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Fraction Armée Rouge : Pourquoi nous arrêtons − 1998

Il y a presque 28 ans, le 14 mai 1970, la RAF naissait dans une action de libération : aujourd’hui nous en terminons avec ce projet. La guérilla urbaine sous forme de la RAF fait désormais partie de l’histoire.

Nous, c’est tous ceux et toutes celles qui ont été jusqu’ici organiséEs dans la RAF.

Nous assumons ensemble ce pas. A partir de maintenant nous sommes - comme tous/toutes les autres de cette connexion - d’ex-militantEs de la RAF.

Nous assumons notre histoire. La RAF a été la tentative révolutionnaire d’une minorité - allant à l’opposé de la tendance de cette société - de contribuer au renversement des rapports capitalistes.

Nous sommes heureux/heureuses d’avoir fait partie de cette tentative.

La fin de ce projet montre que nous n’avons pas pu passer sur cette voie. Mais cela ne dit rien contre la nécessité et la légitimité de la révolte.

La RAF a été notre décision de nous placer du côté de tous ceux et toutes celles qui luttent dans le monde contre la domination et pour la libération. Pour nous, cette décision a été juste.

Des centaines d’années d’emprisonnement si on les ajoute les unes aux autres n’ont pas pu nous faire disparaître, pas plus que toutes les tentatives d’écraser la guérilla.

Nous avons voulu la confrontation avec le pouvoir.

Nous avons été sujet, lorsque nous nous sommes décidé il y a 27 années pour la RAF. Nous sommes restéEs sujets lorsque nous la laissons aujourd’hui à l’histoire.

Les résultats nous critiquent. Mais la RAF - comme l’ensemble de la gauche jusque-là - n’en est pas à l’étape d’être un passage sur une voie de libération.

Après le fascisme et la guerre la RAF a apporté quelque chose de nouveau dans la société : le moment de la rupture avec le système, et a jeté la lumière d’une inimitié décidée contre des rapports [sociaux] où les gens sont structurellement soumis et exploités, et qui ont amené une société où les gens se placent d’eux/elles-mêmes contre les autres.

La lutte dans la coupure sociale que notre inimitié marquait anticipait une libération devenant réellement sociale : la coupure entre un système - où le profit est sujet et l’être humain objet - et la recherche existentielle d’une vie sans le mensonge et la tromperie de cette société vidant de tout sens.

En avoir marre de faire le gros dos, de fonctionner, d’écraser ou d’être écrasé. Du refus à l’attaque, à la libération.

La RAF est née de l’espoir de libération

Avec comme soutien le courage propagé par les guérillas des pays du Sud jusqu’aux pays riches du Nord, la RAF est née au début des années 70, afin de prendre part à la lutte commune en solidarité avec les mouvements de libération. Des millions de personnes découvraient dans les luttes de la résistance et de la libération tout autour du globe également une chance pour elles-mêmes.

La lutte armée était dans beaucoup de parties du monde l’espoir de libération.

En R.F.A. également cela a été des dizaines de milliers de personnes qui furent solidaires avec la lutte des organisations militantes, le 2 juin, les RZ [Cellules Révolutionnaires], la RAF et plus tard la Rote Zora.

La RAF est le produit de discussions de milliers de personnes qui se sont confrontées avec la lutte armée comme voie vers la libération, à la fin des années 60 et au début des années 70.

La RAF a assumé la lutte contre un Etat qui n’avait, après la libération du fascisme nazi, jamais rompu avec son passé national-socialiste.

La lutte armée était la rébellion contre une forme sociale autoritaire, contre l’isolement et la concurrence.

Elle était la rébellion pour une autre réalité sociale et culturelle. Dans le courant ascendant des tentatives mondiales de libération, les temps étaient mûres pour une lutte décidée n’acceptant plus la légitimation pseudo-naturelle du système, et prenant au sérieux son dépassement.

1975-77

Avec l’occupation de l’ambassade allemande en 1975 à Stockholm commença une étape où la RAF mit tout en oeuvre pour libérer ses prisonnierEs des prisons.

