Centre MLM de belgique

Clarté Rouge, Organe théorique du Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste [Belgique] N°5 - mars 2015

 1. Introduction : L’Inde aujourd’hui − Un pays sous influence

Document publié pour la première fois dans la brochure « Lal Salaam - les naxalites en Inde »

I. Un panorama

a) L’Inde aujourd’hui

L’image qu’on a de l’Inde d’aujourd’hui est celle d’un pays marqué par la misère, mais l’acceptant et vivant dans une passivité non violente imprégnée de religion, dans l’esprit du Mahatma Gandhi. Un pays surpeuplé (350 millions de personnes en 1947, 1,2 milliard aujourd’hui), vénérant de multiples dieux dans une ambiance parfois colorée, et se spécialisant apparemment dans certains domaines, comme l’informatique. Telle n’est pas la réalité indienne. L’Inde vit une véritable guerre, une guerre menée contre sa propre population.

Une guerre menée notamment contre les femmes. Il manque statistiquement 50 millions de femmes en Inde ; celles-ci sont en effet tuées à la naissance dans une société patriarcale traditionnelle où l’infanticide est une pratique courante. Si dans la plupart des pays naissent en moyenne 105 filles pour 100 garçons, le chiffre n’est que de 93 en Inde.

L’absence de femmes pousse à l’émigration et renforce également la prostitution, de plus en plus liée à la pédophilie. Si dans les années 1980, les jeunes filles prostituées étaient âgées de 14 et 16 ans, dans les années 1990 la barre est passée sous les 14 ans. La cinéaste engagée Deepa Mehta a réalisé un chef d’oeuvre à ce sujet, « Water », dont le tournage a également été attaqué par les ultra-religieux nationalistes, ainsi que Buddhadeb Dasgupta avec « Chroniques indiennes » (prix du meilleur film asiatique et du meilleur film indien en 2003).

En 2005 un quotidien traditionnel comme India daily a été obligé de reconnaître que « les viols de jeunes filles par les gangs en Inde ont explosé de manière vertigineuse depuis l’année dernière » et que « les jeunes filles ont totalement peur de sortir seules, particulièrement au Bihar et en Uttar Pradesh. » Une étude menée auprès de 350 écolières à New Delhi a montré que 63% d’entre elles avaient été victimes de pédophiles au sein de leur propre famille. Un viol sur 69 seulement est déclaré, une réalité dont on a pu entendre parler avec Phoolan Devi (1963-2001), mariée à 11 ans et violée par son mari, connue pour avoir rejoint un groupe de bandits avant de devenir une politicienne qui sera assassinée par un ultra-nationaliste.

Water

Cette guerre contre les femmes rentre également dans un cadre plus grand : celui de la féodalité. La population est rurale à 71%, même si évidemment les études universitaires peuvent prétendre que le pays se développe sous prétexte que les services forment 51% de l’économie. En pratique, le droit de cuissage féodal est une réalité quotidienne en Inde. Il touche tous les villages, et l’âge ne représente pas une limite, les victimes sont tout autant des bébés de six mois que des grand-mères. L’Inde est en effet un pays qui n’est pas « sous-développé », mais bloqué dans un féodalisme d’autant plus fort qu’il a été organisé par le colonialisme et se renforce du système des castes. Il existe quatre castes principales, se subdivisant elles-mêmes en des milliers de castes socio-professionnelles, dont le colonialisme anglais a totalement rigidifié les structures afin de faciliter l’organisation sociale. Les castes sont héréditaires et la violence des castes dominantes contre les castes inférieures fait partie de la domination. Il n’est pas possible pour un « brahmane », un membre de la couche supérieure, de boire dans le même verre qu’un membre de certaines castes inférieures ; même le regard d’un inférieur peut « salir » un repas et il faudra le purifier. Le système de castes n’est pas seulement propre à l’hindouisme : il existe également chez les musulmans, y compris au Pakistan.

Le système des castes en Inde doit être compris comme une gigantesque pyramide. Le pays est entièrement séparé en de multiples castes vivant au rythme d’un gigantesque apartheid organisé en ces centaines de sous-castes (les « jati », au nombre de 4635). Les Dalits, les « intouchables », c’est-à-dire 160 millions de personnes, sont considérés comme des « sous-hommes », dont les droits sont inexistants. Ils forment la base de la pyramide, où on trouve également les « scheduled tribes », c’est-à-dire les aborigènes. Les Dalits sont eux-mêmes appelés par l’Etat indien les « scheduled castes » (« scheduled » signifiant « répertoriées ») : officiellement l’Etat indien tente de rehausser leur niveau social.

En pratique, les Dalits sont pourtant victimes de la violence systématique, c’est-à-dire de toutes sortes d’atrocités, allant du viol au meurtre, de la part des castes dominantes. Celles-ci forment 10% de la population totale. Les Brahmanes, la couche la plus élevée, forme elle-même seulement 3,5% de la population totale, mais s’approprie tous les postes dirigeants. Une statistique des années 1980 a constaté que dans les rangs les plus élevés de l’Etat indien, sur 500 responsables, 310 étaient brahmanes, dont 19 secrétaires de chefs d’Etat (régionaux) sur 26, 50 sur 98 vice-chanceliers, 250 sur 438 magistrats, 2376 sur 3300 officiers de l’IAS, l’Indian Administrative Service qui a un rôle immense dans l’Etat indien puisqu’il contrôle tous les postes-clefs de tout l’appareil d’Etat.

Chroniques indiennes

L’exemple le plus marquant de cette violence institutionnalisée est l’Etat du Bihar, marqué par le caractère officiel de l’existence des « Sena », c’est-à-dire des armées privées de propriétaires terriens. Une quinzaine ont historiquement marqué les esprits (Kuer Sena, the Bhumi Sena, Lorik Sena, Sunlight Sena, Bramharshi Sena, Kisan Sangh, Gram Suraksha Parishad, Ranvir Sena...) et surtout les chairs, de par leur ultra violence. Leurs massacres sont nombreux et certains très connus, comme celui du village de Lakshmanpur-Bathe faisant 58 morts le 1er décembre 1997, celui du village de Sankarbigha faisant 23 morts le 25 janvier 1999, celui de Miapur faisant 34 morts le 16 juin 2000... Organisés dans les castes supérieures, les « Sena » répriment tous les « dissidents » de l’ordre dominant et maintiennent l’ordre par la terreur. Les victimes se trouvent souvent chez les « intouchables » (160 millions de personnes) et les aborigènes (70 millions).

b) Un pays sous influence

La situation que vit l’Inde d’aujourd’hui ne tombe pas du ciel. Le colonialisme anglais a monté les communautés entre elles, pratiquant la politique de « diviser pour régner », soutenant largement le projet totalement idéaliste de créer un « Pakistan » à partir des zones indiennes peuplées majoritairement par des populations de religion musulmane (Pendjab, Afghanistan c’est-à-dire le nord de l’Inde près de l’Afghanistan, Kachemire, Sindh et Balouchistan). Le fondateur du concept de « Pakistan », Choudhary Rahmat Ali, ainsi que le groupe avec lui, sont d’ailleurs des étudiants musulmans indiens eux-mêmes issus des universités anglaises. La langue historique des musulmans du nord de l’Inde, l’ourdou, fut choisie comme langue « nationale » pakistanaise, mais le premier président Mohammed Ali Jinnah le parlait à peine, certaines parties de la population pas du tout, et jusqu’à aujourd’hui les présidents pakistanais ont toujours privilégié l’anglais.

La question de la langue jouera également un grand rôle dans la scission du Pakistan en 1971. Le pays était en effet divisé en deux : le Pakistan de l’Ouest et le Pakistan de l’Est. Le Pakistan de l’Est consistait en fait en le Bengale de l’Est, séparé administrativement du Bengale de l’Ouest par le colonialisme anglais (entre 1905 et 1912) sur des bases religieuses et sociales. Le Bengale de l’Est devint donc le Pakistan de l’Est à l’indépendance, en raison de sa population majoritairement musulmane, alors que la distance entre les deux Pakistan était de 1,600 km et que les cultures n’avaient strictement rien à voir. De plus, si le Pakistan de l’Ouest avait toujours toute son économie dépendante de l’ancienne puissance coloniale anglaise, le Pakistan de l’Est devint totalement au service du Pakistan de l’Ouest, au point de devoir avoir l’ourdou, langue totalement étrangère au pays, comme langue nationale. Le Pakistan de l’Est devint alors le Bangladesh et arrachera sa séparation en 1971 au prix de deux millions de morts et du soutien de l’Inde qui l’intégrera dans son orbite.

La naissance du Pakistan et de l’Inde en 1947 a de plus amené le déplacement de 15 millions de personnes, et des séries de massacres atteignant sans doute le million de morts. Le pays est alors dans une situation catastrophique : 17% de la population sait lire et écrire, seulement 4% des 550.000 villages disposent d’un enseignement primaire obligatoire. 2% de la population active travaille dans l’industrie, qui représente 6% du revenu national. Les rares capitalistes nationaux d’envergure sont directement liés à l’ancienne puissance coloniale, ce sont les « grandes familles », comme les Tata, Birla, Jain, etc. Au lendemain de la guerre, Tata avait les moyens de littéralement fonder la ville de Jamshedpur (un million d’habitants aujourd’hui) pour satisfaire ses besoins en main d’œuvre industrielle. Tata contrôlait alors déjà de grandes usines chimiques, des usines de ciment, de constructions mécaniques, de produits alimentaires, des hôtels, etc. et dirigeait la Central Bank of India. De la même manière, Air India est issue de Tata Airlines.

Tata Motors

Toujours en 1947, le groupe de la famille Birla dirigeait 89 entreprises, dont une des cinq grandes banques principales et de grands groupes industriels (textiles, jute, mines de charbon, sucreries, industrie mécanique, d’automobiles, de matériel électrique, de bicyclettes, de faïences et porcelaine, de nombreux quotidiens et revues etc.) en 1960 le nombre d’entreprises totalement contrôlées par le groupe Birla était de 291.

Ces grandes familles s’enrichissaient de manière phénoménale en travaillant directement pour les entreprises occidentales ; de fait, aujourd’hui encore la situation n’a pas changé. L’entrepreneur Sunil Mittal a commencé sa carrière comme importateur de générateurs du japonais Suzuki et dirige la plus grande société de téléphones portables en Inde, elle-même liée à l’anglais Vodafone, son partenariat pour les assurances est avec le français Axa, ses exportations de fruits et de légumes se font avec la famille Rotschild et il compte ouvrir une gigantesque chaîne de magasins en partenariat avec le nord-américain Wal Mart. La quasi-totalité des activités liées à l’informatique sert les multinationales des pays capitalistes. Si l’on parle des ingénieurs en Inde, on oublie toujours de préciser pour qui ils travaillent. EADS investit par exemple 416 millions d’euros en Inde, développant également un centre d’ingénierie à Bangalore et un campus technologique intégré. Une formation juteuse pour les industriels et les universités, alors que l’Inde subit une énorme « fuite des cerveaux » : il y a 80,000 étudiants indiens aux Etats-Unis, 22.000 en Australie, 16.000 en Grande-Bretagne et 4.000 en Allemagne.

L’Inde joue également un grand rôle pour les produits pharmaceutiques. Ranbaxy Laboratories, la plus grande entreprise pharmaceutique indienne, a commencé en servant de sous-traitant pour Eli Lilly, gigantesque entreprise pharmaceutique nord-américaine notamment à l’origine du Prozac (et accessoirement très proche de la famille Bush). Les entreprises indiennes emploient 500,000 personnes pour produire des génériques profitant aux réseaux commerciaux des pays capitalistes, aux assureurs privés et publics, etc. Jusqu’à récemment elles profitaient d’une loi leur permettant de produire certains génériques en mettant de côté les licences, ce qui a permis à ces entreprises de « combler » le manque de la distribution à bas prix pour les pays du « tiers-monde », notamment pour le SIDA, les multinationales ne voulant aucunement perdre du temps et de l’argent pour des marchés non solvables. Elles ont ainsi servi de béquille à la domination des multinationales. Et depuis que les entreprises indiennes tentent d’imposer certains de leurs propres médicaments, les administrations sanitaires de nombreux pays leur mènent la vie dure afin de les disqualifier.

La raison de l’existence de ces « niches » de production où s’engagent les entreprises indiennes est simple à comprendre : il faut garder à l’esprit que la marge de manœuvre de ces grandes familles est plus que minime. Aujourd’hui en Inde, la classe ouvrière ne représente que 3% de la population totale et 8% de la population active. 90% de l’économie consiste en un secteur totalement désorganisé, marqué par l’agriculture. Des 10% restants, formant l’économie organisée, 65% est géré directement par l’État, qui conduit de grands projets, notamment pour l’électricité.

Il ne reste donc aux « grandes familles » que peu de place, et une dépendance inévitable vis-à-vis des puissances financières, commerciales et industrielles des pays capitalistes. L’émergence du géant de l’acier Lakshmi Mittal, dont la production sidérurgique, la plus grande du monde, est fondée sur ce processus de dépendance absolue.

Le système agraire est lui-même tributaire du colonialisme. Lorsque les Anglais ont colonisé l’Inde, ils ont repris le système utilisé par les conquérants musulmans (turcs et mongols) qui ont dominé le pays pendant plusieurs siècles, celui des zamindars, c’est-à-dire des collecteurs d’impôts prenant au fur et à mesure la possession juridique des terres. Cela signifie que le colonialisme anglais s’est accompagné de la destruction définitive du système « jajmani », le système de travail collectif communautaire existant auparavant. Un phénomène qui s’est déroulé partout de par le monde avec le colonialisme.

Ainsi, dès le 18ème siècle, sur l’initiative de Lord Cornwallis, la East India Company a transformé les anciens collecteurs d’impôts en propriétaires fonciers (zamindars), expropriant les anciens possesseurs des terres. Ce système a été instauré au Bengale, dans le Bihar, l’Orissa, la région de Bénarès et le Nord de Madras, sous une autre variante en Uttar Pradesh, encore sous une autre variante (les Jagirdars) au Pendjab et au Rajasthan. Parfois les droits donnés sur la terre sont permanents ou temporaires, transmissibles ou non par héritage, etc.

Les zamindars contrôlant un ou plusieurs villages avaient le statut de grands propriétaires terriens ; ils exigeaient les corvées, des redevances, etc. Ils ne géraient pas les terres eux-mêmes, les confiant à des couches intermédiaires parasitaires, elles-mêmes parfois les confiant à d’autres, dans un enchevêtrement sans fin.

Une enquête au Pendjab en 1940 a montré que plus de 50% des paysans travaillant la terre avaient des contrats totalement précaires et reversaient 80% du produit du sol. Il arrivait comme au Bengale qu’il y ait 40 couches successives d’intermédiaires entre le paysan exploité et le propriétaire.

De fait, aujourd’hui encore en Inde, les paysans sans terre (ou possédant mois de 0,2 hectares de terres) forment 43% des paysans. Officiellement, le pourcentage des terres possédées par les 60% les plus pauvres de la paysannerie est passé de 18,3% en 1960 à 14,2% en 1992 – les 30% les plus pauvres se partagent 3% des terres. En pratique, le constat est simple : si en 1931 32% des paysans étaient considérés comme sans-terre, aujourd’hui 63% des paysans possèdent moins d’un hectare de terre, les parcelles de 10 hectares ou plus étant dans les mains de 2% des paysans !

c) La destruction de l’écosystème

L’une des autres conséquences essentielles touchant l’Inde est la destruction de la nature, une destruction qui va de pair avec celle de sa population. Le symbole en est celle de Bhopal, lorsque dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, cette ville a été le lieu d’une grande catastrophe industrielle avec le nuage toxique de 40 tonnes de produit s’échappant de l’usine de pesticide du nord-américain Union Carbide. Aujourd’hui, alors que le bilan est de 15.000 à 30.000 morts et de 500.000 à 800.000 personnes affectées par les gaz toxiques, on continue de mourir des suites de la catastrophe à Bhopal.

Bhopal

On se souvient également de l’épisode du porte-avions le Clémenceau, qui a finalement été rejeté par l’Inde sous prétexte qu’il contenait trop d’amiante. Cela n’empêche nullement l’Inde d’accepter le paquebot Blue lady (l’ancien France), alors qu’il renferme 900 tonnes d’amiante : la raison officielle en est que le bateau doit être désossé pour pouvoir enlever l’amiante... Telle est la situation de l’Inde, qui importe et recycle des pays développés plus d’un million de tonnes de déchets toxiques par an. Le site d’Alang est ainsi le plus grand centre de démolition de bateaux du monde, sans aucune protection pour les ouvriers dans le cas de déchets toxiques.

Initialement, la conscience écologique bénéficie en Inde d’une tradition certaine. La religion Bishnoï au Rajasthan, née au 15ème siècle, avait déjà cette conception de « ne jamais abattre un arbre verdoyant » et l’influence du matriarcat sur la culture indienne amène un certain respect de la nature et une conception du monde orientée vers sa préservation. Mais l’Inde vit le même phénomène que la Chine : elle se transforme en usine du monde, au service des multinationales. Une des expressions de cette réalité a été la généralisation planifiée par l’Etat depuis 1947, aux dépens de la population, de 4,000 barrages pour servir aux besoins industriels. Les grands projets de l’Etat indien ont amené le déplacement de plus de 22 millions de personnes, qui se retrouvent réfugiées dans leur propre pays.

A cela s’ajoute l’anéantissement de centaines de milliers d’hectares de terres et de forêts. 11% du territoire indien possède une couverture forestière conséquente, contre plus de 30% en 1950. Un mouvement de déforestation massive qui dès les années 1970 s’est heurté à une grande résistance, comme avec le mouvement Chipko dans la région de l’Uttarakhand dans le nord de l’Inde, où les villageois, principalement des femmes, entouraient les arbres pour les protéger. Le mouvement se dirigeait entre autres contre la construction du barrage de Tehri. Un autre barrage ayant été au centre d’une grande polémique et la cible d’un grand mouvement populaire a été celui de Sardar Sarovar, sur le fleuve Narmada, lui-même au centre d’un projet d’irriguation de 18,000 km2, avec 75,000 km de canaux.

Et aujourd’hui, l’Inde doit encore augmenter ses capacités électriques ; ainsi en ont décidé les USA, qui ont lancé en 2006 une coopération technologique avec l’Inde afin de généraliser le nucléaire civil. L’Inde se retrouve ainsi lancée dans une grande politique de construction de centrales nucléaires. L’industrie française du nucléaire est naturellement solidement partie prenante dans ce processus. Jacques Chirac avait proposé dès 1998 une coopération bilatérale dans ce domaine. En octobre 2007 a eu lieu, dans ce cadre, une réunion de deux jours avec 70 délégués français représentant 29 entreprises liées au nucléaire et 300 délégués indiens, du secteur privé comme du secteur public. L’objectif de l’Etat indien est très clairement de généraliser le nucléaire partout dans le pays

Tous ces « progrès technologiques » et cette évolution industrielle ne doivent pas cacher que des 3,000 villes indiennes très peu retraitent les eaux usagées. L’Inde fait partie des 9 pays qui se partagent 60% des ressources naturelles d’eau douce dans le monde et pourtant chaque Indien n’utilise en moyenne que 24 litres d’eau par jour (moins de 15 litres pour les plus pauvres) contre 200 litres pour un Européen et 600 pour un nord-Américain. L’agriculture pompe l’écrasante majorité de l’eau et celle-ci souffre de la pollution massive. La ville de Cherrapunji est le symbole de cette situation : troisième lieu le plus humide la planète, la population manque d’eau et doit faire plusieurs kilomètres pour en trouver. Dans la ville de Madras, la contamination par l’eau salée pénètre maintenant jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur des terres. L’Inde, c’est également le spectacle de gigantesques décharges à ciel ouvert. La non gestion des problèmes écologiques fait que 57% des terres en Inde sont dégradées, et que 27% d’entre elles souffrent d’un grave degré d’érosion.

Chantier Alang

A cela s’ajoute la question des OGM, les multinationales s’imposant toujours plus fortement en ce domaine. La soi-disant « révolution verte » dans l’agriculture avait contribué à l’endettement massif des paysans indiens, ainsi qu’à l’orientation des cultures, passées des cultures vivrières à la monoculture du riz ou du coton. L’intégration des OGM pour le coton a, quant à elle, amené une série de catastrophes, notamment l’empoisonnement de cheptels ou des faillites, les rendements espérés n’étant pas à la hauteur alors que les OGM avaient un prix élevé. Selon une étude publiée en 2002 dans la revue scientifique The Lancet, le taux de suicide dans les régions rurales du Sud de l’Inde atteint un record mondial (58 décès pour 100 000 habitants, la moyenne dans les autres pays étant de 14,5 pour 100 000).

Telle est la situation écologique en Inde, pays visé par les « recherches » visant à produire une patate dont le taux de protéines passe de 2,5 à 5%, alors que le millet produit en Inde depuis des siècles en contient 10%. Pareillement, en 2025, les 3⁄4 de la production de riz en Inde consisteront en dix variétés seulement ; des milliers de plantes faisant partie de la pharmacopée traditionnelle indienne sont la cible des multinationales : l’utilisation de plantes comme le neem, le curcuma, ou certaines variétés de blé, ont déjà fait l’objet d’appropriation par les compagnies occidentales au moyen des brevets. Ce qui se passe en Inde est fondamental pour l’humanité. Il existe en Inde plus de 40000 espèces végétales, dont près de 2500 arbres (Negi 1994), cela représente environ 12% du total du monde végétal et un tiers des espèces végétales ne se trouvent pas ailleurs dans le monde. On sait pourtant déjà que plus de 800 espèces végétales indiennes sont soit éteintes, soit en danger d’extinction. Il y a en Inde également plus de 75000 espèces animales dont environ 60000 sont des insectes, 1693 des poissons, 3000 des oiseaux et 372 des mammifères ; l’agro-biodiversité (267 espèces cultivées et 320 espèces de parents sauvages) est une des plus riches au monde. Il y a 12 réserves de biosphère, 6 zones humides protégées par la convention de Ramsar, 88 Parcs Nationaux et 490 Sanctuaires d’une superficie totale de 153 000 km2, 25 réserves consacrées à la protection du tigre, animal dont l’existence est très largement menacée. L’avenir de la planète se joue également en grande partie en Inde.

d) Communalisme et fondamentalismes religieux

La situation indienne ne se caractérise pas que par la destruction de la nature. Le repli sur soi, la violence communautaire et le fondamentalisme religieux sont des phénomènes formant une réaction très forte au colonialisme, et ne datant pas de la « globalisation » qui serait apparue « récemment. » Les fondamentalismes religieux hindou et musulman ont même été profondément influencés par les idéologies des pays capitalistes colonisant le monde.

On a ainsi l’exemple du mouvement Hare Krishna, fondé dans les années 1960 et largement connu en Europe, qui se revendique ainsi sur le plan religieux d’un mystique du Moyen-âge (Chaitanya, 1486-1533), mais qui sur le plan idéologique fait en réalité partie d’un large courant réactionnaire s’étant développé dans l’hindouisme, à la fois contre l’influence de l’Islam qui a dominé l’Inde pendant plusieurs siècles, puis face au colonialisme anglais. Preuve en est son caractère franchement monothéiste, similaire en cela en l’idéologie du Brahmo Samaj, également né au Bengale. Fondée en 1828 à Calcutta, la Brahmo Samaj, c’est-à-dire la communauté de la superpuissance divine Brahma, a tenté de réformer l’hindouisme afin d’en faire une religion nationale apte à mobiliser le pays entier sur une base nationaliste.

De fait, la religiosité populaire et mystique, prônant d’aller sur les routes afin d’appeler à l’amour de Dieu, a été une réaction de crise religieuse au moment de la pénétration de l’Islam ; le roman « Radhâ au lotus » de Tara Shankar Banerji raconte l’histoire de cette vie communautaire pratiquée par les mystiques, au milieu de la musique, de la danse, de la drogue et de la sexualité. Le colonialisme anglais a réactivé ces idéologies, qui tout comme dans les pays marqués par la religion musulmane, assimilent citoyenneté, nationalisme et religion. Il s’agit pareillement de préserver ou de rétablir l’ordre bouleversé par le développement d’une nouvelle culture, marqué par les modifications socio-économiques et les influences culturelles extérieures (ou intérieures).

C’est dans ce cadre que qu’est fondé l’Arya Samaj en 1875 à Bombay par Dayananda Saraswati, mouvement fondamentaliste prônant le rétablissement de l’Inde mythique, celle racontée dans le Mahabharata (la « grande Inde », le terme Bharata étant même devenu le nom du pays). Pour l’Arya Samaj, les aryens se sont purifiés des êtres inférieurs au Tibet pour instaurer par la suite un âge d’or (mythique) en Inde. La conséquence immédiate est donc la bataille pour le rétablissement de l’« hindutva », qu’on peut traduire par « indianité », sur tout le territoire « historique » de cette Inde mythique, y compris donc le Pakistan ou le Bangladesh, voire l’Afghanistan. Une frange des nationalistes élargit le champ de l’« hindutva » à tout ce qui a été influencé par l’hindouisme (ou le bouddhisme) : le champ va jusqu’à Bali, l’Asie centrale, le Tibet, le Vietnam...

Le théoricien de l’« hindutva », Vināyak Dāmodar Sāvarkar (1886-1966), est le produit de cette tendance : lui-même athée, il rejette les autres religions que l’hindouisme qui nuisent à la formation d’un véritable nationalisme hindou orienté purement sur sa propre nationalité. Son ouvrage principal, « Hindutva : qui est un hindou ? » écrit en 1923, explique que l’Inde est un territoire national et sacré, ayant une essence spirituelle appelant la naissance de l’« Hindu Rashtra » (la nation hindoue) sous la forme d’une « Akhand Bharat » (Inde unie) sur tout le sous-continent. Les ultra-nationalistes qui assassineront Gandhi en raison de sa politique d’ouverture à la communauté musulmane lui étaient liés idéologiquement voire sur le plan de l’organisation.

Savarkar

Aujourd’hui, la culture « hindutva » lance une énorme bataille en Inde afin d’obtenir l’hégémonie. Ses penseurs sont mis en avant dans tous les domaines et, dans un grand élan de révisionnisme historique voire de négationnisme pur et simple, l’histoire de l’Inde est présentée comme ayant été faussé par les marxistes et les musulmans. C’est le phénomène qualifié de « safranisation des esprits », le safran étant la couleur de la religion hindoue.

De fait, une figure ultra-nationaliste comme Bal Gangadhar Tilak (1856-1920), dont Gandhi a affirmé qu’il « a fait l’Inde moderne », expliquait que la religion hindouiste se fondait sur des textes de 8,000 ans et que la population aryenne venait de zones arctiques, les dieux des védas étant selon lui des divinités polaires. Une thèse qui a largement influencé les orientalistes mystiques d’Europe, depuis les nazis jusqu’aux « théosophes », mouvement fondé par la mystique Helena Blavatsky. Il est clair que les influences occidentales, notamment la philosophie de l’idéalisme allemand, ont profondément marqué les penseurs du « renouveau indien », fondé sur un esprit communautaire et spirituel : Swami Vivikeananda, Shri Aurobindo et bien entendu Gandhi, ou encore Subhas Chandra Bose qui sera le dirigeant de la fraction prônant une alliance militaire avec l’Allemagne nazie contre le colonialisme anglais. Les formateurs militaires allemands donnaient même les cours directement en langue hindustani, selon les principes nazis de « l’ethno-différentialisme. »

En pratique, le plus grand parti indien, le « Congrès national indien », a lui-même été fondé lors d’une réunion de théosophes. Les théosophes échouèrent à fusionner avec l’Arya Samaj pour fonder une Arya Samaj mondiale, en raison des théories racialistes prédominant chez les nationalistes hindous. Pour l’Arya Samaj, il faut retourner en arrière et non pas « réformer » : toute l’histoire de l’Inde est celle du passage de l’âge d’or qui serait décrite dans le Ramayana et le Mahabharata à la décadence dont les religions pacifistes bouddhiste et jaïn seraient le symptôme.

Une perspective historique au coeur de l’analyse « safrane » : un « historien » actuellement actif comme Purushottam Nagesh Oak explique que tout a été volé aux hindous, depuis le Taj Mahal jusqu’au Vatican, toutes les grandes religions, les sciences, etc. Pour les ultranationalistes hindous, il n’y a jamais eu non plus d’invasion « indo-aryenne » dans le sous-continent et les castes ont toujours existé.

Une perspective dans la continuité des thèses réactionnaires de Chandranath Basu dans son « Histoire authentique des hindous » publiée en 1892, défendant le principe des castes, de la supériorité de l’homme sur la femme, des rituels traditionnels, etc.

L’impact est énorme sur la superstructure idéologique indienne. Le missile à longue portée capable de transporter les bombes nucléaires indiennes a été appelé « agni », du nom du feu purificateur des premiers documents hindous. Certains ultra-nationalistes voulaient même, après l’explosion de la première bombe atomique, construire un temple dédié au pouvoir de la déesse, avec du sable radioactif comme sacrement. Le missile balistique à courte portée, donc visant surtout le Pakistan, avait été appelé « Prithvi », terme pouvant signifier « la Terre », ou bien être une allusion à Prithvi Raj Chauhan, le « roi guerrier » chef de la dernière dynastie du nord de l’Inde avant la soumission du pays aux conquérants musulmans. En réponse, le Pakistan a lui appelé son missile « Ghauri », du nom de Muhammed Ghauri qui affronta ce roi indien et finit par le vaincre, avant de préférer l’appeler « Hatf », signifiant « mortel » ou « vengeance », terme qualifiant l’épée de Mahomet.

missile-prithvi

L’ultranationalisme hindou a très largement progressé depuis les années 1990. Un mouvement « culturel » comme la Rashtriya Swayamsevak Sangh (organisation des volontaires nationaux) dispose de 4,5 millions d’adhérents, le Bharatiya Janata Party (parti du peuple indien) gouverne seul en 2007 dans quatre Etats et dans de nombreux autres avec des coalitions.

De fait, l’ultranationalisme hindou profite de l’affaiblissement des couches dominantes de l’Etat qui depuis les années 1960 privilégiaient un rapport de grande entente avec l’URSS. Le fondamentalisme hindou n’est ainsi qu’une forme parallèle à l’émergence des autres fondamentalismes, comme le fondamentalisme islamique dans les pays à religion majoritairement musulmane. Sa force réside dans la séparation administrative entre hindous et musulmans que le colonialisme anglais a pratiqué depuis le départ, sur la base de « diviser pour régner » ; le fondamentalisme musulman apparaît alors comme une réaction et un concurrent au fondamentalisme hindou qui s’en nourrit alors, etc. dans un cercle vicieux permettant de maintenir le statu quo par la division.

2. Le mouvement naxalite

a) Les activités naxalites

Dans ce panorama général d’une Inde en proie à l’oppression, les Naxalites apparaissent comme des « empêcheurs de tourner en rond », en remettant systématiquement en cause les valeurs dominantes, mais surtout en appuyant cette position par la force des armes. Car la ligne des naxalites consiste concrètement à organiser la conquête des terres par les paysans, à la formation d’unités armées pour protéger ces terres, et à structurer une administration parallèle. C’est le principe des « zones libérées. »

En quoi consistent les « zones libérées » ? Elles consistent en une nouvelle administration gérant les activités productives, culturelles, éducatives et militaires. Le « pouvoir populaire » qui s’instaure dans les zones libérées prône la résolution des problèmes par le collectivisme, en partant du fait que les grands propriétaires terriens ont en pratique perdu leurs droits sur les terres. En pratique, l’activité naxalite consiste en trois phrases principales :

a) les naxalites mènent la propagande et génèrent des organismes populaires de résistance. Les revendications se font dans tous les domaines et les paysans commencent à oser se révolter.

b) le niveau d’activité augmente avec l’élimination sélective des ennemis de classe, la récupération d’armes, l’affrontement avec les forces de police et l’armée.

c) dans le processus de la guerre de guérilla, des zones sont libérées et passent sous le contrôle des comités révolutionnaires paysans.

