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Interview du Président Gonzalo : Quatrième et dernière partie - 1988

Centre MLM-Interview du Président Gonzalo-Quatrième et dernière partie

V. POLITIQUE INTERNATIONALE

El Diario : Monsieur le Président, parlons maintenant, de politique internationale. Votre but étant le communisme, comment voyez-vous les conditions de la révolution mondiale et quels problèmes doivent résoudre les communistes ?

Président Gonzalo : Nous partons du fait que la révolution est la tendance principale et qu’elle continue à se développer comme l’affirma le Président Mao. Nous considérons qu’après la Seconde Guerre Mondiale, il n’y a pas eu de stabilité, pas même une stabilité relative. Le monde entier a été secoué par de grandes tempêtes révolutionnaires, par vagues bien sûr, parce qu’il ne pouvait pas en être autrement.

Nous considérons qu’il existe trois contradictions fondamentales, dans cette situation en perspective où nous évoluons ! La première et la principale contradiction est celle entre nations opprimées, d’un côté, et superpuissances et puissances impérialistes, de l’autre - même si c’était une redondance, nous préférons les énumérer ainsi pour que ce soit clair - ; une telle contradiction trouve sa solution dans la révolution démocratique, avec la guerre populaire.

Une deuxième contradiction fondamentale, c’est prolétariat-bourgeoisie ; celle-ci se règle avec des révolutions socialistes et des révolutions culturelles prolétariennes, également au moyen de la guerre populaire, et j’insiste, tout en considérant le type de révolution et les conditions spécifiques de chaque pays.

Une troisième contradiction, c’est celle entre les impérialistes, entre les superpuissances, entre les superpuissances et les puissances impérialistes, et entre les puissances impérialistes elles-mêmes ; ces contradictions, entre eux, se règlent par des agressions, des guerres impérialistes et visent à définir l’hégémonie de la domination du monde dans une Troisième Guerre Mondiale.

Pourquoi les plaçons-nous dans cet ordre ? Parce que c’est ainsi que nous considérons leur ordre d’importance ; nous insistons sur le fait que la contradiction nations opprimées, d’un côté, et superpuissances impérialistes et puissances impérialistes, de l’autre, est la contradiction principale et qu’elle est de grande importance pour la révolution mondiale ; à notre avis, cela a un rapport avec le poids des masses dans l’histoire ; il est évident que l’immense majorité des masses qui peuplent la Terre, vivent dans les nations opprimées ; de même, il est évident que les populations des nations opprimées s’accroissent quatre fois plus rapidement que celles vivant dans les pays impérialistes.

Si nous appliquons le principe qui dit que ce sont les masses qui font l’histoire, si nous tenons compte du fait que la Seconde Guerre Mondiale a mis les masses debout politiquement (comme le reconnaissent, même les conseillers réactionnaires des États-Unis), nous pensons qu’une guerre mondiale engendrée par la contradiction entre les impérialistes serait une nouvelle guerre inter-impérialiste pour l’hégémonie mondiale et le partage de la Terre, donc le partage du butin ; le butin ; ce sont les nations opprimées, et donc ils seraient obligés d’occuper notre territoire pour nous dominer ; et ainsi, à nouveau, la contradiction principale redevient la contradiction entre les masses opprimées, d’un côté, et les superpuissances et puissances impérialistes de l’autre.

Nous y croyons fermement. Ce n’est pas, comme le disent certains, par chauvinisme d’appartenir aux pays ou aux nations opprimées ; non, ce n’est pas cela ; c’est la tendance que montre l’histoire ; c’est le poids de la masse dans l’histoire et, de plus, les faits le démontrent peu à peu que c’est avec la lutte qui se livre dans les nations opprimées que l’impérialisme s’enfonce et se ruine de plus en plus ; ce sont des faits irréfutables.

Par conséquent nous considérons que cette contradiction principale est d’une grande importance ; elle est décisive pour balayer l’impérialisme et la réaction de la face de la Terre à condition que la révolution mondiale soit commandée et guidée par le marxisme-léninisme-maoïsme, que se développent des partis communistes basés sur cette idéologie et que soit assumée la guerre populaire, et j’insiste encore une fois, suivant le type de révolution et les conditions spécifiques.

Pour cette raison, nous croyons que c’est d’une grande importance, cette contradiction principale telle que nous la posons. Il y en a qui ne le croient pas et pensent que, au fond, nous ne croyons pas à la révolution dans les pays impérialistes ; nous croyons que ces révolutions sont une nécessité historique et que le développement de la contradiction principale leur offre de meilleures conditions ; et que, même, une guerre mondiale créera de meilleures conditions pour que se fasse la révolution ; et qu’elle se fera parce que c’est une nécessité.

En fin de compte, les deux grandes forces, les deux grandes révolutions, la révolution démocratique et la révolution socialiste, doivent confluer pour que triomphe la révolution dans le monde ; sinon , on ne pourra pas balayer l’impérialisme et la réaction de l’ensemble du monde. Voilà ce que nous pensons.

Pour nous, quelle est la question clé ? C’est celle du marxisme-léninisme-maoïsme, parce que le problème est d’avoir une ligne idéologique et politique, juste et correcte. Il ne peut ne pas y avoir une ligne politique juste et correcte s’il n’y a pas une idéologie juste et correcte ; c’est pour cela que nous croyons que la clé de tout est l’idéologie : le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme.

En deuxième lieu : développer des partis communistes ; pourquoi ? Parce que les masses sont assoiffées de révolution, elles sont prêtes pour l’action et elles clament révolution ; donc, le problème ne réside pas dans les masses ; le prolétariat clame révolution ; les nations opprimées, les peuples du monde, crient révolution ; alors nous avons besoin de développer des partis communistes ; le reste –et j’insiste- ce sont les masses qui le font ; ce sont elles qui font l’histoire et qui balayeront l’impérialisme et la réaction mondiale, avec la guerre populaire.

El Diario : Quel rôle joue l’impérialisme nord-américain dans le monde ? Quelle est votre opinion sur la " guerre des étoiles " ? Que pensez-vous des plans, dits de désarmement, entre USA-URSS et d’autres pays européens ?

Président Gonzalo : En synthèse, l’impérialisme nord-américain, après la Seconde Guerre Mondiale, surgit comme gendarme de la réaction dans le monde ; mais ensuite, il engagea la lutte pour l’hégémonie mondiale avec le social-impérialisme. Ainsi, tous les deux élaborent de grands plans en vue d’établir leur hégémonie. C’est à cela qu’est lié le problème de la « guerre des étoiles », ou en d’autres termes de « l’initiative de défense stratégique », son nom officiel.

Le gouvernement nord-américain, plus particulièrement avec Reagan, a commencé à élaborer de grands plans stratégiques, embrassant les décennies du siècle à venir ; c’est-à-dire qu’ils pensent déjà à leur survie, à la façon de maintenir leur hégémonie et de mettre en déroute le social-impérialisme ; dans ce cadre, la « guerre des étoiles » n’est rien de plus qu’un plan qui cherche à tendre un bouclier empêchant des fusées porteuses de charges atomiques d’atteindre leurs villes, tout en leur permettant de se protéger s’ils déclenchent une attaque atomique contre le social-impérialisme.

Mais tout cela n’est que plans et désirs, parce que face à un plan, il y a un autre plan ; il y a peu de temps, les soviétiques répondirent qu’il y avait différentes façons de contrecarrer le prétendu bouclier et que, de cette façon, il n’y aurait pas, par conséquent, de soi-disant invulnérabilité des États-Unis.

Pour ce qui est des plans de désarmement entre les superpuissances, les États-Unis et l’Union Soviétique, nous devons partir de ce que le marxisme, ainsi que notre propre fondateur, nous enseigne : plus ils parlent de paix, plus ils se préparent pour la guerre. Beaucoup de verbiage, beaucoup de démagogie trompeuse autour des plans de désarmement signés pour le retrait des fusées en Europe, des fusées à moyenne portée ; parce que ce qu’on désarme, ce sont les fusées, c’est-à-dire le véhicule, mais on conserve la charge pour l’utiliser à sa convenance. Voilà l’essence de la farce.