On en vint à l’offensive de 1977, où dans son déroulement la RAF enleva Schleyer . La RAF posait la question du pouvoir. Commença alors une tentative radicale et décidée d’imposer à la gauche révolutionnaire une position d’offensive contre le pouvoir.

L’Etat voulait exactement empêcher cela. Mais le caractère explosif - l’escalade de l’affrontement - vint de l’arrière-plan de l’histoire allemande : la continuité de l’Etat suivant l’Etat nazi, que la RAF touchait avec l’offensive.

Schleyer, membre de la SS sous le régime nazi, était comme beaucoup de nazis dans tous les domaines sociaux revenu à son poste avec tous les honneurs. Des carrières qui menaient jusqu’aux administrations du gouvernement de R.F.A., la justice, dans l’appareil de police, l’armée, les médias et à la tête des Konzern [trusts].

L’obligation absolue d’approuver toutes les mesures de l’équipe de crise [formé par les représentants de l’Etat] et la poursuite de toute voix critique, jusqu’à la tentative d’effacer l’opposant politique - c’était le même type de réaction avec lequel les nazis réagissaient .

Les actions de l’offensive de 1977 ont rendu clair le fait qu’il y a dans cette société des espaces qui ne sont en aucune manière intégrables au système ou contrôlables.

Après l’élimination de la résistance par les nazis, c’est avec les actions des groupes de guérilla urbaine après 1968 le retour d’un moment non intégrable de la lutte de classe dans l’Allemagne de l’Ouest postfasciste.

L’enlèvement de Schleyer accentua essentiellement cet aspect de la lutte.

L’Etat n’a pas du tout réagit de manière paniquée, comme cela est souvent dit aujourd’hui. Il a réagit avec l’oppression de toutes les expressions qui ne soutenaient pas totalement les mesures de l’Etat dans l’état d’urgence.

L’Etat exigeait la soumission de l’ensemble des médias sur la ligne de l’équipe de crise, ce qu’ils firent d’eux-mêmes pour la plus grande partie. Tous ceux/Toutes celles qui ne se soumettaient pas étaient menacéEs de la confrontation avec le système.

Des intellectuelLEs, dont chacunE pouvait savoir qu’ils/elles ne sympathisaient pas avec la RAF, mais qui critiquaient l’état d’urgence imposé par l’Etat, n’étaient plus sûrEs d’échapper à la répression et la propagande.

Les membres de l’équipe de crise qui avaient pour certains fait l’expérience de la Wehrmacht ont réagi en 1977 avec le même modèle que les nazis - même si d’une autre proportion barbare - l’avaient fait afin de liquider ou de ne pas laisser passer les luttes anticapitalistes et antifascistes.

Sous le fascisme nazi, comme également en 1977, le but de la politique étatique était de ne pas laisser d’espace libre entre la loyalité obéissante à l’Etat dans l’état d’urgence d’un côté et la répression de l’autre.

Après qu’il soit de plus en plus clair que l’Etat laissait tomber Schleyer, on en vint avec l’accord de la RAF au détournement d’un avion civil, qui au sein de notre propre offensive amenait une action de guérilla que l’on ne pouvait pas comprendre autrement que comme si la RAF ne faisait plus de différences entre le bas et le haut de cette société.

Ainsi, dans la tentative juste de libérer les prisonnierEs de la torture, la dimension sociale-révolutionnaire de la lutte n’était plus identifiable.

De la rupture avec le système et le refus des rapports [sociaux] de cette société - ce qui forme les conditions pour chaque mouvement révolutionnaire - on en arrivait à la rupture avec la société.

Des années 70 aux années 80

La RAF avait tout jeté dans la balance et subi une grande défaite. Dans le processus de lutte jusqu’aux années 70, il s’est avéré que la RAF n’était qu’avec quelques autres ce qui restait de la rupture de 1968. Beaucoup de gens du mouvement de 1968 avaient arrêté et profitaient de leurs chances d’une carrière dans la système.