Suivant la ligne naxalite, sont ainsi mises en avant les coopératives : la mise en place en commun de l’irrigation, de ponts, de cultures etc. donne naissance à une nouvelle conscience, brisant la passivité inculquée et forcée par la domination féodale. Il s’agit donc de mobilisation de masses, s’accompagnant d’une organisation. L’élévation de la production et la modification du mode d’activité entraînent un processus de révolutionnarisation. Dans ce cadre, il y a également des médecins populaires, formés dans les unités militaires naxalites, proposant des consultations, distribuant des médicaments et éduquant quant à l’hygiène. Il y a des professeurs, apprenant à lire et à écrire, et le principe de la Mobile Academic School, qui enseignent la langue, les sciences, les mathématiques.

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Les cours sont ouverts aux adultes également. Dans la région du Dandakaranya, il existe même des manuels, en langues hindi et gondi. La Mobile Academic School est « mobile » car il n’y a pas de bâtiment où ont lieu les cours. L’intérêt est qu’en cas d’intervention des forces de répression, l’école peut aisément disparaître : il suffit juste de cacher les ouvrages. Il y a également la Mobile Political School, qui dans le cadre du pouvoir populaire établi tente de renforcer la conscience politique et le niveau idéologique, ce qui n’est pas aisé alors qu’une très large partie de la population a été cantonnée dans les activités purement manuelles.

Les naxalites ne se contentent pas de « pousser » à la prise de décisions collectives, ils les accompagnent également. Les naxalites formulent un plan d’ensemble, afin que les décisions locales comprennent l’enjeu global, que ce soit au niveau du pouvoir à l’échelle de l’Inde mais aussi de l’environnement. Ainsi, le Janathana Sarkar (« Pouvoir populaire ») de la région du Dandakaranya a-t-il fait des plans afin de préserver la forêt, mettant également de côté certains arbres dont il y aurait besoin à certains moments (comme pour la construction de maisons), etc.

Cette question des valeurs est essentielle : les naxalites font en sorte qu’il n’y ait pas de mariages forcés, que ceux-ci soient bien volontaires de la part des deux partenaires, ce qui en Inde consiste en une véritable révolution. Ils font en sorte que personne ne soit accusé de sorcellerie puis tué. Il y a également la question des punitions physiques, pouvant aller jusqu’aux mutilations et qui sont bien entendu rejetées par les naxalites comme étrangères à ce que doit être la justice populaire. Il s’agit donc d’une bataille sur tous les fronts, où se combinent les questions relevant de la vision du monde qui doit prédominer sur les traditions, les habitudes, les superstitions, le pouvoir patriarcal.

La question militaire est d’une importance cruciale pour la survie du « nouveau pouvoir ». L’Armée-Guérilla de Libération Populaire n’est jamais étrangère au pouvoir local : non seulement les unités sont formées au sein du peuple, mais elles participent en partie à la production, en partie à la protection de la zone. Cela signifie une guerre de guérilla avec l’utilisation d’armements « pris à l’ennemi » ou confectionnés comme les différents types de mines construites de manière artisanale. Mais cela signifie aussi que dans certains cas non isolés, les armes des milices populaires consistent simplement en des arcs et des flèches.

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Étant un mouvement populaire, le « nouveau pouvoir » accorde une énorme attention aux arts. Ceux-ci sont étudiés et « révolutionnarisés ». Les chansons et les danses jouant un grand rôle dans la culture populaire indienne, on fait en sorte que les chansons ne soient plus chantées par une seule personne, mais que différentes personnes se répondent, que d’autres fassent les choeurs, etc. Cette démarche est très importante dans la formation d’une nouvelle conscience. Bien souvent, aucun meeting n’a lieu sans un spectacle culturel. De fait, c’est la guérilla elle-même qui se lançait dans des activités culturelles, avant même que celles-ci acquièrent un caractère de masse. Par le développement de la culture de « nouvelle démocratie », il y a interconnexion entre les villages, puis à une échelle de plus en plus grande.

Cette question du « front culturel » est considérée comme essentielle par les naxalites, qui font des rencontres panindiennes et mènent des discussions à ce sujet, pour échanger leurs expériences. La participation des femmes à ce mouvement est énorme, souvent majoritaire à l’intérieur des structures culturelles, et a un énorme impact sur la vie quotidienne, où le caractère collectif prédomine de plus en plus. Les Naxalites procèdent également à des enregistrements et des photographies, que ce soit dans les fêtes de village ou les enterrements, les mariages ou les cérémonies, afin que le patrimoine populaire ne disparaisse pas, notamment lorsque certaines traditions orales ne sont plus possédées que par des personnes très âgées. Les naxalites se consacrent aussi à la préservation des anciens instruments de musique, à la formation de groupes d’écritures exclusivement féminins, etc.

L’objectif des naxalites est de transformer l’armée-guérilla de libération populaire en armée populaire de libération, c’est-à-dire d’élargir le champ d’intervention de ses unités, qui doivent passer de l’autodéfense, la défense stratégique, à l’offensive afin d’agrandir les zones libérées. De fait, aujourd’hui en Andhra Pradesh, plus de 700 responsables étatiques sont protégés 24 heures sur 24 par les forces spéciales. Les naxalites exigent des taxes des entreprises voire des organismes gouvernementaux dans de nombreuses zones, empêchant certains projets anti-populaires et notamment la question de la construction de certaines routes, qui visent à permettre à l’armée d’accéder plus aisément dans certaines zones.

Dans la même idée, l’Etat indien a créé en novembre 2000 un nouvel État, le Jharkand, afin de faciliter la coordination de l’administration. Mais en pratique, non seulement les bastions naxalites ont été conservés (Patna, Gaya, Aurangabad, Arwal Bhabhua, Rohtas et Jehanabad), mais le mouvement s’est étendu dans le nord du Bohar, notamment dans certains districts (Champaran occidental, Champaran oriental, Sheohar, Sitamarhi, Muzaffarpur, Darbhanga et Madhubani, mais aussi dans les districts bordant l’Uttar Pradesh : Shaharsha, Begusarai et Vaisali).

Il faut également considérer comme faisant partie de la même problématique la présence en Inde d’1,2 millions d’ONG (Organisations non-gouvernementales), même si le Parlement indien interrogé sur la question en 1999 avait estimé qu’il n’y avait que 30 000 ONG actives et bienfaisantes en Inde. Pourquoi cette différence ?

Parce que beaucoup d’ONG ne sont en fait que des structures corrompues, récupérant par exemple des enfants pour ouvrir un « centre d’accueil » afin de capter des dons, ou de soi-disant hôpitaux pour pauvres, comme « Vimhans » Beaucoup d’ONG sont en fait créées par l’Etat lui-même, dans une ambiance de corruption généralisée. Et les ONG sont une arme très puissante pour l’influence de pays étrangers.

Le montant de l’aide étrangère bilatérale aux ONG a ainsi été d’un milliard de dollars en 2000-2001 et lorsqu’on voit qui reçoit les aides on comprend tout de suite la nature de ces dons. Les trois organismes ayant reçu le plus d’argent sont en effet le Sri Sathya Sai central trust (880 millions de roupies) qui diffuse les idées du guru Sai Baba, World Vision of India (850 millions de roupies) qui puise son inspiration dans Jésus-Christ, et enfin la Watch Tower Bible and Tract Society India (750 millions de roupies), c’est-à-dire les Témoins de Jéhovah !

Ces trois organismes sont également les trois plus grandes agences donatrices, et il n’est pas étonnant que les pays les plus impliqués dans les dons soient les USA, l’Allemagne, le Royaume- Uni, l’Italie... En intervenant dans les questions du développement rural, de la santé, de la famille et lors des catastrophes naturelles, les ONG peuvent exercer une énorme influence culturelle. Mais il existe également une foule d’ONG touchant les domaines les plus variées, comme l’environnement ; une figure comme Vandana Shiva bénéficie ainsi d’un soutien international très clair.

Physicienne, épistémologue, écologiste, écrivain, docteur en philosophie des sciences et féministe... Vandana Shiva agit en pratique comme le José Bové indien (elle l’a d’ailleurs soutenu à de nombreuses reprises).

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D’autres ONG, soutenues par l’Union Européenne, ont un choix très sélectif de leurs aides, comme pour des structures bouddhistes ; il n’est pas étonnant non plus de retrouver en Inde Frères des Hommes, le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, les Amis de Sœur Emmanuelle, Caritas – le Secours catholique ou encore Emmaüs International, notamment dans le soutien aux « intouchables » (qui ont « logiquement » tout « intérêt » à abandonner l’hindouisme au profit du christianisme sans castes).

L’ONG Ahalayam qui fournit des vêtements aux enfants des rues de Calcutta a été fondée par le Père Mathew Parakonat et est surtout financée par des fonds européens (près de 65% des fonds étant de sources françaises, notamment Air France et Suez). L’ONG Agrisud International vise elle clairement à « entreprendre contre la pauvreté », c’est-à-dire en prônant la création d’entreprises, en travaillant directement avec le Gouvernement d’Uttaranchal.

Il va de soi que toutes ces structures sont en concurrence directe avec les naxalites et la construction d’un pouvoir populaire global. La stratégie de Survival International France de mettre en avant une idéologie « indigéniste » totalement revendiqué va à l’exact opposé du but des naxalites d’un mouvement révolutionnaire unifiant toutes les luttes et les revendications populaires.

Il est intéressant également de voir que les ONG peuvent « s’approprier » certaines modifications institutionnelles alors qu’en réalité l’Etat indien lâche du lest en raison de la montée de la culture populaire fondée sur les principes naxalites. Logiquement, la bataille qui se mène en Inde est organisée, d’un côté comme de l’autre. Toutes les activités naxalites sont par conséquent définies par les objectifs posés théoriquement.

Au niveau de la base, les principaux thèmes que doit maîtriser un naxalite peuvent être définis à partir de l’article publié dans « Lal Pataka » (Drapeau Rouge) en 1969 par Kanai Chatterjee, fondateur du MCC / Centre Communiste Maoïste :

Kanaia) l’importance de l’idéologie maoïste pour l’époque actuellement

b) la tactique actuelle : ligne et slogans

c) la question du rapport aux élections et du refus de celles-ci

d) la révolution agraire et le principe des zones libérées

e) le rapport correct entre luttes ouverte et clandestine, légale et illégale, armée et non armée

f) le programme, les tactiques et les méthodes de lutte paysanne

g) le rapport aux politiques gouvernementales

h) la propagande politique

i) la question féministe, la question nationale et celle du mouvement étudiant

j) les méthodes de direction.

Au niveau du mouvement lui-même, le programme du PCI (Maoïste) explique :

« Pour obtenir la victoire dans la révolution, il y a trois épées magiques qui devront être construites et renforcées pas à pas à partir du tout début :

a) Un parti révolutionnaire fort fondé sur le Marxisme-Léninisme-Maoïsme comme base idéologique d’orientation dans tous les domaines ; c’est-à-dire donc bien discipliné et construit par un style et une méthode révolutionnaires, c’est-à-dire [aussi] fondé sur le centralisme démocratique, c’est-à-dire liant la théorie à la pratique, pratiquant la critique et l’autocritique, intégré de manière solide aux masses et s’appuyant fermement sur elles, et en restant fermement à la ligne de classe, la ligne de masses et la lutte armée.

b) Une armée populaire forte et bien disciplinée sous la direction d’un tel parti ; premièrement notre armée populaire sera construite par la révolution agraire armée, principalement parmi les paysans pauvres sans terres, les travailleurs agricoles et la classe ouvrière.

c) Un front uni de toutes les classes révolutionnaires sous la direction du prolétariat, fondé sur l’alliance ouvrier-paysan et sur le programme général de la révolution démocratique populaire. Ce front uni sera construit au cours de l’avancée de la lutte armée et pour la conquête du pouvoir politique par la lutte armée. »

Aujourd’hui, les naxalites ne pratiquent plus « l’élimination de l’ennemi de classe » de manière généralisée ; elle est toujours ciblée et rentre dans un contexte particulier. Mais la ligne reste la même : les zones libérées forment alors des bases d’appui pour élargir le champ des actions de l’armée rouge (appelée selon les langues Lal Sena, Lal Fauz, Lal Dasta, etc.), le processus se répétant au fur et à mesure, jusqu’à la conquête de tout le territoire, les villes étant prises en dernier.

Le principe des campagnes encerclant les villes repose sur l’analyse maoïste comme quoi l’Inde est un pays semi-féodal et nécessite une révolution agraire, qui ne peut être guidée que par la classe la plus révolutionnaire : la classe ouvrière. Une fois celle-ci lancée, elle s’agrège à d’autres classes ayant intérêt à la révolution, comme une partie de la bourgeoisie nationale, pour libérer tout le pays (donc les villes y compris), liquidant le caractère semi-colonial du pays. C’est le principe de la « révolution de nouvelle démocratie », c’est la conception naxalite.

b) Le programme naxalite

Voici un extrait du programme du PCI (Maoïste) :

« L’Etat démocratique populaire réalisera les tâches suivantes :

Parti Communiste d'Inde (maoïstes)

1. Il confisquera toutes les banques, les entreprises et les entreprises du capital impérialiste et abrogera toutes les dettes impérialistes. Il annulera tous les traités inégaux et les accords passés avec les pays impérialistes.

2. L’Etat confisquera toutes les capitaux des entreprises et les biens meubles et immeubles [les biens déplaçables ou non] de la bourgeoisie bureaucratique compradore. Sur la base du principe de la maîtrise du capital, l’Etat devra assumer l’autorité et l’administration de tous les secteurs industriels et commerciaux monopolistes. Le nouvel État démocratique ne s’appropriera pas d’autres biens personnels et n’entravera pas le développement de la production capitaliste qui n’a aucun pouvoir de contrôle sur la vie publique.

3. Il confisquera toute la terre appartenant aux seigneurs et aux institutions religieuses, et les redistribuera aux paysans pauvres sans terre et ouvriers agricoles selon le slogan de « la terre à qui la travaille. » Il assurera l’égalité des droits des femmes concernant les terres. Il annulera toutes les dettes des paysans moyens et des autres populations laborieuses, avec ces classes.

Il assurera toutes les facilités pour la croissance de l’agriculture ; garantira des prix rémunérateurs pour les produits agricoles et encouragera et fera la promotion du développement des coopératives agricoles dans la mesure du possible. Prenant ainsi l’agriculture en tant que fondement, il fera avancer dans l’édification d’une économie industrielle solide. Parallèlement à cela, il mettra un terme à l’exploitation des usuriers, des commerçants et des marchands, encouragera les coopératives à mettre à disposition les capitaux nécessaires à la population et prendra le contrôle sur le commerce et les affaires.

4. L’État assurera l’équilibre écologique et les normes environnementales tout en développant l’économie industrielle du pays.

5. Il protégera les petites industries, restreindra et réglementera les industries moyennes, soit l’industrie de la classe de la bourgeoisie nationale, aidera la croissance des industries des campagnes et de l’artisanat par le développement des coopératives et améliorera les conditions d’existence de l’artisanat, les travailleurs et les artisans.

6. Il mettra fin à tous les impôts lourds et aux divers remboursements, abolira le système fiscal actuel et mettra en place un système fiscal bien systématisé, simple et progressif.

7. Cet État instaurera la journée de travail de six heures, augmentera les salaires, abolira le système de contrat de labourage et le travail des enfants, assurera la sécurité sociale et des conditions de travail sûres et éliminera la discrimination salariale fondée sur le genre (sexuel) en garantissant une rémunération égale pour un travail égal.

8. Il assurera le droit au travail comme un droit fondamental et avancera dans l’élimination du chômage. Cet Etat instaurera les allocations de chômage et d’assurance sociale et assurera de meilleures conditions de vie pour le peuple.

9. Par la distribution des terres sur la base de la terre à qui la travaille et avec le nouveau pouvoir dirigé par les paysans sans terre et les paysans pauvres (dont une grande partie sera composé des Dalits, des Adivasis, et d’autres castes opprimées), il entamera le processus d’éradication du système des castes. Il abolira la discrimination par castes et l’inégalité et ira dans le sens de l’élimination complète de l’intouchabilité et du système des castes dans son ensemble. Avant d’en arriver là, il fera en sorte d’accorder des privilèges particuliers, y compris des postes réservés pour l’élévation des Dalits et de toutes les castes socialement opprimées.

10. Il s’orientera vers l’abolition de toutes formes de discrimination contre les femmes et s’efforcera de mettre fin à la domination masculine et du patriarcat. Cet État libérera les femmes de l’enfermement du travail domestique et assurera leur participation à la production sociale et d’autres activités. L’État mettra en place des laveries publiques, des crèches et des cuisines publiques. Il garantira leur égalité des droits en matière de propriété. Il fera la promotion de politiques spéciales afin d’assurer rapidement la disparition des inégalités subies par les femmes. Il assurera des privilèges particuliers, y compris les postes réservés pour l’élévation de la femme. Il va réhabiliter les femmes qui se livrent à la prostitution et leur assurera la reconnaissance sociale.

11. L’Etat garantit la gratuité de l’enseignement, les soins infirmiers, les soins de santé et la sécurité à tous les enfants. L’Etat veillera également à ce que les enfants soient élevés dans un environnement démocratique.

12. Cet Etat assurera diverses formes d’autonomie à l’ensemble des communautés Adivasi pour leur développement à part entière et mènera en conséquence des politiques spécifiques.

13. Il unira le pays sur la base de la dignité équivalente des nationalités en reconnaissant leur droit à l’autodétermination, y compris le droit à la sécession. Il établira une union volontaire des républiques fédérales démocratiques populaires de l’Inde.

14. Il mettra un terme à toutes les inégalités sociales fondées sur la religion et à la persécution des minorités religieuses. Il mènera à bien des politiques spéciales pour leur développement socio-économique. Il assurera la véritable laïcité de l’Etat et empêchera l’utilisation de la religion à des fins politiques. Il mettra un terme à l’ingérence de l’État dans les affaires religieuses. Il garantira la liberté personnelle de croire ou de ne pas croire la religion. Cet État encouragera une perspective scientifique et rationaliste pour éradiquer la superstition et la foi aveugle et s’opposera à tous les types de fondamentalisme religieux.

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15. Il établira la culture révolutionnaire de nouvelle démocratie à la place de la culture décadente féodale, coloniale et impérialiste, et sur cette base, élargit la voie de la culture socialiste. Il poursuivra sa marche en direction de la réalisation de la culture communiste.

16. Il supprimera le système éducatif actuel et à sa place formera un système éducatif de masse scientifique, démocratique et socialiste de masse pour tous, en le reliant à la production en fonction des besoins de l’Inde démocratique.

17. L’État accordera un statut égal aux langues de toutes les nationalités. Il contribuera au développement des langues sans écriture. Il n’imposera aucune langue à aucune nationalité au nom d’une langue nationale ou langue vernaculaire ou toute autre forme.

18. Il avancera en vue de l’élimination des déséquilibres régionaux par le biais des efforts particuliers pour développer les régions en retard. Il résoudra à l’amiable les questions entre les nationalités, comme le partage des eaux fluviales, les frontières étatiques, etc.

19. L’Etat établira le pouvoir politique populaire par les comités populaires révolutionnaires, et les conseils d’administration populaires à tous les niveaux, selon et sur la base d’une Constitution Démocratique Populaire. Tout citoyen qui a atteint l’âge de 18 ans, à l’exception des réactionnaires fieffés, auront le droit d’élire, d’être élu et de révoquer les représentants élus à tous les niveaux. Il assurera les droits démocratiques pour tous, tels que le droit à la parole, de réunion, d’association, y compris le droit de grève et de manifestation. Il assurera ce droit aux masses par l’exercice de leur contrôle sur le pouvoir d’Etat et résistera à toute tentative de dénigrer ce droit.

20. Il mettra en œuvre un processus et un système judiciaires justes dans le but de remédier à tout sur la base d’une perspective progressiste, démocratique et populaire.

21. Il armera le peuple pour la défense du pays. Il réinstallera les familles des martyrs et des soldats de l’Armée Populaire de Libération en fonction de leurs besoins et leur donnera des terres.

22. Il fournira les assurances économiques et sociales appropriées de sécurité et un environnement socio-culturel sain aux handicapés physiques, aux handicapés mentaux, aux personnes âgées et aux orphelins, aux eunuques et toutes les personnes souffrant d’un handicap. Il mettra également en place un système médical favorable aux masses, ce qui assurera une bonne santé et un traitement gratuit pour tous, en particulier pour les ouvriers et les paysans et les autres populations laborieuses.

23. Cet Etat fera de son mieux pour régler pacifiquement et équitablement les questions des frontières, de l’eau et d’autres différends avec les pays voisins et développera des relations amicales avec eux. Cet Etat ne pratiquera jamais un quelconque comportement expansionniste avec les pays voisins.

24. Cet état suivra les cinq principes dans ses relations avec les pays ayant des systèmes sociaux différents - le respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté ; non-agression mutuelle, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres ; égalité et avantage mutuel, et coexistence pacifique.

25. Cet État démocratique populaire établira l’unité avec le prolétariat international et les peuples opprimés du monde ; s’opposera à la guerre et l’agression impérialistes, à l’intimidation, la subversion et l’ingérence etc. Il soutiendra et aidera par tous les moyens les luttes révolutionnaires et la guerre révolutionnaire, en particulier les luttes en cours sous la direction de différentes forces révolutionnaires maoïstes contre le capitalisme, l’impérialisme et la réaction dans le monde entier. Après la victoire de la révolution de nouvelle démocratie, et plus tard, l’Inde socialiste agira comme une Base afin de faciliter la victoire de la révolution socialiste mondiale.

Elle agira conjointement et étroitement avec les forces maoïstes et révolutionnaires, et leurs combats en Asie du Sud en particulier, compte tenu des relations historiques de l’Inde avec les peuples du sous-continent.

Notre Parti pose le programme de la révolution de nouvelle démocratie devant le peuple et se consacre à cette grande cause révolutionnaire. Il se donne comme tâche de réaliser le socialisme. Notre but ultime est le communisme.

Après la Révolution de nouvelle démocratie, les rapports de production seront révolutionnés étape par étape, dans le processus de de supprimer les distinctions de classe exploiteur et exploité. Il poursuivra les efforts tendant à éliminer l’idéologie brahmanique, l’oppression de caste et la discrimination par la promotion d’une perspective socialiste scientifique.

Il continuera à aller de l’avant en continuant la révolution sous la dictature du prolétariat et, par conséquent, continuera à consolider la société socialiste comme une zone - base solide pour la révolution prolétarienne mondiale. Cet État socialiste sera la dictature du prolétariat, qui garantira la démocratie pour la grande majorité de la population tout en exerçant la dictature sur la poignée d’exploiteurs. Il y aura des classes, des contradictions de classe et des luttes de classes même dans la société socialiste, en accord avec les principes du marxisme-léninisme-maoïsme sur la poursuite ininterrompue de la révolution sous la dictature du prolétariat.

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Il continuera de faire progresser la révolution culturelle prolétarienne et, par-là combattra et battra toute tentative de restaurer le capitalisme par l’impérialisme, le révisionnisme moderne et les partisans de la voie capitaliste. Par ce processus, il continuera à lutter contre les déformations introduites dans le système socialiste, en particulier contre la bureaucratie et ainsi continuera à veiller à ce que le peuple participe à l’Etat et ne soit pas éloigné de l’État socialiste ou du parti prolétarien.
Il devra éliminer de manière créative les inégalités et résoudre les contradictions qui existent au sein de la société socialiste, et dans ce processus, progresser vers l’élimination de la société de classe et, partant de là, aller vers l’atrophie de l’Etat, c’est-à-dire vers le communisme à l’échelle mondiale. »

3. Aux origines : les enfants du «  tonnerre printanier  »

a) Des révoltes paysannes à l’insurrection du Naxalbari

Les naxalites proviennent de militants déçus par la ligne de leur organisation, le Parti Communiste d’Inde, déception les amenant à développer des analyses nouvelles, prétexte à des activités fondamentalement différentes. Pour comprendre leur analyse, il faut connaître la situation de l’Inde et son caractère féodal. Le colonialisme anglais a en effet utilisé le principe des zamindars, qui se sont vus confier des titres de propriété en échange de la collecte des impôts qu’ils pratiquaient déjà lors de la domination moghole. Également usuriers, les zamindars pratiquaient en quelque sorte un esclavage organisé. En 1890, les paysans payaient aux zamindars à peu près 30 fois ce que ceux-ci payaient en impôts au colonialisme anglais, sans compter les services gratuits, ni même les autres intermédiaires : rien qu’au Bengale en plus des 102,000 zamindars, on retrouvait 2.730.000 intermédiaires récoltant les impôts, chacun chargeant la barque davantage et vivant sur le dos des paysans.

En plus de l’oppression et de l’exploitation, des exactions et des vols, la misère la plus complète était donc elle-même caractérisée par la précarité. La férocité du colonialisme anglais a causé la mort de 2 à 4 millions de personnes lors de la grande famine de 1943, les Anglais voulant éviter à la fois que la population puisse se révolter après leur défaite en Birmanie et que les Japonais puissent profiter de nourriture en cas d’invasion. Alerté à ce sujet, Churchill répondit que s’il y avait famine, « alors pourquoi Gandhi n’est-il pas encore mort ?  » Mais déjà au 19ème siècle, entre 30 et 40 millions de personnes avaient été victimes de la famine. Plus tôt encore, en 1770, soit 5 ans après la colonisation du Bengale par la East India Company, 10 millions de personnes succombaient à la famine. Le mouvement de la Tebhaga (les 3⁄4) en 1946 rentre dans ce cadre : les paysans revendiquaient de pouvoir conserver les 3⁄4 de leur production (au lieu de la moitié seulement) ; ils étaient soutenus par une grande majorité des artisans (potiers, pécheurs, forgerons) et se sont emparés de terres au Bengale, avant d’être « ramenés à la raison » par la pression du système des castes et une loi qui ne fut pas appliquée.

Un mouvement parallèle mais de plus grande importance et s’étalant de 1946 à 1951 fut le mouvement dans la région du Telengana, qui s’apparente à une véritable insurrection. Non content de dominer les paysans (travail gratuit, esclavage sexuel de femmes...), le souverain (appelé le Nizam) et les chefs féodaux comptaient imposer la langue ourdou comme langue officielle, alors qu’elle n’était parlée que par 12% de la population (la population parlant le Telougou pour 50%, le Marathi pour 25% et le Kannada pour 11%). Mais, à la différence du Bengale, les communistes étaient actifs et ont donné au mouvement de protestation un caractère insurrectionnel. Organisant des dalams, c’est-à-dire des unités combattantes, 4,000 villages formèrent leur propre administration, protégée par une force armée de 10,000 personnes. La répression de l’Etat indien, intervenant pour mettre de côté le Nizam et intégrer l’Etat mais surtout pour arrêter le mouvement, fut terrible. 300,000 personnes furent torturées, 50,000 mises en camp, 5,000 emprisonnées pour de longues années alors que 4,000 furent assassinées. Le Parti Communiste d’Inde, qui avait porté le mouvement, l’arrêta officiellement le 21 octobre 1951.

Si le mouvement du Telengana n’avait pas été organisé à tous les niveaux, tel n’est pas le cas de la nouvelle révolte qui allait frapper tous les esprits en Inde : celle du Naxalbari en 1967, dans le nord du Bengale occidental. La région de Naxalbari était marquée par une forte présence des aborigènes, qui avec les basses castes formaient 57,7% de la population. 37,5% des travailleurs étaient des cultivateurs, 4,6% étaient dans l’agriculture et 40% dans les plantations, les mines et les activités forestières, Naxalbari étant dans le district de Darjeeling, connu pour son thé. Le tiers de la population travaille dans les plantations, l’Union des Travailleurs des Jardins à Thé du District de Darjeeling née en 1955 va jouer un rôle essentiel, avec l’offensive de 10,000 paysans et planteurs pour repousser les propriétaires terriens et la police.

Inde

Le mouvement était solidement structuré. Tirant les conséquences des expériences passées, une fraction du PCI puis du PCI (marxiste) avait en effet dès le milieu des années 1950 planifié l’organisation d’une véritable guerre populaire, sur le modèle chinois. Cette organisation allait de pair avec une critique approfondie du « révisionnisme » de la direction PCI et de son incapacité à comprendre les vastes mouvements du Tebhaga et du Telengana. L’une des principales figures de la critique des positions du PCI avait d’ailleurs lui-même fait partie du mouvement au Tebhaga dans les années 1946-1948 : il s’agit de Charu Mazumdar (Mojumdar en langue bengalie, Mazumdar dans les autres langues d’Inde), né en mai – juin 1919 à Varanasi, anciennement appelé Bénarès en français. Dès 1948 le PCI blâmait Mazumdar pour ses activités poussant la base à une activité militante importante à Domohani, dans le district de Jalpaiguri ; la police mena une répression importante, tuant une dizaine de personnes.

Et dès 1953-1954, on retrouve Mazumdar avec des figures comme Kanu Sanyal, Keshab Sarkar, Pachanan Sarkar, Khokon Mazumdar dans les régions de Buraganj, Hatighisha, Tarabari, Phansidewa, Ropangidhi... pour un processus aboutissant à l’organisation de la « guerre populaire. » En lançant la lutte armée, cette fraction court-circuitait toute la politique de la direction du PCI (marxiste) qui venait de gagner les élections et gouvernait le Bengale occidental par l’intermédiaire d’un « front uni ». C’était un véritable appel à rompre avec le PCI (marxiste) et à pratiquer la guerre de guérilla. Ainsi sont nés ceux qu’on a appelé les naxalites.

Dès août 1967 se forme la Comité de Coordination des Révolutionnaires, qui devint le Comité Panindien de Coordination des Révolutionnaires puis le Comité Panindien de Coordination des Révolutionnaires Communistes en mai 1968. Ce dernier se transforma en Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste) le 22 avril 1969, anniversaire de la naissance de Lénine.

La révolte de Naxalbari ne put pas se maintenir face à la répression, mais en posant la question du pouvoir elle remettait toute une culture en cause, celle dominant l’Inde jusque-là. Les naxalites arrivaient avec une nouvelle culture, expliquant que « Mao Zedong est notre président ! », que « Ek hi rasta – ek hi rasta, Naxalbari ek hi rasta ! » (La voie du Naxalbari est la seule voie).

De fait, la Chine populaire apporta un soutien idéologique complet au mouvement. Le Quotidien du Peuple, organe du Parti Communiste de Chine, du 7 août 1967, annonçait en titre :

« Que le drapeau rouge du Naxalbari flotte plus haut encore !  » Un mois auparavant, le 5 juillet 1967, avait déjà été publié l’article qui devint le symbole de la véritable fusion idéologique des communistes de Chine et d’Inde : « Un tonnerre printanier en Inde », où l’on pouvait lire :

« Un violent tonnerre printanier ébranle la terre indienne. Les paysans révolutionnaires de la région de Darjeeling se dressent dans la révolte.

Ainsi est née en Inde une région rurale rouge de la lutte armée révolutionnaire sous la direction des révolutionnaires du Parti Communiste d’Inde ! (...).

L’Inde, indépendante pour la forme, reste toujours une société semi-coloniale et semi-féodale (...). Telles de hautes montagnes, l’impérialisme, le révisionnisme soviétique, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique et compradore pèsent lourdement sur le peuple indien, notamment sur les grandes masses ouvrières et paysannes qui peinent et qui souffrent (...).

