place, devant l'hôtel de ville.
2 En fait, la garde civique.
Le leader démocratique Jottrand est manipulé par les autorités et il contribue à calmer les esprits. Le gouvernement mobilisait pendant ce temps les réservistes et lorsque cela fut fait, il fit charger les rassemblements populaires par les gendarmes à cheval, procéder à des arrestations et à des expulsions, et notamment à celle de Marx.
Inquiet par le courant révolutionnaire traverse l’Europe, balayant la monarchie française, les libéraux au pouvoir en Belgique s’allient avec les catholiques pour parer à toute menace de révolte. Le gouvernement concède quelques timides réformes (abaissement du cens électoral), et parvient à ce que la Belgique reste à l'écart de la vague révolutionnaire de 1848.
En mars, 1848, des ouvriers belges résidant à Paris formèrent une Association des démocrates belges qui donnera le jour à Légion belge, visant le renversement de la monarchie et l'établissement d'une République belge démocratique. Commandée par Blervacq, Fosses et Charles Graux, une troupe de 1.100 à 1.200 hommes, répartis en trois corps, quitta Paris le 25 mars. Ils étaient soutenus et ravitaillés par les autorités françaises jusqu'à ce que celles-ci changent d'avis. Le soir du 28 mars, les légionnaires et s'emparèrent de force des armes et des munitions rassemblées pour eux mais qu'on refusait de leur remettre, et ils passèrent frontière. La légion rencontra et combattit l'armée belge près de Mouscron, au lieu-dit de Risquons-tout. Les révolutionnaires furent défaits: sept hommes furent tués, vingt-six blessés, soixante prisonniers parmi lesquels trente-deux furent trainé devant un tribunal anversois où ils défendirent bravement leurs convictions républicains et démocratiques. Dix-sept furent condamnés à mort et exécutés.
A ce moment là Marx et Engels avaient déjà quitté Bruxelles pour Paris.
Cependant, dans La Nouvelle Gazette Rhénane 3 , Marx écrivait : « La Belgique, État constitutionnel exemplaire, a fourni une preuve nouvelle et éclatante de l'excellence de ses institutions. Dix-sept condamnations à mort à propos de la ridicule affaire de Risquons-Tout ! Dix-sept condamnations à mort pour venger l'outrage infligé à la prude nation belge par quelques écervelés, quelques insensés, fous d'espoir qui ont tenté de soulever un tout petit coin de son manteau constitutionnel ! Dix-sept condamnations à mort - quelle sauvagerie !
(…) Nous sommes fiers de pouvoir donner le nom d'ami à plus d'un de ces « conspirateurs »; ils ont été condamnés à mort pour le seul motif qu'ils étaient des démocrates. Et si la presse belge stipendiée les couvre d'ordures, nous voulons au moins sauver leur honneur devant la démocratie allemande; si leur patrie les renie, nous voulons les reconnaître.
Lorsque le président prononça leur condamnation à mort, ils lancèrent avec fougue: Vive la République ! Ils se sont conduits pendant tout le procès, comme à l'annonce du verdict, avec une fermeté véritablement révolutionnaire. »

Les combats du Risquons-tout
Engels analysa tout l’épisode ultérieurement :
« À Paris sévissait alors la manie des légions révolutionnaires. Espagnols, Italiens, Belges, Hollandais, Polonais, Allemands se constituaient en troupes pour délivrer leurs patries respectives. La légion allemande était dirigée par Herwegh, Bornstedt, Börnstein. Étant donné que tous les travailleurs étrangers se trouvèrent, au lendemain de la révolution, non seulement sans travail, mais encore en butte aux tracasseries du public, l'afflux vers ces légions était considérable. Le nouveau gouvernement y voyait un moyen de se débarrasser des travailleurs étrangers, si bien qu'il leur accorda l'étape du soldat, soit une indemnité de 50 centimes par jour de marche jusqu'à la frontière, où le ministre des Affaires extérieures, le beau parleur Lamartine qui avait toujours la larme à l'œil, trouverait toujours une occasion pour les trahir et les livrer à leurs gouvernements respectifs.
C'est de la manière la plus nette que nous prîmes parti contre cet enfantillage révolutionnaire. Entreprendre une invasion au beau milieu de l'effervescence allemande du moment afin d'y importer de l'étranger la révolution de vive force, c'était donner un croc-en-jambe à la révolution en Allemagne même, consolider les gouvernements en place et enfin – Lamartine en était le plus sûr garant – livrer sans défense les légionnaires aux coups de l'armée allemande. (...) Nous fondâmes un club communiste allemand, afin de donner aux ouvriers le conseil de gagner isolément l'Allemagne et d'y faire de la propagande pour le mouvement, plutôt que de s'engager dans la légion. (...) Nous fîmes ainsi rentrer trois à quatre cents ouvriers, en grande majorité membres de la Ligue [des communistes]. ».4
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3 Edition du 3 septembre 1848.
4 Contribution à l'histoire de la Ligue des communistes.
3. La fondation de la section belge de l’AIT
La fondation de la 1ère Internationale à Londres, en 1864, impulsa en Belgique un processus d’organisation des groupes socialistes et ouvriers. À partir de l’association bruxelloise « Le Peuple », les internationalistes belges comme César De Paepe rassemblèrent des fonds de grève, assurèrent l’aide juridique aux grévistes poursuivis, développèrent la propagande, etc. Cette activité culmina lors des grands mouvements de grèves qui se succédèrent entre 1867 et 1870 dans les bassins de Seraing et de Charleroi. En mars 1868, notamment, la troupe était intervenu contre les mineurs en grève du charbonnage de l’Epine, à Charleroi, tuant 10 ouvriers. 22 grévistes furent trainés en cours d’assises et l’AIT organisa un comité de défense, mais l’AIT elle-même fit l’objet de poursuite. Cette affaire permis à la section belge de l’AIT de s’implanter solidement dans le prolétariat hennuyer.

1869 : Les mineurs face à l'armée, à Seraing
En 1869, suite à une baisse de salaire, les ouvriers des fonderies Cockerill à Seraing se mettent en grève. L’intervention de la gendarmerie et de la cavalerie fait tourner la grève à l’émeute et la troupe tire sur les ouvriers. Même scénario dans la commune charbonnière de Frameries C’est suite à ce massacre que Marx écrivit ces lignes célèbres : « Il n’existe qu’un seul petit pays du monde civilisé où les forces armées sont là pour massacrer les ouvriers en grève, où toute grève est saisie avec avidité et malignité comme prétexte pour massacrer officiellement les ouvriers. Ce petit pays unique et béni, c’est la Belgique, l’Etat modèle du constitutionnalisme continental, le confortable paradis et la chasse-gardée des propriétaires fonciers, des capitalistes et des curés. Comme la terre fait sa révolution annuelle, ainsi est-on assuré que le gouvernement belge fait son massacre annuel d’ouvriers. »
Vers 1870, l’Association Internationale des Travailleurs comptait environ 60.000 adhérents en Belgique et disposait de sections dans tous les centres industriels importants. Le mouvement internationaliste commença à décliner en 1872, pour des raisons conjoncturelles mais aussi à cause de la défaite de la Commune de Paris et du conflit entre anarchistes et collectivistes. Et si, en Belgique, à l’image de César De Paepe, de nombreux proudhoniens se rallièrent au marxisme, le courant anarchiste resta puissant dans la section belge de l’Internationale. Ce courant prétendait ne mener de lutte révolutionnaire qu’en se limitant aux luttes économiques. La délégation belge vota avec la minorité anarchiste, au Congrès de La Haye (qui fut le départ de la chute de l’AIT), contre la résolution marxiste sur la nécessité pour la classe ouvrière et son parti d’une action politique. Ainsi fut perdue la première véritable possibilité de construire une organisation de classe capable de diriger la lutte révolutionnaire.

César De Paepe
4. L’insurrection prolétarienne de 1886 et la trahison du POB
Le Parti Ouvrier Belge, né en 1885 du Congrès réuni à l’initiative de la Ligue ouvrière de Bruxelles, de l’union des ligues ouvrières, mutualités, syndicats et coopératives socialistes du Brabant, de Flandre orientale, de Liège, du Hainaut et d’Anvers. Le retard relatif des wallons en matière d’organisation politique (alors qu’à l’époque leur région concentre l’essentiel du prolétariat) s’explique en raison de l'influence anarchiste, toujours hostile à une organisation centralisée et active sur le front politique. Le POB reposait sur cinq piliers distincts : le réseau des Maisons du Peuple, les mutualités, les syndicats, les coopératives, et les ligues ouvrières, spécifiquement politiques, très influentes mais dont les effectifs étaient réduits par rapport au nombre de membres du POB affiliés aux autres piliers.
En 1886, la classe ouvrière s’est développée, elle a gagné en cohésion économique, politique et culturelle, elle se perçoit clairement en classe particulière aux intérêts particuliers, et elle subit de plein fouet une crise économique. Le 18 mars, le Groupe anarchiste liégeois organise un important meeting pour célébrer le 15e anniversaire de la Commune de Paris. Plusieurs milliers de manifestants se rassemblent place Saint-Lambert, puis se divisent en deux colonne chacune emmenée par un anarchiste liégeois, Jean-Joseph Rutter et Edouard Wagener. Les colonnes marchent sur les quartiers riches y dévastent et pillent.
Quelques jours plus tard, des travailleurs partent en grève dans la région de liège. La grève se généralise. Dans le Hainaut le mouvement est encore plus violent. Dans de nombreuses localités, les manifestations se transforment en insurrection. Des groupes d'ouvriers se forment spontanément, surtout ceux des charbonnages et de l’industrie du verre, s'arment d'outils, s'attaquent à des cibles bien précises, matérielles : ils incendient des verreries et des propriétés de capitalistes, comme le château d'E. Baudoux à Jumet, un patron particulièrement détesté. Le rôle de premier plan des ouvriers verriers et des mineurs dans la lutte s'explique par le fait qu'il s'agissait des deux secteurs où la concentration capitalistique (donc ouvrière) était notable.

1886 : Incendie d'une verrerie à Fleurus
Les grévistes affrontent la police et l'armée avec des armes de fortune. La répression a été très dure. La police, la gendarmerie, la garde civique et l'armée tirent sur les grévistes, faisant notamment un double massacre à Roux. Le lieutenant-général Vander Smissen, que l'on appelait le "Gallifet belge", qui avait commandé la légion belge au Mexique avec une rigueur barbare, fait procéder à des tirs sans sommation. Ces grèves firent au total 24 morts dans les rangs du prolétariat, et les tribunaux poursuivirent l'œuvre de répression.
Le prolétariat a montré une combativité remarquable, mais il est totalement trahit par les directions petite-bourgeoises et réformiste de ses organisations qui non seulement n’ont rien préparé pour un éventuel affrontement, mais se sont même désolidarisée des ouvriers lorsque ceux-ci improvisaient leur soulèvement révolutionnaire. Les dirigeants du POB condamnent sa violence et refusent de soutenir les grévistes. Les anarchistes aussi furent défaillants – mais d’une manière plus nettement honorable. Ils furent à la pointe de la lutte mais furent tout à fait incapables de qualifier la révolte ouvrière ni politiquement ni organisationnellement. Les procès qui s’ensuivirent montrèrent que les anarchistes engagés dans la lutte n’avaient pour ainsi dire aucun contact entre eux, et la justice bourgeoise, qui avait monté un dossier de "complot anarchiste", du vite revoir sa copie.
Cette insurrection, d’une dimension et d’une violence sans précédent en Belgique, va cependant traumatiser les classes dominantes et faire sentir toute la force latente du prolétariat. Une "Commission du Travail" est créée, qui produira une ébauche de législation sociale (interdiction du travail des enfants de moins de 12 ans, interdiction du travail de nuit aux femmes et des travaux souterrains de mine aux femmes et aux enfants, assurance obligatoire des ouvriers contre les accidents de travail à la charge des employeurs, interdiction du paiement des salaires en nature, etc.).
Mais les conséquences des grèves insurrectionnelles de 1886 auront cet effet généralement négatif que la bourgeoisie va renforcer son appareil répressif tandis que le POB prendra des mesures pour enfermer la lutte de classe dans un corset légaliste-pacifiste, avec la conquête du suffrage universel comme panacée. Certains opposants révolutionnaires à cette ligne choisissent de mener la lutte de ligne au sein du POB, d'autres, dirigés par Alfred Defuisseaux, font dissidence et fonderont le Parti Socialiste Révolutionnaire.
5. La grève générale révolutionnaire de 1887-1888
En 1887, un mouvement à caractère insurrectionnel est lancé par les ouvriers et les mineurs du Hainaut. Organisée ouvertement comme « grève générale révolutionnaire », le mouvement entendait surmonter la défaite de 1886, adoptait un caractère ouvertement politique (il revendiquait notamment le suffrage universel) et révolutionnaire. La grève de 1887 fut extrêmement radicale, et elle intégrait une dimension armée. Chaque nuit les mineurs allaient dynamiter des maisons de jaunes. Une bombe dévasta l’Hôtel de Commerce de La Louvière où deux officiers des troupes envoyées par le gouvernement pour mater la grève furent blessés.
Le mouvement avait pour principal figure Alfred Defuisseaux. Cet avocat montois s'était fait connaître par procès où il avait fait condamner un charbonnage pour la mort de quarante-quatre mineurs dans un coup de grisou en 1871. Cela ouvrit la voie à la poursuite des charbonnages et à l’indemnisation de toutes les victimes pour tous les cas du genre remontant jusqu’à trente ans en arrière. Ce coup d’éclat juridique lui valut toutes sortes de persécutions, et une grande popularité. En 1886, il avait rédigé son célèbre Catéchisme du Peuple en faveur du socialisme et du suffrage universel, une œuvre qui aura un succès extraordinaire (300.000 exemplaires) et qui lui vaudra des poursuites pour avoir « attenté au respect de la loi ». Il passe alors huit années en exil, d’où il organise le Parti Socialiste Républicain après que le POB eut désavoué la grève proclamée par le Congrès des houilleurs de 1887.
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Alfred Dufuisseaux
D’une tendance proche du blanquisme, appelant à la Révolution et œuvrant en ce sens, le Parti Socialiste Républicain s'engagea dans la lutte, en y systématisant les techniques conspiratives tels que les "meetings noirs", ainsi dénommés parce qu’ils se tenaient dans l’obscurité afin d’empêcher d’éventuels mouchards d’identifier les participants. Mais au terme de longues manœuvres la police parvint à infiltrer trois de ses agents dans le PSR, infiltration qui fut à l’origine de nombreuses arrestations, du démantèlement du parti et qui, qui jointe à des provocations, déboucha sur le célèbre procès dit du "Grand Complot" (1889), après une nouvelle vague de grèves insurrectionnelles en 1888. Defuisseaux fut traîné en jugement avec une vingtaine de militants. La révélation de provocations policières fut exploitée par la défense, l’affaire fit scandale et le procès s’acheva par des acquittements. Defuisseaux réintègre alors le POB (il en avait été exclu) mais reste exilé : il a accumulé dix condamnations différentes lui promettant vingt-neuf années de prison !
Il rentre cependant en Belgique, est incarcéré à Mons, et organise depuis la prison sa campagne électorale (la réforme électorale de 1893 accordait le vote aux ouvriers mais attribuait plusieurs voix aux riches) et sera élu député de Mons, sortant triomphalement de prison, porté par la foule. Pour résorber la scission PSR, le POB dû concéder à la Fédération Socialiste Républicaine du Borinage un statut particulier, et la Fédération des Mineurs du Borinage resta hors de l’organisation syndicale du POB.
Les grèves de 1887/1888 étaient révolutionnaires non seulement dans l‘esprit de ceux qui la menaient, mais aussi et surtout parce que, pour la première fois, elles avaient été décidées, organisées et menées dans le cadre d’une stratégie révolutionnaire, pensées par un parti révolutionnaire. Il ne s’agissait pas de la grève générale révolutionnaire telle que la concevront les syndicalistes révolutionnaires, c’est à dire une lutte qui déboucherait sur la prise de pouvoir. La stratégie du PSR était de développer une grève insurrectionnelle pour forcer la bourgeoisie à concéder des droits démocratiques (à commencer par le suffrage universel) qui devaient permettre au prolétariat d’améliorer ses positions, son organisation, sa conscience de classe, et d’affaiblir les positions de la bourgeoisie jusqu’à son renversement révolutionnaire.
Mais contrairement à celles de l’année précédente, les grèves de 1887-1888 allaient rester cantonnées au Hainaut, sans parvenir à gagner la région liégeoise ni aucune autre. Leur échec allait renforcer le camp réformiste qui s’était désolidarisé d’elles en préconisant le développement d’associations coopératives et mutualistes.
6. La propagande par le fait
Croyant à une perspective proche de révolution générale, le Congrès anarchiste de Londres du 14 juillet 1881, auquel participe le prince Kropoktine, avait préconisé de porter l'action «sur le terrain de l'illégalité» et donne même une recette en ce sens : «Les sciences techniques et chimiques ayant déjà rendu des services à la cause révolutionnaire et étant appelées à en rendre encore de plus grands à l'avenir, le Congrès recommande aux organisations et individus faisant partie de l'Association internationale des Travailleurs de donner un grand poids à l'étude et aux applications de ces sciences comme moyen de défense et d'attaque. » Quelques années auparavant, les premiers attentats à forte valeur symbolique avaient été commis : contre l’empereur d’Allemagne, contre les rois d’Espagne et d’Italie, etc.
Mais ce sont les années 1890 qui virent la "propagande par le fait" être le plus largement pratiquée : des attentats contre des rois, des présidents, des juges, des chefs de police. D’autres visèrent des bâtiments officiels ou des immeubles (cafés, hôtels) réservés aux riches. Le 1er Mai 1892, plusieurs bombes explosent à Liège. Elles visent l’église Saint-Martin, le procureur du roi Beltjens et le conseiller Renson qui avait présidé un procès contre des anarchistes voulant faire sauter les poudrières d’Ombret. Les auteurs de ces actions furent rapidement arrêtés. En 1894, seconde vagues d’actions, mais plusieurs engins n’explosent pas. L’un d’eux endommage cependant l’église Saint-Jacob et une autre blesse le docteur Renson que les anarchistes avaient confondu avec le conseiller visé deux ans plus tôt. Quelques anarchistes sont arrêtés (mais pas tous les auteurs de ces actions), jugés et condamnés.
Le courant anarchiste de la "propagande par le fait" et/ou la "reprise individuelle" ou encore "l’illégalisme" va ensuite quasiment disparaitre en Belgique. Il y aura encore des actions d’anarchistes belges à l’étranger (le 15 mars 1894 , l’anarchiste belge Amédée Pauwels est accidentellement tué par sa bombe au moment où il entre dans l’église de la Madeleine à Paris, Pauwels avait déjà fait sauter deux bombes à Paris en février)., ou d’anarchiste étrangers en Belgique (1900 : tentative d’assassinat à Bruxelles du Prince de Galle pendant la célébration de l’anniversaire du couronnement, 1902 : tentative d’assassinat de Léopold II pour venger les répressions ouvrières). De nombreux anarchistes se rallieront au courant syndicaliste révolutionnaire, d’autres resteront enfermés dans des petits groupes dogmatiques et utopiques sans influence.
L’exécution de Francisco Ferrer en Espagne allait provoquer un regain d’intérêt pour l’action directe. Le journal anarchiste L’Exploité (où écrivait Victor Serge) estimait que «l’ère de l’action violente violemment offensive, l’ère des représailles susceptibles de donner à la guerre sociale son caractère d’implacabilité révolutionnaire pourrait bien commencer ».
Mais sinon certains contacts avec les anarchistes français de la bande à Bonnot, cette radicalisation resta en Belgique toute théorique. Quand les derniers attentats auront lieu à Liège en mars 1904, ils seront le fait d’anarchistes venus d’Allemagne.

Les anarchistes condamnés pour les attentats de Liège
7. La grève de 1893
En 1893, l'aile gauche et la base ouvrière wallonne force le POB à reconnaître et assumer un mouvement de lutte en faveur du suffrage universel. Le déclenchement de la grève était décidé en cas de rejet du suffrage universel par la Constituante. Le 11 avril le suffrage universel était repoussé. Le soir même le POB appelait à la grève générale. Le mouvement démarra à Bruxelles (dans la métallurgie, les imprimeries, etc.) puis s’étendit en province, dans les bassins houillers du Centre et du Borinage, à Charleroi et à Liège, et même en Flandre où à l’époque la classe ouvrière était pourtant réduite et dépourvue de traditions de lutte (20.000 grévistes à Gand). Il y aura 200.000 grévistes et on estime les journées de travail perdues à 1.200.000. Celui-ci régnait surtout au Borinage où les dirigeants "officiels" des syndicats et des coopératives étaient débordés et où le mouvement tourna en plusieurs endroits à l’insurrection. Même en pays flamand, la lutte se radicalisa à mesure qu'elle se prolongea : à Gand, les masses à bout de ressources, entrent dans la voie de la violence ; et qui plus est, on y était décidé à tenter un coup, d'aller dans les casernes faire appel aux soldats et mettre la main sur les armes et les munitions. A Anvers, où les autorités communales avaient commencé par confier aux socialistes eux-mêmes la responsabilité du maintien de l'ordre, la lutte se durcit aussi. Des "socialistes dissidents" submergeant les officiels. Des incendies éclatèrent au port. De multiples affrontements eurent lieu, au cours desquels l’armée tua de nombreux grévistes (massacre aux usines de Roubaix et Bougie à Borgerhout, charge des lanciers à Wetteren, fusillades à Mons — 16 tués — et à Anvers — 5 tués —, etc.). Suite à cette grève, la bourgeoisie concéda le vote plural (une voix au prolétaire, plusieurs au riche). C’est la première grève générale politique de l'histoire du prolétariat. Pour la première fois dans l'histoire, la classe ouvrière de tout un pays s'est dressé pour une revendication qui dépassait ses intérêts économiques immédiats et avançait une revendication spécifiquement politique.
Marx et Engels observaient attentivement cette lutte au niveau politique, bien entendu, mais aussi au niveau militaire. Dans une lettre à Bebel, Engels écrit : « Tu prétends, toi, que les barricades sont surannées. Or elles peuvent de nouveau devenir utiles dès lors que l’armée est gagnée au socialisme dans la proportion de 1/3 – 2/5, et qu’elle fournit l’occasion de faire basculer les choses. Mais pour ce qui est de la grève politique, elle doit ou bien triompher tout de suite, par la simple menace (comme en Belgique où l’armée était TRÈS chancelante) ou bien finir soit dans le ridicule énorme, soit directement à la lutte sur les barricades. »
8. Les grèves insurrectionnelles de 1902
En 1902, une grève est lancée par les travailleurs du Hainaut à l’annonce d’un nouveau report de la révision de la Constitution (qui devait remplacer le vote plural par le suffrage universel pur et simple). Le nombre et la gravité des incidents (la gendarmerie tua plusieurs manifestants à Bruxelles le 12 avril) et la pression de la base forcèrent le POB à décréter la grève générale. Les masses débordèrent couramment les consignes du POB : dynamitage de la demeure d’un député catholique à Binche, du bureau de poste à La Louvière, de la Banque Nationale à Bruxelles, etc., coups de révolver contre des policiers à La Louvière, investissement et destruction de locaux cléricaux à Gand, et partout des manifestations incessantes rassemblant, par exemple, trois cent mille personnes pour la seule journée du 11 avril. 250.000 ouvriers sont en grève et on estime les journées de travail perdues à 1.500.000.
La répression fut extrêmement brutale: une jeune fille tuée par les gendarmes à Houdeng, deux nouveaux manifestants tués également par la gendarmerie à Bruxelles, six autres tués et quatorze blessés par la Garde Civique à Louvain le 16 avril lors d’une marche vers la maison du président de la Chambre, etc.).
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1902 : Fusillade rue Haute, à Bruxelles
Quand le POB proclama la fin de la grève, six jours après l'avoir officiellement déclenchée (en fait : reconnue) sa décision fut ressentie comme une terrible trahison par beaucoup de prolétaires, principalement à Louvain, à Charleroi et dans le Borinage. Il en fut d’ailleurs sanctionné par une stagnation lors des trois élections suivantes, alors que jusque là il progressait systématiquement et que de surcroît le nombre des votants ne cessait d’augmenter. Quant aux syndicats du POB, ils perdirent jusqu’à 60% de leurs affiliés.
9. Le syndicalisme révolutionnaire
La grève de 1902 fut une défaite désastreuse pour le mouvement ouvrier. Le rôle joué par le POB engendra une critique de masse contre le parlementarisme socialiste. Un courant syndicalisme révolutionnaire allait en naître, allait voir converger les anarchistes conscients des limites du manque d’organisation et de l’individualisme, et des éléments marxistes ou marxisants que rebutaient le réformisme croissant du POB (en 1910, le POB se prononce, par une majorité des 2/3, formellement pour une participation au gouvernement aux côté de la bourgeoisie libérale) et qui allaient former une des sources constitutive du Parti Communiste. Le syndicalisme révolutionnaire prônait la révolution par la grève générale insurrectionnelle, il considérait que les luttes ouvrières (même pour des objectifs partiels) était l’espace où se forgeait l’unité » et la conscience de la classe, mais aussi l’espace où les ouvriers de différentes philosophies pouvaient se retrouver côte à côte – ce qui amenait aussi ce courant à défendre l’indépendance des syndicats par rapports à tout parti politique – en l’occurrence au POB.
Une partie de ce courant tenta donc d’enlever au POB son hégémonie sur les syndicats (en réunissant un congrès constitutif d’une Confédération Syndicale Belge en 1908 pour unifier les syndicats indépendants du POB) – mais il échoua. Une partie dès lors allait rejoindre les syndicats du POB, une autre se replia sur le mouvement anarchiste. Une autre partie de ce courant agissait à l’intérieur des syndicats du POB pour y défendre l’autonomie syndicale et le rôle central » joué par les syndicats dans la lutte des classes.
Défendant la grève insurrectionnelle, le courant syndicaliste révolutionnaire défendait aussi la pratique en grand du sabotage. Cela était défendu également dans un des piliers du courant révolutionnaire dans le POB : le Syndicat des employés socialistes dirigé par Joseph Jacquemotte.
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Joseph Jacquemotte
Jaquemotte était alors un jeune militant solide : il avait participé comme JGS à des bagarres lors de la grève de 1902 et avait été trois fois déjà emprisonnés pour des faits politiques et syndicaux. Le seul article à portée théorique que Jacquemotte écrivit dans cette période était consacré au sabotage : « une des meilleures armes », « un geste de défense légitime, geste d’instinct », le sabotage était conçu comme une « science de la lutte économique » : il s’imposait « quand la grève est impuissante ou perdue » et les syndiqués n’avaient pas à s’embarrasser de considérations légalistes. Cet article connu une grande diffusion. Ce n’était pas que de la théorie : avec l’aide de militants de la Jeune Garde Socialiste et d’autres syndicats, les ventes de grands magasins refusant de respecter la fermeture hebdomadaire étaient perturbées de différentes manières.
10. Les grèves de 1912-1913
La majorité réformiste du POB réussit à postposer une nouvelle grève en comptant (et en créant l’espoir) d’une victoire électorale qui permettrait d’arracher le suffrage universel (en formant un gouvernement de coalition avec la bourgeoisie libérale en conflit avec la droite catholique) sans les épreuves d’une grève générale. En juin 1912, suite à un résultat électoral qui aboutissait à un maintien de la majorité catholique-libérale, les ouvriers se mettent spontanément en grève à Liège. Elle s'étend dans le Hainaut, en Flandre, partout violente. Le POB parvient à étouffer la grève en promettant de la reporter à l'année suivante pour l'organiser en grand.

Tract socialiste seraisien de la grève générale de 1912
La grève générale pour le suffrage universelle de 1913 (375.000 grévistes, 3.500.000 journées de travail perdues) été soigneusement préparée par le POB pour assurer son importance mais aussi son caractère pacifique. Et le POB y met un terme prématurément, sur foi de vagues promesses de révision du droit de suffrage. La décision « passe mal » dans le prolétariat et la grève se prolonge quelques temps dans les industries wallonnes. Les forces opposées au ministérialismes, la gauche marxiste du POB (dirigée par Louis de Brouckère) représentait un courant puissant. Mais ce courant refusa la rupture et la constitution d’un parti de classe révolutionnaire. Il faudra la première guerre impérialiste, la trahison de la IIe Internationale et la révolution d’Octobre pour détacher l’essentiel de cette aile gauche du POB.
11. La fondation du PCB et la stratégie insurrectionnaliste (1921)
Le Parti Communiste de Belgique, section belge de l’Internationale Communiste, est fondé en 1921 par l’union de deux fractions révolutionnaires présentes dans la gauche du POB : le courant de Joseph Jacquemotte (d’origine syndicaliste-révolutionnaire, réuni autour du journal L’Exploité) et celui de War Van Overstraeten (antiparlementaire et anti-syndicaliste, dissidence bruxelloise de la Jeune Garde Socialiste). Les effectifs du PCB (500 militants, sur les 10.000 que comptaient alors las ligues ouvrières du POB) allaient croître rapidement malgré le départ d’environ 350 militants lors de la rupture avec les trotskystes en 1928.
Fidèle aux consignes du Komintern, le PCB exclut toute collaboration avec les sociaux-démocrates et il entreprend une lutte contre le chômage alors en pleine expansion. Il développe ses propres structures syndicales (principalement la Centrale Révolutionnaire des Mineurs, regroupant aussi des métallurgistes liégeois), ce qui amène les communistes actifs dans la Commission syndicale à se rapprocher des positions de l’Opposition Syndicale Révolutionnaire.
Très vite, le Parti joue un rôle dans les luttes des mineurs du Centre et du Borinage. En 1924, les mineurs borains lancent une nouvelle grève à l’annonce d’une diminution salariale. La direction syndicale est contrainte de le soutenir. Des bagarres éclatent entre grévistes et porions qui tentent d’entretenir les mines pendant la grève. Les gendarmes interviennent brutalement contre les grévistes. A Monsville (Quaregnon), la population locale dépave les rues, occulte l’éclairage public, parsème les rues de tessons de bouteilles, tend des barbelés et construit des barricades avec leurs lits et les pavés. Les affrontements durent jusque dans la nuit. La gendarmerie tente de reprendre Monsville (dans l’intervalle, on a surnommé le "Petit Moscou"), la population résiste et l’assaut se terminera dans un bain de sang. Dix grévistes sont poursuivis en justice pour faits de grève, un ouvrier, a été tué par les gendarmes et un autre grièvement blessé au cours des combats. A l'inverse du POB, le PCB soutien la détermination et la radicalisation prolétarienne. Il prône le "front uni à la base" entre ouvriers communistes et socialistes, tout en dénonçant les directions sociale-démocrates.
A la veille de la grève de 1932, le parti Communiste compte 1.000 membres. Ses organisations de masses sont importantes (la section belge du Secours Rouge International compte alors 2.000 membres). Quant à la Centrale Révolutionnaire des Mineurs, membre de l'Opposition syndicale révolutionnaire, elle organise 2.000 ouvriers. Sa conception stratégique est celle de la préparation légale et "paralégale" à l’insurrection armée. Il s’est doté d’un petit appareil clandestin et d’une milice.

1932 : Milicien communiste belge en uniforme
12. La grève insurrectionnelle de 1932
En 1932, un mouvement de lutte est lancé par les mineurs du Borinage, sous l’impulsion du Parti Communiste, en raison d’une baisse du salaire nominal d’environ 35 %. Les charbonnages borains, d’exploitation difficile et aux installations vétustes, ressentaient plus durement la crise que ceux du Limbourg, par exemple. Les salaires réels baissent d'au moins 10% (parfois jusqu'à 30%) mais c'est surtout par le chômage qu’elle occasionnait que la crise frappait le prolétariat belge (en janvier 1930, on comptait un taux de chômage de 7,5 %, en juillet il était de 10 % et en décembre il s’élevait à 26,2 %).
Dans un premier temps dix mille mineurs du Borinage cessèrent le travail, mais lorsque la grève menaça de gagner les bassins voisins (chaque jour, à l’appel du Drapeau Rouge, des milliers de Borains s’y rendaient à vélo pour inciter leurs camarades à les rejoindre dans la grève) le gouverneur du Hainaut interdit les attroupements et fit appel à d’importantes forces de gendarmerie. Elles ouvrent le feu à plusieurs reprises sur les manifestations ouvrières, tuant deux grévistes. On fait intervenir l'armée, des patrouilles de soldats, des automitrailleuses quadrillent les corons, des avions militaires survolent les rassemblements. Le Drapeau Rouge et L'Humanité sont interdits, les grévistes d'origine étrangère expulsés.

1932 : Etat de siège au Borinage
Les ouvriers, pour leur part, se livrent à une violentes rétorsion contre les jaunes, dressent des barricades à Quaregnon et Frameries, et incendient à Marchienne-au-Pont le château d’un directeur d'usine. Et surtout, révolté par la trahison du POB qui, une fois de plus, abandonne les grévistes, les manifestants allument des feux de joie avec la presse socialiste et attaquent les Maisons du peuple à Jolimont, Charleroi et Gilly. Elles doivent être protégées par la gendarmerie ! Pour la première fois, le prolétariat se retourne spontanément et physiquement contre les organisations social-démocrates. Mais il a cette fois une alternative : le Parti Communiste. Son influence sur la classe ouvrière est sans commune mesure avec son importance numérique. La grève s'étend en région liégeoise et finit par totaliser 160.000 grévistes (4.100.000 journées de travail perdues). Mais le POB finit par la reconnaitre et parviendra progressivement à étouffer la grève en obtenant des avantages mineurs (qu'il présentera comme une grande victoire) et des vagues promesses du gouvernement et du patronat. La rancœur contre le POB sera grande.
Cette grève fut aussi prétexte à l’arrestation de toute la direction du PCB (sauf Jacquemotte protégé par son immunité parlementaire) et à un procès pour complot contre la sécurité de l’État. Les dirigeants du PCB seront défendus par les avocats du Secours Rouge international (qui soutien activement les grévistes réprimés) et le procès tournera court. Le Parti connaitre un grand développement et triplera ses effectifs. En ce qui concerne la politique militaire, le Parti reste insurrectionnaliste. Les grèves comme celle de 1932 doivent servir à renforcer la combativité et la radicalité du prolétariat, et à renforcer l'influence et les organisations du Parti.
13. La lutte antifasciste (1935-1939)
Au Parti Communiste, l’option du "Front Populaire" fut défendue à partir du Congrès de 1935 à Charleroi mais elle ne connut qu’un succès relatif en raison des réticences du POB (elle avait pourtant été bien accueillie par sa base et des fédérations comme celle de Liège et de Bruxelles). Les Jeunesses Communistes fusionnèrent pourtant avec la Jeune Garde Socialiste, les syndicats communistes furent dissous et leurs membres s’affilièrent à titre individuel aux syndicats socialistes (de la CGTB). Le Parti connut alors une forte croissance (3.200 militants en 1935, 8.500 en 1938), un développement qui se répercuta aussi dans le domaine électoral, particulièrement en 1938.
La politique de front populaire en 1936 a marqué la fin de la stratégie insurrectionnaliste du PCB. Tout au moins, cette stratégie était reportée à une échéance tellement lointaine que le parti n’a plus connu de progrès qualitatif dans sa préparation militaire à l’affrontement de classe (il y a eu quelques progrès quantitatif: le parti a connu une telle croissance qu’un nombre plus important de militant a pu se consacrer au travail paramilitaire, "paralégal" et spécifiquement clandestin, mais par rapport à l’ensemble du travail de parti, la part de ce travail était réduite).
Le soutien à la République espagnole constitua aussi un terrain d’unité. Recrutés sur base des filières du parti, 1.800 membres des Brigades internationales, dont 600 étrangers, sont partis de Belgique. Ils élèveront considérablement les compétences militaires du Parti. Victor Thonet, qui fut lieutenant dans les Brigades internationales, commandera les Partisans à Charleroi jusqu’à son arrestation et son assassinat par les nazis, tandis que Raoul Baligand, capitaine à la XIVe Brigade Internationale, deviendra commandant national de l’Armée Belge des Partisans.

Combattants des Brigades internationales
D’autres Belges participèrent à la lutte armée clandestine antifasciste dans les services spéciaux du Komintern, ainsi cette cellule de dockers anversois qui posait des engins incendiaires dans les bateaux des pays fascistes.
14. La Résistance antifasciste (1940-1945)
Le Parti Communiste était, aux premiers jours de l’occupation, en pleine restructuration consécutive à la répression des autorités belges (rafles au matin du 10 mai), et au grand nombre de militants prisonniers de guerre ou dispersé dans l’exode. Le Parti se réorganisa sur base de la cellule de trois membres (en pratique : parfois quatre ou cinq), chaque groupe avait un cadre, et trois groupes étaient dirigés par une direction de trois membres. La structure ternaire allait jusqu’au comité central en passant par des "rayons" et des "fédérations". Le Parti se préoccupa ensuite d’exploiter les possibilités légales (les premiers mois de l’occupation, une manifestation de femmes pour la libération des prisonniers de guerre ou une protestation publique contre la rareté des vivres n’étaient pas réprimées) de développer un travail clandestin non-armé (fondation de « comités de défense populaire » dans les quartiers, arrêt de travail alors que la grève était passible du conseil e guerre, presse clandestine).
Bien avant l’invasion de l’URSS, les communistes commencèrent la guerre populaire en sabotant la production de guerre et les moyens de communication servant l’occupant. Cette activité alla en se développant, tout comme se développèrent des Comité de Lutte Syndicale clandestins dans les usines et les mines et le rassemblement des résistants progressistes dans ce qui deviendra le Front de l’Indépendance. Outre les sabotages qui furent les initiatives spontanées de militants communistes isolés, un premier noyau de partisans était organisé par le Parti au printemps 41. Il ne comportait qu’une vingtaine de combattants et était appuyé sur un service technique qui lui fabriquait du matériel explosif et incendiaire et sur l’appareil clandestin du Parti (service des logements clandestins, etc.). Le Parti fut néanmoins sérieusement touché par l’opération préventive de la police allemande la veille de l’attaque de l’URSS.

Action des Partisans armés
L’organisation des Partisans Armés (P.A.) armée passa sous la tutelle du Front de l’Indépendance (F.I.), qui allait regrouper les antifascistes sous la direction du Parti Communiste. Tous les chefs d’état major des P.A. (et de l’organisation qui allaient leur succéder : l’Armée Belge des Partisans) étaient des communistes. Le développement de la lutte armée fut rapide. Une "réserve militaire du Parti" organisait (par groupes de trois théoriquement) tous les membres du parti en état de combattre et susceptibles, sinon d’être versés aux P.A. en cas de besoin, du moins d’être prêt à l’insurrection libératrice.
Le rapport P.A./Parti n’était pas clairement défini : un débat eu lieu, dans la direction du Parti, sur la question de l’autonomie des P.A. par rapport au Parti en aout 1942. En 43, les P.A. sont une solide organisation, organisés en secteurs et en services (armement, renseignement, communication, intendance, logement). L’organisation des partisans est également ternaire : détachement de trois (parfois 4 ou 5) partisans, compagnie de trois (parfois 4 ou 5) détachements, bataillon de trois (parfois 4 ou 5) compagnies, régiments de trois (parfois 4 ou 5) bataillons. Le corps regroupait les unités combattantes et les services correspondant en général à un arrondissement administratif. Le secteur réunissait trois (parfois 4 ou 5) corps contigus. Il y avait trois secteurs pour la Flandres, et trois pour la Wallonie et Bruxelles, plus le Corps mobile, unité d’élite (regroupant notamment les vétérans d’Espagne) engagé dans des actions complexes, ou appuyant les corps régionaux pour des actions d’envergure.
L’Etat-Major regroupait : un chef d’EM (membre du Comité Central du Parti), le commandant pour la Flandre, les trois commandants de Wallonie et Bruxelles, le commandant du corps mobile, les responsables des services Armement et Renseignement (ce dernier jouant le rôle de « bureau d’opération). Par sécurité, l’EM ne se réunissait jamais en plenum, mais par contacts entre le chef d’EM et les autres membres. Par sécurité aussi, certains services étaient aussi décentralisé que possible (le service des logements clandestins par exemple). Au début 1943, les P.A. comptent déjà 6.000 combattants dont 1.500 clandestins complets, 4.000 participants aux services sont 500 clandestins complets, et 500 maquisards. La réserve de combattants du seul Parti (le F.I. avait d’autres canaux de recrutement, même si le Parti était son premier pourvoyeur) était de 6.000 personnes.
En mai 43 une réunion important de la direction du Parti concernant la perspective de soulèvement populaire général auquel le Parti appellerait quand les conditions seraient réunies (il avait dû improviser autour de cette question lors du débarquement de Dieppe). Le Parti savait qu’une partie des forces résistantes de la bourgeoisie représentées dans le F.I. s’opposerait, en cas de débarquement allié, à ce soulèvement. L’autre partie acceptait l’idée du soulèvement mais pas celui de la fondation de comités populaires. Il fut décidé que le parti s’en tiendrait à sa ligne et essaierait de convaincre les autres membres du FI.
Entre janvier et juillet 1943, la Gestapo arrête des centaines de communistes, dont les plus hauts responsables du Comité Central et de l’EM des P.A. Cette vague d’arrestations a été aggravée par la trahison de six dirigeants du Parti (dont quatre membres du Bureau Politique). Mais le Parti change son dispositif, qui prend chaque jour d’avantage le caractère de la guerre populaire. Une lutte vigoureuse est alors engagée qui, à la différence d’autres dans les pays voisins, visait particulièrement des collaborateurs : du 1er janvier 1943 au 1er mars 1944, Liège, Charleroi et Bruxelles furent le théâtre de 1.174 actions contre des rexistes, dont 742 mortelles.
Les P.A., et plus encore l’A.B.P., avait un double caractère : antifasciste et de libération nationale. Ce double caractère contient différents éléments qui caractérisent la guerre populaire, à savoir : une guerre dans laquelle le peuple est partie prenante, dirigée par un Parti Communiste, ayant une armée de partisans contre l’ennemi, et un front national.

1944 : Partisans au combat dans les rues d'Anvers
La guerre de partisans n’avait pas de bases d’appui permanentes (les quelques maquis ne peuvent être tenus pour significatifs), mais un véritable contre-pouvoir populaire a cependant pu être développé par les réseaux clandestins : assurant la solidarité économiques, justiciant les traitres, etc.
Les pertes de la Résistance (20.000 clandestins belges tués par les nazis) et spécialement le sacrifice de 1.200 combattants des Partisans Armés auxquels il avait consacré ses meilleures forces, ont saigné le Parti : sur les 35 membres et candidats du Comité Central élus en 1939, seuls cinq échappent à la déportation ou à la mort, cinq commandants des P.A. se succèdent à Bruxelles de 1942 à 1944, qui seront arrêtés les uns après les autres.
Cependant la Parti sort aussi de la guerre fort d’un prestige et d’un ascendant politique puissant, et ses membres passent de 10.000 à la fin de la guerre à 100.000 après la libération. Le PCB entame alors une longue période de décadence marquée par des déviations révisionnistes (auxquelles le renouvellement des cadres pendant la guerre n’est pas étranger). La Résistance s’est laissé désarmer après la libération et, progressivement mettre sur la touche par les manœuvres habiles de la social-démocratie appuyée par l’establishment capitaliste et les puissances impérialistes.
Le 25 novembre 1944, le Front de l’Indépendance avait bien organisé une grande manifestation à Bruxelles contre le refus du gouvernement d’incorporer dans l'armée des unités constituées du F.I. La zone neutre fut envahie. Les gendarmes ouvrirent le feu et firent 45 blessés. En signe de protestation, la grève fut déclenchée, les 28 et 29 novembre, dans les services publics et les charbonnages. Mais ces manifestations eurent peu de prises et la Résistance fut pratiquement désarmée. Elle le paya directement puisque, pendant l’offensive von Rundstedt, les nazis revenus en Ardenne, exercèrent des représailles sur des maquisards désarmés à Houffalize, à Noville, à Wilrin, à Bourcy, à Stavelot et à Bande.
Devenu le troisième parti du pays, le PCB participe aux gouvernements Pierlot et Van Acker de 1944 à 1947. Le PCB a brièvement intégré l’appareil d’Etat bourgeois pensant y établir des positions solides (consignes fut données aux étudiants communistes d’intégrer la police, l’armée et la magistrature), mais cet "entrisme" n’a guère eu de succès : les éléments communistes se sont vite retrouvés sur des voies de garages (parfois dorées : les magistrats communistes se sont retrouvé juges pour enfants, loin des procès à gros enjeux politiques, etc.).
15. 1950 : la question royale
En 1950/1951 par une grave crise politique ayant pour origine l’éventualité d’un retour de Léopold III sur le trône. Celui-ci était fortement critiqué pour son attitude équivoque pendant la guerre et l’occupation (capitulation du 28 mai, conflit avec le gouvernement Pierlot réfugié à Londres, rencontre avec Hitler à Berchtesgarden, etc.). Après plusieurs années de débats violents, une consultation populaire consacre le partage entre une Flandre catholique et royaliste et une Wallonie opposée au retour du roi. Lorsque celui-ci revient à Bruxelles suite à la victoire électorale social-chrétienne de 1950, la classe ouvrière renoue avec la tradition des "grèves belges" générales et politiques animées par l’avant-garde traditionnelle de la classe : les mineurs et les métallurgistes du sillon industriel wallon. Il y aura durant l’affaire 500.000 grévistes (3.000.000 journées de travail perdues).