Les puissances européennes, évidemment, se situent dans le cadre des deux superpuissances et elles aimeraient empêcher que la guerre se livre en Europe, s’il devait y avoir une guerre mondiale. C’est cela qu’elles voudraient, parce que au fond, leurs désirs sont les mêmes que ceux du Japon : elles voudraient que les deux tigres luttent, pour qu’ensuite l’une d’elles surgisse en tant que grande puissance, comme le maître suprême.

C’est de cela que rêvent le Japon, l’Allemagne Fédérale, etc. : ce sont leurs rêves. Mais une guerre mondiale se livrerait aussi en Europe, et les deux superpuissances connaissent bien ces désirs ; c’est ainsi que le problème entraîne des contradictions entre les puissances et les superpuissances, contradictions qui se développent –il ne peut en être autrement- dans des collusions et de luttes complexes.

Il est évident aussi que les puissances luttent pour concrétiser leurs rêves : le japon avec la domination sur l’Asie et l’Amérique du Sud, l’Europe avec celle sur l’Afrique et l’Amérique Latine ; et de là, leur action qui ne se limite pas à ces régions, de là, leurs rôles d’intermédiaires, de là, leurs politiques propres et discordantes, dans la mesure où ils défendent leurs propres intérêts.

Nous croyons que tout cela n’est que débats démagogiques, n’ayant pour but que de cacher de vastes plans, afin de se disputer l’hégémonie mondiale ; voilà ce que nous croyons, parce que l’impérialisme ne cessera pas d’être impérialisme, jusqu’à ce que nous le balayons. Son essence ne change pas, son essence est d’exploiter et d’opprimer, de réduire les nations à l’état de semi-colonies et si possible de colonies ; et alors, il est temps maintenant de réutiliser ces termes, ce sont des termes établis scientifiquement par Lénine.

Mais le problème est que, face à ces plans, le principal n’est pas simplement de les démasquer, mais de se préparer contre eux ; et il n’y a qu’une façon de le faire, c’est de s’y préparer avec la guerre populaire. Le Président Mao nous disait : il faut se préparer et se préparer des maintenant contre une guerre impérialiste et principalement contre une guerre atomique ; comment allons-nous leur répondre ?

Évidemment, seulement avec la guerre populaire, il n’y pas d’autre forme, voilà le principal. Les démasquer fait partie d’une campagne de propagande qui montre au monde leurs sinistres et macabres plans d’énorme génocide, mais jamais cela n’arrête une guerre. Staline l’a dit clairement ; ces campagnes n’arrêtent jamais une guerre ; alors la seule chose à faire si nous voulons empêcher une guerre, c’est de développer la révolution.

Comme l’enseigne le Président Mao : soit la révolution empêche la guerre mondiale, soit cette dernière attise la révolution. Voilà, je crois, la situation telle qu’elle se pose à nous.

El Diario : M. le Président, que pensez-vous de l’État Soviétique ? Ces derniers temps, on parle beaucoup de la Perestroïka, comment voyez-vous cette question ? Que pensez-vous des attaques visant Staline ?

Président Gonzalo : Dernièrement la Perestroïka est un thème mis à toutes les sauces. La Perestroïka, de ce que j’ai pu voir, parce que je crois qu’il faut l’étudier avec attention et voir toute la pourriture révisionniste qu’elle renferme, fait partie de cette nouvelle offensive du révisionnisme contemporain que nous, communistes, affrontons.

Gorbatchev est un révisionniste fini, de la tête aux pieds. Il nous dit qu’un fait historique d’une grande importance, en URSS, fut le XXème Congrès du PCUS, ce néfaste Congrès au cours duquel on attaqua la dictature du prolétariat sous prétexte de combattre Staline. Il admire Khrouchtchev, le cite comme un grand homme, audacieux, déterminé, dont le problème fut, dit-il, de tomber dans le subjectivisme, de ne pas élaborer des plans corrects, mais de plans excessifs, inapplicables qui échouèrent. Khrouchtchev est le maître de Gorbatchev, qui tire de lui des leçons, comme il en a tiré aussi de son autre maître, Brejnev, même s’il veut s’en différencier.

De la Perestroïka, il faut tirer une question centrale ; Gorbatchev lui-même dit : Pérestroïka est un terme qui a beaucoup de significations mais s’il nous fallait choisir " le mot qui exprime son essence avec le plus de justesse, nous dirions alors que la Perestroïka est une révolution ", mais il y en a quelques-uns qui ne veulent pas le voir ainsi.

Il faut faire très attention à tout cela, ce n’est pas une révolution. C’est plutôt un développement de la contre-révolution, c’est un développement de la restauration du capitalisme plus effréné, afin de balayer le peu qui reste et qui puisse servir à la classe et au peuple pour combattre le social-impérialisme. Il dit : c’est une révolution parce qu’on parle d’une accélération au niveau économique et social, d’un changement radical et d’une marche vers un nouveau type d’État. Quel serait ce nouveau type d’État ?

Ce serait un État plus effrontément bourgeois, avec une structure d’une nouvelle modalité qu’ils n’arrivent pas encore à préciser, du fait qu’ils ne l’ont même pas définie dans leur dernière Conférence. Ils n’ont absolument pas honte ; voilà pourquoi il est nécessaire d’attirer l’attention sur ce terme, parce qu’en général, on dit que « la perestroïka est une restructuration » et c’est tout ; mais Gorbatchev dit que le terme qui correspond parfaitement est « révolution » et cela, c’est une dérision, un sarcasme, une duperie inouïe.

Que nous présente encore cet individu ? Il développe des positions de Khrouchtchev. Voyons le problème de la guerre. Il dit qu’une guerre mondiale entraîne la disparition de l’humanité ; dans ses propres termes : « dans cette guerre il n’y aura ni vainqueurs ni vaincus, vu qu’il n’y aura pas de survivants », « si jamais un conflit nucléaire devait éclater, tous les êtres vivants seraient effacés de la surface de la Terre » et « il n’y aurait ni vainqueurs ni vaincus dans un conflit nucléaire généralisé : la civilisation mondiale périrait inévitablement. »

Mais, qu’ajoute-t-il ? Permettez-moi de dire ceci : « La politique doit se fonder sur des réalités. Et aujourd’hui la réalité la plus formidable au monde réside dans les vastes arsenaux militaires, en armes conventionnelles comme nucléaires des États-Unis et de l’Union Soviétique. Ce fait donne à nous deux pays une responsabilité particulière par rapport au monde. »

De quoi parle-t-il ? Il nous dit de façon effronté que sa puissance est basée sur le pouvoir des armes, il arbore ce pouvoir belliqueux l’associant à celui de l’impérialisme yankee et nous dit qu’ils sont la grande réalité de la Terre. Par conséquent, nous dépendons d’eux. C’est cela qu’il nous propose, la politique de superpuissances la plus effrontée et la plus effrénée que nous ayons vue.

Mais, si une guerre atomique met en péril l’humanité, une guerre conventionnelle peut de la même manière, selon lui, accomplir un but identique du fait des instruments meurtriers et sophistiqués existant aujourd’hui ; Gorbatchev cherche donc à nous imposer la politique de soumission la plus monstrueuse, face à laquelle nous arborons davantage encore le " On a raison de se révolter " du Président Mao Zedong.

Ses élucubrations révisionnistes amènent le grand pontife russe à proposer « une pensée nouvelle », attention ! « une pensée nouvelle » qui « tienne compte, au dessus des idéologies et des différences, de l’intérêt suprême de l’humanité ». Où est passé le souvenir formel du critère de classe ? N’est-ce pas une réédition à un degré supérieur de ce que prêchait Khrouchtchev ? Bien sûr !

Et la partie essentielle de cette « pensée » est que la guerre n’est plus la continuation de la politique au moyen des armes. Il dit ceci : « Classique en son temps, le précepte de Clausewitz selon lequel ‘la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens’ est devenu irrémédiablement démodé. Il appartient désormais aux bibliothèques. »

Mais c’est une thèse soutenue par Lénine et reprise par le Président Mao au cours de ce siècle et c’est un principe clé dans la théorie militaire du prolétariat à laquelle nous nous référons dans la guerre populaire.

