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Bobby Seale : Les femmes dans le Parti des Panthères noires − 1970

Le parti des Panthères noires sait que le chauvinisme mâle est un produit de la société de classe. Afin d’expliquer comment le parti entend en venir à bout je voudrais montrer comment il perçoit ce problème, et ce qu’il en pense.

L’idéologie du parti, c’est toute l’expérience historique du peuple noir en Amérique, l’expérience de tous les maux sociaux qui nous ont écrasés et qui ont fait que nous sommes opprimés.

Cette expérience historique du peuple noir traduite en termes marxiste-léninistes est la véritable idéologie du parti des Panthères noires. L’histoire du parti est un processus de mise en pratique des principes révolutionnaires fondamentaux que nous avons acquis.

Ces principes ne sont pas seulement en rapport avec les maux économiques et sociaux, ils ont été puisés à l’intérieur même des maux de ce système qui opprime le peuple noir.

Ces maux sociaux sont créés et maintenus par le gouvernement capitaliste qu’infeste l’élite de la classe dirigeante, les hommes d’affaires cupides et les politiciens démagogues.

Dans le parti lui-même, il y a toujours eu de la part de ses membres une sorte d’expérience de changement progressiste posée en terme d’unité avec le peuple.

Il faut que nous établissions un système dont le but soit l’égalité absolue de tous, et ce système doit être établi sur le principe selon lequel chacun, homme ou femme, donne selon ses moyens, et reçoit selon ses besoins.

Nous pensons que l’établissement du socialisme dans la société est un moyen de commencer à détruire les obstacles sociaux, et nous espérons construire un jour une société où l’homme et la femme pourront s’intéresser l’un à l’autre sur la base de la seule attirance naturelle.

Quand on étudie les autres sociétés (et il faut le faire pour bien comprendre la société dans laquelle on vit, et pour parler de n’importe quel aspect des groupes qui vivent dans la pauvreté à l’intérieur de celle-ci), on voit qu’il existe parmi les gens pauvres une culture en perpétuel changement, et que leur situation politique, économique et sociale est en rapport étroit avec leur vie de tous les jours.

Quand Eldridge, Huey, le parti entier agissent pour éliminer le chauvinisme mâle, ils agissent selon le principe de l’égalité absolue entre l’homme et la femme : parce que le chauvinisme mâle est directement issu de la nature de classe de la société d’aujourd’hui.

A l’intérieur même du parti, il existe des relations entre hommes et femmes qui doivent être remises à un niveau où elles ont un sens. Le parti travaille dur et vite pour abattre le chauvinisme mâle ; en même temps que nous travaillons sur ce problème dans la communauté, nous travaillons à changer nos relations entre nous.

Il y a dans le parti des soeurs très bien, Marsha, Kathy, et quelques autres. Un jour, elles passèrent devant la boutique d’un coiffeur qui est à deux pas du quartier général de Berkeley. C’est un endroit où beaucoup de frères viennent se faire coiffer. Quelques-uns se vantent d’être des maquereaux, et on peut deviner, à certains indices, que quelques autres sont revendeurs de drogue ou autre - le type d’activité qu’un Noir est amené à avoir pour vivre.

Ces frères jouent toujours au même petit jeu, ils se disent entre eux :

« Mec, je suis sûr que je peux draguer une des sœurs Panthères, et piquer n’importe quelle nana à n’importe quel mec du local des Panthères là-bas. »

C’est un jeu qui procède du chauvinisme mâle, de la domination des frères sur les sœurs. Domination liée, comme l’a dit un jour Malcolm X, au fait que le Président est le plus grand maquereau du pays. Le maquereautage des sœurs dans la communauté est en rapport direct avec l’existence du système de classe.

Et il est étroitement lié aux problèmes économiques propres à la communauté noire où le mâle est placé dans une situation telle qu’il ne peut être réellement le soutien de la famille.

Donc, quand les sœurs passèrent devant la boutique du coiffeur, je remarquai que certains frères, entassés les uns sur les autres, faisaient des paris sur les sœurs. Ils essayèrent de draguer Marsha et quelques autres filles, mais Marsha les remit à leur place.

