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L’URSS socialiste - 9e partie : la technique, les cadres, « parcourir cette distance en dix ans »

La construction du socialisme posa certains problèmes, principalement dans l’équilibre entre les initiatives prises, dans la connexion entre les différentes étapes.

Ainsi, la victoire dans la collectivisation fut telle que le Parti bolchevik dut prendre des mesures pour empêcher que l’élan pris n’amène pas des mesures ne consistant qu’en des fictions administratives, certains kolkhozes n’étant pas encore réellement organisés. C’est Staline, qui en mars 1930 dans un document alors célèbre et intitulé Le vertige du succès, dénonce cette démarche gauchiste de collectivisation « par en haut » :

« On sait que dans une série de régions de l’U.R.S.S., où la lutte pour l’existence des kolkhozes est loin d’être terminée, et où les artels ne sont pas encore consolidées, des tentatives sont faites pour sauter hors du cadre des artels et s’élancer d’emblée vers la commune agricole.

L’artel n’est pas encore consolidée, mais déjà on « collectivise » les habitations, le petit bétail, la volaille, et cette « collectivisation » dégénère en proclamations à coups de décrets paperassiers et bureaucratiques, les conditions n’étant pas encore réunies qui rendraient cette collectivisation nécessaire.

On pourrait croire que le problème des céréales est déjà résolu dans les kolkhoz, qu’il représente une étape déjà franchie ; qu’à l’heure présente, la tâche essentielle n’est point de résoudre le problème des céréales,mais celui de l’élevage et de l’aviculture. On se demande à qui profite ce « travail » de brouillons, qui consiste à mettre dans le même sac les formes diverses du mouvement de collectivisation ?

A qui profite cette précipitation absurde et nuisible pour la cause ?

Irriter le paysan kolkhozien par la « collectivisation » des habitations, de tout le bétail laitier,de tout le petit bétail, de la volaille, alors que le problème des céréales n’est pas encore résolu, alors que la forme-artel des kolkhoz n’est pas encore consolidée,— n’est-il pas clair qu’une telle « politique » ne peut être agréable et avantageuse qu’à nos ennemis jurés ?

Un de ces « collectivisateurs » zélés en arrive même à lancer un ordre à l’artel prescrivant d’« inventorier, dans un délai de trois jours, toute la volaille de chaque ferme », d’établir la fonction de « commandants » spéciaux pour l’enregistrement et la surveillance, d’« occuper dans l’artel les postes de commande », de « diriger le combat socialiste sans abandonner les postes », et — la chose est claire — de tenir l’artel fermement en mains.

Qu’est-ce donc ? Une politique de direction du kolkhoz ou une politique de sa décomposition et des on discrédit ? Je ne parle même pas de ces « révolutionnaires », s’il est permis de les appeler ainsi, qui, pour organiser une artel, commencent par décrocher les cloches des églises. Décrocher les cloches, pensez donc comme c’est révolutionnaire !

Comment ont pu se produire dans notre milieu ces pratiques brouillonnes en matière de « collectivisation », ces tentatives grotesques de vouloir sauter par-dessus soi-même, tentatives ayant pour but de passer outre aux classes et à la lutte de classes, mais qui, en réalité, portent l’eau au moulin de nos ennemis de classes ?

Elles n’ont pu se produire que dans l’atmosphère de nos succès « faciles » et « inopinés » sur le front de construction des kolkhoz.

Elles n’ont pu se produire que par suite des tendances brouillonnes qui se manifestent dans les rangs de certaines couches du Parti : « Nous pouvons tout ! », « Il ne nous en coûte rien ! » Elles n’ont pu se produire que parce que les succès ont donné le vertige à quelques-uns de nos camarades,qui ont perdu un instant la lucidité d’esprit et la saine compréhension des choses.

Pour redresser la ligne de notre travail en matière de construction des kolkhoz, il faut mettre un terme à ces tendances. C’est là maintenant une des tâches immédiates du Parti. »

Un second souci fut que lancer l’industrialisation faisait en sorte, nécessairement, que les investissements primaient sur les dépenses pour la consommation. De fait, l’un des problèmes de la politique d’industrialisation était que la consommation individuelle de biens était affaiblie par cette priorité choisie.

Staline en était bien sûr parfaitement conscient, mais il explique qu’il n’y avait pas d’autres choix, si l’on ne voulait pas que l’URSS devienne la cible des impérialistes. Il expliqua ainsi :

« On nous dit : Tout cela est fort bien,on a construit beaucoup de nouvelles usines,on a jeté les bases de l’industrialisation.

Mais il aurait beaucoup mieux valu renoncer à la politique d’industrialisation,à la politique d’extension de la production des moyens de production,ou du moins rejeter cette tâche à l’arrière-plan, afin de produire une plus grande quantité de cotonnades,de chaussures, de vêtements et autres objets de grande consommation.

La production d’objets de grande consommation a été inférieure à nos besoins,et cela crée certaines difficultés.

Mais alors il faut savoir et il faut se rendre compte à quoi nous aurait conduits cette politique de mise à l’arrière-plan des tâches de l’industrialisation. Évidemment,sur le milliard et demi de roubles, en devises étrangères,que nous avons dépensés au cours de cette période pour équiper notre industrie lourde,nous aurions pu réserver la moitié aux importations de coton,de cuir, de laine, de caoutchouc, etc.