Gorbatchev affronte donc ouvertement Lénine, comme l’affronte Khrouchtchev ; et les dites « nouvelles conditions » qui conduisent à réviser les principes du marxisme sont de vieilles histoires qui datent du vieux révisionnisme ; et que ce nouveau gonfanon révisionniste ne se console pas avec ces propos : « En revanche, surgissent heureusement, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est, de nouvelles pensées, de nouveaux hommes qui songent déjà à se mettre d’accord, parce que la seule possibilité, c’est la coopération " ; nous, nous disons la collusion entre les deux superpuissances tant qu’il n’y a pas de conditions pour qu’ils se battent dans une IIIème Guerre Mondiale, si nous ne les balayons pas avant.

C’est là le fond du problème ; et je crois nécessaire d’insister sur le fait de Gorbatchev, allant sinistrement contre Lénine, feint sans vergogne de s’appeler « partisan de Lénine », d’appliquer un « retour à Lénine », et « d’avoir appris beaucoup de Lénine » ; voilà donc ce qu’il nous dit et je crois que ce sont des choses très corrosives.

D’autre part, après avoir proposé de « baser la politique internationale sur des normes morales et éthiques communes à tout le genre humain », Gorbatchev dit : « Que fera-t-on alors des complexes militaro-industriels ? demandent-ils… d’abord, chaque emploi dans un complexe militaro-industriel coûte deux ou trois fois plus que dans l’industrie civile. On pourrait créer trois emplois à la place. En second lieu, des aujourd’hui, des secteurs de l’économie militaire sont connectés avec l’économie civile, apportant beaucoup à cette dernière. Par conséquent, cela constitue un point de départ pour employer leurs possibilités à des fins pacifiques. En troisième lieu, l’Union Soviétique et les États-Unis pourraient s’accorder sur de vastes programmes communs, rassemblant nos ressources et nos potentiels intellectuels et scientifiques, afin de régler les problèmes les plus divers au profit de l’humanité ».

Il carillonne donc comme Khrouchtchev et va à l’encontre de la conception de Lénine sur l’impérialisme et le processus économique ; là encore, il est anti-léniniste, il l’est en tous points, on le voit bien dans ses critères, similaires à ceux de Deng, de séparer le parti de l’État ou d’impulser la croissance économique chaque fois plus au service de la bourgeoisie et de l’impérialisme.

Le social-impérialiste Gorbatchev, comme les autres impérialistes, propose de combattre le dit terrorisme, il s’engage lui-même à le faire et à utiliser les Nations Unies aussi dans ce but.

Je crois finalement que ça vaut la peine de dire un mot sur la manière dont il voit l’Amérique Latine et particulièrement le Nicaragua : au Nicaragua, ce qui s’est produit, selon lui, c’est qu’une dictature, celle de Somoza, à été renversée par une révolution populaire. Il ratifie alors les critères qui ont guidé et guident encore le processus nicaraguayen ; c’est aussi très expressif. Et que disent-ils de l’Amérique Latine ? Qu’eux, les Soviétiques, n’ont aucun intérêt à perturber la domination des États-Unis ou, comme ils disent, les relations qui existent entre les États-Unis et l’Amérique Latine. Je crois que cela nous concerne directement.

Que veulent les sociaux-impérialistes de l’URSS ? Dans la période actuelle, ils essaient de voir comment régler les problèmes urgents dans un moment principalement de collusion et donc, ils cherchent à contenir ou enrayer les points conflictuels afin de se consacrer au développement de leurs systèmes économiques, tandis qu’ils continuent de préparer leurs vastes plans pour reprendre la lutte pour l’hégémonie mondiale. La collusion est transitoire, la rivalité comme la lutte, ça c’est l’absolu.

En conclusion, la perestroïka est un sinistre plan de poursuite du révisionnisme contemporain, initié par Khrouchtchev ; il s’agit d’une nouvelle offensive contre-révolutionnaire du révisionnisme.

Quant aux attaques contre Staline, Khrouchtchev en proféra ; Gorbatchev aussi, mais en allant encore plus loin, réhabilitant ceux que Staline condamna. Une des choses qui doivent faire beaucoup réfléchir, c’est la réhabilitation de Boukharine et d’autres.

Ils sont allés jusqu’à reconnaître leur condition de militant ; il faudrait alors se demander : qui manque-t-il encore ? Trotsky ? Il ne manque plus que celui-là. Les attaques visant Staline sont toujours les mêmes, elles sont utilisées comme prétextes pour approfondir la restauration du capitalisme, développer leurs plans politiques et balayer alors tout ce qui reste et qui pourrait servir au peuple pour faire à nouveau la révolution, mais c’est leur rêve et ce ne sera qu’un simple rêve.

Du camarade Staline, nous pouvons dire qu’on en parle beaucoup, qu’on l’attaque. Et c’est lamentable, que d’autres aussi l’attaquent, en l’accusant d’avoir commis une multitude d’erreurs, en le dénigrant. Nous croyons que le camarade Staline est un grand marxiste-léniniste. Ce que le Président Mao disait de lui, est correct.

Ses mérites et ses erreurs sont dans un rapport de sept à trois et la racine de ses erreurs venait de ses limitations dans la maîtrise de la dialectique ; mais personne ne peut nier qu’il fut un grand marxiste. Les attaques de Gorbatchev et de ses acolytes contre Staline doivent pousser à la réflexion ceux qui, tout en se disant communistes, attaquent et dénigrent aussi le camarade Staline. Il faut qu’ils pensent sérieusement à ces coïncidences ; ce ne sont pas que de simples attaques.

El Diario : Comment jugez-vous l’actuelle direction en Chine ? Seront-ils dans le camp de la contre-révolution ? Quelle sera l’issue du peuple chinois ?

Président Gonzalo : L’actuelle direction de la Chine est une direction révisionniste et tenue, il est vrai, par un sinistre personnage, un vieux révisionniste pourri, Deng Xiao-ping ; il fut déjà démasqué lors de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne et aux yeux du monde, il apparut tel qu’il était et continue d’être, un fieffé révisionniste, le cadet de Liou Chao-chi.

C’est Deng qui mène la Chine, celle qui fut socialiste, dans une restauration accélérée et effrénée du capitalisme. Et il est pertinent de faire remarquer que les questions que Gorbatchev soulève, Deng les avait déjà soulevées auparavant, d’après ses conditions.

Dans quel camp se situe-t-elle ? La Chine agit comme une puissance ; voilà la politique qu’elle développe, en collusion et en lutte avec les puissances et les superpuissances. Son rêve, c’est d’être une superpuissance le siècle prochain ; c’est cela son rêve. L’issue, dans ce cas comme pour les autres, c’est la révolution, la guerre populaire.

Rappelons-nous que le Président Mao, dans la dernière partie de sa lumineuse vie, indiqua à la camarade Chiang Ching qu’elle pourrait prendre le drapeau de la révolution et le mener jusqu’au sommet. Il lui signalait : si tu ne réussis pas, tu tomberas dans le précipice, ton corps se détruira, tes os se briseront, alors il faudra faire encore une fois la guerre de guérillas ; il nous à indiqué la solution. Cela fait partie d’un poème ; je ne me rappelle plus très bien le texte, mais ce sont là les idées. Ici l’idée centrale est qu’il faudra faire à nouveau la guerre de guérillas, la guerre populaire.

El Diario : Monsieur le Président, considérez-vous qu’il existe des pays socialistes actuellement ?

Président Gonzalo : Non, tout simplement, je ne crois pas. Certains, par exemple, pensent que l’Albanie est socialiste. A ceux-là, je dirais que bien étudier le VIIIème Congrès du Parti du Travail d’Albanie, par exemple, ce serait bien ; on dit ici, que le centre de la réaction est l’impérialisme nord-américain ; et le social-impérialisme soviétique alors ? N’y avait-il pas deux ennemis à combattre ? ça a toujours été des paroles, même dans la bouche d’Hoxha, de simples paroles, parce qu’il consacra toujours plus de lignes à combattre l’impérialisme yankee que le social-impérialisme.

