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L’ambulant Vassili Perov, titan du réalisme - 1re partie

Vassili Grigorievitch Perov (1834-1882) est un peintre immense, totalement inconnu des masses, et pour cause : la bourgeoisie décadente préfère les Salvador Dali et les Marcel Duchamp aux figures illustres du réalisme.

Ici, Vassili Grigorievitch Perov appartient bien sûr au courant des « ambulants », qui ont parcouru la Russie pour montrer la réalité telle qu’elle est. Il est leur figure la plus âgée et pratiquement le premier à insuffler la dimension critique dans le réalisme ; en cela, il est ici très proche des frères Le Nain.

Deux œuvres majeures sont à considérer ici : Troïka, ainsi que La dernière taverne à la porte de la ville. Ce sont deux œuvres magistrales, une affirmation du réalisme porté à un niveau formidable. On y retrouve la même acuité dans l’expression de la souffrance, pleine de dignité. Jamais le peintre n’est hautain, et il préfère forcer le trait aux dépens du réalisme s’il le faut (comme chez les frères Le Nain) afin de bien souligner l’aspect lui semblant central, cela bien entendu en conservant la complexité générale et la synthèse de la réalité.

Voici Troïka, exprimant une réalité toute nue.

Vassili Perov-Troïka

Remarquons immédiatement ce détail qui a toute son importance : ces deux hommes à l’arrière-plan, affrontant les éléments de manière si difficile qu’ils en disparaissent dans l’obscurité et le brouillard d’une nuit d’hiver. Tel est l’arrière-plan de la situation que l’on peut voir.

Vassili Perov-Troïka-2

Admirons maintenant la dynamique des enfants en train de marcher, et quand on parle des enfants, il ne faut surtout pas ici oublier le chien qui marche à leurs côtés. Comme chez les frères Le Nain, l’animal est ici une composante même de la scène. Il va ici de l’avant, comme les enfants, mais il donne une image agressive qu’on devine protectrice.

Vassili Perov-Troïka-3

L’œuvre a ici des traits qu’on peut considérer comme forcés, néanmoins il est évident que c’est une oeuvre splendide. La dernière taverne à la porte de la ville va dans le même sens, même si elle est moins admirable. On retrouve ici l’approche au cœur des ambulants : montrer la réalité telle qu’elle est, montrer le peuple, sa vie quotidienne, sa vie réelle.

Vassili Perov-La dernière taverne à la porte de la ville

Avec Le dernier adieu, on retrouve par contre une œuvre exceptionnelle, toujours dans la même démarche, avec toujours les animaux présents, exprimant une souffrance parallèle à celle des humains. Toute la dignité du réel s’exprime ici.

Vassili Perov-Dernier adieu

On a encore ici double dynamique, avec le même découpage que dans Troïka. On a ainsi de la même manière d’un côté les enfants, avec par contre l’un d’entre eux qui est décédé, les deux enfants accompagnant le cercueil, pour un dernier adieu. L’un des enfants maintient le cercueil, exprimant le sens de protection, alors que l’autre enfant tente de faire de même, mais est quant à lui faible.

Vassili Perov-Dernier adieu-2

L’autre aspect de l’image tient encore à un adulte pratiquement invisible, allégorie d’un peuple en souffrance. Ce qui est ici formidable, c’est comment les animaux sont directement mis en parallèle. Le chien regarde, plein de protection, au loin, tandis que le pauvre cheval marche courbé. Voilà des amis fidèles, mais qui souffrent à cause de l’humain, tout en étant à ses côtés. C’est un chef d’œuvre, encore une fois dans le sens de la dignité du réel.

Vassili Perov-Dernier adieu-3

La procession pascale dans un village est l’œuvre du début des travaux de Vassili Perov, et elle a eu un grand écho. Elle a beaucoup choqué, Vassili Perov montrant systématiquement un clergé composé d’hommes gras, alors que le peuple croyant lui fait face, misérable. Toute la religiosité du peuple reflétée ici ne tient pas tant à la religion, que justement à la sensibilité.

Vassili Perov-La procession pascale dans un village

La queue à ce réservoir montre pareillement les terribles conditions du peuple, sa dignité dans son combat pour sa réalité existentielle. On en reste au typique par contre, jamais on ne tombe dans une sordide individualisation, dans laquelle Emile Zola tombera (sans parler de Victor Hugo).

Vassili Perov-La queue au réservoir

On a ici un titan du réalisme, et un moment très important de l’histoire des arts et des lettres. En peinture, on a la même dignité que chez les frères Le Nain, mais cette fois le niveau technique est bien supérieur. La dignité du réel s’affirme de manière synthétique.