La RAF avait assumé la guerre de libération en république fédérale comme élément des luttes anti-impérialistes dans le monde. En 1977 on a pu voir qu’elle n’avait ni le poids politique ni le poids militaire afin de pouvoir encore décider de la situation, après la réponse de la réaction - la guerre intérieure.

Il était juste de profiter de la situation historique au début des années 70 et de lancer un nouveau chapitre inconnu dans les métropoles de l’affrontement entre impérialisme et libération. L’expérience de la défaite de 1977 montre les limites de vieux concept de la guérilla urbaine de la RAF.

Ce qui devait compter c’était un nouveau concept de libération. La conception du front des années 80 était la tentative d’en arriver à cela.

La RAF voulait en arriver à de nouvelles liaisons et une nouvelle base pour une lutte commune avec les parties radicales des mouvements de résistance apparus à la fin des années 70.

Mais le concept de front en resta essentiellement sur les bases du vieux projet des années 70.

L’action armée resta le moment central et décisif du processus révolutionnaire compris comme guerre révolutionnaire.

Le front anti-impérialiste des années 80

Au début des années 80 il y eut de nombreuses luttes qui se dirigeaient contre les projets inhumains du système, mais également comme expression de la recherche de libres formes de vie.

Une rupture sociale qui cherchait immédiatement le début d’une autre réalité sociale.

Dans les années 80 des milliers de personnes de différents mouvements allèrent dans la rue contre ce contre quoi la RAF voulait mener des attaques depuis 1979 : la militarisation de la politique des Etats de l’OTAN, qui devait permettre à l’Ouest des guerres de plus - guerre contre l’Union Soviétique, et en même temps guerre d’intervention contre les mouvements de libération et les révolutions qui en étaient arrivéEs par la lutte à un pas dans la libération des dictatures occidentales, comme au Nicaragua.

La RAF partait du fait que dans cette étape elle ne resterait pas seule.

Le concept était porté par l’espoir que des parties militantes des différents mouvements s’amèneraient dans le front commun.

Mais ce concept ne contenait pas d’évaluation se préoccupant du fait que dans cette situation sociale seulement le plus petit nombre voyaient un sens de la lutte de libération au niveau de la guerre.

La lutte de libération, dont le moment central est la guerre, n’a de sens que s’il y a une chance que les forces dans la société soient prêtes à la reprendre ; s’il y a une chance qu’elle s’élargisse - et ce au moins sur la partie la plus radicale des mouvements.

Mais mêmes ceux/celles qui ont été solidaires - et il y en a eu beaucoup - n’ont pas repris la lutte avec cette conception. La guerre de guérilla a besoin de la perspective de l’élargissement à un nouveau niveau de lutte. Nous n’avons jamais pu en arriver à ce développement existentiel pour la lutte de la guérilla.

La conception de la RAF, qui définissait l’action armée comme nœud central de la lutte, sous-estimait les processus politiques et culturels en dehors de la lutte politico-militaire.

Le dépassement de cette direction stratégique, qui dans sa structure fondamentale n’allait pas au-delà du concept des années 70, aurait été la présupposition pour un nouveau projet révolutionnaire.

Le front ne pouvait pas être le nouveau projet de libération qui dépasse les séparations entre les mouvements et la guérilla.

La RAF partait dans les années 80 du fait que l’élan social-révolutionnaire était contenu dans l’attaque des structures centrales du pouvoir de l’impérialisme.

Avec cette conception la politique devenait toujours plus abstraite. Cela amenait la séparation de ce qui va ensemble : anti-impérialisme et révolution sociale.

L’élan social-révolutionnaire disparaissait de la théorie et de la pratique de la RAF.

L’orientation du front anti-impérialiste limitée à la ligne anti-impérialiste en était la conséquence. La RAF n’a pas été identifiable en ce qui concerne les questions sociales. Une erreur de fond.

La substitution de tout contenu social et politique dans l’attaque anti-impérialiste contre le "système global" produit de fausses séparations au lieu d’un processus d’unité ; et cela amenait à une non-identification dans les questions concrètes et les contenus de la lutte.