1050 : Manifestation à Liège
Déclenchée à Liège par les métallos, la grève gagne tout le pays et prend en Wallonie un caractère franchement insurrectionnel (dans le Borinage, à Charleroi et à Liège, des barricades bloquent l’accès aux communes ouvrières). L’armée rappelle des troupes d’Allemagne et seconde la gendarmerie dans la répression. Les affrontements se succèdent à Liège et à Bruxelles tandis qu’attentats et sabotages se multiplient (136 attentats recensés entre le 26 juillet et le 1er août 1950, dont 59 à l’explosif — pour l’essentiel contre des voies ferrées).
Le 29 juillet 1951 l’armée occupe Liège avec des autos blindées et la journée s’achève dans de nombreux affrontements, par des levées de barricades, etc. Le lendemain 600 personnes sont rassemblées à Grâce-Berleur (région liégeoise) pour s’informer de l'évolution des événements. Tout rassemblement étant interdite les gendarmes arrivent l'arme au poing, arrêtent un député socialiste venu parlementer, arrêtent le bourgmestre de Grâce-Berleur qui a protesté contre l’arrestation du député, et finissent par tirer dans la foule, tuant quatre ouvriers (trois manifestants et un badaud), parmi lesquels trois anciens résistants. Ces meurtres provoquèrent une vague de colère et l’idée d’une marche sur Bruxelles voit alors le jour, un projet auquel adhère non seulement toute la classe ouvrière mais aussi des groupes de la Résistance antinazie. Face à cette menace, même les partisans du maintien de Léopold voulurent éviter l'épreuve de force et finirent par le convaincre d'abdiquer.
16. 1959 : la grève insurrectionnelle des mineurs
La crise économique amorcée en 1958 frappe le Borinage où un plan gouvernemental prévoit de fermer la moitié des puits du bassin. Une grève spontanée éclata, que les syndicats devront reconnaître après coup quand les métallurgistes du Centre et de Charleroi (100.000 grévistes en 1959) rallieront la grève. Ils passent un accord contre la volonté de la base et mettent fin à la grève, qui avait pris un caractère insurrectionnel (barricades, etc.). En mars 1959, 25.000 travailleurs gantois du textile — aussi touchés par la crise — débrayent, suivis par les réparateurs de navires à Anvers et d’autres encore. Au total : 215.000 grévistes, 1.500.000 journées de travail perdues.
17. 1960-61 : la "grève du siècle"
La grève générale de l’hiver 1960-1961 déclenchée contre le programme d'austérité du gouvernement belge de Gaston Eyskens qui créait de nouveaux impôts relevant à 85% d’une fiscalité indirecte (donc pesant plus sur les travailleurs que sur les autres couches sociales), réduisait de 2 milliards le financement des secteurs sociaux., augmentait de 25% les cotisations de pension des agents des services publics et reculait l'âge de leur retraite de 5 ans, remettait en cause le système de l'assurance chômage, en permettant de priver de secours certaines catégories de chômeurs au bout de quelques mois, etc.
Le 16 décembre 1960, au comité national de la FGTB, une résolution déposée par André Renard obtient 475 823 contre 496 487 et 53 000 abstentions. Elle propose des débrayages régionaux, une grève générale de vingt‑quatre heures et un référendum sur la grève générale contre la loi unique. Comme ce sont les dirigeants qui disposent des voix au comité national, cela signifie que la grande majorité des travailleurs étaient pour la grève générale.
La cellule du PCB des ACEC de Charleroi (5% du personnel!) forme un cortège qui va appeler les entreprises voisines à arrêter le travail. Le lendemain, le personnel communal débraye à Liège. Il est suivi par les métallurgistes. À Anvers le port est paralysé. La grève se généralise alors, la FGTB est obligée de la reconnaître. Les 27 et 28 décembre, la grève générale atteint son sommet, le gouvernement est impuissant, paralysé, la grève générale est maîtresse du pays. Mais si certains dirigeants fédéraux ou locaux de la FGTB sont contraints de donner l'ordre de grève, seules les directions régionales wallonnes et celle d'Anvers donnent l'ordre de grève. La direction de la FGTB se refuse à lancer l'ordre de grève générale. Quant à la CSC, elle joue ouvertement la briseuse de grève.

1961 : Affrontements à Liège
Devant un risque de pourrissement (le gouvernement met le Parlement en vacance), les travailleurs dans les meetings et les manifestations exigent la marche sur Bruxelles, c’est‑à‑dire l'affrontement direct avec l'appareil d'État. Toute la direction syndicale s’y oppose, même André Renard qui est le dirigeant emblématique de la grève. Dans la grève, Renard met en avant des revendications régionalistes (le droit pour la Wallonie de disposer d'elle‑même et de choisir les voies de son expansion économique et sociale pour appliquer des « réformes de structure »). Si André Renard a ainsi clairement montré ses limites, il fut un des seuls à assumer et légitimer la violence prolétarienne.
André Renard exposait qu’il n’y aurait pas eu de conquête démocratique en Belgique, à commencer par le suffrage universel, sans la lutte insurrectionnelle du prolétariat. Attaché à la démocratie bourgeoise, André Renard croit que la lutte pour la démocratie n’est jamais terminée et que « Loin de s’opposer, l’action directe ouvrière et l’action politique [comprendre ici : y compris parlementaire] s’épaulent donc et se renforcent l’une l’autre. ». En 1958, il interpellait la bourgeoisie qui « ne tolère la démocratie parlementaire classique que dans la mesure où celle-ci joue en sa faveur. Lorsque les ‘règles du jeu’ se retournent contre elle et que la légalité l’étouffe, elle ne se soumet pas : elle abolit la démocratie. »
Renard ne parle pas dans le vide. L’action directe ouvrière dans la "grève du siècle", c’est 1.350 actions de sabotage comptabilisées entre le 22 décembre et le 17 janvier ! De nombreux pylônes et voies ferrées dynamités, des tirs d’armes à feu contre les rares autobus en service, etc. La chasse aux jaunes est très violente et la plupart des manifestations s’achèvent dans des combats avec les policiers et les gendarmes qui feront au total quatre morts et de nombreux blessés. Le gouvernement fait intervenir l’armée. Les heurts les plus graves se déroulent le 6 janvier à Liège, lorsque des ouvriers, ayant formé un cortège à la sortie d’un meeting, prennent d’assaut et dévastent notamment le siège du journal La Meuse et la gare des Guillemins.
A partir du 7 janvier, la grève décline. Le gouvernement a convoqué la Chambre, qui adopte le 14 la loi unique. Le 21, les derniers grévistes, les 120 000 métallurgistes des bassins de Liège et de Charleroi, reprennent le travail. Si elle n’avait pas directement atteint son but, la grève, (400.000 grévistes, 5.150.000 journées de travail perdues) avait créé une situation politiqua telle que le gouvernement Eyskens démissionna en février (ce qui empêcha de fait l’application de la loi).

Janvier 1961 : Le quartier de la gare des Guillemins
18. Le mouvement de 68, la critique du révisionnisme et ses suites
À partir des années 1960, il y a eu une première démocratisation de l’enseignement. L’arrivée d’enfants d’ouvriers et d’autres couches populaires a entraîné le développement du syndicalisme étudiant avec des revendications au niveau des bourses, du salaire étudiant. Les évènements parisiens ont influencé les évènements de l’ULB. Le mouvement y a commencé avec le 13 mai avec un meeting de soutien avec les étudiants français et, le soir même, une conférence sur le régime des colonels en Grèce. A la suite de ce meeting est décidée l’occupation de l’auditoire Janson. Étudiants, chercheurs et professeurs ont constitué une assemblée qui ne reconnaissait plus l’autorité du conseil d’administration.
En fait, plusieurs éléments ont composé le cocktail qui allait déclencher le mouvement de 1968 : Le début de la révolution sexuelle et culturelle, la contestation de la société de consommation, la contestation étudiante, la guerre au Vietnam, la lutte contre le révisionnisme moderne khrouchtchévien, la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine, le mouvement maoïste, la révolution cubaine et la Tricontinentale, la lutte contre les méthodes de travail (travail à la chaîne, pouvoir des petits chefs, etc.) prenant parfois le pas sur la lutte pour les salaires, etc.
Le PCB a été tout à fait hors du coup. Il n’a rien vu venir, il a appliqué de vieille clés de lecture, il n’a rien compris. Il en est résulté une floraison de petits groupes communistes révolutionnaires, généralement influencé par le maoïsme : la Garde rouge, Lutte communiste, l'Union des communistes marxistes-léninistes de Belgique (UCMLB), Université-Usine-Union (UUU) apparue en novembre 1968 à l'Université libre de Bruxelles, la Parole au Peuple (PAP), Tout le pouvoir aux travailleurs (TPT), etc.
Ces groupes ont développé une rhétorique révolutionnaire posant ouvertement la question de la guerre populaire. Mais ils ne différencièrent que peu du PCB quant à la surévaluation des conditions objectives préalables à l’affrontement armé, et cela a amené ces groupes, en Belgique, à renoncer à toute pratique dépassant le combat de rue non-armé.
Les groupes de militants de choc du Parti Communiste Marxiste-Léniniste de Belgique (le PCMLB n’est pas issu du mouvement de mai 68, mais y a puisé de nombreuses nouvelles forces) ou d’AMADA existaient bel et bien. Citons les bagarres homériques, bien préparées et extrêmement violentes, entre ces groupes de choc du PCMLB et les nervis du "syndicat" patronal de Citroën Forest, ou l’engagement des étudiants louvanistes futurs fondateurs d’AMADA dans la grèves des mineurs du Limbourg de 1969-70, qui fut le théâtre de nombreux affrontements avec la gendarmerie. Mais, stratégiquement, ils ont été délibérément maintenus en deçà d’un certain seuil d’affrontement. Cela n’a pas peu contribué à développer des tendances néo-révisionnistes dont l’aboutissement le plus exécrable est le PTB.

Limbourg 1970 : Jeep de la gendarmerie détruite
Les seuls révolutionnaires à poser encore pratiquement la question de la violence révolutionnaire dans les années 70 étaient le petit milieu autonome (occupation et saccage de l’Andrea Smith, navire transportant des déchets nucléaires) et les militants internationalistes actifs dans différents réseaux de soutien (à la Fraction Armée Rouge, à l’African National Congres, au Front Populaire de Libération de la Palestine).
Ces groupes limitaient parfois, par tiers-mondisme, la question de l’engagement armé au simple soutien aux organisations armées du Tricontinent. D’autres posaient la question d’une pratique armée en Europe, mais presque toujours dans le cadre d’une vision lin piaoiste du monde, où la ligne de front principale était le Tricontinent (le Vietnam, la Palestine, l’Amérique latine), celui-ci formant en quelque sorte la « campagne » encerclant la « ville » impérialiste.
19. Les Cellules Communistes Combattantes
En 1983 sont fondées les Cellules Communistes combattantes, leur première action ayant lieu en 1984. Les CCC ont mené trois campagnes de propagandes totalisant 25 actions de guérilla urbaine visant des institutions politiques, militaires et économiques de la bourgeoisie, de l’Etat et de l’OTAN. Les CCC ont engagé leur propagande armée sur deux terrains fondamentaux : la lutte contre l’austérité et la lutte contre la guerre. «C’est au sein de ces deux affrontements que se trouve, aujourd’hui, concentré le conflit de classes». Les CCC appelaient à la fondation d’une organisation révolutionnaire sur base de multiples cellules clandestines dans les entreprises et les mouvements militants. Les CCC prônaient donc une «clandestinité de masse au sein des masses», la clandestinisation de l’activité révolutionnaire et non celle des militants révolutionnaires.

1984 : Attaque des CCC contre la banque BBL
Aux CCC revient l’incontestable mérite d’avoir reposé la question de la guerre populaire en Belgique. Elles l’ont fait dans des termes très voisin de la stratégie maoïste (en fait hérité des Brigades Rouges qui elles même avaient fait fonds sur le maoïsme), en exposant leur principe de "guerre révolutionnaire prolongée". Les CCC ont fait (à une petite échelle) la démonstration que la lutte armée pour le communisme est: destruction dans le camp de la bourgeoisie, démonstration et confiance dans la capacité de vaincre, instrument de propagande, révélation d’une position et de la pratique objective de classe, possibilité de progrès, d’évolution, perspectives pour le prolétariat, démarche internationaliste.
La guerre populaire maoïste se distingue de la "guerre révolutionnaire prolongée" des CCC qui est une stratégie en dernière analyse mécanique : les communistes "impulsent" un mouvement que les éléments avancés des masses "reprennent" jusqu’à ce que la connexion avant-garde/masses se réalise. C'est une nouvelle variante de la thèse guévariste comme quoi le foyer révolutionnaire peut devenir le principal protagoniste de l'histoire, et non plus les masses. Le prolétariat est considéré comme ne participant pas à la guerre populaire tant qu'il ne participe pas à la lutte armée organisée par l’avant-garde, ce qui est une conception militariste. Dans la guerre populaire prolongée, ce sont les masses qui font l'histoire, les communistes se mettent à leur école, s’engagent et défendant leurs révoltes et leurs luttes, élèvent son niveau de conscience et d’organisation.
Outre ce problème de fond, les faiblesses de l’expérience des CCC étaient :
- un éclectisme idéologique évident. Sans doute par soucis de marquer un rejet du sectarisme, les CCC, tout en se revendiquant légitimement du marxisme-léninisme, ont aussi cité : Marx, Engels, Lénine, Mao, Baader, Che Guevara et … Victor Serge et Trotski !
- Le manque de liens aux masses (par ailleurs reconnu et regretté), et une déviation militariste (elle aussi reconnue dans une autocritique).
Reste que les CCC ont puissamment contribué à reposer la question révolutionnaire en Belgique, et qu’elles l’ont fait dans la pratique, en payant un prix fort à la répression. La qualité révolutionnaire de l’’expérience des CCC se mesure d’ailleurs à la virulence avec laquelle les néo-révisionnistes de tout poil (pour ne pas parler des anciens révisionnistes…) l’on attaqué et continue, 25 ans après, à les attaquer…
20. Le retour des anarchistes
De la fin des années 90 jusqu’à aujourd’hui, l’action directe anarchiste revient en force en Belgique: chaque année, ce sont des dizaines d’actions incendiaires ou autres qui ont eu lieu.
Elles s’articulent principalement sur deux thématiques : la "libération animale" (incendies de McDonald, de boucheries industrielles, etc.) avec des actions signée de l’Animal Liberation Front, et la thématique anti-carcérale, avec des actions contre les entreprises faisant du profit avec les prisons et les Centres fermés pour étrangers en situation irrégulière.
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2. GPP en Inde : Document
PCI (Maoïste) : Perspective urbaine — Notre travail dans les zones urbaines
1. Introduction
Le document Stratégie et Tactiques adopté au 9e Congrès de 2001 expose l’importance du travail urbain dans la stratégie de la Révolution Indienne de la manière suivante:
« Le travail dans les zones urbaines a une importance particulière dans notre travail révolutionnaire... dans notre révolution, qui suit la ligne de guerre populaire prolongée, la libération des zones urbaines ne sera possible qu’au dernier stade de la révolution. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas nécessaire de se concentrer dès le début sur la construction du mouvement révolutionnaire urbain. Dès le commencement, nous devrons fixer notre attention sur l’organisation de la classe ouvrière, qui, étant à la tête de notre révolution, doit directement participer et mener la révolution agraire et la guerre populaire, et sur la construction d’un mouvement ouvrier révolutionnaire. En outre, sur base du mouvement des ouvriers révolutionnaires, nous serons en mesure de mobiliser des millions de masses opprimées urbaines et de construire les luttes contre l’impérialisme et le féodalisme, les luttes en faveur de la révolution agraire et les luttes pour les droits démocratiques. Ce n’est que par cette voie que nous serons capables de créer les forces subjectives et les conditions requises pour un front uni général, anti-impérialiste, anti-féodal, à l’échelle nationale. Le mouvement urbain, fournissant des cadres et des dirigeants ayant différentes sortes de capacités indispensables à la guerre populaire et à la création de zones libérées, en est une des sources principales... Nous ne devons pas oublier les rapports dialectiques entre le développement du mouvement urbain et le développement de la guerre populaire. En l’absence d’un solide mouvement urbain révolutionnaire, la guerre populaire sera confrontée à des difficultés.’
‘Toutefois, nous ne devons pas déprécier l’importance du fait que les zones urbaines sont les centres solides de l’ennemi. Le développement d’un robuste mouvement révolutionnaire urbain signifie que notre Parti doit construire un réseau de lutte capable de mener invariablement la lutte, en s’entretenant lui-même jusqu’à ce que le guerre prolongée atteigne le stade de l’offensive stratégique. Dans cette perspective à long terme, nous devons développer un parti clandestin, un front uni et des éléments armés de la population; intensifier la lutte de classe dans les zones urbaines et mobiliser des millions de masses urbaines en soutien à la guerre populaire. » [Pages 69-70]
Cependant, il y a eu au cours de ces trente dernières années, d’importants défauts et des erreurs dans notre conception et dans notre pratique. Ainsi, The Political and Organisational Review du 9e Congrès fait le point comme suit:
« L’importance du travail urbain dans la guerre populaire en cours dans le pays est bien admise dans notre Parti et est élaborée dans notre document Strategy-Tactics. Toutefois, nous avons énormément manqué de perspective, de politique et de méthodes de travail. Nous n’avons fait que des changements au coup par coup, de temps en temps, à la politique contenue dans le document Our Work in Urban Areas, mis en évidence par l’APSC en 1973. Nous devons encore développer une démarche globale et à long terme, qui prenne en compte l’évolution des tendances de développement de l’urbanisation, ainsi que les politiques de l’ennemi pour nous isoler et nous écraser dans les zones urbaines. Cela a conduit à des hauts et des bas fréquents dans notre travail urbain dans la plupart des zones et à une lourde perte de cadres dans les zones de répression. » [page 141]
Par conséquent, le Congrès a décidé d’un « programme lié au temps pour préparer la politique et les directives pour le travail urbain, particulièrement pour le travail sur la classe ouvrière. Celui-ci doit comprendre une révision de notre conception et de notre pratique en ce qui concerne, entre autres, les syndicats révolutionnaires, les mini-escouades de guérilla, les équipes d’auto-défense, les magazines ouvriers. Il doit être suivi d’une campagne pour réorganiser notre travail selon ces directives ». [page 149]
Le document en présence fait partie de la tentative pour mettre en œuvre la décision du Congrès mentionnée ci-dessus.
La Partie 2 donne une brève représentation de l’Inde urbaine, exposant les tendances de l’urbanisation et les changements dans la composition de classe, particulièrement depuis les politiques de libéralisation.
La Partie 3 est la section principale qui présente la politique et les directives pour le travail - notre approche et nos objectifs stratégiques, les formes d’organisation et les formes de lutte, le parti, le front uni et les tâches militaires, la propagande, le mécanisme technique et l’agenda.
La Partie 4 passe en revue les principaux défauts de notre conception et de notre pratique de ces trente dernières années.
La Partie 5 détermine certaines tâches immédiates.
En plus de ceci, un document distinct, Guidelines for Our Work in the Working Class expose les détails en ce qui concerne le travail sur la classe ouvrière.
2. L’Inde urbaine
Selon le recensement de 2001, 27,8% de la population indienne vit aujourd’hui dans les villes. La population urbaine totale est de 285.000.000, ce qui est plus que la population totale du troisième pays le plus peuplé du monde - les USA.
La majorité de cette population urbaine se trouve dans les grandes villes. Presque deux tiers de cette population vit dans des villes de plus de 100.000 habitants, et 108.000.000 personnes (c’est à dire 38%) se trouvent dans 35 centres métropolitains dont la population dépasse le million. Trois des vingt mégapoles du monde, ayant chacune une population de plus de dix millions, se trouvent en Inde.
Le centre de l’économie s’est également écarté des zones rurales. En 1950-51, 56% de la production provenait de l’agriculture, mais aujourd’hui, moins de 25% en est issue. Aujourd’hui, la majorité de la production du pays vient des industries et du secteur tertiaire, qui sont principalement basés dans les villes. La part urbaine dans le Produit Intérieur Brut (PIB) est ainsi aujourd’hui de plus de 60%.
La taille, la proportion et le poids économique de la population urbaine en Inde aujourd’hui sont beaucoup plus élevés qu’ils ne l’étaient en Chine au moment de la révolution. A l’époque, la Chine n’avait que 10% de sa production provenant de l’industrie, et seuls 11% des gens vivaient dans les zones urbaines. Cela voudrait dire que les zones urbaines en Inde devraient jouer un rôle relativement plus important dans la révolution, que celui que les villes ont joué durant la révolution chinoise.
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Toutefois, cela n’annonce aucun changement dans notre stratégie fondamentale, qui est basée sur l’inégal développement politique et économique et sur le caractère semi-féodal, semi-colonial de la société indienne. L’expérience internationale actuelle présente aussi différents pays semi-coloniaux avec de grandes proportions dans les zones urbaines, développant avec succès la guerre populaire basée sur la lutte armée rurale. Bien que notre population urbaine soit importante et en croissance constante, sa proportion reste beaucoup plus faible que le pourcentage de la plupart des autres pays semi-coloniaux ayant des mouvements sérieusement engagés dans la révolution agraire armée. Ainsi, les Philippines ont une population urbaine de 59%, le Pérou de 73% et la Turquie de 75%. Seul le Népal a une population urbaine plus basse, de l’ordre de 12%, bien que le taux de croissance de sa population urbaine soit presque le double de celui de l’Inde.
2.1. Modèle d’urbanisation
Depuis 1947, quatre villes métropolitaines majeures, qui ont servi de capitales régionales sous l’occupation britannique, ont dominé le processus d’urbanisation dans le pays. Ces villes étaient Kolkata1 , Mumbai2 , Delhi et Chennai3 . Elles ont respectivement servi de plateformes centrales dans l’est, l’ouest, le nord et le sud du pays. Depuis les années 60, elles ont continué à connaître une croissance, quoiqu’à des rythmes différents. De nouveaux centres métropolitains récents tels que Bangalore, Hyderabad et Pune se révèlent être de nouveaux foyers de croissance urbaine. Les politiques de libéralisation amènent davantage de changements et de nouveaux modèles d’urbanisation ont émergé. Ceux-ci sont même en train de changer les positions et l’importance des vieux centres métropolitains.
Delhi continue à maintenir son importance pour toute l’Inde, surtout comme capitale administrative et également en raison de l’industrialisation rapide de ses alentours. Mumbai, en tant que capitale financière, a continué à s’accroître rapidement, et figure maintenant parmi les cinq plus grandes villes du monde.
Kolkata et Chennai continuent à maintenir leur importance régionale, mais Kolkata a perdu son importance comme centre d’industrie et de commerce pour toute l’Inde.
Les hauts et les bas des centres principaux ne sont cependant que le reflet du modèle d’urbanisation nettement inégal du pays. Kolkata recule en raison de sa localisation dans la partie orientale la plus pauvre et la moins urbanisée du pays, alors que toutes les nouvelles étoiles surgissent dans le sud et l’ouest, plus urbanisés. La vieille hiérarchie des quatre mégapoles situées dans différentes régions du pays laisse ainsi place aux corridors urbains et aux groupes de nouveaux investissements implantés principalement dans les parties du sud et de l’ouest du pays.
A l’exception de la région de Delhi et des zones limitrophes du Haryana, du Punjab, du Rajasthan et de l’Uttar Pradesh, une bonne partie du nord, de l’est et du centre du pays a été contournée. Cette vaste zone englobant la moitié est de l’Uttar Pradesh et s’étirant à travers le Bihar, le Bengale occidental, les états du nord-est, l’Orissa, le Madhya Pradesh et la partie est du Maharashtra reste une zone urbaine arriérée, avec de vieilles bases industrielles et un chômage élevé.
Par conséquent, ces zones sont les foyers principaux de travail itinérant bon marché pour les grandes villes métropolitaines. Les inégalités précitées sont favorisées par les politiques du gouvernement.
Durant la précédente période d’octroi de licences industrielles, il y a eu quelques tentatives pour provoquer un développement industriel équilibré et cela a entraîné la mise en place de quelques projets dans des zones relativement peu avancées telle que la ceinture minérale du centre de l’Inde. Aujourd’hui, en vertu des politiques de libéralisation, les investissements ne sont pas réglementés et vont dans les zones promettant les plus grands profits. Ainsi, les investissements principaux se centralisent dans et autour de quelques zones dont la concentration urbaine est croissante. Ces régions principales sont :
a) Le corridor Ahmedabad-Pune: Cette étendue en Inde occidentale a la concentration principale de haute industrialisation et d’urbanisation du pays. Elle comprend quatre des dix premières villes du pays - Mumbai, Ahmedabad, Pune et Surat - en plus de deux autres villes de plus d’un million d’habitants - Vadodara et Nashik. Les industries englobent presque tous les principaux groupes industriels - ingénierie, produits chimiques, textiles, automobiles, télécommunications, électroniques, etc. Ces villes et les districts voisins attirent la plus grande quantité des nouveaux investissements du pays tout entier. La classe ouvrière est la plus diverse, ayant migré depuis toutes les parties du pays.
b) La zone de Delhi: La région de la capitale avec les zones voisines de Gurgaon et de Faridabad dans l’Haryana et de Ghaziabad et de Noida dans l’Uttar Pradesh est une énorme zone urbaine et industrielle. Elle continue à progresser à un rythme rapide dans l’ingénierie, l’automobile, l’électronique, etc. Ici aussi, la classe ouvrière est diverse, mais issue principalement du nord de l’Inde.
c) Bangalore: Pendant un certain temps, cela a été le centre de nombreux établissements majeurs du service public, en plus des textiles et du tissage de la soie. L’électronique, les logiciels et le matériel informatique sont les principales industries en croissance, Bangalore étant la capitale des logiciels en Inde. Il s’agit d’un centre se développant rapidement.
d) Chennai: La région du Grand Chennai est devenue la plaque tournante industrielle pour l’ensemble du sud. Elle a un éventail d’industries très diverses - automobiles, textiles, produits chimiques, produits pétroliers, électronique, etc.
e) La ceinture Coimbatore-Erode: C’est la zone qui a la croissance d’urbanisation la plus rapide du pays. Les principales industries se concentrent autour des textiles - moulins, métiers à tisser mécaniques, tricots, etc. Il y a aussi de petites et moyennes unités d’ingénierie.
f) Hyderabad: Bien que la croissance actuelle ne soit pas aussi importante que la propagande médiatique du ministre-chef de l’Andhra Pradesh, Hyderabad est aussi un centre urbain à croissance rapide. En plus de l’entreprise du secteur public antérieure et d’autres industries, les nouveaux investissements se font principalement dans l’électronique et la technologie de l’information. Dans l’Andhra Pradesh, Vishakhapatnam a aussi été un centre de croissance, attirant de gros investissements.
La majeure partie des centres urbains dans les autres zones n’accueillent pas beaucoup d’investissements et par conséquent, ils souffrent d’un certain niveau de stagnation. Ce sont toutefois des centres majeurs de l’industrie avec une importante classe ouvrière. Ils jouent aussi un rôle très important dans leurs zones. Certains de ces centres sont :
a) Kolkata: Bien qu’elle ait perdu son importance pour toute l’Inde, elle demeure le centre pour l’ensemble de l’Inde orientale. Elle a une base industrielle importante et diverse, mais aucune nouvelle zone majeure de croissance industrielle. La ville s’accroit aussi à un rythme lent. Elle reçoit de nouveaux investissements mais une grande partie est destinée aux installations existantes. La classe ouvrière est diverse, mais fondamentalement issue de l’Inde orientale. En raison de la lente croissance industrielle, le taux de chômage est relativement plus élevé.
b) Villes industrielles du centre de l’Inde: Les investissements entrant dans ces zones sont principalement pour les industries énergétiques et pétrolières, et les industries métallurgiques. Cependant, les nouveaux projets sont relativement peu nombreux et le chômage global s’accroît.
c) Villes de la plaine gangétique: Ces villes comprenant de vieux centres industriels majeurs tels que Kanpur ne reçoivent pas beaucoup de nouveaux investissements et par conséquent, elles stagnent. Cependant, les villes continuent à grossir en raison de l’afflux en provenance des zones rurales.
La tendance et le modèle de croissance urbaine ci-dessus doivent entrer en ligne de compte dans la formulation d’une perspective et d’un projet pour le travail urbain.
________________________________________
1Calcutta ( Toutes les notes sont de la traductrice J. Adarshini )
2 Bombay.
3 Madras.
2.2. Changements dans la composition de classe et de la structure des villes
En plus des changements au niveau de toute l’Inde, des modifications significatives ont aussi lieu à l’intérieur des villes, particulièrement dans les villes les plus grandes. Cela occasionne des changements dans la nature et la composition de la population active ainsi que dans l’emplacement géographique des différentes classes et communautés.
2.2.1. Désindustrialisation des villes majeures
Au fil des ans, la plupart des villes majeures ont vu un déclin dans l’activité industrielle comparée à l’activité commerciale dans le secteur bancaire, la finance et d’autres activités du secteur tertiaire. Ce processus a d’abord commencé dans les villes les plus grandes, avec la fermeture de nombreuses usines de jute et d’autres industries de Kolkata à partir de la fin des années 60. Ce processus s’est toutefois généralisé dès le début des années 80 avec le déclin des usines de textiles à Mumbai, Ahmedabad, Chennai et dans d’autres centres. Des centaines de milliers d’emplois de cols bleus ont été détruits sans qu’aucune nouvelle industrie ne soit créée dans la ville. Depuis ces vingt dernières années, presqu’aucune nouvelle industrie ne s’est implantée au sein des vieilles villes majeures. Généralement, la nouvelle industrialisation a lieu à la périphérie de la ville principale, ou dans les villes voisines. Ceci est combiné à une augmentation des postes d’employés dans le domaine des services, l’investissement allant généralement vers ces zones.
Ce processus a amené un changement dans la composition de classe dans la majorité des villes, surtout dans les villes métropolitaines. Les données globales sur les zones urbaines dans leur ensemble indiquent un déclin progressif dans la proportion d’ouvriers de sexe masculin embauchés dans le secteur industriel de 27% en 1983 à 23,6% en 1993-94. Pour les ouvrières de sexe féminin, le déclin était de 26% en 1983 à 23,6% en 1993-94. Sur la même période, la proportion d’ouvriers de sexe masculin engagés dans le secteur tertiaire a augmenté de 24,8% à 26,4%, l’augmentation pour les ouvrières de sexe féminin étant de 31,4% à 38,8%. Ici, le secteur tertiaire a été déterminé pour inclure la finance, les assurances, les services commerciaux et tous les autres services, y compris les services d’intérêts généraux et sociaux. Cela montre que la proportion totale du prolétariat industriel dans les zones urbaines partout en Inde chute comparé aux employés embauchés dans les bureaux, les établissements de marketing, les hôtels, etc.
Tandis que les chiffres ci-dessous donnent un tableau d’ensemble, la situation actuelle pour les villes particulières sera différente. Puisque cet élément est très important pour notre perspective organisationnelle, nos projets et nos tâches au niveau de la ville, tous les comités respectifs doivent mener une analyse de classe au niveau de la ville relative à la situation et à la tendance dans leurs zones.
2.2.2. Changements dans la population active
Avec les fermetures des industries et la perte d’emplois les accompagnant, de nombreux ouvriers sont obligés de prendre un travail temporaire ou de gagner leur vie par leurs propres moyens en colportant, en maniant les pousse-pousse, en gérant des échoppes de thé et des comptoirs de nourriture au bord de la route. Dans le même temps, la nouvelle jeunesse entrant dans la population active ne trouve pas d’emplois permanents immédiatement (le taux de chômage dans la tranche d’âge 15-24 ans est le plus élevé) et est forcée de prendre un emploi temporaire et de diriger aussi de petits commerces.
Cette tendance augmente ces dernières années dans les zones urbaines. En même temps, de plus en plus de femmes sont embauchées mais à des niveaux de salaire beaucoup plus bas. Cette tendance, qui a commencé au début des années 80 dans la majorité des villes, s’est accélérée davantage depuis les politiques de libéralisation.
En milieu urbain, la proportion d’hommes ayant un travail fixe a diminué et la proportion de travailleurs indépendants et temporaires est en hausse. En même temps, la proportion des femmes ayant un travail fixe a augmenté, quoique cela n’influe pas tellement sur la taille totale de la population active parce que les femmes ne constituent que 17% de la population active urbaine totale. Premièrement, il y a eu une augmentation dans la proportion du semi-prolétariat (c’est à dire les travailleurs indépendants); deuxièmement, il y a eu une augmentation dans la proportion des travailleuses payées des salaires très bas; et troisièmement, il y a eu une augmentation de la main d’œuvre temporaire.
En plus des changements donnés ci-dessus, un autre changement a été le glissement des emplois depuis les usines plus importantes du secteur syndiqué vers les petits ateliers et les petites industries. Ces dernières années, la proportion d’ouvriers dans le secteur syndiqué par rapport à la population active totale est tombée de 8,5% en 1991 à 7,1% en 1997 et à 6,9% en 1999-2000.
Etant donné que les ouvriers sont répartis dans des unités plus petites, leur potentiel de syndicalisation diminue aussi.
Tous les changements dans la population active mentionnés ci-dessus ont été présentés au niveau de toute l’Inde. Ces changements ont des conséquences significatives pour notre planification aux niveaux de la ville et de la zone. Nous devons mener une analyse de classe locale et dresser nos plans en conséquence.
2.2.3. Division ou segmentation des villes
Les villes en Inde, se basant sur le modèle colonial, ont toujours eu un riche quartier britannique et un quartier indien plus pauvre. Cette séparation a toutefois diminué dans une certaine mesure dans le processus de croissance des villes métropolitaines. Par conséquent, il est devenu assez fréquent d’avoir des bidonvilles attenants à des tours d’habitations chics, et des colporteurs et des marchands occupant l’espace juste à côté des bureaux des multinationales dans le cœur du quartier central des affaires. Des campagnes périodiques sont adoptées pour démanteler les bidonvilles ou expulser les colporteurs, mais le plus souvent, ils se débrouillent pour lutter et conserver leur espace dans le centre de la ville.
Cependant, au cours de la période de libéralisation-mondialisation, les classes dirigeantes de la plupart des villes majeures ambitionnant d’en faire des villes ‘mondiales’, ont déclenché de manière concertée et planifiée de nombreuses mesures pour faire sortir les pauvres du cœur de la ville et le garder à l’usage économique et social du capital impérialiste et compradore. Le processus s’est produit et se produit de façon intensive à Mumbai, à Delhi, à Bangalore, à Hyderabad, à Kolkata, à Chennai et certaines autres villes métropolitaines. Des modèles similaires sont toutefois constatés même dans des villes relativement plus petites.
Ce processus de division ou de segmentation de la ville se fait par l’entremise de différentes mesures. Ces mesures vont des vieilles mesures de démolition des bidonvilles et d’expulsion des colporteurs aux nouvelles formes comme la fermeture des usines ‘polluantes’, l’interdiction des manifestations dans les zones centrales, les changements législatifs favorisant la privatisation et la localisation des finances urbaines et des installations urbaines, les règlements encourageant la concentration du développement dans les zones plus riches, etc.
Le rôle de l’état est des plus marquant.
Les bureaucrates et les urbanistes, travaillant sous les consignes directes de la Banque Mondiale, de la Banque Asiatique de Développement et d’autres institutions impérialistes, ont formulé des lois, des règlements, des principes et des schémas directeurs qui ont même abandonné le prétexte des slogans d’équité et de soulagement de la pauvreté urbaine d’autrefois.
Aujourd’hui, l’orientation fondamentale des projets vise la ‘capacité’ et la ‘propreté verte’ des villes, ce qui, au fond, veut dire de fournir des enclaves cinq étoiles désinfectées avec les meilleures infrastructures et les meilleures installations de communication pour les bureaux, les maisons, et les lieux de divertissement des directeurs d’entreprises et des élites, en poussant les citadins pauvres vers les frontières de la ville, en même temps que leurs ‘sales’ bidonvilles et leurs industries ‘polluantes’.
L’idée de base du National Capital Plan pour Delhi, et du programme Mega-City de 1993 pour les cinq autres villes du top mentionnées ci-dessus a fondamentalement cet objectif.
Les Hautes Cours et la Cour Suprême, aidées par les anti-populaires soi-disant écologistes, ont aussi joué un rôle très actif dans ce processus en rendant de nombreuses décisions de justice pour accélérer ce processus au nom du litige ‘d’intérêt public’.
De nombreuses luttes de la classe ouvrière et des citadins pauvres ont éclaté contre ces mesures. La révolte en novembre 2000 de la classe ouvrière et de la bourgeoisie nationale de Delhi, les luttes des habitants des bidonvilles de Mumbai et des colporteurs de Kolkata en sont des exemples. Cependant, malgré ces luttes, la réaffectation des mégapoles et des autres villes métropolitaines va de l’avant et le modèle socio-géographique de villes telles que Mumbai a déjà considérablement changé.
Ce processus doit être traité par nous à deux niveaux. A un niveau, nous devons prendre part aux luttes de masse contre ce processus d’expulsion et combattre pour le droit de la classe ouvrière et des citadins pauvres à vivre et à travailler dans leurs anciennes zones. A un autre niveau, nous devons tenir compte, dans notre analyse et notre planification, du changement de structure de la ville. Dans le cadre de notre analyse de classe, nous devons également dresser la carte des emplacements géographiques des différentes classes, non seulement de leur habitation mais aussi de leur lieu de travail. Nous devons les prendre en compte dans nos plans d’organisation, de protestation, d’auto-défense, etc.
2.2.4. Ghettoïsation
Un ghetto est un bidonville ou une localité habité principalement ou totalement par une communauté. Quand une communauté précise est sans cesse attaquée et obligée, pour sa sécurité, de se rassembler dans des zones particulières, ce processus est appelé ghettoïsation. Des localités formées sur base de la nationalité, de la caste, et de la religion sont très courantes dans pratiquement toutes les villes indiennes. Cependant, toutes ne se sont pas créées dans un processus de ghettoïsation.
Les exemples de violence de masse urbaine sur la base de la nationalité sont relativement peu fréquents, comme les émeutes de Cauvery à Bangalore au cours desquelles la minorité nationale Tamoule a été attaquée, ou les attaques sur les indiens du sud à Mumbai en 1967 par les chauvinistes nationaux de la Shiv Sena4 .
Ceci est en grande partie du au manque relatif de soutien pour de tels actes de la part des classes dirigeantes intégrationnistes de toute l’Inde et de l’appareil de l’état central.
La violence de caste et les émeutes de caste sont plus nombreuses, certaines villes étant sans cesse les témoins d’attaques sur les dalits5 . Les émeutes anti-réserve dans de nombreuses parties du pays sont une forme constante d’attaques de caste. Une telle violence des castes supérieures a conduit à marquer davantage la division de beaucoup de villes et a obligé tous les dalits à vivre dans des zones distinctes pour mieux organiser leur auto-défense.
La forme principale de violence a toutefois été les attaques et les pogroms organisés par les communautaristes et les fascistes hindous, essentiellement contre les musulmans, mais également contre les sikhs et les chrétiens. Cela a conduit à la ségrégation aigüe de la communauté musulmane et à la création de mohallas6 musulmans dans presque toutes les villes où ils sont présents. Cependant, avec la métropolitanisation de certaines villes, il y a eu un petit glissement des musulmans vers d’autres zones. Les fascistes hindous ont aussi cherché à renverser cela considérablement durant les années 80 et 90.
Les années 80 et 90 ont vu, associés à l’ascension politique des fascistes hindous de la Sangh Parivar, le plus grand nombre de pogroms anti-musulmans Le centre majeur de ceci a été le corridor occidental avec des massacres de Musulmans dans presque toutes les villes majeures de cette ceinture - Ahmedabad, Vadodara, Mumbai et Surat, ainsi que dans d’autres villes plus petites comme Bhiwandi, Malegaon et Bharuch. Les centres urbains majeurs du sud ont aussi été les centres d’émeutes communautaires - Coimbatore, Hyderabad et Bangalore, en plus d’autres villes plus petites telles que Mangalore, Bhadravit, etc. Certaines ont aussi eu lieu dans des villes d’Inde centrale et de la plaine gangétique. La plupart de ces attaques ont été effectuées avec toute la connivence et même la participation des forces de l’état. De toutes celles-ci, Gujarat est adoptée par les fascistes en tant que laboratoire pour une expérience de nettoyage ethnique, avec l’anéantissement physique et économique systématique des Musulmans.
Alors que la campagne des fascistes hindous se déploie dans d’autres parties du pays, la ghettoïsation va sûrement nettement s’intensifier dans la plupart des villes. Les zones purement musulmanes, se méfiant de toutes les autres, et organisées pour l’auto-défense, deviendront indispensables pour la survie de la communauté. L’aiguisage des divisions sur une base communautaire peut devenir un sérieux obstacle à la construction de l’unité de classe. Dans les zones urbaines, notre Parti doit sérieusement prendre en compte le processus de ghettoïsation dans tous les projets. La ghettoïsation aigüe conduit à un manque d’emplois pour les Musulmans, et pousse la plus grande partie d’entre eux vers le semi-prolétariat. Par conséquent, la simple organisation à l’intérieur de l’industrie ne nous permettra pas de pénétrer dans cette communauté opprimée. A moins de nous baser nous-mêmes au milieu du ghetto, nous ne serons pas capables de nous introduire dans l’organisation de la communauté, nous ne serons pas non plus capables de construire le front uni contre les fascistes hindous. Ainsi, dans notre planification, nous devons identifier clairement les ghettos d’une ville et établir notre plan pour y obtenir l’entrée. En faisant cela, nous devons aussi les organiser sur leurs besoins essentiels et leurs problèmes quotidiens.
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4Parti ultra-nationnaliste, dont le dirigeant à professé ouvertement son admiration pour Hitler.
5 "Intouchables" , la caste la plus basse.
6Quartiers musulmans.
3. Politique et directives
3.1. Approche stratégique dans le travail urbain
3.1.1. Rôle du travail urbain dans la stratégie politique
Comme le dit le 9e Congrès, « le leadership de la classe ouvrière est la condition indispensable pour une Révolution de Nouvelle Démocratie en Inde. La classe ouvrière exerce son leadership dans la révolution grâce à sa participation directe. En plus du soulèvement dans la lutte globale pour la démocratie et la libération sous le leadership du Parti Communiste, et par ce moyen, de l’unification de toutes les autres parties de la population dans les luttes anti-impérialistes et anti-féodales, la classe ouvrière organise la révolution agraire en envoyant son détachement avancé dans les zones rurales. » [page 36]
Ainsi, les zones urbaines, étant les centres de concentration du prolétariat industriel, jouent un rôle important dans la stratégie politique de la Révolution de Nouvelle Démocratie. Dans les zones urbaines, la tâche du Parti est de mobiliser et d’organiser le prolétariat pour qu’il remplisse son rôle crucial de leadership. Par conséquent, travail urbain signifie d’abord de créer les liens les plus proches possible avec la classe ouvrière, et par l’intermédiaire de la lutte de classe, d’instaurer le parti comme avant-garde prolétarienne; de plus, cela signifie la mobilisation et l’unification de toutes les autres sections sous le leadership prolétarien dans la lutte pour accomplir les tâches de la révolution.
3.1.2. Rôle du travail urbain dans la stratégie militaire
Les caractéristiques particulières de la guerre révolutionnaire en Inde « fixent la stratégie militaire de guerre prolongée - une stratégie de constitution de zones de base révolutionnaires d’abord à la campagne, où l’ennemi est faible d’un point de vue militaire, pour ensuite progressivement encercler et s’emparer des villes qui sont les bastions des forces ennemies. » [page 8]
Par conséquent, il est clair que la lutte armée et le mouvement dans les zones rurales joueront le rôle principal, et que le travail dans les villes jouera un rôle secondaire, complémentaire au travail rural.
Cependant, tout en donnant la priorité absolue au travail rural, nous devons également donner à la lutte urbaine l’importance qu’elle mérite. Sans un mouvement révolutionnaire urbain fort, la guerre populaire en cours est confrontée à des difficultés; de plus, sans la participation des masses urbaines, il est impossible de remporter une victoire à l’échelle nationale. Comme le dit le Camarade Mao, « l’objectif suprême de la révolution est la capture des villes, bases principales de l’ennemi, et cet objectif ne peut pas être atteint sans un travail adapté dans les villes » (Mao, Selected Works, volume II, page 317)
Par conséquent, un rapport dialectique adéquat doit être maintenu entre le développement du mouvement urbain et le développement de la guerre populaire.
Nous devons, en développant un mouvement urbain fort, assurer que les masses urbaines contribuent à produire les conditions qui procureront le succès de la lutte armée dans la campagne. Comme nous l’avons vu dans la section précédente, l’Inde a une plus grande proportion de population dans les zones urbaines et une classe ouvrière est beaucoup plus importante qu’à l’époque de la Révolution chinoise. Cela augmente aussi l’importance relative du travail urbain dans les conditions particulières de la révolution indienne.
3.1.3. Démarche à long terme
Les villes et les grands centres industriels sont les bastions réactionnaires dans lesquels l’ennemi est le plus puissant. A ces endroits, la police, l’armée, d’autres organes de l’état, et d’autres forces de contre-révolution sont rassemblés et se trouvent dans une position dominante à partir de laquelle elles peuvent réprimer les forces populaires. Dans le même temps, le travail et l’organisation de notre Parti sont extrêmement faibles et ne peuvent, dans l’ensemble, pas parvenir à une position dominante avant la phase finale de la guerre populaire. C’est cette réalité objective qui fixe notre politique à l’égard du travail dans les zones urbaines.
Dans une situation pareille, où l’ennemi est beaucoup plus fort, nous ne pouvons pas avoir une approche à court terme d’affrontement direct afin d’obtenir des ‘résultats rapides’. Nous devons plutôt avoir une approche à long terme. La tâche du Parti est de convaincre les masses, y compris la grande majorité des ouvriers, et d’augmenter la force prodigieuse de la classe ouvrière en préparation de la lutte décisive à venir. Ce n’est pas le moment maintenant pour cette lutte suprême entre la révolution et la contre-révolution, et c’est pour cette raison que nous devons éviter d’engager un tel combat avec l’ennemi tant que les conditions ne nous sont pas favorables. Cela signifie que nous devons surtout agir en restant sur la défensive (et non pas prendre l’offensive); notre politique doit être une politique de protection, de conservation, de consolidation et d’expansion des forces du Parti, tout en mobilisant et en préparant les larges masses urbaines pour la lutte révolutionnaire.
Comme le Camarade Mao l’a exposé en traçant le contour des tâches du Parti dans les zones urbaines et les autres zones blanches dominées par les réactionnaires, « le Parti Communiste ne doit pas être fougueux ni aventuriste dans sa propagande et dans son travail organisationnel (…) il doit avoir des cadres bien choisis travaillant clandestinement, il doit accumuler de la puissance et attendre son heure. Dans la direction de la population dans la lutte contre l’ennemi, le Parti doit adopter les tactiques de l’avance pas à pas, lentement mais sûrement, en respectant le principe de mener les luttes pour des raisons justes, à notre avantage, et avec retenue, et en faisant usage de ces formes d’activité publiques qui sont autorisées par la loi, les décrets et la coutume sociale; des revendications vides et une action irresponsable ne peuvent jamais conduire au succès. » (Mao, Selected Works, volume II, page 318).
Afin de mobiliser les parties les plus larges possible dans la lutte, il est absolument indispensable que nous utilisions toutes les opportunités publiques et légales pour le travail (et ne pas rejeter l’utilisation de la légalité).
Les grandes organisations de masse aident le Parti à avoir un contact considérable avec les masses, de telle sorte qu’il puisse travailler à couvert pendant longtemps et accumuler de la puissance. En examinant les perspectives publiques, il est essentiel que nous organisions aussi les gens dans des organisations clandestines.
Les formes d’organisation larges, publiques et légales de masse doivent, cependant, être associées aux méthodes du plus grand secret, en particulier en ce qui concerne le rapport entre l’organisation publique et l’organisation clandestine.
Toutes les précautions doivent être prises pour protéger l’identité de nos camarades dans les organisations publiques et les contacts avec l’organisation clandestine doivent être maintenus au minimum. En même temps, un soin particulier doit être pris pour garantir que les structures clandestines ne soient pas démasquées et détruites. Pour cela, une approche à long terme et la patience sont absolument indispensables. Nous devons même être prêts à sacrifier les besoins de bien réussir un travail précis à court terme pour éviter la mise en danger de l’existence et du fonctionnement à long terme de la structure clandestine.
3.2. Objectifs principaux de notre travail urbain
Le travail dans les villes implique de nombreuses tâches. Toutes ces tâches peuvent cependant être regroupées sous trois grands titres ou objectifs. Ils sont les suivants:
1) Mobiliser et organiser les masses de base et construire le Parti dans ces conditions.
Ceci est l’activité principale du Parti. La tâche du Parti est d’organiser la classe ouvrière, comme les autres classes et sections telles que le semi-prolétariat, les étudiants, les employés de classe moyenne, les intellectuels, etc. Sa tâche est également de s’occuper des problèmes des groupes sociaux particuliers tels que les femmes, les dalits et les minorités religieuses et de les mobiliser pour le mouvement révolutionnaire. C’est dans ces conditions que les masses sont politisées et que les sections avancées sont rassemblées dans le Parti.
2) Construire le front uni. Cette tâche exige l’unification de la classe ouvrière, la construction d’une solidarité et d’une alliance ouvrier-paysan, l’union avec d’autres classes dans les villes, la construction de fronts contre la mondialisation, contre le fascisme hindou, contre la répression, etc. Ceci est un aspect très important du travail du Parti dans la ville.
3) Tâches militaires. Tandis que les principales tâches militaires sont accomplies par l’APG7 et l’APL8 à la campagne, le mouvement urbain s’acquitte aussi de tâches complémentaires à celles de la lutte armée rurale. Cela implique l’envoi de cadres à la campagne, l’infiltration dans les rangs ennemis, l’organisation des industries-clés, les actions de sabotage en coordination avec la lutte armée rurale, le soutien logistique, etc.
Des trois tâches mentionnées ci-dessus, celle d’organiser les masses de base est fondamentale et principale. Sans mobiliser largement les masses, il n’est possible d’accomplir aucune des autres tâches telles que celle de construire le front uni et celle d’exécuter les tâches militaires.
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7Armée Populaire de Guerilla (People's Guerilla Army, PGA).
8Armée Populaire de Libération (People's Libération Army, PLA).
3.3. Mobilisation des masses et construction du Parti
Nous avons besoin de construire la base de masse la plus générale par la constitution de différentes sortes d’organisation de masse comme des organisations de masse révolutionnaires publiques, des organisations démocratiques légales, des organisations de masse clandestines, des organisations de couverture, etc. Selon la situation, l’une ou l’autre sorte d’organisation devient principale pour cette période. Mais en gardant à l’esprit l’approche à long terme, nous avons besoin de construire plusieurs sortes d’organisations de masse simultanément.
Par conséquent, le principe général quant aux formes urbaines d’organisation est que les organisations de masse doivent être aussi larges que possible. Etant donné que la situation politique indienne est inégale, nous avons besoin d’étudier la meilleure combinaison de différentes sortes d’organisations de masse. Alors qu’il n’est pas possible de constituer des organisations de masse révolutionnaires publiques dans l’Andhra Pradesh, il y a plusieurs états dans lesquels une telle possibilité existe tout de même.
Ainsi, nous pouvons organiser la population sous plusieurs formes, selon la situation. Mais construire le Parti doit toujours se faire dans le plus grand secret. Comme le montre l’expérience du travail à Shanghai, où la terreur blanche était extrême durant la Révolution chinoise, ‘l’organisation du parti doit être tenue secrète, au plus elle est secrète, au mieux c’est. Alors qu’une organisation de masse doit être publique, au plus large elle est, au mieux c’est.’ Ce principe pourrait être mis en pratique dans nos conditions.
Les organisations, qui propagent ouvertement la politique du Parti, doivent en règle générale fonctionner clandestinement. Les organisations fonctionnant publiquement et légalement ne peuvent en règle générale pas s’identifier ouvertement avec le Parti et doivent travailler sous une certaine couverture avec un programme limité. En coordonnant avec justesse les structures illégales et légales, nous devons avoir une approche d’augmentation pas à pas des formes de lutte et de préparation des masses à se lever contre les forces de l’état.
3.3.1. Types d’organisation de masse
Notre POR (Political and Organisational Review) identifie trois sortes d’organisations de masse: 1) organisations de masse révolutionnaires clandestines, 2) organisations de masse révolutionnaires publiques et semi-publiques, et 3) organisations de masse légales publiques, qui ne sont pas directement reliées au Parti. Le travail urbain à l’intérieur de la troisième sorte d’organisation peut en plus être subdivisé en trois larges catégories: a) travail fractionnaire, b) organisations clandestines formées par le Parti, et c) organisations démocratiques légales.
3.3.1.1. Organisations de masse révolutionnaires clandestines
Ces organisations demeurent rigoureusement clandestines et propagent la ligne révolutionnaire du Parti parmi les masses, les soulevant pour la lutte armée. Elles prient ouvertement les masses à prendre part à la guerre populaire, propagent la tâche essentielle établie par le Parti à n’importe quel moment donné, organisent clandestinement les masses dans les luttes et servent directement de base pour le recrutement pour le Parti et la guerre populaire. Ces organisations de masse sont construites clandestinement et dirigent une propagande clandestine.
Elles sont formées autour d’un programme révolutionnaire nettement défini et explicite. Par conséquent, les critères minimums pour l’adhésion sont l’acceptation des buts de la révolution et l’empressement à travailler clandestinement.
Dans notre Parti, de telles organisations n’ont pas été constituées dans le cadre d’un plan. Elles sont apparues dans et autour des zones de lutte quand les organisations de masse révolutionnaires publiques ont été obligées de passer à la clandestinité en raison de la lourde répression. Plus tard, elles ont été mises en place consciemment, même dans les zones où il y avait relativement moins de répression. Aujourd’hui, avec la mise en place de l’interdiction dans toute l’Inde en vertu du POTA9 , les organisations de masse seront fondées clandestinement dans beaucoup plus de zones. Un grand nombre de ces organisations fonctionnent principalement dans les zones urbaines. Bien que de telles organisations clandestines puissent être constituées dans n’importe quelle partie des masse, nous les avons jusqu’à présent surtout créées, dans les zones urbaines, parmi les jeunes, les étudiants et les ouvriers.
Dans les zones urbaines, ces organisations clandestines accomplissent la tâche importante de la propagation de la ligne du Parti parmi différentes parties des masses. Elles sont les véhicules principaux de la propagande révolutionnaire. En raison de la position dominante de l’ennemi dans les villes, la tâche importante de soulever les masses grâce à la propagande révolutionnaire doit être accomplie par l’entremise d’une structure clandestine. La structure clandestine du Parti ne peut cependant pas être le seul moyen d’expression pour propager la politique révolutionnaire.
Cela limiterait l’ampleur et l’intensité de l’impact de notre propagande. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de développer des structures organisationnelles clandestines distinctes parmi différentes parties de la population, qui porteront le message des appels du Parti à ces parties en particulier, et aussi aux autres parties des larges masses. Ceci est donc la tâche principale des organisations de masse révolutionnaires clandestines dans les zones urbaines.
La tâche des unités et des comités clandestins est de préparer les formes et les méthodes de propagation de la ligne du Parti, de propager la propagande du Parti, et d’élaborer et de propager le point de vue révolutionnaire sur les divers problèmes du jour - particulièrement les problèmes touchant la section qu’ils organisent. Tout cela peut se faire grâce à des affiches clandestines, des porte-paroles, des pamphlets, des cassettes, des brochures, et d’autres formes de propagande; cela peut se faire par un contact personnel des membres de l’organisation; cela peut se faire grâce à des actions spectaculaires planifiées telles que les attaques contre un impérialiste, un compradore, et d’autres cibles de la classe dirigeante, etc. Par l’intermédiaire d’une propagande soutenue et efficace et d’actions planifiées, l’organisation de masse révolutionnaire clandestine doit viser à atteindre une position depuis laquelle elle influence, conduit et même, fixe les actions et les décisions des organisations indépendantes et des masses dans son domaine d’intervention.
Il pourrait y avoir certaines restrictions pour les organisations de masse clandestines dans l’organisation et la mobilisation des masses de façon considérable dans la lutte. Mais il y a des occasions dans lesquelles les organisations de masse clandestines - bien que leur organisation réelle soit limitée, leur influence est significative - pourraient mener des luttes importantes dans lesquelles des centaines de milliers d’ouvriers peuvent et doivent être utilisés dans des formes de lutte clandestines. Si Ka Sa en est un exemple. Les organisations de masse révolutionnaires secrètes peuvent ne pas rassembler les masses de manière considérable et large comme les organisations de masse révolutionnaires publiques.
Quand une organisation de masse révolutionnaire publique est obligée de passer à la clandestinité, en changeant les méthodes de travail de méthodes en publiques en méthodes clandestines, en envoyant les cadres démasqués dans la clandestinité, etc, partout où c’est possible, la partie non exposée des forces de l’organisation doit être déplacée de façon à travailler dans d’autres sortes d’organisations telles que les organisations clandestines, le travail fractionnaire, les organisations démocratiques légales, et ainsi de suite.
Les organisations clandestines ne sont pas les organes destinés à conduire et à gérer les organisations légales, qui ne sont pas directement reliées au Parti. Cela créera une forme inutile de couche de semi-parti entre le Parti et de telles organisations. Ainsi, en règle générale, nous devons aussi éviter de constituer des unités de l’organisation clandestine pour mener les organes publics dans l’organisation publique. Ce leadership doit être géré par les fractions et les cellules du Parti fonctionnant dans la zone. L’organisation clandestine accompli son rôle révolutionnaire en donnant des appels et en dirigeant la propagande pour guider et pousser les organisations publiques dans la bonne direction. Cependant, cela aussi, cela doit être évité dans les zones où le champ de travail fractionnaire ou clandestin est trop petit ou dans lesquelles la propagande révolutionnaire publique peut causer la dénonciation du fait que nous faisons un tel travail dans cette zone.
S’il est nécessaire que des membres de l’organisation clandestine travaillent activement au sein de l’organisation publique, ils travailleront comme des membres publics normaux de l’organisation, en portant une attention particulière pour protéger leur identité politique. Il vaut mieux éviter de combiner les tâches de militant de l’organisation clandestine et de dirigeant de l’organisation publique; partout où c’est possible, des camarades différentes doivent être affectés à des tâches distinctes.
Par conséquent, l’organisation de masse clandestine doit servir de véhicule pour la propagande révolutionnaire du Parti dans les zones urbaines. C’est la forme d’organisation qui convient à la mise en place de cette importante tâche.

