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La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne - 6e partie : La bataille de Shanghai et le modèle de la Triple Union

C’est à Pékin que le mouvement des gardes rouges prit son envol au départ, la jeunesse de tout le pays affluant dans la capitale chinoise pour rejoindre officiellement l’initiative. Toutefois, le mouvement des gardes rouges émula les masses en général, qui se lancèrent dans la bataille politique ; la question dépassait désormais la simple jeunesse.

Par conséquent, les usines furent également touchées, avec une vague de révolte contre l’organisation du travail mise en place par les partisans de la voie capitaliste. Les ouvriers se lançant dans ce mouvement prirent le nom de « rebelles » et de « révolutionnaires prolétariens ».

La ville de Shanghai devient alors l’abcès de fixation de la bataille. Shanghaï est en effet alors le premier centre industriel de Chine, et dix millions de personnes y vivaient. Les forces conservatrices au sein du Parti Communiste y étaient particulièrement fortes.

Ainsi, lorsque se forme le 9 décembre 1966 le Quartier Général des ouvriers rebelles révolutionnaires de Shanghai, composé d’ouvriers venant de 200 usines, la municipalité conservatrice organise de son côté le Quartier Général des unités de défense rouge ouvrières pour la défense de Mao Zedong, avec pas moins de 700 000 personnes.

Les revendications se développant, la municipalité prit les devants en satisfaisant celles-ci, qui firent tâche d’huile et permirent aux forces gauchistes de profiter de la tolérance droitière, au point que la ville finit par être coupée du reste du pays, alors qu’en novembre 1966, la délégation des révolutionnaires prolétariens devant partir pour Pékin fut bloquée à Anjing, une petite gare au nord de Nankin.

La faction de la municipalité fut ainsi défaite dans sa tactique, mais donna l’élan aux forces d’ultra-gauche formant une nouvelle faction. Cette ultra-gauche entendait non pas appuyer la critique de la minorité de cadres devenue révisionniste, mais littéralement liquider le Parti lui-même.

S’appuyant sur les travailleurs précaires, dont l’existence avait été permise par les partisans de la voie capitaliste, et sur les étudiants influencés par les idéologies petites-bourgeoises, l’ultra-gauche se lança à l’offensive.

Son objectif immédiat était ainsi d’attaquer le Groupe Central de la Révolution Culturelle, justement organe du Parti. Une fois celui-ci brisé, l’ultra-gauche entendait développer sa propre politique, et elle était appuyée par de jeunes ouvriers entendant non pas simplement remettre en cause les règles dans les usines, mais pratiquement les supprimer.

Sur le plan de la méthode, l’ultra-gauche menait également des attaques simplement personnelles contre les partisans de la voie capitaliste, basculant aisément dans la brutalité, faisant fi du rôle idéologique et éducatif de mobilisation des masses pour rejeter la ligne de restauration du capitalisme.

L’ultra-gauche appuyait également une interprétation subjectiviste de cette dernière, voyant uniquement en l’égoïsme son moteur idéologique. Elle prônait par conséquent la négation pure et simple des réglementations et des différences de salaires, revendiquant une lutte à outrance ne pouvant aboutir qu’à l’effondrement général du pays.

Sur le plan idéologique évidemment, l’économisme était allié au spontanéisme et à l’empirisme pur et simple, la pensée Mao Zedong étant manipulée pour en faire « l’idéologie » de cette dynamique entendant non pas réformer l’économie, mais littéralement la liquider.

Cela amena la naissance du Comité d’union « Lutte totale » des rebelles révolutionnaires de Shanghai, qui organisa une grève générale que seule l’armée parvint à stopper au début février 1967.

Le mouvement d’ultra-gauche se prolongea cependant, jusqu’à s’organiser de manière nationale et clandestine, en tant que « corps d’armée du 16 mai », fondé lors d’un congrès le 1er juillet 1967, avant de se faire écraser dès le mois d’août avec l’arrestation de ses principaux dirigeants.

Toutefois, la ville de Shanghai libérée des droitistes et des gauchistes permit un transfert de pouvoir en un comité révolutionnaire fondé sur la « triple union » composée de l’armée, des cadres et des révolutionnaires prolétariens.