L’effet dans la société resta limité, parce que la conception de passer lorsque la conscience sociale est formée et ainsi que le consensus entre Etat et société puisse être rompue - disparaissait de plus en plus.

Au lieu de cela la RAF essayait de disloquer la structure de domination de l’Etat par des attaques pointues. Cette priorité se repoussait au profit du moment militaire. Cette prise de poids dans le processus de lutte fut gardé pendant toutes les années 80 et a marqué notre lutte.

Nous, qui nous sommes pour la majeure partie organiséEs tardivement dans la RAF...

.. avons eu comme espoir d’amener de manière nouvelle notre lutte dans les conditions modifiées après les bouleversements mondiaux.

Nous cherchions des modifications pour la lutte de libération, une nouvelle voie, où nous pourrions nous relier avec d’autres. Et nous pensions reconnaître en eux ceux/celles qui avaient pris cette lutte avant nous, étaient mortEs ou en prison.

L’illégalité avait exercé sur nous une grande force d’attraction.

Nous voulions briser le carcan de notre groupe, et être libre de tout ce qui nous garde dans le système.

La lutte armée n’était plus pour nous la seule possibilité et nécessité du processus de libération.

Malgré cela nous voulions, justement vu la crise des gauches partout dans le monde, continuer à développer la guérilla urbaine comme possibilité et l’illégalité comme terrain du processus de libération.

Mais nous avons vu à l’époque que cela ne suffirait pas. Même la guérilla devrait se modifier.

Notre espoir était une nouvelle liaison de la guérilla avec d’autres espaces de la résistance dans la société. Pour cela nous cherchions un nouveau projet où seraient ensemble les luttes allant des quartiers jusqu’à la guérilla.

Il était important pour nous, après l’écroulement de la R.D.A., de mettre notre lutte en rapport avec la nouvelle situation sociale.

Nous voulions mettre nos efforts en relation avec tous ceux et toutes celles dont les rêves s’étaient évaporés avec la fin de la R.D.A. et sa reprise par la R.F.A..

Cela parce qu’ils/elles devaient reconnaître que le socialisme réel n’avait pas réellement amené la libération.

Ou d’autres, qui en R.D.A. étaient déjà parfois en opposition au socialisme réel, et rêvaient de pouvoir en arriver à quelque chose au-delà du socialisme réel et du capitalisme.

La plupart de ceux/celles qui avaient vécu en R.D.A. et exigé en 1989 le raccordement à la R.F.A. ne prévoyaient pas encore quelle nouvelle situation sociale dépressive, qu’ils/elles avaient demandé, et l’enlèvement massif de droits sociaux.

Nous voulions, dans cette situation historique inconnue à tous/toutes, mettre en relation ceux/celles qui luttèrent dans la confrontation avec l’Etat-R.F.A. et ceux/celles qui dans la R.D.A. qui n’existait déjà plus étaient mécontentEs du développement raciste et globalement réactionnaire.

Nous ne voulions pas laisser le terrain ni à la résignation ni à la droite.

Plus tard nous avons vu que la dimension du bouleversement nécessitait un nouveau projet de libération internationaliste, que la réalité entre Est et Ouest avait disparu.

La RAF avec ses racines seulement dans l’histoire de la résistance de l’ancienne R.F.A. ne pouvait pas être adapté.

La tentative de relier la RAF encore dans les années 90 était quelque chose d’irréaliste.

Nous voulions une transformation d’une conception issue du mouvement de 1968 en un nouveau concept social-révolutionnaire et internationaliste des années 90.

C’était une période où nous cherchions le nouveau, mais en étant prisonnierEs des dogmes des années passées - ne dépassant pas de manière suffisamment radical le vieux.

Et ainsi nous faisions l’erreur qu’ont fait chacunE d’entre nous a fait après 1977 : nous avons surestimé le maintien de la continuité de notre conception pour la lutte.

Mais fondamentalement il y a le danger de discréditer la lutte armée si elle est maintenue sans qu’il soit expliqué de quelle manière elle fait progresser de manière sensible le processus révolutionnaire et amène le renforcement de la lutte pour la libération.