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9Loi sur la prévention des activitées terroristes (Prevention of Terrorist Activities Act) .
3.3.1.2. Organisations de masse révolutionnaires publiques
Celles-ci sont les organisations de masse publiques et semi-publiques, qui propagent ouvertement la politique de la Révolution de Nouvelle Démocratie et qui préparent la population pour la lutte armée. Ces organisations utilisent les opportunités légales disponibles pour diriger ouvertement la propagande révolutionnaire et la campagne et pour essayer de mobiliser les forces anti-impérialistes et anti féodales aussi largement que possible.
Notre Parti a mis sur pied et fait fonctionné de telles organisations de masse révolutionnaires publiques depuis les années 70, particulièrement dans la période ayant suivi la suppression de l’état d’Urgence en 1977. Ces organisations publiques étaient alors les organes principaux de la mobilisation de masse, tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Elles étaient les bannières sous lesquelles des milliers et des centaines de milliers de personnes étaient mobilisées, particulièrement dans les zones de lutte dans l’Andhra Pradesh et le Bihar.
Ces mobilisations ont atteint leur apogée dans les périodes ‘ouvertes’ jusqu’en 1986 et en 1991 dans l’Andhra Pradesh. Le rôle qu’elles ont joué est celui d’attirer les larges masses vers la révolution. Cependant, avec le début de la répression, la plupart de ces organisations ont été privées de toute opportunité légale et ont été obligées d’entrer dans la clandestinité. Des interdits absolus ont été imposés dans l’Andhra Pradesh et le Bihar, tandis que des restrictions et une surveillance considérable ont été placées sur les organisations dans les autres états. Par conséquent, l’envergure de ces organisations a considérablement diminué avec l’augmentation de la répression vis à vis de notre Parti partout dans le pays. Aujourd’hui, il n’existe que de très petits organes publics dans certaines villes.
Ce qui ressort clairement de l’expérience, c’est que cette forme d’organisation ne peut être utilisée que quand les classes dirigeantes, pour de diverses raisons, ne peuvent pas provoquer ou ne provoque pas de répression. Vu que c’est le cas, cela ne laisse qu’une place limitée pour ce genre d’organisation dans les zones urbaines. Puisque l’ennemi a généralement une influence fortement supérieure dans les zones urbaines, il y a peu de situations dans lesquelles la répression ne peut pas être provoquée. Par conséquent, alors que la guerre populaire s’avive, la possibilité d’opportunités légales existe soit en raison de la faiblesse des classes dirigeantes due à des contradictions internes, soit en raison d’un plan de l’état pour surveiller nos forces, ou en raison d’autres motifs temporaires.
Quelle que soit la raison, nous devons malgré tout évaluer la situation et essayer de faire le meilleur usage des opportunités légales disponibles, en n’oubliant pas la perspective à long terme. Cela veut dire que si nous obtenons la possibilité de mobiliser les masses en grand nombre directement sous notre bannière, nous devons mettre cette chance à profit. En même temps, nous ne devons dévoiler qu’une petite partie de nos forces et nous assurer que la majorité de nos cadres restent cachés de la surveillance de l’ennemi. En aucun cas, nous ne devons nous adonner à de petites manifestations dans lesquelles tous nos militants sont facilement identifiés et même filmés pour être facilement pris pour cible plus tard. Nous devons comprendre qu’en général, la période d’opportunités légales pour les organisations révolutionnaires publiques sera courte et nous devons nous servir au mieux de cette période pour en tirer des bénéfices à long terme. En essayant de mobiliser le plus grand nombre des masses dans la lutte sur base de la plateforme ouvertement révolutionnaire de l’organisation de masse publique, le Parti doit s’appliquer à renforcer et à consolider les éléments issus de ces luttes qui serviront les intérêts à long terme de la guerre populaire prolongée.
Par conséquent, nous devons être lucides quant au fait que l’organisation de masse révolutionnaire publique ne peut pas être une forme permanente d’organisation de masse dans les zones urbaines. Elle peut et doit être utilisée durant les périodes et les situations d’opportunités légales et nous devons sans cesse être attentifs pour tirer parti de telles opportunités à chaque fois qu’elles surviennent. Cependant, en faisant cela, nous devons toujours avoir conscience des intérêts à long terme du Parti et de la lutte de classe, et nous assurer qu’ils ne souffrent pas de l’obtention de certains bénéfices à court terme.
3.3.1.3. Travail fractionnaire
Ici, le Parti travaille par l’intermédiaire des nombreuses organisations de masse traditionnelles qui opèrent dans les zones urbaines. Ces organisations de masse traditionnelles sont les organisations généralement constituées par les masses pour se battre pour leurs intérêts particuliers ou bien pour répondre à leurs besoins. Le Parti, grâce à ces membres et d’autres militants, entre dans ces organisations sans éventer aucun rapport avec le Parti. Par l’entremise des activités de l’organisation, on tente d’attirer les masses, qui sont mobilisées pour leurs intérêts particuliers, vers la révolution. Cette modalité d’organisation, si elle est convenablement menée, présente la meilleure opportunité de travail clandestin pour une longue période. Elle est donc indispensable dans les zones où la répression est intense. Cependant, elle peut et elle doit être utilisée dans toutes les zones urbaines parce qu’elle fourni aussi d’excellentes tribunes de masse pour aborder d’importantes parties de la population; et si nous ne dévoilons pas les rapports avec le Parti, nous pouvons fonctionner pendant de longues périodes sans subir la répression ennemie.
Un travail de ce genre peut être mis en œuvre dans différents types d’organisations. Les meilleures organisations sont celles qui sont davantage axées sur la lutte, telles que les syndicats, les organisations des bidonvilles ou d’autres, axées sur une localité, les organisations de jeunes, les organisations de chômeurs, les associations et les syndicats d’étudiants, les organisations de femmes, les organisations de banlieusards, etc. En plus, il y a d’autres organisations axées sur le bien-être, ou sur la communauté, ou des organisations d’auto-assistance - telles que les coopératives d’ouvriers, les organisations culturelles, les clubs de sports et les gymnases, les bibliothèques, les ‘bhajan mandals’10 , les organisations d’assistance non gouvernementales, les organisations pour le bien-être des femmes, les organisations d’assistance basée sur les castes et la nationalité, les organes des groupes minoritaires, etc. Il y a également beaucoup d’organisations qui émergent pour un problème particulier, pour une période précise, ou pour un festival précis, etc.
La majeure partie de ces organisations apparaissent naturellement en raison des besoins des masses. Cependant, un grand nombre d’entre elles auront ou des attaches tangibles, ou des rapports indirects avec les partis et les organisations de la classe dirigeante. Cela ne doit toutefois pas avoir de conséquence sur notre projet de travail parmi elles aux niveaux inférieurs. En décidant de travailler dans une organisation particulière, nos préoccupations principales sont, premièrement, de savoir si les masses sont ou peuvent être mobilisées grâce à cette organisation, et deuxièmement, si la situation de l’organisation est telle que la possibilité d’influencer politiquement les masses et d’attirer certains éléments vers le Parti existe.
Parfois, il y a diverses organisations de masse ayant différentes attaches qui fonctionnent dans la même zone - par exemple, plusieurs syndicats au sein d’une seule usine.
A ce moment-là, il se peut que nous que nous devions choisir dans quelle organisation travailler. Une fois encore, cette décision doit se prendre conformément aux conditions données ci-dessus. Nous pouvons même décider de travailler dans plus d’une organisation si cela convient à notre plan pour cette zone. Cependant, notre approche générale serait de nous opposer à la division de l’unité des masses et d’être pour l’unité de toutes les organisations de masse représentatives travaillant dans une zone particulière.
Une fois que nous avons décidé de faire un travail fractionnaire à l’intérieur d’une organisation, nous devons nous efforcer d’y atteindre une position de premier plan. Cela veut dire que nous devons être en position d’influencer et de guider les décisions de l’organisation. S’il est nécessaire de prendre le contrôle des postes de membres du bureau pour obtenir cette influence, alors, nous devons essayer de le faire. Cela ne veut toutefois pas dire que nous devons toujours faire pression pour que les membres du Parti occupent les postes de membres du bureau.
Si nos plans peuvent être accomplis grâce à des non-membres du Parti ou même grâce à des dirigeants appartenant à d’autres organisations, c’est le mieux. Cela ne maintiendra pas uniquement mieux notre couverture, mais cela libèrera nos membres du Parti pour qu’ils s’acquittent d’autres tâches. Cependant, s’il n’y a pas d’autre alternative, et que c’est la volonté de la majorité, nous ne devons mettre aucune interdiction à ce que même des membres du Parti occupent de tels postes.
Que nous occupions les postes de membres du bureau ou non, l’objectif important du travail fractionnaire est la dénonciation habile des réactionnaires et des réformistes qui dirigent ou participent à l’intérieur de ces organisations. Cette dénonciation est indispensable pour éloigner les masses de leur influence. Cela doit cependant être fait sans nous dévoiler à l’ennemi. Les formes de dénonciation diffèreront ainsi selon la situation concrète. Dans les zones vastes où le risque de dénonciation directe de nos militants de travail fractionnaire est faible, nous pouvons nous servir de la propagande de l’organisation de masse révolutionnaire clandestine ou même des appels directs du Parti.
Dans des zones plus petites, comme une seule usine ou un seul bidonville, il se peut que nous devions principalement ou uniquement utiliser la propagande orale. Parfois, pour faire notre propagande, nous pouvons créer des bannières artificielles telles que ‘les ouvriers fâchés’, ‘les habitants inquiets des bidonvilles’, etc. Très souvent, il se peut que nous devions utiliser une combinaison de différentes méthodes. Quelle que soit la méthode, elle doit être appliquée soigneusement, intelligemment et avec logique. Elle doit assurer l’éloignement des masses de l’influence des réactionnaires et des réformistes; en même temps, elle doit aussi assurer que nous ne soyons pas dévoilé prématurément et que nous ne faisions face à des pertes.
Il y a deux genres de manquements dans le travail fractionnaire. L’un est de tomber au niveau des réactionnaires et des réformistes qui dirigent l’organisation et de refuser de faire le moindre travail politique au nom d’une approche à long terme et d’éviter la dénonciation. L’autre est d’être démasqué rapidement en raison de notre désir d’obtenir des ‘résultats rapides’. Les deux manquements doivent être évités. Le problème principal dans notre travail fractionnaire jusqu’ici a toutefois été notre manque d’approche à long terme. Nos erreurs s’étendent de la rhétorique révolutionnaire démesurée aux simples erreurs telles que de chanter des chants du Parti ou de distribuer la littérature du Parti sans vérifier la fiabilité de ceux à qui nous donnons cette littérature. Bien qu’il existe une grande expérience dans le mouvement communiste international et que nous ayons acquis un grand nombre de leçons dans la pratique, nous n’avons pas encore été capables d’intégrer et de mettre en œuvre ces leçons avec succès dans notre activité quotidienne. Bien que nous ayons reconnu cette erreur dans nos documents, nous devons encore former tous les niveaux pour mettre cela en pratique concrètement. La participation en profondeur du leadership est nécessaire pour cela.
L’objectif capital est de parvenir au bon équilibre pour faire l’usage le plus complet des opportunités légales sans franchir les limites fixées par les coutumes sociales, les habitudes, les formes de luttes existantes, etc. Notre discours et nos actions doivent être adaptés au fonctionnement habituel des militants et des masses dans la zone particulière. Cela variera, bien sûr, de situation en situation. Alors qu’il peut ne pas être anormal de recourir au ‘gherao’11 parmi de nombreuses sections d’ouvriers industriels, il se peut que nous devions nous limiter aux badges noirs et aux ‘dharnas’12 pour les employés de banque; tandis que les luttes militantes anti-dot et anti-castes peuvent être normales dans certaines zones et dans certains états, les normes sociales dans d’autres états ou zones peuvent être telles que cela attirerait immédiatement les soupçons si nous tentions de nous engager dans des luttes pareilles par l’intermédiaire d’organisations clandestines. Dans de telles situations, nous devrions probablement nous limiter à la propagande. Par conséquent, nous devons planifier nos activités, nos questions et nos formes de lutte selon la situation concrète de la lutte de classe, afin que notre identité de Parti ne soit pas rapidement soupçonnée et démasquée. Nous ne devons bien sûr pas nous réduire à être de simples queues des masses. Nous devons être assez intelligents pour rester un pas devant les masses, sans être à découvert.
Nous devons utiliser les opportunités pour pousser la lutte au maximum des limites socialement acceptables, en élevant la conscience politique des masses au-dessus de son niveau antérieur. Par conséquent, nous devons sans arrêt faire progresser le mouvement grâce à une approche à long terme.
Une fois que nous avons mis en œuvre l’approche et les méthodes correctes dans notre travail fractionnaire, il peut devenir un outil puissant dans notre travail urbain. Il a constitué une forme d’organisation dans le travail urbain largement utilisée dans la Révolution chinoise.
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10Centre d'études artistiques.
11Forme de protestation typique du sud de l'Asie dans laquelle un groupe de personnes encercle le bâtiment gouvernemental ou autre jusqu'à ce que leurs exigences soient satisfaites ou qu'ils aient obtenus des réponses.
12Manifestation avec occupation de locaux.
3.3.1.4. Organisations de masse clandestines formées par le Parti
Il devient parfois nécessaire pour nous de mettre directement sur pied des organisations de masse clandestines sans dévoiler leur rapport avec le Parti. Un tel besoin survient principalement en raison de l’absence de toute autre organisation de masse appropriée au sein de laquelle nous pouvons faire un travail fractionnaire. Le cas des ouvriers non-syndiqués, où les syndicats réguliers ont une présence limitée et où nous n’avons souvent d’autre choix que de créer notre propre organisation syndicale pour prendre en main les exigences des ouvriers non-syndiqués en est un exemple. Ce n’est cependant pas la seule zone dans laquelle nous pouvons constituer des organisations clandestines. En fait, les organisations clandestines peuvent être de genres aussi variés que les celles pour le travail fractionnaire que nous avons mentionnées dans la section précédente. Elles peuvent aller des organisations de lutte syndicale aux organisations d’assistance, aux organisations axées sur un problème, etc. Les méthodes de travail sur les masses ne sont pas non plus très différentes de celles des zones de travail fractionnaire. La différence principale est bien sûr que nous n’avons pas la tâche de dénonciation, comme quand nous travaillons à l’intérieur des organisations réactionnaires et réformistes.
Où que nous formions de telles organisations clandestines, notre programme sera de nature limitée, similaire à celui d’autres organisations pareilles travaillant dans la zone. En utilisant ces organisations clandestines pour mobiliser les masses sur leurs exigences spécifiques, nous essayerons d’attirer les meilleurs éléments dans le Parti.
Nous devons faire attention (surtout dans les zones de répression) de ne pas attirer l’attention de l’état en outrepassant de loin les limites socialement acceptables du militantisme pour cette zone. Par exemple, si les armes habituelles utilisées dans la zone sont les couteaux et les épées, nous ne devons pas recourir aux armes à feu, ou nous ne devons normalement pas avoir recours aux anéantissements dans une nouvelle zone dans laquelle il n’y a aucun antécédent de telles actions. Depuis ces quelques dernières années, nous avons acquis une certaine expérience dans la construction d’organisations clandestines. Nous avons commis différentes erreurs (mentionnées dans notre POR) conduisant à la révélation rapide de nos forces dans de nombreuses zones. En tirant les leçons de ces erreurs, nous devons inculquer la bonne approche à long terme pour protéger ces organisations durant une longue période, en faisant d’elles de solides bastions de la lutte de masse.
3.3.1.5. Organisations démocratiques légales
Celles-ci sont les organisations constituées sur une base politique explicite ayant certains ou tous les aspects d’un programme anti-impérialiste, anti-féodal et un programme d’action et des formes de lutte qui, dans les grandes lignes, rentrent dans le cadre juridique. Certaines organisations pareilles peuvent être celles s’adressant à une section particulière telle que les syndicats, les associations étudiantes, les fronts de femmes, les organisations pour l’abolition des castes, les organisations de nationalité, les associations d’écrivains, les organisations d’avocats, les associations de professeurs, les organes culturels, etc. D’autres peuvent être mises sur pied avec des programmes axés sur un point, se concentrant sur des questions essentielles précises comme le système de sous-traitance, le chômage et les pertes d’emploi, les atrocités des castes, le communautarisme, la culture impérialiste, la violence envers les femmes, la safranisation de l’éducation13 , la corruption, le retard et l’indépendance régionale. La portée de l’organisation démocratique légale est très vaste, s’étendant des larges coalitions et alliances formées contre la répression, la mondialisation, l’Hindutva, jusqu’aux organes globaux formés avec les bannières de l’anticapitalisme ou des luttes populaires. De telles organisations peuvent être mises sur pied à différents niveaux - au niveau de la ville, du district, de l’état, de la région, de toute l’Inde, et même au niveau international.
Notre Parti n’a lancé ou participé à la création de telles organisations que depuis ces quelques dernières années. Par conséquent, notre expérience a été limitée.
Mais plutôt que l’expérience, le problème a plus été le manque d’une compréhension claire quant à la notion, au rôle et à l’importance de l’organisation démocratique légale. Cela a abouti à la spontanéité, à une démarche par tâtonnements et à des erreurs dans la pratique. Cela s’est soldé par le fait que nos organisations sont restées à l’intérieur d’une base de soutien étroite. Cela nous a empêché de vraiment mettre en œuvre, dans la pratique, la portée complète des organisations démocratiques légales. Cela nous a empêché de faire le meilleur usage des opportunités légales pour la mobilisation plus large des masses.
En fait, les organisations démocratiques légales servent de ressources importantes pour les tentatives de mobilisation politique des masses urbaines du Parti. Cela est dû au fait que généralement, la répression empêche les organisations de masse révolutionnaires publiques de fonctionner. Par conséquent, le mouvement démocratique légal est l’arène où les masses peuvent participer par milliers et centaines de milliers et obtenir une expérience politique. Il a ainsi un rôle très important dans la révolution, complémentaire à celui de la lutte armée dans la campagne.
Les révolutionnaires dans d’autres pays, particulièrement aux Philippines, ont participé au mouvement démocratique légal et l’ont utilisé très efficacement. En Inde aussi, il y a d’excellentes possibilités pour participer dans les organisations et au mouvement démocratique légal et pour les former, les encourager et les développer afin de faire progresser les intérêts de la révolution. Les masses souffrant sous le joug de l’impérialisme et de féodalisme, prennent régulièrement part aux innombrables luttes militantes quotidiennes, petites ou grandes. Elles sont menées par les innombrables organisations de base et les dirigeants qui ont un point de vue limité et qui fonctionnent à l’intérieur d’un cadre légal. Ce sont ces luttes et ces organisations qui fournissent la base matérielle concrète pour la création de larges organisations démocratiques. Et c’est par l’entremise du mouvement démocratique légal que ces luttes sortent de leurs étroites limites, sont unifiées et acquièrent une direction politique.
Par conséquent, dans les zones urbaines, il est nécessaire que notre Parti accorde une importance considérable à la construction et à la participation dans un mouvement démocratique légal solide et diversifié. Nous devons rejoindre, former ou participer à la mise en place d’organisations démocratiques légales de différentes sortes - particulière, axée sur un problème ou réunissant des tendances très variées; selon la nécessité et la faisabilité, cela peut être à n’importe quel niveau, allant du niveau de la ville au niveau de toute l’Inde et international. En prenant cette tâche en main, et en lui attribuant des forces, nous devons toutefois nous méfier de la tendance à accorder unilatéralement trop d’importance aux mobilisations de masse et aux luttes considérables aux dépens des tâches centrales de consolidation et de construction du Parti. Le mouvement démocratique légal lui-même peut aussi se renforcer et ne reste dans la bonne trajectoire politique que si nous nous concentrons suffisamment et simultanément sur le développement du noyau clandestin du Parti en son sein.
Ainsi, en donnant l’importance qu’il mérite au mouvement légal, nous devons faire attention à conserver le bon équilibre dialectique entre les besoins et l’importance à la fois du travail légal et illégal, et de l’organisation publique et clandestine.
Entretenir des rapports entre le public et le clandestin signifie également une adhésion absolue aux précautions techniques. Cela veut dire protéger le leadership du Parti de la dénonciation et du danger, ainsi que protéger le leadership légal de se faire démasquer comme appartenant à notre Parti. Les rencontres entre le leadership public et clandestin doivent dans la mesure du possible être évitées, et la guidance doit généralement se faire par communication écrite et d’autres moyens, en protégeant le rapport avec le Parti. Quand une réunion doit avoir lieu, une attention appropriée doit être prise pour que les camarades légaux n’y soient pas autorisés. De la même façon, des erreurs telles que la rencontre de personnalités publiques devant des escouades entières, dévoilant ainsi directement leurs rapports, doivent être évitées.
En règle générale, nous devons éviter de dévoiler notre influence de Parti à l’intérieur d’une organisation particulière, aussi bien que l’identité des membres du Parti et d’autres camarades proches de nous. Cependant, au moment où ses activités augmentent et s’intensifient, nous ne pouvons pas empêcher l’ennemi de devenir méfiant, de déclencher une surveillance et de s’adonner au harcèlement. Cependant, cela ne signifie pas qu’il sera capable de déclencher facilement une répression généralisée et de provoquer une interdiction. Aussi longtemps que l’organisation obéi aux principes de fonctionnement démocratique légal, et aussi longtemps qu’elle a une base de soutien assez large, il sera difficile pour l’état de la fermer définitivement.
Toutefois, le point central essentiel de ceci est la grandeur de l’organisation. Si nous créons une organisation étroite qui se limite uniquement à nos forces de Parti, nous ne pouvons pas espérer qu’elle se maintienne longtemps même si nous prenons toutes les précautions techniques pour dissimuler notre identité. D’autre part, si de larges parties des masses sont rassemblées et si un large éventail de forces indépendantes sont unies, l’ennemi ne sera pas dans une position de facilité pour réprimer au maximum. Même s’il déclenche des attaques, il risque l’éventualité de protestations et d’un soutien encore plus grand.
Cependant, afin d’atteindre une vaste unité, il est nécessaire que nous ayons une telle approche quel que soit l’effort démocratique légal auquel nous prenons part. Nous devons élargir nos efforts bien au-delà du camp révolutionnaire et entreprendre notre implication et notre union avec un large éventail de forces de lutte sur différents fronts. La base de nos efforts d’unification doit être un minimum de compréhension politique pour chaque organisation.
Notre condition fondamentale doit être une adhésion sincère à un programme politique minimum. En fait, nous devons viser ces organisations et ces personnes qui sont engagés dans la lutte avec sérieux et tenter de les impliquer dans tout effort de large unité. Si nous avons une telle approche et que nous sommes capables d’y affecter les forces appropriées, il est certain que nous pourrons bientôt remporter beaucoup de succès. C’est grâce à des efforts pareils que nous pourrons voir le mouvement démocratique légal apparaître comme une force urbaine puissante, complétant la lutte armée rurale et favorisant la progression de la révolution partout dans le pays.
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13Le safran est la couleur de lhindouisme.