Elle leur dit :

« Écoutez, frères, vous n’obtiendrez rien comme ça. Et arrêtez de faire cela dans la rue. La seule manière de vous rapprocher de moi, c’est de piger quelque chose à la philosophie du parti des Panthères noires. »

Une autre soeur ajouta :

« Ouais, si vous voulez être avec nous, pourquoi n’étudieriez-vous pas le livre rouge ? »

Les frères étaient un peu décontenancés. Puis ceux qui se trouvaient à l’intérieur de la boutique commencèrent à se moquer d’eux, ce qui rendit les frères furieux. On avait l’impression que toute la boutique était sous tension. Ce n’était pas une tension agressive, mais seulement la volonté de comprendre pourquoi la drague classique ne marchait pas avec ces sœurs.

Évidemment ils supposaient que les sœurs faisaient l’amour avec nous, et par conséquent, ils apprécièrent notre façon de faire. Ce qu’ils n’avaient pas compris, c’est que nous ne posions pas ce problème en terme de drague, et que c’était l’idéologie du parti qui nous aidait à nous sortir de ce genre de problématique.

Leur curiosité était éveillée. Ils essayèrent de nouveau la drague avec d’autres sœurs, mais ils obtinrent la même réponse. Alors tous ces frères vinrent au local, ils étaient vingt-cinq ou trente, pour acheter des publications des Panthères et des livres rouges. Ils cessèrent de parler et commencèrent à écouter. Et les sœurs leur balancèrent l’idéologie révolutionnaire.

Ça faisait longtemps qu’on avait essayé tous les moyens pour les motiver, mais il avait suffi de quelques sœurs qui se considéraient avec un regard neuf et plein de respect pour elles-mêmes, pour qu’ils entrent au parti !

A Los Angeles, ça faisait déjà plus d’un an, le frère Bunchy Carter avait monté dans la communauté six locaux qui avaient attiré des centaines et des centaines de membres. Mais maintenant, certains d’entre eux, pas tous, venaient au local bourrés. Un jour que Bunchy était allé à un de ces locaux, il les avait attrapés à la porte. Ils étaient censés s’y trouver à 10 heures, mais ils y arrivaient à midi, ou même plus tard. Bunchy les appelait les « bourrés du matin ».

Il leur avait dit :

« Pour qui vous vous prenez ? Vous ne savez peut-être pas que les porcs fascistes sont là pour nous assassiner, et que nous sommes entourés de loups impérialistes qui tuent, assassinent et commettent un génocide contre le peuple noir ? Et vous, imbéciles, vous arrivez en retard et saouls avant même le déjeuner ! Ça ne tourne pas rond chez vous ? »

Et Bunchy qui essayait de mettre nos principes au niveau de la vie quotidienne, demanda aux sœurs de tourner froidement le dos à tous ces irresponsables qui arrivaient en retard, et à ceux qui ne faisaient aucun travail. Il expliqua :

« Le ministre de la Défense va les foutre dehors, et moi je vais les vider d’ici tout de suite. Est-ce que vous, les sœurs, vous voulez aider le parti ? »

« Ces types ne font aucun travail révolutionnaire mais veulent passer au lit avec vous en vous racontant qu’ils vous aiment. Ils ne doivent pas vous aimer beaucoup pour ne pas faire le travail révolutionnaire qui vous permettrait d’être libres. »

Cela plut aux sœurs. Bunchy dut exclure quelques frères et sœurs paresseux qui ne voulaient vraiment pas faire le travail indispensable à la bonne marche d’un chapitre du parti des Panthères noires, mais la plupart se mirent au pas et se remirent au travail.

A l’origine, on avait établi des grades dans le parti, selon le travail et les fonctions politiques de chaque membre. Les capitaines, par exemple, étaient généralement coordinateurs, c’était leur fonction politique. On jugeait une personne selon qu’elle prenait ou non des responsabilités, parce qu’un des principes du parti, c’est qu’on peut déléguer l’autorité, mais pas la responsabilité.

Les lieutenants étaient chargés de la sécurité, et les sergents dirigeaient les sections. Les caporaux étaient chefs de sous-sections. Ceux qui n’avaient pas de formation n’avaient pas de grade particulier. Ceux qui étaient en cours de formation portaient le nom de Buck private.

Les Panthères qui avaient terminé la période de formation de six semaines de cours d’éducation politique étaient nommées private. On avait donc établi cette structure avec le chef d’état-major.

Mais très vite, on s’aperçut qu’avec ce système, on allait au-devant de problèmes. Par exemple, dans un local de l’Est, un frère avait été nommé ministre adjoint à la Santé alors qu’il ne savait même pas faire un bandage. On dut redresser rapidement la situation, et dire aux chapitres qu’il ne fallait pas donner un grade à quelqu’un simplement pour boucher un trou.

