Centre MLM de belgique

Disparition du révisionniste Ludo Martens

Ludo MartensLa Belgique de ces 40 dernières années a connu deux expériences révolutionnaires marquantes et de haut niveau. La première, représentant l’aspect positif, cela a été les Cellules Communistes Combattantes (CCC).

- Les CCC (un site présente en détail leur histoire et leurs positions) ont été une tentative conséquente de construire un pôle révolutionnaire ; leurs actions armées ont été une actualité pour toute personne communiste authentique en Europe de l’Ouest.

La seconde, représentant les conceptions négatives des « marxistes » non maoïstes est le PTB.

- Le PTB dont le fondateur, Ludo Martens, vient de mourir, le 5 juin dernier. Avec sa disparition, c’est la fin d’un monumental bastion révisionniste en Europe.

Car Ludo Martens et le PTB ont été d’infatigables combattants anti-maoïstes ; aujourd’hui, les « marxistes-léninistes », les « anti-impérialistes », sont très largement influencés par Ludo Martens et le PTB d’alors.

Ludo Martens, né en 1946, a commencé sa carrière politique comme nationaliste flamand. Dirigeant étudiant, il amène le nationalisme flamand universitaire à prendre une tournure « sociale. »

Avec mai 1968, Ludo Martens amène alors ce nationalisme « social » à assumer en façade le marxisme-léninisme. Cela donne à la fin des années 1960 l’organisation « Alle macht aan de arbeiders » – AMADA / « Tout le pouvoir aux ouvriers » – TPO, qui deviendra le PTB en 1979.

Affiche AMADA/TPO - Manifestation à Liège pour la liberté et l'independance contre les fauteurs de guerre russes

En façade, le PTB est ainsi marxiste-léniniste ; en pratique, c’est une organisation populiste, prônant une ligne « sociale » à la base et célébrant les nationalismes petit-bourgeois « révolutionnaires » en fonction des intérêts de la Chine fasciste d’après Mao Zedong.

Cette ligne « sociale », notamment avec des soins médicaux gratuits par l’association « Médecine pour le Peuple » touchant chaque année des milliers de personnes, a fait du PTB la plus grande structure d’extrême-gauche de Belgique.

Le PTB revendique aujourd’hui encore 4500 membres, une présence dans 30 villes, 120 entreprises. Il a par contre balancé par dessus bord, il y a quelques années, toute prétention marxiste-léniniste.

La Chine social-fasciste n’a en effet aujourd’hui plus besoin du PTB, qui l’a servi fidèlement pendant des années. Chaque année, le PTB a organisé un « Séminaire Communiste International » rassemblant de très nombreuses organisations révolutionnaires, ayant toute la particularité de se fonder sur le marxisme-léninisme et de rejeter le maoïsme, ainsi que la guerre populaire.

Confronté à la lutte armée des Cellules Communistes Combattantes, le PTB n’a pas hésité à utiliser tous les moyens pour briser cette « concurrence » idéologique, appelant à les dénoncer à la police, les assimilant aux « tueurs du Brabant », une bande ayant assassiné 28 personnes dans des supermarchés dans les années ’80, « CCC = CIA », etc.

Mais ce n’est pas tout. Ludo Martens a passé une bonne partie de son activité politique à être actif au Congo, notamment auprès de Laurent-Désiré Kabila. Ludo Martens a en effet théorisé tout un « panafricanisme », se faisant historien des révoltes de Lumumba, Sankara (ou Mulele, celui-ci étant toutefois proche du maoïsme historiquement), et en faisant des figures « anti-impérialistes » aussi valables, prétendument, que le socialisme scientifique.

Affiche AMADA - Meeting à Anvers - 10 travailleurs parlent de la construction du socialisme en Albanie

Ludo Martens a ainsi développé un véritable trotskysme en version « marxiste-léniniste » ; les trotskystes de la « IVème Internationale » expliquaient que les « anti-impérialistes » étaient trotskystes sans le savoir, Ludo Martens théorisait la même chose en version « marxiste-léniniste. »

Ludo Martens a d’ailleurs été le dernier étranger à voir le fasciste coréen Kim Il Sung avant la mort de celui-ci, en 1994 ; après avoir critiqué Cuba dans les années 1970, le PTB est devenu pro-cubain de fait, puis pro Hugo Chavez, pro Evo Morales etc.

Aux yeux de Ludo Martens, il n’y avait au fond aucune différence entre « pro chinois », « pro albanais » et « pro cubain. »

Pour réussir cette « synthèse » révisionniste, Ludo Martens a publié « Un autre regard sur Staline », où Staline est décrit comme une sorte de super-administrateur parfait, qui par conséquent devrait être la seule référence commune.

Cette position de Ludo Martens, de type « front anti-impérialiste » pseudo « stalinienne », a été durant les années 1980 le principal fer de lance international contre l’exigence scientifique d’un parti maoïste centralisé et menant la guerre populaire.

Il n’est pas difficile de voir comment cette idéologie « anti-impérialiste » s’est largement répandue, par l’intermédiaire des « marxisme-léninistes » de nombreux pays qui ont toujours eu le regard tourné vers le PTB et ses « succès. »

Une structure comme l’ex-Bloc ML, qui proposait la défense de Staline et la mise de côté du reste (Mao Zedong, pro-Cuba, etc.), disait exactement la même chose que le PTB d’alors. De la même manière, les « anti-impérialistes » revendiquent un même « front mondial » qui serait, par nature et automatiquement, « révolutionnaire. »

AMADA_weekblad

Pire, la conception des « marxistes » non maoïstes est que le Parti ne doit pas être un Parti de science, mais une organisation poussant à la lutte. C’est une conception du Parti comme « bras armé » du populisme ; c’est une conception totalement opposée au léninisme.

La révolution ne passe pas par une organisation « de lutte », mais une avant-garde assumant le futur sur tous les plans, étudiant scrupuleusement la société, de manière totalement scientifique, pavant la voie aux luttes de classes par la confrontation avec ce qui est ancien et doit être dépassé.

Dans les années 1980, la lutte des Cellules Communistes Combattantes a échoué sur cet écueil qu’est la question scientifique, le militarisme prenant le pas sur l’idéologie et des analyses scientifiques systématiques. Les « CCC » ont été des urgentistes et leur démarche s’est développée en dehors du principe central de construire le Parti Communiste.

Les CCC ont pensé – tout comme les Brigades Rouges (seconde position) devenues UdCC et le PCE(r) / GRAPO – avoir trouvé la « méthode décisive » (ici : la lutte armée).

En réalité, il fallait chercher la synthèse complète, la critique totale – la substance idéologique : le marxisme-léninisme-maoïsme adapté aux conditions concrètes du pays.

Cependant, la lutte des CCC avait le mérite de la dignité du réel ; le PTB lui n’a jamais été qu’un obstacle idéologique et pratique à la diffusion de l’esprit de confrontation avec la bourgeoisie et son État en Belgique.

mardi 7 juin 2011


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