3.3.2. Organisation sur le lieu de résidence
Bien que l’organisation sur le lieu de travail soit l’organisation principale des ouvriers, nous devons aussi faire attention à organiser les ouvriers à l’intérieur des bidonvilles et dans les localités. Grâce à cela, nous pouvons nous mettre en contact avec de nouveaux ouvriers de diverses industries, nous pouvons attirer les familles des ouvriers dans le mouvement et nous pouvons organiser le semi-prolétariat et d’autres parties de citadins pauvres vivant dans les bidonvilles et les localités pauvres.
Dans les bidonvilles et les autres localités pauvres, il existe déjà de nombreuses organisations traditionnelles. Vivant constamment dans des conditions précaires, les citadins pauvres se rassemblent naturellement pour s’entraider et s’unir dans des organisations pour lutter pour leurs droits, pour obtenir de meilleures conditions de vie, pour résoudre les problèmes entre eux et pour mieux organiser leurs activités sociales et culturelles. Les sortes les plus fréquentes d’organisations traditionnelles sont les organisations d’habitants de bidonvilles, les comités ‘basti’14 ou de chawl15 , les mahila mandals16 , les clubs de jeunes, les clubs de sport, les organes culturels, les comités de différents festivals tels que le festival Ganesh, le Durga Puja, l’Ambedkar Jayanti, etc.
Il y a également quelques organisations propres à certaines régions, villes et zones. Puisque les organisations pareilles offrent la meilleure couverture, nous devons tâcher de faire le meilleur usage de ces organisations traditionnelles et travailler principalement depuis l’intérieur de celles-ci. Même s’il y a besoin de constituer de nouvelles organisations légales, nous devons normalement leur donner les formes existant déjà parmi les masses.
Les questions de la lutte sont une caractéristique courante du travail dans les localités, particulièrement du travail dans les bidonvilles. Le combat pour les équipements élémentaires comme l’eau, l’électricité, les toilettes et les égouts, contre la corruption et l’exploitation des propriétaires de magasin de rationnement, contre les falsificateurs et les profiteurs, contre les marchands de sommeil, les gangs de goondas17 et d’autres lumpen et contre les démolition, sont quelques-unes des questions fréquentes. Nous devons organiser les luttes sur ces questions par l’intermédiaire des comités locaux et des organisations d’habitants de bidonvilles. Etant donné que les femmes et les jeunes sans emploi jouent le premier rôle dans la majeure partie de ces luttes, les mahila mandals et les clubs de jeunes doivent aussi être impliqués et les luttes peuvent même être menées sous leurs bannières.
En plus des questions de lutte et des organisations précitées, nous devons aussi prêter attention aux besoins sociaux et culturels des masses. Nous devons nous servir des organes culturels pour encourager la lutte démocratique. Nous pouvons également mettre en place la création de bibliothèques et de salles de lecture qui peuvent fournir une éducation progressiste. Nous devons aussi faire attention à résoudre les contradictions parmi la population. Les formes traditionnelles telles que les panchayats18 doivent être transformés et débarrassés des pratiques féodales et exploiteuses.
Nous devons toujours propager et instruire contre les activités de fascistes hindous. Dans les zones sujettes aux tensions communautaires, nous devons constituer des comités pour la paix et des équipes d’autodéfense publiques permanents pour toute la communauté. Des dispositions appropriées semblables peuvent être adoptées dans des zones de tensions basées sur la caste ou la nationalité. L’autodéfense doit aussi être organisée contre les goondas et les lumpens. Si de telles équipes sont bien organisées, elles peuvent même jouer un rôle en étant à la tête de la résistance de masse au moment de la démolition.
Un problème propre au travail dans les bidonvilles est le problème des ONG financées par les capitalistes. Elles existent aujourd’hui dans presque tous les bidonvilles des grandes villes du pays. Nous devons éduquer les masses des bidonvilles, et particulièrement les militants à propos du rôle sinistre d’organisations pareilles et des agences qui les financent. Nous devons surtout les dénoncer quand elles se mettent en travers du chemin des luttes populaires.
Cependant, si de telles organisations se présentent pour les luttes, nous pouvons avoir avec elles une unité axée sur ce point. Dans les situations de répression, nous pouvons également travailler en leur sein.
Nous pouvons et devons organiser la propagande politique par l’intermédiaire des organisations de masse traditionnelles, mais elle sera de nature limitée. Pour un niveau supérieur de propagande et de mobilisation, nous devons utiliser les bannières de l’organisation démocratique légale ou nous pouvons même affilier certaines des organisations traditionnelles à ces organisations démocratiques légales. Ainsi, les problèmes des bidonvilles peuvent être élargis et reliés au combat plus général contre la mondialisation et l’impérialisme.
Cependant, pour la propagande sur les positions franches du Parti, nous devons utiliser les organisations clandestines comme l’organisation révolutionnaire clandestine des ouvriers et l’organisation révolutionnaire clandestine des jeunes. Elles ne doivent toutefois être utilisées qu’en gardant à l’esprit les précautions pour éviter la dénonciation de notre travail dans la localité. Par conséquent, si le travail dans les bidonvilles et la localité est très léger et étroit, nous devons éviter la propagande des organisations clandestines dans une zone pareille.
Nous devons d’abord réunir les militants se dégageant de la lutte dans les groupes militants ‘basti’ et puis dans les cellules candidates et les cellules intégrales du Parti. Les groupes militants ‘basti’, les cellules du Parti et les comités de Parti ‘basti’ sont les noyaux pour la planification et la conduite de toutes les activités et de toutes les luttes dans les ‘bastis’, pour la propagande et l’éducation politique, et pour le recrutement des nouveaux membres dans le Parti.
La situation des citadins pauvres dans les bidonvilles et les localités pauvres se détériore sans arrêt. Aujourd’hui en Inde, la population des bidonvilles s’élève à 41 millions de personnes, répandue dans 607 villes.
49% de la population de la plus grande mégapole, Mumbai, se trouve dans les bidonvilles. Jusqu’à présent, notre Parti a prêté une attention limitée à l’organisation de cette section. D’autres partis révolutionnaires, particulièrement le Parti Communiste du Pérou (PCP), ont particulièrement brillé à cet égard. En fait, les bidonvilles de Lima ont été les bastions des révolutionnaires durant une longue période. Nous devons aussi travailler à la création de tels bastions dans les villes majeures en Inde.
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14Quartiers urbanisés similaire à un bidonville (constructions illégales etc.).
15Unité résidentielle quiloge les ouvriers industriels.
16Organisations destinées aux femmes.
17Voyous.
18Tribunaux populaires.
3.3.3. Construction du Parti
Les luttes de masse et les organisations de masse sont absolument nécessaires pour préparer les masses pour la révolution. Cependant, elles ne sont pas suffisantes en elles-mêmes sans la consolidation et le développement délibéré de l’avant-garde - le Parti.
Ainsi, les meilleurs éléments qui apparaissent durant les luttes doivent accomplir un processus de politisation dans la lutte, d’éducation politique et idéologique dans les groupes militants, les cercles d’étude et les écoles politiques, et de consolidation dans les cellules candidates et les cellules de Parti. Cette procédure est un processus relativement lent et minutieux comparé au facteur large et spontané du mouvement de masse.
La consolidation ne peut pas surgir toute seule spontanément sans un programme délibéré la concernant, une surveillance constante et une mise en œuvre à tous les niveaux. Dans les zones urbaines, la cellule de Parti est l’organisme capital pour la construction méthodique et sérieuse du Parti. Tous les organes supérieurs doivent cependant constamment faire le suivi et prêter attention à cette tâche.
Dans les zones urbaines, la concentration principale doit porter sur la consolidation des éléments d’avant-garde de la classe prolétaire industrielle. Cela est doublement important étant donné l’actuelle faible composition de la classe ouvrière dans notre Parti. Par conséquent, nous devons fixer notre attention sur les luttes et les organisations de la classe ouvrière, aussi bien sur le lieu de travail que dans les ‘bastis’, et avoir comme objectif d’attirer le plus grand nombre des meilleurs membres de la classe ouvrière dans le Parti. En plus de la classe ouvrière, nous devons attacher de l’importance à la consolidation du semi-prolétariat, des étudiants, des intellectuels et d’autres parties de la petite-bourgeoisie.
3.3.3.2. Groupes militants
Le groupe militant clandestin est une unité essentielle dans la construction du Parti et dans le processus de recrutement. C’est la forme organisationnelle initiale pour la consolidation des éléments les plus actifs et les plus sincères émergeant de la lutte de classe. C’est l’unité grâce à laquelle on donne une direction politique aux activités des membres, grâce à laquelle ils reçoivent une éducation idéologique et politique, grâce à laquelle leurs décisions vitales sont politisées et grâce à laquelle ils sont choisis pour devenir des membres du Parti.
Le groupe militant peut être constitué sur le lieu de travail - usine, mine, zone industrielle, équipe de travail, département, section, bureau, succursale, ou tout autre niveau qui soit une unité d’organisation; il peut être constitué sur le lieu de résidence - le bidonville, le chawl, la rue, la société, ou tout autre niveau qui soit une unité d’organisation; il peut être constitué dans les écoles, les universités ou d’autres institutions; et là où l’organisation est basée sur une section particulière, le groupe militant peut être constitué au niveau approprié pour cette section.
L’activité est la condition principale pour la sélection dans le groupe militant. Tous les membres du groupe militant doivent être assidus, ou prêts à être assidus, dans l’activité. D’autres critères sont la sympathie générale pour la politique révolutionnaire et la fermeté pour la cause et les intérêts de la section des masses qui est organisée.
Le groupe militant sera fondé à partir des éléments avancés des masses. Il doit être constitué aussitôt qu’un certain niveau d’activité est atteint. Selon la situation concrète, le groupe peut être composé de trois à sept membres. Généralement, au moins un membre du Parti compétent doit recevoir la responsabilité de mener un groupe militant particulier. Cela doit toutefois normalement se faire sans divulguer son identité de membre du Parti.
Les tâches et les responsabilités d’un groupe militant se distingueront concrètement selon le domaine de travail. Toutefois, pour toutes les organisations parmi les masses de base, ces responsabilités peuvent, dans les grandes lignes, être divisées en trois catégories. Premièrement, il y a la tâche de guider et de transformer les organisations des masses en des organes représentant réellement les intérêts des masses. Si aucune organisation de masse n’existe, il doit essayer de constituer de telles organisations. Deuxièmement, il faut donner au groupe la tâche de politiser les larges masses. Troisièmement, il doit organiser leur auto-défense.
Ces responsabilités doivent être examinées dans le groupe militant et réparties concrètement parmi les membres.
En dirigeant le groupe dans les responsabilités précitées, le membre du Parti responsable à la tâche de mener l’éducation politique et idéologique du groupe. Alors que des classes et une étude commune doivent être menées, une grande importance doit être donnée à d’autres méthodes plus flexibles telles que le débat informel, les films, la lecture individuelle, etc. Alors que le groupe se développe, là où c’est faisable, il doit y avoir une discussion collective sur les problèmes personnels et familiaux et cela doit être utilisé pour aider les membres à prendre des décisions politiques dans leur vie personnelle.
Par l’intermédiaire du processus mentionné ci-dessus, aucun, certains, ou même tous
les membres du groupe militant peuvent s’épanouir pour devenir candidat membre ou membre du Parti. Cela aboutira à la mise en place d’une cellule dans la même zone que celle où le groupe militant fonctionnait. Une fois qu’une telle cellule est créée, le groupe militant doit être dissout ou reconstitué sans révéler la formation de la cellule aux non-membres du Parti.
Autant que possible, un groupe militant et une cellule de Parti ne doivent pas exister simultanément en ayant une responsabilité parallèle pour la même unité au même niveau - par exemple, il ne doit pas y avoir un groupe militant et une cellule en même temps pour le même département à l’intérieur d’une usine, bien qu’il puisse y avoir simultanément une cellule pour l’ensemble de l’usine et un groupe militant pour le département.
Ainsi, le groupe militant est une forme d’organisation transitoire. Son but est de faciliter la consolidation des parties avancées des masses et de les intégrer dans l’avant-garde. S’il est dirigé de façon méthodique et planifiée, il peut jouer un rôle capital dans le processus de construction du Parti.
3.3.3.3. Education politique
Les militants et les cadres du travail urbain fonctionnent au sein de zones dominées par l’ennemi et sont, par conséquent, beaucoup plus confrontés aux tendances de la classe étrangère et à l’influence idéologique de la bourgeoisie. Etant généralement éloignés des zones de lutte armée, il y a une tendance à basculer vers les extrêmes, en s’écartant de notre ligne de base. Dans des situations où le mouvement urbain est faible, il y a une tendance à l’abattement et au manque de confiance envers la ligne révolutionnaire. Quand le mouvement urbain est en redressement, il y a la possibilité d’exagérer l’importance du travail urbain et de donner moins d’importance à la lutte armée rurale. Des déviances pareilles peuvent être évitées et corrigées grâce à une éducation politique et idéologique continue. Par conséquent, il y a toujours besoin d’une éducation continue et méthodique au Marxisme-Léninisme-Maoïsme et à la ligne de la guerre populaire prolongée. Cela est nécessaire non seulement pour faire progresser le mouvement mais aussi pour repousser l’influence dégénérative des réactionnaires.
En dépit de ce besoin, l’éducation politique dans le Parti urbain est un domaine très négligé. Le travail urbain est surtout dirigé par des organisateurs indépendants qui restent sans contact avec les comités supérieurs durant de longues périodes. En l’absence d’une planification et d’un suivi systématique, la tâche de l’éducation politique est ainsi laissée aux aptitudes et à l’initiative du niveau inférieur. Par conséquent, l’éventualité est également plus grande d’être pris dans les urgences du travail concret immédiat et de délaisser les exigences idéologiques à long terme.
Un autre problème est le problème technique de la gestion de classes et d’écoles dans la ville. Alors que les risques de l’état peuvent être réduits par de meilleures méthodes clandestines, il reste encore le problème de la conduite de nombreux petits groupes pour empêcher la dénonciation des camarades qui travaillent dans différents domaines. Ce problème de dénonciation peut parfois être réduit en mélangeant des camarades de villes lointaines et même de différents états, mais cela ne peut pas toujours être la solution.
Tout ceci laisse toutefois entendre que les tâches d’éducation politique dans la ville ne peuvent pas être exécutées sans l’intervention active des comités supérieurs. Les cours, les méthodes pour diriger les écoles et donner cours, les méthodes techniques, la formation des professeurs, les projets pour l’éducation à différents niveaux - tout cela exige l’attention personnelle des membres du comité supérieur.
Aux niveaux supérieurs de l’AC et au-delà, il serait nécessaire, pour le moment, de mettre systématiquement en œuvre les programmes et les cours déterminés par SCOPE. Cependant, à l’avenir, il sera nécessaire de développer des cours et une formation spéciaux pour satisfaire avec grand soin aux besoins du travail urbain. Un besoin incessant, particulier au travail urbain, serait celui de développer les nombreux professeurs pour donner cours à tous les petits groupes dont le travail urbain a besoin.
Alors qu’une éducation politique approfondie et continue aux niveaux supérieurs est la clé d’un leadership convenable du Parti, l’éducation politique à l’intérieur des organisations de masse et au niveau des cellules est nécessaire pour assurer une base solide. La tâche d’éducation politique à ces niveaux est d’autant plus importante dans les zones urbaines parce que le domaine d’activité habituel de ces camarades sont les organisations fractionnaires et les organisations de masse clandestines dans lesquelles ils ne peuvent pas dévoiler leur identité et où ils doivent continuellement fonctionner parmi des forces indépendantes et même des éléments de la classe dirigeante. L’éducation organisationnelle de masse doit utiliser les formes d’éducation de masse publiques pour tous les sujets autorisés, sans attirer l’attention de l’état.
Nous devons essayer d’adopter et d’adapter toutes les formes localement répandues qu’utilisent les classes dirigeantes et d’autres classes. Celles-ci peuvent être des bibliothèques, des postes de lecture au coin de la rue et d’autres moyens de ce genre qui peuvent être utilisés pour disséminer la littérature progressiste parmi d’autres livres généraux; des séries de conférences durant les festivals, des concours de débats, des concours de diction, etc. où nos camarades expriment des opinions progressistes; des cours d’art oratoire, des cours de développement de la personnalité, etc. dont les syllabus comprennent des sujets politiques; des camps d’entraînement de l’organisation de masse, et autres.
Le niveau d’éducation politique possible grâce à de telles méthodes sera bien sûr très faible, mais il est très essentiel qu’elle soit menée régulièrement pour entretenir une atmosphère politique même parmi les parties les plus arriérées à l’intérieur de l’organisation de masse. Pour les parties les plus avancées, nous devons bien sûr utiliser des tribunes et des méthodes différentes - par exemple le groupe militant.
L’éducation politique pour le groupe militant, les cellules candidates et les cellules de parti devra être planifiée au niveau des comités responsables. Bien que le matériel d’éducation fourni par SCOPE doit être le point de départ, les comités doivent également sélectionner du matériel, qui sera adapté aux conditions urbaines locales et aussi aux sections particulières qui sont instruites. En planifiant, il ne faut pas oublier que le système éducatif urbain a besoin d’être aussi décentralisé que possible. Cela signifie que les cours et le matériel doivent être tels qu’ils puissent être facilement mis en œuvre et utilisés par les organisateurs responsables et les membres du Parti qui s’acquitteront finalement de la tâche des professeurs. En cas de besoin, ils doivent bénéficier de l’attention et de l’aide pour leur permettre de mettre ce plan à exécution.
Un système éducatif politique décentralisé bien planifié, avec suffisamment de professeurs et un suivi régulier de la part du comité est par conséquent ce dont chaque zone urbaine a besoin.
3.3.4. Structure du Parti
La question de la structure du Parti dans les zones urbaines présente des problèmes assez différents de ceux des zones rurales où notre Parti est basé. Ils touchent aux problème de la construction et de la gestion de structures stables, de la continuité du leadership du Parti, de la coordination entre le travail public et clandestin, entre les organes inférieurs et supérieurs et entre l’organisation de la ville et le leadership basé dans les zones rurales. Nous ne pouvons pas résoudre ces problèmes sans l’attention et l’étude minutieuse des organes de niveau supérieur et le développement de solutions concrètes et réalistes. Nous avons également toutefois besoin d’une large approche commune sur les objectifs, les tâches et les méthodes qui doivent être adoptées pour construire et faire progresser la structure urbaine du Parti.
Le principe fondamental constituant la base de notre structure de Parti, en particulier dans la zone urbaine, est la centralisation politique conjuguée à la décentralisation organisationnelle. Cela veut dire que tous les membres du Parti et tous les organes, particulièrement au niveau inférieur, doivent avoir de solides fondements idéologiques et politiques, afin d’être capable de trouver leurs positions de façon indépendante et de prendre les bonnes décisions structurelles selon la ligne politique du Parti. Cela est particulièrement important dans les zones urbaines en raison des difficultés techniques pour conserver des relations proches et constantes entre les organes supérieurs clandestins et ceux, à des niveaux inférieurs, qui sont engagés dans le travail public direct.
C’est aussi important parce que le travail urbain exige souvent des réponses immédiates et rapides aux événements du jour. Avec les progrès rapides dans la communication électronique et les médias, les retards de jours et parfois même d’heures dans la réaction politique aux événements majeurs peuvent entraver l’impact que notre Parti peut avoir sur le mouvement urbain. Par conséquent, cela dépend de la puissance des organes qui constituent la base de notre structure urbaine du Parti - les cellules et les comités de niveau inférieur - aussi bien que des fractions du Parti qui relient le Parti aux organisations de masse.
3.3.4.1. Cellule du Parti
La cellule urbaine du Parti peut être constituée sur base de l’unité de production - pour les ouvriers, cela peut être l’usine, le magasin, le département, la section, l’équipe de travail, la ligne de production, la zone industrielle, etc., pour les étudiants et les employés de la classe moyenne, cela peut être l’université, l’école, l’institution, le bureau, etc.; la cellule peut également être constituée sur une base géographique (par exemple, le lieu de résidence) - cela serait le bidonville, le chawl, la rue, la société, etc.
Là où le nombre de membres du Parti dans une unité particulière (par exemple l’usine) est inférieur à trois, ils peuvent être associés avec des unités voisines pour former une cellule. Cependant, cela ne doit pas être fait sans discernement dans les zones urbaines, étant donné que cela conduirait à une exposition inutile. Là où le travail est intégré, une cellule commune peut être constituée. Dans les autres cas, il vaut mieux attendre un recrutement supplémentaire avant la création d’une cellule.
La cellule est l’organe dirigeant toutes les autres unités organisationnelles à l’intérieur de son domaine de responsabilité. Elle accompli ses tâches fondamentales sous le leadership du comité supérieur suivant. Les tâches fondamentales de la cellule urbaine comprennent l’organisation des masses, leur politisation, l’éducation des éléments avancés et leur recrutement dans le Parti, et la préparation de ses membres et d’autres militants à aller dans la campagne pour travailler à la réussite de la révolution agraire.
La cellule doit développer son propre réseau clandestin de refuges et de lieux de réunions. Dans la mesure du possible, les réunions ne doivent pas avoir lieu dans les zones où les membres font leur travail politique parmi les masses. En règle générale, les membres de cellule ne doivent pas être transférés de cellule en cellule étant donné que cela conduirait à une exposition inutile.
Là où au moins trois révolutionnaires professionnels fonctionnent dans une zone et se connaissent les uns les autres, une Cellule Révolutionnaire Professionnelle (CRP) peut être créée. La CRP ne doit toutefois pas jouer le rôle d’un comité de Parti et devenir un centre pour la planification de l’activité des zones de tous les révolutionnaires professionnels. Cela entraînerait une exposition inutile des diverses structures et zones de travail, et pourrait conduire à des pertes. Dans le but de planifier le travail, chaque révolutionnaire professionnel peut être membre de la cellule responsable de sa zone de travail.
Là où ce n’est pas possible, la planification doit être faite avec l’organisateur ou le membre de comité concerné. La fonction principale de la CRP est de fournir la formation et le développement politique au révolutionnaire professionnel, ce qui ne serait pas possible dans les contraintes de temps et les autres restrictions d’une cellule de travailleurs à temps partiel. Des programmes d’éducation politique plus longs, une étude et une discussion collective et d’autres activités semblables peuvent être menées grâce à la CRP. Ainsi, elle peut jouer un rôle positif pour développer rapidement le leadership futur du Parti. Cet avantage doit toutefois être mis en balance avec les risques d’exposition et de pertes dans le travail urbain. Par conséquent, si un révolutionnaire professionnel fonctionne dans une zone non-exposée, ou si il/elle montre des signes d’indécision, il/elle ne doit pas être inclus dans une CRP.
3.3.4.2. Comités du Parti des travailleurs à temps partiel
Partout où deux cellules ou plus fonctionnent dans une localité ou une unité de production particulière, nous devons prendre en main la tâche de la création, selon le cas, du Comité de Parti pour la Zone de l’Usine/Zone Industrielle ou du Comité de Parti ‘basti’ ou du Comité de Parti de l’Université. Ceux-ci peuvent être totalement composés de travailleurs à temps partiel, ou peuvent comprendre des Révolutionnaires Professionnels ou, dans certains cas, comprendre des camarades du niveau organisateur. Ils constituent le niveau de Comité de Parti entre le Comité/Organisateur de la Zone et les cellules. C’est l’organe qui dirige et guide toutes les cellules, les cellules candidates, les fractions du parti et d’autres organes à l’intérieur de son domaine de responsabilité. C’est l’organe qui ratifie le recrutement des candidats membres et décide de leur pleine adhésion.
Le comité d’Usine/‘basti’ est une couche très importante dans la structure urbaine du Parti. Il améliore le fonctionnement du Parti en assurant plus d’attention quotidienne au fonctionnement des cellules du parti et des autres organes de niveau inférieur. Il diminue également le risque pour les comités de niveau supérieur en fournissant une couche de plus et en faisant disparaître la nécessité pour les membres du comité supérieur de toujours rencontrer toutes les cellules.
Malgré son importance, nous n’avons pas, dans notre Parti, prêté une attention suffisante au développement de cette couche dans les zones urbaines. Nous n’avons encore que très peu de zones où de tels comités ont été créés et par conséquent, notre expérience est très limitée. Les aspects principaux sur lesquels nous devons nous concentrer lors de la création de ces comités sont la sélection convenable de membres de comité dignes de confiance, l’insistance sur la création d’un réseau clandestin approprié pour les cachettes, la communication et les réunions, et le soin extrême pour ne pas dévoiler l’identité des membres du comité à tous les membres du Parti. Lorsque c’est nécessaire, des précautions peuvent aussi être prises lors des rapports, afin que les identités réelles des membres du Parti et des militants soient protégées. En règle générale, nous devons adopter une approche à long terme en vue de la construction de tels comités et de leur maintien pour une longue période. Un réseau convenable de tels comités peut améliorer considérablement le fonctionnement de notre structure urbaine du Parti.
3.3.4.3. Fractions du Parti
En plus des cellules et des comités du Parti, le Parti établi des fractions dans diverses organisations indépendantes afin de garantir que les membres qui fonctionnent dans ces organisations expriment une volonté unique, suivent des tactiques identiques et agissent en harmonie.
Elles sont les intermédiaires grâce auxquelles le Parti exerce une influence sur ces organisations et mène sa politique à bonne fin. Puisque la majeure partie du travail dans les zones urbaines est effectué par l’entremise d’organisations indépendantes, des fractions fonctionnant convenablement sont une pièce très importante de l’organisation urbaine du Parti. Elles sont nécessaires pour unifier et coordonner les forces du Parti au sein des organisations indépendantes et pour garantir qu’elles jouent un rôle de premier plan.
Le comité de Parti compétent peut constituer des fractions dans n’importe quelle organisation ou n’importe quel organe exécutif où il y a au moins trois membres du Parti. Là où tous les membres du Parti sont issus d’une cellule unique, il n’y a pas besoin de constituer une fraction distincte étant donné que toutes les fonctions de la fraction peuvent être accomplies par la cellule.
De la même façon, si les forces principales dans une organisation particulière ou exécutive sont dans une cellule ou dans un comité de Parti, ou en raison d’autres considérations pratiques, le Comité de Parti peut décider de ne pas constituer de fraction. Cependant, partout où les membres sont issus de différents forums, ou bien où le travail de l’organisation est considérable, il est avantageux de constituer une fraction.
La fraction fonctionne sous la guidance et le contrôle du comité de Parti compétent. Ainsi, la fraction dans un comité syndical d’usine fonctionnera sous les ordres du comité de Parti de l’Usine, alors que la fraction syndicale au niveau de la ville fonctionnera sous les ordres du comité de Parti de la Ville. Le comité de Parti compétent décide de constituer la fraction avec tous ou certains des membres du Parti dans cette zone. Il a également le droit d’envoyer des membres du Parti dans la fraction et de rappeler n’importe quel membre de la fraction. Le travail urbain peut parfois exiger que les membres du Parti qui sont très exposés et sous surveillance ne soient pas inclus dans le forum de la fraction, bien qu’ils jouent un rôle important dans l’organisation. Cela peut également parfois être nécessaire pour protéger l’identité de Parti d’un camarade. En pareils cas, le comité de Parti doit concevoir des moyens et des méthodes de coordination spéciaux avec de tels camarades et s’assurer qu’ils fonctionnent à l’unisson avec la fraction et selon la voie décidée.
La fraction du Parti guide le travail de l’organisation dans laquelle elle opère. Toutes les questions soulevées dans l’organisation dans laquelle elle fonctionne sont examinées dans la fraction. Tous les membres du Parti doivent parler et voter à l’intérieur de l’organisation conformément avec les décisions prises par la fraction. De la même façon, il est de la responsabilité des comités de Parti de travailler par l’intermédiaire des fractions pour s’assurer que toute l’organisation est guidée selon une politique et un projet unique.
3.3.4.4. Couches
Les couches s’appliquent aux différents niveaux dans l’organisation urbaine du Parti comme le comité de la ville, les comités régionaux, les comités de l’usine/du BASTI/de l’université, les cellules, les cellules candidates, aussi bien que les liens vers les organisations de masse comme les groupes militants et les fractions. En raison de la plus grande menace de l’ennemi dans les zones urbaines, il est toujours nécessaire de maintenir un nombre de couches du niveau le plus bas au niveau le plus haut, et il est important de travailler par l’intermédiaire de ces couches sans les contourner.
Depuis maintenant quelques années, nous avons insisté dans nos documents sur le besoin et l’importance de fonctionner essentiellement grâce aux couches. Nous n’avons toutefois pas réalisé beaucoup de progrès à cet égard. La majeure partie des organisations de la ville ne se sont pas appliquées à construire suffisamment de couches, et même là où certaines couches existent, il y a une tendance à traiter directement avec les niveaux inférieurs afin d’obtenir des résultats rapides. Nous devons sans tarder nous débarrasser d’opinions et de pratiques pareilles et développer un système de couches dans chaque ville.
La question centrale d’un fonctionnement par l’intermédiaire de couches est de s’assurer que chaque couche est préparée et développée pour exécuter de façon indépendante les fonctions à son niveau particulier. Cela exige la guidance et le suivi étroit du niveau supérieur suivant. La guidance doit être orientée pour développer les aptitudes indépendantes des camarades à ce niveau, aussi bien qu’au niveau du fonctionnement en équipe du comité. Ceci est la clé pour un fonctionnement organisationnel décentralisé selon une ligne politique et une politique centralisées. C’est la seule approche à long terme pour bâtir une structure du Parti qui préservera notre cadre et notre leadership et qui développera les forces pour l’avenir.
3.3.4.5. Coordination et rapports avec d’autres structures du Parti
La plus grande partie de notre travail dans la ville, particulièrement dans les zones de guérilla, est coordonné et mené à partir des zones rurales. Même le DCM dirigeant le travail dans la ville est souvent basé dans les zones rurales et doit périodiquement appeler les camarades de la ville dans les zones d’escouade pour examiner et planifier le travail urbain. Cela occasionne d’une part, de sérieux problèmes d’exposition, et d’autre part, une guidance insuffisante, sans une compréhension profonde des réels problèmes du travail urbain.
Donc, la coordination est effectuée au mieux grâce à une structure de Parti d’au moins un niveau de DC qui est lui-même basé dans les zones urbaines. Dans les villes qui sont assez grandes et où le degré de travail et la structure de Parti le justifie, le DC peut être fondé dans cette ville même. Dans certains états, où le problème de coordination est particulièrement grave en raison de la répression, cela peut être fait par l’entremise d’un sous-comité spécial pour le travail urbain constitué sous le SC. Là où les camarades dirigeants appropriés sont très exposés, ils peuvent être affectés loin de leurs zones précédentes, au même dans d’autres états. Un autre problème relatif à la structure urbaine du Parti sont les rapports avec l’organisation rurale du Parti ainsi qu’avec les départements fonctionnels des organes supérieurs du Parti. Il y a souvent besoin d’une aide urbaine de différentes sortes, pour laquelle l’organisation urbaine, impliquée dans le travail de masse quotidien, est régulièrement utilisée. De telles relations régulières sont dangereuses pour tous ceux qui sont concernés, ainsi qu’elles influent sur le fonctionnement habituel de l’organisation urbaine. C’est pour cette raison qu’il est important de mettre un terme à de telles méthodes rapides immédiatement. Des structures distinctes sans rapports avec l’organisation urbaine en fonction doivent être établies à cette fin dans les villes. Des camarades peuvent être mutés hors de l’organisation urbaine et affectés à ces tâches.
Ici aussi, ce qui est fondamentalement requis, c’est une approche à long terme. Nous devons nous rendre compte que ce n’est que grâce à la mise en œuvre de projets méthodiques et à long terme que nous pouvons bâtir les différentes structures requises, pour mobiliser les masses urbaines, pour fournir une aide logistique ou autre au travail rural, ainsi que pour d’autres exigences.
3.4. Front uni
Les zones urbaines sont les centres pour la lutte de diverses classes, sous le leadership de plusieurs organisations qui les représentent. Il est essentiel que nous nous unissions avec de telles organisations de lutte et que nous développions de larges luttes contre les classes dirigeantes. Ainsi, une part significative du travail du Parti dans les zones urbaines concerne l’activité en front commun.
Cela comprend la constitution de différents fronts unis tactiques, ainsi que la construction d’une alliance ouvrier-paysan, qui est le point de départ d’un front uni stratégique. Cela va de la tâche de construction d’une unité élémentaire de la classe ouvrière, à la solidarité avec la paysannerie, à l’unité avec d’autres classes révolutionnaires comme le semi-prolétariat et la petite-bourgeoisie, jusqu’à l’entretien de rapports et même d’une activité commune avec les organisations nationale bourgeoises et même celles de la classe dirigeante. Regardons les formes principales d’une telle activité en front uni.
3.4.1. Unité de la classe ouvrière
La classe ouvrière est le centre d’attraction principal de notre travail dans les zones urbaines. Puisque la classe ouvrière est aujourd’hui dans un état extrêmement divisé, une tâche capitale du Parti est de bâtir l’unité la plus large possible de la classe. Cette tâche d’unité se situe à deux niveaux - l’un est d’organiser et d’unifier le nombre maximal possible d’ouvriers dans des organisations authentiques qui suivent la ligne et le programme démocratique, l’autre est de construire un large front uni d’ouvriers contre l’agression actuelle de la bourgeoisie soutenue par les impérialistes sur les droits et les conditions économiques de la classe ouvrière.
Cela signifie prendre l’initiative, ou prendre part à d’autres initiatives, pour édifier des luttes unies sur différentes questions comme le système de contrat, le changement dans la législation du travail, la privatisation, la politique de sortie, etc. Cela signifie également travailler pour construire des organisations unies avec toutes les forces véritables du mouvement de la classe ouvrière qui sont prêtes à travailler pour un programme anti-impérialiste, anti-féodal général.
Les fronts syndicaux communs sont importants pour l’augmentation de la puissance de combat de la classe ouvrière. Ces fronts communs peuvent être axés sur un problème, ou basé sur une conception et un programme politique minimum. Ils peuvent être organisés à différents niveaux - industrie, zone, ville, région, toute l’Inde, et international.
Notre politique est d’être prêts pour une unité axée sur un problème, même avec les syndicats réactionnaires et révisionnistes, s’ils ont de nombreux partisans et qu’ils sont prêts à prendre part à la lutte. Cependant, la décision d’une unité provisoire ne doit pas uniquement être prise pour desservir les besoins du moment, mais aussi pour faire progresser le but à long terme d’attirer la masse des ouvriers dans la direction de la révolution.
Les organisations démocratiques légales en front commun de la classe ouvrière peuvent jouer un rôle très utile pour atteindre cet objectif à long terme. Ce sont des organisations pareilles qui constituent le noyau démocratique à l’intérieur de l’unité plus large avec les réactionnaires. Si ces organisations fonctionnent efficacement, elles peuvent rallier sur un programme démocratique des parties plus nombreuses de la classe ouvrière. Elles peuvent jouer le rôle principal au sein des larges fronts unis axés sur un problème. Elles peuvent tirer parti d’alliances temporaires avec les syndicats réactionnaires pour servir les intérêts du programme démocratique. Elles peuvent inspirer, mobiliser et unifier les autres classes révolutionnaires dans les zones urbaines sur un programme anti-féodal, anti-impérialiste.
3.4.1.1. Unité axée sur l’industrie
En raison de la multiplicité des syndicats en Inde, dans la plupart des industries, la possibilité de réaliser le principe ‘une industrie, un syndicat’ est très faible. Dans une situation pareille, nous devons travailler pour, ou soutenir ce qui est la meilleure option par défaut, constituer des comités de coordination des syndicats à l’intérieur d’une industrie particulière. Nous devons essayer d’attirer dans de tels organes tous les syndicats ayant un nombre d’adhérents significatif. Une telle unité peut se déclencher sur base d’un problème et ensuite progresser vers une conception minimum plus stable.
De la même façon, il est nécessaire d’unifier les différents syndicats au niveau de l’usine à l’intérieur d’une compagnie particulière. Une telle unité peut commencer au niveau du comité de coordination ou être constitué en tant que fédération.
Dans l’actuel scénario de mondialisation où la production d’un pays est facilement transférée à travers les frontières internationales, l’union internationale des ouvriers est aussi importante et nécessaire. Une telle union est aujourd’hui très faible. Nous devons toutefois soutenir les initiatives pour construire l’union internationale des ouvriers dans une seule multinationale ou dans une industrie particulière. Même lorsqu’il n’est pas possible de donner à l’unité une forme organisationnelle, nous devons faire pression pour les luttes de solidarité et les grèves, et faire la propagande à cet égard.
3.4.1.2. Unité axée sur un problème
Il y a des fronts communs de différents syndicats et d’organisations politiques constitués pour faire opposition aux politiques particulières ou aux actions du gouvernement, ou pour prendre en main les problèmes syndicaux, sociaux ou politiques particuliers. Notre démarche dans de tels fronts communs est de bâtir l’unité de lutte la plus large possible de toutes les organisations qui ont une position commune minimum sur le problème. En même temps, il ne doit y avoir aucun compromis sur les principes fondamentaux. Très souvent, les organes de front commun ont tendance à devenir d’inefficaces organes déséquilibrés, ou les tribunes d’un débat interminable. Notre démarche doit être de nous assurer que le front commun construit l’unité la plus large possible des masses, et ne soit pas simplement le front commun de quelques-uns des dirigeants.
La tentative doit être de tirer les masses vers l’avant dans la lutte militante et de les politiser au cours de cette lutte.
A l’intérieur des ces fronts, nous devons prêter l’attention, à la fois à l’unité et à la lutte, qu’elles méritent. Alors que les besoins de l’unité demandent un certain niveau d’ajustement avec les réformistes, les révisionnistes et les réactionnaires dans l’élaboration des exigences, nous devons continuellement préparer les masses et lutter contre n’importe quelle de leur tentative de trahir la lutte.
Lorsqu’il y a une large gamme de forces politiques différentes à l’intérieur d’un front commun, nous devons mettre en place une coordination avec ceux qui ont une conception commune plus proche afin d’agir à l’unisson dans une approche et une ligne d’action commune. Une telle coordination peut se faire sur la base des relations avec d’autres partis du camp communiste révolutionnaire ou par l’intermédiaire d’organisations démocratiques légales existantes ayant une base programmatique commune, ou sur toute autre base.
3.4.1.3. Unité axée sur la zone
Cette unité peut être pour une zone industrielle, une ville, une région, un état, toute l’Inde, etc. L’unité dans une zone industrielle ou une localité particulière peut se limiter à simplement construire un front commun, contre les problèmes auxquels sont confrontés les ouvriers de la zone, comme les ‘goondas’, le transport, les installations sanitaires, l’eau, etc. Cependant, l’unité de zone aux niveaux supérieurs est généralement basée sur une certaine conception politique minimale. C’est l’unité de syndicats et d’autres organes de même sensibilité, qui acceptent de lutter ensemble pour atteindre une série d’exigences ou de questions communes ou soutenir des objectifs politiques communs. Par conséquent, c’est le type le plus fréquent d’organisation démocratique légale d’ouvriers.
Nous devons attacher une importance considérable à ce type d’unité. Dans les luttes actuelles contre la mondialisation, la possibilité et le besoin d’une telle unité grandi continuellement. Nous devons orienter nos efforts pour rendre cette unité aussi large que possible, en faisant pression pour la mobilisation assidue et considérable des masses. En même temps, nous devons accorder une attention simultanée à la consolidation des militants qui émergent de ces mobilisations. Ainsi, en planifiant au niveau local, nous devons attribuer des forces non seulement pour diriger ces fronts et ces organisations, mais aussi pour les tâches de consolidation et de construction du parti à l’intérieur du mouvement.
3.4.1.4. Plateformes des ouvriers
Une autre forme pour unir la classe ouvrière sur une base politique, est de constituer directement des organisations démocratiques légales d’ouvriers comme des forums ou des plateformes avec un programme minimum des ouvriers. De telles plateformes ne tentent pas principalement d’unifier les syndicats, mais visent les militants ouvriers de différents syndicats et essayent de les rallier politiquement.
De tels organes utilisent les réunions, les manifestations, les discussions, les séminaires, les programmes culturels et divers moyens de propagande pour attirer, sur une base politique, les sections avancées parmi les ouvriers. Ils doivent aussi mobiliser pour les agitations et les luttes sur les questions politiques ou autres. Le but doit être d’attirer le plus possible de forces indépendantes qui peuvent être unies autour du programme.
Une autre variation de cette forme est d’utiliser la bannière d’une organisation culturelle d’ouvriers ou d’un magazine d’ouvriers en tant que plateforme pour l’unité. Ici, le programme de la plateforme est largement propagé et les militants ouvriers sont encouragés à accomplir des programmes culturels ou à écrire des articles et des comptes-rendus pour le magazine, à le distribuer, etc. et à participer à la préparation et à la mobilisation des masses dans les luttes.
Ainsi, il y a plusieurs formes différentes d’unification des masses ouvrières. Nous ne pouvons bien sûr pas essayer de mettre en place toutes les formes dans une zone particulière. Les comités compétents doivent donc choisir les méthodes appropriées selon la situation objective dans leur zone et les forces subjectives disponibles. Ce qui est toutefois important, c’est de reconnaître l’importance de cette tâche, particulièrement au cours de l’actuelle recrudescence des luttes ouvrières et donc de lui attribuer les forces nécessaires.
3.4.2. Alliance ouvrier-paysan
Celle-ci est la base du front uni stratégique à quatre classes, et pour cette raison, nous devons œuvrer pour la construction et la consolidation de cette alliance dès le tout début. Le but est de susciter le soutien des ouvriers pour les luttes paysannes et de créer les liens les plus proches possibles entre les deux classes les plus importantes de la révolution démocratique.
Le travail pour construire et consolider l’alliance ouvrier-paysan doit être pris en main à partir de tous les domaines de notre travail sur la classe ouvrière. L’insistance sur des aspects précis peut toutefois différer selon la zone de travail. Ainsi, dans les villes métropolitaines, quelque peu dissociées des zones rurales et de la lutte agraire, la concentration majeure portera sur l’éducation et la propagande continue pour soulever la conscience des ouvriers. Dans les villes situées dans ou à proximité des zones de guérilla, où les masses ouvrières et paysannes sont étroitement liées, l’attention peut porter sur les problèmes concrets et l’aide pratique au mouvement.
Diverses organisations remplissent également différents rôles.
L’organisation révolutionnaire des ouvriers a un rôle particulièrement important à jouer. Elle doit assumer la responsabilité principale de la propagande et de l’agitation quant à la guerre agraire. La propagande incessante et continue en ce qui concerne le progrès du mouvement rural, les victoires remportées, et la répression à laquelle il est confronté, et le besoin de solidarité des ouvriers avec ce mouvement doivent être une partie essentielle du travail de cette organisation. Puisque l’organisation doit généralement fonctionner clandestinement, il ne sera pas possible d’organiser des manifestations publiques de solidarité des ouvriers. Cependant, les militants de l’organisation révolutionnaire peuvent utiliser la méthode d’actions de choc clandestines à des fins de propagande pour mettre l’accent sur les problèmes concernant la lutte agraire.
Les organisations démocratiques légales des ouvriers peuvent être les forums grâce auxquels les mobilisations publiques des ouvriers sont organisées. Les formes de telles mobilisations peuvent s’étendre depuis les campagnes de signature jusqu’aux manifestations de solidarité et aux actions de protestation. Celles-ci doivent être organisées en faveur du mouvement révolutionnaire ainsi que des luttes paysannes menées par des organisations non-révolutionnaires. Nous ne devons cependant pas organiser des manifestations publiques en faveur de notre mouvement si nous nous attendons à une faible mobilisation, étant donné que cela n’entraînera qu’une exposition de nos forces. Nous devons effectivement élaborer de telles actions afin de mobiliser en grand nombre les forces indépendantes. Un autre genre de programme qui peut être pris en main grâce aux organisations démocratiques légales sont les larges mobilisations communes des ouvriers et des paysans sur des problèmes communs tels que l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), la répression d’état, etc.
Le travail pour l’alliance ouvrier-paysan peut aussi être pris en main grâce aux syndicats. Lorsque c’est possible, ils peuvent mobiliser et prendre part aux programmes de l’organisation démocratique légale avec ou sans sa propre bannière. Selon la couverture, d’autres programmes peuvent aussi être adoptés - comme l’éducation concernant l’exploitation et la répression dans les zones rurales arriérées, les équipes d’assistance pendant les catastrophes, les déclarations de soutien aux luttes paysannes de diverses organisations, etc.
Les comités industriels de Parti doivent régulièrement faire attention et suivre la mise en œuvre de telles tâches. Selon les changements dans la situation, des méthodes neuves et plus créatives doivent être élaborées. Les déclarations et les appels du Parti aux ouvriers doivent être publiés quand la situation l’exige. Cependant, quel que soit le niveau possible d’activité de l’alliance ouvrier-paysan, elle garde une importance centrale dans nos tâches de front uni. Elle ne doit pas être délaissée, on ne doit pas lui donner une importance secondaire ni la subordonner aux autres tâches du front uni dans la ville.