Finalement, on abandonna le système, et on cessa de s’intéresser aux grades.

Mais ces problèmes étaient dus au fait que certains frères avaient tendance à abuser du concept de grade dans leurs relations avec les sœurs.

On découvrit que de temps à autre, un frère traitait une sœur de « contre-révolutionnaire » pour la seule raison qu’elle ne voulait pas coucher avec lui, ce qui rendait la sœur furieuse.

En d’autres termes, quand un frère essayait de sortir avec une sœur, et que celle-ci n’en avait pas envie, il disait à droite à gauche que c’était une « contre-révolutionnaire ». Certains frères disaient aussi des choses erronées comme : « Je suis dans la rue et je dois te défendre », ou encore : « Je suis capitaine, c’est ton devoir de coucher avec moi ».

On mit immédiatement le holà à tout cela, et on déclara qu’aucun frère, qu’il soit capitaine ou qu’il ait un autre grade, ne devait utiliser ce fait pour coucher avec une sœur. Mais en même temps, ça marchait dans le sens inverse. Certaines sœurs avaient tendance à s’accommoder plutôt bien de cela.

Finalement, une ou deux sœurs commencèrent à râler, et on se débarrassa de ce type particulier de chauvinisme mâle. La chose la plus importante qu’il fallait que les frères comprennent, c’est qu’ils n’avaient aucun droit de traiter une sœur de contre-révolutionnaire pour des raisons personnelles, pas plus que de dire qu’ils devaient la défendre.

Pour notre part, nous pensons que les sœurs sont aussi des révolutionnaires, et qu’elles doivent être, tout comme nous, capables de se défendre elles-mêmes. Elles doivent, comme nous, apprendre à tirer, car les porcs du système se moquent du fait qu’elles soient des femmes, et les brutalisent de la même manière.

Je pense que, depuis que les porcs du pouvoir ont essayé de tuer Erica Huggins, les frères ont commencé à comprendre que les sœurs pouvaient être arrêtées elles aussi, de la même manière que les frères.

Je sais que la communauté a pu s’en rendre compte lors de la récente fusillade de Los Angeles à laquelle les sœurs participaient, se battant et se défendant aussi âprement que les frères.

Un grand nombre de frères de la communauté qui considèrent les sœurs comme inférieures - de ces frères qui maquereautent et qui pensent que c’est comme ça que la vie doit se passer - ont commencé à comprendre que les exemples présentés par le parti des Panthères noires étaient plus progressistes.

Ils nous voient gagner sur un plan supérieur, et traiter les sœurs sur un pied d’égalité.

Les frères de la communauté voient que les sœurs ne veulent pas nous opprimer ; que tout ce qu’elles veulent, c’est l’égalité. Elles veulent être traitées en êtres humains.

Si une sœur est en fonction et prend la responsabilité de faire quelque chose, les frères suivent ses ordres. Ils ne disent pas « Je n’écouterai jamais une femme. »

Nous avons eu ce genre de problèmes avec certains d’entre eux avant de les éduquer politiquement, et tous, nous avons dû purger nos cœurs et, comme dit Eldridge, purger nos âmes et nos esprits du conditionnement de l’environnement ancien.

Donc, avec cette attitude, les sœurs s’intéressèrent aux frères encore plus, mais pas sur la base de qui est la plus mignonne et qui est le plus beau. Les relations personnelles sont maintenant davantage basées sur la connaissance humaine et personnelle des gens, sur le fait d’aller travailler ensemble et pour le parti.

Maintenant, quand des hommes et des femmes se rencontrent, c’est à partir d’intérêts communs, de buts communs, que leurs relations démarrent, pour travailler dans le parti comme des révolutionnaires.

A l’époque où ces changements commençaient tout juste à entrer dans les moeurs, il y eut un incident. Ma femme et moi venions d’emménager dans une des Panther houses de Berkeley. Il y avait trois autres chambres dans l’appartement, et quelques membres du parti qui n’étaient pas de la ville y habitaient.

Un de ces frères travaillait en collaboration étroite avec une sœur depuis plusieurs jours, travaillant et vivant là, dans cet appartement. Il aimait vraiment la sœur qui le lui rendait bien.

Une nuit, après que ma femme et moi nous soyons mis au lit, ou entendit des coups à la porte.


- Président Bobby, appelait la sœur.

- Oui ? dis-je.

- Je peux te poser une question ?

- Bien sûr, lui répondis-je.

Je me levai, enfilai mes pantalons, et sortis.

