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Galilée, Newton, Kant et la reconnaissance de l’espace et du temps – 21e partie : primat et autonomie des mathématiques

Récapitulons ce point essentiel de la philosophie d’Emmanuel Kant, qui est au coeur de l’approche bourgeoise où la science fragmente la réalité selon ses besoins pratiques.

Pour Emmanuel Kant, on ne peut connaître les choses qui existent que dans la mesure où l’on a un rapport avec elles. Ce n’est que dans cette mesure qu’on les découvre ; on ne connaît donc pas ces objets entièrement, il y a d’inconnu ce que Emmanuel Kant appelle la « chose en soi » et qu’il abandonne à la métaphysique, à la religion.

Emmanuel Kant dit ensuite que les sens permettent de découvrir les choses, de les comprendre, dans la mesure où on a un rapport avec elles, mais que cette découverte est limitée à des raisonnements de rapport logique.

Il existe une autre étape, celle de l’entendement, où l’on réfléchit et comprend qu’il existe des rapports cachés, non évidents, entre différentes choses. Il s’agit ici des raisonnements analytiques et synthétiques.

Emmanuel Kant dit ainsi :

« Ou bien le prédicat B appartient au sujet A comme quelque chose qui est contenu (d’une manière cachée) dans ce concept A, ou bien B est tout à fait en dehors du concept A, bien qu’il soit en connexion avec lui. Dans le premier cas j’appelle le jugement analytique, dans l’autre, synthétique. »

Si l’on dit : tous les triangles ont trois côtés, ou bien tous les célibataires ne sont pas mariés, on est dans un raisonnement analytique : on déduit d’une propriété une autre propriété, soit en théorie, soit en pratique.

Par contre, si l’on voit des lumières clignotant dans le ciel, on va en déduire qu’il y a un avion ou un hélicoptère qui nous survole, on est par contre dans un raisonnement synthétique. Pareillement si l’on affirme que les corps en décomposition vont avoir tel ou tel effet sur l’environnement, car on relie deux choses qui ne viennent pas « spontanément » à l’esprit.

Or, cela amène à penser déjà que tout raisonnement synthétique devient un raisonnement analytique : une fois qu’on découvre un rapport nouveau, on l’inscrit dans la définition d’une chose et alors le raisonnement refait sera non plus synthétique, mais analytique.

Une fois que l’on a assimilé un rapprochement, on ne déduit plus (synthétiquement) : on rapproche spontanément, de manière analytique.

Cela fait que, finalement, tout rapport synthétique est en fait simplement analytique : il rapproche des choses, il les met en relation, mais il ne fait que constater, il n’explique pas.

C’est précisément là le souci du matérialisme mathématique ouvert par Emmanuel Kant, et assumé par toute la bourgeoisie une fois au pouvoir : la distinction entre constater et expliquer est gommée.

La constatation théorique faite dans un rapprochement abstrait sert d’explication en soi – pour la raison que le rapprochement serait vérifié mathématiquement. Mais qui dit justement que les mathématiques aient raison ?

Ici, il faut prendre en exemple les tests sur les animaux. On a coutume de penser, de manière fondamentalement erronée, que la vivisection consiste en des expériences effectuées, où on observe les résultats. Cette démarche empirique ne correspond pas à l’approche bourgeoise : celle-ci forme des théories, de manière abstraite, « pure » et utilise ensuite seulement l’expérience pour vérifier si cela fonctionne.

Les tests sur les animaux sont donc inévitables dans l’approche bourgeoise, car ils servent de garde-fou pour empêcher le système de dérailler.

La raison est simple : la démarche synthétique bourgeoise est uniquement mathématique. Puisque pour les mathématiques, le chemin le plus court entre deux points est la ligne droite, alors cela serait vrai.

Mais c’est faux, car c’est abstrait : tout dépend de la réalité physique. Mais comme on l’a vu, il n’y a plus de physique en général chez Emmanuel Kant.

Il y a l’espace et le temps, ce qui permet la science, le matérialisme, mais il n’y a pas la physique, il n’y a pas la nature, l’univers comme système, tout cela étant rejeté comme impossible à expliquer et relevant par conséquent de la métaphysique, de la religion.

Pourquoi cela ? Parce que la bourgeoisie avait besoin d’une philosophie de l’action, pas d’une vision générale du monde expliquant le développement matérialiste dialectique de l’univers.

Emmanuel Kant représente donc toute une période intermédiaire, il laïcise la science, mais ne parvient pas à synthétiser l’univers dans la science, car il est obligé de maintenir la métaphysique encore, parallèlement à la science : c’est l’anthropocentrisme propre au développement des forces productives au sein du mode de production capitaliste.

vendredi 6 octobre 2017


Galilée, Newton, Kant et la reconnaissance de l’espace et du temps