3.4.3. Unité des classes urbaines exploitées
En plus de la classe ouvrière, les autres classes et sections exploitées des zones urbaines comprennent le semi-prolétariat, les citadins pauvres concentrés dans les bidonvilles, les étudiants, les professeurs, les employés, et d’autres sections des classes moyennes, etc. Le Parti envoie ses cadres pour organiser et mener les organisations de masse de toutes ces classes. Ce n’est cependant pas la seule façon par laquelle la classe ouvrière et son Parti s’unissent et fournissent un leadership à toutes ces classes. Les luttes de solidarité et l’activité du front uni sont les moyens importants par lesquels la classe ouvrière inspire et conduit toutes les autres classes dans la lutte.
La propagande et l’agitation sur des problèmes et des incidents de répression sur diverses autres classes urbaines sont les moyens principaux par lesquels la classe ouvrière et le Parti manifestent leur solidarité avec les sections concernées. Les problèmes peuvent être de plusieurs types - l’expulsion des colporteurs, la démolition des bidonvilles, la suppression des droits des étudiants, des fonds pour les salaires des professeurs, etc. Alors qu’il peut ne pas être possible d’organiser une action de solidarité sur chaque problème pareil, le Parti doit sans cesse être sensible et répondre de toutes les manières possibles - pamphlet de propagande, affiche, communiqué de presse, ou un ‘dharna’, une manifestation, ou encore l’action militante. Notre effort principal doit toutefois être de tirer les masses des ouvriers dans la solidarité.
L’autre moyen par lequel le front uni est construit sont les fronts communs sur diverses questions inquiétant la masse générale de la population urbaine, comme la hausse des prix, la corruption, la fermeture d’une industrie clé, ou d’un grand nombre d’industries, ou différents problèmes urbains tels que la pénurie d’eau, les problèmes de banlieue, les questions d’hygiène, etc. De tels problèmes unissent toutes les classes, mais impliquent surtout les sections exploitées. Les fronts communs sur de tels problèmes peuvent être basés sur le problème ou bâti comme les organisations démocratiques légales, sur une base politique reliant le problème au programme démocratique. Des fronts unis tactiques pareils attirent plus étroitement de plus grandes sections des masses vers la révolution et ouvrent la voie pour les lancer dans le domaine du front uni stratégique.
3.4.3.1. Unité avec le semi-prolétariat
Le semi-prolétariat, qui vit dans des conditions d’extrême pauvreté, est la classe urbaine ayant le plus grand potentiel d’unité avec le prolétariat. Ces dernières années, la nouvelle politique économique a conduit à une hausse rapide du nombre d’entre eux. Un grand nombre d’ouvriers sont projetés dans les rangs du semi-prolétariat et beaucoup d’immigrés ruraux, qui viennent à la recherche d’un emploi échouent dans des petits boulots ou à faire divers petits travaux. En raison de leur nature dissipée, ils ne sont pas aussi bien organisés que le prolétariat. C’est donc la tâche du Parti d’organiser cette classe et de construire autour de son unité étroite avec les ouvriers industriels.
a) Syndicats du semi-prolétariat: Dans de nombreuses villes, ces sections demeurent totalement inorganisées. Selon nos forces subjectives et notre projet pour la ville, nous pouvons prendre en main la tâche de créer leurs organisations. Certaines organisations qui peuvent être constituées sont les syndicats de colporteurs, les syndicats et les ‘panchayats’19 de serviteurs et de porteurs, les syndicats de tireurs de pousse-pousse, les syndicats de conducteurs et de propriétaires de pousse-pousse automatiques et de taxis et les syndicats de chiffonniers. Puisque le semi-prolétariat n’est pas directement employé par la classe capitaliste, l’ennemi est généralement l’état, par l’intermédiaire des diverses autorités gouvernementales, les organes municipaux, etc. Les problèmes concernent le harcèlement et la corruption des fonctionnaires, la mise en place de taxes injustes, les combats pour l’augmentation des taux, la lutte contre l’expulsion, etc.
Certaines sections comme les porteurs du marché et les chiffonniers ont des exigences dirigées contre des groupes précis tels que les commerçants, les ferrailleurs, etc.
En raison de la nature dissipée de la main-d’œuvre et la manque d’un sens prolétarien de l’organisation, construire l’unité de ces sections est une tâche minutieuse à plein temps. Cependant, une fois organisés, ils se révèlent être des combattants militants.
Dans la plupart des villes où ces sections demeurent inorganisées, le travail dans ces sections exigera la création de syndicats clandestins. Dans les grandes villes où elles sont déjà organisées, nous pouvons nous occuper du travail fractionnaire.
b) Solidarité avec le semi-prolétariat: Dans beaucoup de grandes villes, en particulier celles qui ambitionnent de devenir des villes ‘mondiales’, certaines sections considérables du semi-prolétariat subissent de violentes attaques. Les colporteurs sont tout particulièrement confrontés à d’intensives campagnes d’expulsion et au harcèlement des fonctionnaires. Les pousse-pousse automatiques et les taxis sont accusés de pollution. Ils sont également pris pour cible par les tribunaux, les écologistes anti-populaires et les médias réactionnaires. Ils sont accusés d’enrayer leurs campagnes pour des villes ‘propres et vertes’. Bien qu’ils luttent de façon militante, ils sont souvent isolés dans leurs combats. Il est par conséquent d’une importance capitale que les syndicats d’ouvriers expriment une solidarité avec les colporteurs et d’autres sections pareilles. Les organisations légales démocratiques d’ouvriers doivent également organiser des campagnes pour les soutenir et dénoncer les projets urbains anti-pauvres des autorités du développement et des agences impérialistes.
Un autre domaine de l’unité des ouvriers et du semi-prolétariat se situe dans le travail dans les bidonvilles. Ces deux classes constituent les sections principales des citadins pauvres qui vivent dans les bidonvilles et les localités pauvres. En plus des luttes ‘basti’ au cours desquelles les deux classes luttent côte à côte, les syndicats et les autres organisations d’ouvriers doivent aussi organiser des actions de solidarité.
Dans la mesure du possible, des alliances pour s’opposer à la tendance réactionnaire actuelle du développement urbain doivent également être constituées, impliquant les associations d’habitants de bidonvilles, les organisations de colporteurs, les syndicats et même les groupes de professionnels et d’intellectuels progressistes. En unifiant toutes les sections directement affectées, elles doivent également viser à éduquer les sections de la classe moyenne qui ont tendance à être induites en erreur par la propagande ‘propre et verte’ des classes dirigeantes. Le but doit être de bâtir une large unité de toutes les sections exploitées contre les programmes anti-populaires des mondialistes.
_______________________________
19Conseil de caste ou de village - tribunal populaire.
3.4.3.2. Employés de bureau
La progression rapide de l’informatisation et de l’automatisation dans l’industrie moderne et la part croissante du secteur des services dans l’économie a entraîné un accroissement significatif du nombre et de la proportion des employés de bureau. Un grand nombre d’entre eux sont dans le secteur public et ils sont en général syndiqués. Les syndicats des banques, des compagnies d’assurances, des professeurs, des employés du gouvernement, etc. en sont des exemples. Il y a aussi eu une croissance plus récente des syndicats et des associations de professionnels des employés de niveau supérieur tel que l’électricité, les télécommunications, et autre département d’ingénieurs, de médecins attitrés, de pilotes, etc. Un grand nombre des syndicats précités sont puissants et ont montré leur aptitude à frapper et à paralyser l’économie.
Alors que tous les employés de bureau sont des alliés dignes de confiance de la classe ouvrière et de la révolution, certaines sections suivent parfois la bourgeoisie et deviennent victimes de la propagande réactionnaire.
Il est donc nécessaire que le prolétariat industriel conserve toujours des rapports étroits avec la section des employés et l’emmène loin des hésitations vers la lutte de classe. Nous devons donc, dans toutes les industries et les entreprises, toujours lutter pour l’unité en un seul syndicat des deux sections d’employés et de cols-bleus. En règle générale, nous devons nous opposer à la pratique rétrograde qui consiste en des syndicats distincts ‘d’ouvriers’ et ‘d’employés’. Là où des syndicats séparés existent malgré tout, nous devons, lorsque c’est possible, affecter des forces pour le travail fractionnaire en leur sein.
Durant la période de mondialisation, les classes dirigeantes ont déclenché une attaque de propagande en règle contre cette section, la qualifiant de section surpayée et sous-employée, dont les salaires et la quantité doivent être réduits. Par conséquent, certaines sections sont forcées d’accepter de très maigres augmentations de salaire et des réductions des allocations précédentes.
Elles ont également été les victimes de diverses privatisations et de projets VRS. Bien qu’elles aient lutté sans arrêt, elles ne reçoivent pas souvent le solidarité et le soutien des autres sections. Nos syndicats d’ouvriers, nos organisations d’ouvriers légales démocratiques et clandestines, et parfois même le Parti, doivent avoir pour but d’exprimer de différentes façons leur solidarité avec les luttes des employés de banque, des professeurs, des journalistes, etc. Dès que des organes syndicaux communs sont constitués au niveau de la ville, nous devons essayer d’y attirer toutes les divisions locales des syndicats d’employés. Cela peut aider à organiser des programmes communs et une solidarité mutuelle durant les périodes de répression et de lutte.
3.4.3.3. Autres sections de la petite-bourgeoisie
L’une ou l’autre section de la petite bourgeoisie est souvent en lutte. Les étudiants font des campagnes, les avocats ont recours aux grèves, les commerçants ont aussi leurs manifestations et leurs ‘bandhs’20 . Lorsque ces luttes prennent un tour militant, elles font face aux attaques de l’état. La classe ouvrière doit être consciente des luttes de ces sections. Nous devons, par l’intermédiaire des syndicats, des organisations démocratiques légales et même du Parti, exprimer la solidarité. Dans la mesure du possible, nous ne devons pas simplement nous limiter à des déclarations de soutien. Au cours des luttes majeures et de la répression, nous devons faire toutes les tentatives pour mobiliser les ouvriers en grand nombre pour qu’ils sortent dans les rues en soutien. Là où il y a un soutien suffisant, nous devons tenter d’élargir la portée de la question et impliquer autant de sections que possible en soutien.
Parmi la petite bourgeoisie urbaine, les étudiants et les jeunes constituent une catégorie importante. Ils réagissent aux événements, et historiquement, depuis le mouvement anti-britannique, ils ont joué un rôle significatif. Dans le sillage de Naxalbari, leur rôle est exemplaire. Notre Parti a une bonne expérience dans leur organisation. En travaillant dans les zones urbaines, nous devons prêter l’attention nécessaire pour les organiser.
Il est nécessaire de souligner le besoin d’unification avec les intellectuels. Nous avons besoin d’attribuer un cadre suffisant pour travailler parmi eux et un effort spécial doit être ajouté pour les unifier et les organiser.
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20Lutte sous forme de journée "ville-morte".
3.4.4. Relations avec la bourgeoisie nationale
En raison de la nature indécise et exploiteuse de la bourgeoisie nationale, sa large participation dans le front uni stratégique n’a généralement lieu qu’aux stades ultérieurs de la révolution. Toutefois, il y a, dans les zones urbaines, la possibilité de soutenir et de s’unir avec différentes sections de la bourgeoisie nationale dans des fronts unis tactiques.
Une grande partie de notre travail sur la classe ouvrière se fait dans le secteur non-syndiqué des petites industries de la bourgeoisie nationale. Elle constitue souvent l’ennemie immédiate des ouvriers que nous organisons. Il est par conséquent souvent difficile pour la masse des ouvriers d’accepter la notion de soutien ou d’unité avec ces exploiteurs et ‘ennemis’.
Que la bourgeoisie nationale se manifeste dans la lutte contre le gouvernement, l’impérialisme et le CBB est cependant une réalité. Nous devons lui donner tout le soutien dans cette lutte et dans la mesure du possible, nous devons même nous unir pour mener un combat commun contre les classes dirigeantes.
Une méthode normale d’union avec la bourgeoisie nationale est que le Parti, directement ou indirectement par certaines organisations de masse, déclare son soutien aux exigences et aux luttes de la bourgeoisie nationale contre le gouvernement, l’impérialisme ou/et la bourgeoisie compradore.
Elle peut consister en diverses questions comme la diminution des taxes, la réduction des taux de l’électricité, les politiques contre la petite industrie et les décisions de justice, la protestation contre l’entrée des multinationales et des produits étrangers, l’exploitation des producteurs auxiliaires par la grande industrie, etc. Notre soutien peut prendre la forme de la propagande ou même se prolonger dans la mobilisation militante des ouvriers sur la question.
Un autre mode d’unité peut avoir lieu entre les organes de front commun et les organisations de la bourgeoisie nationale.
Une telle unité sera principalement axée sur un problème tel que la prévention de la délocalisation ou la fermeture des industries, l’opposition aux lois contre la petite industrie et aux augmentations d’impôts, etc. Cependant, alors que le mouvement anti-mondialisation et anti-OMC augmente, nous devrons faire de notre mieux pour attirer les sections et les organisations les plus progressistes de la bourgeoisie nationale dans le mouvement.
Bien que nous nous efforcions à amener la bourgeoisie nationale à s’opposer à la CBB et à l’impérialisme, pareille unité ne peut sous aucun prétexte, se réaliser aux dépens des classes fondamentales au sein du front uni. Par conséquent, en nous unissant avec la bourgeoisie nationale, nous ne devons jamais perdre de vue l’aspect de lutte de notre relation avec elle. Nous ne devons pas avoir l’idée fausse selon laquelle l’union avec la bourgeoisie nationale implique des concessions dans les luttes syndicales avec ces sections. Toutes ces questions seront réglées selon les principes habituels de la lutte syndicale et dépendront fondamentalement de la puissance relative des forces ennemies et des conditions globales de l’industrie dans laquelle la lutte a lieu. C’est la puissance de la classe ouvrière, et non sa faiblesse, qui sera la force qui attirera la bourgeoisie nationale vers le front.
Les attaques incessantes des impérialistes et de leurs agents indiens poussent un peu plus tous les jours la bourgeoisie nationale dans le conflit avec les classes dirigeantes. Par conséquent, aujourd’hui, les possibilités concrètes d’une unité venant d’en bas, augmentent. Ces possibilités sont plus grandes dans les villes où la présence de la bourgeoisie nationale est plus forte, comme la région de Delhi, la région de Coimbatore-Erode dans le Tamil Nadu, de Surat dans le Gujarat, etc. Les organisations locales du Parti doivent dans la mesure du possible, utiliser de telles occasions, en gardant à l’esprit les principes précités.
3.4.5. Front contre la répression
Le PR et le POR adoptés par le 9e Congrès ont lancé l’appel pour mobiliser les masses contre la répression fasciste des classes dirigeantes et contre les lois violentes. Toutes les sections des masses dans les zones urbaines font face aux poids de cette répression et se dressent contre elle. Par conséquent, la tâche du Parti dans les zones urbaines est d’unir toutes les forces qui sont prêtes à mener des luttes militantes pour s’opposer à cette politique et de bâtir un large mouvement démocratique contre la répression.
Les organisations qui s’opposent le plus invariablement à la répression de l’état et aux lois violentes sont les différentes organisations pour les libertés civiles en activité dans différentes parties du pays. Nous pouvons, jusqu’à un certain point, travailler par leur intermédiaire. Elles ont toutefois une maigre base de masse et un programme politique limité. Par conséquent, alors que nous devons travailler pour élargir et renforcer de telles organisations, elles ne peuvent pas être les seules tribunes pour la construction d’un front contre la répression.
Les fronts contre des lois violentes précises telles que le POTA ont le potentiel pour unir les sections les plus larges. Nous devons mettre en place, ou nous pouvons rejoindre de tels fronts avec notre propre programme. Puisque des fronts pareils sont constitués à divers niveaux, nous pouvons intervenir dans différents fronts grâce à des organisations clandestines distinctes adaptées à un tel travail. Diverses forces et partis de la classe dirigeante ayant un dossier chargé de répression, des mouvements populaires se trouvent toutefois dans certains de ces fronts. Donc, nous ne devons décider de notre participation que si nous sommes capables de mener la dénonciation énergique de ces forces opportunistes.
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Puisqu’une telle dénonciation n’est généralement possible qu’aux niveaux inférieurs, nous ne devons pas prendre part aux niveaux supérieurs dans lesquels nous ne deviendrons que le pion de ces forces.
Une autre excellente façon de construire une large unité combattante contre la répression est d’aborder des cas précis de brutale répression de l’état et de mobiliser directement toutes les sections des masses dans la lutte militante. Les fusillades de la police, les morts en prison, le viol par les forces de sécurité sont quelques-uns des exemples qui peuvent être utilisés pour soulever les masses dans le combat au grand jour.
Il y a eu de nombreux exemples comme l’affaire Rameeza Bee et d’autres, où de tels incidents se sont avérés être les moments décisifs pour construire non seulement une lutte militante, mais également des mouvements démocratiques beaucoup plus larges. Dans certains cas où les méthodes précitées ont abouti à de larges mouvements, nous pouvons travailler avec d’autres pour la constitution d’organisations d’une nature à plus long terme ayant un vaste programme de répression anti-fasciste.
3.4.6. Front uni contre les forces fascistes hindoues
Une exigence importante du 9e Congrès est de bâtir un large front uni de toutes les forces laïques et les minorités religieuses persécutées comme les musulmans, les chrétiens et les sikhs contre les forces fascistes hindoues. Puisqu’une importante proportion des minorités sont urbanisées, et puisque les attaques des fascistes hindous sont encore principalement concentrées dans les villes, ce front uni a fondamentalement été de la responsabilité de l’organisation urbaine. Cette tâche est apparue dans nos documents depuis de nombreuses années, mais pas grand chose n’a encore été fait. Une des explications de cet échec est la faiblesse de nos organisations urbaines, mais l’autre raison plus importante est notre manque d’intérêt pour le travail parmi les minorités.
Le front uni ci-dessus ne peut pas simplement être bâti en unissant quelques personnes laïques sur base d’un programme politique. Afin d’être efficace, il doit impliquer les masses, particulièrement les masses issues des minorités.
Cela veut donc dire que nous devons effectuer un considérable travail de base parmi les minorités, particulièrement parmi les masses musulmanes qui sont les victimes les plus nombreuses et les pires des atrocités des fascistes hindous. Cependant, en raison de l’extrême ghettoïsation dans pratiquement toutes les villes indiennes, cela n’est possible que si nous prenons délibérément la décision d’enlever au moins certaines forces des zones dominées par les Hindous pour les baser dans les bidonvilles et les localités habitées par les Musulmans pauvres. Ce serait le premier pas pour construire tout front uni.
Les réelles organisations en front uni auront généralement la forme d’organes démocratiques légaux unissant diverses véritables forces laïques ainsi que des organisations de minorités exploitées. De telles organisations doivent avoir un programme prenant fondamentalement pour cible les organisations fascistes hindoues et visant à unir les masses de toutes les communautés.
Sur cette base, nous devons diriger la propagande et la campagne parmi les deux sections de la minorité et de la majorité et tenter d’en unir un grand nombre pour isoler et vaincre les quelques réactionnaires fascistes hindous. Des brochures et d’autres supports de propagande exposant les positions des organisations et dévoilant celles des organisations fascistes doivent être utilisés. Dans les zones ayant des antécédents de conflits communautaires, de véritables comités pour la paix, des comités ‘mohalla’ et des équipes de protection de toute la communauté doivent être établis.
Des organisations en front commun axées sur un problème peuvent également être créées. Elles peuvent l’être pour lutter pour le châtiment des auteurs des pogroms sur les minorités, pour s’opposer à la législation communautaire hindoue, pour lutter contre la safranisation de l’éducation, etc. Ces fronts doivent également avoir une approche de masse et tenter de mobiliser largement les sections laïques, ainsi que celles qui sont les plus affectées.
Etant donné que les fascistes hindous avancent à grand pas dans leur programme, la tâche de construire ce front uni devient d’autant plus urgente. Toutes les organisations urbaines doivent s’organiser concrètement pour mettre cela en pratique.
3.4.7. Front contre la mondialisation, la libéralisation et la privatisation
Libéralisation et privatisation. Ceci est aussi une exigence du 9e Congrès dont la réalisation requiert de considérables efforts de la part de l’organisation du Parti dans les zones urbaines. Etant donné que la politique de mondialisation a des conséquences pour toutes les sections des masses urbaines, le mécontentement augmente et le potentiel est grand pour que les zones urbaines deviennent de puissants centres de luttes anti-impérialistes.
Bien que les luttes n’aient pas encore atteint les sommets des manifestations anti-capitalisme et anti-mondialisation de nombreuses villes à travers le monde, le mouvement s’accroit aussi en Inde.
La classe ouvrière industrielle est la force principale dans ces luttes, avec de nombreuses manifestations, des rassemblements, des ‘bandhs’, de longues grèves prolongées, contre la privatisation, les changements dans le droit du travail, le système de contrat, la politique de sortie, et d’autres aspects de la politique de mondialisation. Ces luttes, qui ont repris depuis l’an 2000, n’ont pas uniquement augmenté en taille et en intensité, mais ont également pris des positions politiques plus claires contre l’OMC, contre la mondialisation et même contre l’impérialisme.
La ligne d’action pour construire les fronts anti-mondialisation doit ainsi reposer essentiellement sur la classe ouvrière, tout en venant en aide à toutes les autres sections dans les luttes contre la politique impérialiste. Par conséquent, nous devons viser à attirer les différents fronts de la classe ouvrière contre les diverses politiques anti-ouvriers dans le front contre la mondialisation. De la même façon, les fronts anti-mondialisation doivent consciemment donner de l’importance aux problèmes des ouvriers dans leurs programmes.
Les autres classes et sections importantes que nous devons tenter d’attirer dans le front anti-mondialisation sont les organisations des paysans et les organes des agriculteurs, les organes des bidonvilles, les organisations des étudiants, des intellectuels, des écrivains et des militants culturels, les groupes environnementaux en faveur de la population, les associations de professeurs et d’autres employés de la classe moyenne.
La portée du mouvement anti-mondialisation est si grande qu’il comprend pratiquement toutes les classes qui font partie du front uni stratégique. Tandis que les organisations distinctes formées par ces sections contre différents aspects de la mondialisation font objectivement partie du mouvement, nous devons néanmoins essayer d’attirer toutes ces organisations dans la lutte unie commune sur un programme anti-impérialiste commun.
Des réactionnaires tels que le Swadeshi Jagran Manch, des révisionnistes tels que le PCI, le PCI(Marxiste) et les ONG financées par l’étranger, sont quelques-unes des forces impliquées dans le mouvement anti-mondialisation. Ces forces sont liées aux classes dirigeantes ou en font partie. Nous ne devons nous approcher des réactionnaires dans aucun front commun. En ce qui concerne les révisionnistes qui font partie des classes dirigeantes, nous ne devons nous-mêmes les inviter dans aucun front commun, mais s’ils font partie d’un front appelé par d’autres, nous ne devons pas nous tenir à l’écart en raison de leur présence. Les révisionnistes et les ONG financées par l’étranger peuvent participer jusqu’à un certain point, mais il y a toujours le danger qu’ils tentent de saboter le mouvement aux niveaux supérieurs des luttes. Nous devons éveiller l’attention sur ce danger.
Le front contre la mondialisation a le potentiel pour englober un large éventail de forces. L’organisation urbaine du Parti doit ainsi s’organiser concrètement pour participer le plus efficacement dans ce mouvement.

3.5. Tâches militaires
Comme exposé précédemment, le mouvement urbain joue un rôle secondaire et complémentaire dans la stratégie militaire de la révolution. Alors que les principales tâches militaires sont accomplies par l’APG et l’APL à la campagne, l’organisation urbaine exécute également des tâches complémentaires à la lutte armée rurale.
En raison de la progression de l’urbanisation, de l’expansion d’une quantité de mégapoles, et de la division plus nette des villes en sections riches et en sections pauvres, la possibilité et l’importance d’opérations militaires urbaines augmentent. Celles-ci demeurent toutefois secondaires aux tâches militaires rurales. Les tâches militaires variées accomplies dans les zones urbaines touchent à: 1) la défense du mouvement urbain, 2) l’assistance de l’organisation urbaine à la lutte armée rurale, et 3) les opérations militaires directes menées sous les ordres de la direction centrale. Par conséquent, celles-ci constituent les catégories principales des tâches militaires et les formes d’organisation dans les zones urbaines.
3.5.1. Défense du mouvement urbain
La nature du travail urbain étant essentiellement légale et défensive, les tâches militaires directement apparentées au mouvement urbain sont essentiellement de nature défensive et resteront comme ça jusqu’à la période finale de la révolution. Cependant, même un mouvement urbain défensif a besoin d’un type d’organisation militaire de défense armée des masses urbaines contre les ennemis du peuple. Ces ennemis sont de différentes sortes: les bandes de goonda agissant au service des classes dirigeantes, les organisations fascistes hindoues et leurs milices, les bandes d’autodéfense expressément organisées par l’état pour attaquer les militants et les sympathisants de notre mouvement, les forces de l’état elles-mêmes, etc. Sans tenir tête à de telles forces, il ne peut pas être possible pour une organisation de survivre et de se développer. Alors que nous ne pouvons et ne devons pas, à ce stade, nous organiser pour un affrontement offensif armé avec l’état, nous devons vraiment créer de telles organisations de défense, étant donné qu’elles sont adaptées à la situation concrète.
3.5.1.1. Equipes d’autodéfense publiques
Partout où c’est nécessaire, les organisations légales doivent organiser l’autodéfense contre les ennemis locaux. Des exemples de telles équipes d’autodéfense sont le syndicat d’autodéfense contre les briseurs de grève lumpen, les équipes d’autodéfense ‘basti’ contre les bandes de goonda, les équipes d’autodéfense de l’organisation ‘mahila’ contre les harceleurs et les satyres, l’autodéfense de toute la communauté ‘mohalla’ au cours des situations d’émeute communautaire, l’autodéfense collective contre la démolition des bidonvilles, etc.
Les équipes d’autodéfense publiques doivent être organisées de manière à mobiliser des sections assez importantes des masses dans cette tâche, en motivant particulièrement les jeunes à participer en grand nombre. Quand une telle défense est organisée systématiquement en impliquant les larges masses, cela renforce énormément l’organisation légale, donne confiance aux hommes de troupe et au leadership local, et cela libère les énergies créatrices des masses. Si une activité pareille est en expansion dans une zone, cela engendre de nouvelles formes créatives de combat militant de masse. Inversement, cela démoralise et paralyse l’ennemi, et l’empêche de faire usage de ces anciennes formes de répression.
Souvent, une telle autodéfense publique est organisée temporairement pour une situation ou une période précise. Cependant, partout où c’est possible, nous devons planifier et tenter de donner à cette autodéfense collective une forme et une structure permanente, en lui attribuant des responsabilités précises et en la reliant aux comités organisationnels de masse. De tels organes peuvent gérer des ‘vyayamshalas’21 , des centres d’arts martiaux, des clubs de sport, etc.
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21Salles de sport
3.5.1.2. Escouades d’autodéfense clandestines
Les escouades clandestines sont nécessaires pour compléter les équipes publiques de défense, ou lorsqu’en raison de la répression, il n’est pas possible de constituer des équipes pareilles. Elles aussi sont créées avec le large objectif de défendre le mouvement de masse urbain. Toutefois, elles prennent en main des tâches différentes, sans se dévoiler elles-mêmes. Une forme significative d’activité est de participer aux côtés des masses et de leur donner la confiance pour entreprendre l’action militante de masse. D’autres tâches consistent à frapper clandestinement des cibles précises qui sont des obstacles au progrès du mouvement de masse.
Les escouades clandestines ont besoin d’une préparation militaire appropriée, et d’une éducation militaire et politique. Le degré et l’intensité de la préparation dépendra des moyens disponibles, nous devons faire de gros efforts pour garantir que les escouades soient correctement formées et armées. Les armes utilisées dépendront de la situation dans la zone. Les armes qui ne sont pas généralement utilisées dans le zone de doivent, autant que possible, pas être employées.
La discipline de telles escouades doit recevoir l’attention qu’elle mérite. La sélection des membres ne doit pas simplement se faire sur base des aptitudes militaires, mais doit prendre en considération le niveau politique et la discipline des camarades. Tous les membres des escouades conservent leurs emplois ou leurs autres responsabilités, et ne s’unissent que dans le but de se préparer ou pour des actions. Après cela, ils se dispersent de nouveau immédiatement.
Les escouades doivent fonctionner sous le contrôle direct et strict du parti, chaque escouade fonctionnant sous les ordres d’un camarade du Parti responsable. Autant que possible, deux escouades ne doivent pas être fusionnées pour accomplir une action. La connaissance de l’existence de telles escouades doit également être aussi limitée que possible. Chaque escouade est une entité distincte et il ne doit y avoir aucune ligne de commandement séparée à l’intérieur des escouades d’autodéfense. Tous les comités d’état doivent périodiquement faire le point sur les activités de ces formations et donner les directives aux comités qui en sont directement responsables.
3.5.1.3. Milice urbaine
A ce stade de la révolution, tous les organes publics et clandestins de défense de la population garderont une identité distincte et le Parti sera le seul organe de coordination de leurs activités. Aujourd’hui, il n’y a aucune possibilité de rassembler toutes ou beaucoup des équipes et des escouades d’autodéfense sous un mécanisme organisationnel pour constituer une milice. Cela peut être possible pendant certaines périodes de recrudescence, quand des parties significatives de la population urbaine sont prêtes à prendre les armes ou bien contre les milices fascistes ou contre l’état. Dans ces moments-là, le Parti doit prendre l’immédiate initiative de lancer la milice urbaine sans dévoiler toutes ses forces. La forme organisationnelle concrète d’une milice urbaine pareille dépendra toutefois de la situation particulière et des forces précises fonctionnant à ce moment-là.
3.5.1.4. Renseignements locaux
Le renseignement est une fonction très négligée dans notre Parti. Très souvent, nous subissons de lourdes pertes, ou nous manquons de bonnes opportunités en raison de l’absence de renseignements adéquats. Dans les zones urbaines, les renseignements sont également très nécessaires pour protéger et préserver le Parti urbain ainsi que le mouvement de masse.
Par conséquent, la tâche de collecte et d’analyse des renseignements doit être abordée dès le tout début et la responsabilité doit être attribuée en conséquence. Alors que l’organisation grandit, cette tâche et cette responsabilité doivent exister à tous les niveaux et doivent être intégrées dans le fonctionnement de l’organisation.
Les objectifs de notre travail de renseignement doivent être d’apprendre et d’étudier les tactiques et les projets de forces ennemies dans la zone, d’examiner les activités des délateurs, d’empêcher l’infiltration dans l’organisation, etc. Les méthodes et la structure, particulièrement aux niveaux inférieurs, doivent être aussi simples que possible, et doivent utiliser à fond les forces issues des masses dont nous disposons.
3.5.2. Assistance à la lutte armée rurale
Il y a de nombreuses manières par lesquelles le mouvement urbain peut aider la lutte armée rurale et tout particulièrement les zones de base et les zones de guérilla. Certaines supposent l’assistance directe et immédiate en termes de matériaux et de personnel; d’autres supposent la préparation à long terme pour les batailles décisives aux stades ultérieurs de la guerre populaire.
3.5.2.1. Travail dans les industries clé
Certaines industries comme le transport, les télécommunications, l’énergie, le pétrole et le gaz naturel, la production de défense, etc. peuvent jouer un rôle capital dans la guerre populaire. La perturbation de la production dans ces industries a un impact immédiat sur la capacité de l’ennemi à faire la guerre. Si les luttes dans de telles industries sont coordonnées avec des développements dans la guerre populaire, elles peuvent fournir une assistance directe à l’APG/APL.
Des unités dirigées par le Parti à l’intérieur d’industries pareilles peuvent aussi accomplir des actions de sabotage industriel, qui fourniraient une aide efficace à certains moments de la guerre. Par conséquent, la responsabilité de l’organisation urbaine est d’instaurer une présence et une influence dans ces industries clés.
De telles opérations seront généralement nécessaires aux stades ultérieurs de la guerre. Cependant, nous devons faire des préparatifs à long terme dès aujourd’hui afin que les ouvriers de telles industries puissent être suffisamment politisés pour jouer un rôle de ce genre. Cela veut dire que nous devons attacher de l’importance à l’affectation de cadres dans de telles industries dès le début.
Les industries clés étaient généralement dans le secteur public. Aujourd’hui toutefois, avec la politique de privatisation, un grand nombre de vieilles unités sont privatisées et les nouvelles unités sont créées directement dans le secteur privé. Par conséquent, quelques-unes de ces industries, comme les offices régionaux de l’électricité et le département des télécommunications subissent de nombreuses luttes militantes en opposition avec la politique de privatisation et il y a eu un retour en force significatif des syndicats. Dans le contexte de l’amélioration notable du mouvement ouvrier, les ouvriers d’autres industries clés ont également recours à la lutte. Nous pouvons donc nous servir de cette situation pour ressayer d’influencer les ouvriers dans ces industries.
Notre projet pour les industries clés doit fonctionner à deux niveaux. A un niveau, nous pouvons influencer les ouvriers de ces industries depuis l’extérieur grâce à diverses formes de propagande, particulièrement au cours des luttes dans ces industries. Cela peut être fait par l’intermédiaire d’organisations démocratiques légales d’ouvriers, de magazines d’ouvriers, de la distribution clandestine de brochures, et même grâce à des déclarations du Parti.
Nous pouvons également mobiliser en solidarité avec eux. Cette méthode peut produire une large influence parmi les ouvriers et un degré d’unité venant d’en haut avec les syndicats fonctionnant déjà à l’intérieur de ces entreprises.
A un autre niveau, nous devons envoyer des camarades pour développer clandestinement le travail fractionnaire à partir de l’intérieur de l’industrie. Ce travail doit être fait avec une approche à long terme en faisant attention à éviter la dénonciation. Les camarades effectuant la propagande et élargissant la solidarité à partir de l’extérieur n’ont pas besoin de connaître l’existence du travail mené à partir de l’intérieur. Il n’est pas non plus nécessaire de faire un travail aux deux niveaux dans la même unité.
En raison du caractère décisif de ces industries, l’ennemi est également très conscient du besoin d’empêcher tout révolutionnaire ou toute autre force de lutte véritable d’entrer dans de telles industries. Nous devons donc être très méfiants et prudents en pénétrant et en travaillant au sein de telles entreprises. Tout travail dans des endroits pareils doit se faire sous une couverture, de quelque genre que ce soit.
Le travail fractionnaire est la méthode habituelle. Le travail dans des industries pareilles doit généralement être séparé de tout autre travail dans la zone. Même les rapports dans les comités doivent être réduits, particulièrement dans les phases initiales, avant que toute base ne soit mise en place. Les cadres affectés à un tel travail ne doivent pas être du genre à se retirer rapidement. Une fois affectés, ils ne doivent généralement pas être mutés avant une longue période. Les Révolutionnaires Professionnels générés par ces industries doivent autant que possible être maintenus à l’intérieur de la même industrie, sans qu’il leur soit demandé de quitter leurs emplois.
Etant donné les opportunités actuellement disponibles et notre manque d’intérêt jusqu’ici, nous devons nous préparer à utiliser immédiatement nos forces subjectives limitées de la meilleure manière possible. Selon nos contacts et la qualité de nos forces, nous devons décider de certaines zones et industries sur lesquelles nous devons nous concentrer. Puisqu’un tel travail n’est pas facile à entreprendre, le maintenir requiert l’attention et la guidance des niveaux supérieurs. Compte tenu de l’importance de cette tâche pour l’avenir de la guerre populaire, les comités d’état doivent y prêter attention.
3.5.2.2. Infiltration dans le camp ennemi
Il est très important de pénétrer dans les forces militaires, paramilitaires, dans la police et aux niveaux supérieurs de l’appareil administratif de l’état. Il est nécessaire de se procurer des renseignements en ce qui concerne l’ennemi, de fonder l’appui pour la révolution au sein de ces organes et même de pousser à la révolte quand le moment est venu. D’autres genres d’aide technique sont également possibles.
Les villes sont les bastions de l’ennemi et on y trouve une grosse concentration de forces ennemies. C’est donc à partir des villes que l’attention doit être accordée à cette tâche. Un tel travail peut être fait en tirant parti des contacts obtenus de la part du domaine civil, ou en affectant directement des camarades à la pénétration des rangs ennemis. Quelle que soit la méthode, le travail est de caractère très spécial, et requiert un degré élevé de fiabilité politique, de savoir-faire et de patience. Les comités de niveau inférieur ne doivent pas avoir connaissance d’un tel travail et les détails du travail ne doivent rester qu’entre les camarades directement responsables.
Il y a lieu d’associer à cette tâche un projet pour travailler dans les villes de cantonnement éparpillées partout dans le pays. Un tel travail, même parmi la population civile de ces villes, peut nous donner des renseignements précieux et des ouvertures pour pénétrer dans les rangs ennemis.
3.5.2.3. Envoi de cadres vers les zones rurales et l’APG/APL
Une réserve stable de cadres urbains est nécessaire pour répondre aux besoins du mouvement rural et de la guerre populaire. Cela est nécessaire pour procurer le leadership à la classe ouvrière, ainsi que pour fournir des compétences techniques à la guerre populaire.
Ceci est donc de la responsabilité de toute l’organisation urbaine du Parti, à partir de la cellule jusqu’en haut, ce qui doit inspirer les camarades à se préparer à prendre en main des responsabilités rurales.
La tâche de générer de nouveaux cadres pour le mouvement rural doit toujours se faire devant les divers forums du Parti, qui doivent envoyer ces propositions de transfert de cadres appropriés.
Ce sont les organes de niveau supérieur, tout particulièrement les comités d’état, qui prendront toutefois la décision à cet égard. Les décisions de transfert de cadres doivent tenir compte de manière équilibrée des besoins du mouvement et de l’organisation dans les zones rurales aussi bien que dans les zones urbaines.
Pour répondre au besoin de recrutement d’un grand nombre d’ouvriers, et pour les envoyer dans les zones urbaines, nous devons travailler dans le secteur non-syndiqué où se trouve une proportion écrasante de la classe ouvrière. Tandis que nous avons besoin de travailler dans des industries clés, qui sont dans un secteur syndiqué nous devons, pour des motifs stratégiques, mobiliser et organiser les millions d’ouvriers qui sont dans le segment non-syndiqué. Les conditions de travail sont épouvantables dans ce secteur et les luttes militantes vont sûrement y entrer. La majeure partie de la classe ouvrière a des relations directes avec les poches rurales arriérées, dans certaines desquelles se déroulent déjà des luttes armées. Si nous travaillons patiemment, nous pouvons obtenir un bon recrutement que nous pouvons envoyer dans les zones de luttes armées.