La lutte armée est la seule voie correcte pour la révolution indienne ; il n’y a pas d’autres voies en-dehors de celle-là. Les camelotes telles que « gandhisme », « la voie parlementaire » et autres sont l’opium employé par les classes dominantes indiennes pour endormir le peuple indien. C’est seulement en s’appuyant sur la révolution violente et en empruntant la voie de la lutte armée que l’Inde pourra être sauvée et que le peuple indien se libérera, totalement.

Pour parler concrètement, il faut mobiliser sans réserves les masses paysannes, établir et renforcer les forces armées révolutionnaires utiliser la série de stratégies et de tactiques souples et dynamiques de la guerre populaire élaborées par le président Mao pour faire face à la répression des impérialistes et des réactionnaires temporairement plus puissants que les forces révolutionnaires, persister dans la lutte armée prolongée et arracher pas à pas la victoire de la révolution (...).

Le soi-disant « gouvernement indépendant [vis-à-vis] du [parti du] Congrès au Bengale occidental se place ouvertement aux côtés des réactionnaires indiens dans sa répression sanglante des paysans révolutionnaires de Darjeeling.

C’est là une nouvelle preuve que ces renégats et ces révisionnistes sont des chiens courants de l’impérialisme américain et du révisionnisme soviétique, des laquais des grands propriétaires terriens et de la grande bourgeoisie de l’Inde. Ce qu’ils appellent « gouvernement indépendant du Congrès » n’est qu’un instrument de ces propriétaires fonciers et de cette grande bourgeoisie (...).

L’étincelle de Darjeeling finira par mettre le feu à toute la plaine. La grande tempête de la lutte armée révolutionnaire qui s’étend à toute l’Inde va faire rage ! Bien que la voie de la lutte révolutionnaire indienne soit longue et tortueuse, la révolution indienne, à la lumière du grand marxisme-léninisme, de la brillante pensée Mao Zedong, remportera la victoire finale. »

b) Les premiers naxalites

Pour avoir pu s’organiser dans la région du Naxalbari, ceux et celles qu’on appellerait à partir de cette révolte les « naxalites » ont dû se structurer dans une longue bataille.

Dès Juin 1948 avec la révolte du Telangana et ses milliers de villages organisés en « communes », le comité provincial de l’Andhra Pradesh du Parti Communiste d’Inde avait proposé au Comité Executif Central de ce parti un document connu sous le nom de la Lettre de l’Andhra.

Y était proposée la stratégie de la révolution de nouvelle démocratie formulée par Mao Zedong ; ce document a justement marqué le point de départ d’une référence à la « voie chinoise » qui serait valable pour l’Inde.

Dans les années qui suivent, les partisans de la « voie chinoise » se heurtent à la direction du PCI regroupé autour de Dange, mais également à la gauche du PCI, celle qui dirigera par la suite le PCI (marxiste). Surtout présents au Bengale Occidental, en Andhra Pradesh, au Kerala, au Jammu et Cachemire, dans le Nord du Bihar et le Nord de l’Uttar Pradesh, les partisans de la « voie chinoise » mènent en réalité une activité parfois quasi autonome, leur valant d’être la cible d’une répression spécifique de la part de l’Etat.

Ainsi, alors que le PCI condamne « l’agression chinoise » lors du conflit frontalier sino-indien qui prend une tournure militaire sur une large échelle le 20 octobre 1962, les futurs naxalites condamnent leur propre Etat ainsi que l’URSS, ce qui provoque l’arrestation de tous leurs militants un tant soit peu connu. L’une des grandes figures de la solidarité avec les révolutionnaires emprisonnés sera le poète télougou Srirangam Srinivasarao (1910-1983), dit Sri Sri, une très grande figure de la scène artistique de l’Andhra Pradesh. Ce poète fondera en 1970 la VIRASAM (Viplava Rachayithala Sangam – Association des Écrivains Révolutionnaires) avec d’autres auteurs, figures de la culture télougou : R.V. Shastri, Khtuba Rao K.V. Ramana Reddy, Cherabanda Raju, Varavara Rao, C. Vijaylakshmi...

Sushital Roy Choudhury expliquera en novembre 1970 au sujet de cette période :

« A partir de l’agression de la Chine par l’Inde en 1962, lorsque le Parti a dévié de l’internationalisme prolétarien à cause des manœuvres de la direction, plus d’un membre de la base de notre Parti a commencé à prendre conscience du danger qu’est le révisionnisme. Cela a généré un sentiment parmi beaucoup d’entre nous comme quoi nous devrions commencer la lutte armée. »

A ce moment-là en effet, les principaux opposants se regroupent clairement dans l’intention de fonder de nouvelles structures ; au Bengale occidental est d’ailleurs formé un comité provincial du Parti parallèle à celui existant officiellement et s’appuyant sur un document, connu sous le nom de « Prithwiraj » et attaquant le gouvernement de Nehru. Parimal Das Gupta conduira lui son propre groupe, considérant la ligne du comité comme ne rompant pas assez avec la ligne de la direction. Tel était également le point de vue de Charu Mazumdar, pour qui le mouvement général anti-révisionniste savait contre quoi il était, mais pas réellement ce pour quoi il luttait. Néanmoins, les opposants réussirent à publier le journal Howrah Hitaishi, publiée à Howrah, puis Desh Hitaishi qui, à partir du 16 février 1963, devient l’hebdomadaire des dissidents. L’agitation gagna également les facultés, avec la coexistence de deux factions de la BPSF (Fédération provinciale bengalie des étudiants), publiant Chhatra Abhijan (La marche des étudiants) pour l’aile droite et Chhatra Chhatri (Les étudiants) pour l’aile gauche.

Les documents attaquant la réaction pullulent, comme avec Marxvad O Shramik Shrenir Darshan (Le marxisme et la philosophie de la classe ouvrière), Chanakyer Dalil (Le document de Chanakya), Leniner Uttar Sadhak – Stalin (Staline – le sucesseur de Lénine), Staliner Shiksha O Bharater Communistder Bhumika (Les leçons de Staline et le rôle des communistes d’Inde), Marx-Leniner Patakatale (Sous la bannière de Marx et Lénine, compilation de textes de Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong), A ntarjatik Shramik Andolaner Ithihas : Ruparekha (Histoire du mouvement ouvrier international : un aperçu), etc.

L’influence de Che Guevara se fit également sentir mais de manière anecdotique, avec le « Groupe Surya Sen », du nom du pseudonyme utilisé pour le document servant de base à un « noyau bolchevik » partant du principe que le nouveau Parti qui serait issu de la rupture avec le PCI serait forcément limité politiquement. Le nom de « Surya Sen » symbolise l’orientation même du groupe, Surya Sen(1894-1934) ayant été une figure populaire de la lutte armée contre les colons anglais au Bengale durant les années 1930.

Mais cette ligne n’avait aucune chance d’exister, puisque la gauche du PCI ne faisait confiance ni à la droite, ni au « centre. » Une autre figure rejoignant ce mouvement fut également Saroj Dutta, né en 1914 et déjà emprisonné par le gouvernement anglais lorsqu’il était étudiant.

Saroj Dutta

Avec Sushital Roy Choudhury, il fait partie de la rédaction de Swadhinata, l’organe de la section bengalie du PCI. Dutta vient d’une tendance profonde au Bengale, celle de jeunes intellectuels qui autour de 1938 s’organisaient, notamment avec la seconde conférence pan-indienne de l’association progressiste des écrivains et artistes, qui se tint à Kolkata en décembre 1938.

Un important débat se lança sur la littérature bengalie, Saroj Dutta s’affirmant comme l’un des principaux théoriciens marxistes en ce domaine, mais également comme l’un des principaux activistes, notamment avec l’association des amis de l’Union Soviétique fondée en 1941, la Pragati Lekhak Sangha (association des écrivains progressistes) devenue la Fascist – Birodhi Lekhak O Shilpi Sangha (Association des écrivains et artistes antifascistes) ou encore la revue Jana Juddha (Guerre Populaire), organe du comité bengali du PCI.

Saroj Dutta fit tout pour s’éloigner de la revue Parichay, destinée aux intellectuels, pour participer le plus possible au quotidien Swadhinata. Il traduisit également l’oeuvre de Romain Rolland, Gorki, Tolstoï, Tourguéniev, le poète bulgare Nicola Vyapsarov (qui fut assassiné par les nazis), Byron....

Charu Mazumdar organise alors deux séances de débats dans un « camp », afin d’unifier la ligne politique des « dissidents. » Au premier « camp », Charu Mazumdar prend en charge la question de l’histoire de la lutte de libération indienne et de la nature du Parti Communiste, tandis que Kanu Sanyal s’occupe de l’étude de l’histoire du mouvement paysan en Inde, que Biren Basu étudie la nature du capitalisme et Souren Basu celle du socialisme. Au second « camp », Charu Mazumdar expose le programme du Parti, Kanu Sanyal le problème agraire dans le léninisme, Souren Basu l’étude de « Que faire ? » de Lénine et Biren Basu celle de « Deux tactiques de la social-démocratie », également de Lénine. Les deux « camps » n’eurent pas de suite, Mazumdar mettant l’accent sur les débats au sein des organisations du PCI lui-même, cela alors que le PCI a son premier succès dans l’Etat du Kérala, formant même un gouvernement et subissant pour cette raison les critiques sévères du Parti Communiste de Chine.

c) La fondation du PCI (ML)

Mazumdar considérait que la fraction dominante du nouveau PCI devenu « (marxiste) » ne pouvait être débordée que par le soulèvement des masses. Voilà pourquoi il a regroupé les partisans de la « voie chinoise » au nord du Bengale, ne produisant aucun document initialement et jetant toutes ses forces dans la pratique et l’organisation de la lutte armée. Cette tendance est à ce titre proche du groupe Chinta, organisé autour de Kanai Chatterjee, Parimal Das Gupta et Amulya Sen qui fondent même un « conseil révolutionnaire. »

Ce n’est pas donc pas avant 1965 que Mazumdar commence la publication de ce qui va être connu comme les « huit documents. » La publication commence en fait au moment où le PCI (marxiste) est victime d’une grande violence de la part de l’Etat, en raison de ses activités « anti-nationales, violentes et subversives. » Les centaines et centaines d’arrestations paralysent l’organisation et le groupe autour de Mazumdar, sur la base de la lutte armée, va alors intervenir sur le devant de la scène. Les « huit documents  » de Mazumdar et les six numéros de « Chinta » dans les années 1965-1966 forment l’essentiel du bagage idéologique de ce que vont être les naxalites, puisque la base est commune : il faut rejeter le révisionnisme, l’Inde est un pays semi-colonial, « la voie chinoise est notre voie », il faut mener la révolution de nouvelle démocratie. Selon Mazumdar, 4 points étaient essentiels pour l’unité : reconnaître Mao Zedong comme le dirigeant de la révolution mondiale et sa pensée comme le marxisme-léninisme de notre époque, considérer que la situation est révolutionnaire dans l’ensemble de l’Inde, partir du principe que la révolution passe par la formation de zones libérées et la guerre de guérilla.

Fut également formé le Shodhanbader Biruddhe Sangram Committee (Comité pour la lutte contre le révisionnisme) qui devint par la suite le Anta-Party Shodhanbad Birodhi Sangram Committee (Comité pour la lutte interne au Parti contre le révisionnisme), structure clandestine reliant les partisans de la guérilla. On y retrouve notamment Parimal Das Gupta, Saroj Datta, Asit Sen, Sushital Roy Chowdhury. En pratique, en mai 1966 les dissidents dirigent un centre politique organisé dans la région de Darjeeling et en juin à Siliguri un meeting local lance le plan d’une « lutte armée paysanne pour la conquête du pouvoir à partir des zones libérées. » Leur mouvement profite de l’éclat de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine commençant en août 1966.

A côté du groupe de Mazumdar, le groupe Chinta continue d’exister, publiant le 3 avril 1966 Pather Nishana, qui accuse la direction du PCI (marxiste) d’inaction, de révisionnisme et de nationalisme, puis cessant la publication de Chinta au profit du journal Dakshin Desh (le pays du sud, le pays du nord étant la Chine populaire). Le document Sangathaner Kshetrye Jaruri Kaaj donne comme tâches immédiates « de construire une organisation clandestine du Parti comme centre politique central et permanent, de former une structure illégale du Parti comme réseau de noyaux petits, clandestins et mobiles, de diriger par leur intermédiaire les organisations de masse des ouvriers et des paysans. »

Mais il existe également de multiples autres noyaux, comme le premier organe publié en anglais, Partisan, qui permet ainsi de relier les militants dans tout le pays, ou encore le Noyau Communiste Révolutionnaire de l’Inde, dirigé par Ananta « Abinash » Singh connu pour ses capacités d’organisation clandestine et militaire, et parfois surnommé le groupe « MMG » (Man-Money-Gun, homme - argent - arme).

La position de la direction du PCI (marxiste) n’a pas été considérée comme inacceptable seulement au Bengale occidental ; dans les Etats du Jammu & Cachemire ainsi qu’en Uttar Pradesh, c’est toute la structure du PCI (marxiste) qui rejoint les naxalites. La tendance est également forte en Andhra Pradesh et au Bihar. Il faut bien comprendre que le naxalisme est à ses débuts une tendance, et non pas un mouvement organisé : il s’agit d’un mouvement historique diffus consistant en des militants communistes se revendiquant de Mao Zedong et prônant la lutte armée fondée sur la paysannerie.

PCI-ML

Si la révolte du Naxalbari a lieu en mai 1967, ce n’est que durant les mois suivants que sont fondés les journaux Liberation (en anglais), Deshbrati (en bengalie) et Lokyudh (en hindi). Une organisation structurée au niveau du pays entier n’est fondée que les 12 et 13 novembre, avec des militants du Tamil Nadu, du Kerala, de l’Uttar Pradesh, du Bihar, du Karnataka, de l’Orissa et du Bengale occidental, au sein de l’All India Coordination Committee of Revolutionaries (AICCR) – le comité de coordination panindien des révolutionnaires. Six mois plus tard, le 14 mai 1968, l’AICCR devient l’All India Coordination Committee of Communist Revolutionaries (AICCCR) – le comité de coordination panindien des communistes révolutionnaires. A sa tête, on trouve Subir Roy Chowdhury et la conférence est marquée par l’exclusion de 11 des 14 sections de l’Andhra Pradesh, qui suivent Tarimala Nagi Reddy (1917-1976) et Devullapali Venkateshwara Rao.

Ce dernier avait été l’auteur des thèses de l’Andhra au moment du Telengana ; Reddy et Rao avaient une énorme expérience de la lutte de masses, et considéraient que si la lutte armée était nécessaire et qu’il fallait des zones libérées, il fallait tout de même participer aux élections (sans jamais participer au gouvernement) afin de dénoncer la nature du régime (Rao rejetant lui cette tactique), ainsi que mettre l’accent sur l’organisation des structures populaires.

La lutte armée ne doit pas commencer par une offensive et la liquidation des ennemis de classe, mais être le prolongement de la résistance populaire.

La ligne de l’AICCCR était considérée comme « aventuriste », « romantique », « petite-bourgeoise », alors que pour l’AICCCR la ligne de Reddy ne consistait qu’en du néo-révisionnisme. La fraction suivant Reddy formera en avril 1975 l’Unity Centre of Communist Revolutionaries (UCCR - Centre d’Unité des Révolutionnaires Communistes) forte notamment au Pendjab, mais subissant de très nombreuses scissions et dont l’un des avatars le plus proche de la ligne initiale est l’UCCR (marxiste-léniniste) ayant été dirigé par Rao. Actuellement, l’UCCR considère la Chine comme toujours socialiste et participe principalement aux élections.

A l’opposé, le 22 avril 1969, c’est la naissance du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste). La date est symbolique : c’est l’anniversaire de la naissance de Lénine. L’AICCCR se dissout et cède la place au Parti, avec Charu Mazumdar comme secrétaire du comité central d’organisation. Il existe alors des zones de guérillas au Bengale occidental (Debra-gopiballavpur), en Uttar Pradesh (Lakhimpur Kheri) et surtout en Andhra Pradesh (Srikakulam). La naissance du PCI(ML) est marquée par un grand meeting à Calcutta le 1er mai ; l’intervention du PCI (marxiste) provoque des affrontements armés. Et le 20 octobre 1969 c’est la naissance de la seconde grande organisation naxalite : le Maoist Communist Center (Centre Communiste Maoïste), qui considère qu’il est trop tôt pour parler de fondation du Parti et qui considère que la ligne de liquidation sélective de l’ennemi de classe du PCI(ML) met trop de côté la question de l’organisation des masses.

4. L’évolution du mouvement jusqu’à aujourd’hui

a) Les conceptions de Charu Mazumdar

Charu Mazumdar a été la figure centrale du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste), il en a été le principal théoricien, mais également le principal organisateur. Ses conceptions ont imprégné ce qui forme la tradition naxalite, même si à celle-ci il faut ajouter les conceptions de Kanai Chatterjee, qui a lui fondé le Centre Communiste Maoïste, en raison de divergences qui avec le temps s’avéreront mineures.

Mazumdar est d’abord un homme de la rupture, concevant sa politique comme le reflet inversé de la ligne politique qu’il entend combattre. Rupture avec le Parti Communiste d’Inde, lié à l’URSS, mais également avec le Parti Communiste d’Inde (marxiste), qui selon lui n’a pas réellement rompu avec les conceptions erronées. Ainsi, à la conception « révisionniste » c’est-à-dire relevant de l’idéologie de l’URSS de Khrouchtchev, Mazumdar oppose la conception de la guérilla. Dans le document « Quelle possibilité indique l’année 1965 », Mazumdar explique :

« Selon leurs mots [aux « révisionnistes »], il apparaît que le mouvement de masses pacifiques est en lui-même la tactique principale de notre époque.

Bien qu’ils ne mentionnent pas ouvertement la tactique de Khrouchtchev de transition pacifique au socialisme, ce qu’ils veulent dire revient presque au même. Ils veulent dire qu’il n’y a pas de possibilité pour la révolution en Inde dans le futur proche. Alors, à présent, nous devrions agir selon la voie pacifique. A l’époque de la lutte à l’échelle mondiale contre le révisionnisme, ils ne peuvent pas mettre en avant ouvertement des décisions révisionnistes. Mais ils accusent d’aventurisme et d’espionnage au service de la police quiconque parle de lutte armée. »

Selon Mazumdar, les révolutionnaires doivent être à la hauteur des exigences de leur époque, et cette époque est celle de la révolution mondiale.

« A notre époque, alors que l’impérialisme va vers son effondrement complet, la lutte révolutionnaire a pris dans chaque pays la forme de la lutte armée. Le révisionnisme soviétique, incapable de conserver son masque de socialisme, a été obligé d’adopter des tactiques impérialistes ; la révolution mondiale est entrée dans une nouvelle phase, plus haute, et le socialisme marche de manière irrépressible vers la victoire. Dans une telle époque, prendre la voie parlementaire signifie stopper cette marche en avant de la révolution mondiale. Aujourd’hui, les marxistes-léninistes révolutionnaires ne peuvent plus choisir la voie parlementaire. C’est vrai non seulement pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, mais également pour les pays capitalistes.... Ainsi, les slogans « boycotter les élections » et « établir des bases rurales et former des zones de lutte armée » mis en avant par les marxistes-léninistes révolutionnaires sont valides pour toute notre époque. » (Boycottons les élections – la signification internationale du slogan, Décembre 1968)

Pour Mazumdar, l’idée comme quoi pourraient grandir en Inde des luttes pacifiques est totalement erronée. De par la situation même existant en Inde, il est catégoriquement nécessaire de prendre les armes. C’est de là qu’il faut partir pour former des groupes et les politiser. Mazumdar a analysé la lutte du Tebhaga et considéré que les paysans non armés ne peuvent que se faire écraser par la répression. De plus, tout miser sur les représentants des mouvements paysans nuit à la cause en niant le rôle d’un Parti comme centre formulant un programme politique et non pas de simples revendications dissociées les unes des autres.

Car l’heure est à la révolution agraire : dans le document « Pousser en avant la lutte paysanne en combattant le révisionnisme », Mazumdar explique en 1966 que les paysans n’ont pas de solution sans révolution agraire, qu’il n’y a pas de révolution agraire sans destruction du pouvoir d’Etat central, et qu’il n’y a pas de destruction du pouvoir d’Etat central sans commencer immédiatement par des « zones libérées. »

C’est-à-dire que Mazumdar ne transpose pas le modèle chinois à la situation indienne, mais part de son expérience des besoins de la lutte paysanne. Pour lui, sans initier la lutte à un haut niveau, il n’y aura pas de mouvement révolutionnaire conséquent. Mazumdar explique que l’Inde est « comme un volcan », que les masses agissent comme les « luddites » en leur temps, c’est-à-dire ces couches populaires qui dans l’Angleterre du début du 19ème siècle attaquaient les banques et détruisaient les machines (comme les machines à tisser) menaçant leur situation sociale. Pour cette raison, il faut guider les masses afin que cessent les attaques aveugles, comme contre les gares, les bâtiments administratifs, les bus, etc. Et pour guider les masses, il faut pratiquer ce qui a été appelé « l’anéantissement. » C’est la véritable grande conception nouvelle qui marque le PCI (ML) et qui va amener une première petite scission, mais surtout une délimitation claire avec les organisations ne se revendiquant pas de Mao Zedong. Selon Mazumdar :

Charu Mazumdar« C’est uniquement en engageant la lutte de classe - la bataille de l’anéantissement – que le nouvel être humain sera créé ; le nouvel être humain qui défiera la mort et sera libéré de tout esprit d’égoïsme. Et c’est avec cet esprit de défi à la mort qu’il ira à l’ennemi, prendra son arme, vengera les martyrs et que l’armée populaire se formera.

Aller à l’ennemi est nécessaire pour conquérir une conscience totale de soi-même. Et cela ne peut être obtenu qu’avec le sang des martyrs. Qui inspire et créé de nouveaux êtres humains issus des combattants, qui les emplit de haine de classe et les fait aller à l’ennemi et prendre son arme les mains nues... L’anéantissement de la classe ennemie - cette arme entre nos mains - est le plus grand danger pour les réactionnaires et les révisionnistes du monde entier... » (Rapport sur la politique et l’organisation adopté au congrès).

Pour toutes ces raisons, Mazumdar explique que les cadres révolutionnaires doivent aller dans les campagnes sur la base de la clandestinité, faire des analyses des classes en présence, enquêter, étudier, et développer la lutte armée, qui est la plus haute forme de la lutte des classes. Il cite systématiquement Mao Zedong et rejette le guévarisme, qu’il considère comme la conception selon laquelle des intellectuels petits-bourgeois commencent la guérilla pour faire la révolution (la théorie du « foco », le foyer révolutionnaire coupé d’une base paysanne). Mazumdar rejette totalement Castro comme étant un petit-bourgeois ayant vendu Cuba aux « révisionnistes » dirigeant l’URSS redevenu capitaliste selon lui après la mort de Staline, et revendique très clairement le style de travail maoïste.

« La révolution ne peut pas réussir sans un parti révolutionnaire : un parti qui est fermement fondé sur la pensée du président Mao Zedong, un parti composé de millions d’ouvriers, paysans et de la jeunesse petite-bourgeoise inspirés par les idéaux de sacrifice de soi ;

un parti qui garantit en son sein le droit démocratique absolu de critiquer et de faire son autocritique, et dont les membres participent librement et volontairement par leur discipline ;

un parti qui permet à ses membres non seulement d’agir selon ces principes mais également de juger chaque directive en toute liberté et même de défier les directives erronées dans les intérêts de la révolution ; un parti qui assure une division du travail volontaire à chaque membre, membre qui attache la même importance à tous les genres de travaux, de bas en haut ;

un parti dont les membres mettent en pratique dans leurs propres vies l’idéal marxiste-léniniste et, en pratiquant les idées elles-mêmes, inspirent les masses à de grands sacrifices de soi et à prendre des initiatives toujours plus grandes dans les activités révolutionnaires ; un parti dont les membres ne désespèrent en aucune circonstance et ne reculent devant aucun obstacle, mais marchent résolument vers eux pour les franchir.

C’est seulement un parti de ce type qui peut construire un front uni du peuple, des différentes classes ayant des points de vue différent dans ce pays. C’est seulement un parti révolutionnaire de ce type qui peut mener la révolution indienne au succès. » (Charu Mazumdar, « Il est temps de construire un parti révolutionnaire », 1967).

Le Centre Communiste Maoïste (MCC) de Kanai Chatterjee était né parallèlement au PCI (ML) en raison de divergences sur des points qui à l’époque étaient vus comme assez importants pour que deux organisations existent, même si les deux se considéraient comme « naxalites. »

Tout d’abord, Kanai Chatterjee considérait qu’il était trop tôt pour fonder le Parti. Il considérait également que la politique d’anéantissement était erronée s’il n’y avait pas auparavant une propagande généralisée auprès des masses, et particulièrement si les équipes armées du Parti étaient simplement fondées « sur le tas », sans solides bases idéologiques, et pratiquant des actions armées sans liaison directe avec le mouvement. Mais sur tous les points idéologiques et théoriques, il n’y avait aucune différence entre le PCI (ML) et le MCC. Finalement, après s’être développées parallèlement, les deux organisations naxalites historiques fusionneront au début du 21ème siècle.

Il faut noter également que l’initiative prise par Mazumdar de former un nouveau Parti Communiste à laquelle on ajoute le terme de « marxiste-léniniste » n’est pas une chose à part à une époque où faisait rage l’affrontement idéologique dans les rangs communistes au sujet de la « polémique sino-soviétique », encore appelée la « grande polémique. »

Des ruptures similaires avaient eu lieu dans d’autres pays, à un rythme plus ou moins rapide : le Brésil, le Pérou, l’Australie, l’Espagne, etc. Charu Mazumdar est ainsi un théoricien favorable à Mao Zedong, à la « guerre populaire », à la conception des pays du « tiers-monde » comme étant « semi-coloniaux, semi-féodaux », au même titre qu’Ibrahim Kaypakkaya en Turquie, Siraj Sikder au Bangladesh, sans oublier des gens comme David Benquis au Chili, Gonzalo au Pérou, Akram Yari en Afghanistan, Omar Diop Blondin au Sénégal, etc.

b) La première vague naxalite

Le bastion du mouvement naxalite est le Bengale occidental : c’est là qu’on retrouve les principaux cadres et la plus longue tradition de contestation. Cela tient également à certaines particularités propres au Bengale occidental. Le Bengale est situé à l’extrême-orient de l’Inde ; dès la conquête « indo-aryenne » le Bengale était vu comme une région pour ainsi dire au bout du monde. Le Bengale est devenu hindouiste, puis bouddhiste, est redevenu hindouiste, puis s’est très largement ouvert à l’Islam, notamment dans une interprétation mystique donnant naissance aux bauls, mystiques errants vivant d’aumônes et de chansons. C’est également par le Bengale que l’Angleterre a colonisé l’Inde, en faisant un bastion de sa présence militaire et culturelle. Les nombreuses vagues de révolte populaire ont amené l’Angleterre à tenter de partitionner l’Inde en accentuant les différences religieuses, puis en faisant passer la capitale de l’Empire de Calcutta à Delhi en 1915. Le résultat sera quand même là avec la partition de 1947, l’est du Bengale à majorité musulmane devenant membre du Pakistan et non de l’Union indienne.

Le mouvement naxalite profite donc au Bengale d’une culture nationale très développée et revendicative, notamment portée historiquement par l’écrivain Rabindranath Tagore. Il va développer une assise énorme chez les étudiants et dans toute la jeunesse de la capitale du Bengale, Calcutta, mais aussi de la plupart des villes. Une partie des jeunes rejoignent les campagnes, mais une autre se lance dans une gigantesque guérilla urbaine. Dans une ville comme Calcutta regroupant 25% de la population du Bengale occidental, et formant une véritable jungle urbaine, on peut se douter qu’il s’agit là d’un mouvement quasi insurrectionnel. La jeunesse naxalite s’affronte d’ailleurs aux fondements mêmes de la société bengalie.

Elle lance une grande offensive contre les symboles de la culture dominante : sont attaqués les statues, les bâtiments culturels relevant de l’idéologie officielle. Lycées et universités ferment en raison de l’énorme agitation. La référence des naxalites est la révolution culturelle chinoise et l’un des principaux théoriciens est l’artiste Saroj Dutto.

Le mouvement naxalite s’appuie donc particulièrement sur la jeunesse ; il porte en lui la révolte contre l’ordre familial traditionnel. Une enquête faite en 1970 sur 300 naxalites emprisonnés a montré que 118 d’entre eux étaient âgés de 15 à 19 ans et 132 de 20 à 23 ans. Mais le mouvement naxalite ne s’oppose pas seulement au fait que dans la famille le senior a toujours raison et le benjamin seulement le droit de se taire. Il est également particulièrement féminin, assumant des revendications féministes très poussées et en conflit avec les structures traditionnelles, l’égalité absolue entre hommes et femmes étant une règle appliquée de manière intransigeante.

Les naxalites visent également les usuriers, les policiers, les indicateurs, c’est-à-dire tous ceux qui sont considérés comme des parasites profitant de l’exploitation du peuple. Inévitablement, le conflit s’engage avec les militants du PCI (marxiste), qui engagent des affrontements armés avec les naxalites, les dénoncent, contribuent aux traques. L’Etat central indien appuya la répression, s’appuyant même juridiquement en septembre 1970 sur une loi de l’époque coloniale, le « Bengal Suppression of Terrorist Act » de 1936. Dans un climat d’état d’urgence, toute la jeunesse de Calcutta devenait suspecte. Arrestations et exécutions arbitraires, tortures, interrogatoires sauvages, exécutions sommaires maquillées en « combats armés », toute la jeunesse devenait suspecte et victime de la police et des brigades fascistes, appuyés par des informateurs et des indicateurs enrôlés dans le lumpenprolétariat. Tout jeune rencontrant la police devait avoir les mains en l’air. Les cadavres étaient exposés à la vue de tous, pendus, traînés derrière une voiture. Toute activité légale proche d’une quelconque manière que ce soit des naxalites est interdite et durement réprimée ; les locaux du journal Deshabrati étant notamment attaqué par la police le 27 avril 1970.

Le roman de Mahasweta Devi, La mère du 1084, retrace magistralement la brutalité de cette période, où les prisonniers pouvaient se faire ligoter avec leurs entrailles, mais également les espoirs d’une génération partant à l’appel de la libération du Bengale, dont on considérait qu’il s’agissait d’un objectif pouvant être acquis dans les années 1970 elles-mêmes.

« Maintenant je réalise à quel point il nous a été facile de nous convaincre qu’une époque s’achevait, et qu’avec nous s’ouvrait une nouvelle ère.

Il nous est arrivé si souvent à Brati et à moi de faire à pied le chemin de Shyambazar à Bhowanipur tout en discutant.

Tout ce que nous voyions, hommes, maisons, néons, roses rouges que vendait un colporteur sur le trottoir, guirlandes au bord de la route, visages souriants, un magazine littéraire chez un marchand de journaux, un belle image dans un poème, des gens qui applaudissent à un meeting sur le Maidan, les mélodies entraînantes des chansons hindies, tout cela nous emplissait de joie.

Une joie impossible à contenir, on était prêts à exploser. On se sentait liés à tous et à tout. (...)

