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La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne - 8e partie : la tentative de coup d’Etat par Lin Piao

En apparence, en 1969, la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne avait été un succès plein. Cependant, l’intervention de l’armée pour appuyer les rebelles et les gardes rouges posait un problème concret. En l’occurrence, lors du IXe congrès, le responsable de l’armée, Lin Piao, formula un document pour dire que la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne était précisément terminée.

De la même manière, Lin Piao se posait contre la réhabilitation des cadres ayant fait leur autocritique, et il sabotait le remplacement des comités révolutionnaires, supervisés par l’armée, par les comités provinciaux. En fait, Lin Piao comptait profiter de la situation pour que l’armée prenne le contrôle du Parti et du pays.

En pratique, des 170 membres du Comité Central issu du IXe congrès du Parti Communiste de Chine, 74 étaient des représentants de l’Armée Populaire de Libération, et 38 d’entre eux étaient des commandants ou commissaires régionaux.

Dans cet esprit militariste, Lin Piao avait également écrit en 1965 un document intitulé « Vive la guerre victorieuse du peuple ! » où il assimilait les continents asiatique, africain et latino-américain aux campagnes encerclant les pays capitalistes eux-mêmes assimilés aux villes. Sa ligne était en apparence très à gauche, très radicale.

Lin Piao avait ainsi établi solidement sa position en soutenant le mouvement des gardes rouges et en mettant en avant le « petit livre rouge », posant toujours devant les foules avec lui dans les mains et s’affirmant comme le principal défenseur de Mao Zedong.

Il bataillait fermement pour qu’il y ait un poste de Président de la République et que Mao Zedong accepte ce poste, même contre son gré. Le plan était de faire de Mao Zedong une icône inoffensive, prétexte à une dictature militaire. Pour ce faire, Lin Piao réhabilitait la théorie du « génie ».

Voici comment Lin Piao tentait de construire une lecture idéaliste de ce que représentait Mao Zedong :

« Mao Zedong est le plus grand dirigeant de notre Parti et toutes ses paroles sont les normes de notre mouvement. Celui qui s’opposerait à lui, le Parti entier lui réglerait son compte, le Parti tout entier le critiquerait. Mao Zedong a réglé beaucoup plus d’affaires que Marx, Lénine, Engels. Eux, n’ont pas dirigé personnellement une révolution prolétarienne.

Ils ne ressemblent pas à Mao Zedong. Alors que lui, quel grand rôle il a joué sur le front des luttes politiques, et surtout quel rôle dans les combats militaires ! Lénine n’a pas duré aussi longtemps que Mao Zedong. La population de la Chine est dix fois celle de l’Allemagne, trois fois celle de la Russie, ses expériences révolutionnaires sont fécondes. La Chine est supérieure en tout. Dans tout le pays et dans le monde… Mao Zedong est le plus grand homme. »
(Lin Piao à une conférence élargie du Bureau politique le 18 mai 1966)

Lors de la seconde session du nouveau Comité Central, réunie à Lu-Shan, du 23 août au 3 septembre 1970, Lin Piao remit en avant la question de la Présidence de la République. Ce fut un échec. Devant l’échec, Lin Piao prit les devants et sa clique organisa un coup d’État, qui échoua, Lin Piao mourant en Mongolie lors de sa fuite, le 13 septembre 1971, dans le crash de son avion se dirigeant vers l’URSS.

Lin Piao entraîna dans a chute son acolyte Chen Boda, ainsi que 32 généraux, ainsi que 25 commandants de région ou de district, 35 secrétaires provinciaux du Parti, 40 titulaires et 28 suppléants du Comité Central, mais sa mort ne fut rendu public qu’une année après. En effet, Lin Piao avait été en apparence la seconde grande figure de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, il était considéré comme celui qui remplacerait Mao Zedong.

C’est une catastrophe politique, qui est tout d’abord résolue par la tenue, du 24 au 28 août 1973, du Xe congrès du Parti Communiste de Chine. La proportion de militaires dans le nouveau Comité Central n’est plus que de 28 %, 16 % des titulaires sont nouveaux, comme 49 % des suppléants. Seulement 56 membres du Comité Central sur 319 étaient présents au VII et VIIIe congrès.

Mais pour triompher de la faction de Lin Piao, Mao Zedong a dû composer avec d’autres forces ; c’est alors qu’un moment clef va se jouer pour la Chine populaire.