Centre MLM de belgique

La « belle époque » de l’élan capitaliste - 15ème partie : Entre divertissement décadent et occultisme

Malgré le boulangisme qui a frisé le putsch militaire, malgré la tentative de coup d’État monarchiste, malgré l’affaire Dreyfus, malgré les attentats anarchistes, l’atmosphère bourgeoise est finalement très calme.

En 1887 – 1889 est ainsi construite la Tour Eiffel, œuvre empreinte du culte de l’ingénieur à la française, incarnant de toute sa masse l’idée d’écrasement de la nature. La Tour Eiffel s’inscrit pleinement dans l’esprit de la bourgeoisie française gouverné par la rationalité insensible, à la René Descartes, qui compartimente et géométrise la nature.

Construite pour l’Exposition universelle, elle était à l’époque la plus haute construction humaine et de très loin, puisque la tour atteignait 300 mètres quand le précédent « record » s’établissait à 169 mètres (le Washington Monument aux Etats-Unis). L’étrangeté de la construction va de pair avec l’esprit prétendument touche à tout et original de la bourgeoisie, dont la bande originale est composée par Claude Debussy (1862-1918).

Vide de toute dimension épique, la musique de Claude Debussy est simplement douce, en se voulant mystérieuse. Elle est sans mélodie, juste lisse comme une danse bourgeoise et le sentiment bourgeois de « liberté » qui va avec. La musique de Claude Debussy est ainsi semblable à la poésie de son ami Stéphane Mallarmé : sensorielle sans aucune construction sérieuse, sans but. C’est l’art pour l’art, la dissonance utilisée pour renforcer l’aspect individuel sensible.

Si nous portons un regard historique sur toute classe décadente, nous trouvons toujours le « grotesque » et la disharmonie, le manque d’âme, et Claude Debussy est l’expression de ce grotesque et de cette disharmonie de la bourgeoisie française. Claude Debussy manque d’âme, il appelle l’auditeur et l’auditrice à un plaisir individualiste ; non pas que les sentiments ne puissent pas être personnels - mais ces sentiments ont nécessairement une dimension universelle : l’amour, la compassion, la symbiose.

Claude Debussy en a bien entendu fait toute une conception :

« J’ai voulu que l’action ne s’arrêtât jamais, qu’elle fût continue, ininterrompue. La mélodie est antilyrique. Elle est impuissante à traduire la mobilité des âmes et de la vie.

Je n’ai jamais consenti à ce que ma musique brusquât ou retardât, par suite d’exigences techniques, le mouvement des sentiments et des passions de mes personnages. Elle s’efface dès qu’il convient qu’elle leur laisse l’entière liberté de leurs gestes, de leurs cris, de leur joie ou de leur douleur. »

A côté de ces grandes réalisations et des fantasmes de Jules Verne, de la musique fade et anti-mélodique de Claude Debussy, la bourgeoisie se laisse aller : une œuvre aussi misérable, sans aucun sens ni aucune valeur, aussi insipide et vide que Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand est célébré sans limites en 1897.

La pièce reçut un accueil incroyable de la part de la bourgeoisie, heureuse qu’il ne puisse y avoir rien dans une pièce. Le ministre des finances Georges Cochery se précipita dans la loge pour venir épingler sa propre légion d’honneur sur la poitrine de Rostand, affirmant en même temps : « Je me permets de prendre un peu d’avance ».

L’auteur de l’infâme Cyrano de Bergerac eut même droit à sa propre légion d’honneur, de manière expresse, quelques jours après, pour le 1er janvier 1898 !

Plus de la moitié des vers de la pièce sont prononcés par un personnage simpliste sorti tout droit du niveau culturel du 17ème siècle, dans une pièce qui anéantit le romantisme dans une démarche commerciale sans envergure, associée à un esprit de comédie ultra-simpliste.

Cet esprit est propre à l’époque, avec la comédie de boulevard, si aimée de la bourgeoisie en raison de ses entourloupes, ses cocufiages, etc. : c’est l’esprit minable des vaudevilles, avec Georges Feydeau et Georges Courteline, aux œuvres aux titres si évocateurs (Mais n’te promène donc pas toute nue ! ; La Duchesse des Folies-Bergères ; Hortense, couche-toi ! ; La Paix chez soi, etc.).