Avez-vous, comme nous, juré fidélité à la totalité de la vie, y compris dans ce qu’elle a de plus quotidien ? »

Le mouvement au Bengale marque l’apogée de la première vague naxalite. Il existe toutefois bien évidemment des zones de guérilla dans les campagnes : Debra-Gopiballavpur au Bengale occidental, Musahari au Bihar, Lakhimpur Kheri en Uttar Pradesh et surtout Srikakulam en Andhra Pradesh. Mazumdar écrit d’ailleurs un texte analysant le mouvement à Srikakulam, pour voir dans quelle mesure il s’agirait d’un nouveau Yenan, du nom de la base rouge historique en Chine.

Si le PCI (ML) tient son premier congrès le 11 mai 1970 alors que toutes ses organisations sont totalement clandestines et que Charu Mazumdar est élu secrétaire général, la répression frappe terriblement. Panchadri Krishnamurty est assassiné dans la nuit du 26 au 27 mai 1970. Vempatapu Satyanarayana et Adibatla Kailasam, dirigeants historique du soulèvement à Srikakulam, sont arrêtés les 10-11 juillet 1970 et exécutés. Appu, fondateur du PCI (ML) au Tamil Nadu, est exécuté deux mois après.

L’Etat indien a répondu de manière sanglante à la proposition faite par les naxalites aux peuples de l’Inde. Il a profité du soutien des communistes liés à l’URSS et du PCI (marxiste). Allié à l’URSS il intervient au Bengale oriental, qui en 1971 s’arrache à l’emprise pakistanaise au prix de trois millions de morts. Le pays, qui prend le nom de Bangladesh, passe sous influence soviéto-indienne. Le mouvement naxalite présent là-bas est écrasé de la même manière, malgré sa grande contribution à la lutte pour la libération de l’emprise pakistanaise. L’intervention de l’armée indienne permet également d’envoyer de larges troupes combattre la guérilla au Bengale occidental, et d’avoir une opinion publique favorable en l’accompagnant d’une campagne chauviniste.

Charu Mazumdar est lui-même est arrêté le 15 juillet 1972 et meurt sans doute le 28. Saroj Dutta, grande figure du mouvement, est exécuté le 5 août. Le 12 août, à Kashipore-Baranagar à côté de Calcutta, 150 naxalites sont massacrés.

La révolte de Birbhum est le dernier grand soulèvement de la période ; en 1973 il y avait selon certaines sources 32,000 naxalites emprisonnés dans toute l’Inde, le chiffre atteignant plus vraisemblablement 50,000. L’inhumanité de leur traitement a amené la naissance d’une pétition, signé par 300 « personnalités » dont Noam Chomsky et Simone de Beauvoir et critiquant l’Inde pour ne pas respecter ses propres lois. Elle fut remise au gouvernement indien à New Delhi le 15 août 1974, le jour du 27ème anniversaire de l’indépendance. La répression atteint son point culminant lorsque le premier ministre d’Inde, Indira Gandhi (fille de Nehru et sans rapport familial avec le « Mahatma » Gandhi), déclara l’état d’urgence dans la nuit du 25 au 26 juin 1975 pour « pacifier » un pays en proie à de multiples contradictions, jusque dans l’appareil d’Etat lui-même.

Comrade Charu Majumdar

Avec l’énorme répression et la perte de Mazumdar comme théoricien unifiant le mouvement et synthétisant ses positions, le mouvement naxalite perd toute unité. Une multitude d’organisations naissent, avec des lignes variées, s’unifiant ou se divisant. Le PCI (ML) n’existe alors plus de manière centralisée et les divisions géographiques priment de plus en plus.

c) De la division à l’unification

La lourde défaite durant les années 1970 va lourdement peser sur le mouvement naxalite. Elle est à la fois organisationnelle et politique : la question centrale est celle du bilan.

Une partie des restes de l’organisation modifient ainsi la ligne initiale et un Comité Central d’Organisation, Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste) fonde finalement un nouveau PCI (ML) le 28 juillet 1974, à Durgapur. Son dirigeant est Subrata « Jauhar » Dutt ; l’organisation est connue, en raison du nom de son journal « Liberation », comme PCI(ML) Liberation. Elle rejette en pratique la lutte armée, tout en maintenant dans certaines zones des milices armées, abandonnées finalement à partir de 1982, date où l’organisation se lance dans une stratégie électorale qu’elle n’abandonnera plus, devenant l’une des organisations principales de l’extrême-gauche. Avec moins de succès, un PCI(ML) Comité Central Provisoire suit le même chemin. Mais il existe une multitude d’autres structures, plus ou moins grandes, plus ou moins favorables à la guerre populaire, se cantonnant toutefois dans les marges de la légalité. On trouve notamment le Comité Central de Réorganisation, PCI (ML), fondé en 1979 et dirigé par K. Venu qui abandonnera par la suite l’espoir de fonder un authentique parti révolutionnaire.

A côté de ces organisations prônant un repli soit légaliste, soit dans le mouvement de masse, il existe toute une large fraction désireuse de maintenir le cap. Il existe ainsi un second Comité Central d’Organisation du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste). Il est issu du travail du groupe dirigé par Kondapalli Seetharamaiah, qui dès 1972 réorganise les structures dans l’Andhra Pradesh, qui devient l’Etat où la présence naxalite sera la plus forte. Tout d’abord localisée dans la région du Srikakulam à partir de décembre 1968, la guérilla s’étend vers la côte puis dans les districts du Telangana et du Rayalaseema. La moitié de l’Etat sera au fur et à mesure marqué par les opérations naxalites, notamment les districts suivants : Warangal, Khammam, Nizamabad, Midak, Nalgonda, MahaBubhagar, Adilabad, Godawari oriental et Karimnagar.

Ces efforts aboutissent, avec l’union des partisans de Charu Mazumdar au Tamil Nadu, à la fondation le 22 avril 1980 du PCI (ML) (Guerre Populaire), qui tout au long des années 1980-1990 sera la principale organisation naxalite.

Le mouvement profite d’un large soutien de la jeunesse révolutionnaire : la campagne de 1984 amène 1,000 jeunes et étudiants à s’organiser en 150 équipes de propagande, menant campagne pour la révolution agraire dans 2,419 villages.
Dans son document « Expériences de la lutte armée en Inde » de 1996, retraçant son propre parcours, le PCI (ML) Guerre Populaire formulait ainsi son évaluation du PCI (ML) de Charu Mazumdar :

« Les principales caractéristiques positives de Naxalbari et du PCI (ML) étaient les suivantes :

1. Son analyse de la société indienne, semi-féodale et semi-coloniale, était correcte.

2. Il soulignait à juste titre que la voie de la révolution était la révolution agraire armée et, avec tout autant de clairvoyance, il rejetait la voie parlementaire.

3. Il établissait une démarcation très nette entre le marxisme et le révisionnisme, et il dénonçait clairement l’URSS en tant que puissance social-impérialiste.

4. Il faisait une analyse pertinente de l’Inde en tant que pays à plusieurs nationalités et il soutenait ouvertement les luttes menées par les diverses nationalités pour obtenir leur autodétermination.

5. Il défendait correctement la Chine socialiste de l’époque et exposait les desseins expansionnistes des classes dirigeantes indiennes à l’égard de leurs voisins.

6. Il diffusait largement la pensée de Mao Zedong et bâtissait le Parti selon les principes léninistes.

7. Il ne limitait pas l’appel à la révolution armée à de simples résolutions. Des milliers de jeunes et d’étudiants furent amenés à se rendre dans les zones rurales, à s’intégrer à la paysannerie et à l’éveiller à la révolution.

Les imperfections étaient :

1. Il avait fait une mauvaise estimation de l’époque et une évaluation erronée de la situation nationale et internationale - fondamentalement il surestimait les conditions objectives qui avaient conduit à des erreurs gauchistes dans le choix de ses tactiques.

2. Il évaluait de façon tout aussi erronée les forces subjectives : il existait une tendance à se lancer sans arrêt dans des actions sans préparation suffisante de la force subjective.

3. Il lançait des appels et des slogans impossibles à appliquer.

4. Il niait le besoin de construire des organisations de masse et le besoin d’adopter des formes variées de lutte.

5. Il adoptait des tactiques aventureuses dans les villes.

6. Il adoptait des méthodes bureaucratiques dans le fonctionnement du Parti. »

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Au Bihar, état entre le Bengale occidental et l’Andhra Pradesh, la guérilla avait subsisté et était forte dans le centre de l’Etat et au Telengana. En 1978 se forme le PCI (ML) Unité d’organisation, qui devient en 1983 le PCI (ML) Unité du Parti, par la fusion avec la fraction du PCI (ML) Comité Central d’Organisation dirigé par Appalasuri.

Les progrès sont tellement rapides que dès 1985 l’Etat est obligé de lancer une grande opération de contre-guérilla, l’Opération « Task Force » ; l’organisation est très forte dans la région Jehanabad-Palamu et elle a même son front de masse paysan, la Mazdoor Kisan Sangram Samiti (MKSS).

On retrouve également dans cet Etat le MCC, seule organisation naxalite non liée historiquement au PCI (ML). Le MCC dut subir une importante répression de 1972 à 1977, et la période de 1979 à 1988 fut une période de reconstruction, en s’appuyant principalement sur la guérilla au Bihar et au Bengale occidental.

Le MCC continua ainsi sa route malgré les morts d’Amulya Sen en mars 1981 et de Kanhai Chatterjee en juillet 1982.

Au Bihar, si les naxalites n’étaient actifs que dans 8-10 villages en 1980, le chiffre passe à 197 en 1983, ce qui n’ira pas sans des heurts entre le MCC et le PCI (ML) Unité du Parti. Les naxalites parlent à ce sujet du « black chapter », le « chapitre noir » de l’histoire du naxalisme, puisque les affrontements n’ont pas visé l’ennemi mais des organisations « concurrentes », en raison de stratégies différentes, d’éléments douteux infiltrés, etc. Si cette question a été surmontée, elle a néanmoins causé de grands troubles dans le mouvement pendant plusieurs années.

Divisée géographiquement mais se revendiquant de la même idéologie, les différentes organisations pratiquant la guerre populaire ne pouvaient qu’aller dans le sens de l’unification.

Une fois solidement établies, les organisations organisent des réunions et celles initiées en 1993 entre le PCI(ML) (Organisation Unité) et le PCI(ML) (Guerre Populaire) aboutissent à l’unification en 1998 des deux organisations, sous le nom de PCI(ML) (Guerre Populaire). Le communiqué commun à l’occasion de la fusion explique alors : « A la fois le PCI (ML) (GP) et le PCI (ML) (UP) ont continué l’héritage révolutionnaire des luttes glorieuses du Naxalbari, du Srikakulam, du Birbhum, du Debra-Gopiballavpur, du Mushahari et du Bhojpur, adhérant de manière ferme à la ligne révolutionnaire correcte du huitième congrès du Parti qui s’est tenu en 1970, et ont combattu contre les courants opportunistes à la fois de droite et de gauche qui sont apparus dans le mouvement marxiste-léniniste à la suite du recul de 1972.

Les deux partis ont dirigé la lutte des classes dans différentes parties du pays, particulièrement les luttes armées dans l’Andhra Pradesh, le Nord du Telengana, le Bihar et le Dandakaranya pendant presque deux décennies. Les deux Partis ont rejeté de manière ferme la farce de la démocratie parlementaire et s’en sont tenus sans équivoque aucune au boycott des élections parlementaires. Les deux pensent que ce n’est que par la guerre populaire prolongée et la prise du pouvoir politique sur des zones [libérées]

« que nous pouvons arriver à la victoire dans la révolution de nouvelle démocratie en Inde, libérer notre patrie de l’étranglement du féodalisme et de l’impérialisme, assurer aux différentes nationalités dans le pays le droit à l’auto-détermination y compris le droit à la sécession, et établir l’union volontaire des Républiques Démocratiques Populaires d’Inde comme première étape qui sera transformée au cours du temps en une Union des Républiques Socialistes d’Inde. »

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Le nouveau PCI(ML) (Guerre Populaire) appelle les autres forces menant la guerre populaire à l’unification, considérant que c’est la situation objective – l’actualité grandissante de la révolution - qui pousse à cette unité. Et de fait en 2004 a lieu la fusion du MCCI et du PCI(ML) (Guerre Populaire). Le MCCI consistait alors en le MCC ayant lui-même intégré d’autres organisations : le Centre Communiste Révolutionnaire d’Inde (CCRI) de Shamsher Singh Sheri en janvier 2003 et le PCI (ML) second comité central en mai 2003.

Avec la fusion des deux principales organisations naxalites, les fondations étaient établies pour un nouveau développement. Le Parti Communiste d’Inde (Maoïste) est l’aboutissement d’un long processus ; il a fallu attendre que les naxalites disséminés dans toute l’Inde progressent avant de se rencontrer et finalement s’unir sur le terrain. Avec la fusion du PCI (ML) Guerre Populaire et du MCCI, on a la fusion des organisations représentant alors 90% des actions armées de la part des maoïstes.

Le PCI (Maoïste) se revendique ainsi du programme de 1970 du PCI (ML) et du document central de 1969 du MCC, ainsi que du parcours de ces deux organisations jusqu’à leur fusion. Sa stratégie est pour ainsi dire simple : expropriation des seigneurs locaux et des institutions religieuses, toute la terre devant revenir aux paysans. A cela s’ajoute l’expropriation de la bourgeoisie bureaucratique compradore, le pouvoir d’Etat revenant aux comités populaires révolutionnaires. Le programme du PCI (Maoïste) est en fait celui de la révolution de nouvelle démocratie prônée par toutes les organisations naxalites. Le PCI (Maoïste) considère, tout comme ses « ancêtres », que l’Inde est un Etat multinational, qui en 200 ans de domination coloniale a vu ses capacités économiques – artisanat, commerce, auto-suffisance agricole – anéanties et transformées en appendice de la bourgeoisie financière anglaise. En transformant les collecteurs d’impôts en seigneurs locaux, l’Inde est passée du statut d’un pays féodal indépendant à celui de pays semi-colonial, semi-féodal. La classe ouvrière est née de par les productions organisées par une bourgeoisie capitaliste bureaucratique au service des besoins du colonialisme anglais. Gandhi et le parti du Congrès sont historiquement les représentants de cette couche bureaucratique (ou « compradore », du terme portugais employé en Chine) qui ont tout fait pour dévoyer les luttes populaires et les transformer en simple pression sur le colonialisme. Une classe petite-bourgeoise est également née de par les besoins du colonialisme d’administrer le pays.

L’Inde subit une dépendance néo-coloniale, forme choisie par l’impérialisme en raison des victoires des révolutions russe et chinoise.

Le programme du PCI (Maoïste) explique que « la déclaration d’« indépendance » de 1947 n’était rien d’autre que fausse dans son essence même. En fait, le système colonial et semi-féodal direct des impérialistes britanniques a été remplacé par le système semi-colonial et semi-féodal sous la forme néo-coloniale de la domination, de l’exploitation et du contrôle impérialistes indirects. »

Les grands propriétaires terriens dominent les campagnes, maintenant la prédominance du caractère féodal. La bourgeoisie bureaucratique – également appelée « grande bourgeoisie » ou « bourgeoisie monopoliste d’Etat », - entretient la mainmise impérialiste sur l’Inde, mais également à un moment donné du révisionnisme soviétique devenu un « social-impérialisme » et même une « super-puissance. » Dans l’analyse maoïste en effet, il est considéré que le capitalisme a été restauré en URSS après la mort de Staline.

Depuis la chute de l’URSS « social-impérialiste », cette couche bureaucratique indienne dirigeant le pays en alliance avec le féodalisme est passée totalement sous la coupe de l’impérialisme, principalement nord-américain. L’Inde est un pays totalement dépendant, tous les secteurs clefs et même l’administration sont contrôlés par l’impérialisme. Tous les accords, toutes les collaborations ne sont en fait que des paravents pour masquer l’utilisation absolue de l’Inde par l’impérialisme.

La révolution de nouvelle démocratie libère donc les forces sociales opprimées par l’impérialisme et la féodalité, y compris la bourgeoisie nationale qui peut développer son activité mais de manière encadrée, puisque tout le système bancaire passe sous la coupe du pouvoir populaire, et que le commerce extérieur devient un monopole d’Etat.

L’objectif étant de passer par la suite de l’Union des Républiques Fédératives Démocratiques Populaires d’Inde à l’Union des Républiques Socialistes d’Inde.

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 2. Les huit documents de Charu Mazumdar

Une note à propos de la traduction

Les « huit documents » de Charu Mazumdar n’avaient jamais été traduits en français jusqu’ici. Le Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste de Belgique « répare » aujourd’hui cet incompréhensible manque, contribuant à les faire comprendre et à en saisir le caractère exemplaire. D’une certaine manière, c’est bien sûr agir ici avec près de cinquante ans de retard. C’est regrettable et cela peut apparaître comme étrange. Cependant, c’est un aspect secondaire de la question, ce qui compte de manière principale est que c’est catégoriquement nécessaire. Cela fait partie des tâches théoriques, idéologiques et culturelles assumées par le Centre MLM, afin de rétablir le véritable matérialisme dialectique. Cela aurait dû être fait dans les années 1960, et comme cela ne l’a − entre autre lacune − pas été, en Belgique, le révisionnisme a triomphé, pavant la voie au trotskysme, aux anarchistes et à l’intellectualisme universitaire de gauche. La traduction des « huit documents » de Charu Mazumdar est ici donnée par J. Adarshini. Notons que J. Adarshini est également la traductrice d’un ouvrage intitulé « Dans le sillage de Naxalbari », à paraître aux éditions Academia (www.editions-academia.be). Il s’agit d’une étude complète du mouvement de 1967 écrite par Sumanta Banerjee. L’auteur a débuté son ouvrage dans le cadre d’un journalisme d’investigation avant de « démissionner » de son poste, de rejoindre le mouvement et d’être mis en présence de ses cadres. Cette expérience − bien que brève − de vie parmi les pauvres et les sans terre et de partage des luttes quotidiennes des guérilleros maoïstes lui a donné une opportunité inestimable pour comprendre leur quête et lui a donné une nouvelle perspective sur l’histoire du mouvement naxalite. Initialement publié en 1980, l’ouvrage a été réédité avec une nouvelle introduction et une postface ajoutée par l’auteur dans laquelle il donne une évaluation personnelle de l’évolution de la lutte menée depuis lors. Les sources de Sumanta Banerjee couvrent un large éventail depuis des documents officiels, dont un grand nombre d’inédits, jusqu’à des entretiens directs avec des participants actuels à la lutte, ce qui fait de ce travail une analyse exhaustive, perspicace et authentique de ce mouvement passé et de ses conséquences.


Document 1 : Nos Tâches Dans La Situation Actuelle − 28 janvier 1965

Le gouvernement du Congrès a arrêté un millier de communistes ce dernier mois. La majorité de la direction centrale et provinciale est aujourd’hui en prison. Gulzarilal Nanda a annoncé qu’il n’accepterait pas le verdict des urnes (et il ne l’a pas fait), et a commencé à débiter des absurdités à propos de la guérilla. Cette offensive contre la démocratie a démarré à cause de la crise interne et internationale du capitalisme.

Le gouvernement indien est progressivement devenu le partenaire politique principal dans l’expansion de l’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain. Le principal objectif de l’impérialisme américain est de consacrer l’Inde comme la principale base réactionnaire en Asie du Sud-Est. La bourgeoisie indienne est incapable de trouver quelque voie que ce soit pour résoudre sa crise interne.

La crise alimentaire endémique, les prix toujours plus élevés, créent des obstacles au plan quinquennal, et comme conséquence, il n’y a plus d’autre solution pour la bourgeoisie indienne pour sortir de la crise que d’importer toujours plus de capital impérialiste anglo-américain.

Comme conséquence de cette dépendance à l’égard de l’impérialisme, la crise interne du capitalisme augmente jour après jour. La bourgeoisie indienne n’a pas été capable de trouver d’autre moyen, à part liquider la démocratie, confrontée aux exigences de l’impérialisme américain et de sa propre crise interne.

Il y avait des exigences impérialistes derrière ces arrestations, puisque le chef de la police américaine Macbright était à Delhi pendant l’arrestation des communistes, et qu’elle a partout eu lieu seulement après des discussions avec lui.

En liquidant la démocratie, il ne peut y avoir de solution à cette crise, et la bourgeoisie indienne sera aussi incapable de la résoudre. Au plus le gouvernement dépendra de l’impérialisme, au plus il faillira dans la solution de sa crise interne. Chaque jour qui passera, le mécontentement du peuple augmentera, et la contradiction interne de la bourgeoisie augmentera.

Naxal-18

Le capital impérialiste exige l’arrestation des communistes comme un préalable aux investissements ; il veut aussi une solution temporaire à la pénurie alimentaire. Pour résoudre cette pénurie alimentaire, des mesures pour arrêter la spéculation dans l’alimentation sont nécessaires, et c’est pour cela que le contrôle est nécessaire. Dans un pays à l’économie arriérée comme l’Inde, ce contrôle fait invariablement face à une opposition d’un large secteur.

Cette contradiction de la bourgeoisie n’est pas principalement un conflit entre les capitalistes monopolistes et la bourgeoisie nationale.
Ce conflit est essentiellement entre les commerçants et les industriels monopolistes.

Dans un pays à l’économie arriérée, les commerces dans l’alimentation et les denrées de première nécessité est inévitable pour la création de capital, et le contrôle crée des obstacles dans la création de ce capital, et comme conséquence, la contradiction interne prend la forme d’une crise interne.

L’Inde est un pays vaste. Il n’est pas possible de diriger 450 millions d’habitants en suivant une politique de répression. Il n’est pas possible, pour quelque pays impérialiste, de prendre une telle responsabilité. L’impérialisme américain est pris de convulsions en gardant ses engagements envers les pays auxquels il a promis son aide.

Pendant ce temps, une crise industrielle se développe aux États-Unis. Cela se voit dans la déclaration même du Président Johnson selon laquelle le nombre de chômeurs augmente dans le pays.

Selon le communiqué officiel, quatre millions de personnes sont absolument au chômage ; 35 millions de personnes sont en chômage partiel, et dans les usines aussi, le chômage partiel continue. Le gouvernement indien échouera donc à contenir le mécontentent toujours croissant du peuple. Cette attaque contre la démocratie transformera inévitablement le mécontentement populaire en luttes. Des indications sur les formes de lutte de demain sont disponibles dans le mouvement linguistique de Madras. L’ère à venir n’est donc pas seulement une ère de grandes luttes mais aussi de grandes victoires.

Par conséquent, le Parti Communiste devra prendre la responsabilité de diriger les luttes révolutionnaires du peuple dans l’ère à venir, et nous serons capables de mener cette tâche à bien seulement quand nous serons capables d’édifier l’organisation du parti comme une organisation révolutionnaire.

Quelle est la base principale pour édifier l’organisation révolutionnaire ? Le camarade Staline a dit : « La base principale dans l’édification de l’organisation révolutionnaire est le cadre révolutionnaire. »

Qui est ce cadre révolutionnaire ? Le cadre révolutionnaire est celui qui peut analyser la situation de sa propre initiative et peut adopter une politique en fonction. Il n’attend l’aide de personne.

Nos Slogans Organisationnels :

1. Chaque membre du Parti doit former au moins un Groupe de cinq militants. Il instruit les cadres de ce Groupe Militant en éducation politique.

2. Chaque membre du Parti doit veiller à ce qu’aucun camarade ne soit exposé à la police.

3. Il doit y avoir un local clandestin pour les réunions de chaque Groupe Militant. Si nécessaire, des abris pour en garder un ou deux dans la clandestinité doivent être mis en place.

4. Chaque Groupe Militant doit déterminer une personne pour les contacts.

5. Un endroit doit être mis en place pour cacher les documents secrets.

6. Un membre du Groupe Militant doit devenir membre du Parti dès qu’il devient expert en éducation et travail politiques.

7. Après être devenu membre du Parti, le Groupe Militant doit couper tout contact avec lui.

On doit adhérer fermement à ce style organisationnel. Cette organisation elle-même prendra dans le futur la responsabilité de l’organisation révolutionnaire.

Quelle sera l’éducation politique ? La base principale de la révolution en Inde est la révolution agraire. Le slogan principal de la campagne de propagande politique sera donc « réussir la révolution agraire ». C’est seulement dans la mesure où nous serons capables de répandre le programme de la révolution agraire parmi les ouvriers et la petite-bourgeoisie et de les éduquer ainsi, qu’ils seront formés dans l’éducation politique. Chaque Groupe Militant doit discuter de l’analyse de classe parmi la paysannerie, de la propagande pour le programme de la révolution agraire.

VIVE LA RÉVOLUTION !


Document 2 : Faire de la Révolution démocratique populaire un succès en luttant contre le révisionnisme − 1965

Etant donné que les opinions révisionnistes étaient nichées dans le parti depuis longtemps, nous n’avons pas pu bâtir un parti révolutionnaire correct. Notre tâche principale aujourd’hui est de créer un parti révolutionnaire correct luttant résolument contre ces opinions révisionnistes.

1) Parmi les opinions révisionnistes, la première est de considérer les « Krishak Sabha » (organisation de paysans) et les syndicats comme l’unique activité du parti. Les camarades du parti confondent souvent le travail de l’organisation de paysans et des syndicats avec le travail politique du parti. Ils ne se rendent pas compte que les tâches politiques du parti ne peuvent pas être effectuées par l’intermédiaire de l’organisation de paysans et du syndicat. Mais en même temps, il ne faut pas oublier que le syndicat et l’organisation de paysans constituent une des nombreuses armes pouvant servir notre objectif. D’autre part, considérer le travail de l’organisation de paysans et du syndicat comme le seul travail du parti ne peut que signifier de plonger le parti dans le bourbier de l’économisme. On ne peut pas faire de la révolution prolétarienne un succès sans une lutte sans complaisance contre cet économisme. C’est la leçon que le camarade Lénine nous a donné.

2) Certains camarades pensent, et pensent toujours aujourd’hui, que notre tâche politique s’achève avec le lancement de quelques mouvements basés sur des revendications, et ils considèrent une seule victoire par l’intermédiaire de ces mouvements comme une victoire politique du parti. Ce n’est pas tout, ces camarades cherchent à confiner la responsabilité de l’exécution des tâches politiques du parti dans les limites de ces mouvements seulement.

Charu-Majumdar

Mais nous, les véritables marxistes, savons qu’appliquer la responsabilité politique du parti signifie que le but ultime de toute la propagande, de tous les mouvements et de toutes les organisations du parti est d’asseoir fermement le pouvoir politique du prolétariat. Il faut toujours se rappeler que si les mots « Prise du pouvoir politique » sont oubliés, le parti ne demeure plus un parti révolutionnaire. Même s’il restera alors un parti révolutionnaire de nom, il sera en fait réduit à un parti réformiste de la bourgeoisie.

Lorsqu’ils parlent de prise du pouvoir politique, certains entendent le centre. Ils pensent qu’avec l’expansion progressive des limites du mouvement, notre unique but sera de nous emparer du pouvoir du centre. Cette pensée n’est pas seulement erronée ; cette pensée détruit la pensée révolutionnaire correcte au sein du parti et le réduit à un parti réformiste.

Au congrès du World Trade Union en 1953, l’éprouvé et bien établi dirigeant marxiste de la Chine, membre du comité central du Parti Communiste de Chine, a affirmé avec fermeté qu’à l’avenir, la tactique et la stratégie de la révolution inachevée de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique Latine suivrait les traces de la Chine. En d’autres termes, la stratégie et la tactique de ces luttes sera la prise du pouvoir à l’échelon régional.

Ce camarade et membre du comité central du parti chinois n’est pas le seul à l’avoir mentionné, mais le camarade Lénine a également mentionné la prise du pouvoir à l’échelon régional dans ses écrits. Par-dessus tout, la classe ouvrière en Russie a donné une preuve concrète de la conclusion de Lénine lorsqu’elle a gardé la ville de Kronstadt sous saisie pendant trois jours.

A l’ère du socialisme, tous les éléments de la prise du pouvoir à l’échelon régional sont présents dans notre structure. Un exemple fervent du fait que ceci est possible est la révolte des Nagas. La condition principale de cette prise du pouvoir à l’échelon régional sont les armes dans les mains des forces révolutionnaires. Penser s’emparer du pouvoir sans armes n’est rien d’autre qu’un rêve vain.

Notre parti a une très longue histoire de luttes. Nous avons donné la direction aux mouvements des paysans et des travailleurs dans la campagne étendue du North Bengal. Naturellement, nous devrons examiner et analyser les mouvements du passé et en tirer les leçons, et nous devrons de nouveau avancer dans l’actuelle période révolutionnaire.

Analyse des événements et des expériences concrètes du mouvement de Tebhaga en 1946 et 1947

Les paysans participants à ce mouvement étaient au nombre d’environ six millions. Il ne faut pas oublier que dans le mouvement paysan tout entier, ceci fut un âge d’or. Dans l’ampleur du mouvement, dans l’intensité des émotions, dans la manifestation de haine de classe, ce mouvement fut le stade le plus élevé de la lutte de classe. Pour aider à comprendre ce stade, je cite quelques exemples inspirateurs de ce mouvement.

Un événement :

Je vivais alors dans la clandestinité dans l’intérêt du mouvement. J’ai personnellement été le témoin de la vague du mouvement révolutionnaire. J’ai vu comment un simple petit mot faisait venir en courant comme un fou un homme se trouvant à dix mille.

D’autre part, j’ai également vu, debout à côté de son mari, une jeune femme musulmane mariée soumise à l’assaut démoniaque et barbare d’un ennemi de classe. J’ai entendu la supplication désespérée de ce mari non armé - camarade, ne peux-tu pas te venger ? L’instant d’après, j’ai vu la haine intense de l’exploité contre l’exploiteur, j’ai vu le spectacle atroce du meurtre de sang-froid d’un homme vivant en lui tordant le COU.

Camarades, les incidents mentionnés ci-dessus exigent une analyse de notre part.
Premièrement, quelle était la raison historique en conséquence de laquelle la forme massive de ce mouvement à l’époque a pu créer une haine intense contre l’ennemi de classe ?

Deuxièmement, quelles furent de nouveau les causes qui ont transformé ce vaste mouvement en échec ?

D’abord, c’est le slogan de la prise du pouvoir politique qui a suscité la forme massive de ce mouvement à l’époque et qui a créé cette haine intense contre l’ennemi de classe. D’un autre côté, c’est ce slogan qui a forcé l’ennemi à adopter ce rôle de classe. C’est l’expression de celui-ci que nous trouvons dans le viol barbare de la jeune femme paysanne et la brutale attaque violente pour écraser le mouvement. D’autre part, les paysans n’ont pas non plus hésité à attaquer l’ennemi de classe.

Ceci soulève la question. Pourquoi n’a-t-on pas pu s’emparer du pouvoir même après ceci ? Il n’a pas pu être pris pour une seule raison - c’est parce que les combattants de l’époque se tournaient vers le centre pour les armes ; nous avons alors perdu confiance en la voie indiquée par Lénine. A l’époque, nous avons hésité à accepter cette déclaration osée de Lénine de faire avancer la révolution en amassant les armes localement et en s’emparant du pouvoir à l’échelon régional. En conséquence, les paysans non armés n’ont pas pu se mettre debout et résister face aux armes. Même ceux qui se sont battus en bravant la mort ont finalement dû battre en retraite. La leçon qui doit être tirée des erreurs de cette époque est que la responsabilité de rassembler les armes appartient à l’organisation locale, pas au centre.

Donc la question de la collecte des armes devra être présentée devant chaque Groupes Militants à partir de maintenant. « Dao », couteaux, bâtons - tous ceux-ci sont des armes, et avec leur aide au moment opportun, des armes à feu devront être saisies.

Les événements décrits ci-dessus sont des manifestations d’opinions révisionnistes sous leur aspect théorique.