Ce même Congrès dit aussi que l’humanité n’a jamais été aussi près de son extermination. Il répète la même chose que les autres, ce qui n’est pas simplement une coïncidence. Mais que nous propose-t-il de faire ? Concrètement les démasquer. Ce n’est pas la solution, le fait de démasquer n’arrête pas une guerre mondiale ; la solution, c’est de développer la révolution en faisant la guerre populaire.

Et si quelqu’un voit, tout ce qui est dit là, sur les sérieux problèmes économiques qu’ils ont, il voit clairement le chemin que l’Albanie a pris ; mais ce n’est pas Ramiz Alia, son dirigeant actuel, qui ouvrit la voie mais bien Hoxha lui-même, en 1978.

Dans un discours face à l’électorat, il dit que en Albanie, il n’y avait pas de classes antagoniques. Nous savons très bien ce que cela entraîne car cette question a été élucidée à la perfection par le Président Mao Zedong et si nous ajoutons ses attaques lâches en direction du Président Mao, au moment du développement du marxisme, qu’est-il ? un révisionniste. C’est pour cela que l’Albanie n’est pas socialiste.

Si on regarde le Viet-Nam, le chemin qu’il a pris, c’est celui d’un instrument de l’Union Soviétique qui aujourd’hui appelle les impérialistes à l’aide, au milieu d’une économie en crise et détruite ; tant de sang, pour quoi ? C’est que là-bas il y eut un Ho Chi Minh, un indécis, comme le preuve son fameux testament, où il dit que ça lui fait mal de voir les luttes au sein du Mouvement Communiste International, alors que le problème était de se situer dans la lutte entre marxisme et révisionnisme.

Un communiste n’a d’autre solution que de se mettre du côté du marxisme ; Ho Chi Minh ne le fit jamais. Ensuite arriva Le Duan, un révisionniste pourri . De là la situation actuelle du Viet-Nam.

Pour cela je pense qu’il n’y a pas de pays socialistes aujourd’hui. Tout cela nous fait sérieusement réfléchir, nous fait comprendre le problème de la restauration et de la contre-restauration, qui n’est ni un problème de lamentations, ni un problème de pleurnicheuses jérémiades, comme certains essaient de le propager. Le problème est d’affronter la réalité et de la comprendre.

Nous la comprenons si nous touchons le problème de la restauration et de la contre-restauration que Lénine lui-même avait déjà posé et que le Président Mao développa magistralement. Aucune classe nouvelle, au cours de l’histoire, ne s’est assise d’un seul coup au Pouvoir ; elle le conquit et le perdit, le récupéra et le perdit à nouveau, jusqu’à ce qu’au milieu de grandes luttes et de disputes, elle réussisse à s’affirmer au Pouvoir. Il en va de même pour le prolétariat, mais ces classes précédentes nous ont laissé de grands enseignements y compris pour la construction du socialisme, c’est donc une expérience grandiose.

En fin de compte, c’est le processus de l’histoire, et ce qui doit nous préoccuper, c’est comment prévenir la restauration du capitalisme.

Toute révolution en marche doit penser, comme on nous l’enseigne, aux longues années devant elle, aux longues années à venir et nous devons être sûrs que le processus de développement du prolétariat dans la conquête du Pouvoir, dans l’établissement de la dictature du prolétariat, dans sa défense et sa conduite de la révolution, sont déjà définis ; qu’il y a déjà de grands jalons historiques et que, par conséquent, la perspective est que la classe en tirant les leçons, va conquérir le Pouvoir, établir la dictature du prolétariat dans le monde entier ; et que le prolétariat ne sera plus renversé mais qu’il continuera son chemin de transformation jusqu’à l’extinction de l’État, au moment où nous entrerons dans l’ère du communisme.

El Diario : Monsieur le Président, avec le triomphe de la révolution, comment sera la relation internationale du Nouvel Etat avec les gouvernements bourgeois, principalement avec l’État yankee et le social-impérialisme ?

Président Gonzalo : La situation est concrète ; nous devons en finir avec la domination de l’impérialisme yankee sur notre pays, conjurer à la fois l’introduction de la domination du social-impérialisme, ainsi que la domination d’une quelconque puissance qui pourrait s’introduire ; voilà ce qu’il en est en synthèse.

El Diario : Monsieur le Président, n’y aurait-il pas le danger d’un isolement total qui pourrait mettre en péril le Nouvel Etat ?

Président Gonzalo : Voilà ce que nous croyons, nous devons suivre une voie qui nous conduise à l’affranchissement de la classe, qui nous mène au communisme. Cette voie implique que nous maintenions notre indépendance pour matérialiser les intérêts du prolétariat dans la révolution mondiale. Nous croyons, comme chacun sait, qu’il y des luttes et des contradictions inter-impérialistes et qu’elles peuvent être utilisées, l’acquisition de certains ressources par exemple.

Comme le marché est chaque fois plus réduit et qu’il y a une guerre commerciale concrète, nous trouverons bien quelqu’un qui puisse nous vendre des produits, bien sûr, ça nous coûtera les yeux de la tête, et nous le paierons avec nos malédictions, comme le disait Lénine.

Mais en même temps il existe de nations opprimées, des révolutions en marche, il existe un prolétariat international, il y a des Partis Communistes, ils nous aideront et nous avons beaucoup à apprendre d’eux, parce que, par l’internationalisme prolétarien, ils répondront à notre appel, et ils seront bien reçus ; nous voyons déjà, comment s’ouvrent des relations entre les pays arriérés et même, comment on utilise le troc. Nous trouverons les formes appropriées.

Même si nous n’avons pas encore étudié suffisamment ces problèmes parce que ce sont des problèmes à venir, nous avons des orientations générales et nous suivons ce qu’a dit Lénine : Tu veux savoir ce qu’est la guerre ? Fais-la ; ayons une inépuisable confiance dans le prolétariat international, dans les nations opprimées, dans les peuples de la Terre ; et , plus particulièrement dans les communistes, dans les partis et dans les organisations, quel que soit leur degré de développement ; ayons confiance en eux et attachons-nous fermement à notre idéologie, au marxisme-léninisme-maoïsme ; nous réussirons même si, au début, nous avançons à tâtons, nous trouverons des solutions provisoires en réponse à une circonstance ou un moment, jusqu’à ce que nous trouvions la solution définitive, ainsi que nous l’enseigna Lénine : aucune révolution ne peut être conçue entièrement, depuis son commencement et de nombreuses fois, on marche à l’aveuglette, à tâtons ; on trouve des solutions transitoires momentanées, mais c’est ainsi qu’on avance. Nous partons de ceci parce que notre arme fondamentale est l’idéologie.

Nous partons de Marx qui nous disait : qu’il serait facile d’entrer dans la révolution avec la certitude absolue de vaincre et tout le problème réglé, ce serait facile mais c’est n’est pas comme ça la révolution. Le problème c’est de l’assumer, de la mener en avant, quels qu’en soient le coût, l’effort à fournir ; et comme ce sont les masses qui créent l’histoire, notre peuple le fera, et nous devons armer le peuple en appliquant l’armement général que nous enseigna Marx.

Alors nous défendrons notre Etat parce que nous nous maintiendrons par la force de nos armes, parce qu’aucun Etat révolutionnaire ne se maintient avec la bénédiction de l’impérialisme et de la réaction. De cette façon, avec cette fermeté, cette détermination, cette conviction que confère le marxisme-léninisme-maoïsme, le maoïsme principalement, nous trouverons des voies, des voies nouvelles.

Le Président Mao nous a enseigné que nous devons penser de façon différente et engendrer des formes nouvelles, c’est une question fondamentale ; par rapport au problème économique, il nous dit que la question se réduit à cela : une ligne politique claire, des appareils organiques et un grand effort. Pour tous les problèmes, spécialement ceux non réglés que nous affronterons, il faut partir de la ferme conviction maoïste qui dit que, tant qu’il y a des partis communistes et des masses, tous les miracles sont possibles.

El Diario : Comment le PCP voit-il l’internationalisme prolétarien, aujourd’hui et dans l’avenir ?