Agir de manière responsable avec cela est important, sinon la lutte armée est discréditée pour longtemps - y compris pour une situation où on a à nouveau besoin d’elle.

La crise où la gauche des années 80 en arriva à ses limites et se retrouva déjà en décomposition a fait de notre tentative de relier la RAF à un nouveau projet quelque chose d’irréaliste.

Nous arrivions trop tard - y compris pour transformer la RAF dans un processus de réflexion.

La critique et l’autocritique n’ont pas pour but de finir quelque chose, mais de continuer à la développer. La fin de la RAF est en fin de compte pas du tout le résultat de notre processus de critique et d’autocritique, mais elle est nécessaire, parce que la conception de la RAF ne contient pas ce qui permettrait la formation du neuf.

Après notre défaite de 1993 nous savions que nous ne pouvions pas simplement continuer de la manière dont nous avions commencé notre coupure dans notre lutte en 1992 [date du cessez-le-feu de la RAF].

Nous étions certainEs que nous avions défini nos cibles de manière juste, mais fait des erreurs tactiques graves. Nous voulions une fois encore tout repenser, ensemble avec ceux/celles qui étaient encore dans les taules, et commencer ensemble une nouvelle étape.

Mais à la fin se montra dans la scission - très douloureuse pour nous - d’une partie des prisonnierEs d’avec nous, où nous avons été considéré comme des ennemis, que les conditions de formation de la RAF - la solidarité et la lutte pour le collectif - avaient été perdues.

Notre processus de libération...

... était important pour nous et a pourtant toujours stagné. Nous voulions le collectif exactement comme le dépassement commun de chaque aliénation.

Mais la contradiction entre guerre et libération a souvent été refoulé et évité chez nous.

La guerre révolutionnaire produit également des aliénations et des structures autoritaires, ce qui est en contradiction avec la libération.

Agir avec cela de telle manière que cela ne se renforce pas comme structure n’est possible que si on a conscience de cela. Sinon des endurcissements et des structures autoritaires se rendent indépendantes - dans la politique comme dans les rapports.

Cela se montre entre autres dans les structures hiérarchiques souvent changeantes du front des années 80 et les traits autoritaires de l’année 1993.

Et cela se montre dans le recul vers l’embourgeoisement de la perception et de la pensée, qui a amené dans l’histoire de la RAF que beaucoup de gens qui se sont battus ici ne peuvent plus voir la logique de la coupure globale.

Cela a été une erreur stratégique de ne pas construire à côté de l’organisation illégale, armée, une organisation politico-sociale.

Dans aucune phase de notre histoire il n’y a eu de réalisation d’organisation politique partant de la lutte politico-militaire.

Le concept de RAF ne connaissait en dernier lieu que la lutte armée - avec l’attaque politico-militaire dans le centre.

Dans les communiqués fondamentaux de la RAF jusqu’au milieu des années 70 cette question importante n’était pas encore résolue, ce qui pouvait difficilement être autrement.

Il n’y avait dans la métropole quasiment pas et en R.F.A. pas du tout d’expérience avec la guérilla urbaine.

Il était nécessaire de d’abord trouver beaucoup de choses et de les laisser se vérifier en pratique comme vraies ou fausses.

Malgré cela il y avait une direction pour la question décisive de savoir si le projet de libération pouvait être satisfait par une organisation illégale pour la lutte armée - ou si la construction de la guérilla allait main dans la main avec la construction de structures politiques qui grandiraient dans le processus à la base.

Nos camarades prisonnierEs écrivaient à ce sujet en janvier 1976 que la lutte armée à partir de l’illégalité était la seule possibilité d’activité pratique-critique dans l’impérialisme.

Le concept de Mai 1982 , malgré toutes les contradictions et malgré que cela ait été une tentative d’en arriver à une nouvelle liaison politique avec d’autres, s’est tenu à cette conception erronée.

Car ce concept ne fut pas cassé avec la centralité de la lutte armée dans la métropole. Les activités politiques qui venaient du processus de front s’étendaient surtout sur la compréhension de l’attaque à l’intérieur des structures des gauches radicales.