Maintenant, d’un point de vue organisationnel, ces erreurs, qui furent des obstacles sur le chemin d’une direction correcte des vastes mouvements de l’époque, devront être démasquées afin qu’elles ne puissent pas de nouveau trouver un nid dans le parti révolutionnaire.

Pour détruire toutes ces erreurs dans le parti, le parti devra d’abord aujourd’hui instaurer son leadership sur les organisations de masse. Car un examen de l’histoire du parti sur une longue période révélerait qu’en conséquence de la pensée révisionniste consistant à considérer les dirigeants des syndicats et des organisations de paysans [krishak sabha] comme les véritables représentants du peuple, le parti fut réduit à un parti de quelques individus.

En raison de cette pensée, les activités politiques du parti se sont éteintes, et le prolétariat a également commencé à être privé d’une direction révolutionnaire correcte. Tous les mouvements se sont fait enfermer à l’intérieur des chaînes des mouvements basés sur des revendications. En conséquence, les membres du parti s’enthousiasmaient d’une simple victoire et se décourageaient d’une simple défaite. Deuxièmement, en conséquence d’une surestimation de l’importance de cette organisation, un autre genre de régionalisme est né.

Les camarades pensent que le parti subira une lourde perte si un quelconque camarade est muté de sa région, et ils considèrent ceci comme une perte pour le leadership personnel. Un autre type d’opportunisme se développe à partir de ce régionalisme.

Les camarades pensent que leur région est la plus révolutionnaire. Naturellement, rien ne devrait être fait ici de sorte qu’il y ait une persécution policière. A cause de ce point de vue, ils n’analysent pas la situation politique du pays tout entier.

Résultat : le commandisme se développe et le travail organisationnel et de propagande quotidienne souffre. En conséquence, lorsqu’il y a un appel à la lutte, ils affirment qu’ils ne feront pas n’importe quel petit travail et s’engagent dans l’aventurisme. Naturellement, la question se pose : quelles sont les méthodes qui aident à surmonter ces déviations ? Quelles sont ces directives marxistes qui deviennent les tâches essentielles pour la création d’un parti révolutionnaire ?

Premièrement, tous les travaux d’organisation dans le futur devront être effectués en étant complémentaires au parti. En d’autres termes, les organisations de masse devront être utilisées comme un élément au service du but principal du parti. Pour cette raison, naturellement, il faudra asseoir le leadership du parti sur les organisations.

Deuxièmement, immédiatement, dès maintenant, l’effort tout entier du parti devra être consacré au recrutement de nouveaux cadres et à la création d’innombrables Groupes Militants composés par eux. Il ne faut pas oublier que dans la période de luttes à venir, les masses devront être éduquées par l’intermédiaire de l’appareil illégal. Donc, à partir de maintenant, il faudra accoutumer chaque membre du parti au travail illégal. Pour s’habituer au travail illégal, une tâche essentielle pour chaque Groupes militants est de coller des affiches illégales. Ce n’est qu’à travers ce processus qu’ils seront capables de faire office de noyau audacieux pour mener les luttes durant la période de luttes. Autrement, la révolution se réduira à un vain rêve petit-bourgeois.

Troisièmement, ce sera par l’intermédiaire de ces organisations actives que le parti sera en mesure d’établir son leadership sur les organisations de masse. Donc, nous devons dès à présent aider les membres des Groupes Militants afin qu’ils puissent courageusement critiquer les dirigeants des organisations de masse et leur travail.

Quatrièmement, le travail des organisations de masse devra être discuté et décidé dans le parti avant d’être mis en œuvre dans les organisations de masse. Il faut se rappeler ici que, pendant très longtemps, la politique des organisations de masse a été mal appliquée. Organiser des discussions sur les décisions du parti ne s’appelle pas le centralisme démocratique. Cette pensée n’est pas conforme au marxisme.

Et à partir de toute cette réflexion, il faut tirer la conclusion que le programme du parti sera adopté d’en bas. Mais s’il est adopté à partir du niveau inférieur, alors la voie marxiste correcte n’est pas appliquée ; dans toutes ces activités, il y a inévitablement des déviations bourgeoises. La vérité marxiste du centralisme démocratique est que la directive du parti en provenance de dirigeants supérieurs doit être exécutée. Parce que le plus haut dirigeant du parti est celui qui s’est fermement imposé comme marxiste pendant une longue période de mouvements et de débats théoriques. Nous avons le droit de critiquer les décisions du parti ; mais une fois qu’une décision a été prise, si quelqu’un la critique sans la mettre en œuvre, ou entrave le travail, ou hésite à l’exécuter, il sera coupable du grave délit de ne pas respecter la discipline du parti.

En conséquence de cette façon de penser la démocratie de parti comme une société de conférences, la voie est grande ouverte pour l’espionnage à l’intérieur du parti. Naturellement, la direction révolutionnaire du parti fait alors faillite et la classe ouvrière est privée d’une direction révolutionnaire correcte.

Cette façon de penser petite-bourgeoise au sein du parti mène le parti au bord de la destruction. Et ceci est la manifestation d’opinions petites-bourgeoises à l’intérieur du parti. Leur vie et leur attitude confortable de critique indisciplinée réduit le parti à une simple société de conférences. Ces opinions deviennent un obstacle sur le chemin de la création d’un parti du prolétariat - aussi robuste que du fer.

Cinquièmement, la vie indisciplinée de la petite-bourgeoisie l’attire vers la critique indisciplinée ; c’est-à-dire qu’elle ne veut pas critiquer dans les limites de l’organisation. Pour se défaire de cette déviation, il faut que nous restions conscients du point de vue marxiste en ce qui concerne la critique. Les caractéristiques de la critique marxiste sont :

1) les critiques doivent être faites au sein de l’organisation du parti, c’est-à-dire à la réunion du parti.

2) il faut que le but de la critique soit constructif. C’est-à-dire que le but de la critique est de faire progresser le parti du point de vue des principes et de l’organisation, et nous devons toujours être vigilants pour qu’il n’y ait aucune critique peu scrupuleuse à l’intérieur du parti.

Rejoignez-nous, camarades, dans l’actuelle période révolutionnaire, terminons la Révolution Démocratique Populaire en luttant résolument contre le révisionnisme.

VIVE LA REVOLUTION


Document 3 : Quelle est la source de l’éruption révolutionnaire spontanée en Inde – 3-9 avril 1965

Camarades, deux événements se sont produits dans le monde au cours de la période qui a suivi la deuxième guerre mondiale. Alors que, d’une part, la forme nue de la défaite des soi-disant puissances fascistes fut révélée au peuple, d’autre part, de la même manière, le système d’état socialiste mondial sous la direction du camarade Staline a instauré la confiance dans les esprits de la population.

Manifestation maoïste en Inde - 1967

En conséquence, on a remarqué une explosion révolutionnaire spontanée partout dans le monde. Par-dessus tout, le succès de la révolution chinoise en 1949, en dehors de la guerre elle-même, a entrainé une nouvelle marée haute révolutionnaire au milieu de cette explosion spontanée à propos de laquelle le Parti Communiste d’Inde n’a jamais pu faire d’évaluation correcte. Résultat : nous ne nous sommes jamais aperçus du changement révolutionnaire occasionné par cette grande révolution dans toute l’Asie, l’Afrique et l’Amérique Latine.

Par conséquent, nous n’avons pas réussi à comprendre la portée de ce vigoureux slogan révolutionnaire, l’appel de clairon des 650 millions de révolutionnaires – « Regardez, nous nous sommes embarqués tout seuls sur la voie du socialisme. Non, même l’impérialisme américain n’est pas parvenu à enrayer le mouvement extraordinaire de notre irrésistible courant révolutionnaire ».

Mais le peuple combattant n’a pas fait l’erreur. Cette étincelle révolutionnaire s’est propagée au Vietnam, à Cuba, à chaque pays de toute l’Amérique Latine. Le peuple d’Inde a répondu à cet appel. Nous avons vu l’expression de ceci dans la révolution démocratique spontanée de 1949 que nous avons estompée en essayant de la confiner à l’intérieur des limites étroites de la révolution socialiste. En plus de cela, il y eut une tentative pour nier l’importance de la révolution chinoise toute entière en critiquant ouvertement l’origine de ce mouvement spontané, la grande révolution chinoise et son dirigeant, le camarade Mao Zedong. Par-dessus tout, plus tard, c’est en conséquence de la dénégation de cette révolution chinoise qu’au sein du parti fut soulevé le slogan selon lequel la révolution ne serait pas accomplie grâce à la voie chinoise mais seulement grâce à une voie véritablement indienne. Et c’est d’ici même qu’est né le révisionnisme d’aujourd’hui. C’est à cause de ce sectarisme de gauche à l’époque que nous avons été incapables de guider ce mouvement sur le bon chemin.

Mais non, camarades ! La vague de ce mouvement révolutionnaire de 1949 ne pouvait pas être épuisée parce qu’aucun impérialisme ne pourrait anéantir la révolution chinoise, le drapeau rouge d’espoir de la ville de Pékin.

Nous avons de nouveau vu ce mouvement refluant se transformer en une énorme vague durant la guerre de Corée. C’est un épanouissement total de celle-ci que nous avons vu dans les réunions et cortèges spontanés, dans l’accueil de la contre-attaque effectuée solidairement par la Chine et la Corée. C’est la forme objective de cela dont nous avons été les témoins dans la grande victoire du Parti Communiste aux élections de 1951. Et c’est la forme combative de cela que nous avons vu dans le dressage de barricades par les masses combattantes en 1953-54.

Nous n’avons pas pu comprendre. Mais la bourgeoisie a pu comprendre, a pu reconnaître la forme des masses combattantes, a pu reconnaître sa trajectoire. Elle s’est rendu compte que cette grande révolution ne pouvait plus être ignorée, donc pour duper le peuple, elle s’est tournée vers l’état socialiste, vers la grande révolution chinoise. C’est la raison pour laquelle elle a pris part au Panchsheel à la conférence de Bandung.

L’impérialisme décadent s’est également rendu compte qu’il n’était pas possible de poursuivre avec l’ancienne méthode. Par conséquent, il a pris une forme nouvelle, a mis en place une nouvelle méthode d’exploitation en donnant des dollars comme cadeau.

Le néo-colonialisme a commencé. Lorsque l’impérialisme et tous les réactionnaires du monde se regroupaient pour trouver une solution pour se sauver, la politique révisionniste du traitre Khrouchtchev en 1956 est apparue devant eux comme la lumière d’un nouvel espoir.

Le gouvernement réactionnaire de l’Inde a trouvé un moyen de créer l’illusion à propos de la voie capitaliste indépendante de Khrouchtchev. Mais le gouvernement réactionnaire savait qu’elle était difficilement applicable et illusoire. C’est la raison pour laquelle le gouvernement réactionnaire de la bourgeoisie de l’Inde a conclu un pacte secret avec l’impérialisme américain en 1958.

C’est la raison pour laquelle en 1959, alors qu’il déclenchait d’une part une attaque contre la démocratie en suspendant la constitution au Kerala, il a d’autre part également commencé à calomnier l’origine du mouvement spontané, la grande République Populaire de Chine. Il a fourni un abri à l’agent impérialiste du Tibet, le Dalai Lama. Mais quand, en dépit de ceci, le peuple s’est engagé spontanément sur le chemin de la lutte, la bourgeoisie a sans aucun délai abattu 80 personnes.

La dernière possibilité de transition pacifique vers le socialisme s’est clôturée ainsi. Mais non, camarades, le peuple n’est malgré tout pas resté tranquille devant la puissance du gouvernement. La grève spontanée de 1960 s’est répandue dans toute l’Inde à très grande échelle, parce que la lumière de la révolution chinoise, le conteneur d’une force cent fois, mille fois plus puissante que cette force, lui montre le chemin. C’est la raison pour laquelle, camarades, même sans le Parti Communiste, le peuple s’est engagé sur le chemin de la lutte.

Lorsque les combattants de cette lutte spontanée, battus par les armes, pensaient à une lutte encore plus rude, le slogan du contre-gouvernement de 1962 ne pouvait pas susciter d’enthousiasme révolutionnaire dans leurs esprits. Parce qu’ils voulaient une réponse à la question − Que se passera-t-il si l’épisode du Kerala est reproduit au Bengale ? Nous n’avons pas pu donner de réponse correcte à cette question. Nous n’avons pas pu, à ce moment-là, avancer ce slogan correct et audacieux -Au cas où l’épisode du Kerala se reproduisait au Bengale, la lutte armée serait l’unique façon de renverser le gouvernement.

Mais la bourgeoisie ne s’est pas trompée en remarquant l’image des masses militantes. C’est pourquoi en 1962, le gouvernement indien pris de panique a attaqué le foyer de la lutte des masses combattantes, il a attaqué la grande démocratie chinoise. Mais deux événements se sont produits en conséquence desquels la bourgeoisie a creusé sa propre tombe.

Premièrement, en raison de la défaite des forces armées de la bourgeoisie, la forme brute de la fragilité de ce gouvernement est apparue aussi claire que la lumière du jour devant les masses combattantes. Les masses combattantes ont découvert une nouvelle manière de considérer la lutte.

Deuxièmement, en raison du retrait des troupes chinoises des régions indiennes, l’influence pernicieuse du nationalisme pervers n’a pas pu toucher les paysans. La bourgeoisie s’est affolée ; elle a emprisonné les communistes.

Mais elle ne pouvait pas mettre fin à la lutte spontanée. Le travail s’est interrompu à Bombay. Le « Dum Dum Dawai » [attaque violente exercée par les masses contre les exploiteurs, ndlr] fut déclenché. Pour se sortir de cette situation terrible, la bourgeoisie a libéré les communistes et a essayé de tirer parti de leurs conflits internes. Mais la lettre notoire de Dange, le chien courant de l’impérialisme, a gâché leur espoir.

Un nouveau parti révolutionnaire fut formé, Khrouchtchev a perdu le pouvoir et le révisionnisme mondial a reçu un coup terrible. Le pilier, sur lequel la bourgeoisie s’était reposée pour déclencher les attaques contre la Chine, commençait à trembler au Vietnam. La bourgeoisie a vu le danger et s’est retrouvée acculée, dans l’impossibilité de battre en retraite. Donc elle a attaqué et emprisonné 2000 communistes. Mais les masses combattantes ont donné leur verdict au Kerala, le gouvernement a vu l’explosion du mouvement spontané. Il a arraché le dernier masque de démocratie.

Mais non, ce mouvement spontané ne peut pas être empêché, même en emprisonnant des centaines et des milliers de communistes et en ayant recours à mille moyens de répression. Parce que la révolution chinoise ne peut pas être anéantie. Aucun vent orageux ne peut éteindre la lumière de cette révolution. La bourgeoisie délirante sait cela, donc elle a commencé à encenser ses propres points faibles. Elle tremble, s’imaginant la formation d’une organisation au sein de l’armée. Elle s’est mise à voir le fantôme du Telengana.

Oui camarades, aujourd’hui, nous devons courageusement dire franchement au peuple d’une voix hardie que c’est la prise de pouvoir à l’échelon régional qui est notre voie. Nous devons faire trembler la bourgeoisie en frappant au plus fort ses endroits les plus faibles. Nous devons dire franchement au peuple d’une voix hardie − Regardez comment la Chine pauvre et arriérée a, en seize ans, avec l’aide de la structure socialiste, rendu son économie robuste et solide. D’autre part, nous devons dénoncer ce gouvernement perfide qui a, en moins de 17 ans, transformé l’Inde en un terrain de jeu pour l’exploitation impérialiste. Il a converti la population indienne tout entière en une nation de mendiants aux étrangers.

Venez camarades, que toute la population laborieuse se prépare solidairement pour la lutte armée contre ce gouvernement sous la direction de la classe ouvrière, d’après le programme de la révolution agraire. D’autre part, jetons les fondations de la New People’s Democratic India en formant des zones paysannes libérées grâce aux révoltes paysannes.

Ensemble, côte à côte, hurlons :

Vive l’unité des travailleurs, des paysans et des masses laborieuses !

Vive la lutte armée imminente de l’Inde !


Document 4 : Poursuivre la lutte contre le révisionnisme moderne − 1965

Quotidiennement, nous devrons poursuivre la lutte contre le révisionnisme, en adoptant la tactique de la prise du pouvoir à l’échelon régional. Certaines idées révisionnistes sont profondément enracinées à l’intérieur du parti. Nous devrons continuer la lutte contre celles-ci. Ici, nous examinons quelques questions.

1. La question qui a pris de l’importance aujourd’hui dans la lutte contre le révisionnisme est le soutien total donné par les dirigeants soviétiques à la classe dirigeante réactionnaire de l’Inde. Ils ont annoncé qu’ils donneront à l’Inde une aide de 6 milliards de roupies au cours du quatrième plan quinquennal. L’idée selon laquelle l’aide soviétique renforce l’indépendance de l’Inde est extrêmement erronée. Car il n’y a aucune analyse de classe derrière ceci. Nous devrons placer clairement devant le peuple nos opinions contre ce soutien.

Alors que le gouvernement de l’Inde suit la voie de la coopération avec l’impérialisme et le féodalisme, si un soutien lui est apporté, c’est la classe réactionnaire qui est consolidée. Par conséquent, l’aide soviétique ne renforce pas le mouvement démocratique de l’Inde, mais elle augmente la puissance des forces réactionnaires en coopération avec l’impérialisme dirigé par les Etats-Unis et avec les Soviétiques.

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C’est la coopération américano-soviétique de révisionnisme moderne que nous observons en Inde − une association démoniaque contre les luttes de libération populaires à l’avenir. D’après notre expérience en Inde, nous voyons que la dominance des gros monopolistes existe sur la production des grosses industries qui se sont agrandies dans le secteur public avec l’aide soviétique. Donc, l’état ne sera pas en mesure de maîtriser le pouvoir des patrons monopolistes par l’intermédiaire des industries du secteur public. Ce sont les patrons monopolistes qui dominent la production des industries du secteur public. Notre expérience est la même dans les deux cas de l’acier et du pétrole.

2. La question qui est devenue importante pour nous aujourd’hui est le nationalisme bourgeois. Ce nationalisme est extrêmement borné et c’est le nationalisme borné qui est aujourd’hui l’arme la plus importante de la classe dirigeante. Elle ne se sert pas seulement de cette arme dans le cas de la Chine, mais également sur n’importe quelle question telle que le Pakistan, etc. En évoquant le slogan de l’unité nationale et d’autres slogans, elle veut préserver l’exploitation du capital monopoliste. Nous ne devons pas oublier que le sentiment d’unité de l’Inde est survenu en conséquence du mouvement anti-impérialiste.

Alors que le gouvernement indien continue à se compromettre avec l’impérialisme, ce sentiment d’unité est frappé à la racine. Il n’y a qu’un seul but à l’origine du slogan d’unité donné par la classe dirigeante actuelle et c’est l’unité pour l’exploitation par le capital monopoliste. Donc, ce slogan d’unité est réactionnaire et les marxistes doivent s’opposer à ce slogan. Le slogan – « Le Cachemire est une partie inaliénable de l’Inde » − est donné par la classe dirigeante dans l’intérêt du pillage. Aucun marxiste ne peut soutenir ce slogan.

C’est un devoir fondamental des marxistes d’accepter le droit à l’autodétermination de chaque nationalité. Sur les questions du Cachemire, des Nagas, ... il faut que les marxistes manifestent leur soutien en faveur des combattants. La conscience d’une nouvelle unité viendra au cours de la lutte même contre ce gouvernement indien de l’impérialisme, du féodalisme et des gros monopolistes, et c’est dans l’intérêt de la révolution qu’il sera alors nécessaire de garder l’Inde unie. Cette unité sera une unité solide. C’est à partir de cette conscience de nationalité qu’il y a eu des luttes en Asie du Sud contre l’imposition du hindi et que 60 personnes ont perdu la vie au cours de cette année 1965. Donc si l’importance de cette lutte est dépréciée, la classe ouvrière s’isolera des luttes des larges masses. C’est dans l’intérêt de la classe ouvrière qu’il faut soutenir les efforts pour le développement de ces nationalités.

3. « Instaurer l’analyse de classe dans le mouvement des paysans ». Au stade actuel de la révolution, la paysannerie tout entière est l’alliée de la classe ouvrière, et cette paysannerie est la plus grande force de la révolution démocratique populaire de l’Inde. C’est en gardant ceci à l’esprit que nous devrons aller de l’avant dans le mouvement de la paysannerie. Mais tous les paysans n’appartiennent pas à la même classe. Il y a principalement quatre classes parmi les paysans − riche, moyen, pauvre, sans terre − et il y a la classe des artisans ruraux.

Il y a des différences dans leur conscience révolutionnaire et dans leur capacité à travailler selon les circonstances. Par conséquent, les marxistes doivent toujours essayer d’asseoir le leadership des paysans pauvres et sans terre sur tout le mouvement paysan. On fait souvent l’erreur, en analysant la classe des paysans, de la déterminer sur base des titres de propriété de terres. C’est une erreur dangereuse.

Elle doit être analysée sur base de leur salaire et de leur niveau de vie. Le mouvement paysan deviendra militant dans la mesure où nous établirons le leadership des paysans pauvres et sans terre sur le mouvement paysan tout entier. Il ne faut pas oublier que quelle que soit la tactique de combat acceptée sur base du soutien de la large paysannerie, cela ne peut jamais, dans aucune mesure, être de l’aventurisme.
Il faut se rappeler que toutes ces années, nous basant sur le soutien au non-paysans, nous avons recherché le caractère étriqué du mouvement paysan, et que chaque fois que se produisait une répression, nous pensions qu’il devait y avoir eu de l’aventurisme. Il ne faut pas oublier qu’aucun mouvement des paysans basé sur des revendications fondamentales ne suivra une voie pacifique.

Pour une analyse de classe de l’organisation paysanne et pour asseoir le leadership des paysans pauvres et sans terre, il faut dire en termes clairs aux paysans qu’aucun de leur problème fondamental ne peut être résolu à l’aide de quelque loi de ce gouvernement réactionnaire. Mais ceci ne signifie pas que nous ne devons profiter d’aucun mouvement légal. Le travail des associations paysannes publiques sera principalement d’organiser des mouvements pour obtenir des avantages juridiques et pour des changements légaux.

Donc parmi les masses paysannes, la tâche principale et la plus urgente sera de créer des groupes du parti et d’expliquer le programme de la révolution agraire et la tactique de la prise du pouvoir à l’échelon régional. Par l’intermédiaire de ce programme, les paysans pauvres et sans terre seront placés à la direction du mouvement paysan.

4. A partir de 1959, le gouvernement a de plus en plus souvent déclenché de violents attaques contre chaque mouvement démocratique d’Inde. Nous n’avons dirigé aucun mouvement de résistance active contre ces violentes attaques. Nous avons lancé un appel à la résistance passive face à ces attaques, tel, entre autre exemple, le cortège funèbre après le mouvement pour la nourriture. Nous devons nous souvenir des enseignements de Mao Zedong – « Une simple résistance passive contre la répression creuse un fossé dans l’unité combattante des masses et conduit invariablement vers la voie de la capitulation ». Par conséquent, à l’époque actuelle, au cours de tout mouvement de masse, un mouvement de résistance active devra être organisé. Le programme de résistance active est devenu une absolue nécessité avant tout mouvement de masse.

Organiser un mouvement de masse aujourd’hui sans ce programme signifie plonger les masses dans le découragement. Par suite de la résistance passive de 1959, il ne fut possible d’organiser aucun rassemblement de masse pour exiger de la nourriture à Calcutta dans les années 1960-61. Cette organisation de résistance active suscitera une nouvelle confiance dans les esprits des masses et la vague de lutte s’élèvera.

Que voulons-nous dire par résistance active ? Premièrement, sauvegarde des cadres. Pour cette sauvegarde des cadres, des abris et un système de communication convenables sont nécessaires.

Deuxièmement, apprendre au peuple les techniques de résistance, comme s’allonger devant les tirs, ou se servir de barrière robuste, former des barricades, etc. Troisièmement, des efforts pour venger chaque attaque avec l’aide de groupes de cadres actifs, qui ont été décrits par le camarade Mao Zedong comme « la lutte de représailles ». Dans un premier temps, en proportion de leurs attaques, nous ne serons capables de venger que quelques attaques. Mais si même un petit succès est obtenu dans un cas, la large propagande créera un nouvel enthousiasme parmi les masses. Ces luttes de résistance active sont possibles dans les villes et dans les campagnes, partout. Cette vérité fut vérifiée dans le mouvement de résistance noire en Amérique.

5. Il n’y a pas d’idée précise dans le parti au sujet de l’organisation clandestine. Une organisation secrète ne se forme pas simplement si quelques dirigeants restent dans la clandestinité. Au contraire, ces mêmes dirigeants font face au danger de se faire isoler des rangs du parti. Si les dirigeants du parti entrent dans la clandestinité et travaillent comme des dirigeants d’organisations publiques de masse, ils se feront invariablement arrêter. Donc la direction clandestine devra aller de l’avant dans le travail de construction d’un parti secret.

Ce n’est donc pas un fait que la tâche de former un parti secret soit uniquement celle des dirigeants clandestins ; il faut que chaque membre du parti travaille pour l’organisation secrète et c’est grâce à ces nouveaux cadres du parti que les relations du parti avec les masses se noueront. Alors seulement les dirigeants clandestins seront en mesure de travailler en tant que dirigeants. Par conséquent, à l’époque actuelle, l’appel principal auquel le parti fait face est − chaque membre du parti devra créer un Groupe Militant du parti. Ces Groupes Militants devront être enthousiasmés par la politique révolutionnaire. Cette tâche consistant à créer des Groupes Militants sera la tâche principale pour tous les membres du parti de tous les fronts. La rapidité avec laquelle nous pourrons élever ces militants en membres du parti dépendra du nombre de nouveaux militants que ces militants seront capables de rassembler.

Ce n’est qu’alors que nous pourrons avoir un grand nombre de cadres du parti inconnus de la police et que toutes les difficultés des dirigeants clandestins à entretenir des liens avec les rangs du parti disparaitront. Certaines idées révisionnistes chez nous, concernant des questions politiques et organisationnelles, les organisations de masse, etc ont été indiquées ici. Aujourd’hui, les membres du parti devront repenser chaque mouvement de masse. Le révisionnisme a bâti son nid dans le style de notre mouvement, dans notre pensée organisationnelle, en d’autres termes, dans presque toutes les sphères de nos vies. Tant que nous ne serons pas capables de le déraciner, on ne pourra pas construire le nouveau parti révolutionnaire, les perspectives révolutionnaires de l’Inde seront entravées. L’histoire ne nous pardonnera pas.


Document 5 : Quelles perspectives l’année 1965 indique-t-elle ? − 1965

Il y a certains camarades qui s’effrayent à la mention des luttes armées, et qui continuent à y voir le spectre de l’aventurisme. Ils pensent que le travail de construction d’un parti révolutionnaire s’est clôturé avec l’adoption même du programme, en d’autres termes, avec l’adoption du programme consistant en les documents stratégiques du septième congrès du parti. Ils sont simplement parvenus à la décision d’après certaines résolutions sur les mouvements adoptées au congrès du parti.

Comme si en plus du stade actuel de la révolution et de la composition de classe, la tactique de l’époque actuelle avait également été décidée au septième congrès. Selon leurs mots, il semble que le mouvement de masse pacifique soit la tactique principale de la lutte de l’époque actuelle. Bien qu’ils n’affirment pas ouvertement la tactique de transition pacifique vers le socialisme de Khrouchtchev, ce qu’ils veulent dire revient presque à la même chose. Ils veulent dire qu’il n’y a aucune possibilité de révolution en Inde dans un avenir prochain.

Par conséquent, en ce moment, nous devons progresser selon la voie pacifique. A une époque de lutte mondiale contre le révisionnisme, ils ne peuvent pas formuler ouvertement de décisions révisionnistes. Mais ils injurient d’aventuristes et d’espions de la police tous ceux qui parlent de lutte armée. Jusqu’à présent, même si nous excluons le mouvement de masse du Cachemire, le gouvernement a tué au moins 300 personnes au cours des huit derniers mois, le nombre de prisonniers a augmenté pour atteindre plusieurs milliers, et l’un après l’autre, les états ont été secoués par des mouvements de masse. Quels programmes dressons-nous devant ces agitateurs ? Rien !

D’autre part, nous rêvons que sous notre leadership se développeront des mouvements de masse pacifiques organisés. Ceci même est un exemple éhonté de révisionnisme. Nous sommes toujours incapables de nous rendre compte qu’à l’époque actuelle, nous ne pouvons pas bâtir de mouvements de masse pacifiques. Car la classe dirigeante ne nous donnera pas, et ne nous donne pas non plus, une telle occasion.

Nous aurions dû tirer cette leçon précise du mouvement de résistance aux tarifs du tram. Mais nous ne tirons pas cette leçon. Nous sommes devenus inquiets à l’idée d’organiser des mouvements satyagraha [mouvement non-violent de désobéissance civile, ndlr], nous ne réalisons pas qu’à l’époque actuelle, ce mouvement satyagraha est forcé d’échouer. Cela ne signifie pas que les mouvements satyagraha sont tout à fait démodés aujourd’hui.

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Tous les genres de mouvements doivent être poursuivis en tout temps ; mais la forme du mouvement principal dépend de la classe dirigeante. La caractéristique actuelle de notre époque est que le gouvernement combat chaque mouvement par des attaques violentes. Donc pour le peuple, le mouvement de résistance armé est apparu comme l’impératif le plus important. Par conséquent, dans l’intérêt des mouvements de masse, il faut lancer l’appel à la classe ouvrière, aux paysans combattants et à toutes les personnes combatives : (1) Prendre les armes ; (2) Créer des unités armées pour l’affrontement ; (3) Eduquer politiquement chaque unité armée. Ne pas lancer cet appel signifie pousser, sans aucune considération, les masses non armées vers la mort.

C’est ce que souhaite la classe dirigeante car de cette façon, elle peut briser la force d’esprit des masses combattantes. Les masses excitées attaquent aujourd’hui les gares, les commissariats, etc. D’innombrables agitations explosent contre des bâtiments gouvernementaux, ou des bus, trams et trains.

C’est comme ce mouvement des Luddites contre les machines. Les révolutionnaires devront donner une direction consciente ; protester contre les détestés bureaucrates, contre les employés de police, contre les officiers de l’armée ; il faut enseigner au peuple − la répression n’est pas exécutée par les commissariats, mais par les agents à la tête des commissariats ; les attaques ne sont pas ordonnées par les bâtiments gouvernementaux ni les transports, mais par les hommes de l’appareil répressif étatique, et c’est contre ces hommes que nos attaques sont dirigées.

Il faut apprendre à la classe ouvrière et aux masses révolutionnaires qu’elles ne doivent pas attaquer simplement pour le plaisir d’attaquer, mais qu’elles doivent achever la personne qu’elles attaquent.
Car si elles ne font qu’attaquer, l’appareil réactionnaire se vengera.

Mais si elles liquident, tous ceux de l’appareil répressif étatique seront pris de panique. Nous ne devons pas oublier l’enseignement de Mao Zedong : « L’arsenal de l’ennemi est notre arsenal ». Pour bâtir cet arsenal, il faut que la classe ouvrière prenne l’initiative. Il faut qu’elle indique la voie aux paysans dans les villages, et à l’avenir, ces mêmes unités armées seront transformées en forces de guérilla.

Si ces unités armées sont également formées à l’éducation politique, elles peuvent elles-mêmes créer des zones de base pour les luttes dans les campagnes. Ce n’est que grâce à cette méthode que nous pouvons faire de la Révolution Démocratique Populaire un succès.