- Qu’est-ce qu’il y a ? lui demandai-je. Elle me dit :

- Si un frère ne connaît pas le programme en dix points, est-ce que je dois faire l’amour avec lui, est-ce que je dois ?

- Attends un peu. Bon. Est-ce qu’il te plaît ? lui demandai-je.

- Ouais, il me plaît, mais je ne ferai pas l’amour avec lui s’il ne sait pas le programme en dix points, me déclara-t-elle.

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Ben on s’est mis au lit, tu vois, et je lui ai demandé s’il connaissait le programme en dix points ? Il m’a dit que oui, alors j’ai commencé à le sonder, et il a oublié à peu près dix mots. Il ne l’a pas récité exactement.

Je ne souris pas. C’était quelque chose de sérieux pour la sœur, et ça l’était donc pour moi aussi. Aussi, sans faire aucune déclaration chauvine mâle, je lui dis simplement :

- Tous les frères ne sont pas capables de le connaître parfaitement, mot à mot. Mais ils sont peut-être capables d’en connaître le sens général, et le contenu. Peut-être le frère l’exprime-t-il avec ses propres mots.

- Ah bon, dit-elle, je croyais que tout le monde dans le parti devait connaître le programme en dix points par cœur.

- Non, lui expliquai-je, pas nécessairement. Ce qu’on entend quand on dit que tous les membres du parti doivent connaître le programme en dix points par cœur, c’est qu’on vous donne la grande responsabilité de l’étudier vraiment et de le comprendre.

Parce que si tu connais parfaitement les mots, mais que tu n’en comprends pas la signification, tu crois que ça sert à quelque chose ?

- Elle secoua la tête, et je continuai.

- Bien, mais certains frères apprennent lentement, tu sais. Et ils savent faire l’amour bien mieux que n’importe quoi.

Pendant que j’expliquai ceci à la sœur, le frère s’était saisi d’un coussin et d’une couverture pour aller coucher en bas. Il dit :

- J’vais trouver une sœur du parti qui me plaise et qui connaisse pas le programme mieux que moi. Comme ça, on sera parfaitement à égalité.

Dans un sens, évidemment, ça me faisait rigoler, mais la sœur était très sérieuse.

Elle ne voulait pas qu’il lui passe dessus sans faire attention aux choses qui avaient pour elle de l’importance. Mais cette nuit-là, elle fit remonter le frère et lui dit qu’elle voyait maintenant les choses un peu différemment, et qu’il l’intéressait vraiment.

C’est un exemple des choses qui se sont passées entre membres du parti quand on commença à s’occuper des résultats du chauvinisme mâle. Il y eut un autre incident qui se passa au moment de la conférence, l’été dernier, et qui fut important.

Des gens de tout le pays étaient venus pour assister à la conférence du Comité national pour la lutte contre le fascisme, et toutes les maisons de Panthères de Bay Area étaient remplies bien au-delà de leur capacité.

Des gens dormaient par terre sur des paillasses, dans des sacs de couchage, sur les canapés, dans les lits, et même dans l’entrée.

Chez Eldridge Cleaver, toutes les chambres étaient occupées et les gens dormaient sur le plancher dans le salon et dans la salle à manger.

Une sœur porta plainte au quartier général disant qu’un frère avait essayé de la violer.

D’après l’enquête que l’on fit, il ressortit que le frère était entré dans la chambre et s’était mis dans le lit où elle dormait toute habillée.

Ça n’avait rien d’extraordinaire, étant donné la foule qu’il y avait, qu’un frère et une sœur couchent dans le même lit.

Elle lui avait d’ailleurs dit qu’elle était d’accord pour qu’il couche à côté d’elle. Mais il semble que le frère, excité physiquement par la proximité de la sœur, ait essayé de s’en approcher un peu trop.

Mais la sœur l’ayant repoussé, il abandonna là sa tentative. On fit donc remarquer à celle-ci qu’étant donné qu’elle l’avait repoussé simplement, on ne pouvait pas vraiment parler de tentative de viol. Et elle comprit que ça n’en était pas une.

Voilà le genre de problèmes qu’on rencontra et que l’on rencontre encore. On essaye d’éliminer ces petits problèmes. On essaye d’apprendre aux frères et aux sœurs les principes fondamentaux du parti, et la manière dont il faut s’en servir dans les relations entre les unes et les autres.