Nous aurions eu alors plus de cotonnades, de chaussures, de vêtements.

Mais alors nous n’aurions ni industrie des tracteurs,ni industrie automobile ; nous n’aurions pas de sidérurgie tant soit peu importante ;nous n’aurions pas de métal pour la fabrication des machines,et nous serions désarmés face à l’encerclement capitaliste armé d’une technique nouvelle.

Nous nous serions alors privés de la possibilité de fournir l’agriculture en tracteurs et en machines agricoles, et donc nous serions restés sans blé.

Nous nous serions mis dans l’impossibilité de vaincre les éléments capitalistes du pays, et donc nous aurions augmenté incroyablement les chances de restauration du capitalisme.

Nous n’aurions pas alors tous les moyens modernes de défense, sans lesquels l’indépendance d’un pays comme État est impossible ; sans lesquels un pays devient un objectif pour les opérations militaires des ennemis du dehors. »
(Le bilan du premier plan quinquennal, 1933)

Staline avait déjà précisé, quelques années auparavant, l’importance capitale que cela avait pour la survie même de l’URSS. Il affirma ainsi, dans son discours à la première conférence des cadres dirigeants de l’industrie, en février 1931 :

« On demande parfois, disait le camarade Staline dans son intervention, s’il ne serait pas possible de ralentir un peu les rythmes, de retenir le mouvement.

Non, ce n’est pas possible, camarades ! Il n’est pas possible de réduire les rythmes !… Freiner les rythmes, cela signifie retarder. Mais les retardataires se font battre. Et nous, nous ne voulons pas être battus. Non, nous ne le voulons pas !

L’histoire de l’ancienne Russie consistait, entre autres, en ce que la Russie était continuellement battue à cause de son retard. Battue par les khans mongols. Battue par les beys turcs. Battue par les féodaux suédois. Battue par les seigneurs polono-lituaniens. Battue par les capitalistes anglo-français. Battue par les barons japonais. Battue par tout le monde, — pour son retard…

Nous retardons de cinquante à cent ans sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou nous serons broyés…

En dix ans au maximum, nous devons parcourir la distance dont nous retardons sur les pays avancés du capitalisme. Pour cela, nous avons toutes les possibilités « objectives ». Il ne nous manque que le savoir-faire pour tirer véritablement parti de ces possibilités. Mais c’est une chose qui dépend de nous. Uniquement de nous !

Il est temps que nous apprenions à tirer parti de ces possibilités. Il est temps d’en finir avec cette tendance pernicieuse à ne pas s’ingérer dans la production. Il est temps d’adopter une autre, une nouvelle attitude, conforme à la période actuelle : l’attitude qui consiste à se mêler de tout. Si tu es directeur d’usine, mêle-toi de toutes les affaires, pénètre au fond de toutes choses, ne laisse rien passer, apprends et apprends encore. Les bolcheviks doivent se rendre maîtres de la technique.

Il est temps que les bolcheviks deviennent eux-mêmes des spécialistes. La technique en période de reconstruction décide de tout. »

La technique décide de tout, expliqua Staline, à un moment précis ; ainsi, une fois l’industrialisation lancée, ce sont les cadres maîtrisant de cette technique qui jouent un rôle capital. Voici comment, en 1935, Staline précise cette question fondamentale, lors de la promotion des élèves des Écoles supérieures de l’Armée rouge :

« Auparavant, nous disions que « la technique décide de tout ».

Ce mot d’ordre nous a aidés en ce sens que nous avons fait disparaître la pénurie technique et créé la base technique la plus large dans toutes les branches d’activité, pour armer nos hommes d’une technique de premier ordre.

C’est très bien. Mais c’est loin, bien loin de suffire.

Pour mettre la technique en mouvement et l’utiliser à fond, il faut des hommes, maîtres de la technique, il faut des cadres capables d’assimiler et d’utiliser cette technique selon toutes les règles de l’art.

La technique sans les hommes qui en aient acquis la maîtrise est chose morte. La technique avec, en tête, des hommes qui en ont acquis la maîtrise, peut et doit faire des miracles.

Si dans nos usines et nos fabriques de premier ordre, dans nos sovkhoz et nos kolkhoz, dans nos transports, dans notre Armée rouge, il y avait en nombre suffisant des cadres capables de dominer cette technique, notre pays obtiendrait un rendement trois et quatre fois plus élevé qu’aujourd’hui. Voilà pourquoi le gros de notre effort doit porter maintenant sur les hommes, sur les cadres, sur les travailleurs, maîtres de la technique.

Voilà pourquoi l’ancien mot d’ordre : « la technique décide de tout », reflet d’une période déjà révolue, où la pénurie sévissait chez nous dans le domaine technique, doit être maintenant remplacé par un mot d’ordre nouveau : « les cadres décident de tout ». C’est là aujourd’hui l’essentiel…

Il faut comprendre enfin que de tous les capitaux précieux existant dans le monde, le plus précieux et le plus décisif, ce sont les hommes, les cadres. Il faut comprendre que, chez nous, dans les conditions actuelles, « les cadres décident de tout ».

Si nous avons de bons et nombreux cadres dans l’in­dustrie, dans l’agriculture, dans les transports, dans l’armée, notre pays sera invincible. Si nous n’avons pas de tels cadres, nous boiterons des deux pieds. »