En constituant ces unités combattantes parmi la classe ouvrière et les classes révolutionnaires, nous serons en mesure de créer ce parti révolutionnaire, le parti qui peut reposer fermement sur le marxisme-léninisme et peut assumer la responsabilité de l’époque à venir. Le gouvernement ne parvient pas à procurer de la nourriture à la population, donc la population commence à s’agiter. Par conséquent, c’est dans l’intérêt de la bourgeoisie réactionnaire de l’Inde que l’Inde a attaqué le Pakistan.

Le projet impérialiste américain de la guerre mondiale opère aussi derrière cette guerre. En attaquant le Pakistan, la classe dirigeante veut de nouveau créer une vague de nationalisme bourgeois. Mais cette fois, il est clair comme le jour que l’Inde est le seul agresseur. Donc, à la suite de la défaite de l’armée indienne, la lutte anti-gouvernement se cristallisera rapidement parmi les masses.

Donc aujourd’hui, les marxistes souhaitent que l’agressive armée indienne soit battue. Cette défaite suscitera de nouvelles agitations de masse. Davantage que simplement désireux qu’elle soit vaincue, il faut en même temps que les marxistes s’efforcent à rendre cette défaite imminente. Il faut, dans chaque province de l’Inde, que soient créées des agitations selon les critères grâce auxquels l’agitation de masse au Cachemire progresse.

La classe dirigeante de l’Inde tente de résoudre sa crise par la tactique impérialiste. Pour résoudre la guerre impérialiste, nous devons avancer le long de la voie déterminée par Lénine.

« Transformer la guerre impérialiste en guerre civile » − il faut que nous comprenions la signification de ce slogan. Si nous pouvons nous rendre compte de la vérité, c’est-à-dire que la révolution indienne prendra invariablement la forme d’une guerre civile, la tactique de la prise du pouvoir à l’échelon régional ne peut être que la seule tactique. La tactique de la prise du pouvoir de la Chine est l’unique tactique. La tactique qui fut adoptée par le grand dirigeant de la Chine, le camarade Mao Zedong − la même tactique doit être adoptée par les marxistes indiens.

D’après l’expérience de cette année, les paysans ont vu que le gouvernement n’a assumé aucune responsabilité pour procurer de la nourriture aux paysans pauvres, mais qu’au contraire, l’appareil répressif du gouvernement a été déclenché dès que les masses paysannes prenaient la voie d’un quelconque mouvement. En plus de ceci, en attaquant le Pakistan, davantage de charges furent imposées aux paysans. Par conséquent, il faut que les paysans se préparent pour l’année prochaine. S’ils sont privés des récoltes dans les champs, ils devront mourir de faim l’année prochaine. Donc préparez-vous maintenant.

Comment la lutte pour conserver les récoltes peut-elle être menée ? (1) Organiser des forces armées dans chaque village. (2) Faire les préparatifs afin que ces forces puissent accumuler autant d’armes qu’elles le peuvent et décider de lieux secrets pour mettre les armes. (3) Décider de lieux pour cacher les récoltes. Par le passé, nous n’avons pris aucune disposition permanente pour cacher les récoltes. Par conséquent, la majeure partie des récoltes fut soit détruite soit est tombée dans les mains de l’ennemi. Donc, il faut prendre des dispositions permanentes pour garder les récoltes cachées. Où peuvent-elles être cachées ?

Dans tous les pays du monde, partout où les paysans luttent, les récoltes doivent être cachées. Pour le paysan, le seul endroit où il peut cacher les récoltes est sous la terre même. Dans chaque région, tous les paysans devront fabriquer un endroit pour cacher les récoltes sous terre. Sinon, les récoltes ne pourront nullement être protégées contre l’ennemi. (4) En plus des unités armées, il faut former de petites troupes de paysans pour monter la garde, préserver les communications et d’autres besognes. (5) Chaque unité devra recevoir une instruction politique et il faut assurément poursuivre la propagande politique.

Il ne faut pas oublier que seule la campagne de propagande politique peut davantage répandre cette lutte et renforcer l’esprit combattant des paysans. Il reste maintenant deux ou trois mois pour récolter. Dans ce délai, il faut que les unités du parti dans les régions des paysans poursuivent les préparatifs politiques et organisationnels pour continuer ce travail et qu’elles acquièrent de bonnes bases en tactique de travail clandestin.

[Après avoir écrit tout ceci, le camarade fut arrêté en vertu du Defence of India Rules. Lorsque cet article allait être terminé, un gros changement s’est emparé de la politique de gauche en Inde. En raison de ce changement, il a pensé à écrire les documents d’une manière différente. Mais il n’en a pas eu l’occasion. Mais voici ce qu’il a mentionné verbalement :

Tous ces soi-disant dirigeants marxistes et journaux (de gauche) qui ont directement élevé le slogan porté aux nues de la défense du pays ont trahi le marxisme. Nous ne devons pas seulement continuer la lutte théorique contre eux, mais devons soulever une nouvelle confiance dans la lutte parmi les révolutionnaires dans différents coins de l’Inde grâce aux activités militantes (une description des activités militantes est donnée ci-dessus) et cette simple étincelle, même à ce seul endroit, produira un feu de prairie de révolution dans divers coins partout en Inde, la voie de la prise du pouvoir à l’échelon régional s’élargira, la Révolution Démocratique Populaire de l’Inde sera imminente.

Camarades, marchons vers l’avant avec fermeté pour donner une direction hardie à la lutte armée dans les jours à venir.]


Document 6 : La tâche principale aujourd’hui est la lutte pour construire le véritable Parti révolutionnaire à travers la lutte sans compromis contre le révisionnisme – 8 décembre 1965

Après une longue incarcération, les dirigeants du parti ont, après le congrès du parti, pour la première fois, eu une session du comité central au complet. La direction centrale du parti qui avait été formée par l’intermédiaire des luttes contre le révisionnisme, a adopté une résolution idéologique et a déclaré sans ménagement que toutes les critiques énoncées contre le gouvernement indien par le grand parti chinois étaient erronées. En même temps, elle a affirmé dans la résolution que la critique des dirigeants révisionnistes soviétiques ne devait pas être rendue publique maintenant, car sinon la confiance du peuple dans le socialisme s’affaiblirait. C’est-à-dire que le masque de la tentative effectuée par la direction révisionniste soviétique en collaboration avec l’impérialisme américain pour mettre en place l’hégémonie mondiale ne doit pas être ôté.

Le dirigeant de la grande révolution chinoise, le Parti Communiste de Chine, et son leader le camarade Mao Zedong sont aujourd’hui à la tête du prolétariat et des luttes révolutionnaires du monde. Après Lénine, le camarade Mao Zedong a aujourd’hui pris la position de Lénine. Donc, la lutte contre le révisionnisme ne peut pas être mise en œuvre en s’opposant au parti chinois et au camarade Mao Zedong. La pureté du marxisme-léninisme ne peut pas être conservée.

En s’opposant au Parti chinois, les dirigeants du Parti indien ont abandonné la voie révolutionnaire du marxisme-léninisme. Ils essayent de faire passer le révisionnisme en le glissant dans une nouvelle bouteille. Donc, il faut que les membres du parti comprennent clairement aujourd’hui que dans la lutte contre le révisionnisme, ces dirigeants du parti ne sont pas du tout nos compagnons d’armes, pas même des associés.

Les dirigeants révisionnistes soviétiques, en collaboration avec l’impérialisme américain, essayent aujourd’hui d’obtenir l’hégémonie mondiale. Ils agissent aujourd’hui comme des ennemis de tous les mouvements de libération nationale. Ils tentent d’instaurer le leadership révisionniste en divisant les partis révolutionnaires et jouent sans vergogne les agents de l’impérialisme américain.

Ils sont aujourd’hui les ennemis des luttes de libération populaires dans tous les pays, les ennemis des luttes révolutionnaires, les ennemis de la Chine révolutionnaire, même les ennemis du peuple soviétique.

Par conséquent, on ne peut mener aucune lutte contre l’impérialisme américain sans conduire une lutte ouverte contre cette direction révisionniste soviétique. Il est impossible de diriger la lutte anti-impérialiste si on ne se rend pas compte que les dirigeants révisionnistes soviétiques ne sont pas des partenaires dans la lutte anti-impérialiste.

La direction du parti, loin de suivre cette voie, essaye plutôt de convaincre la population par l’intermédiaire de divers écrits que les dirigeants soviétiques, malgré quelques erreurs, s’opposent fondamentalement à la politique du gouvernement indien et avancent toujours le long du chemin du socialisme. C’est-à-dire qu’elle tente de dissimuler de manière rusée le fait que les dirigeants soviétiques soient en train de progressivement transformer l’état socialiste soviétique en un état capitaliste et que la collaboration américano-soviétique elle-même en est la raison.

Par conséquent, dans l’analyse politique et organisationnelle de l’Inde au cours des deux dernières années, il n’est fait aucune mention de l’ingérence impérialiste, notamment de l’ingérence impérialiste américaine, bien que de Johnson à Humphrey, tous les représentants de l’impérialisme américain ont à plusieurs reprises déclaré qu’ils se serviront de l’Inde comme base contre la Chine.

Une question si importante n’a pas du tout été portée à la connaissance du Comité central. Donc, dans la résolution politique et organisationnelle, aucun conseil de prudence n’a été prononcé pour les membres du parti vis à vis de la contre-offensive impérialiste. Au contraire, après avoir lu la résolution toute entière, il apparait qu’il n’y a eu aucun changement particulier dans la situation ; que dans certains cas, les rigueurs se sont développées et qu’elles peuvent être combattues grâce à des mouvements ordinaires. La direction du parti reste absolument muette au sujet de la nouvelle particularité dans les luttes au cours de ces deux dernières années − la manifestation d’une violence révolutionnaire contre la violence contre-révolutionnaire − cette nouvelle tendance émergente des mouvements de masse.

Elle a posé les questions du mouvement de masse d’une telle manière que la simple conclusion qui en découle est que notre but principal au cours des prochaines élections sera de constituer un gouvernement démocratique non-congressiste. Dans aucune partie de leur résolution il n’était mentionné que ces élections étaient organisées pour cacher l’exploitation et la gestion indirecte de l’impérialisme. Par l’intermédiaire de ces élections, le gouvernement réactionnaire de l’Inde souhaite propager l’illusion constitutionnelle et derrière cela, veut selon des consignes impérialistes, édifier notre pays en tant que base contre-révolutionnaire en Asie du Sud-est et veut endiguer la résistance de la population par de violentes attaques contre les sections révolutionnaires des masses.

L’expérience en Indonésie nous a appris combien l’impérialisme mourant peut devenir violent aujourd’hui. C’était à la direction du parti de préparer les membres du parti à faire face à cette situation et de soutenir clairement que la seule solution est la violence révolutionnaire et d’organiser le parti tout entier sur cette base. Les dirigeants du parti indien n’ont non seulement pas fait ce travail, mais ils ont également rendu illégale toute discussion au sujet de la résistance révolutionnaire à l’intérieur du parti.

La direction du parti soulève la clameur du révisionnisme chaque fois qu’elle entend parler de « résistance révolutionnaire » ou de « lutte armée ». Mais en même temps, elle utilise sans discernement les mots « dispersion des stocks », « gherao » [harcèlement qui consiste à encercler une personne ou un groupe afin de les contraindre à répondre aux revendications, ndlr], « grève continue », etc. Mais quand il y a des discussions concernant la résistance à la répression qui résulte invariablement de ces tactiques de lutte, elle les considère comme de l’aventurisme.

Le slogan de « grève continue dans tout l’état » n’est rien d’autre qu’un slogan ultra-gauchiste de type petit-bourgeois. D’une part ce slogan ultra-gauchiste et d’autre part, pour ce qui concerne la question politique, un désir désespéré de forger un accord dans le domaine électoral, ce qui signifie servir d’appendice à la bourgeoisie.

Par conséquent, ces dirigeants de parti se refusent à assumer la responsabilité de la révolution démocratique de l’Inde et des suites de cela, ils ont recours à l’astucieuse tactique du révisionnisme moderne, c’est-à-dire la voie selon laquelle ils sont révolutionnaires dans les mots et un appendice de la bourgeoisie dans les faits.

Donc, le parti révolutionnaire ne peut naître que par la destruction du système du parti actuel et de sa structure « démocratique ». Donc rester fidèle à la prétendue « forme » ou « structure constitutionnelle » de ce parti signifie rendre les marxistes-léninistes inefficaces et collaborer avec les dirigeants révisionnistes.

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Par conséquent, depuis les dirigeants du parti jusqu’aux travailleurs ordinaires, tous ceux qui croient au marxisme-léninisme doivent se présenter devant les membres du parti avec les opinions révolutionnaires du marxisme-léninisme. Alors seulement, nous pourrons commencer à travailler à la construction du parti révolutionnaire. Le gouvernement indien a été contraint de battre en retraite face à l’explosion massive dans toute l’Inde. L’ampleur du mouvement démocratique a en conséquence augmenté dans la période précédant les élections. Au cours de cette période, le gouvernement organise les forces contre-révolutionnaires.

Les forces révolutionnaires devront également profiter pleinement de cette atmosphère en apparence démocratique. Les tactiques de combat adoptées par les masses au cours des récents mouvements de masse n’étaient que des luttes « de partisans » d’un stade primaire. Donc les forces révolutionnaires doivent diriger ces luttes « de partisans » de manière organisée et avant que ne commence la massive offensive contre-révolutionnaire, les membres du parti doivent être bien formés à la tactique de ces luttes grâce aux théories et à l’application concrète.

Le sens des Groupes Militants du Parti est aujourd’hui qu’ils seront des « unités de combat ». Leur responsabilité principale sera de mener une campagne de propagande politique et de frapper les forces contre-révolutionnaires. Il faut que nous gardions toujours à l’esprit l’enseignement de Mao Zedong – « Les attaques ne se font pas simplement pour le plaisir d’attaquer, les attaques visent à liquider ».

Ceux qui devraient être attaqués sont principalement : (1) les représentants de l’appareil étatique comme les policiers, les officiers, les militaires ; (2) la bureaucratie détestée ; (3) les ennemis de classe. Le but de ces attaques doit également être la collecte d’armes. A l’heure actuelle, ces attaques peuvent être déclenchées partout, dans les villes et à la campagne. Il faut que nous prêtions une attention toute particulière aux régions paysannes.

Dans la période post-électorale, lorsque l’offensive contre-révolutionnaire prendra un caractère massif, notre base principale devra être établie dans les régions paysannes. Nous devons donc clairement présenter immédiatement devant notre organisation ce point de vue selon lequel, grâce au développement du sens de la responsabilité de la classe ouvrière et des cadres petits-bourgeois révolutionnaires, ils devront directement aller dans les villages. Par conséquent, avec l’accroissement du sens de la responsabilité parmi la classe ouvrière et les cadres petits-bourgeois, ils devront être envoyés dans les villages.

Dans la période d’offensive contre-révolutionnaire, notre principale tactique de lutte sera celle de la grande Chine, la tactique d’encerclement des villes par les campagnes. La vitesse à laquelle nous pourrons réduire l’offensive contre-révolutionnaire au silence dépend de la rapidité avec laquelle nous pourrons développer les forces armées populaires.

Il est vrai qu’au début, nous pourrons obtenir certains résultats, mais devant l’offensive contre-révolutionnaire massive, nous devons user de représailles dans le seul intérêt de l’auto-préservation. A travers cette interminable et difficile lutte, l’Armée Révolutionnaire du Peuple se développera − l’armée motivée par une conscience politique, et rendue robuste grâce aux mouvements de campagne politique et aux rencontres. Sans ce type d’armée, il n’est pas possible de faire de cette révolution un succès, il n’est pas possible de protéger les intérêts des masses.

Camarades, plutôt que de courir derrière les mouvements spontanés, des luttes de partisans devront aujourd’hui être développées de manière organisée. Il ne reste même pas six mois. Si nous ne pouvons pas déclencher cette lutte dans ce délai, nous devrons affronter la difficile tâche de nous organiser face aux attaques impérialistes.

Parti Communiste d’Inde − Centre Maoïste


Document 7 : Saisir cette opportunité – non daté

Au cours de ces deux dernières années, les luttes spontanées des jeunes et des étudiants petits-bourgeois ont fait du bruit d’un bout à l’autre de l’Inde. Bien qu’au début, la demande de nourriture fut la revendication principale, progressivement, la revendication de l’expulsion du gouvernement du Congrès est devenue la principale. Le président Mao a dit : « Les étudiants et les jeunes petits-bourgeois sont un élément de la population et à la fin inéluctable de leur lutte, la lutte des ouvriers et des paysans atteindra un point culminant ». Donc, à peine la lutte des étudiants et des jeunes s’était-elle terminée, que la lutte paysanne a débuté au Bihar.

Des centaines de paysans récoltent et emmènent les produits agricoles. Ils s’emparent des stocks de produits agricoles des propriétaires fonciers mis en réserve. Cette lutte est forcée, dans les jours à venir, de se propager au Bengale occidental et dans d’autres états. Le gouvernement recourt à une violente répression pour réprimer les paysans échauffés. Le président Mao a dit : « Là où il y a de l’oppression, il y a forcément une résistance à son encontre ».

Par conséquent, nous assistons à une résistance spontanée dans les luttes des étudiants et des jeunes. Les paysans du Bihar mènent la résistance spontanément. Les porte-paroles officiels déclarent sans cesse qu’ils auraient recours à des politiques davantage répressives pour préserver la paix et l’ordre. Donc, la responsabilité de la création consciente des luttes de résistance s’est présentée devant la classe ouvrière révolutionnaire et son parti.

Cette époque est l’époque du mouvement de résistance active. Le mouvement de résistance active déverrouillera le foyer de génie révolutionnaire des masses révolutionnaires. Il propagera la vague révolutionnaire partout en Inde. Par conséquent, à cette époque, diriger un syndicat légal ou un mouvement d’association paysanne ne peut jamais être la tâche principale des cadres révolutionnaires. Le syndicat ou le mouvement d’association paysanne (Kisan Sabha) ne peuvent pas être la principale force complémentaire à l’époque actuelle de vague révolutionnaire. Il ne serait pas correct de tirer de ceci la conclusion que les syndicats ou les associations paysannes sont devenus démodés.

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Car au fond, les syndicats et les Kisan Sabhas sont des organisations permettant d’augmenter l’unité entre les cadres marxistes-léninistes et la classe ouvrière et les masses paysannes. Cette unité ne sera consolidée que quand les cadres marxistes-léninistes avanceront dans le travail de la construction d’un parti révolutionnaire parmi la classe ouvrière et les masses paysannes avec pour tactique le mouvement de résistance révolutionnaire.

La classe ouvrière révolutionnaire et les cadres marxistes-léninistes devront aller de l’avant face aux luttes paysannes pour donner une direction active aux luttes paysannes grâce à la résistance ou aux luttes « de partisans ». Le gouvernement réactionnaire de l’Inde a adopté la tactique de tuer les masses ; il les tue par inanition, avec des balles. Le président Mao a dit : « C’est leur nature de classe. Ils déclenchent des attaques contre les gens même au risque d’être battus ».

Il y a certains dirigeants qui, confrontés à ces meurtres systématiques, prennent peur et cherchent une protection. A leur sujet, Mao a dit : « Ils sont lâches et indignes du leadership révolutionnaire ».

Il existe un autre groupe de personnes qui font audacieusement face à la mort. Elles tentent de venger chaque meurtre elles seules sont révolutionnaires et ce sont elles qui peuvent montrer la voie aux masses.
Le gouvernement pourrait en apparence avoir l’air puissant parce qu’il a entre ses mains de la nourriture et des armes. Le peuple n’a pas de nourriture ; il est non armé. Mais c’est l’unité et l’esprit ferme de ces masses non armées qui écraseront toute l’arrogance de la réaction et feront de la révolution un succès. Donc le président Mao a dit : « La force réactionnaire est en fait un tigre de papier ».

A l’heure actuelle, notre tâche principale sera basée sur trois slogans principaux.

Premièrement, l’unité des ouvriers et des paysans. Cette unité ne signifie pas que les ouvriers et les masses petites-bourgeoises ne donneront qu’un soutien moral au mouvement paysan. Ce slogan signifie que la prise de conscience que les paysans étant la force principale de la révolution dans un pays semi-colonial et semi-féodal tel que l’Inde, l’unité des paysans et des ouvriers ne peut s’accroître que sur base de la lutte de classe. Donc, sur la question de la prise du pouvoir d’état, le président Mao a dit : « C’est la zone libérée dans les campagnes qui est l’application concrète de l’unité ouvriers-paysans ».

Donc, c’est aux ouvriers, et tout particulièrement aux masses petites-bourgeoises de s’occuper de développer le mouvement paysan pour construire des zones libérées. Donc, au sujet du mouvement, le président Mao a dit aux étudiants et aux jeunes petits-bourgeois : « Qu’ils soient des révolutionnaires ne peut être déterminé que par à quel point ils se font participants au mouvement ». Ceux qui ne prendront pas part à ce mouvement risquent de devenir des réactionnaires.

Deuxièmement, le mouvement de résistance révolutionnaire, la lutte armée. Le gouvernement réactionnaire de l’Inde a déclaré la guerre à toutes les luttes de revendications démocratiques des masses. A l’intérieur de l’Inde, il a créé un terrain de jeu pour l’exploitation féodale et impérialiste, et dans sa politique extérieure, il a transformé l’Inde en une base de la réaction en collaboration avec l’impérialisme et les révisionnistes modernes.

La population de l’Inde est devenue rebelle contre cette situation intolérable. Dans cette situation, le mouvement de résistance révolutionnaire ou la lutte de partisan armée du parti marxiste-léniniste révolutionnaire contre la réaction et le mouvement de résistance passive du parti révisionniste sont devenus aujourd’hui la part principale de la politique du parti. Par conséquent, chaque membre du parti et chaque cadre révolutionnaire devra s’emparer de cette tactique de lutte.

Il faut qu’ils apprennent à l’appliquer et à tempérer l’esprit révolutionnaire des masses grâce à la propagande parmi les masses. Le succès de la lutte dépend de jusqu’où nous pouvons populariser la politique de la lutte armée par l’entremise de sa propagande parmi les masses.

Troisièmement, la construction d’un parti révolutionnaire. Dans la situation révolutionnaire en Inde aujourd’hui, notre organisation de parti n’est pas capable de fournir un leadership. Sans être solide dans la théorie, clair dans la politique et sans une base de masse en ce qui concerne l’organisation, il est impossible de fournir un leadership dans l’époque révolutionnaire d’aujourd’hui.

1. Sur la question théorique : − Il ne faut pas oublier que la direction du parti du premier état socialiste du monde, l’Union Soviétique, a été capturée par une clique révisionniste. En conséquence, l’influence révisionniste s’est abattue sur les partis communistes de différents pays du monde. Dans notre pays aussi, on a senti la nécessité de constituer un parti séparé alors que cette influence révisionniste était ressentie. Et en conséquence de cela, un parti séparé fut formé au 7ème congrès.

La création d’un parti séparé ne veut pas dire que le combat contre le révisionnisme est terminé. Le révisionnisme parle de lutter contre l’impérialisme, le féodalisme et la force réactionnaire mais dans les actes, il élargit la voie de la collaboration avec ces forces. Le marxisme-léninisme s’oppose fermement à ces forces, venge la moindre de leur attaque et seule la mobilisation des masses par l’intermédiaire d’une lutte très longue détruit ces forces réactionnaires.
Les vieilles idées deviennent manifestes quand (I) on n’accepte pas le leadership du grand parti chinois contre les révisionnistes internationaux ; (II) on n’accepte pas les nouvelles forces en voie de développement ; (III) on ne fait pas réaliser à la classe ouvrière cette nouvelle prise de conscience ; (IV) on n’aide pas la lutte de la paysannerie, qui est l’alliée principale de la classe ouvrière.

2. Politique : − Il faut voir la Révolution Démocratique Populaire comme la tâche du moment. Le président Mao a dit : « Aucune force mourante n’abandonne son pouvoir facilement : la libération est au bout du fusil ». Donc dans notre politique, l’élément principal sera la lutte armée pour la prise du pouvoir. Le peuple a déclenché cette lutte armée spontanément. Le but principal de notre politique sera de mettre cette lutte armée en place consciemment sur une base de masse. Les trois points fondamentaux sont, (I) l’unité ouvrier-paysan sous la direction de la classe ouvrière, (II) mettre consciemment en place la lutte armée sur une base de masse, et (III) établir fermement le leadership du parti communiste. Il est impératif de ne laisser de côté aucune de ces trois tâches. Cette politique devra être propagée abondamment parmi les masses.

3. Organisationnelle : − La base de masse du parti devra être élargie. Nous avons vu au cours de ces quelques dernières années des milliers de cadres militants venir pour se joindre au travail de l’organisation pendant différents mouvements et luttes, tenter de donner une direction aux luttes, mais aussitôt que le mouvement s’interrompt, ils deviennent de nouveau inactifs. Aujourd’hui, à l’heure de la vague révolutionnaire, les habitants de nombreuses régions arriérées se présentent sur le chemin des luttes, et c’est à travers ces luttes que beaucoup de jeunes cadres militants se joignent au travail de l’organisation. Si nous pouvons former ces cadres à notre théorie et politique révolutionnaires, le parti peut acquérir sa base de masse.

Nous devons commencer à travailler avec assurance à rassembler ces cadres et à constituer des groupes secrets avec eux. Ces groupes-cadres dirigeront la propagande politique et serviront d’unités de la lutte armée. La puissance de frappe du parti est dépendante du point jusqu’auquel nous sommes capables de constituer de plus en plus de ces groupes parmi les ouvriers et les paysans. Il faut assurément garder secret avec qui nous constituons les groupes et les détails organisationnels comme l’abri, les dépôts, etc. Mais nos théories, nos politiques et le slogan de la création du parti ne doivent jamais être cachés.

A l’heure de la lutte armée, toutes les unités de parti doivent être des participantes à la lutte armée et être des leaders autonomes. Les élections générales arrivent. Durant ces élections, le peuple mécontent désire écouter et écoutera les politiques. Avant les élections, chaque parti essayera de propager sa politique parmi les masses.

Nous devons profiter de ces élections pour propager notre politique. Ne nous laissons pas embrouiller par le slogan mensonger d’un gouvernement démocratique non-congressiste. Nous devons courageusement amener aux masses la politique de notre Révolution Démocratique Populaire c’est à dire la politique d’une unité ouvrier-paysan sous la direction de la classe ouvrière, d’une lutte armée et de l’instauration du leadership du parti. Si nous profitons entièrement de ceci, il ne sera possible pour aucun dirigeant de gauche de s’opposer à nous. Nous devons profiter pleinement de cette opportunité.


Document 8 : Faire progresser la lutte paysanne en combattant le révisionnisme − 1966

Dans la période post-électorale, nos inquiétudes se révèlent justes par les actions de la direction du Parti elle-même. Le Politburo nous a ordonné de « poursuivre la lutte pour défendre les ministères non-congressistes contre la réaction ». Ceci laisse entendre que la tâche principale des marxistes n’est pas d’intensifier la lutte de classe, mais de plaider en faveur du cabinet.

Par conséquent, une convention de membres du parti fut réunie pour établir fermement l’économisme au sein de la classe ouvrière. Immédiatement après, un accord pour une trêve dans l’industrie fut signé à l’initiative du cabinet. Il fut demandé aux ouvriers de ne pas recourir aux gheraos. Qu’est-ce qui pourrait être une manifestation plus flagrante de collaboration de classe ? Après avoir donné aux employeurs les pleins droits pour exploiter, on demande aux ouvriers de ne mener aucune lutte.

Immédiatement après que le Parti Communiste ait rejoint le gouvernement qui fut installé des suites d’un formidable mouvement de masse, la voie de la collaboration de classe fut choisie. Les dirigeants chinois ont prédit il y a longtemps que ceux qui étaient restés neutres dans le débat international prendraient très rapidement la voie de l’opportunisme. Maintenant, les dirigeants chinois disent que ces avocats de la position neutre sont en fait révisionnistes et qu’ils devraient rapidement passer au camp réactionnaire.

Dans notre pays, nous faisons l’expérience de combien cette prédiction est exacte. Nous avons été témoins de la trahison de la classe ouvrière. A ceci, il faut ajouter l’annonce du dirigeant du Parti Communiste, Harekrishna Konar.

Au début, il a promis que toutes les terres acquises seraient distribuées parmi les paysans sans terre. Puis, la quantité de terre qui devait être distribuée fut radicalement réduite. En fin de compte, il a averti que l’arrangement existant ne serait pas appliqué cette année.

La remise du revenu foncier fut laissée à la merci des Junior Land Reforms Officers (JLRO). On a montré aux paysans comment soumettre des requêtes. De plus, on leur a dit que la prise de la terre par la force ne serait pas autorisée. Harekrishna Babu n’est pas seulement membre du Comité central du Parti Communiste, il est également le secrétaire du Krishak Sabha au Bengale occidental.

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C’est en réponse à l’appel du Krishak Sabha dont il est à la tête que les paysans avaient mené une lutte pour la récupération des terres acquises et benami en 1959. [Terre benami : terres cultivées en prête-nom, occupée illégalement par son propriétaire en violation des lois des états établissant un plafond sur la superficie maximale autorisée par personne, ndlr] Dans l’intérêt des propriétaires terriens, le gouvernement a recouru à la répression et a statué en faveur de l’expulsion, cependant, dans de nombreux cas, les paysans n’ont pas renoncé à la jouissance de la terre et sont restés sur la terre grâce à l’unité villageoise.

Le dirigeant du Krishak Sabha a-t-il soutenu leur mouvement après être devenu ministre ? Non. La signification de ce qu’il avait dit est que la terre acquise serait redistribuée. Qui la recevra ? Sur ce point, les JLRO devaient demander l’avis du Krishak Sabha. Mais un tel avis serait-il accepté ? Aucune assurance de cette sorte n’a été donnée par Harekrishna Babu. Mais si les JLRO rejettent l’avis du Krishak Sabha, les paysans ne seraient en aucun cas autorisés à occuper la terre de force.
Harekrishna Babu n’a pas perdu de temps pour bien se faire comprendre sur ce point. Qu’est-ce ? N’est-ce pas se comporter comme un agent de recouvrement du gouvernement et des jotedars ? [Le jotedar est un riche paysan qui loue ses terres à des métayers. Il s’agit d’un personnage qui incarne parfaitement le féodalisme. C’est donc un propriétaire terrien qui loue − principalement oralement et sans preuve écrite − la terre à un paysan qui la cultive sur base d’une répartition des récoltes. En plus d’une part des récoltes (souvent plus de 50%), les jotedars extorquaient d’autres paiements aux métayers, tels que notamment des intérêts exorbitants sur leur prêt qui était soumis à continuelle révision, ndlr].

Même les membres du Congrès n’auraient pas osé plaider en faveur des classes féodales si ouvertement. Par conséquent, obéir aux instructions des dirigeants du parti signifierait admettre aveuglément l’exploitation et l’autorité des classes féodales. Donc, il est de la responsabilité des communistes de révéler le rôle anti-classe et réactionnaire de ces dirigeants aux membres du parti et au peuple, de se raccrocher au principe d’intensification de la lutte de classe et d’aller de l’avant.

Supposons que les paysans sans terre et les paysans pauvres acceptent la proposition de Harekrishna Babu et soumettent des requêtes. Que se passera-t-il ensuite ?

Certaines des terres acquises sont sans doute en jachère, mais la majeure partie sont des terres cultivables. Il y a des paysans qui sont en possession d’une telle terre. Aujourd’hui, ils jouissent de la terre en vertu de permis. Ou ils donnent une quote-part aux jotedars. Lorsque cette terre sera redistribuée, cela occasionnera inévitablement des frictions parmi les paysans pauvres et les paysans sans terre.