3.5.2.4. Soutien logistique à la lutte armée
L’ennemi trouve tout son soutien logistique dans les zones urbaines. L’Armée Populaire compte toutefois autant que possible sur les zones rurales et les masses rurales. Cependant, pour certaines choses capitales, il y a besoin d’un soutien des zones urbaines. Selon sa puissance, l’organisation urbaine doit s’évertuer à fournir un tel soutien.
Certaines sortes de fournitures ou de contacts pour des fournitures sont uniquement disponibles dans les zones urbaines. Les armes et les munitions, les pièces détachées, certaines sortes de fournitures médicales sont des exemples de telles fournitures.
Aider l’Armée Populaire à mettre en place les voies de ravitaillement à cet égard est une tâche que l’organisation urbaine peut accomplir. Cependant, une fois qu’une telle voie de ravitaillement est constituée, il est préférable qu’elle soit entretenue par l’organisation rurale. Alors que les besoins des zones de base et de guérilla s’accroissent, il y aura même besoin de mettre en place une aile d’approvisionnement et de transport distincte à cet égard.
Les réseaux médicaux de médecins bienveillants et l’utilisation des structures hospitalières pour soigner les combattants de l’APG/APL sont également nécessaires dans les zones urbaines. Cela est nécessaire pour certains cas qui ne peuvent pas être traités avec les équipements disponibles dans les zones de guérilla. Ici aussi, le Parti urbain doit toujours être à l’affût de sources et de contacts pour constituer un tel réseau dans différentes villes. Une fois qu’un réseau a été constitué, il doit toutefois être séparé des organes du Parti qui dirigent le travail de masse urbain.
L’assistance technique sous forme de réparations et d’entretien de l’équipement de combat, de communication et autre de l’APG/APL est un autre domaine dans lequel l’organisation urbaine doit fournir de l’aide.
Le mieux est de préparer les camarades avec des compétences techniques, électriques, électroniques et autres pour qu’ils aillent à la campagne et y prennent en main ces responsabilités. Cela peut également se faire par l’envoi de camarades de la ville pour qu’ils dirigent des stages de formation pour l’APG/APL. Dans certains cas où c’est nécessaire, la réparation de certains équipements peut être faite dans les zones urbaines. Fournir les contacts pour aider à la constitution d’un réseau pour la production de certains articles dans les zones urbaines est également un autre domaine où l’assistance est nécessaire.
Le développement de nouvelles technologies pour la guerre populaire est un autre domaine essentiel. Avec le progrès quotidien de la technologie, il y a de nombreux nouveaux dispositifs qui pourraient être adaptés au service de la guerre populaire. Puisque les grands centres métropolitains sont les points où de telles technologies, ou les renseignements relatifs à ces technologies sont obtenus, la responsabilité de tous les camarades de ces zones serait d’être toujours attentifs à chaque opportunité à cet égard.
Les propositions et les dispositifs obtenus ou développés doivent être envoyés aux comités supérieurs pour examen et mise en œuvre. Puisqu’à l’avenir, il serait nécessaire de créer des ailes distinctes de recherche et de développement à cet égard, la tâche de l’organisation urbaine serait de développer les camarades appropriés pour un tel travail.
Toutes les tâches logistiques précitées ne peuvent être exécutées avec succès que lorsque tous les camarades urbains sont sensibles et vigilants à ces besoins et présentent continuellement des suggestions, des propositions et des contacts à cet égard. Et au plus grande et au plus profonde est la base de la masse urbaine, au meilleure est la possibilité de vraiment fournir une assistance au travail rural. Cependant, nous devons nous rendre compte que cette tâche ne peut pas être accomplie soudainement en réponse à des besoins d’urgence. Les réseaux logistiques doivent être constitués dans une clandestinité absolue pendant une période de temps. Des camarades distincts doivent être affectés à un tel travail, et une fois qu’ils sont affectés de cette façon, ils doivent être libérés de tout autre travail et totalement séparé du travail de masse. Ce n’est que de cette manière que nous pouvons créer des réseaux qui peuvent être aux services des besoins à long terme de la guerre populaire.
3.5.3. Opérations militaires urbaines sous les ordres de la direction centrale
Bien que la campagne soit la zone principale des opérations de l’Armée Populaire, certains objectifs militaires ont besoin d’être remplis grâce à des opérations dans les zones urbaines. Cela exige même la création de structures permanentes de l’APG/APL dans les villes.
3.5.3.1. Equipes d’action dans la ville
Ces équipes d’action sont de petites équipes clandestines de soldats disciplinés et qualifiés de l’APG/APL qui sont définitivement basés dans les villes pour atteindre des cibles ennemies importantes et choisies. Ces objectifs peuvent être la suppression d’individus ayant une importance militaire ou des actions de sabotage telles que de faire exploser des dépôts de munitions, de détruire les réseaux de communications, d’endommager des installations pétrolières, etc. Ces équipes d’action qui font partie de la force principale de l’APG/APL, accomplissent ces actions sous les conseils et les ordres de leur commandement respectif. Par conséquent, ces équipes ne doivent avoir aucun rapport que ce soit avec la structure urbaine locale du Parti. La sélection des cibles et le moment des opérations doivent aussi être basés sur les besoins politiques et militaires d’ensemble de la guerre populaire. Cependant, l’équipe clandestine doit avoir une large compréhension des plannings et des projets des programmes des organisations de masse publiques. Cela pourrait, lorsque c’est possible, aider à éviter les problèmes en raison d’une contradiction entre les projets publics et clandestins.
Les détails quant au rôle, aux tâches, à la formation et à l’éducation des équipes d’action de la ville doivent être assumés par la Commission Militaire Centrale (CMC).
3.5.3.2. Renseignements centraux
Puisque l’ennemi est concentré dans les grandes villes, il est très important que notre Parti développe un réseau pour se procurer et analyser les renseignements politiques et militaires aux niveaux supérieurs.
En plus des renseignements humains, nous pouvons utiliser internet et d’autres moyens électroniques modernes pour rassembler des informations en pénétrant dans les réseaux de l’ennemi. Il est nécessaire d’attribuer une responsabilité distincte pour cela.
L’organisation urbaine du Parti peut fournir des contacts et des individus pour ce travail. Toutefois, une fois qu’ils se voient confier ce travail, ils ne conservent aucun rapport avec l’organisation locale. De tels réseaux sont dirigés et guidés par les organes supérieurs du Parti.
3.5.3.3. Cyber-guerre
Nous devons, dans la mesure du possible, utiliser les ordinateurs et les réseaux internet pour servir les objectifs militaires de la révolution. Bien que nous soyons aujourd’hui assez éloignés de cette éventualité, nous devons avoir la perspective de créer des unités ayant pour tâche d’endommager les réseaux militaires et les autres réseaux importants de l’ennemi.
La possibilité de constituer une structure pareille dépend toutefois essentiellement du développement du mouvement de masse urbain et de la capacité de l’organisation urbaine du Parti à attirer et à réunir des camarades ayant les compétences requises pour un tel travail.
3.6. Projets au niveau de toute l’Inde et de l’état
La politique et les directives données ci-dessus donnent la tendance politique et organisationnelle de notre travail urbain. Elles constituent la base sur laquelle notre travail dans les diverses villes doit être réorganisé. Cependant, il n’est pas suffisant de ne réorienter notre travail qu’au niveau des villes particulières. Donner un projet et une direction au travail urbain global dans un état précis, et dans tout le pays, basés sur les conditions objectives concrètes et la situation des forces subjectives est une tâche tout aussi importante.
Il est également nécessaire de relier et de coordonner les tâches du mouvement urbain aux besoins globaux de la révolution dans le pays ou dans un état précis. Dans une certaine mesure, il y a aussi besoin de coordonner le mouvement urbain avec nos responsabilités internationales tant au niveau de l’Asie du Sud qu’un niveau global.
Le boulot d’établir des projets pareils et de les exécuter doit être pris en main par les comités à leurs niveaux respectifs. Nous présentons ici le point de départ pour l’élaboration de tels projets.
3.6.1. Facteurs gouvernant la perspective de projet pour toute l’Inde
Formuler une perspective de projet pour toute l’Inde signifie fondamentalement de choisir des villes, des industries ou des régions où nous devons nous concentrer et auxquelles il faut donner la priorité. Cela peut en outre vouloir dire d’évaluer les forces subjectives disponibles et de déterminer la répartition appropriée.
Les éléments principaux pour décider des zones de concentration sont:
1) La perspective et le projet de zones de guérilla et de zones de base dans toute l’Inde: Puisqu’au fond, le mouvement urbain joue un rôle complémentaire à la lutte armée rurale, le projet de développer la lutte armée dans toute l’Inde est un facteur capital pour déterminer notre schéma de concentration pour le travail urbain. Nous devons attacher de l’importance aux villes qui peuvent jouer un rôle direct dans l’aide et le renforcement de nos zones de base et de guérilla.
2) Concentration de la classe ouvrière: La classe ouvrière est le foyer principal de nos efforts dans les zones urbaines. Nous devons donc viser les villes et les régions où il y a une concentration élevée de la classe ouvrière industrielle. Nous devons juger de l’importance de la classe ouvrière d’une région, pas seulement d’après sa quantité, mais nous devons également tenir compte de son rôle sur le plan de la lutte. Dans certains centres, la classe ouvrière a une tradition de lutte influençant et fournissant ainsi un leadership aux zones environnantes. Certaines villes ont de solides organisations de la classe ouvrière qui jouent un rôle décisif dans les luttes au niveau de toute l’Inde. De tels éléments doivent également être pris en compte pour donner de l’importance à un centre particulier. Une autre préoccupation importante à court terme est l’aiguisage des contradictions de classe. Un centre ou une industrie confrontée à des luttes pénétrantes et grandissantes est mieux adapté pour commencer le travail.
3) Importance pour les classes dirigeantes: Certaines villes comme Delhi et Mumbai ont une grande importance politique et économique pour la classe dirigeante. D’intenses mouvements dans de telles villes désemparent et paralysent la classe dirigeante et y ont plus d’impact.
4) Industries clés: Il faut donner de l’importance aux centres d’industries clés étant donné qu’ils ont le potentiel pour jouer un rôle important dans la guerre populaire.
5) Villes d’importance militaire: Il faut également donner de l’importance à ces villes parce qu’elles offrent l’occasion de s’infiltrer dans les rangs ennemis.
3.6.2. Projets pour l’état
Les comités d’état doivent analyser et identifier les principales sortes de zones urbaines et industrielles dans leurs états. Sur base d’une telle analyse, les zones prioritaires doivent être sélectionnées, en n’oubliant pas les critères suivant: i) la perspective rurale de l’Inde et de l’état, aussi bien que la perspective urbaine de l’Inde. ii) la concentration de la classe ouvrière et l’aiguisage des contradictions de classe. iii) la concentration des étudiants et d’autres sections de la petite bourgeoisie et leurs luttes. iv) l’importance politique à l’intérieur de l’état. v) les industries clés. Une analyse de classe des villes majeures choisies pour le travail doit aussi être faite.
Décider des zones prioritaires donne la direction générale pour la répartition des forces subjectives qui sont ou peuvent devenir disponibles.
4. Critique de notre conception et de notre pratique
Suite à la vague de Naxalbari et au moment du 8e (1er) Congrès de notre Parti en 1970, nous avions un impact et une influence considérable dans de nombreuses villes. Nous étions une force puissante à Kolkata, la plus grande ville du pays à ce moment là. La vague révolutionnaire a inspiré les ouvriers dans différents centres industriels, en particulier à Kolkata, Durgapur, Coimbatore, Jamshadpur et Dhanbad.
Cependant, en raison de la mauvaise compréhension en ce qui concerne les organisations de masse et les luttes de masse répandue dans notre Parti à ce moment-là, nous n’avons pas pu entretenir et développer notre influence. Notre politique était que « notre tâche n’est pas d’organiser les syndicats ni de les soumettre à notre contrôle, ou de nous inquiéter des élections syndicales. Notre tâche est de bâtir des organisations clandestines du Parti parmi les ouvriers » (Our Party’s Tasks among the Workers, Deshabrati, 12 mars 1970). Nous avons ainsi en fait boycotté les syndicats, qui ont en conséquence été détachés de la classe ouvrière.
De la même façon, le mauvais accord pour mettre l’accent sur la guerre de guérilla urbaine, lorsqu’aucune condition n’était réunie pour cela, a conduit à un contretemps dans notre travail dans la ville.
Bien qu’à cette époque, il n’y avait aucune circulaire ni aucun document politique quant au travail urbain ou sur la classe ouvrière, il y avait certains articles ou certaines notes du Camarade CM, qui étaient publiées dans les magazines du Parti, et qui ont servi de lignes directrices pour notre travail.
4.1. Circulaires et politiques précédentes
Par la suite, notre Parti a fait certaines tentatives pour formuler des directives pour notre travail urbain et sur la classe ouvrière. Elles ont été rares, mais d’une grande portée. En plus des sections sur le travail urbain dans nos différents documents stratégiques et tactiques et nos comptes-rendus de conférence, les documents principaux quant à la politique ont été la circulaire sur Towns and Cities; Our Programme and Organisation publiée par le Comité de l’Etat d’Andhra Pradesh en 1973, le Guidelines for Working Class Front publié par le Comité Central d’Organisation du PU d’autrefois en 1987 et le Review of Our Documents «Methods of Working in Towns» publié par l’ASPC du PW d’autrefois en 1995, dans lequel le précédent document de 1973 était révisé.
4.1.1. Circulaire de 1973
Bien que ce document n’était destiné qu’à être une circulaire offrant des méthodes pour dissiper les contradictions entre les besoins du travail public et ceux du travail clandestin, il a également donné une conception explicite quant aux programmes, aux tâches et aux formes d’organisation pour la classe ouvrière, les étudiants et d’autres fronts. C’est pour cette raison qu’il a servi de document principal dominant le travail urbain pendant de nombreuses années dans le Punjab occidental d’autrefois.
Le document de 1973 a joué un rôle important en donnant la bonne direction au travail urbain. Les points essentiels pour lesquels il a présenté une conception correcte étaient:
1) Il a corrigé la majeure partie des précédentes idées erronées concernant les organisations de masse et la lutte de masse.
2) D’une manière générale, il a donné la démarche stratégique correcte pour le travail urbain, selon laquelle le Parti doit, dans les villes, utiliser des méthodes clandestines pour se protéger contre l’ennemi, jusqu’au dernier stade de la libération des villes à partir de la campagne.
3) Avec justesse, il a affirmé que dans les villes, nous devons principalement nous concentrer parmi les ouvriers.
Pour en venir à ses limites, ce n’était pas un document détaillé du travail urbain, et il traitait davantage des problèmes immédiats auxquels nous faisions alors face dans les zones urbaines. Il contenait des conceptions erronées telles que: nous ne devons pas prendre les postes de membre du comité directeur dans les syndicats, nous ne devons pas organiser de syndicats indépendants tous seuls, et ainsi de suite.
Ceci était dans la continuation de la précédente mauvaise conception quant aux organisations de masse.
La circulaire de 1973 a joué un rôle significatif dans la période initiale. Mais dans les années suivantes, avec la progression rapide des organisations de masse dans les zones urbaines, il n’y a eu aucune tentative pour corriger la conception et pour davantage développer la circulaire de manière globale. Par conséquent, un grand nombre des formules importantes du document ne sont pas mises en œuvre en pratique.
Bien que le document ait exposé que la concentration principale doit être sur la classe ouvrière, l’accent dans les zones urbaines était davantage mis sur les étudiants et la jeunesse. L’interdiction de prendre les postes des membres du comité directeur dans les syndicats et l’opposition à constituer des syndicats séparés n’étaient pas non plus exécutés dans la pratique. Tout ceci a été effectué sans développer formellement une nouvelle conception politique.
4.1.2. Directives de 1987
Ces directives ont été formulées conformément à l’appel, en 1987, du Conférence Centrale du Punjab d’autrefois pour ‘s’emparer sérieusement du travail dans le front de la classe ouvrière’. Ce document a présenté de manière concise et claire, la situation objective et subjective du rapport avec la classe ouvrière, nos tâches et nos politiques, et un projet de travail. Le document a été d’une grande portée grâce à sa présentation d’une conception correcte quant au rôle de premier plan de la classe ouvrière dans la révolution. Il a insisté sur le rôle de dirigeante des luttes de la classe ouvrière et de l’envoi de détachements avancés à la campagne, et sur la responsabilité du Parti dans la préparation de la classe ouvrière à ce rôle.
Le défaut majeur du document était son manque d’intérêt pour une approche stratégique du travail urbain. Ainsi, il n’y avait aucune conception du rapport et de la coordination entre le travail public et le travail clandestin, ni concernant le besoin de protéger et de développer nos forces urbaines pour longtemps, jusqu’aux stades ultérieurs de la guerre populaire.
Le projet du document n’a pas été sérieusement exécuté et n’a pas non plus été révisé. Par conséquent, il ne pouvait pas avoir un impact majeur.
4.1.3. Révision de 1995
L’ASPC’s Review du Punjab occidental d’autrefois ne s’est pas limité à une simple révision du document précédent. Il a également fixé les objectifs et les tâches du mouvement urbain dans l’Andhra Pradesh. C’était un développement de la circulaire de 1973.
Un point significatif que le document a correctement révisé était le manque de concentration nécessaire pour le travail urbain. Il a conclu que malgré que nous ayons correctement attaché de l’importance à la révolution agraire et aux zones de guérilla, nous ne nous sommes pas concentrés sur les villes dans la mesure requise. Il a analysé les déplacements spontanés depuis les zones urbaines vers les zones rurales et a fait remarquer le manque d’une perspective à long terme pour le travail urbain. Il a également corrigé la mauvaise conception du document de 1973 quant au fait de ne pas prendre les postes des membres du bureau dans les syndicats.
Le document n’a toutefois pas tenté de présenter une politique globale pour le travail urbain. Il n’a pas non plus provoqué la nécessaire réorganisation du travail.
4.2. Nos principaux défauts
Les documents et les révisions précités établis au cours de congrès et de réunions plénières à différents niveaux ont attiré l’attention sur différents défauts et faiblesses dans notre travail urbain à divers stades. Il est nécessaire de développer une illustration globale de nos principaux défauts dans leur ensemble.
4.2.1. Manque de concentration sur le travail urbain
Durant les trente dernières années, et dans la majeure partie des zones de travail principales du Parti, il y a eu un mépris à l’égard des tâches du mouvement et du Parti urbain. Comme l’a conclu le POR du 9ème Congrès, ‘nous ne sommes pas parvenus à comprendre le rapport dialectique entre le mouvement rural et le mouvement urbain. Ayant compris de manière mécanique la formule selon laquelle le travail rural est primaire et le travail urbain secondaire, nous n’avons concentré la plupart de nos forces dirigeantes sur le travail rural’.
Par conséquent, une culture a été créée dans l’organisation selon laquelle seul le travail rural était considéré comme un travail de terrain ou comme zone de travail pour la lutte, tandis que les zones urbaines étaient considérées comme hors du terrain, zone de non-lutte.
Tous les meilleurs cadres et les plus engagés ont par conséquent opté pour, et ont été mutés hors du terrain urbain. Ainsi, comme l’indiquent de nombreux exemples de la révision de 1995, les cadres ont soudainement été transférés à l’extérieur des zones rurales sans tenir compte de l’avenir des zones urbaines, qui étaient vidées.
La manifestation la plus grave de cette conception se trouvait toutefois dans le manque sévère de concentration et de spécialisation des comités supérieurs. Très peu étaient affectés aux tâches du mouvement urbain, et même ceux qui en recevaient la responsabilité étaient généralement accablés par de nombreuses autres tâches.
Cela a abouti à de graves problèmes à divers niveaux. Sans des cadres de niveau supérieur dirigeant le travail dans ce domaine, la possibilité de corriger la mauvaise conception aux niveaux inférieurs en ce qui concerne l’approche stratégique à long terme était peu élevée, bien qu’il ait été fait référence de cette erreur maintes et maintes fois dans nos révisions et nos documents. Sans spécialisation, il n’y avait non plus aucun espoir que les comités supérieurs eux-mêmes approfondissent leur pauvre compréhension des problèmes de mise en œuvre de l’approche stratégique. Sans une spécialisation et une affectation des camarades de niveau supérieur, les vieilles erreurs n’ont fait que se poursuivre.
Tout ceci a eu lieu malgré notre conception, renouvelée dans les documents, selon laquelle l’importance des zones urbaines en Inde augmente, la proportion de la classe ouvrière et de la population urbaine en Inde est beaucoup plus élevée qu’elle ne l’était à l’époque de la révolution chinoise et que pour cette raison, les zones urbaines et la classe ouvrière en Inde auront un rôle relativement plus important à jouer dans la révolution.
Aujourd’hui, les zones urbaines avec 28,7% de la population et plus de 60% du Produit Intérieur Brut, avec un grand nombre de mégapoles et une classe ouvrières de dizaines de millions de personnes ont un rôle croissant à jouer dans le pays et dans l’économie, et aussi dans la révolution. Il est par conséquent absolument nécessaire de corriger rapidement le déséquilibre dans notre concentration sur les tâches du mouvement urbain.
Il est avant tout nécessaire d’augmenter notre affectation de camarades de niveau supérieur au travail de terrain urbain. Il est nécessaire d’augmenter les niveaux de spécialisation et de connaissance des comités de niveau supérieur quant au travail urbain. Et il est également nécessaire, lorsque c’est possible, d’affecter aussi des camarades appropriés à d’autres niveaux, ou au moins de donner une plus grande considération aux besoins du mouvement urbain, et ce également en décidant des transferts hors des villes.
4.2.2. Manque de concentration sur la classe ouvrière dans le travail urbain
Le document de 1973 avait correctement spécifié que dans les zones urbaines, nous devions surtout nous rassembler parmi les ouvriers.
Puisque notre mouvement avait fait face à un grave revers en 1972 et que les projets pour mettre le mouvement sur la bonne voie étaient sur pied, nous avons eu besoin de renforcer nos forces subjectives à un rythme plus rapide. Pour parvenir à cela, nous nous sommes concentrés sur les étudiants et les jeunes sous un angle concret, mais cette pratique n’était fondée sur aucun principe théorique.
Quand nos forces ont eu augmenté et que nous étions en meilleure position, nous avons fait des plans pour pénétrer dans la classe ouvrière. Dans le processus de l’attaque de l’ennemi et des faiblesses constantes de notre travail dans les zones urbaines, nous sommes devenus très vulnérables alors que les pertes sont montées en flèche. Le manque d’une approche globale envers le travail urbain et le manque de concentration de la part du leadership sont les raisons principales de nos faibles racines dans la classe ouvrière.
4.2.3. Négligence du développement de la direction du Parti à partir du prolétariat
Malgré que la Parti soit celui de la classe ouvrière, le recrutement d’ouvriers a été peu élevé, et le leadership du prolétariat lui est encore inférieur. La raison de ceci est en partie due à notre insuffisance de concentration sur les ouvriers, et tout particulièrement sur les ouvriers syndiqués qui ont beaucoup plus de potentiel pour le leadership.
Bâtir le leadership à partir des ouvriers exige une attention et un effort délibérés. A moins que nous ne nous rendions compte de l’importance de la construction du leadership de la classe ouvrière, nous n’ajouterons pas les efforts nécessaires pour y parvenir. Ce n’est qu’au 9ème Congrès que nous nous sommes expressément résolus à donner de l’importance à cette tâche. Nous devons maintenant la mettre en pratique.
4.2.4. Manque d’une profonde compréhension de la démarche stratégique dans le travail urbain
Dans nos documents, nous avons régulièrement donné à l’approche stratégique à long terme une importance primordiale et depuis quelques années, avons envisagé que le manque de cette approche ait été la cause de la plupart de nos pertes dans les zones urbaines. Cependant, nous l’avons simplement compris, ou expliqué au niveau d’une exécution plus stricte des précautions techniques et des méthodes clandestines de fonctionnement. Nous n’avons pas compris que l’approche stratégique correcte est essentiellement de réorienter et de réorganiser fondamentalement tout le travail urbain en se basant sur la combinaison efficace de formes d’organisations légales et illégales.
Sans accepter, comprendre profondément et éduquer tous les niveaux en ce qui concerne l’approche stratégique envers le mouvement urbain, nous ne pouvons pas provoquer de changement qualitatif dans notre travail urbain.
Une mobilisation et une organisation des masses la plus large possible est indispensable pour défier l’accablante domination de l’ennemi dans les zones urbaines. Un fonctionnement clandestin et un maintien de nos forces à long terme n’est possible que dans le contexte d’un vaste et profond mouvement de masse.
Puisque nous travaillons avec pour toile de fond des conditions semi-féodales et semi-coloniales, nous avons besoin de prendre part aux luttes et aux actions militantes contre l’administration étant donné que la majorité de la classe ouvrière industrielle est employée dans le secteur non-syndiqué et est obligée de travailler dans des conditions insupportables sans aucun accès aux lois minimales de protection du travail. Nous ne pouvons toutefois pas sans cesse reproduire dans la ville les tactiques offensives adaptées au mouvement rural et espérer survivre simplement sur base d’un fonctionnement technique plus strict.
Comprendre stratégiquement la puissance de l’ennemi dans la ville signifie d’accepter que nous ne pouvons pas ouvertement le défier sur une base militaire. Par conséquent, nous ne pouvons pas espérer utiliser régulièrement la puissance armée pour menacer les propriétaires d’usine, pour mener des négociations par l’intermédiaire d’organisateurs clandestins, ou pour supprimer des directeurs comme il est possible de le faire dans les zones rurales de guérilla. Et nous ne pouvons pas espérer être capable de faire toutes ces choses et de toute de même survivre en utilisant simplement de meilleures méthodes techniques.
Ceci ne nie bien sûr pas l’importance indiscutable du maintien strict de précautions techniques, de couvertures naturelles, du fonctionnement par couches, et de tous les autres moyens propres au fonctionnement clandestin dans le travail urbain. Nous devons réévaluer complètement nos méthodes techniques dans toutes les villes et la réorganisation totale de notre mécanisme clandestin doit être une partie essentielle de la réorganisation de notre travail urbain. Nous devons cependant comprendre que le fonctionnement clandestin n’est qu’un aspect important de l’approche stratégique pour conserver nos forces pour longtemps. Le fonctionnement clandestin est lui-même basé sur la mobilisation et le soutien des larges masses.
4.2.5. Manque de clarté sur la combinaison des différentes sortes d’organisations de masse
Nous n’avions pas la clarté quant aux diverses formes de mobilisation des masses dans les zones urbaines et de comment les combiner intelligemment selon la situation concrète, le flux et le reflux du mouvement.
Nous avons d’abord mis l’accentuation principale sur les organisations de masse révolutionnaires publiques qui gardaient des rapports clairs avec le Parti. Avec l’assaut de la répression, nous avons essayé de gérer ces organisations clandestinement et essayé de tout de même mobiliser les masses principalement par leur intermédiaire. Ce n’est que beaucoup plus tard que nous avons compris que les organisations de masse clandestines ne pouvaient pas être la seule forme de mobilisation de masse dans les zones urbaines dans des conditions de répression. Ce n’est qu’alors que nous avons introduit le concept d’organisation de couverture.
Même à ce moment-là, nous avons mis un accent démesuré sur la création de nouvelles organisations de couverture, et n’avons pas donné une importance suffisante au travail fractionnaire au sein d’organisations de masse existantes travaillant déjà parmi la population. Nous n’avons pas compris qu’un tel type de travail fractionnaire est une forme importante pour organiser les masses dans les zones urbaines qui sont toutes contrôlées et réprimées par l’ennemi.
Nous pensions que seules ces organisations, explicitement sous le contrôle du Parti, étaient des organisations révolutionnaires. Nous n’avons pas vu que grâce à un travail fractionnaire adéquat, nous pouvons rester sous le couvert et pourtant guider une organisation pour qu’elle joue un rôle révolutionnaire.
Notre culture quant aux organisations de couverture a aussi donné un accent unilatéral à l’aspect du maintien de la couverture de l’organisation et de prévention de sa dénonciation. Nous n’avons pas souligné l’aspect que la mobilisation la plus large des masses et l’unification d’importantes sections de masses indépendantes sous les ordres des organisations de masse fournissent la meilleure couverture possible.
Nous n’avons pas davantage compris la notion, le rôle, et l’importance du mouvement et des organisations démocratiques légales. Ici aussi, nous avons uniquement compris que nous devions limiter le programme et les tâches afin de maintenir la légalité. Nous n’avons pas vu l’importance d’unifier les sections les plus larges prêtes à travailler fermement sur un programme minimum.
Après des années d’expérience, nous avons corrigé certaines de ces fausses idées sectaires. Mais nous avons besoin d’encore davantage développer notre compréhension et notre éducation à tous les niveaux quant au rôle, à l’importance et à l’utilisation de l’organisation démocratique légale à l’intérieur du mouvement urbain.
Nous avons constitué plusieurs organisations de masse clandestines à différents moments. Bon nombre de ces organisations de masse clandestines étaient créées après une sévère répression sur les organisations de masse révolutionnaires publiques les empêchant de fonctionner. Notre réponse à la répression était alors de gérer ces mêmes organisations dans la clandestinité.
Notre unique changement alors que nous gérions les organisations clandestines concernaient les méthodes de fonctionnement clandestin. Nous espérions que les organisations clandestines exécuteraient les mêmes fonctions et les mêmes tâches qui étaient précédemment exécutées par les organisations publiques. Nous n’avons pas vu le besoin de changer considérablement le rôle, les tâches et la structure de la nouvelle organisation clandestine.
Nous devons comprendre les limites des organisations clandestines à effectuer une large mobilisation de masse comme les précédentes organisations de masse révolutionnaires publiques. Nous devons donc confier de telles tâches à l’organisation clandestine qui est la mieux placée pour les accomplir - comme la propagande révolutionnaire clandestine, organiser les masses clandestinement et mettre en œuvre des actions militantes lorsque c’est nécessaire. De plus, nous pouvons réaffecter ces forces non-exposées de l’ancienne organisation révolutionnaire publique au travail fractionnaire ou à d’autres sortes de travail de couverture. Cela garantirait la continuation de la tâche de mobilisation des masses par l’intermédiaire d’autres moyens.
4.2.6. Négligence dans le fonctionnement clandestin
Notre POR a énuméré en détail la liste des différentes défaillances du fonctionnement clandestin, comme de ne pas créer de couverture, de ne pas bâtir ni fonctionner par l’entremise de couches, et d’autres erreurs techniques. A la racine de ces erreurs se trouve notre compréhension superficielle de l’approche stratégique à long terme, et notre manque d’une compréhension convenable de l’équilibre et du rapport entre le travail public et le travail clandestin. Une approche de raccourci et de résultats rapides, et le libéralisme, sont des raisons supplémentaires de ces erreurs.
4.2.7. Manque d’une perspective pour toute l’Inde
Ceci est également un défaut. Au cours de la période précédente, lorsque le travail urbain n’était limité qu’à quelques parcelles, la gravité de ce manque était relativement moindre. Cependant, avec l’intensification de la guerre populaire et l’expansion du Parti dans la plupart des centres urbains majeurs du pays, la nécessité d’avoir une perspective urbaine et de la classe ouvrière pour toute l’Inde est devenue urgente. Nous devons établir une telle perspective et planifier le déploiement et l’utilisation de nos forces subjectives sur cette base.
4.3. Défaut principal dans notre conception
Les défauts mentionnés ci-dessus sont fondamentalement enracinés dans notre compréhension défectueuse en ce qui concerne le rôle du travail urbain, et tout particulièrement le rôle de la classe ouvrière dans la révolution indienne.
Comme mentionné précédemment dans ce document (point 3.1.1.), le 9e Congrès a donné une compréhension précise et claire quant au rôle de la classe ouvrière dans la révolution. Bien que nous ayons l’exacte compréhension du rôle de la classe ouvrière à la tête de la révolution, nous n’avons pas pu fournir de cadres suffisants pour nous concentrer sur la classe ouvrière. Il n’y avait pas beaucoup de concentration sur la part du leadership étant donné que nous nous concentrions sur la construction de la révolution agraire.
Bien que nous ayons affecté des cadres au développement du mouvement de la classe ouvrière, en raison d’un manque d’approche à long terme et à cause de la répression, nous avons perdu un grand nombre de précieux cadres qui travaillaient dans les zones urbaines, et avons subi de lourdes pertes. Bien que n’existant pas au niveau théorique, il y avait dans une certaine mesure, une façon de penser erronée dans les esprits des comités de Parti à différents niveaux, selon laquelle nous avions besoin de nous reposer sur les sections de la petite bourgeoise, comme les étudiants, pour développer les cadres de premier plan. Cela s’est reflété, dans une large mesure, dans notre pratique dans divers états.
Un facteur important ayant contribué à cette pratique est la facilité relative avec laquelle nous pouvons recruter des cadres dans les étudiants et les jeunes comparés aux ouvriers, et la pression des besoins immédiats de la révolution qui doivent être exécutés.
Le 9e Congrès a donné comme tâche de construire la base prolétarienne et de développer les cadres de premier plan dans la classe ouvrière. Si nous rectifions nos erreurs, si nous tirons les leçons du passé, nous pouvons assurément surmonter le défaut actuel.
5. Tâches immédiates
Après avoir formulé la politique et les directives pour le travail urbain, et après avoir fait le point sur notre passé, le POR du 9e Congrès prie le Parti de déclencher une campagne pour réorganiser le travail selon les nouvelles directives. Mettre en œuvre systématiquement et complètement cet appel à la campagne du POR doit par conséquent être l’objectif principal de nos tâches immédiates. Selon la réalité objective et la situation subjective dans nos zones respectives, et en nous basant sur notre Politique et nos Directives, nous devons établir un programme point par point judicieux, par domaine, pour élever le Parti, évaluer notre travail, identifier les domaines à changer, formuler des projets et des perspectives concrets et suivre leur réalisation de manière approfondie.
5.1. Mettre en place une spécialisation urbaine et sur la classe ouvrière dans les comités supérieurs
Les comités les plus hauts doivent être le point de départ. Dans les CC, BP et BR et dans ces CS où il y a la possibilité d’un travail urbain considérable, il doit y avoir une affectation de membres pour qu’ils se spécialisent dans le travail urbain. Lorsque le volume et la nature du travail l’exige, des sous-comités doivent être constitués.
Leurs tâches seront de mettre en œuvre complètement la politique et les directives urbaines; d’étudier attentivement et de résoudre les problèmes sur le terrain; d’étudier l’ennemi, de prévoir ses mouvements et de pré-planifier en conséquence; d’élaborer une théorie fondée sur les expériences du terrain, et par conséquent, de centraliser l’abondance de nouvelles idées émergeant constamment du terrain afin qu’elles puissent rapidement être appliquées à tous les endroits. A ce stade, les mêmes camarades devront également se concentrer sur les tâches du domaine de la classe ouvrière.
Cela signifie coordonner le travail sur la classe ouvrière dans les différents centres, guider les organisations et les fronts de la classe ouvrière, préparer les programmes et les matières pour l’éducation et la formation politique des cadres dans le travail sur la classe ouvrière, étudier les tendances en voie de développement dans le mouvement de la classe ouvrière et planifier en conséquence, et répondre par des décisions rapides au niveau politique et tactique aux nombreuses manifestations spontanées se produisant au milieu de la recrudescence actuelle des luttes de la classe ouvrière.
5.2. Formuler une perspective et des projets au niveau de toute l’Inde et de l’état
Les comités supérieurs (et particulièrement les camarades alloués à se spécialiser) doivent formuler et choisir une perspective pour les zones et les industries urbaines à leurs niveaux respectifs. Décider d’une perspective donne la priorité et la voie grâce auxquelles planifier concrètement. Cela garanti que l’affectation des forces subjectives n’avance pas spontanément mais selon un plan.
En étudiant le processus urbain à la lumière de notre politique et de notre stratégie, et sur base d’une analyse de la ville et d’une analyse industrielle, il faut décider des villes et des industries sur lesquelles se concentrer. Une simple analyse de classe des zones de travail existantes et des villes potentielles doit également être menée. Cela servira à déterminer la priorité et à prendre des décisions concrètes.
La répartition réelle se fera naturellement sur la base des forces subjectives disponibles et des projets globaux du comité responsable. Cependant, nous devons, en affectant les forces pour le travail urbain, être prudents et n’assigner que des camarades qui auront une bonne chance de s’adapter au travail urbain et de le poursuivre pour un certain temps. Contrairement aux zones rurales dans lesquelles la retraite d’un camarade n’amène pas forcément beaucoup de dénonciation, la retraite d’un camarade urbain pour conduire à de considérables problèmes pour une organisation urbaine.
5.3. Réorienter et réorganiser les organisations urbaines avec une démarche stratégique à long terme
Un grand nombre de nos zones de travail urbain ne travaillent pas conformément à une approche stratégique à long terme. Beaucoup de zones ont du fermer définitivement en raison de la dénonciation et des pertes. De nombreuses zones ont essayé d’introduire une approche stratégique grâce à une méthode par tâtonnements provenant des expériences quotidiennes de terrain de confrontation à l’ennemi. Elles ont fait des progrès considérables mais des insuffisances demeurent. Par conséquent, aujourd’hui, différentes zones suivent des pratiques différentes fondées non seulement sur les différents niveaux de répression auxquels elles sont confrontées mais également sur des facteurs subjectifs tels que l’approche du leadership de la zone et de l’état ou les modèles et les styles de travail différents hérités du passé. Cela a continué en raison du manque d’intérêt pour le travail urbain en général, et en particulier en raison de l’absence d’un assortiment commun de politique et de directives partout dans le Parti. Ayant maintenant adopté une politique et des directives communes, nous devons travailler à réorienter et à réorganiser le travail urbain dans le Parti avec une approche stratégique à long terme.
Cette tâche doit être prise en main comme une campagne étroitement guidée et suivie par les comités d’état. Cela doit être un processus point par point impliquant l’éducation de tous les cadres urbains conformément à la politique urbaine, en insistant particulièrement sur les divers aspects de l’approche stratégique à long terme; en évaluant le fonctionnement et la structure de l’organisation urbaine à tous les niveaux - tant de l’organisation du Parti que des masses - et en prenant des décisions pour corriger ou améliorer les pratiques existantes; en fixant les objectifs pour exécuter les changements choisis et en faisant le suivi afin qu’ils soient mis en œuvre selon le plan; et si nécessaire, par la réaffectation des forces selon l’évaluation précitée et aussi selon la perspective de projets établie par les comités supérieurs.
L’élément essentiel pour la mise en œuvre efficace d’une telle campagne est la participation la plus étroite possible des comités supérieurs. Des questions, des doutes, et des problèmes pratiques vont sûrement apparaître au cours de la mise en œuvre. Les résoudre exige la participation des membres du comité supérieur qui peuvent fournir des réponses et imaginer des façons de résoudre n’importe quel problème potentiel. Ce que nous devons viser à faire est de nous assurer que chaque membre du Parti et que chaque militant opérant dans la ville comprenne profondément l’approche stratégique à long terme, ait une pleine croyance et une pleine confiance dans cette conception, l’exécute dans la pratique quotidienne et tente de la développer à de nouveaux niveaux.
5.4. Mobiliser largement les masses urbaines, particulièrement la classe ouvrière
En ce qui concerne la mobilisation de masse, nous devons d’abord corriger la méprise selon laquelle l’approche stratégique à long terme de la sauvegarde de nos forces signifie de restreindre notre organisation de masse aux seules étroites organisations de masse clandestines. Tous les camarades doivent comprendre que la préservation et les protections de nos forces n’est possible que dans le giron des larges masses. C’est pour cette raison que nous devons avoir recours à l’ organisation de masse légale la plus large possible en gardant le bon équilibre entre les forces légales et illégales d’organisation et de lutte. Cette voie à l’égard de la mobilisation large des masses doit être une des composantes capitales de la campagne pour réorienter et réorganiser le Parti.
Nous devons mobiliser grâce au travail fractionnaire dans différents genres d’organisations existantes et par l’intermédiaire de différentes organisations de couverture et constamment concevoir de nouveaux moyens inventifs pour aller parmi les masses sans être dénoncés. Nous ne devons pas nous inquiéter excessivement du fait que nos luttes et nos slogans ne soient pas assez rouges et révolutionnaires. A condition que nous soyons parmi les masses et que nous les attirions dans la lutte, nous serons en mesure de les politiser et de les attirer dans la ligne révolutionnaire et dans le Parti.
Lorsque c’est nécessaire, et où il est possible de mobiliser sur une grande échelle, nous devons également constituer ou prendre part à des organisations démocratiques légales. Ainsi, nous pouvons faire sortir les masses en grand nombre avec un programme démocratique. Nous ne devons toutefois pas faire une telle mobilisation où il est probable que les quantités soient peu nombreuses ou que nos forces aient de fortes chances d’être démasquées.
L’objectif principal de la mobilisation et de l’organisation des masses dans les villes doit être la classe ouvrière. Nous devons prêter une attention particulière aux syndicats et aux autres organisations de la classe ouvrière. Nous devons également nous organiser dans les ‘bastis’, où la classe ouvrière réside avec d’autres sections de citadins pauvres. Après la classe ouvrière et les citadins pauvres, nous devons faire attention aux organisations d’étudiants et d’autres sections de la petite bourgeoisie.
5.5. Recruter et développer la direction du Parti à partir de la classe ouvrière
Nous devons avoir une forte tendance prolétarienne dans notre processus de construction du Parti. A cet égard, nous devons prêter une attention particulière à la résolution du 9ème Congrès. Nous devons dons nous concentrer à construire le Parti dans les usines et d’autres centres où la classe ouvrière travaille. Même à l’intérieur des organisations de femmes, de jeunes et d’étudiants, nous devons prêter une attention particulière au recrutement dans les milieux prolétariens. Nous devons porter une attention particulière à l’éducation des prolétaires pour les faire entrer rapidement dans le Parti en plus grand nombre. Après le recrutement, nous devons avoir des règles et des programmes pour former et développer le leadership parmi eux.
5.6. Réorganiser le mécanisme technique dans les villes
A l’exception des villes à l’intérieur et limitrophes aux zones de guérilla confrontées à une lourde répression, le mécanisme technique est très flottant et primitif dans la majeure partie des villes. Nous développons principalement nos méthodes techniques comme une procédure pour réagir à la menace immédiate de l’ennemi, plutôt que comme un projet basé sur une approche stratégique à long terme. Cette approche spontanée est très dangereuse et doit être radicalement changée.
Par conséquent, nous devons réviser complètement notre mécanisme technique et nos méthodes de coordination du travail public et clandestin. Pour cela, un processus progressif au coup par coup ne fonctionnera pas. Un tel processus demeure tout au plus partiel et ne provoque pas le changement requis. En outre, l’ennemi avance rapidement pour établir son réseau dans les villes partout dans le pays.
Nous devons donc modifier radicalement nos hypothèses fondamentales en ce qui concerne les exigences techniques. Nous devons comprendre que nous ne pouvons pas planifier sur la base des actions immédiates et des apparences de l’ennemi. L’état planifie sur une base à long terme et pour toute l’Inde. Notre planification doit aussi se faire sur une base à long terme et ne peut pas faire beaucoup de différence entre les villes de répression et de ‘non-répression’.
Les normes fondamentales pour fonctionner sous des couvertures naturelles, pour fonctionner rigoureusement par l’intermédiaire de couches, les méthodes d’organisation de couverture et les techniques de communication doivent être mises en œuvre dans tout notre travail urbain. Cela ne doit toutefois qu’être le premier pas. Nous devons nous rappeler que notre ennemi étudie et développe continuellement de nouvelles méthodes contre nous. C’est pour cette raison que notre méthode et notre approche doivent aussi être dynamiques et novatrices. Ainsi, au cours de l’exécution de nos directives, chacun d’entre nous doit en outre apporter des adjonctions, des adaptations et des évolutions à ces directives. Notre mécanisme technique, reposant sur certains concepts et principes fondamentaux, doit toujours avancer et s’améliorer et par conséquent, toujours se révéler être un pas devant la police politique.
5.7. Préparer les organes d’autodéfense du mouvement urbain
A cet égard, nous sommes relativement peu avancés. Bien que toutes les organisations de la ville constituent des équipes pour accomplir des actions précises, il n’y a eu presque aucun progrès et très peu de pratique dans la construction de formation d’auto-défense plus stables. Cela est vrai pour les équipes publiques aussi bien que pour les escouades d’auto-défense clandestines. Nous devons fixer des objectifs et maintenant, ne plus retarder cette tâche plus longtemps. Là où des préparatifs sont nécessaires, nous devons faire les préparations requises et constituer les équipes. Pour les équipes publiques, une simple base politico-organisationnelle et un code de conduite doivent être établis. Il doit également y avoir une pleine clarté parmi les camarades concernés à propos de la ligne de commandement. Les camarades de grade supérieur doivent prendre la responsabilité de s’assurer de l’achèvement victorieux de cette tâche.
5.8. Prendre en main le travail dans les industries clé
Notre présence dans les industries clé est aujourd’hui extrêmement faible. Avec la progression de la guerre populaire, le besoin est urgent que nous pénétrions dans les industries clé et que nous y mettions en place une base solide. Tous les comités supérieurs ne doivent donc pas oublier cela pendant qu’ils établissent les plans. Nous devons faire des projets pour les industries clé en nous basant sur l’importance de l’industrie, les ouvertures disponibles pour l’entrée et les forces subjectives dont nous disposons pour un tel type de travail.
5.9. Infiltrer les organisations ennemies
Ceci est aussi encore une zone dans laquelle nous sommes pratiquement inexistants, et où nous devons débuter. Nous devons par conséquent dresser les plans pour cela à différents niveaux. Nous devons mettre à profit les opportunités pour pénétrer dans la police, les forces paramilitaires et militaires. Très secrètement, nous devons suivre les contacts de ceux qui sont déjà à l’intérieur de ces forces. Lorsque c’est possible, nous devons y entrer depuis l’extérieur. Un tel travail doit être directement guidé par les comités supérieurs sans en informer les organes locaux.
Nous devons régulièrement diriger la propagande en ce qui concerne les problèmes des agents de police et des soldats ordinaires. Nous devons reprendre les questions brûlantes qui les inquiètent et les pousser à l’agitation.
Nous devons également faire une étude des villes de cantonnement, des zones d’usine d’artillerie, etc. dans le but de formuler un plan de travail pour de telles zones. Nous devons également essayer de rassembler et de produire le type de forces qui seront capables de faire un travail de ce genre.
5.10. Construire le front uni dans les zones urbaines
Notre travail urbain en front uni exige d’une part, la construction et la consolidation de l’alliance ouvrier-paysan, et d’autre part, la création de l’unité entre la classe ouvrière et les autres sections et classes urbaines.
Comme mentionné précédemment, l’alliance ouvrier-paysan n’est pas seulement la tâche de ces villes limitrophes aux zones de guérilla et aux autres zones de lutte rurale. Les villes métropolitaines et industrielles relativement dissociées de la campagne doivent particulièrement se concentrer de diverses manières pour faire progresser l’alliance ouvrier-paysan. La propagande, les luttes de solidarité, la participation des ouvriers dans les agitations paysannes, l’aide directe aux luttes rurales sont quelques uns des programmes qui doivent être entrepris. Dans le même temps, sur base de la situation concrète, d’autres manières nouvelles et plus inventives doivent être développées pour renforcer l’unité des deux classes révolutionnaires élémentaires.
Le front uni avec d’autres classes se fera principalement grâce aux organisations en front commun axées sur un problème ou basées sur un programme. Bien qu’elles puissent être légales pour un bout de temps selon la largeur du front, nous devons être prêts à faire aussi fonctionner les organisations en front uni depuis la clandestinité, comme le NDF aux Philippines, lorsqu’elles sont confrontées à l’autorité fasciste et brutale. Pendant que nous participons largement dans celles-ci, nous devons corriger nos erreurs sectaires dans la construction de tels fronts communs et de nos opérations bureaucratiques en leur sein. Les comités supérieurs doivent constamment guider et planifier pour faire progresser et élargir notre travail en front uni.
