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La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne - 4e partie : la pensée Mao Zedong

Le mouvement des gardes rouges se fonde sur la « pensée Mao Zedong » ; l’objectif du mouvement est la diffusion de celle-ci et comme le formule Le Quotidien du peuple dans le titre de son éditorial du 1er août 1966 : « Tout le pays doit être une grande école de la pensée de Mao Zedong. »

Dans le document de juin 1966, dont le titre est « La pensée de Mao Zedong, jumelle et microscope de notre cause révolutionnaire », on lit ainsi :

« La grande révolution socialiste qui se développe actuellement dans le domaine culturel est une grande révolution qui balaiera tous les génies malfaisants, qui réformera l’idéologie des hommes et les touchera dans ce qu’ils ont de plus profond.

A quelle arme doit-on faire appel pour balayer ces génies malfaisants ? Avec quelle idéologie doit-on armer l’esprit de l’homme et le transformer ?

L’arme idéologique la plus puissante, la seule, c’est la grande pensée de Mao Zedong. La pensée de Mao Zedong est notre orientation politique, elle est le guide suprême de nos actions. Elle est la jumelle et le microscope avec lesquels nous observons et analysons toute chose dans les domaines idéologique et politique. »

Il faut remarquer ici que, de manière impropre, en français les traductions parlèrent initialement (comme dans le texte cité) de « pensée de Mao Zedong », au lieu de « pensée Mao Zedong », ce qui fut rectifié à partir d’avril 1969, date du IXe congrès du Parti Communiste de Chine.

La pensée Mao Zedong n’est pas en effet simplement la pensée de Mao Zedong ; c’est un concept qui exprime ce que Mao Zedong a synthétisé de la Chine du point de vue du matérialisme dialectique. C’est le marxisme appliqué aux conditions concrètes de la Chine, et cela dépasse donc largement la simple personne de Mao Zedong.

Vu de l’extérieur, sans compréhension du principe de « pensée », nombre d’observateurs ont simplement cru voir une apologie de Mao Zedong, alors qu’il s’agit d’une question d’interprétation idéologique dans un contexte précis.

Les gardes rouges sont ainsi le mouvement de la jeunesse défendant la « pensée Mao Zedong » et la replaçant, de l’extérieur, au cœur du Parti Communiste, dont certains cadres ont choisi la voie capitaliste.

Plusieurs documents servent alors d’armature à la diffusion de cette pensée Mao Zedong. Il y a tout d’abord une compilation de citations, le fameux « petit livre rouge ». Ce n’est cependant qu’un aspect de la question, car les citations sont elles-mêmes reliées aux documents dont elles sont tirées.

Il y a ainsi surtout trois célèbres documents qui comptent en tant que tel : « A la mémoire de Norman Béthune » tout d’abord, qui date de décembre 1939 et traite de l’internationalisme de ce médecin canadien qui aida les Brigades Internationales en Espagne, puis l’armée rouge en Chine.

Puis on a « Servir le peuple » et « Comment Yukong déplaça les montagnes », de 1944 et 1945, qui abordent pareillement la question de l’état d’esprit qu’il faut avoir, plein d’abnégation. Mao Zedong salue la mémoire d’un militant ayant donné sa vie pour servir le peuple : « Le camarade Zhang Side est mort en servant les intérêts du peuple, et sa mort a plus de poids que le mont Taishan »

Il encourage également à voir les choses sur le long terme, avec le texte sur Yukong réussissant à déplacer les montagnes à force de persévérance. Tiré d’un conte chinois, cette histoire fut même racontée par Mao Zedong à la conclusion du VIIe Congrès du Parti Communiste de Chine, en 1945.

A côté de ces documents, on retrouve également « L’élimination des conceptions erronées dans le Parti » et « Contre le libéralisme », qui pareillement concernent la question de la méthode, des principes de la vie quotidienne.

Enfin, on a les œuvres choisies, en quatre volumes, avec notamment les fameux « De la pratique », « De la contradiction », « Analyse des classes de la société chinoise », « Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine ». Ces œuvres n’obtiennent une réelle diffusion qu’à partir de 1967, où le chiffre des ventes depuis 1951 atteint 86,4 millions, contre seulement 11 millions encore l’année précédente...

C’est d’autant plus frappant qu’avant 1966, c’est le document connu en France sous le titre « Pour être un bon communiste » de Liu Shaoqi qui fut largement diffusé, à 20 millions d’exemplaires en Chine populaire et dans d’autres pays, avec à partir de 1962 une version expurgée de toute référence à Engels, Staline, puis même grosso modo Mao Zedong, et enfin Marx et Lénine.

Le titre original était « La théorie du perfectionnement individuel du communiste » et republié en 1962, avec en arrière-plan la tentative de restauration capitaliste dans l’esprit de Khrouchtchev, il contenait des attaques contre ceux qui ont « la manie de la lutte », « l’habitude de repousser tout compromis et de soulever des tempêtes dans des verres d’eau ». Aux yeux de Liu Shaoqi, « selon ces gens qu’on dirait atteints de démence, toute paix au sein du Parti serait condamnable. »

Par conséquent et à l’inverse, le mouvement de la jeunesse organisée en gardes rouges était ainsi une force qui vient rétablir la primauté de l’idéologie communiste en Chine, au moyen de la « pensée Mao Zedong ».