Profitant de ceci, les paysans riches assoiront leur leadership sur le mouvement paysan tout entier parce qu’alors que le paysan riche a des possibilités de prospection, il est également partenaire de l’influence féodale.

Par conséquent, Harekrishna Babu ne tente pas seulement de renoncer à la voie de la lutte aujourd’hui, mais il prend également des mesures afin que la lutte paysanne ne puisse pas non plus devenir militante à l’avenir.

Toutefois, nous avons adopté le programme d’une révolution démocratique populaire et la tâche de cette révolution est de mettre en œuvre des réformes agraires dans l’intérêt des paysans. La réforme agraire dans l’intérêt des paysans ne sera possible que quand nous serons en mesure de mettre un terme à l’emprise des classes féodales sur les régions rurales. Pour faire ceci, nous devons saisir la terre des classes féodales et la distribuer parmi les paysans sans terre et les paysans pauvres. Nous ne serons jamais capables de faire ceci si notre mouvement est enfermé dans les limites de l’économisme.

Dans toutes les régions où il y a eu un mouvement pour la terre acquise, d’après notre expérience, le paysan qui a obtenu une terre acquise et garanti le permis n’est plus actif dans le mouvement paysan. Quelle en est la raison ? C’est parce que la classe du paysan pauvre a changé en moins d’un an - il est devenu un paysan moyen.

Par conséquent, les revendications économiques des paysans pauvres et des paysans sans terre ne sont plus ses revendications. Donc, l’économisme occasionne une brèche dans l’unité des paysans combattants et rend les paysans pauvres et les paysans sans terre frustrés. Les défenseurs de l’économisme jugent chaque mouvement par la quantité de riz non décortiqué dans les maunds ou de terre dans les bighas qu’obtient le paysan. [maunds : nom anglicisé d’une unité de masse datant de la domination britannique. Bighas : unité de mesure de la terre et standardisée par les Britanniques, correspondant à 5/8ème d’acre, c’est à dire 0,13 hectare. Principalement utilisée au Bengale occidental, ou du moins à ces valeurs, ndlr].

Que la conscience combative du paysan se soit renforcée ou pas n’est jamais leur critère de jugement. Donc, ils ne font aucun effort pour élever la conscience de classe du paysan. Pourtant, nous savons qu’aucune lutte ne peut être menée sans faire de sacrifices. Le président Mao nous a enseigné que là où il y a lutte, il y a sacrifice.

Au stade initial de la lutte, la force de la réaction doit être plus grande que la force des masses. Par conséquent, la lutte sera prolongée. Puisque les masses sont la force progressiste, leur force augmentera jour après jour, mais étant donné que les forces réactionnaires sont moribondes, leur force déclinera sans interruption. Donc, aucune lutte révolutionnaire ne peut être victorieuse sans que les masses ne soient incitées à faire des sacrifices. D’après cette conception révolutionnaire fondamentale, l’économisme amène à l’impasse de la conception bourgeoise.

C’est ce que les dirigeants tentent d’accomplir par leurs activités. Un examen de toutes nos luttes paysannes passées indiquera que les dirigeants du parti ont imposé des compromis venus d’en haut aux paysans. Pourtant, il était de la responsabilité des dirigeants du parti d’asseoir le leadership combattant de la classe ouvrière sur le mouvement paysan. Ils ne l’ont pas fait avant, ils ne font pas même maintenant.

Maintenant, ils suggèrent d’avoir confiance en les lois et la bureaucratie. Lénine a dit que même si une loi progressiste est promulguée mais que la bureaucratie reçoit la responsabilité de l’appliquer, les paysans n’obtiendront rien. Par conséquent, nos dirigeants se sont très fort éloignés de la voie révolutionnaire.

La révolution agraire est la tâche du moment ; on ne peut pas ne pas accomplir cette tâche, et sans faire ceci, rien de bon ne peut être fait pour les paysans. Mais avant de procéder à la révolution agraire, la destruction du pouvoir d’état est requise.

Se battre pour la révolution agraire sans la destruction du pouvoir d’état équivaut à du pur révisionnisme. Donc, la destruction du pouvoir d’état est aujourd’hui la première et principale obligation du mouvement paysan. Si ceci ne peut pas être effectué à l’échelon du pays, à l’échelon de l’état, les paysans attendront-ils en silence ? Non, le marxisme-léninisme pensée Mao Zedong nous a enseigné que si, dans une quelconque région, les paysans peuvent être stimulés d’un point de vue politique, alors il faut que nous mettions à exécution la tâche de la destruction du pouvoir d’état dans cette région.

C’est cela que l’on appelle une zone paysanne libérée. La lutte pour créer cette zone libérée est la tâche la plus urgente du mouvement paysan aujourd’hui, une tâche de l’instant présent.

Que devons-nous appeler zone libérée ?

Nous devons qualifier de zone libérée une zone de laquelle nous avons pu renverser les ennemis de classe. Pour créer cette zone libérée, nous avons besoin de la force armée des paysans. Lorsque nous parlons de cette force armée, nous avons en tête les armes fabriquées par les paysans. Donc, nous voulons aussi des fusils. Que les paysans se soient présentés pour rassembler des armes ou pas est la base sur laquelle nous jugerons s’ils ont été soulevés politiquement. D’où les paysans obtiendront-ils des fusils ? Les ennemis de classe ont des fusils et ils vivent dans le village. Les fusils doivent leur être retirés de force. Ils ne nous cèderont pas leurs fusils volontairement. C’est pour cette raison que nous devrons nous emparer de leurs fusils par la force.

Pour ceci, il faudra apprendre toutes les tactiques aux paysans militants depuis la mise à feu des maisons des ennemis de classe. En outre, nous obtiendrons les fusils des forces armées du gouvernement en les attaquant subitement. La région dans laquelle nous serons en mesure d’organiser cette campagne de collecte de fusils se transformera rapidement en zone libérée. Donc, pour s’acquitter de cette tâche, il est nécessaire de propager abondamment parmi les paysans la politique d’édification de la lutte armée. De plus, il est nécessaire d’organiser de petits groupes militants secrets pour diriger la campagne de collecte de fusils.

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En même temps que la propagation de la politique de la lutte armée, les membres de ces groupes tenteront de mettre en place avec succès un programme spécifique de collecte de fusils. La simple collecte de fusils ne transforme pas la nature de la lutte - les fusils rassemblés doivent être utilisés. Ce n’est qu’alors que la capacité créative des paysans se développera et que la lutte subira un changement qualitatif.

Ceci ne peut être effectué que par les paysans pauvres et les paysans sans terre, les grands alliés de la classe ouvrière. Le paysan moyen est aussi un allié, mais sa conscience combative n’est pas aussi intense que celle des paysans pauvres et des paysans sans terre. Par conséquent, il ne peut pas prendre part à la lutte dès le début - il a besoin d’un certain temps. C’est la raison pour laquelle l’analyse de classe est une tâche fondamentale pour le Parti Communiste. C’est pour cette raison que le grand dirigeant de la Chine, le président Mao Zedong, s’était occupé de cette tâche d’abord et fut à même d’indiquer infailliblement la voie de la lutte révolutionnaire.

Donc, le premier but de notre travail organisationnel est d’instaurer le leadership des paysans pauvres et des paysans sans terre dans les mouvements paysans. Le leadership des paysans pauvres et des paysans sans terre s’établira au cours de l’organisation du mouvement paysan sur base de la politique de la lutte armée. Parce que des classes paysannes, ce sont les plus révolutionnaires. Une organisation distincte des ouvriers agricoles ne servira pas cette tâche. Une organisation distincte des ouvriers agricoles encourage plutôt la tendance au mouvement syndical fondé sur l’économisme et intensifie les conflits entre les paysans.

L’unité des classes alliées n’est pas renforcée parce que, dans notre système agricole, l’exploitation des classes féodales est au premier plan. Une autre question qui se pose dans ce contexte est celle du compromis avec les petits propriétaires.

Quelle devra être l’attitude des communistes à cet égard ?

Pour ce qui concerne les compromis, nous devrons réfléchir à qui nous soutenons. Et dès lors, nous ne pourrons soutenir aucune autre classe contre eux. Dans le mouvement paysan (en Inde), les communistes ont toujours été contraints à renoncer aux intérêts des paysans pauvres et des paysans sans terre dans l’intérêt de la petite-bourgeoisie. Ceci mine la détermination combative des paysans pauvres et des paysans sans terre. Quant aux paysans riches et aux paysans moyens, nous devrions aussi avoir une position différente. Si nous considérons les paysans riches de la même manière que les paysans moyens, les paysans pauvres et les paysans sans terre seront contrariés.

Là encore, si nous considérons les paysans moyens de la même manière que les paysans riches, l’enthousiasme combatif des paysans moyens diminuera. Par conséquent, il faut que les communistes apprennent à faire une analyse de classe des paysans dans chaque région suivant les enseignements du président Mao.

Maintes et maintes fois, l’agitation parmi les paysans de l’Inde a surgi. Ils ont à plusieurs reprises demandé conseil au Parti Communiste. Nous ne leur avons pas dit que la politique de la lutte armée et la compagne de collecte de fusils constituent la seule voie. Cette voie est la voie de la classe ouvrière, la voie de la libération, la voie pour la création d’une société sans exploitation. Dans tous les états à travers l’Inde, les paysans sont aujourd’hui en état de troubles, il faut que les communistes leur montre la voie. Cette voie est celle de la politique de la lutte armée et de la campagne de collecte d’armes. Nous devons maintenir avec fermeté cette seule et unique voie vers la libération.

La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne de la Chine a déclaré la guerre à tous les types d’égoïsme, de mentalité de groupe, de révisionnisme, de suivisme de la bourgeoisie, d’éloge de l’idéologie bourgeoise − l’impact flamboyant de cette révolution a aussi atteint l’Inde. L’appel de cette révolution est – « Préparez-vous à résolument faire toutes sortes de sacrifices, à écarter un par un les obstacles le long de la voie, la victoire sera nôtre ». Si atroce soit l’aspect de l’impérialisme, si vilain soit le piège posé par le révisionnisme, les jours des forces réactionnaires sont comptés, les rayons de soleil éclatants du marxisme-léninisme pensée Mao Zedong effaceront toute l’absurdité.

Donc naturellement, la question se pose : A cette époque, la lutte de masse paysanne sur base de revendications partielles est-elle inutile ? Le besoin existe assurément et existera également à l’avenir.

C’est parce que l’Inde est un vaste pays et aussi que les paysans sont divisés en un grand nombre de classes que la conscience politique ne peut pas être au même niveau dans toutes les régions et parmi toutes les classes. Par conséquent, il y aura toujours la perspective et la possibilité d’un mouvement de masse paysan basé sur des revendications partielles et les communistes devront toujours tirer pleinement parti de cette possibilité.

Quelle tactique devrons-nous adopter pour mener les mouvements basés sur des revendications partielles et quel devra être son objectif ?

L’objet de base de notre tactique dépend de si oui ou non la large classe paysanne s’est ralliée et notre objectif fondamental devra être la conscientisation de classe des paysans − qu’ils aient progressé le long de la voie de la lutte armée globale.

Les mouvements basés sur des revendications partielles intensifieront la lutte de classe. La conscience politique des larges masses devra être élevée. Les larges masses paysannes devront être incitées à faire des sacrifices, la lutte se propagera vers d’autres régions. Les mouvements basés sur des revendications partielles pourraient prendre n’importe quelle forme mais les communistes devront toujours propager parmi les masses paysannes la nécessité de formes supérieures de lutte.

Les communistes ne devront en aucun cas admettre le type de lutte acceptable pour les paysans comme étant le meilleur type de lutte. En réalité, les communistes devront toujours poursuivre parmi les paysans la propagande en faveur des politiques révolutionnaires, c’est-à-dire la politique de la lutte armée et de la campagne de collecte de fusils.

En dépit de cette propagande, il est possible que les paysans décident de continuer les délégations de masse et nous devrons conduire ce mouvement. En des temps de terreur blanche, il ne faut vraiment pas sous-estimer l’efficacité d’une telle délégation de masse, parce que ces délégations de masse attireront de plus en plus les paysans dans la lutte. Il ne faut jamais condamner les mouvements basés sur des revendications partielles, mais c’est un crime de diriger ces mouvements à la manière de l’économisme.

En outre, c’est un crime de proclamer que les mouvements basés sur des revendications économiques prendront automatiquement la forme de la lutte armée car cela correspond à avoir le culte de la spontanéité.

De tels mouvements peuvent indiquer la voie aux masses, aider à développer la clarté de la position, motiver à faire des sacrifices. A chaque stade de la lutte, il n’y a qu’une seule tâche. A moins que cette tâche ne soit effectuée, la lutte n’atteindra pas le stade supérieur. En cette période, cette tâche particulière est la politique de la lutte armée et de la campagne de collecte de fusils. Quoi que nous fassions, sans effectuer cette tâche, la lutte ne sera pas élevée au stade supérieur. La lutte s’effondrera, l’organisation s’écroulera, l’organisation ne s’agrandira pas. De la même façon, il n’y a qu’une seule voie de la révolution en Inde, la voie indiquée par Lénine - bâtir les forces armées populaires et la république.

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Lénine, en 1905, a dit que ces deux tâches devaient être exécutées partout où cela était possible, même si ceci n’était pas faisable pour la Russie entière. Le président Mao a enrichi cette voie indiquée par Lénine. Il a enseigné la tactique de la guerre populaire et, en suivant cette voie, la Chine est parvenue à la libération. Aujourd’hui, cette voie est suivie au Vietnam, en Thaïlande, en Malaisie, aux Philippines, en Birmanie, en Indonésie, au Yemen, à Léopoldville au Congo, dans différents pays d’Afrique et d’Amérique Latine. Cette voie a également été adoptée en Inde, la voie de la création des forces armées populaires et l’autorité du front de libération qui est suivi dans les régions Naga, Mizo et au Cachemire. Donc il faudra prier la classe ouvrière et lui dire qu’elle doit diriger la révolution démocratique de l’Inde. Et la classe ouvrière devra s’acquitter de cette tâche en procurant un leadership à la lutte de son plus ferme allié, la paysannerie.

Par conséquent, il est de la responsabilité de la classe ouvrière d’organiser le mouvement paysan et de l’élever au stade de la lutte armée. Il faudra que l’avant-garde de la classe ouvrière aille dans les villages pour prendre part à la lutte armée. C’est la tâche principale de la classe ouvrière. « Amasser des armes et créer des bases de lutte armée dans les régions rurales » − cela s’appelle la politique de la classe ouvrière, la politique de la prise du pouvoir. Nous devrons stimuler la classe ouvrière sur base de cette politique.

Organiser tous les ouvriers dans des syndicats − ce slogan n’élève pas la conscience politique de la classe ouvrière. Ceci ne veut assurément pas dire que nous ne devrons plus organiser de syndicats. Cela signifie que nous ne devrons pas laisser les ouvriers révolutionnaires du parti s’embourber dans des activités syndicales − leur tâche serait de diriger la propagande politique parmi la classe ouvrière, c’est-à-dire de propager la politique de la lutte armée et de la campagne de collecte des fusils et de bâtir l’organisation du parti. Parmi la petite-bourgeoisie aussi, notre tâche principale est la propagande politique et la propagande de l’importance de la lutte armée.

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C’est-à-dire que sur chaque front, la responsabilité du parti est d’exposer l’importance de la lutte paysanne et d’appeler à la participation dans cette lutte.

Dans la mesure où nous exécutons cette tâche, nous atteindrons le stade de leadership conscient dans la révolution démocratique. L’opposition à cette voie marxiste-léniniste fondamentale du parti ne vient pas seulement des révisionnistes. Les révisionnistes prennent la voie de la collaboration de classe sur le champ, donc il est facile de les démasquer. Mais il y a, à l’intérieur du parti, un autre type d’opposition : ils reconnaissent que la révolution ne peut qu’être effectuée par la lutte armée.

Mais ils imaginent que la voie de la lutte armée ne peut être prise qu’en propageant le mouvement de masse démocratique partout en Inde. Avant cela, de petits ou même de gros affrontements ont lieu mais la prise du pouvoir n’est pas possible. Ils espèrent qu’en ce qui concerne la prise du pouvoir, l’Inde passera par une variante de la révolution d’octobre.

Pour l’Inde, ils appliquent mécaniquement leur savoir livresque sur la manière par laquelle la révolution d’octobre a réussi. Ils oublient qu’avant la révolution d’octobre, il y a eu la révolution de février ; les partis bourgeois avaient accédé au pouvoir et les soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats avaient aussi du pouvoir entre les mains. En raison de l’existence de cette double autorité, le leadership de la classe ouvrière est devenu effectif et ce n’est que quand les soviets des partis petits bourgeois ont cédé le pouvoir à la bourgeoisie qu’il est devenu possible pour la classe ouvrière d’accomplir la révolution d’octobre.

Ils ne font pas l’analyse des conditions objectives de l’Inde. Ils ne tirent pas de leçons des luttes qui sont menées en Inde. La raison principale du succès de la révolution russe fut l’application correcte de la tactique de front uni. La question du front uni est tout aussi importante en Inde.

Mais dans la forme, la tactique de la révolution démocratique de l’Inde sera différente. En Inde aussi, au Naga, au Mizo, au Cachemire et dans d’autres régions, les luttes sont menées sous une direction petite-bourgeoise. C’est pour cette raison que dans la révolution démocratique, la classe ouvrière devra aller de l’avant en formant un front uni avec elle. Des luttes éclateront dans un grand nombre de nouvelles autres régions sous le leadership de partis bourgeois ou petits-bourgeois. La classe ouvrière s’alliera avec eux et la base principale de cette alliance sera la lutte anti-impérialiste et le droit à l’autodétermination. La classe ouvrière reconnait forcément ce droit, en même temps que le droit de sécession.

Bien que ceux qui rêvent de révolution en Inde le long de la voie de la révolution d’octobre soient des révolutionnaires, ils ne sont pas capables d’assurer un leadership vigoureux en raison de leur conception doctrinaire. Ils ne se rendent pas compte de l’importance des luttes paysannes et deviennent ainsi inconsciemment des propagandistes de l’économisme au sein de la classe ouvrière. Ils sont incapables d’assimiler les expériences des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine.

Une partie d’entre eux devient des disciples de Che Guevara et échoue à souligner l’obligation d’organiser les paysans, force principale de la révolution démocratique de l’Inde. C’est pourquoi ils deviennent inévitablement victimes de déviation de gauche.

Nous devrons donc leur prêter une attention toute particulière et les aider à s’instruire eux-mêmes. Il ne faut en aucun cas que nous soyons intolérants à leur égard. En outre, il y a parmi nous un groupe de camarades révolutionnaires qui acceptent le parti chinois et la pensée du grand Mao Zedong et qui accepte également cela comme l’unique voie. Mais ils considèrent le livre « Pour être un bon communiste » [publié par Liu Shaoqi, ndlr] comme l’unique chemin vers la culture de soi et sont par conséquent amenés à une grave déviation.

Le seul chemin marxiste vers la culture de soi enseigné par Lénine et le président Mao est la voie de la lutte armée. Ce n’est qu’en trempant dans le feu de la lutte de classe qu’un communiste peut devenir de l’or pur. La lutte de classe est la véritable école des communistes et la pratique de la lutte de classe doit être contrôlée à la lumière du marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong et des leçons doivent être tirées.

Par conséquent, l’objet principal de l’éducation du parti est d’appliquer des enseignements du marxisme-léninisme dans la lutte de classe, d’atteindre des principes généraux sur base de cette expérience et de rapporter au peuple les principes résumés à partir de l’expérience. C’est cela qu’on appelle « à partir du peuple vers le peuple ». Ceci est l’objet fondamental de l’éducation du parti. Ces camarades révolutionnaires sont incapables de comprendre cette vérité essentielle de l’éducation du parti.

En conséquence, ils commettent des déviations idéalistes en ce qui concerne l’éducation du parti. Le président Mao Zedong nous a enseigné qu’il ne peut y avoir aucune éducation en dehors de la pratique. Selon ses mots, « faire est apprendre ». La culture de soi n’est possible que dans le processus de changement des conditions existantes grâce à la pratique révolutionnaire.
Révolutionnaires du monde, unissez-vous !

Vive l’unité révolutionnaire des ouvriers et des paysans !
Vive le président Mao Zedong !

 3. Y a-t-il une pensée Charu Mazumdar ?

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C’est l’une des questions les plus importantes dans le monde aujourd’hui. Y a-t-il une pensée Charu Mazumdar ? La révolution indienne, dans les années 1960, a-t-elle produit une pensée guide, par un dirigeant révolutionnaire ayant compris la nature de la société indienne ?

De nos jours, les révolutionnaires indiens disent que non, étant donné qu’ils rejettent le principe lui-même de pensée guide. Est-ce correct ? Regardons cela, comme c’est, ce 21 septembre 2014, le dixième anniversaire de la fondation du Parti Communiste d’Inde (Maoïste).

Mazumdar et le PCI (ML)

La date choisie pour la fondation du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste) – PCI (ML) fut le 22 avril 1969, parce que Lénine était né le 22 avril 1870.

Le PCI (ML) était pratiquement né directement de la lutte de Mazumdar dans le Parti Communiste d’Inde (Marxiste), donnant naissance à la « Comité pan-indien de coordination des révolutionnaires communistes » et ensuite au PCI (ML).

Dans cette lutte, Mazumdar écrivit de nombreux documents pour proposer une ligne révolutionnaire, dont l’expression fut principalement l’organe révolutionnaire « Liberation  ».

Comment une pensée guide doit-elle être définie ?

Pour comprendre s’il y a une Pensée Mazumdar, nous devons définir le critère d’une telle pensée guide.

Une pensée guide est produite par un dirigeant révolutionnaire comprenant la situation sociale de son pays et promouvant une lutte authentiquement révolutionnaire – par un Parti -, sur une base scientifique et sans compromis avec le révisionnisme.

Cela signifie qu’un révolutionnaire, dans un pays donné, participe à la lutte des classes et par les travaux scientifiques, comprend les contradictions sociales, qu’il explique, organisant l’avant-garde sur ces conceptions, pavant la voie pour la guerre populaire.

L’Inde en lutte et Mazumdar

Comme le révolutionnaire formant la pensée guide participe à la lutte de classe, nous devons voir quelles luttes Mazumdar connaissait. De fait, nous le trouvons dans le mouvement paysan Tebhaga en 1946 et bien entendu de manière plus connue la révolte paysanne de Naxalbari en 1967.

Parlant au sujet du mouvement Tebhaga, Mazumdar nous dit, alors qu’il était un témoin actif depuis la clandestinité :

« Les paysans participant à ce mouvement étaient au nombre d’environ six millions. Il faut se souvenir ici que pour l’ensemble du mouvement paysan c’était l’âge d’or. Dans le caractère massif du mouvement, dans l’intensité des émotions, dans l’expression de la haine de classe, ce mouvement était le plus haut niveau de la lutte de classes. »

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Parlant au sujet du mouvement Naxalbari, Mazumdar explique :

« Si la lutte paysanne de Naxalbari a une leçon quelconque pour nous, c’est : les luttes militantes doivent être menées non pas pour la terre, pour les récoltes, etc., mais pour la prise du pouvoir d’Etat. C’est précisément cela qui donne son caractère unique à la lutte de Naxalbari. »

Les « naxals » et les huit documents historiques

La participation a conduit Mazumdar à former l’arrière-plan théorique de ce qui sera connu comme le mouvement « naxalite ». Il a organisé la rupture avec le Parti Communiste d’Inde (Marxiste) qui était devenu révisionniste.

Ainsi, Mazumdar a théorisé ce qu’il a pensé comme étant la voie nécessaire pour la révolution indienne, notamment ce qui est connu comme les « huit documents historiques » : « Nos tâches dans la situation actuelle », « Faire de la Révolution Démocratique Populaire un succès en luttant contre le révisionnisme », « Quelle est la source de l’éruption révolutionnaire spontanée en Inde », « Continuer la lutte contre le révisionnisme moderne  », « Quelles perspectives l’année 1965 indique-t-elle ? » ; «  La tâche principale aujourd’hui est la lutte pour construire le véritable Parti révolutionnaire à travers la lutte sans compromis contre le révisionnisme », « Saisir cette opportunité », « Faire progresser la lutte paysanne en combattant le révisionnisme ».

La nature des écrits de Mazumdar

Le contenu des écrits de Mazumdar à analyser doit être divisé en quatre types :

* d’un côté :
- ceux traitant de la lutte armée, dans l’esprit de la révolte de Naxalbari, et
- ceux traitant de la construction du Parti ;

* de l’autre côté :
- ceux traitant de la société indienne, et
- ceux traitant de l’idéologie comme guide révolutionnaire.

Le premier aspect est lié à la forme de la lutte, le second à l’infrastructure du pays.

L’Inde comme pays semi-féodal semi-colonial

Mazumdar défend le point de vue du matérialisme dialectique au sujet de l’Inde. Selon lui :

« Le système social qui existe en Inde est semi-féodal et semi-colonial. Ainsi, la révolution démocratique dans ce pays signifie la révolution agraire. Tous les problèmes de l’Inde sont liés à cette tâche. »

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C’est la position correcte expliquant que l’Inde a besoin d’une Révolution de Nouvelle Démocratie.

« Venez, camarades, que tous les travailleurs se préparent de manière unie pour la lutte armée contre ce gouvernement, sous la direction de la classe ouvrière, sur la base du programme de la révolution agraire. D’autre part, posons la fondation de l’Inde de nouvelle démocratie populaire en construisant des zones paysannes libérées par des révoltes paysannes. »

La révolution agraire

La question est ici : est-ce que Mazumdar a formulé la voie pour la révolution agraire ? Oui, il l’a fait. Il a analysé la société indienne et proposé une voie à suivre. Voici comment il l’explique :

« La révolution agraire est la tâche de ce moment précis ; cette tâche ne peut pas être laissée non réalisée, et sans la réaliser, rien de bien ne peut être fait pour les paysans.

Mais avant de mener la révolution agraire, la destruction du pouvoir d’État est nécessaire. Faire des efforts pour la révolution agraire sans la destruction du pouvoir d’Etat, cela revient à un révisionnisme complet. Par conséquent, la destruction du pouvoir d’Etat est aujourd’hui la première et principale tâche du mouvement paysan.

Si cela ne peut pas être fait sur une base à l’échelle de tout le pays, de tout l’Etat, les paysans attendront-ils silencieusement ? Non, le marxisme-léninisme Pensée Mao Zedong nous a enseigné que si dans une zone les paysans peuvent être soulevés politiquement, alors on doit aller de l’avant avec la tâche de détruire le pouvoir d’État dans cette zone. C’est ce qui est appelé comme une zone libérée de paysans.

La lutte pour construire cette zone libérée est la tâche la plus urgente du mouvement paysan aujourd’hui, une tâche du moment. Que devons-nous appeler une zone libérée ? Nous devons appeler cette zone paysanne libérée là où nous avons été capables de renverser les ennemis de classe. Pour construire cette zone libérée, nous avons besoin de la force armée des paysans. Lorsque nous parlons de force armée, nous avons à l’esprit les armes faites par les paysans. Ainsi, nous voulons également des armes. »

La lutte armée comme tâche centrale

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Comme la révolution agraire nécessite la destruction de l’Etat, alors la position de Mazumdar est, en elle-même, celle de la lutte armée. Pour lui, il est clair que :

« Nous sommes encore incapable de réaliser dans que dans l’époque présente, nous ne pouvons pas construire des mouvements de masse pacifiquement. Car la classe dominante ne nous donnera pas et ne nous pas donne non plus une telle opportunité. »

Et malgré cela :

« Il y a quelques camarades qui prennent peur lorsque les luttes armées sont mentionnées, et continuent d’y voir le spectre de l’aventurisme. »

Selon Mazumdar, la seule conséquence logique de tout cela est que :

« Si nous prenons conscience de la vérité comme quoi la révolution indienne prendra invariablement la forme de la guerre civile, alors la tactique de la prise du pouvoir par zone est la seule tactique. La tactique de la prise du pouvoir en Chine est la seule tactique. La tactique qui a été adopté par le grand dirigeant de la Chine Mao Zedong – la même tactique doit être adoptée par les marxistes indiens. »

L’anéantissement

Ce n’est pas tout. La position clef de Mazumdar dans son affirmation de la lutte armée est la politique de l’anéantissement. Cela lui est très particulier ; au début des années 1970, la politique de l’anéantissement était la pensée de Mazumdar en elle-même.

Voici comment il explique sa conception :

« Tous les types de mouvement doivent être portés à toutes les époques, mais la forme du mouvement principal dépend de la classe dominante.

La caractéristique présente de notre époque est que le gouvernement combat tout mouvement par de violentes attaques. Ainsi, pour le peuple, le mouvement de résistance armée est apparu comme la nécessité la plus importante.

Ainsi, dans l’intérêt des mouvements de masse, l’appel doit être donné à la classe ouvrière, la paysannerie combattante et chaque personne combattante : (1) prendre les armes ; (2) former des unités armées pour la confrontation ; (3) éduquer politiquement chaque unité armée.

Ne pas donner cet appel signifie pousser sans considération les masses désarmées à la mort. La classe dominante veut cela, car de cette manière ils peuvent briser la force de l’esprit des masses combattantes. Les masses agitées aujourd’hui attaquent des stations de train, des commissariats, etc. D’innombrables agitations éclatent contre les bâtiments gouvernementaux, ou les bus, les trams et les trains.

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C’est comme l’agitation des Luddites contre les machines. Les révolutionnaires doivent apporter la direction consciente, frapper les bureaucrates haïs, les employés de la police, les officiers militaires ; le peuple doit se voir enseigner que la répression n’est pas faite par les commissariats, mais par les officiers en charge de ceux-ci, les attaques ne visent pas les bâtiments gouvernementaux ou les transports, mais les hommes de la machine répressive du gouvernement, et c’est contre ceux-ci que nos attaques sont dirigées.

La classe ouvrière et les masses révolutionnaires doivent se voir enseigner qu’elles ne doivent pas attaquer simplement pour attaquer, mais doivent finir la personne qu’elles attaquent. Car, si elles attaquent seulement, la machinerie réactionnaire se vengera. Mais si elles anéantissent, chaque élément de la machinerie répressive basculera dans la panique. »

La bataille de l’anéantissement

L’anéantissement n’est pas seulement une tactique décisive, c’est la stratégie, la pensée de Mazumdar en elle-même. L’anéantissement est considéré comme le principe en lui-même de la lutte de classe. Mazumdar dit :

« Sans la lutte de classe – la bataille de l’anéantissement – l’initiative des masses paysannes pauvres ne peut pas être lancée, la conscience politique des combattants ne peut pas être élevée, l’humain nouveau ne peut pas émerger, l’armée du peuple ne peut pas être créé.

Ce n’est qu’en menant la lutte de classe – la bataille de l’anéantissement – que l’humain nouveau sera créé, l’humain nouveau qui défiera la mort et sera libre de toutes les pensées d’intérêt personnel.

Et avec cet esprit défiant la mort, il se rapprochera de l’ennemi, volera son fusil, vengera les martyrs et l’armée du peuple émergera.

Se rapprocher de l’ennemi est nécessaire pour conquérir toute pensée de soi. Et cela ne peut être achevé que par le sang des martyrs. Qui inspire et crée des humains nouveaux à partir des combattants, les remplit avec la haine de classe et les fait aller proche de l’ennemi et lui arracher à mains nues son fusil. »

Et c’est universel :

« L’anéantissement de la classe ennemie – cette arme dans nos mains – est le plus grand danger des réactionnaires et des révisionnistes dans le monde entier. »

Le Parti militarisé

La conséquence de la conception de Mazumdar est que le PCI (ML) fut un Parti militarisé opérant depuis la clandestinité. La tâche primaire des cadres était la lutte armée.