Comme indiqué tout au long de ce chapitre, les politiques de libéralisation, de mondialisation et de privatisation ont eu un grand impact sur les zones urbaines. Presque toutes les sections laborieuses dans les villes ont été gravement frappées par ces politiques. Cela a maintes et maintes fois abouti à des explosions spontanées de différentes sections sur diverses questions partielles sans direction claire. Maintenant cependant, les luttes sont devenues plus organisées et dirigées contre les politiques elles-mêmes, la classe ouvrière se manifestant dans le rôle de premier plan. Depuis le début des années 2000, de nombreuses luttes majeures de la classe ouvrière ont éclaté, et continuent à se propager et à s’accroître sans relâche. Ces luttes se répandent non seulement dans tous les coins du pays, mais elles marchent aussi en mesure avec les luttes anti-capitalistes se déroulant dans différentes parties du globe. Même le souffle réactionnaire après les avances militaires de l’impérialisme en Afghanistan, n’a pas été capable de repousser les luttes en pleine croissance.
Ces luttes de la classe ouvrière ont été rejointes par les luttes des employés, des professeurs, etc. Elles inspirent également les citadins pauvres dans les bidonvilles et des luttes du semi-prolétariat avec les luttes anti-démolition et anti-expulsion prenant de nouveau un caractère militant. Même les petits capitalistes de la bourgeoisie nationale descendent dans les rues de façon militante contre l’industrie instable, les nouvelles taxes, les taux élevés de l’électricité, etc. Les racines de la plus grande partie de ces luttes résultent des politiques impérialistes de mondialisation, de libéralisation et de privatisation et se concentrent par conséquent de plus en plus directement contre ces politiques. Ainsi, une situation favorable existe dans les zones urbaines pour la construction de larges fronts contre l’impérialisme et il est probable que cette situation continue encore un bon bout de temps. C’est une question hautement théorique. Il n’est pas possible de tout illustrer maintenant. C’est une des stratégies du MLMisme de la guerre populaire prolongée: la campagne encerclant la ville, la formation de zone de base et prise du pouvoir central. Cette procédure et cette stratégie appliquée et développée par le Président Mao dans un pays semi-féodal et semi-colonial au siècle dernier ont été un succès. Ce n’était pas seulement essentiel, mais également obligatoire d’appliquer ce principe dans un pays comme le nôtre. Savoir comment appliquer et développer le MLMisme dans le contexte du Népal, un pays du 21e siècle également semi-féodal et semi-colonial était la question principale. Pour sa réalisation, la Convention d’Unité Nationale a lutté contre les différents types de déviations non-marxistes et les a rejetées, et a identifié et appliqué le marxisme dans son sens véritable. La question de l’application de MLMisme ne peut avoir de réponse facile et simple.
Comprendre la science est une chose, l’appliquer en est une assez différente. La procédure continue à changer de temps à autre alors que l’on applique la science. Les modifications de ces procédures pour les applications de la science se font en vertu des objectifs: comment appliquer le MLMisme dans son sens vrai, comment faire face aux défis en tous genres, comment habiliter le prolétariat pour l’autorité nationale. Il n’y a pas de chemin coupé au fer pour que la classe prolétarienne fasse sa voie vers l’autorité du pays. L’ennemi a placé l’embuscade sur la route pavée ; le mouvement clairement révolutionnaire et sa direction s’est dissout alors qu’il négligeait l’embuscade, une insulte dans le succès de la bourgeoisie. Tirant les leçons d’une telle erreur, c’est la science qui doit servir le mouvement à gauche ou à droite, le faire aller vers le haut ou vers le bas, permettre le changement dans la procédure selon la façon dont elle est vue par la vision à long terme enthousiaste de la direction.
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5. Classique MLM sur la GPP
Problèmes stratégiques de la guerre de partisans contre le Japon
Mao Zedong, mai 1938
Chapitre 1. Pourquoi posons-nous les problèmes stratégiques de la guerre de partisans?
Dans la Guerre de Résistance contre le Japon, la guerre régulière joue le rôle principal, et la guerre de partisans un rôle auxiliaire. Nous avons déjà résolu correctement ce problème. Dès lors, seuls des problèmes tactiques semblent se poser dans la guerre de partisans; pourquoi posons-nous donc aussi les problèmes de stratégie? Si la Chine était un petit pays, où le rôle des opérations de partisans se réduit à appuyer, directement et à courte distance, les opérations des troupes régulières au cours des campagnes, évidemment il ne se poserait que des problèmes tactiques, et il ne serait aucunement question de stratégie. D'un autre côté, si la Chine était un pays aussi puissant que l'Union soviétique, de sorte que tout envahisseur pourrait en être chassé rapidement ou qu'il ne serait pas en mesure d'y occuper un vaste territoire même s'il y restait plus longtemps, les opérations de partisans ne joueraient également qu'un rôle d'appui au cours des campagnes, et il est évident que seuls des problèmes tactiques se poseraient, et qu'il ne serait pas question de stratégie.
Cependant, les circonstances suivantes font que des problèmes stratégiques se posent dans la guerre de partisans: la Chine n'est pas un petit pays, elle n'est pas non plus un pays comme l'Union soviétique; la Chine est un pays grand, mais faible. Ce pays grand mais faible est attaqué par un autre pays, petit, mais fort; cependant, il connaît actuellement une époque de progrès: là est toute la question.
En raison de cette situation, notre ennemi a pu occuper un territoire très vaste, et la guerre a pris le caractère d'une guerre de longue durée.
Le territoire envahi par l'ennemi dans notre grand pays est très vaste, mais du fait que nous avons pour ennemi un petit pays qui n'a pas de forces armées suffisantes et que, dans le territoire qu'il a envahi, beaucoup de régions échappent à son contrôle, la guerre de partisans antijaponaise consistera essentiellement non pas en des opérations à l'intérieur des lignes pour appuyer les opérations de campagne de l'armée régulière, mais en des opérations indépendantes, à l'extérieur des lignes.
En outre, du fait que la Chine connaît une époque de progrès, c'est-à-dire qu'il existe en Chine une puissante armée et de larges masses populaires dirigées par le Parti communiste, la guerre de partisans antijaponaise sera une guerre non pas de petite, mais de grande envergure. De là naît tout un ensemble de problèmes tels que la défense stratégique et l'attaque stratégique. Comme la guerre sera longue et par conséquent acharnée, la guerre de partisans doit accomplir un grand nombre de tâches inhabituelles; ainsi se posent également les problèmes des bases d'appui, du passage de la guerre de partisans à la guerre de mouvement, etc.
Il en résulte que la guerre de partisans antijaponaise en Chine sort du cadre de la tactique et frappe à la porte de la stratégie; ainsi, l'examen de la question de la guerre de partisans sous l'angle de la stratégie s'avère indispensable. Il est à noter en particulier qu'une guerre de partisans aussi étendue et d'aussi longue durée est quelque chose de fort nouveau dans toute l'histoire des guerres, quelque chose qu'on ne saurait séparer de l'époque où nous vivons ? les années 30 et 40 du XXe siècle ? ni de l'existence du Parti communiste et de l'Armée rouge.
Là est le nœud de la question. Sans doute, notre ennemi caresse encore de beaux rêves en se comparant aux Mongols qui avaient asservi la Chine au temps de la dynastie des Song, aux Mandchous qui avaient assujetti la Chine des Ming, aux Anglais qui avaient pris l'Amérique du Nord et l'Inde, aux conquérants des pays latins qui avaient occupé l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, etc
De tels rêves n'ont plus de valeur pratique dans la Chine d'aujourd'hui, car elle présente certains facteurs qui n'existaient pas lors des événements historiques qu'on vient d'évoquer. L'un de ces facteurs est cette guerre de partisans, qui constitue un fait fort nouveau. Si notre ennemi néglige ce facteur, il le paiera cher. C'est la raison pour laquelle les opérations de partisans antijaponaises doivent être examinées sous l'angle de la stratégie, bien qu'elles ne jouent qu'un rôle auxiliaire dans l'ensemble de la Guerre de Résistance.
Alors, pourquoi n'appliquerait-on pas aux opérations de partisans les principes stratégiques généraux de la Guerre de Résistance?
Les problèmes stratégiques de la guerre de partisans antijaponaise sont certes étroitement liés aux problèmes stratégiques de la Guerre de Résistance dans son ensemble et ont avec eux beaucoup de points communs; mais, d'un autre côté, la guerre de partisans se distingue de la guerre régulière, elle a ses particularités.
C'est pourquoi la stratégie de la guerre de partisans possède, elle aussi, un grand nombre de caractères spécifiques. On ne peut donc pas transposer tels quels les principes stratégiques généraux de la Guerre de Résistance dans la guerre de partisans du fait des particularités qu'elle comporte.
Chapitre 2. Le principe fondamental de la guerre Conserver ses forces et anéantir celles de l'ennemi
Avant de parler concrètement de la stratégie de la guerre de partisans, il faut s'arrêter à la question fondamentale de la guerre en général.
Les règles de l'action militaire découlent toutes d'un seul principe fondamental: s'efforcer de conserver ses forces et d'anéantir celles de l'ennemi. Dans une guerre révolutionnaire, ce principe est directement lié au principe politique fondamental de la guerre. Par exemple, le principe politique fondamental de la Guerre de Résistance de la Chine contre le Japon, c'est-à-dire le but politique de cette guerre, est de chasser les impérialistes japonais et de créer une Chine nouvelle, indépendante, libre et heureuse. Cela signifie, sur le plan militaire, défendre la patrie par les armes et chasser les bandits japonais. Pour atteindre ce but, les armées doivent, dans leurs opérations, faire tout leur possible pour conserver leurs forces et anéantir les forces de l'ennemi.
Mais alors, comment expliquer l'honneur que l'on attache au sacrifice héroïque dans la guerre? Chaque guerre demande des sacrifices, parfois même des sacrifices énormes. Cela ne serait-il pas en contradiction avec le principe de la conservation des forces? En réalité, il n'y a là aucune contradiction; ce sont, plus exactement, deux aspects contradictoires qui se conditionnent l'un l'autre. C'est que les sacrifices sont indispensables non seulement pour anéantir les forces de l'ennemi, mais aussi pour conserver les siennes propres; ce renoncement partiel et temporaire à conserver ses forces (les sacrifices, ou, en d'autres termes, le prix à payer) est précisément indispensable pour conserver définitivement l'ensemble des forces. Du principe fondamental exposé ci-dessus découle toute la série des règles nécessaires à la conduite des opérations militaires, à commencer par celles du tir (se couvrir soi-même et exploiter sa puissance de feu: l'un pour conserver ses forces, l'autre pour anéantir les forces de l'ennemi), et jusqu'à celles de la stratégie, toutes sont inspirées de ce principe fondamental, et toutes sont destinées à en permettre la réalisation, qu'elles se rapportent à la technique militaire, à la tactique, aux campagnes ou à la stratégie.
Conserver ses forces et anéantir celles de l'ennemi, tel est le principe fondamental de toutes les règles de la guerre.
Chapitre 3. Six problèmes stratégiques spécifiques de la guerre de partisans contre le Japon
Examinons maintenant quelles lignes de conduite ou quels principes nous devons adopter dans les opérations de la guerre de partisans antijaponaise pour conserver nos forces et anéantir celles de l'ennemi.
Généralement, dans la Guerre de Résistance (comme d'ailleurs dans toute guerre révolutionnaire), les détachements de partisans se créent à partir de rien et, d'une petite force, se transforment en une grande; ils doivent donc non seulement conserver leurs forces mais encore les accroître.
La question se pose par conséquent ainsi: sur quelles lignes de conduite ou sur quels principes faut-il nous appuyer pour arriver à conserver ou à accroître nos forces et à anéantir les forces de l'ennemi? Voici quelles sont, en termes généraux, les principales de ces lignes de conduite:
1. Initiative, souplesse et plan dans la conduite des opérations offensives au cours d'une guerre défensive, des opérations de décision rapide au cours d'une guerre de longue durée et des opérations à l'extérieur des lignes au cours de la guerre à l'intérieur des lignes ;
2. Coordination avec la guerre régulière;
3. Création de bases d'appui;
4. Défense stratégique et attaque stratégique;
5. Passage de la guerre de partisans à la guerre de mouvement;
6. Etablissement de rapports justes dans le commandement.
Ces lignes de conduite constituent tout le programme stratégique de la guerre de partisans antijaponaise et la voie nécessaire pour conserver et accroître nos forces, détruire et chasser les forces ennemies, coordonner la guerre de partisans avec la guerre régulière, et remporter la victoire finale.
Chapitre 4. Initiative, souplesse et plan dans la conduite des opérations offensives au cours d'une guerre défensive, des opérations de décision rapide au cours d'une guerre de longue durée et des opérations é l'extérieur des lignes au cours de la guerre à l'intérieur des lignes
Ce chapitre se subdivise en quatre parties: 1) la liaison entre la défensive et l'offensive, entre la guerre de longue durée et les opérations de décision rapide, entre les opérations à l'intérieur des lignes et les opérations à l'extérieur des lignes; 2) l'initiative dans toute action militaire; 3) la souplesse dans l'utilisation des forces; 4) l'établissement d'un plan pour chaque opération.
Voyons le premier point.
Dans la mesure où le Japon est un pays puissant et mène l'offensive, et où nous-mêmes sommes un pays faible et sommes sur la défensive, l'ensemble de la Guerre de Résistance se définit du point de vue stratégique comme une guerre défensive et de longue durée. A considérer les lignes où se déroulent les opérations, l'ennemi opère à l'extérieur des lignes et nous à l'intérieur des lignes. C'est là un aspect de la question.
Mais il y en a un autre, exactement contraire. Bien que l'armée ennemie soit forte (du point de vue de son armement, de certaines qualités de ses effectifs et de certains autres facteurs), elle est numériquement faible; bien que notre armée soit faible (également du point de vue de son armement, de certaines qualités de ses effectifs et de certains autres facteurs), elle est numériquement très forte; en outre, il faut tenir compte du fait que l'ennemi, qui envahit notre pays, appartient à une nation étrangère, tandis que nous résistons à l'agression étrangère sur notre propre sol.
Tout cela détermine la ligne stratégique suivante: tout en appliquant la stratégie de la guerre défensive, on peut et on doit entreprendre des campagnes et des combats offensifs ; en appliquant la stratégie de la guerre de longue durée, on peut et on doit entreprendre des campagnes et des combats de décision rapide; et en appliquant la stratégie de la guerre à l'intérieur des lignes, on peut et on doit entreprendre, dans les campagnes et les combats, des opérations à l'extérieur des lignes.
Telle est la ligne stratégique qui doit être appliquée durant toute la Guerre de Résistance. Cela est valable aussi bien pour la guerre régulière que pour la guerre de partisans. La seule différence en ce qui concerne la guerre de partisans se trouve dans le degré et la forme de réalisation. Dans la guerre de partisans, les opérations offensives prennent généralement la forme d'attaques par surprise. Dans la guerre régulière, bien qu'on doive et qu'on puisse entreprendre aussi des attaques par surprise, on n'arrive à surprendre l'ennemi qu'à un degré moindre. La guerre de partisans exige, dans une très grande mesure, une décision rapide; cependant, le rayon de l'encerclement dans lequel les partisans saisissent l'ennemi au cours des campagnes et des combats à l'extérieur des lignes est restreint. Tout cela distingue les opérations des partisans des opérations régulières.
II en découle que, dans leurs opérations, les détachements de partisans doivent concentrer autant de forces que possible, agir en secret et avec la rapidité de l'éclair, exécuter contre l'ennemi des raids inattendus et obtenir une décision rapide des combats; il faut éviter par tous les moyens de rester passif dans la défensive et de prolonger les combats, et il faut se garder d'éparpiller ses forces au moment d'engager une action. Bien entendu, dans la guerre de partisans, on a recours à la défensive non seulement sur le plan stratégique mais aussi sur le plan tactique; la fixation de l'ennemi et les opérations de protection dans les combats, l'organisation de la défense dans les défilés, dans les lieux d'accès difficile, le long des cours d'eau et dans les agglomérations rurales pour user et épuiser l'ennemi, les opérations de couverture en cas de retraite, etc. sont autant d'éléments de la défense tactique dans la guerre de partisans. Mais l'orientation essentielle doit y être l'offensive, c'est une guerre d'un caractère offensif plus marqué que la guerre régulière. En outre, l'offensive des partisans doit prendre la forme d'attaques par surprise; ici plus encore que dans la guerre régulière, il est inadmissible de se trahir par des fanfaronnades bruyantes. Bien qu'il y ait des cas, dans la guerre de partisans, où les combats se prolongent pendant plusieurs jours, par exemple lors d'une attaque contre un ennemi peu nombreux, isolé et privé d'aide extérieure, on doit, en règle générale, y rechercher plus encore que dans la guerre régulière la conclusion rapide des combats, ce qui est imposé par le fait même que l'ennemi est fort et que nous sommes faibles.
La guerre de partisans, par sa nature même, se fait avec des forces dispersées, ce qui donne à ses opérations un caractère d'ubiquité. En outre, une série d'autres tâches qui lui sont dévolues, celles de harceler l'ennemi, de l'immobiliser, d'exécuter des sabotages et d'effectuer le travail de masse, exigent la dispersion des forces. Cependant, les détachements et les corps de partisans doivent concentrer leurs forces principales lorsqu'ils se donnent pour tâche d'anéantir les forces de l'ennemi et surtout lorsqu'ils s'efforcent de briser l'offensive de l'ennemi. "Concentrer de grandes forces pour battre de petites unités de l'ennemi" demeure l'un des principes des opérations militaires dans la guerre de partisans. Il en découle également, du point de vue de la Guerre de Résistance dans son ensemble, que l'on ne peut atteindre les buts de la défensive stratégique et parvenir à la victoire définitive sur l'impérialisme japonais que par l'accumulation d'un grand nombre de campagnes et de combats offensifs tant dans la guerre régulière que dans la guerre de partisans, c'est-à-dire en remportant un grand nombre de victoires dans ces opérations offensives. Ce n'est qu'en livrant un grand nombre de combats rapides, c'est-à-dire en remportant des succès dans des opérations de décision rapide au cours des campagnes et des combats offensifs, que l'on peut atteindre les buts stratégiques de cette guerre prolongée: d'une part, gagner du temps pour accroître notre capacité de résistance, d'autre part, attendre, tout en hâtant leur venue, des changements dans la situation internationale et l'effondrement interne de l'ennemi pour passer à la contre-offensive stratégique et chasser les bandits japonais hors de Chine.
Il faut concentrer des forces supérieures dans chaque combat et engager, aussi bien dans la période de la défensive stratégique que dans la période de la contre-offensive stratégique, des opérations à l'extérieur des lignes dans chaque campagne ou combat pour encercler l'ennemi et l'anéantir; s'il n'est pas possible d'encercler toutes ses forces, il faut en encercler une partie; s'il n'est pas possible d'anéantir complètement les forces encerclées, il faut en anéantir une partie; enfin, s'il est impossible de faire prisonnières en masse ces troupes encerclées, il faut infliger à l'ennemi les plus grandes pertes possibles en tués et en blessés.
C'est seulement en livrant un grand nombre de ces combats d'anéantissement que nous pourrons changer la situation en notre faveur, rompre définitivement l'encerclement stratégique, c'est-à-dire ruiner le plan de l'ennemi qui voulait se battre à l'extérieur des lignes, et, finalement, joignant nos efforts à l'action des forces internationales et à la lutte révolutionnaire du peuple japonais, tomber de tous les côtés sur l'impérialisme japonais et lui donner le coup de grâce.
Ces résultats, nous les obtiendrons surtout par les opérations régulières, tandis que les opérations de partisans auront à jouer un rôle moins important. Les unes et les autres ont toutefois ceci de commun qu'il faudra accumuler de nombreuses petites victoires pour en faire une grande victoire. C'est dans ce sens que nous parlons du grand rôle stratégique de la guerre de partisans dans tout le cours de la Guerre de Résistance.
Passons maintenant aux problèmes de l'initiative, de la souplesse et du plan dans la guerre de partisans.
Qu'est-ce que l'initiative dans la guerre de partisans? Dans toute guerre, les parties belligérantes s'efforcent par tous les moyens de conquérir l'initiative, que ce soit sur le champ de bataille, dans un théâtre d'opérations, dans une zone de guerre ou même au cours de toute la guerre, car initiative signifie liberté d'action pour une armée.
Quand une armée a perdu l'initiative et se trouve acculée à la passivité, elle est privée de la liberté d'action et s'expose à être défaite ou anéantie. Sur le plan stratégique, il est évidemment plus difficile de prendre l'initiative dans la guerre défensive et les opérations à l'intérieur des lignes que dans la guerre offensive et les opérations à l'extérieur des lignes. Cependant, l'impérialisme japonais présente deux points faibles principaux: premièrement, ses forces armées ont des effectifs insuffisants et, deuxièmement, il fait la guerre en terre étrangère.
En outre, la sous-estimation des forces de la Chine et les contradictions à l'intérieur du camp des militaristes japonais ont conduit le commandement japonais à commettre toute une série d'erreurs telles que de n'avoir accru ses effectifs que petit à petit, d'avoir manqué de coordination stratégique, de ne plus avoir, à certains moments, de direction d'attaque principale, d'avoir laissé passer le moment propice pour certaines opérations et de n'avoir pas su anéantir les troupes encerclées, ce qui peut, dans son ensemble, être considéré comme le troisième point faible de l'ennemi.
Ainsi, les militaristes japonais, en dépit de l'avantage qu'ils ont de faire une guerre offensive et d'opérer à l'extérieur des lignes, perdent l'initiative un peu plus chaque jour, parce que leurs effectifs sont insuffisants (le Japon est un petit pays, sa population est peu nombreuse et ses ressources insuffisantes, c'est un pays impérialiste féodal, etc.), parce qu'ils font la guerre en terre étrangère (et une guerre impérialiste, donc barbare) et parce qu'ils commettent des maladresses dans le commandement.
Actuellement, le Japon ne veut pas encore terminer la guerre et ne le peut pas. Il n'a pas arrêté son offensive stratégique, mais la situation générale lui interdit de dépasser certaines limites ; c'est la conséquence logique de ses trois points faibles. Avaler toute la Chine est au-dessus de ses forces.
Le jour viendra où le Japon perdra complètement l'initiative; déjà on en perçoit les premiers signes. D'un autre côté, la Chine se trouvait, au début de la guerre, dans une position plutôt passive; mais maintenant qu'elle a accumulé de l'expérience, elle commence à s'engager dans une voie nouvelle, celle de la guerre de mouvement, c'est-à-dire des opérations offensives, des opérations de décision rapide et des opérations à l'extérieur des lignes dans les campagnes et les combats, ce qui, avec la ligne de conduite de développer partout la guerre de partisans, fait passer progressivement l'initiative de son côté.
Dans la guerre de partisans, le problème de l'initiative est encore plus important. En effet, dans la plupart des cas, les détachements de partisans opèrent dans des conditions difficiles: ils n'ont pas d'arrière, ils sont faibles en face d'un ennemi puissant, ils manquent d'expérience (quand ils sont nouvellement organisés), ils sont isolés les uns des autres, etc. Il n'en est pas moins possible de prendre l'initiative dans la guerre de partisans, à condition surtout de mettre à profit les trois points faibles de l'ennemi indiqués ci-dessus.
Profitant de l'insuffisance en effectifs des forces ennemies (du point de vue de l'ensemble de la guerre), les partisans peuvent sans crainte englober dans leurs opérations de vastes territoires; profitant de ce que l'ennemi fait la guerre en terre étrangère et qu'en outre ses méthodes sont particulièrement barbares, les partisans peuvent hardiment s'assurer le soutien de millions et de millions d'hommes; profitant des maladresses du commandement ennemi, les partisans peuvent donner libre carrière à toute leur ingéniosité. Bien entendu, l'armée régulière doit, elle aussi, utiliser tous ces points faibles de l'ennemi pour en forger les armes de sa propre victoire, mais il importe tout particulièrement aux détachements de partisans de le faire.
Les points faibles des détachements de partisans eux-mêmes peuvent être éliminés peu à peu au cours de la lutte, et quelquefois ces points faibles sont même ce qui leur permet de prendre l'initiative. Ainsi, c'est justement grâce à leurs faibles effectifs que les détachements de partisans peuvent opérer à l'arrière de l'ennemi, apparaissant et disparaissant comme par magie et enlevant à l'ennemi toute possibilité d'action contre eux. Pareille liberté de mouvement est impossible aux troupes régulières, trop massives.
Lorsque l'ennemi dirige contre eux une offensive concentrique, en plusieurs colonnes, les détachements de partisans ont beaucoup de difficultés à garder l'initiative et ils la perdent facilement. Dans ces conditions, si l'on n'apprécie pas correctement la situation et si l'on prend des décisions erronées, on risque de tomber dans la passivité et de ne pouvoir briser l'encerclement. Cela peut aussi se produire lorsque l'ennemi se défend et que nous attaquons. Par conséquent, prendre l'initiative n'est possible que si on apprécie correctement la situation (chez soi et chez l'ennemi) et si on prend des décisions militaires et politiques justes.
Avec une appréciation pessimiste, ne correspondant pas à la situation objective, et avec les décisions de caractère passif qui en découlent, nous nous priverions certainement nous-mêmes de l'initiative et nous nous condamnerions à la passivité. De la même façon exactement, une appréciation exagérément optimiste, ne correspondant pas à la situation objective, et les décisions aventureuses (risques injustifiés) qui en découlent nous feraient perdre l'initiative et nous mettraient finalement dans la même position que les pessimistes. L'initiative n'appartient en propre à aucun homme de génie; elle ne peut naître que d'une étude réfléchie et d'une appréciation correcte de la situation objective, des décisions militaires et politiques correctes d'un chef intelligent. Ainsi, l'initiative est le fruit d'un effort conscient, elle n'est jamais donnée toute prête.
S'il arrive que des erreurs dans l'appréciation ou dans les décisions ou encore une pression irrésistible de l'ennemi aient réduit des unités de partisans à la passivité, le problème consiste pour elles à s'efforcer d'en sortir. C'est de la situation concrète que dépend la façon d'en sortir. Dans bien des cas, il faut "se retirer". Savoir se retirer est l'une des caractéristiques des partisans. Se retirer est le principal moyen pour sortir de la passivité et pour reprendre l'initiative. Mais ce n'est pas là le seul moyen. Très souvent, c'est au moment même où l'ennemi exerce sa pression la plus forte et où les difficultés sont pour nous les plus grandes que la situation commence à devenir défavorable pour l'ennemi et favorable pour nous. Il arrive souvent que le retour à une situation favorable et la reprise de l'initiative sont dus aux efforts que l'on fait pour "tenir encore un peu".
Venons-en maintenant à la souplesse. La souplesse, c'est la manifestation concrète de l'initiative. La souplesse dans l'utilisation des forces est encore plus nécessaire dans la guerre de partisans que dans la guerre régulière.
Il faut que les dirigeants de la guerre de partisans comprennent que la souplesse dans l'utilisation des forces est le principal moyen pour changer la situation en notre faveur et pour nous emparer de l'initiative. Les particularités de la guerre de partisans exigent que les forces soient utilisées avec souplesse, conformément aux tâches posées et aux conditions telles que la situation de l'ennemi, la configuration du terrain et les sentiments de la population locale.
Les principales formes d'utilisation des forces sont la dispersion, la concentration et le déplacement. Le dirigeant de la guerre de partisans se sert des détachements de partisans comme un pêcheur de son filet; le pêcheur doit savoir jeter son filet et il doit savoir aussi le ramener.
Lorsqu'il le jette, il faut qu'il connaisse parfaitement la profondeur des eaux, la vitesse du courant, qu'il sache s'il y a ou non des écueils. De même, lorsque les détachements de partisans sont utilisés en ordre dispersé, leur commandant doit veiller soigneusement à ce qu'ils ne subissent pas de pertes dues à une méconnaissance de la situation et aux opérations erronées qu'elle entraîne.
Exactement comme le pêcheur, pour ramener son filet, doit en tenir fermement les extrémités dans ses mains, ainsi, dans la guerre de partisans, le commandant doit assurer la liaison et les communications avec tous ses détachements et garder en main une partie suffisante de ses forces principales. Pour prendre du poisson, il faut changer souvent de place; les détachements de partisans doivent aussi se déplacer fréquemment. Dispersion, concentration et déplacement sont les trois formes d'une utilisation souple des forces dans la guerre de partisans.
En général, la dispersion des forces dans la guerre de partisans, ou, comme on dit, "la division du tout en parties", s'applique principalement dans les cas suivants: 1) lorsque l'ennemi passe à la défensive, qu'il nous est temporairement impossible d'agir avec des forces concentrées et que nous voulons créer une menace pour l'ennemi sur un large front; 2) dans les régions où les forces de l'ennemi sont faibles, lorsque nous voulons les harceler et les désorganiser partout à la fois; 3) lorsqu'il n'est pas possible de briser une offensive concentrique de l'ennemi et qu'il y a lieu de distraire son attention pour pouvoir nous dérober; 4) lorsque les conditions de terrain ou des difficultés de ravitaillement l'exigent; 5) lorsque le travail de masse doit s'effectuer dans des régions étendues.
Cependant, quelle que soit la situation, lorsqu'on disperse les forces, on ne doit pas perdre de vue: 1) qu'il ne faut pas disperser les forces également partout, mais en conserver toujours une partie relativement importante dans une région propice aux mouvements, pour être en mesure de parer aux événements imprévus et pour l'employer à la principale des tâches imposées aux forces dispersées; 2) qu'il faut donner à chacun des détachements séparés une mission bien précise, et lui indiquer son rayon d'action, la durée des opérations, un point de ralliement, les moyens de liaison, etc. La concentration des forces, ou, comme on dit, "l'intégration des parties en un tout", est une méthode employée principalement pour anéantir les forces de l'ennemi lorsqu'il déclenche une offensive. Mais elle peut quelquefois s'appliquer quand l'ennemi est sur la défensive, pour anéantir certaines de ses troupes en station.
La concentration des forces ne signifie pas une concentration absolue. On concentre les forces principales pour les utiliser dans une direction importante, tandis que, dans les autres directions, on laisse ou on envoie une partie des forces pour fixer l'ennemi, le harceler, exécuter des sabotages ou faire du travail de masse. La souplesse dans la dispersion ou la concentration des forces, en a port avec la situation, est la méthode principale de la guerre de partisans; mais il faut également savoir déplacer (ou transférer) les forces avec souplesse. Quand l'ennemi se sent sérieusement menacé par les partisans, il ne tarde pas à envoyer des troupes pour les attaquer ou les écraser.
C'est alors que les partisans doivent juger de la situation: si le combat peut être livré, il faut le livrer sur le lieu même, sinon, il faut, sans perdre de temps, passer rapidement dans un autre lieu. 'Parfois, pour écraser les unités ennemies une à une, il faut, dès qu'on en a anéanti une en un endroit, se porter rapidement en un autre endroit pour en anéantir une seconde; il arrive parfois aussi que, dans un endroit donné, la situation ne soit pas favorable au combat: il faut alors rompre immédiatement avec l'ennemi et aller livrer combat ailleurs.
Si la menace de l'ennemi se fait particulièrement pressante, les partisans ne doivent pas s'attarder dans un même lieu, mais se déplacer avec la rapidité du vent et du torrent. En général, le déplacement doit s'effectuer dans le secret et rapidement. Il faut recourir fréquemment à des moyens ingénieux pour tromper l'ennemi, lui tendre des pièges ou le désorienter, par exemple: faire des démonstrations d'un côté pour attaquer de l'autre, se montrer subitement ici et un moment après ailleurs, tantôt attaquer l'ennemi et tantôt rompre le combat, opérer de nuit, etc.
La souplesse dans la dispersion, la concentration et le déplacement des forces est la manifestation concrète de l'initiative dans la guerre de partisans. La routine et la lourdeur conduisent inévitablement à la passivité et à des pertes inutiles.
La valeur d'un chef intelligent se révèle non dans sa compréhension de l'importance d'employer les forces avec souplesse, mais dans son aptitude, le moment venu, à disperser, concentrer et déplacer ses forces selon la situation concrète. L'art d'apprécier une situation et de choisir avec bonheur le moment favorable n'est pas chose facile. Seuls peuvent l'acquérir ceux qui font preuve d'objectivité dans l'étude, de persévérance dans la recherche, et de pénétration. Pour que la souplesse ne se transforme pas en action impulsive, un examen sérieux de la situation est indispensable.
Passons enfin au problème du plan. Pour remporter la victoire dans la guerre de partisans on ne peut se passer d'un plan. Agir au hasard signifie jouer à la guerre de partisans, ou se comporter en profane. Les opérations, aussi bien pour toute une région de partisans que pour un détachement ou un corps isolé, doivent toujours être précédées de l'établissement d'un plan aussi poussé que possible. C'est le travail préparatoire à faire avant toute action. La connaissance de la situation, la détermination des tâches, la disposition des forces, l'instruction militaire et politique, l'approvisionnement en vivres, la mise en ordre de l'équipement, la recherche de l'appui de la population, etc., tout cela constitue le travail du dirigeant qui doit réfléchir soigneusement à tout, appliquer les décisions et en contrôler l'exécution. Sans cela, aucune initiative, aucune souplesse, aucune offensive n'est possible.
Il est vrai que les conditions de la guerre de partisans ne permettent pas l'établissement de plans aussi détaillés que celles des opérations régulières, et qu'il serait faux d'espérer élaborer un plan d'une haute précision dans la guerre de partisans, mais dans les limites fixées par la situation objective, il est indispensable d'établir un plan aussi précis que possible. La lutte contre l'ennemi n'est pas une plaisanterie. Il est bon qu'on le sache. Tout ce qui vient d'être dit sert à illustrer le premier des problèmes stratégiques de la guerre de partisans: initiative, souplesse et plan dans la conduite des opérations offensives au cours d'une guerre défensive, des opérations de décision rapide au cours d'une guerre de longue durée et des opérations à l'extérieur des lignes au cours de la guerre à l'intérieur des lignes. C'est là le principe stratégique capital de la guerre de partisans. Si ce problème est résolu, la poursuite victorieuse de la guerre de partisans, en ce qui regarde la direction militaire, sera dans une grande mesure assurée.
On a parlé plus haut de bien des choses, mais tout se rapporte à un seul et même problème: celui des opérations offensives dans les campagnes et les combats. On ne peut avoir définitivement l'initiative que si l'offensive a été victorieuse. Il faut entreprendre des opérations offensives de sa propre initiative, et non parce qu'on se trouve dans l'obligation d'attaquer.
La souplesse dans l'utilisation des forces répond à un seul problème central: la conduite d'opérations offensives; de même, le plan est surtout nécessaire pour assurer la victoire dans les opérations offensives. La défense tactique n'a aucun sens si elle ne soutient pas directement ou indirectement une offensive. La décision rapide a trait à la durée de l'offensive, et l'extérieur des lignes à la sphère de l'offensive. L'offensive est le seul moyen pour anéantir les forces de l'ennemi en même temps que le principal moyen pour conserver les nôtres. La défense et la retraite pures et simples ne jouent qu'un rôle temporaire et partiel pour la conservation de nos forces et ne peuvent être en rien un moyen d'anéantissement des forces de l'ennemi. Le principe ci-dessus indiqué s'applique, dans l'ensemble, aussi bien à la guerre régulière qu'à la guerre de partisans, seule sa forme de réalisation diffère en degré dans l'un et l'autre cas. Mais pour conduire la guerre de partisans, il est important, indispensable, de pas perdre de vue cette différence, qui fait précisément que les méthodes de la guerre de partisans se distinguent de celles de la guerre régulière. Si l'on ignore cette différence, il est impossible de conduire la guerre de partisans à la victoire.
Chapitre 5 : Coordination avec la guerre régulière
Le deuxième problème stratégique de la guerre de partisans concerne la coordination de celle-ci avec la guerre régulière. Il s'agit de mettre en lumière le lien entre les opérations de partisans et les opérations régulières, en partant du caractère des opérations concrètes des partisans. Pour frapper l'ennemi avec efficacité, il est important de comprendre ce lien.
Il y a trois sortes de coordination entre la guerre de partisans et la guerre régulière: en stratégie, dans les campagnes et dans les combats. Prise dans son ensemble, la guerre de partisans à l'arrière de l'ennemi, dont le rôle est d'affaiblir ce dernier, de fixer ses forces et d'entraver ses communications, et qui apporte, dans tout le pays, son soutien moral aux troupes régulières et au peuple tout entier, etc. est en coordination stratégique avec la guerre régulière. Prenons pour exemple la guerre de partisans dans les trois provinces du Nord-Est. Avant le début de la Guerre de Résistance à l'échelle nationale, il ne pouvait naturellement pas être question de coordination, mais aussitôt cette guerre commencée, la signification de cette coordination devint évidente. On peut dire que chaque fois qu'ils tuent à l'ennemi un soldat de plus, obligent l'ennemi à user une cartouche de plus, attirent sur eux un soldat ennemi de plus pour qu'il ne soit pas envoyé au sud de la Grande Muraille, les détachements de partisans opérant dans ces régions contribuent à l'ensemble de la Guerre de Résistance.
On peut en dire autant de l'action démoralisatrice qu'ils font subir à l'armée et au pays ennemis, et de l'influence heureuse et exaltante qu'ils exercent sur notre armée et notre peuple. En ce qui concerne les opérations de partisans menées de part et d'autre des lignes de chemin de fer Peiping-Soueiyuan, Peiping-Hankeou, Tientsin-Poukeou, Tatong-Poutcheou, Tchengting-Taiyuan et Changhaï-Hangtcheou, le rôle stratégique de la coordination est encore plus évident.
La coordination de ces opérations de partisans avec les opérations des troupes régulières ne se borne pas au rôle qu'elle joue actuellement dans la défense stratégique, alors que l'ennemi développe une offensive stratégique; elle fera échouer les opérations de l'ennemi lorsque celui-ci, ayant terminé son offensive stratégique, passera à la consolidation des territoires occupés; et, lorsque l'armée régulière passera à la contre-offensive stratégique, elle permettra de chasser l'ennemi et de récupérer tous les territoires perdus. Il serait inadmissible de méconnaître l'énorme importance du rôle que joue la guerre de partisans dans la coordination stratégique. Les dirigeants des détachements de partisans et les chefs de l'armée régulière doivent bien comprendre l'importance de ce rôle.
En outre, la guerre de partisans joue un rôle dans la coordination des opérations au cours des campagnes. Par exemple, lors de la bataille de Hsinkeou, au nord de Taiyuan, les partisans détruisirent, dans les régions au nord et au sud de Yenmenkouan, la ligne de chemin de fer Tatong-Poutcheou et les routes qui passent par Pinghsingkouan et Yangfangkeou, jouant ainsi un rôle d'appui très important. Prenons un autre exemple. Après l'occupation de Fenglingtou par l'ennemi, les opérations de partisans étendues à toute la province du Chansi (réalisées essentiellement par des forces de l'armée régulière) ont joué un rôle d'appui encore plus important lors des opérations défensives sur les rives ouest et sud du fleuve Jaune, situées respectivement dans les provinces du Chensi et du Honan. De même, la guerre de partisans, s'étendant à l'ensemble des cinq provinces de la Chine du Nord, apporta un soutien important aux opérations de nos troupes régulières lorsque l'ennemi attaqua le Chantong du Sud.
Pour réaliser les tâches de coordination au cours des campagnes, les dirigeants des bases de partisans à l'arrière de l'ennemi et les commandants des corps de partisans envoyés temporairement hors des bases doivent disposer leurs forces le plus rationnellement possible. Compte tenu des conditions de temps et de lieu, ils doivent, en adoptant des méthodes différentes, déployer une action énergique contre les points vitaux et les plus vulnérables de l'ennemi, de façon à l'affaiblir, à fixer ses forces, à entraver ses communications et à galvaniser nos troupes qui combattent à l'intérieur des lignes.
Si chaque secteur de partisans ou chaque détachement de partisans agit seul, sans se préoccuper de la coordination de ses opérations avec celles des troupes régulières au cours des campagnes, il jouera bien un certain rôle d'appui dans l'ensemble de la stratégie, mais la portée en sera réduite. Tous les dirigeants de la guerre de partisans doivent prêter à cette question une attention particulière. Pour réaliser la coordination au cours des campagnes, il est absolument indispensable de munir de moyens de liaison par radio tous les détachements et corps de partisans de quelque importance.
Enfin, la coordination dans les combats, c'est-à-dire la coordination sur le champ de bataille, fait partie des tâches de tous les détachements de partisans qui agissent non loin d'un champ de bataille à l'intérieur des lignes; cela ne s'applique naturellement qu'aux détachements de partisans opérant à proximité des troupes régulières ou à des unités temporairement détachées de l'armée régulière pour des opérations de partisans.
Les détachements de partisans doivent, dans ce cas, accomplir les missions qui leur sont assignées, sur les instructions du commandement des troupes régulières, et qui consistent habituellement à fixer une partie des forces de l'ennemi, à entraver ses communications, à effectuer des reconnaissances, à servir de guides aux troupes régulières, etc. Même s'ils n'ont pas reçu d'instructions de ce genre, les détachements de partisans n'en doivent pas moins, de leur propre initiative, accomplir ces tâches. Il serait absolument inadmissible qu'ils restent les bras croisés ou errent à l'aventure sans porter de coups à l'ennemi. les plus vulnérables de l'ennemi, de façon à l'affaiblir, à fixer ses forces, à entraver ses communications et à galvaniser nos troupes qui combattent à l'intérieur des lignes. Si chaque secteur de partisans ou chaque détachement de partisans agit seul, sans se préoccuper de la coordination de ses opérations avec celles des troupes régulières au cours des campagnes, il jouera bien un certain rôle d'appui dans l'ensemble de la stratégie, mais la portée en sera réduite. Tous les dirigeants de la guerre de partisans doivent prêter à cette question une attention particulière.
Pour réaliser la coordination au cours des campagnes, il est absolument indispensable de munir de moyens de liaison par radio tous les détachements et corps de partisans de quelque importance. Enfin, la coordination dans les combats, c'est-à-dire la coordination sur le champ de bataille, fait partie des tâches de tous les détachements de partisans qui agissent non loin d'un champ de bataille à l'intérieur des lignes; cela ne s'applique naturellement qu'aux détachements de partisans opérant à proximité des troupes régulières ou à des unités temporairement détachées de l'armée régulière pour des opérations de partisans. Les détachements de partisans doivent, dans ce cas, accomplir les missions qui leur sont assignées, sur les instructions du commandement des troupes régulières, et qui consistent habituellement à fixer une partie des forces de l'ennemi, à entraver ses communications, à effectuer des reconnaissances, à servir de guides aux troupes régulières, etc.
Même s'ils n'ont pas reçu d'instructions de ce genre, les détachements de partisans n'en doivent pas moins, de leur propre initiative, accomplir ces tâches. Il serait absolument inadmissible qu'ils restent les bras croisés ou errent à l'aventure sans porter de coups à l'ennemi.
Chapitre 6. Création de bases d'appui
Le troisième problème stratégique de la guerre de partisans contre le Japon concerne la création de bases d'appui. Leur nécessité et leur importance découlent de la longue durée et du caractère acharné de la guerre.
Jusqu'au moment où la contre-offensive stratégique à l'échelle nationale permettra de récupérer tous les territoires perdus, le front ennemi pénétrera profondément dans la partie centrale de notre pays, le coupera en deux, et près de la moitié, voire la plus grande partie de notre territoire sera entre les mains de l'ennemi et deviendra son arrière.
Nous devrons développer la guerre de partisans sur l'ensemble de ce vaste territoire occupé et transformer en front de combat les arrières de l'ennemi, de façon qu'il soit obligé de se battre constamment sur tout le territoire qu'il aura occupé. Tant que nous n'aurons pas commencé notre contre-offensive stratégique, tant que nous n'aurons pas repris les territoires perdus, nous devrons poursuivre avec ténacité la guerre de partisans à l'arrière de l'ennemi. Bien qu'il ne soit pas possible de déterminer avec précision combien de temps durera cette période, il est certain qu'elle sera longue. Cela signifie que notre guerre sera une guerre de longue durée. En même temps, l'ennemi, s'efforçant de sauvegarder ses intérêts dans les territoires occupés, intensifiera nécessairement chaque jour sa lutte contre les partisans, les soumettant à sa répression féroce, surtout lorsque son offensive stratégique aura pris fin. Ainsi, la guerre sera non seulement longue mais encore acharnée et, sans bases d'appui, il ne sera pas possible de soutenir longtemps la guerre de partisans à l'arrière de l'ennemi.
En quoi consistent les bases d'appui de la guerre de partisans? Ce sont des bases stratégiques sur lesquelles les détachements de partisans s'appuient pour accomplir leurs tâches stratégiques et atteindre leurs buts: conserver et accroître leurs forces, détruire et chasser celles de l'ennemi. Sans ces bases, nous ne pourrions nous appuyer sur rien pour accomplir toutes les tâches stratégiques et atteindre les buts de la guerre. A proprement parler, la guerre de partisans menée à l'arrière de l'ennemi se caractérise par des opérations militaires sans arrière, car les partisans y sont séparés de l'arrière général du pays. Cependant, sans bases d'appui, la guerre de partisans ne saurait durer longtemps ni se développer; ces bases d'appui sont justement les arrières des partisans.
L'histoire connaît un grand nombre de guerres paysannes faites suivant la méthode des "hors-la-loi", elles furent toutes infructueuses. En notre siècle de progrès des moyens de communication et de la technique, il serait d'autant plus illusoire de compter sur cette méthode pour remporter la victoire. La mentalité de "hors-la-loi" n'en existe pas moins encore aujourd'hui chez les paysans ruinés, et leurs conceptions, se reflétant dans la conscience des dirigeants de la guerre de partisans, se manifestent par la négation de la nécessité des bases d'appui ou la sous-estimation de leur importance.
C'est pourquoi, s'orienter vers la création des bases d'appui, il faut commencer par éliminer la mentalité de "hors-la-loi" de la conscience des dirigeants de la guerre de partisans. La question de savoir si les bases d'appui sont nécessaires et comment il faut en apprécier le rôle, en d'autres termes, la lutte entre la conception des bases d'appui et la mentalité de "hors-la-loi", doit apparaître au cours de toute guerre de partisans, et la guerre de partisans contre le Japon ne saurait, jusqu'à certain point, constituer une exception. C'est pourquoi la lutte idéologique contre la mentalité de hors-la-loi est indispensable. Seules la liquidation complète de cette mentalité, la formulation et l'application d'une politique pour la création des bases d'appui permettront de soutenir avec succès une guerre de partisans de longue durée.
La nécessité et l'importance des bases d'appui une fois exposées, passons aux problèmes qui en découlent, et qu'il est nécessaire de comprendre et de résoudre lors de la création de ces bases. Ces problèmes sont les suivants: types de bases d'appui, régions de partisans et bases d'appui, conditions pour la création de bases d'appui, consolidation et élargissement des bases d'appui, types d'encerclement réalisés par nous et par l'ennemi.
Section 1. Types de bases d'appui
Les bases d'appui de la guerre de partisans antijaponaise sont principalement de trois types: bases d'appui dans les montagnes, bases d'appui dans les plaines et bases d'appui dans les régions de rivières, lacs et estuaires. Tout le monde comprend l'intérêt qu'il y a de créer des bases d'appui dans les régions montagneuses. Les bases qui ont été créées, qui se créent ou qui se créeront dans le Tchangpaichan1 , le Woutaichan2 , le Taihangchan3 , le Taichan4 , le Yenchan5 et le Maochan6 sont de ce type.
Ces bases deviendront les points d'appui qui permettront le mieux de poursuivre de façon prolongée la guerre de partisans antijaponaise; elles deviendront d'importants bastions dans la Guerre de Résistance. Il nous faut développer la guerre de partisans dans toutes les régions montagneuses se trouvant à l'arrière de l'ennemi et y créer des bases d'appui. Les plaines, sous ce rapport, le cèdent naturellement aux montagnes. Mais cela ne signifie nullement que l'on ne puisse développer la guerre de partisans dans les plaines, que l'on ne puisse y créer aucune base. Dans les plaines de la province du Hopei et dans celles du nord et du nord-ouest de la province du Chantong, la guerre de partisans a déjà connu un vaste développement et cela démontre la possibilité de la développer dans les plaines. Jusqu'à présent, la possibilité de créer dans ces régions des bases durables n'a pas encore été prouvée, mais il faut noter que la possibilité d'y créer des bases temporaires est déjà établie et que celle d'y créer des bases pour de petits détachements ou des bases de caractère saisonnier semble bien devoir exister.
Cela, parce que d'une part l'ennemi ne dispose pas de forces armées en suffisance et mène une politique dont la férocité n'a jamais été égalée et que, d'autre part, la Chine a un vaste territoire et une forte population qui résiste au Japon. Il existe donc des conditions objectives pour développer la guerre de partisans dans les plaines et y créer des bases temporaires; si, de plus, notre commandement est à la hauteur de sa tâche, nous devons évidemment considérer comme possible la création dans les plaines de bases mobiles, mais durables pour de petits détachements7 .