Les problèmes entre frères et sœurs sont issus du conditionnement passé. Quand un frère et une sœur sont couchés l’un à côté de l’autre, le conditionnement social a appris au frère qu’il peut employer la force contre la sœur et la prendre sans se préoccuper des idées qu’elle peut avoir sur le problème.

Maintenant, les frères doivent apprendre qu’ils n’ont aucun droit d’user de la force contre une sœur, et la sœur doit surveiller sa propre attitude, et ne pas considérer tout ce que fait le frère comme du ressort de la force, car c’est son type de conditionnement à elle.

On dut faire de nouvelles règles dans le parti car un bon nombre d’incidents similaires se produisirent. Une de ces règles, c’était que les frères ne devaient employer la force contre aucune sœur du parti.

L’application de ces règles ne s’est pas toujours faite facilement ni en douceur.

En effet, un an et demi après le début de ces événements, il arriva encore qu’un frère frappe une sœur à tel point qu’elle tomba en arrière et se coupa le talon avec un morceau de verre qu’elle avait brisé dans sa chute. Ce fut un véritable combat que l’on dut livrer pour arrêter ce genre de choses.

Auparavant, taper à la machine, faire la cuisine, et les autres choses de ce genre, étaient des tâches réservées aux sœurs. On supprima cette répartition des rôles dans le parti. Ce fut aussi un sacré combat.

On dut même s’occuper de la manière dont les frères parlaient aux sœurs car, de temps en temps, certains d’entre eux leur parlaient d’une manière tellement brutale qu’elles étaient vraiment effrayées, suffisamment pour qu’elles fassent tout ce qu’ils leur disaient de faire. Les sœurs commencèrent à se plaindre de cela, et on dit aux frères :

« On en a marre, on ne veut plus de ça dans le parti. On ne veut plus que les sœurs soient emmerdées. »

Grâce à cela, et voyant que les frères voulaient les traiter comme des êtres humains, et non pas comme nécessairement à leurs ordres, je pense que les sœurs commencèrent à beaucoup plus respecter le parti.

Tous ces incidents et ces problèmes sont étroitement liés au système économique de notre société, au fait qu’un Noir ne peut trouver du travail. Ces obstacles oppressifs doivent être détruits, ou ils continueront à se perpétuer d’eux-mêmes.

Les obstacles économiques poussent les Noirs à commettre des crimes, en particulier à l’approche de Noël.

A cette époque, beaucoup de Noirs qui habituellement ne commettent pas de crimes, se mettent à voler dans les stations-service ou dans les autobus pour trouver de l’argent pour acheter à leur famille les choses que le reste de la société leur a appris à désirer.

Beaucoup de frères s’en vont en abandonnant leur foyer. A cause de ce système pourri, des tas de jeunes frères ne veulent pas se marier. Ils veulent être maquereaux, et faire des sœurs leurs subordonnées.

Dans notre parti, on ne dit pas aux sœurs de rester à la maison. Si elles ont un travail, elles amènent tous leurs bébés dans une maison où quelqu’un, un homme ou une femme, s’en occupe.

On fait cela très souvent pour les sœurs qui ont des enfants. Il y a aussi les écoles de libération qui sont dirigées par des frères et des sœurs ; et les sœurs doivent apprendre à tirer aussi bien que les frères. Ça vaut dans l’autre sens aussi.

Par exemple, il y avait une sœur qui refusait d’apprendre la sténo-dactylo à Charles Bursey parce qu’elle trouvait que c’était déplacé. Hé bien elle a appris que les frères pouvaient, eux aussi, être secrétaires.

C’est Huey qui est à l’origine de ces principes. Il a toujours dit qu’il croyait en l’égalité de l’homme et de la femme. On trouve des organisations de femmes qui travaillent uniquement dans le système capitaliste, et parlent d’égalité à l’intérieur de ce système.

Mais la véritable nature du système capitaliste, c’est d’exploiter les gens et de les réduire à l’esclavage, tous sans exception. Nous devons donc progresser jusqu’au niveau du socialisme pour résoudre ces problèmes. Nous devons vivre le socialisme.

Nous essayons de le vivre partout où il y a des Panthères houses. Quand il y a de la cuisine à faire, les frères et les sœurs la font. Ils font aussi tous la vaisselle. Les sœurs ne servent pas et n’attendent pas les frères.

Beaucoup d’organisations nationalistes ont gardé l’idée que la femme doit être réduite au rôle de servir l’homme, et rattachent cela à la nature humaine noire. Mais la véritable nature humaine, elle, est basée sur l’humanisme, et non sur une forme d’oppression, quelle qu’elle soit.