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Avicenne et Averroès - 7e partie : les « trois philosophes » de Giorgione

Giorgione (1478 - 1510) était un grand peintre ; en tant que maître de la Renaissance vénitienne, il a produit un travail que le socialisme reconnaîtra comme l’une des plus importantes peintures : les « trois philosophes. »

Sur cette peinture - finie en 1509 par Sebastiano del Piombo car Giorgione était déjà très malade - on peut voir trois hommes.

La peinture dépeint en effet, comme le titre le dit, trois philosophes, et pas du tout les trois mages allant chez Jésus venant de naître, comme quelques explications réactionnaires essayent de le dire.

En fait, nous devons noter ici aussi que nous ne connaissons pas le nom réel de l’œuvre, le nom de « trois philosophes » venant d’un écrit de Marcantonio Michiel (1484-1552), un noble vénitien s’intéressant à l’art et vivant en même temps que Giorgione.

Mais nous savons que la peinture a été commandée par un autre Vénitien, Taddeo Contarini, un marchand souvent présenté comme « intéressé par l’occultisme et l’alchimie. » Ce qui veut dire qu’il était intéressé par le néoplatonisme, un courant idéaliste au milieu des débats autour d’Aristote, de Platon, de la religion, d’Averroès.

Il est également même facile de comprendre quel genre de philosophes sont présentés dans le tableau. Celui sur la droite est clairement un Grec ; traditionnellement on pense que c’est Aristote, ou Pythagore.

Celui au milieu, un Arabe, a toujours été considéré comme étant Averroès.

Le troisième, totalement à gauche, a toujours été considéré comme un Européen de la Renaissance.

Comme l’un est Grec, l’autre un Européen de la Renaissance, et le dernier un Arabe, il ne peut absolument pas s’agir des trois mages allant à Jésus.

En fait, le tableau décrit trois étapes : la philosophie grecque, qui a commencé la science. La culture arabo-persane, qui l’a continué. Et puis la Renaissance, qui a continué le processus.

La preuve en est que le Grec et l’Européen ont dans les mains soit un document scientifique pour le Grec, soit des outils (équerre et compas) de mesure pour l’Européen.

Averroès est ici clairement montré comme le transmetteur - un thème central de l’humanisme, de l’averroïsme latin. Qu’il n’agit pas est logique : il était connu comme le « commentateur » (d’Aristote).

Ce n’est pas tout.

Les philosophes ne sont pas seulement sur une colline, au-dessus d’une vallée. On dit souvent qu’il n’y a pas seulement le soleil, mais aussi une autre lumière qui brille directement sur eux. C’est vrai, mais il y a quelque chose d’évident, qui semble pourtant n’avoir jamais été vu.

C’est exactement au-dessus des outils - l’équerre et le compas - du jeune philosophe que le monde nouveau apparaît. Les outils du jeune Européen sont comme « l’ouverture » d’un monde nouveau, une nouvelle société. Le soleil levant est un symbole de cette naissance.

Les religieux ont essayé de dire que les trois mages étaient sur la brèche, allant à Jésus après avoir vu dans le ciel quelle direction prendre. C’est absolument absurde : il est évident que symboliquement la nouvelle société, la ville sous le soleil levant, est comme un produit des outils du jeune Européen.

C’est conforme au principe de l’humanisme.

Et qu’est-ce que le jeune Européen est en train de mesurer ? Une grotte.

Toute personne connaissant un peu de philosophie connaît l’allégorie de la caverne de Platon : les humains sont comme dans une caverne, ils ne voient que des ombres, qu’ils prennent pour la réalité.

Dans ce tableau, nous voyons que les philosophes sont à l’extérieur de la caverne, que la lumière, qui produit les ombres dans la caverne, brille directement sur eux.

Les philosophes sont libres, ils ont compris la réalité, et ils montrent la voie de la sagesse.

Ils voient la lumière réelle (de la vérité, de la sagesse, du bonheur, de la bonté, etc) et non pas les ombres, comme les gens ordinaires le font parce qu’ils sont emprisonnés dans une mauvaise façon de penser (le fait que Platon et Aristote ne soient pas opposés ici n’est pas une surprise ; à la Renaissance et avant, il était courant de croire qu’ils avaient les mêmes conceptions, ceci est un produit de noms d’auteurs erronés sur certains livres).

En ce sens - mais ici nous n’avons aucune preuve du tout - les trois philosophes peuvent également être en opposition directe avec les trois imposteurs, comme le Traité sur les trois imposteurs représentent à la fin du Moyen-Âge Moïse, le Christ et Mahomet.

Mais laissons la recherche à ce sujet aux chercheurs, sans illusion cependant, parce que la bourgeoisie décadente ne peut certainement pas accepter qu’elle était différente dans le passé, qu’elle a été progressiste, ouvrant la porte à la science, au matérialisme ... Ouvrant la porte dans une libre acceptation de l’aspect universel de cette quête.

Dès qu’elle a commencé à devenir nationale, la bourgeoisie a laissé le capitalisme se développer - un bon aspect, mais qui a fait que la bourgeoisie s’est toujours plus déplacée à l’extérieur du matérialisme.

En ce sens, il n’y a que le socialisme qui peut reconnaître la véritable valeur des « trois philosophes. » Seul le matérialisme dialectique peut comprendre la valeur symbolique de ce travail, sa valeur historique artistique, son expression de toute une période d’une partie de l’humanité qui compte pour l’humanité tout entière : la Renaissance.