Lorsque l'ennemi cessera son offensive stratégique et passera à la consolidation des territoires qu'il aura occupés, il ne fait aucun doute qu'il mènera une offensive acharnée contre toutes les bases de la guerre de partisans, et celles des plaines recevront naturellement les premiers coups.
Il sera alors impossible aux grandes unités de partisans qui y opèrent de s'y maintenir longtemps et il leur faudra, dans la mesure où la situation l'exigera, se retirer progressivement dans les montagnes. Par exemple, elles se retireront des plaines du Hopei vers le Woutaichan et le Taihangchan et des plaines du Chantong dans le Taichan et la péninsule de Kiaotong.
Toutefois, on laissera encore un grand nombre de petits détachements de partisans dispersés dans divers districts des vastes plaines; ces détachements passeront à la tactique des opérations mobiles, en d'autres termes, ils utiliseront des bases mobiles, qui s'installeront tantôt ici, tantôt là. Les conditions de la guerre nationale n'excluent pas cette possibilité. Quant aux opérations de partisans de caractère saisonnier, sous le couvert de la végétation l'été et à la faveur des cours d'eau gelés l'hiver, nul doute qu'elles ne soient possibles.
Comme l'ennemi n'a pas, à l'heure actuelle, les moyens de s'occuper des partisans et que même dans l'avenir il lui sera toujours difficile de s'en occuper suffisamment, il faut absolument s'orienter à présent, dans les plaines, vers un large développement de la guerre de partisans et vers la création de bases temporaires, et, dans l'avenir, s'orienter résolument vers une guerre de partisans avec de petits détachements du moins, une guerre de partisans de caractère saisonnier, et vers la création de bases mobiles. Les régions de rivières, lacs et estuaires offrent, par leurs conditions objectives, de plus grandes possibilités que les plaines au développement de la guerre de partisans et à la création de bases d'appui; et elles ne le cèdent, de ce point de vue, qu'aux régions montagneuses. Les innombrables combats dramatiques menés par les "pirates" et les "bandits des rivières" tout au long de notre histoire et la guerre de partisans soutenue durant plusieurs années dans la région du lac Honghou, au temps où notre armée s'appelait Armée rouge, tout cela montre qu'il est possible de développer la guerre de partisans et de créer des bases d'appui dans les régions de rivières, lacs et estuaires. Cependant, les partis politiques et les masses qui résistent aux envahisseurs japonais continuent à accorder peu d'attention à ce problème. Bien que, dans ces régions, les conditions subjectives n'existent pas encore, il ne fait pas de doute que nous devons examiner très attentivement cette possibilité et nous mettre au travail.
Une guerre de partisans efficace doit être organisée dans la région du lac Hongtseh au nord du Yangtsé, dans la région du lac Taihou au sud de ce fleuve, et dans toutes les régions de ports et d'estuaires des territoires que l'ennemi occupe le long des cours d'eau et du littoral, et, en outre, des bases d'appui durables doivent être créées à l'intérieur ou à proximité de ces régions; ce sera un aspect du développement de la guerre de partisans dans tout le pays. Perdre cela de vue signifierait offrir à l'ennemi la possibilité d'utiliser librement les communications par eau, ce qui serait évidemment une lacune dans le plan stratégique de la Guerre de Résistance. Il faut combler cette lacune à temps.
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1Le Tchangpaichan est une chaîne de montagnes à la frontière nord-est de la Chine.Après l'incident du18 septembre 1931, il devint une base de partisans, dirigée par le Parti communiste chinois, dans la lutte contre les envahisseurs japonais. (Toutes les notes sont de l'édition chinoise).
2Le Woutaichan est une chaîne de montagnes à la limite du Chansi, du Hopei et de l'ancienne province du Tchahar. En octobre 1937, la VIIIe Armée de Route, dirigée par le Parti communiste chinois, a entrepris la création de la base antijaponaise du Chansi-Tchahar-Hopei, centrée sur le Woutaichan.
3Le Taihangchan est une chaîne de montagnes à la limite des provinces du Chansi, du Hopei et du Honan.En novembre 1937, il devint le centre de la base antijaponaise du Chansi du sud-est, créée par la VIIIe Armée de Route.
4Le Taichan se trouve dans la partie centrale de la province du Chantong et constitue l'une des hauteurs principales de la chaîne montagneuse duu Taiyi. Au cours de l'hiver1937, les détachements des partisans, dirigés par le Parti communiste chinois, ont entrepris la création de la base du Chantong central, centrée sur la région du Taiyi.
5Le Yenchan est une chaîne de montagnes à la limite du Hopei et de l'ancienne province de Jéhol. Au cours de l'été 1938, la VIIIe Armée de Route à entrepris la création de la base antijaponaise du Hopei de L'Est, centrée sur la région du Yenchan.
6Le Maochan se situe dans le sud de la province du Kiangsou. En juin 1938, la Nouvelle IVe Armée, dirigée par le Partii communiste chinois, a entrepris le création de la base antijaponaise du Kiangsou du Sud, centrée sur la région du Maochan.
7L'expérience ultérieure de la Guerre de Résistance a montré qu'il est possible de créer dans les régions de plaines des bases d'appui durables, et, en beaucoup d'endroits, des bases d'appui permanentes. Cela a été possible grâce aux conditions suivantes:l'étendue du territoire de la Chine, l'importance de sa population, la juste politique du Parti communiste chinoois, l'ampleur de la mobilisation du peuple, l'insuffisance des forces armées de l'ennemi, etc. Par la suite, le camarade MaoTsétoung a confirmé avec précision ce point dans des directives concrètes.
Section 2. Régions de partisans et bases d'appui
Dans la guerre de partisans faite à l'arrière de l'ennemi, les régions de partisans se distinguent des bases d'appui. Les territoires qui sont encerclés par l'ennemi, mais qui ne sont pas occupés par lui ou qui ont déjà été libérés, par exemple certains districts de la région du Woutaichan (c'est-à-dire la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei) ainsi que certains secteurs des régions du Taihangchan et du Taichan, constituent déjà des bases d'appui toutes prêtes.
En s'appuyant sur ces bases, les partisans peuvent commodément développer la guerre de partisans. Cependant, en d'autres endroits proches de ces bases, la situation est différente, par exemple, dans les parties est et nord de la région du Woutaichan, c'est-à-dire dans certains secteurs du Hopei de l'Ouest et du Tchahar du Sud, ainsi que dans de nombreux secteurs à l'est de Paoting et à l'ouest de Tsangtcheou, où les partisans, à l'étape initiale du développement de la guerre de partisans, ne peuvent pas encore occuper tout le territoire et doivent se limiter ordinairement à des raids.
Ces régions appartiennent aux détachements de partisans dès qu'ils arrivent et se retrouvent au pouvoir du gouvernement fantoche quand ils s'en vont; elles ne sont pas encore des bases de partisans, mais seulement ce qu'on appelle des régions de partisans. Elles ne deviendront des bases d'appui qu'après avoir passé par les étapes indispensables de la guerre de partisans, lorsque des forces importantes de l'ennemi y auront été anéanties ou repoussées, que le pouvoir du gouvernement fantoche aura été balayé, que les masses populaires auront été éveillées à l'activité, que des organisations de masse pour la lutte contre les envahisseurs japonais et des forces armées populaires y auront été créées et qu'un pouvoir de Résistance y aura été instauré. L'adjonction de ces bases nouvelles à celles qui existent déjà constitue ce que l'on appelle l'élargissement des bases d'appui.
Dans certains endroits, le territoire tout entier où opèrent les partisans a été au début une région de partisans. C'est, par exemple, le cas de la partie orientale de la province du Hopei. Depuis longtemps, des organes du pouvoir fantoche y existaient en même temps qu'y opéraient les forces armées de la population locale insurgée et des détachements de partisans envoyés de la région du Woutaichan. Au début, les partisans ne pouvaient que choisir de bonnes positions dans cette région pour en faire leurs arrières temporaires ou bases temporaires.
C'est seulement quand les forces de l'ennemi sur ce territoire auront été anéanties et qu'on aura développé le travail pour mobiliser les masses populaires que cette situation caractéristique de la région de partisans prendra fin, et que le territoire deviendra une base d'appui, plus stable.
On voit par là que la transformation d'une région de partisans en base d'appui est une œuvre qui demande beaucoup d'efforts et qui ne peut se réaliser que dans la mesure où les forces de l'ennemi sont anéanties et les masses mobilisées sur le territoire de cette région.
Beaucoup d'endroits en resteront longtemps au stade de la région de partisans. L'ennemi fera bien tous ses efforts pour les maintenir sous son contrôle, mais il ne pourra pas y établir solidement le pouvoir fantoche; de même, nous nous efforcerons de développer par tous les moyens la guerre de partisans, mais nous n'arriverons pas à y établir un pouvoir de Résistance. Les régions proches des voies ferrées et des grandes villes occupées par l'ennemi, ainsi que certaines régions de plaine en sont des exemples. Quant aux grandes villes, aux gares de chemin de fer et à certaines régions de plaine que l'ennemi contrôle avec des forces importantes, la situation y est autre: les détachements de partisans peuvent seulement s'en approcher, mais ils ne peuvent y pénétrer, un pouvoir fantoche relativement stable y étant établi.
A la suite d'erreurs dans notre travail de direction, ou sous une forte pression de l'ennemi, le processus inverse peut se dérouler: les bases d'appui se transforment en régions de partisans et les régions de partisans en régions relativement bien tenues par l'ennemi. Cette situation peut se produire, et les dirigeants de la guerre de partisans doivent être sur leurs gardes.
Ainsi, du fait de la guerre de partisans et de notre lutte contre l'ennemi, le territoire occupé par l'ennemi peut se diviser en régions de trois types différents: le premier type, ce sont les bases d'appui antijaponaises qui sont entre les mains de nos détachements de partisans et sous le contrôle de notre pouvoir; le deuxième type, ce sont les régions occupées qui restent aux mains des impérialistes japonais et du pouvoir fantoche; le troisième type, ce sont les régions pour la possession desquelles les deux parties sont en lutte et qu'on appelle les régions de partisans.
Les dirigeants de la guerre de partisans ont le devoir de faire tous leurs efforts pour élargir les régions du premier et du troisième type et pour réduire les régions du deuxième type. Telle est la tâche stratégique de la guerre de partisans.
Section 3. Conditions pour la création des bases d'appui
Les conditions fondamentales pour créer une base d'appui, c'est d'avoir des forces armées antijaponaises et d'utiliser ces forces pour infliger des défaites à l'ennemi et soulever les masses populaires. Ainsi, le problème de la création des bases d'appui est avant tout un problème de forces armées. Les dirigeants de la guerre de partisans doivent employer tous leurs efforts à former un ou même plusieurs détachements de partisans et en faire progressivement, au cours de la lutte, des corps de partisans, et éventuellement des unités et des corps de l'armée régulière. L'organisation des forces armées constitue le maillon essentiel dans la création de bases d'appui. Sans ces forces, ou avec des forces trop faibles, rien ne pourra se faire. Telle est la première condition. La deuxième condition indispensable pour créer des bases d'appui est d'infliger des défaites à l'ennemi en utilisant les forces armées dans des actions menées en commun avec les masses populaires.
Toute région contrôlée par l'ennemi est une base d'appui pour lui et non pour la guerre de partisans. Il va de soi qu'il est impossible de transformer une base d'appui de l'ennemi en une base d'appui de la guerre de partisans sans écraser l'ennemi. Et même des régions contrôlées par les partisans tomberont sous le contrôle de l'ennemi, si nous ne brisons pas ses attaques et ne parvenons pas à le vaincre, et alors il sera, là aussi, impossible de créer des bases d'appui.
La troisième condition indispensable pour créer des bases d'appui, c'est de soulever les masses populaires en vue de la lutte contre les envahisseurs japonais en mettant en œuvre toutes nos énergies, forces armées comprises. C'est au cours de cette lutte qu'il faut armer le peuple, c'est-à-dire créer des forces d'autodéfense et des détachements de partisans. C'est aussi au cours de cette lutte qu'il faut constituer des organisations de masse; à mesure que s'accroissent la conscience politique et l'esprit combatif des ouvriers, des paysans, des jeunes, des femmes, des enfants, des commerçants, des membres des professions libérales, il convient de les unir dans les organisations correspondantes de lutte contre les envahisseurs japonais, et d'élargir progressivement ces organisations. Si les masses ne sont pas organisées, elles ne peuvent pas manifester leur force dans la résistance au Japon. C'est encore au cours de cette lutte qu'il faut liquider tous les traîtres, cachés ou avoués, mais cela aussi n'est possible que si l'on s'appuie sur la force des masses populaires.
Il est particulièrement important d'amener les masses populaires à créer ou à renforcer dans la lutte même les organes locaux du pouvoir antijaponais. Là où les anciens organes chinois du pouvoir n'ont pas été détruits par l'ennemi, il faut les réorganiser et les renforcer avec l'appui des larges masses populaires. Là où ils sont déjà détruits, il faut faire appel à l'effort des larges masses populaires pour les rétablir.
Ce pouvoir doit appliquer la politique du front uni national antijaponais. Il doit unir toutes les forces du peuple contre l'ennemi unique: les impérialistes japonais et leurs laquais Les traîtres et les réactionnaires. Une base d'appui de la guerre de partisans ne peut être réellement établie qu'après la réalisation graduelle des trois conditions fondamentales: créer des forces armées antijaponaises, infliger des défaites à l'ennemi et mobiliser les masses populaires.
Il faut mentionner en outre les conditions géographiques et économiques. Nous avons déjà abordé la question des conditions géographiques plus haut, à la section "Types de bases d'appui", en indiquant les trois catégories de conditions. Nous nous contenterons de mentionner ici la condition principale: la nécessité d'un vaste territoire. Lorsque nous sommes cernés par l'ennemi des quatre côtés ou de trois seulement, les régions montagneuses nous offrent naturellement les meilleures conditions pour la création de bases d'appui durables; mais ce qui est encore plus important, c'est l'existence d'un espace permettant aux détachements de partisans de manœuvrer, c'est-à-dire l'existence d'un territoire étendu.
Si cette condition est remplie, la guerre de partisans peut se développer et se maintenir même dans les plaines, sans parler des régions de rivières, de lacs et d'estuaires. Par suite de l'étendue du territoire chinois et de l'insuffisance de l'ennemi en forces armées, la guerre de partisans en Chine bénéficie déjà en général de cette condition.
Du point de vue de la possibilité de faire la guerre de partisans, cette condition est importante et même capitale. Dans les petits pays comme, par exemple, la Belgique, où cette condition n'existe pas, la possibilité de poursuivre une guerre de partisans est très réduite, voire nulle. Mais en Chine cette condition n'est pas à créer, elle ne pose pas de problème, nous la tenons de la nature et n'avons qu'à en profiter.
Pour les conditions économiques en tant que telles, il en va de même que pour les conditions géographiques. Nous examinons pour l'instant le problème de la création de bases d'appui non pas dans les déserts car dans les déserts il n'y a pas d'ennemis mais à l'arrière de l'ennemi; or, là où l'ennemi peut pénétrer, les Chinois vivent depuis très longtemps et il y existe de toute évidence une base économique de ravitaillement; par conséquent, la question des conditions économiques permettant de créer des bases d'appui ne se pose pas. Partout ou vivent des Chinois et où l'ennemi a pénétré, il faut s'efforcer, quelles que soient les conditions économiques, de développer la guerre de partisans et de créer des bases d'appui, permanentes ou temporaires.
Au point de vue politique, par contre, les conditions économiques posent un problème, celui de la politique économique. C'est un problème d'une haute importance pour la création des bases d'appui. Notre politique économique dans les bases d'appui de la guerre de partisans doit se conformer aux principes du front uni national antijaponais, c'est-à-dire qu'il faut répartir rationnellement les charges de la guerre et protéger le commerce.
En aucun cas, les pouvoirs locaux et les partisans ne doivent violer ces principes, sous peine d'exercer une influence négative sur la création des bases et sur la poursuite de la guerre de partisans. Une répartition rationnelle des charges de la guerre implique l'application du mot d'ordre "Que celui qui a de l'argent donne de l'argent". Toutefois, les paysans doivent, dans une certaine mesure, approvisionner en vivres les détachements de partisans.
La protection du commerce exige que les détachements de partisans observent une stricte discipline; ils ne doivent absolument pas confisquer les entreprises commerciales, quelles qu'elles soient, à l'exception de celles qui appartiennent à des traîtres dont le crime a été dûment prouvé. C'est une chose difficile, mais cette politique a été décidée et il faut l'appliquer.
Section 4. Consolidation et élargissement des bases d'appui
Pour enfermer l'ennemi, qui s'est introduit en Chine, à l'intérieur de ses points d'appui peu nombreux, c'est-à-dire dans les grandes villes et le long des principales voies de communication, il faut développer le plus possible la guerre de partisans dans toutes les directions à partir des bases de partisans, et faire pression sur tous les points d'appui de l'ennemi, de façon à menacer son existence et à ébranler le moral de son armée, et, en même temps, à élargir nos propres bases d'appui.
C'est là une nécessité absolue. Il faut lutter contre l'esprit conservateur dans la conduite de la guerre de partisans.
Qu'il ait son origine dans le désir d'une vie tranquille ou dans la surestimation des forces de l'ennemi, cet esprit conservateur nuit, dans l'un ou l'autre cas, à la cause de la Guerre de Résistance et exerce une influence négative sur la guerre de partisans et sur l'existence des bases d'appui elles-mêmes.
En même temps, il ne faut pas oublier de consolider nos bases d'appui, ce qui comporte comme tâches principales la mobilisation et l'organisation des masses populaires, ainsi que l'instruction des détachements de partisans et des forces armées locales. La consolidation des bases d'appui est indispensable à la conduite d'une guerre de longue durée, elle est également indispensable à l'élargissement ultérieur des bases, car il n'est pas possible de leur donner une large expansion sans les consolider.
Les détachements de partisans qui s'occuperaient uniquement d'élargir les bases d'appui, en oubliant de les consolider, seraient incapables de résister aux attaques de l'ennemi, et, par suite, ils ne perdraient pas seulement le territoire conquis lors de l'élargissement des bases, ils compromettraient encore l'existence même des bases. Le principe juste est d'élargir les bases tout en les consolidant; tel est le bon moyen pour s'assurer la possibilité de progresser avec succès dans l'offensive et de se défendre avec succès lors de la retraite.
Du moment qu'il s'agit d'une guerre de longue durée, le problème de la consolidation et de l'élargissement des bases d'appui se pose en permanence devant chaque détachement de partisans.
Sa solution concrète dépend des circonstances. Dans telle période, on mettra l'accent sur l'élargissement des bases, c'est-à-dire sur l'extension des régions de partisans et l'accroissement des détachements de partisans. Dans telle autre, on mettra l'accent sur la consolidation des bases, c'est-à-dire sur l'organisation des masses populaires et l'instruction des détachements armés.
Comme la tâche d'élargissement et celle de consolidation sont de caractère différent, les dispositions militaires et les tâches correspondantes seront différentes, elles aussi. Ce problème ne peut être résolu avec succès que si l'on insiste sur l'une ou l'autre de ces deux tâches suivant le moment et la situation.
Section 5. Types d'encerclement réalisés par nous et par l'ennemi
Si l'on considère la Guerre de Résistance dans son ensemble, il ne fait pas de doute que nous nous trouvons stratégiquement encerclés, puisque l'ennemi se livre à une offensive stratégique et opère à l'extérieur des lignes, et que nous sommes sur la défensive stratégique et opérons à l'intérieur des lignes. C'est le premier type d'encerclement de nos forces par l'ennemi. Mais comme, de notre côté, nous adoptons à l'égard d'un ennemi qui, opérant à l'extérieur des lignes, marche sur nous en plusieurs colonnes le principe d'opérations offensives à l'extérieur des lignes dans les campagnes et les combats, nous pouvons encercler, avec des forces supérieures en nombre, chacune des colonnes ennemies qui progressent dans notre direction. C'est le premier type d'encerclement de l'ennemi par nous.
D'autre part, si l'on considère les bases d'appui de la guerre de partisans situées à l'arrière de l'ennemi, chacune de ces bases isolées est cernée par l'ennemi soit des quatre côtés, comme la région du Woutaichan, soit de trois seulement, comme celle du nord-ouest du Chansi. C'est le deuxième type d'encerclement de nos forces par l'ennemi.
Toutefois, si l'on considère toutes les bases de la guerre de partisans dans leurs liaisons mutuelles, et chaque base dans ses liaisons avec le front de l'armée régulière, on constate qu'un grand nombre d'unités ennemies sont encerclées par nous. Par exemple, dans la province du Chansi, nous avons déjà cerné de trois côtés (de l'est, de l'ouest et du sud) la ligne de chemin de fer Tatong-Poutcheou, et nous avons complètement investi la ville de Taiyuan; dans les provinces du Hopei et du Chantong, on trouve également un grand nombre d'encerclements de ce genre. C'est le deuxième type d'encerclement de l'ennemi par nous. Ainsi, ces deux types d'encerclement mutuel rappellent le jeu de weikfi8 les campagnes et les combats que l'ennemi mène contre nous et que nous menons contre l'ennemi ressemblent à la prise des pions, et les points d'appui de l'ennemi et nos bases de partisans ressemblent aux "fenêtres" sur l'échiquier. La nécessité de se ménager des fenêtres montre toute l'importance du rôle stratégique des bases d'appui de la guerre de partisans à l'arrière de l'ennemi.
L'examen de cette question au point de vue de la Guerre de Résistance nous montre que les autorités militaires supérieures du pays, d'une part, et les dirigeants de la guerre de partisans dans les différentes régions, d'autre part, doivent mettre à l'ordre du jour le développement de la guerre de partisans à l'arrière de l'ennemi et la création de bases d'appui partout où cela est possible, et qu'ils doivent passer à la réalisation de cette tâche en la considérant comme stratégique.
Si nous réussissions, par notre action sur le plan international, à créer dans le Pacifique un front antijaponais auquel la Chine participerait en tant qu'unité stratégique et au sein duquel l'Union soviétique et les autres pays qui pourraient s'y intégrer constitueraient d'autres unités stratégiques, nous aurions sur l'ennemi l'avantage d'un encerclement de plus: il se créerait dans la région du Pacifique une ligne extérieure à partir de laquelle nous pourrions encercler et anéantir le Japon fasciste. Cette question n'a évidemment pas encore une portée pratique aujourd'hui, mais une telle perspective n'est pas exclue.
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8Le Weiki est un jeu d'origine chinoise très ancienne. Chacun des deux joueurs s'efforce d'encercler avec ses pions les pions de l'adversaire. Si un pion ou un groupe de pions de l'un des joueurs se trouve encerclé par les pions de l'adversaire, ce pion ou ce groupe de pions est "mangé". Toutefois, tant qu'il existe à l'intérieur du groupe de pions encerclés une case libre ("une fenêtre"), les pions encerclés ne peuvent être "mangés" et continuent à "vivre".
Chapitre 7. Défense stratégique et attaque stratégique dans la guerre de partisans
Le quatrième problème stratégique de la guerre de partisans concerne la défense stratégique et l'attaque stratégique. Il consiste à savoir comment, dans la guerre de partisans contre le Japon, appliquer concrètement, dans la défensive comme dans l'offensive, le principe des opérations offensives exposé ci-dessus à propos du premier problème.
Dans la défense stratégique et l'attaque stratégique (il serait plus juste de dire la contre-attaque stratégique) à l'échelle nationale s'inscrivent la défense stratégique et l'attaque stratégique réalisées à petite échelle dans la région de chaque base d'appui de partisans et autour d'elle.
Dans le premier cas, il s'agit de la situation stratégique qui se crée lorsque l'ennemi attaque et que nous sommes sur la défensive, et de notre stratégie pour cette période. Dans le second cas, il s'agit de la situation stratégique qui se crée lorsque l'ennemi est sur la défensive et que nous attaquons, et de notre stratégie pour cette période.
Section 1. La défense stratégique dans la guerre de partisans
Lorsque la guerre de partisans aura commencé et atteint une certaine ampleur, et surtout lorsque l'ennemi aura mis fin à son offensive stratégique contre l'ensemble de notre pays et passé à la défense des territoires occupés, l'offensive de l'ennemi contre les bases d'appui de la guerre de partisans deviendra inéluctable. Il est indispensable de le comprendre, car dans le cas contraire les dirigeants de la guerre de partisans ne se tiendraient pas sur leurs gardes, et face à une offensive sérieuse de l'ennemi, ils seraient saisis de panique et se feraient battre.
Pour liquider la guerre de partisans et ses bases d'appui, l'ennemi aura souvent recours à l'attaque concentrique: par exemple, des expéditions punitives" ont déjà été lancées quatre ou cinq fois dans la région du Woutaichan, et pour chacune d'elles, le plan prévoyait une attaque simultanée conduite en trois ou quatre, et même en six ou sept colonnes. L'ennemi attaquera les partisans et leurs bases d'appui avec un acharnement d'autant plus grand que la guerre de partisans se sera développée plus largement, que les bases d'appui en seront devenues plus importantes par leur position et que ses propres bases stratégiques et voies de communication importantes se trouveront plus menacées.
Par conséquent, plus les attaques ennemies contre les partisans sont acharnées dans une région, plus les succès de la guerre de partisans s'y avèrent grands et plus sa coordination avec les opérations régulières s'y révèle efficace.
Dans le cas d'une attaque concentrique de l'ennemi en plusieurs colonnes, le principe des opérations de partisans consiste à briser cette attaque concentrique en passant à la contre-attaque. Il est facile de la briser si les colonnes de l'ennemi qui avance ne représentent chacune qu'une unité, grande ou petite, sans forces d'appui, et s'il n'a pas la possibilité de laisser des garnisons, de construire des fortifications et des routes carrossables le long de sa ligne d'attaque. L'ennemi mène alors des opérations offensives et à l'extérieur des lignes, tandis que nous nous trouvons sur la défensive et opérons à l'intérieur des lignes.
La disposition de nos troupes doit être calculée de façon à en utiliser une petite partie pour fixer les forces de plusieurs colonnes de l'ennemi, et à lancer nos forces principales contre une seule de ces colonnes, en adoptant dans nos campagnes et nos combats la méthode des attaques par surprise (essentiellement des embuscades) et en frappant l'ennemi pendant qu'il est en marche. Soumis à toute une série d'attaques par surprise, l'ennemi, quoique fort, s'affaiblit et souvent se replie sans avoir pu atteindre ses buts. A ce moment, les détachements de partisans, tout en le poursuivant, peuvent continuer de l'affaiblir en lui portant des coups inattendus.
Quand l'ennemi n'a pas encore arrêté son attaque ou qu'il n'a pas encore effectué son repli, il occupe toujours les chefs-lieux de district et les bourgs sur le territoire de nos bases d'appui. En ce cas, nous devons encercler l'ennemi dans ces chefs-lieux de district ou ces bourgs, le couper de ses sources de ravitaillement et détruire ses voies de communication; puis, lorsqu'il ne peut plus se maintenir et commence à se replier, c'est le moment à saisir pour le pourchasser. Une fois l'ennemi défait dans une direction, il faut porter rapidement nos forces dans une autre direction, et défaire ainsi par fractions l'ennemi qui se livre à une attaque concentrique.
Une vaste base d'appui, comme par exemple la région du Woutaichan, constitue une "région militaire" qui se divise en quatre, cinq "sous-régions militaires" ou davantage, chacune comprenant des détachements armés opérant de façon indépendante. En appliquant les méthodes d'opérations décrites plus haut, ces détachements brisent ouvrent en même temps ou successivement les attaques de l'ennemi.
Dans un plan d'opérations visant à repousser une attaque concentrique, nos forces principales sont généralement disposées à l'intérieur des lignes. Dans le cas où nous disposerions de forces suffisantes, il faut en utiliser une faible partie (par exemple des détachements de partisans de districts et d'arrondissements, et éventuellement, des unités détachées des forces principales) à l'extérieur des lignes pour détruire les voies de communication de l'ennemi et immobiliser ses renforts. Si l'ennemi se maintient longtemps sur le territoire de nos bases d'appui, nous pouvons adopter une tactique inverse, c'est-à-dire laisser une partie de nos forces à l'intérieur de ces bases d'appui pour investir et harceler l'ennemi, et attaquer avec le gros de nos forces la région d'où il est venu, y développer notre activité militaire et contraindre de la sorte l'ennemi à se retirer de nos bases pour aller attaquer le gros de nos forces. C'est ce qu'on appelle "attaquer la principauté de Wei pour sauver celle de Tchao"9 .
Durant les opérations visant à briser une attaque concentrique de l'ennemi, les forces d'autodéfense antijaponaises locales et toutes les organisations locales de masse doivent être totalement mobilisées pour prendre part aux opérations ou activités militaires et aider par tous les moyens nos troupes dans la lutte contre l'ennemi. Pour combattre l'ennemi, il est important de prendre deux mesures: décréter localement l'état de siège et, dans la mesure du possible, "consolider les remparts et vider les champs". La première mesure est nécessaire pour réprimer l'activité des traîtres à la nation et priver l'ennemi de la possibilité d'obtenir des renseignements, la deuxième pour appuyer les opérations de nos troupes (consolider les remparts) et pour priver l'ennemi de ravitaillement (vider les champs). Par "vider les champs", il faut entendre rentrer la moisson dès qu'elle est mûre.
Souvent, pendant sa retraite, l'ennemi brûle les maisons dans les villes qu'il abandonne et les villages situés le long de sa ligne de retraite, dans le but de ruiner les bases d'appui de la guerre de partisans, mais ce faisant, il se prive d'habitations et de ravitaillement lors de sa nouvelle attaque et se nuit à lui-même. C'est là un exemple concret qui montre comment une seule et même chose comporte deux aspects contraires.
Les dirigeants de la guerre de partisans ne doivent pas envisager 1'idée d'abandonner leur base d'appui et de passer à une autre, sans avoir effectué des tentatives répétées pour repousser la puissante attaque concentrique de l'ennemi et sans avoir acquis la conviction qu'il est impossible de la briser en cet endroit. Dans de telles circonstances, il ne faut pas se laisser aller au pessimisme. En général, dans les régions montagneuses, il est toujours possible de briser l'attaque concentrique de l'ennemi et de tenir les bases d'appui, à condition toutefois que le commandement ne commette pas d'erreurs de principe. Ce n'est que dans les régions de plaine et dans les conditions d'une forte attaque concentrique de l'ennemi qu'il faut, partant de la situation concrète, envisager la solution suivante: laisser dans cette région un grand nombre de petits détachements de partisans en vue d'opérations dispersées et transférer temporairement les grosses unités de partisans dans les régions montagneuses, de façon qu'elles puissent revenir déployer leurs activités dans les plaines après le départ des forces principales de l'ennemi.
Par suite de la contradiction entre l'étendue du territoire de la Chine et l'insuffisance des forces de l'ennemi, ce dernier ne peut pas, en règle générale, recourir à la méthode de la "guerre de blockhaus", que le Kuomintang a appliquée dans la période de la guerre civile en Chine. Nous devons cependant considérer que l'ennemi peut, dans une certaine mesure, se servir de cette méthode contre des bases de partisans qui menacent particulièrement ses points vitaux. Nous devons, même dans ce cas, être prêts à poursuivre fermement la guerre de partisans.
Si nous avons été capables de poursuivre une guerre de partisans même dans les conditions de la guerre civile, il est certain que cela est d'autant plus réalisable dans une guerre nationale. Car même si l'ennemi parvient à mettre en ligne contre certaines de nos bases d'appui des forces d'une supériorité écrasante, en qualité comme en quantité, les contradictions nationales entre l'ennemi et nous n'en resteront pas moins entières et les fautes du commandement des troupes ennemies n'en seront pas moins inévitables. Nos victoires sont fondées sur un sérieux travail parmi les masses et sur des méthodes de guerre pleines de souplesse.
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9En l'an 353 av. J.C, les troupes de la principauté de Wei assiégèrent la ville de Hantan, capitale de la principauté de Tchao. Le prince de Tsi ordonna à ses généraux Tien Ki et Souen Pin de porter secours à la principauté de Tchao. Souen Pin, tenant compte de ce que les troupes d'élite de Wei combattaient de la principauté de Tchao et que la principauté de Wei se trouvait sans défense, attaqua cette dernière. L'armée de Wei revint alors en arrière pour sauver son pays; les troupes du prince de Tsi, profitant de l'épuisement de l'armée ennemie, infligèrent à celle-ci une lourde défaite à Koueiling (dans la partie nord-est de l'actuel district de Hotseh, province du Chantong); ainsi, le siège fut levé devant la capitale de Tchao. Depuis lors les stratèges chinois appellent toute tactique similaire la méthode "attaquer la principauté de Wei pour sauver celle de Tchao".
Section 2. L'attaque stratégique dans la guerre de partisans
Après que l'attaque de l'ennemi a été brisée et avant qu'il n'en entreprenne une nouvelle, il y a une période où il se trouve sur la défensive stratégique et où nous passons à l'offensive stratégique.
En une telle période, notre ligne d'opérations ne consiste pas à attaquer un ennemi qui tient fermement ses positions défensives et e nous ne sommes pas sûrs de vaincre, mais à détruire ou à chasser systématiquement hors de régions déterminées les forces ennemies eu considérables et les troupes fantoches dont les détachements de partisans peuvent venir à bout; de même, nous devons élargir les territoires occupés par nous, soulever les masses populaires dans la lutte contre l'envahisseur, compléter et instruire les détachements de partisans et en organiser de nouveaux. Si, une fois ces tâches réalisées jusqu'à un certain point, l'ennemi est toujours sur la défensive, nous pouvons entreprendre un nouvel élargissement des régions occupées par nous, attaquer les villes et les voies de communication tenues par des forces ennemies peu importantes et les occuper pour un temps ou pour une longue période, suivant les circonstances.
Telles sont les tâches de l'attaque stratégique, dont le but est de mettre à profit la période où l'ennemi se trouve sur la défensive pour accroître avec efficacité nos forces armées et la force des masses populaires, ainsi que pour réduire avec efficacité les forces de l'ennemi et pour nous mettre en mesure de briser, par des opérations planifiées et vigoureuses, la nouvelle attaque qu'entreprendra l'ennemi.
Le repos et l'instruction des troupes sont nécessaires. La période où l'ennemi passe à la défensive est le meilleur moment pour le repos et l'instruction. Mais il ne s'agit pas de s'occuper exclusivement de cela, en se désintéressant de tout le reste; il faut trouver du temps pour le repos et l'instruction au cours même de l'élargissement du territoire occupé par nous, de l'anéantissement des petites unités ennemies et du travail pour la mobilisation des masses. C'est habituellement à ce moment-là que l'on résout les difficultés dans l'approvisionnement en vivres, vêtements, couvertures, etc.
C'est aussi le moment de détruire sur une vaste échelle les voies de communication de l'ennemi, de paralyser ses transports et d'apporter par là une aide directe aux troupes régulières au cours de leurs campagnes. Alors, dans toutes les bases de partisans, toutes les régions de partisans et tous les détachements de partisans, se manifeste un enthousiasme général, et les régions saccagées par l'ennemi se relèvent peu à peu des ruines et renaissent à la vie. Dans les régions occupées par l'ennemi, les masses populaires s'en réjouissent aussi, partout s'étend le prestige des détachements de partisans.
Dans le camp de l'ennemi et de ses laquais, les traîtres, grandit la panique, s'aggrave la désagrégation, en même temps que s'accroît la haine pour les partisans et les bases d'appui et que s'intensifient les préparatifs contre les partisans C'est pourquoi, lors de l'attaque stratégique, les dirigeants de la guerre de partisans doivent se garder de chanter victoire, de sous-estimer l'ennemi, de négliger le renforcement de l'union dans leurs rangs et la consolidation des bases et des détachements de partisans.
En un tel moment, ils doivent savoir observer chaque mouvement de l'ennemi et découvrir les signes annonciateurs d'une nouvelle attaque, de façon à pouvoir, dès que celle-ci commence, mettre fin en bon ordre à leur attaque stratégique, passer à la défensive stratégique et briser au cours de celle-ci l'attaque de l'ennemi.
Chapitre 8. Passage de la guerre de partisans à la guerre de mouvement
Le cinquième problème stratégique de la guerre de partisans contre le Japon est le passage de la guerre de partisans à la guerre de mouvement. La nécessité et la possibilité d'un tel passage découlent également de la longue durée et du caractère acharné de la guerre.
En effet, si la Chine pouvait rapidement remporter la victoire sur les bandits japonais et recouvrer les territoires perdus et si, en conséquence, la guerre n'était pas longue et n'avait rien d'acharné, la transformation de la guerre de partisans en guerre de mouvement ne serait pas une nécessité.
Mais comme, au contraire, la guerre se révèle longue et acharnée, on ne peut s'y adapter qu'à la condition de transformer la guerre de partisans en guerre de mouvement. Dans la mesure où la guerre est longue et acharnée, elle permettra aux détachements de partisans d'acquérir la trempe nécessaire et de se transformer peu à peu en unités régulières; en conséquence de quoi les formes de combat qu'ils utilisent se rapprocheront aussi, peu à peu, de celles des unités régulières, et la guerre de partisans se développera en guerre de mouvement.
Les dirigeants de la guerre de partisans doivent voir clairement cette nécessité et cette possibilité, alors seulement ils pourront s'en tenir fermement à la ligne de la transformation de la guerre de partisans en guerre de mouvement et la mettre systématiquement en pratique. Actuellement, dans nombre de régions, par exemple dans la région A Woutaichan, la guerre de partisans doit son développement à l'envoi de forts détachements de l'armée régulière. Bien que les opérations militaires dans ces régions soient en général des opérations de partisans, elles contiennent cependant dès le début des éléments de la guerre de mouvement. Pour autant que la guerre se prolongera, ces éléments augmenteront progressivement.
C'est en cela que consiste l'avantage de la présente guerre de partisans antijaponaise, avantage qui non seulement favorisera son développement rapide, mais encore l'élèvera rapidement à un niveau supérieur; la présente guerre de partisans se fait dans des conditions nettement plus favorables que n'en ont connu les partisans des trois provinces du Nord-Est.
La transformation des détachements de partisans, qui font actuellement une guerre de partisans, en des unités régulières, qui feront une guerre de mouvement, exige deux conditions: l'accroissement de leurs effectifs et l'élévation de leur qualité. Pour accroître les effectifs, outre l'enrôlement direct de la population dans les détachements, on peut fusionner de petits détachements; l'élévation de la qualité exige qu'au cours de la guerre les combattants se trempent et que leur armement soit amélioré.
En procédant à la fusion des petits détachements, il faut, d'une part, se garder du régionalisme, qui ne compte qu'avec les intérêts locaux et s'oppose pour cela à cette fusion, et, d'autre part, lutter contre l'esprit purement militaire, qui ne tient pas compte des intérêts locaux. Le régionalisme se manifeste au sein des détachements locaux de partisans et des organes locaux du pouvoir. Souvent, on s'y préoccupe uniquement des intérêts locaux et on oublie les intérêts généraux, ou bien, n'ayant pas l'habitude de l'action collective, on cherche à agir seul. Les chefs des forces principales de partisans ou des corps de partisans doivent en tenir compte et appliquer une méthode de fusion progressive et partielle, de façon à laisser aux autorités locales des forces suffisantes pour le développement ultérieur des opérations de partisans. Pour réaliser la fusion des petites unités, il faut tout d'abord leur faire entreprendre des actions concertées, puis les intégrer dans les grandes unités sans toutefois détruire la structure organique de ces détachements et sans changer leurs cadres.
A l'opposé du régionalisme, l'esprit purement militaire est le point de vue erroné de ceux qui, au sein des forces principales, cherchent uniquement à augmenter leurs unités sans se préoccuper d'aider les forces armées locales. Ils ne comprennent pas que le passage de la guerre de partisans à la guerre de mouvement ne signifie point l'abandon de la guerre de partisans, mais la formation graduelle, au cours d'un large développement de la guerre de partisans, de forces principales qui soient capables de conduire une guerre de mouvement et autour desquelles doivent continuer à exister un grand nombre de détachements menant une guerre de partisans étendue.
Ces nombreux détachements de partisans constituent une puissante force auxiliaire autour des forces principales et représentent en même temps une source intarissable pour l'accroissement ultérieur de celles-ci.
C'est pourquoi un dirigeant de forces principales qui manifesterait un état d'esprit purement militaire, sans tenir compte des intérêts de la population locale et des organes locaux du pouvoir, aurait à surmonter cette erreur, afin qu'aux deux aspects de cette tâche l'élargissement des forces principales et l'accroissement du nombre de détachements armés locaux soit donnée la place qui leur revient.
Pour élever la qualité des détachements de partisans, il faut effectuer un bon travail politique et d'organisation dans leurs rangs, améliorer leur équipement, leur technique militaire, leur tactique et renforcer leur discipline, en prenant progressivement modèle sur l'armée régulière et en éliminant les habitudes de partisans.
Dans le domaine de l'éducation politique, il faut s'efforcer de faire comprendre aux commandants et aux combattants la nécessité d'élever les détachements de partisans au niveau des troupes régulières, il faut encourager tout le monde à travailler dans ce sens et assurer la réalisation de cet objectif par le travail politique.
Dans le domaine du travail d'organisation, il faut pourvoir progressivement les détachements de partisans de tout ce que doit comporter une formation régulière, à savoir un appareil militaire et politique, des cadres militaires et politiques, des méthodes de travail correspondantes et un système permanent d'approvisionnement, de service sanitaire, etc.
En ce qui concerne l'équipement, il faut améliorer la qualité et augmenter la variété de l'armement, et accroître les moyens de transmission indispensables. Dans le domaine de la technique militaire et de la tactique, il faut élever les détachements de partisans au niveau des corps de troupes régulières.
Quant à la discipline, il faut en élever le niveau jusqu'à obtenir que des règles uniformes soient observées et que les ordres et instructions soient strictement exécutés; il faut déraciner le laisser-aller et l'esprit d'indiscipline. L'accomplissement de ces tâches exige de longs efforts et n'est pas l'affaire d'un jour, mais c'est dans ce sens qu'il faut agir.
C'est le seul moyen pour permettre à chaque base d'appui de la guerre de partisans de constituer des troupes régulières et d'accéder aux formes de la guerre de mouvement capables de frapper l'ennemi avec encore plus d'efficacité. Là où opèrent des détachements ou des cadres envoyés par l'armée régulière, il est relativement facile de parvenir à ce but. Il en résulte que toutes les troupes régulières ont l'obligation d'aider les détachements de partisans à se transformer en unités régulières.
Chapitre 9. Rapports dans le commandement
Le dernier problème stratégique de la guerre de partisans contre le Japon porte sur les rapports dans le commandement. Sa solution correcte est l'une des conditions nécessaires pour développer avec succès la guerre de partisans.
Comme les détachements de partisans sont la forme inférieure d'organisation des forces armées et que leur caractéristique est l'éparpillement des opérations, la guerre de partisans ne permet pas le commandement hautement centralisé propre à la guerre régulière. Si l'on tente de transposer dans la guerre de partisans les méthodes de commandement de la guerre régulière, on restreindra inévitablement la grande mobilité de la guerre de partisans, et celle-ci perdra son dynamisme.
Le haut degré de centralisation du commandement est en contradiction directe avec cette grande mobilité. Non seulement il ne convient pas, mais encore il est impossible d'appliquer un système de commandement hautement centralisé à la guerre de partisans, caractérisée par sa grande mobilité.
Cela ne signifie cependant pas que la guerre de partisans puisse se développer avec succès sans aucun commandement centralisé. Dans les conditions où de vastes opérations de partisans et de vastes opérations régulières sont en cours en même temps, une coordination appropriée est indispensable entre elles. Il faut alors un commandement pour coordonner les opérations régulières avec les opérations de partisans, il faut, en d'autres termes, une direction stratégique unique assurée par l'état-major général et les commandements des zones d'opérations.
Lorsqu'il existe dans une région ou une base de partisans un grand nombre d'unités de partisans parmi lesquelles il y a d'ordinaire un ou plusieurs corps principaux de partisans (parfois des corps de l'armée régulière y opèrent aussi) et nombre de détachements de partisans, grands et petits, jouant un rôle auxiliaire et qu'il s'y trouve de nombreuses forces armées de la population non détachées de la production, l'ennemi adopte généralement un dispositif unique pour toutes ses forces en vue d'une action concertée contre les partisans.
C'est pourquoi, dans de telles régions de partisans ou bases d'appui, se pose le problème d'un commandement unique, c'est-à-dire d'un commandement centralisé.
Il en résulte que le principe du commandement dans la guerre de partisans consiste, d'une part, à s'opposer à la centralisation absolue et, d'autre part, à s'opposer à la décentralisation absolue; il exige un commandement centralisé en stratégie et un commandement décentralisé dans les campagnes et les combats.
Le commandement centralisé en stratégie implique: à l'échelle nationale, l'établissement du plan d'ensemble et la direction générale des opérations de partisans, la coordination des opérations de partisans et des opérations régulières dans chaque zone de guerre, et enfin, dans chaque région de partisans et dans chaque base d'appui, la direction unique de toutes les forces armées antijaponaises.
Ici, l'absence d'accord et d'unité, l'absence de centralisation est nuisible, et c'est pourquoi il faut réaliser par tous les moyens l'accord, l'unité et la centralisation. Pour toutes les questions générales, c'est-à-dire les questions d'ordre stratégique, les échelons inférieurs doivent en référer aux échelons supérieurs et se soumettre à leur direction pour réaliser une coordination efficace.
Mais la centralisation du commandement doit s'en tenir là. Franchir ces limites, s'ingérer dans le détail concret des affaires des échelons inférieurs, par exemple dans les dispositions spécifiques d'une campagne ou d'un combat, est tout aussi nuisible.
Les affaires concrètes doivent en fait être réglées en fonction des situations concrètes qui varient selon le temps et le lieu et ne peuvent être connues des échelons supérieurs, fort éloignés. Cela exige la décentralisation du commandement dans les campagnes et les combats. Ce principe s'applique également, d'une façon générale, aux opérations régulières, surtout si les moyens de transmission sont insuffisants.
En un mot, nous sommes pour des opérations de partisans menées avec indépendance et initiative, sous un commandement stratégique unique. Il se crée, dans les bases de partisans, une région militaire qui se divise en plusieurs sous-régions militaires; chacune de celles-ci se subdivise en districts et chaque district en arrondissements.
A cette division correspond un système de subordination respective des autorités, de celles de l'arrondissement à celles du district, de celles du district au commandement de la sous-région militaire, de celui-ci au commandement de la région militaire, et les forces armées sont subordonnées à ces différents échelons suivant leur caractère. Les rapports entre les échelons ci-dessus s'établissent conformément au principe énoncé plus haut, de façon que la ligne de conduite générale soit fixée car l'échelon supérieur et l'action concrète entreprise, selon les données de la situation concrète, par les échelons inférieurs, qui ont ici le droit d'agir indépendamment.
Lorsque l'échelon supérieur a des remarques à faire à l'échelon inférieur à propos d'une action concrète, il peut et doit les exprimer sous forme d'"instructions", mais jamais sous forme d'"ordres" catégoriques. Plus la région est étendue, la situation complexe et l'échelon supérieur éloigné, plus le commandement local doit avoir de liberté dans l'action concrète, pour adapter celle-ci plus étroitement aux conditions locales et aux exigences de la situation locale.
Cela est nécessaire pour permettre aux échelons inférieurs et au personnel local de développer leur aptitude à travailler dans l'indépendance, à faire face à des situations complexes et à mener avec succès la guerre de partisans. Si une unité ou un corps est engagé dans une action unique, les rapports dans le commandement s'y établissent sur le principe de la centralisation, car le commandement supérieur est alors au courant de la situation; mais si cette unité ou ce corps passe aux opérations dispersées, c'est le principe de la centralisation pour les questions générales et de la décentralisation pour les questions concrètes qui s'applique, car la situation concrète ne peut alors être suivie par le commandement supérieur. Si ce qui doit être centralisé ne l'est pas, cela indique que les échelons supérieurs ont manqué à leur devoir et que les échelons inférieurs ont outrepassé leurs pouvoirs. Cela est inadmissible dans les rapports d'un échelon supérieur quelconque avec un échelon inférieur, et particulièrement entre échelons militaires. Si ce qui doit être décentralisé ne l'est pas, cela indique que les échelons supérieurs monopolisent le pouvoir et que les échelons inférieurs n'ont pas d initiative.
Cela est également inadmissible dans les rapports d'un échelon supérieur avec un échelon inférieur, et tout particulièrement dans les rapports de commandement dans la guerre de partisans. Le problème des rapports de commandement ne peut être résolu correctement que sur la base du principe exposé ci-dessus.

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