L’absence d’une organisation politique pendant plus de vingt années a amené à chaque moment un processus politique faible comme résultat.

La surestimation de l’effet des actions politico-militaires dans la métropole dans la dernière décennie a été la présupposition pour ce concept.

La RAF a réalisé sa stratégie de la lutte armée différemment dans les différentes phases, et n’est arrivé à aucun moment au stade où l’attaque militante en arrive là où elle appartient : l’option tactique d’une stratégie globale de libération.

Cette faiblesse a également contribué à ce que notre organisation ne soit à la fin d’une étape de plus de deux décennies plus en mesure d’être transformée. Les présuppositions pour élever le point central de la lutte au niveau politique - comme nous le voulions en 1992 - n’existaient pas.

Mais cela n’était en dernier ressort que la conséquence d’une erreur stratégique fondamentale.

La non-formation d’une organisation politico-sociale a été une erreur décisive de la RAF.

Ce n’est pas la seule erreur, mais un fondement important expliquant pourquoi la RAF n’a pas pu construire un fort projet de libération et pourquoi il a manqué en dernier ressort la présupposition décisive pour prendre une influence plus grande sur le développement social par la construction d’un contre-mouvement luttant et cherchant la libération.

L’erreur d’un concept comme celui que la RAF a accompagné durant toute son époque montre que le concept de RAF ne peut plus avoir de validité dans les processus de libération du futur.

La RAF a toujours été en contradiction avec les mentalités et la conscience d’une grande partie de cette société.

C’est un moment nécessaire du processus de libération, parce que non seulement les rapports [sociaux] sont réactionnaires, mais les rapports produisent le réactionnaire en les gens, qui opprime toujours à nouveau leur capacité de libération. Il est sans aucun doute existentiel de s’opposer et de lutter contre le racisme et toutes les formes d’oppression.

Mais les projets de libération du futur devront aussi être mesuré par leur capacité à trouver une clef pour la conscience enfermé devenu réactionnaire et à réveiller le besoin d’émancipation et de libération.

La réalité du monde montre aujourd’hui qu’il y aurait mieux valu que gagne la rupture mondiale dont vient aussi la RAF.

La rupture mondiale dont vient la RAF n’a pas gagné, ce qui signifie que le développement destructeur et injuste n’a jusque-là pas pu être renversé.

Plus dur que l’erreur que nous avons faite compte pour nous le fait que nous ne voyons pas encore de réponses suffisantes pour ce développement.

La RAF vient de la rupture de la dernière décennie, qui n’a pas pu prévoir exactement le développement du système, mais a senti la menace qui repose en lui.

Nous savions que ce système laisserait à toujours moins de gens dans le monde la possibilité de mener une vie digne.

Et nous savions que ce système veut le contrôle total des gens, de telle manière que ceux-ci se soumettent eux-mêmes aux valeurs du système, et en fassent les leurs. De cette connaissance vint notre radicalité. Pour nous il n’y avait avec ce système rien à perdre.

Notre lutte - la violence avec laquelle nous nous sommes opposéEs aux rapports - a une face dure et lourde. La guerre de libération a également son ombre.

Attaquer les gens dans leur fonction pour le système est pour tous/toutes les révolutionnaires dans le monde une contradiction avec leur pensée et leurs sentiments - à leur conception de la libération.

Même s’il y a des phases dans le processus de libération où cela est vu comme quelque chose de nécessaire, parce qu’il y en a qui veulent l’injustice et l’oppression et défendent le pouvoir qu’eux ou d’autres ont.

Les révolutionnaires tendent vers un monde où personne ne décide qui a droit à la vie et qui non. Malgré cela, les réactions à notre violence a aussi des caractères irrationnels. Parce que la terreur effective repose dans l’état normal du système économique.

La RAF n’a pas encore été la réponse pour la libération - peut-être un aspect d’elle.

Même si aujourd’hui beaucoup de questions restent ouvertes, nous sommes certainEs que le noyau des rapports libres ne pourra sortir de l’idée de libération du futur que si elle porte en elle la pluralité réelle où les rapports [sociaux] doivent être renversés.