La bourgeoisie, l’esprit patriarcal prédominant bien sûr, se précipite également aux cabarets. Les cabarets parisiens deviennent un symbole de la « gaieté » bourgeoise, le cabaret du Moulin rouge, ouvert en 1889, devient le symbole mondial de cet esprit bourgeois coquetant avec la décadence.

A côté de cela, il y a d’autres lieux célèbres comme le Chat noir et les Folies Bergères, à l’atmosphère décadente, rassemblant une foule hétéroclite prête à suivre la bourgeoisie, à la servir.

Le peintre Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), peintre de cette réalité, est célébré de la même manière que les thèmes de ses tableaux sont célébrés. Henri de Toulouse-Lautrec avait même une chambre à demeure dans un haut lieu de la prostitution, La Fleur blanche. Adepte de l’absinthe quotidienne mélangée au cognac, il finira syphilitique et alcoolique, à 36 ans.

Cette ambiance de divertissement décadent va de pair avec la diffusion massive de l’occultisme, avec des gens comme Stanislas de Guaita (1861-1897, ami d’enfance et camarade de classe de Maurice Barrès), qui fonda l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix avec Joséphin Péladan (1850-1915), écrivain et critique d’art ayant eu une grande influence, même si le théoricien le plus marquant fut Gérard Encausse, dit Papus (1865-1916).

La croyance en l’accès au surnaturel devient une tendance très significative au sein de la bourgeoisie, notamment chez les artistes et le personnel médical (médecins, pharmaciens, chimistes) qui s’imaginent pouvoir « passer » dans « l’autre monde », l’au-delà, et récupérer des informations sur le nôtre.

Selon Stanislas de Guaita, les drogues sont un moyen utilisable pour découvrir l’au-delà :

« La Coca, comme le Haschich, mais à d’autres titres, exerce sur le corps astral une action directe et puissante ; son emploi coutumier dénoue, en l’homme, certains liens compressifs de sa nature hyperphysique, – liens dont la persistance est pour le plus grand nombre une garantie de salut. Si je parlais sans réticences sur ce point-là, je rencontrerais des incrédules, même parmi les occultistes. Je dois me borner à un conseil.– Vous qui tenez à votre vie, à votre raison, à la santé de votre âme, évitez comme la peste les injections hypodermiques de cocaïne. Sans parler de l’habitude qui se crée fort vite (plus impérieuse encore, plus tenace et plus funeste cent fois que toute autre du même genre), un état particulier a pris naissance. »
Le Serpent de la Genèse, première septaine, chap. V : L’arsenal du sorcier

C’est bien sûr Guy de Maupassant, avec la fabuleuse nouvelle Le Horla, qui a résumé le mieux l’ambiance qui pouvait être celle dans la démarche des occultistes.

Voici justement comment Victor Blanchard, secrétaire général du « congrès spiritualiste » qui s’est tenu en juin 1908, donne de la manière suivante son point de vue sur l’occultisme.

Victor Blanchard était, il faut le noter, pas moins que Chef et secrétaire rapporteur du service central et du service archiviste de la Chambre des Députés, ainsi que président de l’Amicale des fonctionnaires. Il est important de le savoir quand on voit la dimension délirante d’un courant bourgeois extrêmement puissant.

« Dans le Monde profane, on se figure généralement que l’Occultisme ne s’occupe que de l’évocation magique des esprits de la Nature ou de ceux des humains décédés, des envoûtements d’amour ou de haine, des guérisons magnétiques, de la prédiction de l’avenir individuel ou collectif et même de la fabrication de la pierre philosophale.

C’est là une grave erreur qu’il convient de dissiper tout de suite.

Comme l’indique le programme que nous vous avons adressé, le domaine de l’OCCULTISME est aussi vaste que varié. Et quelques-uns d’entre vous seront peut-être fort étonnés d’apprendre que l’Hermétisme embrasse, en tant que Métaphysique réelle et supérieure, la philosophie, les sciences mathématiques, physiques, chimiques, naturelles médicales et sociales, les arts et les diverses religions terrestres.

