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J. Staline : À tous les ouvriers − 1905

[19 octobre 1905]

La révolution gronde ! Le peuple révolutionnaire de Russie est debout ; il presse de toutes parts le gouvernement tsariste pour lui livrer assaut ! Les drapeaux rouges flottent au vent ; on dresse des barricades, le peuple prend les armes et attaque les établissements publics. De nouveau retentit l’appel des braves ; de nouveau gronde la vie qui s’était comme assoupie. Le vaisseau de la révolution, toutes voiles dehors, cingle vers la liberté. C’est le prolétariat de Russie qui le conduit.

Que veulent les prolétaires de Russie et où vont-ils ? Renversons la Douma tsariste et instituons une Assemblée nationale constituante : voilà ce que disent aujourd’hui les prolétaires de Russie. Le prolétariat ne demandera pas au gouvernement de menues concessions ; il ne lui demandera pas d’abroger la « loi martiale » et de mettre un terme aux « exécutions militaires » dans quelques villes et villages, — le prolétariat ne s’abaissera pas à de pareilles bagatelles. Qui demande des concessions au gouvernement ne croit pas à la mort de ce gouvernement ; or le prolétariat est tout pénétré de cette croyance. Qui attend du gouvernement certains « avantages », ne croit pas à la force de la révolution ; or le prolétariat est animé par cette croyance. Non ! le prolétariat ne dispersera pas son énergie en revendications déraisonnables. Il n’a qu’une revendication à présenter à l’autocratie tsariste : à bas l’autocratie, mort à l’autocratie ! Et voici qu’à travers les étendues de la Russie retentit, toujours plus hardi, l’appel révolutionnaire des ouvriers : A bas la Douma d’Etat ! Vive l’Assemblée nationale constituante ! Voilà vers quoi s’oriente aujourd’hui le prolétariat de Russie.

Le tsar n’accorde pas une Assemblée nationale constituante ; le tsar n’abolira pas sa propre autocratie, — non, cela, il ne le fera pas ! La « constitution » étriquée qu’il « octroie » est une concession, nous ne refuserons pas d’arracher la noix à la corneille pour lui casser la tête avec. Mais le fait n’en reste pas moins que le peuple ne peut se fier à la promesse du tsar, qu’il ne doit se fier qu’à lui-même, qu’il ne doit compter que sur sa force : l’émancipation du peuple doit être l’oeuvre du peuple lui-même. Ce n’est que sur les ossements des oppresseurs que peut être édifiée la liberté du peuple ; ce n’est qu’avec le sang des oppresseurs que peut être fertilisé le sol où s’épanouira le pouvoir absolu du peuple ! C’est seulement quand le peuple en armes entrera en action, avec le prolétariat à sa tête, et quand il brandira le drapeau de l’insurrection générale, que pourra être renversé le gouvernement tsariste, fort de ses baïonnettes. Pas de phrases creuses, pas d’ « auto-armement » absurde, mais un armement réel et l’insurrection armée : voilà vers quoi s’orientent aujourd’hui les prolétaires de toute la Russie.

L’insurrection victorieuse aboutira à la défaite du gouvernement. Mais plus d’une fois les gouvernements battus se sont relevés. Le nôtre aussi peut le faire. Les forces ténébreuses qui, pendant l’insurrection, se cachent dans les trous, en sortiront dés le lendemain et voudront remettre sur pied le gouvernement. C’est ainsi que les gouvernements vaincus ressuscitent d’entre les morts. Le peuple doit absolument juguler ces forces ténébreuses, les anéantir ! Il faut pour cela que, dés le lendemain de l’insurrection, du plus petit combattant au plus grand, le peuple vainqueur s’arme et devienne une armée révolutionnaire, toujours prête à défendre, les armes à la main, les droits qu’il aura conquis.

C’est seulement quand le peuple vainqueur sera devenu armée révolutionnaire qu’il sera en mesure d’écraser définitivement les forces ténébreuses tapies dans leurs antres. Seule l’armée révolutionnaire peut donner de la force aux actes du gouvernement provisoire ; seul le gouvernement provisoire pourra convoquer l’Assemblée nationale constituante qui doit instaurer la république démocratique. Une armée révolutionnaire et un gouvernement provisoire révolutionnaire, voilà vers quoi s’orientent aujourd’hui les prolétaires de Russie.

Telle est la voie où s’est engagée la révolution russe. Elle conduit au pouvoir absolu du peuple, et le prolétariat appelle tous les amis du peuple à suivre ce chemin.

L’absolutisme tsariste barre la route à la révolution populaire ; il veut par son manifeste d’hier, freiner ce grand mouvement : il est clair que les vagues de la révolution submergeront et balaieront l’absolutisme tsariste…

Mépris et haine pour tous ceux qui ne suivront pas la voie du prolétariat, car ils trahissent bassement la révolution. Honte à ceux qui en fait se sont engagés dans cette voie, mais tiennent un autre langage : ceux-là craignent la vérité par pusillanimité !

Quant à nous, nous ne craignons pas la vérité, nous ne craignons pas la révolution ! Que le tonnerre gronde plus fort, que la tempête se déchaîne avec plus de violence ! L’heure de la victoire est proche !

Proclamons donc avec enthousiasme les mots d’ordre du prolétariat de Russie :

À bas la Douma d’Etat !
Vive l’insurrection armée !
Vive l’armée révolutionnaire !
Vive l’Assemblée nationale constituante !
Vive la république démocratique !
Vive le prolétariat !

Publié d’après le texte du tract édité le 19 octobre 1905 par l’imprimerie clandestine (d’Avlabar) de l’Union caucasienne du P.O.S.D.R.
Signé :
Le Comité de Tiflis.
Traduit du géorgien.

mercredi 7 août 2019


Oeuvres de J. Staline