Président Gonzalo : Premièrement comme un principe, un grand principe, j’insiste à nouveau, sur le fait que le prolétariat est une classe internationale et nous, les communistes, nous sommes des internationalistes, sinon nous ne pourrions pas servir le communisme. Notre Parti s’est toujours soucié de forger ses militants, les combattants et les masses dans l’internationalisme prolétarien ; les éduquer dans le marxisme-léninisme-maoïsme, au service de la révolution mondiale et dans la lutte inlassable et inflexible, pour que le communisme fleurisse sur la Terre.

Durant un certain temps, nous avions perdu les liens avec d’autres partis ; postérieurement, ils se sont rétablis et de cette façon, nous contribuons à la lutte pour le Mouvement Communiste International.

C’est ainsi que nous sommes membres du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste ce que nous considérons comme un pas vers le regroupement des authentiques communistes. Nous croyons que sa perspective est complexe, parce que, si former un Parti et le mener en avant est complexe et difficile, combien plus complexe encore sera d’œuvrer pour que les communistes, au moyen de leurs divers partis et organisations, s’unissent. Nous savons que c’est une tâche énorme mais indispensable.

Nous croyons qu’il y en a qui apportent leurs concours, combattent, et nous combattons – dirai-je aussi - , avec toutes les limitations que nous pouvons avoir, pour servir l’internationalisme prolétarien et pour qu’il nous unisse à nouveau, nous, les communistes dans le monde et qu’ensemble nous luttions, pour que notre but final prenne forme. Nous comprenons que le problème est extrêmement complexe et difficile, mais nous, les communistes, sommes faits pour ce type de tâches.

El Diario : Président Gonzalo, comment analysez-vous les diverses luttes qui se livrent aujourd’hui dans les nations opprimées, les actions armées en Europe et les mouvements nationalistes ?

Président Gonzalo : De nombreuses luttes se mènent dans les nations opprimées : en Afrique, en Amérique Latine, en Asie. Cette dernière est d’ailleurs de grande importance, une zone de poids dans le monde.

L’Asie doit toujours mériter de notre part, une attention toute spéciale, à cause du poids de ces masses dans l’histoire, et pour ce que le marxisme lui-même nous a enseigné. Nous croyons que le problème des luttes dans les nations opprimées, réside dans la carence ou le développement insuffisant des Partis Communistes.

Oui, réellement, il y a des partis qui vont devoir réaliser de grands apports. Nous pensons d’ailleurs que le problème réside dans le fait que ne se développent pas de guerres populaires. Par conséquent, nous pensons à la nécessité de contribuer opiniâtrement à ce que le marxisme-léninisme-maoïsme prenne le commandement et devienne le guide de la révolution mondiale, que sur cette base, se forment et se développent de puissantes partis pour mener en avant des guerres populaires. Il nous semble que c’est cela la grande limitation.

Il y a des mouvements nationalistes au Moyen Orient, concrètement en Palestine, en Afrique du Sud, etc.

Mais nous croyons que les révolutions, pour suivre réellement la voie ouverte par l’ère nouvelle commencée avec la Révolution d’Octobre, ont besoin de développer des Partis Communistes parce que, s’ils n’existent pas, les révolutions se font à moitié ; l’Afrique nous en donne de nombreux exemples, comme l’Algérie ; là, il y eut une lutte armée, très dure mais le socialisme n’y fut pas construit, parce qu’il manqua un parti communiste pour diriger une véritable lutte révolutionnaire.

Sans partis communistes se développent des mouvements nationalistes, qui cherchent simplement à être reconnus en tant que nations pour passer de colonies à semi-colonies et continuer à dépendre de l’impérialisme ou, dans d’autres cas, changer de maître.

Nous l’avons vu avec divers mouvements liés à l’Angleterre ou à la France par exemple.

Dans d’autres cas, se développent des luttes armées, pour que les Nations Unies règlent et définissent la situation comme à Chypre. Par conséquent la question n’est pas simplement celle de la lutte armée, la question fondamentale, c’est la guerre populaire, le Parti Communiste et le marxisme-léninisme-maoïsme ; cependant, tous ces mouvements accumulent des forces, pour la lutte contre l’impérialisme. Mais ils ne pourront servir d’une façon radicale à le balayer que si un Parti Communiste, avec la guerre populaire les dirige.

Quant à l’Europe, nous voyons s’y développer de longues luttes armées ; elles sont l’expression d’une réalité objective. Par conséquent il ne s’agit pas de condamner, mais de comprendre, d’étudier, d’analyser et de voir comme elles expriment qu’une situation révolutionnaire existe aussi dans la vieille Europe.

Plus encore, qu’il y a des hommes qui prennent les armes en comprenant que c’est la seule façon de conquérir le Pouvoir ; c’est un coup dur pour le révisionnisme parce qu’en Europe même, considérée comme un de ses bastions, le révisionnisme commence à être abandonné. Quels que soient le niveau atteint et les problèmes en suspens, c’est incontestablement une avancée importante.

Dans certains cas, il s’agit de questions nationales, comme en Irlande. Dans des autres, ils se posent le problème de comment faire la révolution. Nous croyons que ces luttes doivent être sérieusement étudiées : la question est de voir quelle est leur idéologie, quelle politique les guide, quelle classe elles servent, comme elles font face au problème des superpuissances.

Nous croyons qu’elles méritent beaucoup d’attention de notre part, surtout quand il y a des organisations qui se posent la question du retour à Mao Zedong, ou qui commencent à se poser la question de la nécessité du Parti, ou de l’insuffisance de la seule lutte armée.

Alors, nous devons voir ceci comme un nouvel éveil et comprendre que de nombreuses erreurs peuvent être commises ; finalement, qui n’en commet pas ? Mais ce sont elles-mêmes qui tireront les leçons de leurs erreurs, comme elles sont déjà en train de le faire, et elles avanceront, s’empareront du marxisme-léninisme-maoïsme, construiront leurs partis et feront leurs guerres populaires, selon le caractère socialiste de leur révolution et selon leurs conditions spécifiques.

En synthèse, c’est un exemple, je le répète, qu’en Europe aussi, il y a une situation révolutionnaire de développement inégal, qu’il y a des hommes dégoûtés du révisionnisme pourri qui, dans des conditions si difficiles, au sein des entrailles impérialistes où la lutte est complexe et dure, prennent les fusils pour changer le monde ; comme c’est d’ailleurs la seule façon de le faire. Ceci donne plus d’espoir et permet de voir que la tendance principale c’est la révolution et que l’Europe, elle aussi, s’oriente vers la révolution.

Voyons même qu’après avoir été pionniers, ils sont en train de d’ouvrir des brèches et en fin de compte, d’offrir plus d’espoir ; ils méritent plus de compréhension de notre part, d’autant qu’on voit que quelques-uns se préoccupent déjà du Parti et du retour de Mao Zedong, c’est-à-dire du retour au marxisme, pour s’en saisir dans son ensemble le marxisme-léninisme-maoïsme.

En Europe se mènent ces luttes avec, aussi des limitations et des erreurs, comme dans toutes luttes ; mais nous devons les voir comme une expression de la marche irrépressible de la révolution et de comment, chaque fois plus de pays et de peuples s’expriment, en prenant les fusils, pour renverser l’ordre existant. Ils acquièrent de l’expérience, et font route vers le Parti et l’idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme.

Pour moi, c’est un motif de joie de voir qu’en Europe la révolution commence à se frayer un chemin et quels que soient les accrochages, les faux pas qui puissent avoir lieu, il faut avoir confiance dans les masses et les peuples, confiance dans le fait que, de la même façon qu’ailleurs, la révolution a lieu les armes à la main, en suivant le marxisme, en Europe elle se fera aussi, nous devons y penser.

J’insiste sur le fait, que nous devrions voir avec une dimension historique, voir à plus longue échéance, étudier sérieusement ces mouvements et encourager tout ce qui conduit au marxisme-léninisme-maoïsme, à forger un parti et à développer la guerre populaire.

El Diario : Quel est votre avis sur le Nicaragua et sur Cuba ?