Mazumdar explique ici :

« La signification des Groupes Activistes du Parti aujourd’hui est qu’ils seront des « unités combattantes ». Leur devoir principal sera la campagne de propagande politique et de frapper les forces contre-révolutionnaires.

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Nous devons toujours garder à l’esprit que l’enseignement de Mao Zedong - « les attaques ne sont pas menées dans l’intention d’attaquer simplement, les attaques sont seulement pour l’anéantissement ». Ceux qui doivent être attaqués sont principalement : (1) les représentants de la machinerie d’Etat comme la police, les officiers militaires ; (2) la bureaucratie haïe ; (3) les ennemis de classe.

L’objectif de ces attaques doit également être l’obtention d’armes. A l’époque présente, ces attaques peuvent être menées partout, dans les villes et dans les campagnes. Notre attention particulière doit être donnée spécialement dans les zones paysannes. »

Le volontarisme

Pour Mazumdar, l’époque entière était marquée par la lutte armée ; il parle de « l’époque de la lutte armée », il dit : « Aujourd’hui, dans l’époque du soulèvement révolutionnaire ». En raison de cela, il appelle au volontarisme, à l’esprit de sacrifice :

« Encore et encore, l’agitation parmi les paysans a éclaté. Ils sont de manière répétée recherchée une orientation de la part du Parti Communiste. Nous ne leur avons pas dit que la politique de la lutte armée et de la campagne de collecte des armes constituent la seule voie. Cette voie est la voie de la classe ouvrière, la voie de la libération, la voie de l’établissement d’une société libre de l’exploitation.

Dans chaque État de l’Inde, les paysans sont aujourd’hui dans un état d’agitation, les communistes doivent leur montrer la voie. La voie est celle de la politique de la lutte armée et de la campagne de collecte d’armes. Nous devons porter de manière ferme cette seule et unique voie de la libération.

La grande révolution culturelle de la Chine a déclaré la guerre à tous les types d’égoïsme, de mentalité de groupe, de révisionnisme, de suivisme de la bourgeoisie, d’éloge de l’idéologie bourgeoise – l’impact étincelant de cette révolution a également atteint l’Inde.

L’appel de cette révolution est : ‘Sois préparé à faire de manière résolue toutes les sortes de sacrifice, à balayer tous les obstacles le long de la voie, un par un, la victoire sera à nous. ‘

Aussi terrible que soit l’apparence de l’impérialisme, aussi horrible que soit le piège posé par le révisionnisme, les jours des forces réactionnaires sont comptés, les brillants rayons du soleil du marxisme-léninisme Pensée Mao Zedong effaceront toute obscurité. »

La lutte armée comme ligne de démarcation

La conséquence de la position de Mazumdar fut le rejet du révisionnisme du PCI (Marxiste), parce que ce parti prétendait lancer la révolution un jour, mais ne s’engageait pas dans la lutte armée.

Ainsi, la lutte armée devint le critère, la ligne de démarcation :

« Il faut toujours rappeler que si les mots ‘Prise du Pouvoir Politique’ sont abandonnés, le Parti ne reste plus un Parti révolutionnaire. Bien qu’il reste un Parti révolutionnaire sur le plan du nom, il sera réduit en fait en un parti réformiste de la bourgeoisie.

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Lorsqu’ils parlent de la prise du pouvoir politique, certains pensent au centre [du pouvoir]. Ils pensent qu’avec l’expansion graduelle des limites du mouvement, notre seul objectif est de capturer le pouvoir centralement. Cette pensée n’est pas seulement fausse ; cette pensée détruit la pensée révolutionnaire correcte au sein du parti et le réduit à un parti réformiste. »

L’aide idéologique de la Chine

La position de Mazumdar était bien connue par la Chine Rouge, qui la soutenait. C’est ce que veut dire Mazumdar quand il dit :

« C’est pourquoi la direction internationale nous a encore et encore rappelé de l’importance de construire un Parti. »

De fait, le Parti Communiste de Chine a salué fraternellement à la fois le PCI (ML) et Mazumdar. Construire le Parti était une tâche devant arriver rapidement ; Mazumdar dit :

« Nous devons immédiatement prendre en main la tâche de construire un tel parti. Ce n’est peut-être pas possible, juste maintenant, de construire un tel Parti sur une base pan-indienne, mais cela ne doit pas nous décourager.

Nous devons commencer notre travail où que ce soit où nous pouvons construire un tel parti, quelle que soit la petitesse d’une zone. Nous devons mettre de côté les peurs d’être une minorité, et avancer avec une foi inébranlable dans la pensée du Président [Mao Zedong]. »

Le Parti comme condition d’une étape supérieure de la révolution

La révolution indienne a de fait réalisé un grand saut avec la naissance du PCI (ML), parce que sans cela, les luttes auraient été isolées. D’une manière correcte, dans une position qui est celle de la social-démocratie historiquement, lorsqu’elle était révolutionnaire, le Parti est nécessaire pour amener le mouvement à une étape supérieure :

« L’autorité révolutionnaire ne peut pas grandir si nous dépendons seulement des initiatives locales pour développer toutes ces luttes sur la même voie et à une étape supérieure. Comme résultat, ces luttes échoueront à aller à une étape supérieure.

Pour amener ces luttes plus avant, il est nécessaire de construire un Parti dans toute l’Inde et un centre reconnu par tous les révolutionnaires. La discipline auto-imposée est essentielle pour construire ce centre. »

Et ainsi, toutes les tâches étaient inter-reliées :

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« La tâche principale de notre politique sera d’établir consciemment cette lutte armée sur une base de masse. Les trois points élémentaires sont : (1) l’unité ouvrière-paysanne sous la direction de la classe ouvrière, (2) l’établissement conscient de la lutte armée sur une base de masse et (3) le ferme établissement de la direction du Parti Communiste.

Il est impératif de ne pas mettre de côté une seule de ces trois tâches. »

La construction du Parti comme clef

La conclusion de l’interconnexion de ces tâches est que la construction du Parti est l’aspect principal pour évaluer le niveau de la révolution indienne.

« Le futur de la révolution dépend d’à quelle vitesse nous pouvons construire durant cette période les organisations du Parti parmi les classes. De cela dépendra si nous sommes capables de diriger ce soulèvement révolutionnaire ou pas.

Il est possible que ce soulèvement prendra place durant la lutte arrivant pour saisir les récoltes. Faisons que les intellectuels révolutionnaires aillent de l’avant et aident à construire le parti révolutionnaire en répandant et en propageant la pensée du Président Mao parmi les ouvriers et les paysans. »

Et :

« Nos tâches cardinales, ainsi, sont de construire le Parti et de l’avoir enraciné parmi les sans-terres et les paysans pauvres. La construction du Parti signifie le développement de la lutte de classe armée. Et sans lutte de classe armée, le Parti ne peut pas être développé et ne peut pas s’enraciner dans les masses. »

La pensée de Mazumdar considéré comme reflet de la Pensée Mao Zedong

Quand il expliquait tout cela, Mazumdar considérait seulement qu’il était en train de redire la conception de Mao Zedong. Mazumdar essaie d’être l’activiste le plus discipliné et il met en avant la pensée Mao Zedong comme pensée à suivre :

« Nous devons sans cesse propager la politique de la révolution agraire et la pensée du président Mao parmi la classe ouvrière. »

« Les citations de la Guerre Populaire publiées par les Comité Central du grand Parti Communiste de Chine sont maintenant disponibles pour nous, une traduction en bangla ayant déjà été publiée. Ce libre est fait à l’intention des ouvriers et paysans révolutionnaires. Nous devons faire de celles-ci notre propagande et notre matériel d’agitation.

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Si un ouvrier est révolutionnaire ou non sera jugé sur la base du nombre d’ouvriers et de paysans à qui il a lu et expliqué ce livre. »

« L’organisation politique de la jeunesse et des étudiants doit nécessairement être une organisation Garde Rouge, et ils doivent entreprendre la tâche de répandre les citations du Président Mao de manière aussi large que possible dans différentes zones. »

Reconnaissance du maoïsme

Ici, nous trouvons la clef. Mazumdar reconnaissait l’aspect universel des contributions de Mao Zedong. Il était en fait à la fois faisant cela, et formant une pensée – une pensée qu’il pensait était celle de Mao Zedong, et non pas la sienne.

C’est pourquoi il peut dire :

« La Révolution Démocratique du Peuple dans notre pays peut être amenée à une fin victorieuse seulement sur la base de la pensée du Président Mao. La mesure dans laquelle quelqu’un assimile et applique la pensée du Président détermine si c’est un révolutionnaire ou pas.

Qui plus est, la mesure du soulèvement révolutionnaire dépendra d’à quel point nous pouvons diffuser et propager la pensée du Président parmi les paysans et les ouvriers. Cela, parce que la pensée du Président n’est pas simplement le marxisme-léninisme de notre époque présente : le Président a fait progresser le marxisme-léninisme lui-même jusqu’à une étape complètement nouvelle.

C’est pourquoi l’époque présente est devenue l’époque de la pensée du Président. »

Les pensées Mazumdar et Mao Zedong – unies de manière abstraite

La conséquence de la non-compréhension par Mazumdar des deux côtés de la question – sa pensée comme expression nationale indienne et en tant qu’application du maoïsme universel, a amené une confusion idéologique, tous ces aspects étant mélangés.

Cela est clair quand Mazumdar dit :

« Dans l’époque présente, la pensée du Président Mao est le plus haut développement du marxisme-léninisme. Le président Mao n’a pas seulement appliqué créativement le marxisme-léninisme, mais a enrichi le marxisme-léninisme et l’a développé jusqu’à une nouvelle étape. La pensée de Mao Zedong peut être appelée le marxisme-léninisme de notre époque où l’impérialisme va à son effondrement complet et où le socialisme avance vers la victoire à l’échelle mondiale.

Le Président Mao nous a enseigné que dans un pays semi-féodal, semi-colonial, les paysans constituent la majorité de la population et que la paysannerie est exploitée et gouverné par trois montagnes, à savoir l’impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique.

C’est pourquoi les paysans sont extrêmement désireux de faire la révolution. Ainsi, le prolétariat doit s’appuyer sur les paysans, afin d’achever la victoire par la Guerre Populaire.

Le Président Mao nous a enseigné que les paysans sont la principale force de la révolution, et la victoire de la révolution dépend de l’éveil et de l’armement des masses paysannes. C’est le devoir du parti révolutionnaire du prolétariat d’aller aux masses paysannes et d’assidûment travailler parmi elles pour une longue période, avec en perspective la construction de zones de lutte armée dans les campagnes.

Le manque à réaliser l’importance de cette question paysanne aboutit à la formation au sein du parti de déviations de « gauche » et de droite. Et la révolution démocratique est de manière primaire une révolution agraire. Par conséquent, c’est la responsabilité du prolétariat de fournir la direction à cette révolution agraire. »

C’est à la fois universel et indien.

La Pensée Mazumdar existe : la synthèse

Par conséquent, nous devons dire qu’il y a une pensée Mazumdar, synthétisée dans la position suivante :

« En Inde, qui est maintenant comme un volcan, la révolte des masses paysannes peut être victorieuse seulement en appliquant avec succès la pensée du Président Mao, c’est-à-dire en enthousiasmant les masses paysannes avec la politique de la prise du pouvoir et ainsi leur rendant possible, sous la direction des ouvriers et des paysans pauvres et sans-terres, de participer activement à mener plus avant la révolution agraire ; en chassant les ennemis de classe des campagnes au moyen de la lutte de guérilla, en étendant de telles zones et en établissant des zones libérées, en construisant une armée du peuple à partir des groupes armés de guérilla et en encerclant les villes par les campagnes pour finalement les capturer.

Ce n’est qu’ainsi que l’Inde peut être libérée. Par conséquent, les masses rebelles de chaque zone doivent suivre cette voie pour réaliser la victoire. »

Les manques de la Pensée de Mazumdar

Il y a bien entendu une conséquence mauvaise dans la non-compréhension du double aspect de Mazumdar, qui était d’un côté Plékhanov apportant le marxisme et Lénine le formulant dans un pays donné.

Il était facile, de fait, pour le gauchisme de bouger dans le sens d’appliquer un modèle chinois, s’éloignant de la société indienne. C’est ce qui est en partie arrivé, l’Inde étant considéré comme la Chine d’avant de 1949 et puis voilà.

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Nous devons noter ici que, malheureusement, il n’y a pas de documents de Mazumdar en tant que tel traitant de la superstructure du pays.

Nous ne trouvons pas, dans les documents de Mazumdar, d’explication matérialiste de l’hindouisme, de la littérature et des films indiens, ou de la poésie, dont l’histoire est si riche, etc.

Cela provient d’une non-compréhension des deux aspects de sa pensée, et malheureusement la confusion a amené le militarisme, un gigantesque mouvement de masse de la jeunesse bengalie tentant d’être des « gardes rouges » avant d’être écrasée par la violence à une échelle massive, et enfin l’effondrement entier du PCI (ML).

L’héritage de Mazumdar

Mazumdar lui-même fut arrêté le 16 juillet 1972, torturé pendant dix jours, isolé du monde, avant de mourir le 28 juillet 1972. Le PCI (ML) s’effondra bientôt après, avec de nombreux groupes scissionnistes apparaissant.

La question de l’héritage de Mazumdar fut bien entendu centrale, avec le principe de l’anéantissement comme débat principal. Dans les années 1960-1970, être pour l’anéantissement signifiait être avec Mazumdar, le rejeter signifiait le rejeter lui, soit comme dirigeant du PCI (ML), soit, en étant en-dehors de ce dernier, en rejetant à la fois le PCI (ML) et Mazumdar.

Depuis les années 1970 et jusqu’à aujourd’hui, il y a de nombreux courants prétendant soutenir le PCI (ML) des années 1970 d’une manière ou d’une autre, mais rejetant la ligne de Mazumdar comme « gauchiste ». Ces gens disent que la lutte armée était séparée du mouvement de masse, que c’était militariste, gauchiste, une copie aveugle de la révolution démocratique chinoise, etc.

Déjà à l’époque de Mazumdar, certaines personnes autour de Kanhai Chatterji formèrent le Centre Communiste Maoïste, rejetant l’anéantissement sous le même prétexte de séparation de la lutte paysanne.

Aujourd’hui, le Parti Communiste d’Inde (Maoïste) soutient à la fois Mazumdar et Chatterji.

La pensée de Mazumdar et l’Inde

Mais il n’est pas possible de mettre en avant à la fois Mazumdar et Chatterji, sur le même plan. Si à leur époque, deux partis existaient, c’était pour une bonne raison, il n’est pas possible d’évacuer cette question. Cependant, le Parti Communiste d’Inde (Maoïste) n’a pas de position à ce sujet.

La raison de cela est que la conclusion logique censée se produire est de reconnaître la pensée Mazumdar et de séparer l’aspect universel des aspects indiens.

Cela permettrait de comprendre le processus réel de la naissance du PCI (ML), pour voir comment Mazumdar a réactivé le matérialisme dialectique en Inde.

Au lieu de cela, le « gauchisme » de Mazumdar est oublié, comme son exigence d’avoir une perspective depuis en haut, et par conséquent les aspects nationaux sont effacés : aussi ahurissant que cela puisse sembler, les maoïstes indiens n’ont pas d’études sur l’hindouisme, l’Islam et Bollywood. La culture indienne n’est pas un thème – et c’est l’aspect manquant qui a permis à la propagande fasciste de Modi d’avoir un tel terrible succès en Inde.

 4. Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste [Belgique] : Qui sommes-nous ?

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Le Centre Marxiste-Léniniste Maoïste [Belgique] est une organisation née en juillet 2010 des suites de l’implosion de Bloc Marxiste-Léniniste, et, partiellement, du refus des multiples déviations droitières du PTB. Il considère que la révolution prolétarienne, la Dictature du prolétariat sont les étapes nécessaires du processus de dépassement et de liquidation du système capitaliste.

Le Centre MLM rassemble − outre des personnes n’ayant auparavant jamais été organisées − des militants issus d’organisations aujourd’hui dissoutes comme le Collectif Classe Contre Classe (première mouture), le Collectif d’Agitation et de Propagande Communiste, le Bloc Marxiste-Léniniste ainsi que des militants ayant quitté individuellement le PTB parce qu’éprouvant le plus profond dégout pour la ligne opportuniste de droite honteusement développée par leur ancien « Parti ».

Assumant collectivement le socialisme scientifique élaboré par Marx et Engels, développé par Lénine et Staline et enrichi par Mao Zedong, les militants du Centre MLM reconnaissent le maoïsme comme troisième étape supérieure du marxisme et se définissent comme avant-garde en construction assumant le futur sur tous les plans, étudiant la société belge de manière totalement scientifique, pavant la voie aux luttes de classes par la confrontation avec ce qui est ancien et doit être dépassé.

L’échec dans le Bloc ML du processus d’unification autour des expériences de militants issus d’horizons idéologiquement aussi différents que le maoïsme, l’hoxhaïsme, le « communisme combattant », le guévarisme et le néo-révisionnisme était prévisible et est rapidement devenu patent en l’absence d’un bilan critique de chaque expérience et du refus obstiné, dans le chef de certains, de saisir la signification historique du maoïsme, de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne comme le sommet du communisme, et de la Guerre populaire comme tendance irrépressible et nécessairement victorieuse lorsqu’elle est correctement comprise et appliquée.

Dans l’histoire du Mouvement communiste international, les tentatives d’unité sans principes, basées sur l’éclectisme, le relativisme et le refus de la théorie sont légion et n’ont jamais débuchées que sur l’échec, la désillusion et la capitulation.

Le Bloc ML n’aura ainsi pas fait exception à la règle.

Les maoïstes ayant participés à cette expérience doivent à présent s’auto-critiquer et reconnaitre que lors de la fondation du Bloc ML, nous avons refusé de voir que notre niveau de connaissance politique en était encore au degré sensible. Ce refus de reconnaitre nos limites théoriques a eu pour conséquence de nous faire courir droit vers des déviations graves dont la moindre n’était pas d’analyser comme juste le fait de nous lier − dans le cadre d’un projet partidaire − à des militants ML considérant l’étape marxistes-léninistes comme « correcte et indépassable », alors même que l’étape était déjà clairement celle du Marxisme-Léninisme-Maoïsme.

A l’époque, nous pensions par exemple être assez instruit de l’expérience du Mouvement communiste international mais aujourd’hui encore, que connaissons-nous au juste des 200 années de l’histoire du mouvement ouvrier et révolutionnaire en Belgique ? De la réalité concrète ici ?

Centre MLM-pour le communisme-Qui sommes-nous ?

Et c’est ici que nous devons saluer et rendre hommage aux camarades du Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste de France qui par son style de travail, le nombre impressionnant et la grande clarté de ses contributions théoriques − touchant à la politique, à la culture, à l’économie, à la philosophie, et concernant tant la France que l’international − a largement contribué à nous aider à nous confronter à nos propres limites et contradictions ; nous incitant à « ressaisir », à « réinvestir » la spécificité, l’originalité, la force et la justesse des positions et de la science marxistes-léninistes-maoïstes.

Les camarades du PCMLM de France, mais ceux également de l’Organisation des Ouvriers d’Afghanistan (Marxiste-Léniniste-Maoïste−principalement Maoïste), et du Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste du Bangladesh, nous ont permis de comprendre que nous avons tout avantage à insister sur le caractère inachevé et tâtonnant de nos positions ; que pour construire le programme, il faut non seulement systématiser la connaissance sensible de la situation générale en Belgique, mais aussi et surtout qu’il est crucial de ne jamais capituler devant l’exigence du travail théorique marxiste-léniniste-maoïste.

Depuis l’échec dans les années ’70 du projet d’unité formulé par l’Union des Communistes Marxistes-Léninistes de Belgique face aux opportunistes d’AMADA-PTB, et celui des Cellules Communistes Combattantes dans les années ’80 un constat s’impose : il n’existe pas aujourd’hui d’organisation communiste capable d’appliquer le marxisme à la réalité concrète de notre pays, de servir le peuple, de produire une Pensée-guide, et de marcher à la tête du prolétariat et des masses populaires avec l’objectif de la destruction complète du pouvoir d’Etat bourgeois, l’instauration de la Dictature du prolétariat − phase de transition vers le communisme – par l’application et le développement de la Guerre Populaire Prolongée.

Lors de sa fondation, l’Union des Communistes Marxiste-Léniniste de Belgique a cherché à formuler le principe de la nécessité de fonder une pensée-guide, mais elle n’en connaissait pas le fondement. L’UCMLB ne pouvait pas comprendre que la GRCP voulait mettre l’idéologie au poste de commande dans tous les domaines. Par conséquent, UCMLB se limitera à lutter sur le plan politique en oubliant celui culturel et en occultant la nécessité de la guerre populaire. Sombrant dans le subjectivisme, la majorité de l’organisation finira par capituler, s’éparpillant ou rejoignant AMADA-PTB.

Les Cellules Communistes Combattantes qui ont été une tentative conséquente de construire un pôle révolutionnaire échouèrent, contrairement à l’UCMLB, sur cet écueil qu’est la question scientifique, la pratique armée prenant le pas sur la théorie, la politique ne commandant pas au fusil. Les Cellules seront ainsi amenées à mésestimer gravement la capacité de nuisance, le banditisme politique d’une extrême-gauche – PTB et vieux PC en tête − qui mettra un soin tout particulier à éviter la critique sur le plan politique, préférant verser dans le complotisme le plus abject, voire la délation pure et simple : le débat ouvert souhaité par les Cellules pouvant ainsi être facilement étouffé.

Confrontés à la corruption, à la dégradation générée par le capitalisme dans sa phase impérialiste, et à la trahison d’un PTB en pleine mutation social-démocrate (il faut être, à l’instar de Pascal Delwit, un intellectuel bourgeois dégénéré issus des rangs du révisionnisme moderne pour persister dans l’idée qu’au PTB, il existerait « une différence entre la salle et la cuisine » : « la salle » étant composée d’une énorme vitrine démocrate-bourgeoise, et « la cuisine » d’une clique de meneurs révisionnistes et opportunistes que Delwit s’obstine à qualifier de « staliniens »… alors qu’il ne subsiste là que la pourriture bourgeoise), une seule perspective s’offre à nous : celle de fonder l’Organisation révolutionnaire armée de la science MLM et du fusil.

Qu’est-ce que cela signifie ? Quelles sont nos tâches ?

Etre MLM, cela signifie affronter l’ambiance de fin du monde générée par la bourgeoisie pour mieux la dépasser par le haut. Quelles sont les caractéristiques de notre époque ? Quelles sont les perspectives ? Quel est le contexte spécifique du pays dans lequel nous luttons ?

L’analyse sensible de notre époque nous montre que nous vivons aujourd’hui dans une ambiance de fin du monde. La crise n’est bien entendu pas uniquement financière et touche en vérité tous les aspects de la vieille société capitaliste.

Toute notre planète a le souffle coupé par l’exploitation du capitalisme, de l’impérialisme. Et c’est ici que la question de la civilisation se pose véritablement, car la bourgeoisie assume pleinement cette ambiance de fin du monde qu’elle a elle-même générée.

Dans le domaine culturel, la plupart des œuvres produites assument le nihilisme de la situation, envisageant la destruction complète d’un monde « dont il n’y a plus rien à tirer ».

Aujourd’hui, des nostalgiques de la collaboration avec les nazis sont actifs au sein du gouvernement bourgeois, y occupant des postes-clé. Ces représentants du parti ultra-nationaliste flamand Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) y agissent comme des agents de la diffusion massive du fascisme dans les masses, et tout en restant dans les limites acceptables de la loi, propagent des thématiques fascistes et se démènent pour les rendre « acceptables ».

Le nouveau secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Théo Francken, (N-VA) est un opposant acharné… de l’immigration qu’il associe systématiquement à la délinquance. Le climat nihiliste généralisé est ici renforcé par la bêtise des antiracistes sociaux-démocrates, trotskystes et anarchistes qui, incapables de s’opposer réellement au fascisme, présentent Théo Francken de manière apolitique, comme quelqu’un « d’idiot » (ce qui est loin d’être démontré) dont le cas relèverait de la Faculté. On a donc ici une vision petite-bourgeoise de la lutte contre le fascisme niant le rapport entre le fascisme et la crise générale du capitalisme.

A ce stade, que pouvons/devons-nous faire ?

Au Centre MLM, nous défendons le matérialisme dialectique de manière orthodoxe ; nous assumons l’intégralité des positions chinoises (dont nous mettons les documents à disposition sur notre site) , dans la défense de Staline et le rejet des multiples thèses du révisionnisme ; car contrairement aux « théories » aujourd’hui mises en avant par PTB, nous disons que la révolution mondiale est l’actualité du 21e siècle et l’unification de l’humanité à l’échelle planétaire est l’exigence de notre temps !

Staline a systématisé les périodes et les étapes de la construction du Parti en Russie. Il donna les tâches principales de la première période : démarcation idéologique avec l’opportunisme, édification du Centre, construction du programme, et celles de la seconde période : travail de masse pour gagner la classe au programme, direction des luttes de masse.

Le Centre MLM, loin d’être un Parti constitué, se trouve aujourd’hui confrontés à étape de la construction de l’embryon du Parti. Faible numériquement et dépourvu encore d’une vraie connaissance des réalités, du contexte spécifique de la Belgique, mais guidés par la science Marxiste-Léniniste-Maoïste, par le matérialisme dialectique, nous disons : « ce qui est important est ce qui nait et se développe. »
A celles et ceux qui nous posent la question de savoir pourquoi nous nous « acharnons » sur le dos du PTB et des trotskystes, « pourtant eux aussi ‘de gauche’ », nous répondons : si nous ne combattons pas révisionnisme et l’opportunisme, nous n’avons rien !

« Ainsi, pour nous, le problème est de combattre le révisionnisme, de le combattre implacablement. Il faut se rappeler, comme on nous l’a enseigné, qu’on ne peut combattre l’impérialisme sans combattre le révisionnisme. Notre Congrès dit qu’il faut combattre l’impérialisme, le révisionnisme et la réaction mondiale, conjointement et implacablement.

Comment le combattre ? Il faut le combattre sur tous les plans, en partant des trois plans classiques : idéologique, économique et politique. Sur les trois plans, nous devons les combattre. Si nous ne combattions pas le révisionnisme, nous ne serions pas des communistes. Un communiste a l’obligation de combattre le révisionnisme, inlassablement et implacablement. »
Président Gonzalo [Interview de Gonzalo, première partie]

Comme cela est expliqué par le Président Gonzalo, il est correct de dénoncer, de combattre radicalement cette ligne noire, ce conglomérat d’idées bourgeoises, ce poison aujourd’hui propagé dans masses par le PTB. Nous disons que nous ne l’avons pas fait suffisamment jusqu’ici, qu’il nous faudra renforcer et étendre bien plus largement le caractère combatif de notre critique envers cette engeance glissant de plus en plus ouvertement vers un national-populiste pavant la voie au fascisme. Nous réitérons le principe marxiste-léniniste-maoïste selon lequel l’unité ne sera jamais atteinte par la conciliation, mais par la lutte implacable contre le révisionnisme, en défense du marxisme.

Comme détachement de la Révolution mondiale, le Centre MLM reconnait le caractère universel de la Guerre populaire prolongée. Il entend d’abord particulièrement lutter contre sa propre bourgeoisie impérialiste, ensuite, dans un mouvement dialectique, pratiquer les valeurs de l’internationalisme prolétarien en soutenant les révolutions de Nouvelle Démocratie dans pays semi-coloniaux/semi-féodaux.

Au niveau mondial, la tâche des maoïstes est de lutter pour l’unification du MCI en arborant, défendant, appliquant l’idéologie et la culture MLM. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation où les millions de personnes des masses populaires exigent la révolution. Mais dans nos propres rangs à surgit une « nouvelle » forme de révisionnisme dont expression la plus détestable est la prétendue « nouvelle synthèse » du Parti Communiste Révolutionnaire (USA) du chef révisionniste Bob Avakian.

Il nous faut mener une lutte à mort contre ces faux maoïstes – véritables révisionnistes – dont les « thèses » ne se sont pas exprimées uniquement aux USA mais partout dans le monde. En Europe, il nous faut dénoncer et combattre tout particulièrement les centristes du Parti Communiste maoïste d’Italie qui se sert du « soutien » aux guerres populaires et aux luttes révolutionnaires pour tirer parti de l’immense sacrifice des masses populaires en Inde, et dont la pratique consiste à manœuvrer pour tenter de « relancer » le Mouvement Révolutionnaire Internationaliste afin de le convertir de manière définitive en un appareil bureaucratique à sa solde dont l’activité serait de faire un commence sordide des héroïques guerres populaires dans les pays semi-coloniaux/semi-féodaux, en évitant soigneusement de soulever la question de son universalité donc de son application dans les pays impérialistes, même si la stratégie en est « en théorie » acceptée pour l’Italie.

Au niveau international comme en Belgique nous devons « combattre inlassablement et implacablement » les mensonges propagés ces faux maoïstes dont les « thèses » sont celle de la réaction et du révisionnisme : de Bernstein et Kautsky à Khrouchtchev et Deng.

Dans un souci de clarté politique et idéologique, le Centre MLM précise ci-après les classiques du marxisme que chaque membre de notre organisation sera appelé à maîtriser, l’étude de ces classiques étant la tâche de tout militant du Centre MLM car correspondant aux besoins, aux nécessités de nos tranchées :

* Marx-Engels : Manifeste du Parti communiste.

* Marx : Salaire, prix et profit ; Contribution à la Critique de l’économie politique.

* Engels : l’Anti-Dühring ; Socialisme utopique et socialisme scientifique ; L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.

* Lénine : L’État et la révolution ; L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ; La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »).

* Staline : Les principes du léninisme ; Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. ; Le marxisme et la question nationale − De la stratégie et de la tactique des communistes russes ; Anarchisme ou socialisme ?

* Mao Zedong : Intervention aux causeries sur la littérature et l’art à Yenan ; De la pratique ; De la contradiction ; De la guerre prolongée ; Réformons notre étude ; La Démocratie Nouvelle.

Camarades ! Le Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste incarne le mouvement de la révolution socialiste en Belgique. Nous prenons en compte l’urgence de la situation et traçons des perspectives à long terme, les masses populaires ayant besoin d’une vision claire de l’avenir.

Aujourd’hui des fascistes sont actifs dans le gouvernement bourgeois. Cela est logique et inévitable, la bourgeoisie dans sa phase impérialiste n’étant plus à même de produire autre chose que le nihilisme et la décadence. Face au fascisme, nous n’avons pas besoin de la passivité culturelle et idéologique du PTB, des trotskystes et des anarchistes. Nous affirmons la nécessité de fonder une organisation solide, le parti de la science, de la culture et de la civilisation seul à même de résister et de vaincre l’offensive fasciste désormais généralisée !

Camarades ! N’accorde jamais ta confiance au PTB ou aux trotskystes : ce sont des opportunistes et des traitres. Nous savons qu’une nouvelle tempête vient, que la nouvelle vague de la Révolution Prolétarienne Mondiale émerge. Nous t’appelons à comprendre les deux aspects de la réalité : aujourd’hui la nuit est noire, l’obscurité semble envelopper chaque aspect de la réalité, mais en fait l’aube commence déjà à faire briller le soleil rouge !

Camarade ! Rejoins ton organisation !

Rejoins le Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste !

Arborer, défendre, appliquer le Marxisme-Léninisme-Maoïsme !

Lutter pour la génération et l’application de la pensée-guide dans chaque pays, pour déclencher et développer la Guerre Populaire !