"La ligne juste" qui met de côté les aspects de la vie, parce qu’ils ne semblent pas efficients, est autant inutile que la recherche du sujet révolutionnaire.

Le projet de libération du futur connaît beaucoup de sujets et une pluralité d’aspects et de contenus, ce qui ne signifie pas qu’il y ait n’importe qui et n’importe quoi.

Nous avons besoin d’une nouvelle conception où les individus peut-être les plus divers et les groupes sociaux puissent être sujets, où ils sont amenés ensemble.

Dans cette mesure le projet de libération du futur ne peut pas être trouvé ni dans les vieux concepts de la gauche de R.F.A. depuis 1968, ni chez la RAF, ni chez d’autres encore.

Construire la joie, un projet de libération global, antiautoritaire et pourtant relié et organisé, ce n’est pas encore fait et surtout trop peu essayé.

Nous voyons qu’il y a également dans cette partie du monde partout ceux et celles qui tentent de trouver des voies hors du cul-de-sac.

Nous apportent l’espoir deux/celles qui, partout, jusqu’au coin le plus perdu de ce pays - où l’hégémonie culturelle des droites fascistes n’est aujourd’hui pas une rareté - ont le courage de se rassembler contre le racisme et les néonazis, afin de défendre soi-même et les autres, de lutter.

Il est nécessaire de voir que nous nous trouvons dans un cul-de-sac, afin de trouver des voies. Il peut être ici tout à fait juste de laisser de côté ce que l’on pouvait continuer théoriquement.

Notre décision de terminer quelque chose est l’expression d’une recherche de nouvelles réponses. Nous savons que cette recherche nous relit à beaucoup de gens dans le monde.

Il y aura encore beaucoup de discussions, jusqu’à ce que toutes les expériences donnent ensemble une image réaliste. Nous voulons être un élément de la libération commune. Nous voulons que quelque chose soit reconnaissable de nos propres processus et apprendre des autres.

Cela repousse aussi les vieilles conceptions de l’avant-garde qui mènent les luttes. Même si "l’avant-garde" n’a depuis plusieurs années rien à voir avec notre compréhension de la lutte, la vieille conception de RAF ne permettait pas son dépassement concret. C’est également pour cela que nous pouvons abandonner ce concept.

Les guérillas des métropoles ont ramené la guerre que les Etats impérialistes mènent en-dehors du centre au coeur de la bête

Malgré tout ce que nous aurions pu faire mieux, il a été fondamentalement juste de s’opposer aux rapports [sociaux] en R.F.A. et de tenter de marquer la continuité de l’histoire allemande avec la résistance.

Nous voulions également donner une chance à la lutte révolutionnaire dans la métropole.

La RAF a assumé et tenté de développer pendant plus de deux décennies la lutte sur un terrain social marqué historiquement par une faible résistance et l’absence d’un mouvement contre le fascisme, et ainsi d’autant plus par une population loyale au fascisme et à la barbarie.

La libération du fascisme devait, à la différence d’autres pays, venir de l’extérieur.

Une rupture autodéfinie "par en bas" avec le fascisme, il n’y en a pas eu ici. Ils/Elles ont été bien peu dans ce pays à s’opposer au fascisme : trop peu à avoir montré le chemin de l’humanité.

Ceux/Celles qui ont lutté dans la résistance juive, communiste - ou même n’importe quelle résistance antifasciste - ont été importantEs pour nous.

Et ils/elles le seront toujours. Ils/Elles ont été le peu de lumière dans l’histoire de ce pays, depuis que le fascisme a commencé en 1933 à tuer tout le social dans cette société.

En opposition à eux/elles, la tendance dans la société a toujours été d’accepter ce que disent les puissants ; l’autorité définit ce qui est légitime.

Dans la destruction sociale de cette société, qui est une présupposition pour le génocide des nazis, l’indifférence pour les autres est un moment essentiel.

La RAF a, après le fascisme nazi, rompu avec ces traditions allemandes, et lui ont enlevé toute approbation. Elle vient de la rupture avec elles.