Président Gonzalo : Je voudrais redire ce qu’avec des amis nous avons eu l’occasion d’échanger sur ces problèmes. Le Nicaragua a fait une révolution inachevée et son problème est que là-bas, le Pouvoir de toute la grande bourgeoisie n’a pas été détruit ; ils se sont centrés sur l’anti-somozisme ; je crois que c’est un problème.

Une révolution démocratique doit balayer les trois montagnes et là-bas, cela n’a pas été fait ; par ailleurs, elle se développe avec des critères cubanistes, réajustés ces derniers temps, et ceci mène simplement à dépendre, en dernier recours, de l’Union Soviétique. Comment le met-on en évidence ?

C’est dans les pourparlers entre les représentants diplomatiques des deux superpuissances qu’on traite, qu’on voit, qu’on manie la situation du Nicaragua, ainsi que celle de l’Afghanistan ou celle du Moyen Orient ; elles sont très symptomatiques, les démarches et contre-démarches qu’ils font, et coïncident avec les réunions et les accords entre les superpuissances, les mesures qui ensuite sont prises au Nicaragua, dans leur relation avec la « contra ».

Il nous semble que le Nicaragua pour continuer sur la bonne voie, comme le mérite bien ce peuple héroïque, doit développer la révolution démocratique complètement et ceci implique pour lui une guerre populaire ; il doit rompre le commandement de l’Union Soviétique, prendre en main son propre destin et défendre son indépendance de classe ; ceci exige un Parti et évidemment, exige de s’assujettir à la conception du prolétariat ; sinon il continuera d’être une place de l’échiquier et c’est lamentable.

Nous croyons que ce peuple a montré une grande combativité et que son destin historique ne peut être que celui de développer la révolution comme il se doit : avec un Parti basé sur le marxisme-léninisme-maoïsme et une guerre populaire et de se développer indépendamment, sans aucune tutelle de personne, ni de près, ni de loin.
De Cuba, concrètement je ne pourrais dire que ceci : il joue un rôle au service de l’Union Soviétique non seulement en Amérique Latine, mais en Angola aussi par exemple, et en d’autres lieux.

Il est passé d’une main à une autre, d’un maître à un autre ; processus présenté comme « un cas exceptionnel » par les cubains eux-mêmes. Il faut bien se souvenir des critères qu’ils ont posés comme guide de leur lutte : que les classes ne sont pas bien différenciées et que ce qu’il faut, en synthèse, c’est un ensemble de sauveteurs pour délivrer les opprimés, des critères que, nous voyons aussi dans des documents qui circulent au Pérou comme les quatre suivants, c’est le problème de ne pas partir de la lutte des classes ; en suite le fait de dire « révolution socialiste ou caricature de révolution », c’est dire qu’une seule révolution est possible dans les nations opprimées ; puis un front uni de trois classes, sans bourgeoisie nationale ; la non nécessité du Parti Communiste, c’est mettre de côté la direction du prolétariat ; et la négation de la guerre populaire, en partant du rejet des bases d’appui. Ce sont là, de néfastes critères diffusés par le cubanisme.

Cuba a une haute responsabilité en Amérique, parce qu’il a été une espérance ; mais il faut se rappeler très bien ce qui se passa en 70, Fidel Castro dit que la stratégie de la lutte armée avait échoué, cherchant à l’abandonner, à laisser tomber ce que lui-même avait encouragé et soutenu. Douglas Bravo s’opposa à lui et lui répondit que ce n’était pas la stratégie qui avait fait défaut mais plutôt la tactique castriste, mais lamentablement, après Bravo recourut aussi à l’amnistie.

Nous croyons que ces situations ont engendré beaucoup de problèmes en Amérique. Mais aujourd’hui, ces mêmes critères réajustés selon la voix du maître social-impérialiste, sont en train de se répandre et on les présente comme un nouveau développement révolutionnaire qui se concrétiserait au Nicaragua. C’est totalement faux.

Ce que nous devons affirmer et nous l’affirmons, c’est que l’Amérique Latine est déjà mûre pour la guerre populaire et que c’est cela son chemin. L’Amérique Latine a un rôle important à accomplir ; n’oublions pas qu’elle est « L’arrière-cour des États-Unis », selon les dires de l’insolent impérialisme yankee. L’Amérique Latine a aussi un rôle important dans le monde ; elle l’accomplira si elle s’empare de l’idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme, si elle forge des partis communistes et si elle mène à bien des guerres populaires dans le contexte de la révolution mondiale.

Les latino-américains, nous serons, à la fin du siècle, plus de 500 millions de personnes. Beaucoup de choses nous unissent et même pour le fait d’être proches nous devons lutter ensemble, ce qui ne veut pas dire se détacher de la révolution mondiale, car nous n’accomplirons notre tâche qu’en tant que partie de la révolution mondiale. Mais avec l’Amérique Latine ça ne suffit pas, le communisme est pour le monde entier ou pour personne.

El Diario : Quel est l’apport du Parti Communiste du Pérou à la révolution mondiale ?

Président Gonzalo : Son principal apport, est de signaler le maoïsme comme nouvelle, troisième et supérieure étape du marxisme ; tout en assumant, de servir et de contribuer à ce que cette idéologie prenne le commandement et devienne le guide de la révolution mondiale.

Une question qui en découle, est de montrer la validité, la perspective très important du maoïsme. De même, montrer qu’en comptant principalement sur ses propres efforts sans suivre le commandement d’aucune superpuissance ni puissance impérialiste, il est possible de faire la révolution, mais plus encore il est nécessaire de la faire de cette façon.

Démontrer la potentialité de la guerre populaire qui s’exprime, malgré toutes nos limitations. Et s’il le faut, être, comme d’autres le signalent, une espérance, ce qui implique une responsabilité, et être une flamme pour la révolution mondiale, un exemple qui puisse servir à d’autres communistes. Ainsi nous sommes en train de servir la révolution mondiale.

AUTRES POINTS

El Diario : Monsieur le Président, nous sommes arrivés à la fin de cet entretien, plus de 12 heures de conversation avec vous ; maintenant, nous aimerions parler de vous personnellement, du Dr. Abimael Guzman Reynoso. Y a-t-il eu quelqu’un dans votre famille où vos amis qui ait influencé le développement de votre vocation et de votre capacité politique ?

Président Gonzalo : Je dirais que ce qui a forgé en moi le fait d’avancer dans cette voie, à été la lutte du peuple. J’ai pu voir la combativité du peuple d’Aréquipa lors du soulèvement de 50, et comment la masse, devant la violence barbare d’assassinats de jeunes gens, a répondu avec une furie irrépressible, comment ils se sont battus contre l’armée et l’ont fait reculer jusque dans ses casernes. L’armée dut faire venir des forces supplémentaires pour pouvoir les écraser.

C’est un fait, pourrais-je dire, qui m’a beaucoup marqué, parce que là, après avoir compris Lénine, j’ai compris comment le peuple, la classe, quand elle s’empare des rues et marche, fait trembler la réaction malgré tout le pouvoir qu’elle a. Un autre fait fut les luttes de 56, là aussi, le peuple combattit, d’autres trafiquèrent, et c’est ce que font la réaction et les opportunistes ; mais le peuple combattit et imposa des conditions ; il y eut des mouvements massifs, fortement décidés. Ces faits, entre autres, m’ont servi à comprendre le pouvoir de masses, que ce sont elles qui font l’histoire.

De plus, j’ai eu l’occasion, rétrospectivement, de vivre le soulèvement de 48 au port de Callao, voir de mes propres yeux, la bravoure, comment le peuple est généreux d’héroïsme et comment les dirigeants trafiquent. En recherchant un peu dans mes souvenirs, je crois que la Seconde Guerre Mondiale m’a marqué profondément ; oui, je me souviens comme dans un rêve, bien sûr un peu flou, quand la guerre commença en septembre 1939, le tapage et les nouvelles qu’émettaient les anciens postes de radio ; je me souviens aussi des bombardements, des grandes nouvelles ; je me rappelle aussi la fin de la guerre et comment elle fut fêtée : il y eut alors un grand vacarme de sirènes de bateaux, de klaxons, une grande joie, la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

J’ai eu l’occasion de voir, dans les journaux, les 5 grands, comme ils les appelaient, et parmi eux, le camarade Staline. Pour cela, je dirais que ces faits m’ont marqué, et l’idée du pouvoir, des masses et de la capacité transformatrice de la guerre, s’est imprimée en moi ; de manière primaire, confuse, mais cela m’a laissé des traces qui nous façonnent. Je crois que, comme tout communiste, je suis fils de la lutte de classes et du Parti.

El Diario : A quel âge avez-vous embrassé le marxisme ? Pendant votre vie scolaire ou universitaire ?

Président Gonzalo  : Mon intérêt pour la politique commença à se développer à la fin du secondaire, à partir des événements de l’année 50 ; et des années suivantes, je me rappelle qu’avec d’autres camarades de classe, nous avions formé un cercle pour l’étude des idées politiques ; nous avions un grand intérêt pour étudier toutes les idées politiques.

Vous vous imaginez dans quel moment je me trouvais ? C’est là que j’ai commencé. Déjà à l’université, dans la lutte universitaire même, j’ai eu l’occasion de vivre de grandes grèves, de grands affrontements entre apristes et communistes, et des débats.

C’est ainsi que s’éveilla mon désir de connaître des livres. Quelqu’un eut l’amabilité de m’en prêter un ; je crois que c’était « Un pas en avant, deux pas en arrière », ça m’a plu. A partir de là, je commençais à étudier des livres marxistes. Ensuite, ce qui m’a beaucoup marqué, c’est l’image du camarade Staline ; à cette époque, nous les personnes qui nous approchions du communisme et qui réussissaient à militer, nous nous formions avec les « Questions du Léninisme » ; c’était un livre de chevet.

Je l’ai étudié comme il se doit, sérieusement, vu son importance. La vie de Staline m’intéressa ; elle était pour nous un exemple de la révolution. J’eus des problèmes pour entrer au Parti Communiste, parce qu’il y avait un critère absurde qui disait que, pour militer, il fallait être fils d’ouvrier et moi, je ne l’étais pas ; mais d’autres avaient un autre critère, et ainsi je pus entrer au Parti. J’ai participé à la défense de Staline : nous le ravir alors, c’était comme nous arracher notre âme ; à cette époque, on diffusait davantage les œuvres de Staline que celles de Lénine, il en était ainsi à cette période.

Ensuite, je suis parti à Ayacucho pour des raisons de travail et pour ce que je croyais être un temps court, un temps court qui dura des années ; je pensais que ça allait durer un an, vu les circonstances, mais chacun propose et la classe dispose ; la masse et le peuple font de chacun de nous beaucoup de choses. Ayacucho m’a servi à découvrir la paysannerie ; Ayacucho était à l’époque un village très petit ; sur une grande partie, c’était la campagne.

Aujourd’hui encore, si on va dans les quartiers pauvres à la sortie de la ville, on trouve encore des paysans et à un quart d’heure de la ville, c’est déjà la campagne. Ici aussi, j’ai commencé à comprendre le Président Mao Zedong, j’ai avancé dans ma compréhension du marxisme. La lutte entre marxisme et révisionnisme a eu beaucoup d’importance dans ma formation.

Quelqu’un a eu la malchance de me prêter la fameuse Lettre Chinoise, la " Proposition au sujet de la ligne générale du Mouvement Communiste International " ; il me la prêtait avec l’obligation de la lui rendre ; évidemment, l’appropriation était compréhensible. La lettre m’amena à approfondir la grande lutte entre marxisme et révisionnisme.

Je me suis consacré au travail du Parti et à balayer le révisionnisme, je crois qu’ensemble, avec d’autres camarades, nous avons réussi, en laissant de côté un ou deux, en guise de remède comme on dit, ils étaient déjà invariablement révisionnistes.

Ayacucho a eu pour moi une immense importance, et cela a un rapport avec la voie de la révolution, et aussi avec les enseignements du Président Mao. Ainsi, je suis devenu marxiste et le Parti m’a façonné avec l’acier, avec patience je crois.

El Diario : On sait que vous êtes allé en Chine. Avez-vous connu le Président Mao ?

Président Gonzalo : Je n’ai pas eu cette grande chance, j’ai seulement pu l’apercevoir de loin ; mais j’ai pu voir la reconnaissance et la profonde affection d’un peuple envers un grand dirigeant, un extraordinaire marxiste, à un sommet du marxisme. Je n’ai pas eu la chance, je le redis, de faire sa connaissance ; la délégation à laquelle j’étais assigné, commit beaucoup d’erreurs, de sottes arrogances. Je crois que cela détermina le fait qu’on ne nous concède pas ce privilège.

Oui, je suis allé en Chine ; et là, j’ai eu la possibilité –que je souhaite à beaucoup- d’être dans une École où on enseignait d’abord la politique, des questions internationales jusqu’à la philosophie marxiste ; c’étaient des cours magistraux, donnés par des révolutionnaires confirmés et hautement compétents, de grands éducateurs. Parmi eux, je veux citer l’éducateur qui nous enseigna le travail ouvert et clandestin, un homme qui avait voué toute sa vie au Parti, totalement. Pendant plusieurs années, il fut un exemple vivant, un éducateur extraordinaire.

Il nous apprit beaucoup de choses ; il voulut nous en enseigner davantage, mais certains s’y opposèrent car, dans la vie, il y a de tout. Ensuite, on nous enseigne des questions militaires, mais on commençait toujours par la politique, par la guerre populaire ; puis, on traitait de la construction des forces armées, de la stratégie et de la tactique ; et ils nous enseignaient aussi la partie pratique, sur les embuscades, les assauts, les déplacements, la façon de préparer des explosifs de démolition.

Quand nous manipulions des éléments chimiques très dangereux, ils nous recommandaient d’avoir toujours à l’esprit l’idéologie, qu’elle nous rendrait capables de tout faire et de le faire bien ; nous avons appris à faire nos premières charges de démolition. Pour moi, le fait d’avoir été éduqué dans la plus grande Ecole du marxisme qu’ait porté la Terre est un exemple, un souvenir ineffaçable, une grande leçon et un grand pas dans ma formation.

Bon, si vous voulez une anecdote, en voici une : quand nous avons terminé le cours sur les explosifs, ils nous ont dit qu’on pouvait tout faire exploser ; alors, dans la partie finale, nous prenions un style et il explosait ; nous nous asseyions et cela explosait aussi ; c’était une espèce de feu d’artifice ; c’étaient des choses parfaitement calculées pour nous montrer qu’on pouvait tout faire sauter, à condition de s’ingénier à le faire.

Nous nous demandions constamment : comment allons-nous faire ceci ? cela ? Ils nous disaient : ne vous inquiétez pas, vous avez déjà appris suffisamment, pensez que les masses sont capables de tout et qu’elles ont un savoir-faire inépuisable ; ce que nous vous avons enseigné, les masses vont le faire et elles vont, à nouveau, vous l’enseigner ; c’est ainsi qu’ils nous parlaient. Cette École a été très utile pour ma formation et pour commencer à apprécier la valeur du Président Mao Zedong.

Puis, j’ai étudié un peu plus, j’ai cherché à appliquer et je crois que j’ai encore beaucoup à apprendre du Président Mao Zedong, du maoïsme, de sa propre action. Non pas qu’on cherche à se comparer, simplement on fixe les grands sommets pour nous orienter vers nos objectifs.

Mon séjour en Chine a été une expérience inoubliable. J’y suis allé aussi lors d’une autre occasion, quand la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne commençait, nous demandâmes qu’on nous explique la Pensée Mao Zedong, comme on l’appelait alors ; ils nous l’enseignèrent à nouveau ; cela m’aida à comprendre davantage ou, plutôt, un peu plus.

Et quelque chose semble ironique : j’ai commençait à apprécier et à estimer Mariátegui en comprenant le Président Mao Zedong ; comme il nous demande d’appliquer le marxisme avec créativité, j’ai recommencé à étudier Mariátegui et j’ai compris que nous avions là un marxiste-léniniste de premier ordre, qui avait analysé à fond notre société. Cela semble ironique, mais c’est la vérité.