Elle n’a pas seulement refusé les continuités nationales et sociales, mais a posé à la place de cette négation une lutte internationaliste, dont la pratique refusait et attaquait autant l’Etat allemand et les rapports de domination que les structures militaires de ses partenaires de l’OTAN.

Partout dans le monde, cette union, dont hiérarchiquement les USA sont la force motrice et le guide incontesté, tente d’écraser avec les militaires et la guerre les rébellions sociales et les mouvements de libération.

Les guérillas des métropoles ont ramené la guerre que les Etats impérialistes mènent en-dehors du centre au coeur de la bête.

Nous avons répondu aux rapports violents avec la violence de la révolte.

Il ne nous est pas possible de nous retourner sur une histoire lisse et sans erreurs.

Mais nous avons essayé quelque chose et dépassé beaucoup de frontières posées en loi par les dominants et intériorisées par la société bourgeoise.

La RAF n’a pas pu montrer de chemin vers la libération. Mais elle a contribué pendant plus de deux décennies qu’il y ait aujourd’hui des pensées de libération. Poser la question du système, a été et est légitime, tant qu’il y a dans le monde la domination et l’oppression à la place de la liberté, l’émancipation et la dignité.

De la lutte de la RAF, neuf ancienNEs militantEs sont toujours en prison.

Même si la lutte pour la libération n’est pas près de se terminer, cette confrontation est devenue historique. Nous soutenons tous les efforts amenant à ce que les prisonnierEs issuEs de cette confrontation sortent de taule.

Nous voulons dans ce moment de notre histoire saluer tout le monde et remercier ceux/celles de qui nous avons reçu de la solidarité sur la voie de ces 28 années, qui nous ont soutenu de diverses manières, et qui ont sur leurs bases lutté avec nous.

La RAF a voulu contribuer de manière décidée à la lutte pour la libération.

Cette intervention révolutionnaire dans ce pays et dans cette histoire n’aurait jamais pu avoir lieu s’il n’y avait pas eu beaucoup de gens, qui n’étaient pas organisés dans la RAF, pour apporter un peu d’eux/elles-mêmes dans cette lutte.

Il y a derrière nous une lutte commune.

Nous souhaitons que nous nous retrouverons tous/toutes avec d’autres sur la piste inconnue et sinueuse de la libération.

Nous pensons à tous ceux / toutes celles qui sont mortEs dans le monde dans le combat contre la domination et pour la libération.

Les objectifs pour lesquels ils/elles se sont investiEs sont les objectifs d’aujourd’hui et de demain - jusqu’à ce que tous les rapports où l’être humain est un être rabougri, enchaîné, oublié, méprisé, soient renversés. Leur mort est douloureuse, mais jamais pour rien.

Ils/Elles vivent dans les luttes et libération du futur.

Nous n’oublierons jamais les camarades du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) qui ont donné leur vie en automne 1977, par solidarité internationale, dans la tentative de libérer les prisonnierEs politiques.

Nous voulons aujourd’hui particulièrement rappeler le souvenir de tous ceux et de toutes celles qui se sont décidéEs ici de tout donner dans la lutte armée et sont mortEs.

Nous nous rappelons et donnons toute notre attention à ceux/celles dont nous ne connaissons pas le nom, parce que nous ne les connaissons pas, et

Petra Schelm, Georg von Rauch, Thomas Weissbecker, Holger Meins, Katharina Hammerschmidt, Ulrich Wessel, Siegfried Hausner, Werner Sauber, Brigitte Kuhlmann, Wilfried Böse, Ulrike Meinhof, Jan-Carl Raspe, Gudrun Ennslin, Andreas Baader, Ingrid Schubert, Willi-Peter Stoll, Michael Knoll, Elisabeth van Dyck, Juliane Plambeck, Wolfgang Beer, Sigurd Debus, Johannes Thimme, Jürgen Peemöller, Ina Siepmann, Gerd Albertus, Wolfgang grams.

La révolution dit : j’étais, je suis, je serais

Fraction Armée Rouge

jeudi 3 août 2017


La Fraction Armée Rouge