El Diario : Quel est votre sentiment en tant qu’homme le plus recherché par les forces répressives de ce gouvernement ?

Président Gonzalo : Qu’on accomplit bien une responsabilité et qu’on s’efforce de mener à bien sa tâche ; le reste n’est que responsabilité envers la révolution, le Parti, le marxisme-léninisme-maoïsme, la classe, le peuple et les masses.

Nous pensons toujours que nous avons la vie au bout des doigts, autrement nous ne pourrions être des communistes. En conséquence, ils ont leurs raisons ; les miennes sont celles que le Parti établit. C’est vis à vis d’elles que j’espère être toujours plus fidèle et plus utile, puisque nous pouvons perdre la vie au détour de n’importe quel chemin ; de plus elle a un début et une fin, un temps de plus, un temps de moins.

El Diario : Avez-vous une peur quelconque ?

Président Gonzalo : Peur ? Je crois que c’est une contradiction, avoir peur et ne pas avoir peur ; le problème est de saisir l’idéologie et de fortifier en nous le courage. C’est l’idéologie qui nous rende courageux, qui nous permet de n’avoir pas froid aux yeux. A mon avis, personne ne naît courageux ; c’est la société, la lutte de classes, le prolétariat, le Parti et l’idéologie qui nourrissent le courage des communistes. Quelle pourrait être la plus grande crainte ?

Mourir ? Je crois, comme matérialiste, que la vie s’achève un jour, et ce qui prédomine en moi, c’est l’optimisme et la conviction que la tâche que j’accomplis, d’autres la continueront jusqu’à l’accomplissement de nos tâches définitives, le communisme ; car la crainte que je pourrais avoir, serait que notre tâche ne soit pas continuée, mais cette crainte s’estompe quand on a confiance dans les masses.

La pire crainte, en fin de compte, c’est de n’avoir pas confiance dans les masses, de se croire indispensable, le nombril du monde, je crois que c’est cela ; et si on est formé par le Parti, avec l’idéologie du prolétariat, le maoïsme principalement, alors on comprend que ce sont les masses qui font l’histoire, que c’est le Parti qui fait la révolution, que la marche de l’histoire est définie, que la révolution est la tendance principale. Alors, la peur s’estompe et il ne reste que la satisfaction d’être une pierre parmi les autres pierres, qui servira à instaurer les bases pour qu’un jour le communisme brille et illumine toute la Terre.

El Diario : Que fait le Président Gonzalo quand il ne s’occupe pas de politique et de guerre ? Quels livres lit-il ?

Président Gonzalo : Souvent je n’ai pas le temps de lire ce dont j’ai envie. Ce que j’aime lire ? Je lis beaucoup de biographies ; la littérature me semble une grande expression de l’art. J’aime lire par exemple Shakespeare, l’étudier aussi ; je pense qu’en l’étudiant, on rencontre des problèmes politiques, des leçons bien claires, dans « Jules César » ou dans « Macbeth » par exemple.

La littérature me plaît mais la politique l’emporte toujours et m’amène à rechercher le sens politique, le problème de fond, car, en fin de compte, derrière chaque grand artiste, il y a un homme politique, il y a un homme de son temps qui combat dans la lutte de classes. J’ai lu aussi des romans péruviens et il m’arrive de les relire.

J’ai lu une fois un petit ouvrage de Thomas Mann sur Moïse ; ensuite, nous l’avons utilisé pour l’interprétation politique de la lutte que nous étions en train de livrer à cette époque.

Dans une partie de cet ouvrage sur Moïse, il est écrit qu’on peut enfreindre la loi, mais pas la nier.

Comment l’ai-je interprété ? Je le fis ainsi : enfreindre la loi, c’est se heurter au marxisme ; on peut permettre les déviations, qu’on ait des idées erronées, mais on ne peut pas tolérer la négation du marxisme. Je crois qu’on apprend beaucoup de choses. J’ai lu « Le monde est grand et étrange », « Tous les sangs », et je les ai aussi étudiés.

J’aime la littérature. Avant, j’aimais la musique, maintenant, elle me plaît moins. D’autres penchants ? Les livres de sciences. J’aime les sciences. Dans mes débuts à l’université, je m’inscrivis en Droit puisque je devais avoir une profession ; mais la philosophie me plaisait, alors je me mis à l’étudier et c’est là que je découvris les sciences. Alors, je me suis consacré ardemment à étudier des questions de mathématiques, de physique ; il me semble que la physique est une science extraordinaire et c’est juste quand on dit que c’est "l’aventure de la pensée". Le problème des sciences réside dans le fait que les scientifiques, dont le point de départ est matérialiste, sont bons tant qu’ils restent dans le champ des sciences ; mais quand ils veulent faire de la philosophie ou autre chose, s’ils ne sont pas matérialistes, ils tombent dans l’idéalisme, ce qui arriva à Einstein lui-même.

Les sciences me plaisent, elles me semblent être une chose extraordinaire. Je dirai que ce goût pour les sciences, on peut le trouver dans la thèse que j’ai faite pour ma maîtrise en philosophie ; c’est une analyse du temps et de l’espace selon Kant du point de vue du marxisme, et je me suis servi des mathématiques et de la physique. J’aimerais pouvoir la relire, parce que le temps me manque pour étudier à nouveau tout cela, mais je n’en ai même pas un exemplaire.

El Diario : Aimez-vous aussi la poésie ?

Président Gonzalo : Oui, à une époque, j’ai parcouru et étudié la poésie universelle dans une anthologie ; quelques ouvrages de poésie de la bibliothèque de l’université me le permirent. La poésie me plaît, c’est une des choses que j’admire aussi chez le Président Mao, qui était un poète extraordinaire. Sur la poésie péruvienne, je peux dire que Vallejo est un des nôtres ; en plus, il était communiste.

El Diario : Certains disent que vos discours Le Drapeau et ILA 80 sont de beaux poèmes politiques de guerre. Qu’en dites-vous, monsieur le Président ?

Président Gonzalo : Ce que je peux vous dire, c’est que parfois, en politique, il faut laisser s’exprimer l’âme, pour que la passion, le sentiment profond, impulse notre volonté. Dans ces circonstances, c’est le cœur qui parle, comme on dit : je crois que s’y exprime la passion révolutionnaire qui est indispensable à la guerre. Je ne saurais préciser la valeur littéraire de ces discours.

El Diario  : Vous arrive-t-il d’être déprimé ?

Président Gonzalo : Non. Je crois que j’ai un optimisme presque organique ; je m’occupe plus de problèmes où il s’agit de compréhension des choses et de volonté que de problèmes de sentiments et de dépression.

Je crois, au contraire, que je suis très optimiste ; c’est le marxisme, le Président Mao, qui nous font comprendre que nous, les hommes, les communistes en particulier, sommes optimistes. Toutes les fois que me trouve dans des situations difficiles, je fais un effort pour trouver ce qui est positif, ou je cherche le peu de positif qui reste à un moment donné pour se développer.

Jamais tout ne peut pas être complètement noir, de même que tout ne peut pas être complètement rouge. Même si nous avions subi une grande défaite, ce qui ne nous est jamais arrivé, il y aurait toujours quelque chose de positif ; le problème est de tirer la leçon et de continuer à travailler sur ce qui est positif ; on trouve toujours quelqu’un qui nous soutient, qui nous donne la chaleur intense en nous aidant dans le combat, puisque le communisme unit.

El Diario : Avez-vous des amis ?

Président Gonzalo : Non, je n’en ai pas ; mais j’ai des camarades et je suis très fier de les avoir.

El Diario : Monsieur le Président, nous avons atteint la fin de cet entretien.

Président Gonzalo  : Nous avons travaillé beaucoup ; et je vous remercie infiniment de vos efforts, des péripéties que vous avez dû surmonter pour que nous puissions nous rencontrer et offrir ce premier entretien. Cet entretien qui peut être présenté au peuple, par un journal comme El Diario, qui lutte avec ténacité pour servir le peuple ; merci infiniment.

El Diario  : Nous vous remercions, monsieur le Président.

mardi 18 octobre 1988


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