En outre des principes ésotériques qu’il a acquis par ses recherches pénibles et parfois dangereuses, le véritable adepte doit donc posséder une instruction générale assez complète. Ce n’est qu’à cette condition qu’il pourra se livrer à une propagande féconde en résultats individuels et sociaux. Il ne craindra pas ainsi de passer pour un charlatan avide de gloire, d’argent ou de pouvoir ; et, dès lors, il agira plus efficacement sur l’Humanité.

La Doctrine qui excite tant votre curiosité n’est pas nouvelle, quoiqu’en disent certains critiques d’histoire philosophique.

C’est dans les plus fameux Sanctuaires de l’Inde et d’Egypte - héritiers de la Sagesse traditionnelle des Noirs, des Atlantes et des Lémuriens - que la SCIENCE OCCULTE prit naissance, si nous nous en tenons aux documents purement historiques.

De là, l’ésotérisme se répandit en Chine, dans l’Iran, en Chaldée, en Palestine, en Grèce, à Rome, dans les Gaules, en Germanie, et sur toute la surface de la Terre.

N’oublions pas que cette philosophie, à la fois humaine et divine, inspira puissamment tous les fondateurs des grandes religions antiques, entre autres Ram ou Lam, Confucius, Krishna, Zoroastre, Moïse et Bouddha. C’est d’elle que les célèbres législateurs des siècles passés tirèrent leurs plus sages institutions. C’est à cette source sublime que la plupart des poètes, des philosophes et des savants de l’Antiquité et des Temps modernes, puisèrent bon nombre d’idées grandioses ou géniales. C’est elle qu’on retrouve enfouie sous les textes littéral de tous les Livres saints d’Orient ou d’Occident, dans les paraboles de Jésus et jusque dans les épîtres de saint Paul :

C’est elle que possédèrent certains Pères de l’Eglise, les Gnostiques, les Troubadours, les Trouvères, les Alchimistes, les Chefs des Corporations ouvrières du Moyen Age et que l’élite intellectuelle des Templiers, qui avaient échappé à la torture et au bûcher, transmit plus tard, par l’intermédiaire des Rose-croix, aux Francs-maçons et aux Martinistes.

L’HERMETISME est la synthèse scientifique, philosophique, religieuse et sociale du passé et du présent comme elle sera, sans doute, celle de l’avenir.

Le théologien, le philosophe, le savant, le médecin, le moraliste ou le sociologue qui voudront bien se donner la peine d’étudier l’OCCULTISME, sans aucun parti pris, y trouveront, avec la solution de bien des énigmes théogoniques, cosmogoniques, androgoniques et sociologiques, les éléments mêmes de la vivification de leurs connaissances actuelles et de la régénération du corps humain, de l’âme humaine et de toute la société.

L’historien, le littérateur et l’artiste profiteront largement aussi de ces études, quelque peu abstraites.

Le premier y découvrira l’explication de beaucoup de faits obscurs et troublants ; le second pénétrera aisément le sens de bien des légendes antiques ou de fables orientales apparemment absurdes et il déchiffrera mieux les mystères de l’âme humaine ; le troisième contemplera, sans jamais se lasser, les différentes formes que revêt la Suprême Beauté, tant en ce monde que sur les autres plans de l’Univers manifesté et, conséquemment, il sera à même d’en donner des expressions physiques plus adéquates que celles qu’il a fournies jusqu’ici.

Quant à ceux que tourmente l’angoissant et grave problème de l’HYPERPHYSIQUE et du LENDEMAIN de la MORT, ils déduiront bientôt de l’exposé de nos doctrines, comme nous l’espérons, la certitude rationnelle et expérimentale de l’immortalité de leur principe conscient et spirituel ; ils apprendront que la DIVINITE veut le bonheur de toutes ses créatures, et que le Ciel, le Purgatoire et l’Enfer des théologiens naïfs ne sont que les diverses situations morales ou physiques dans lesquelles notre âme peut se trouver au cours de son éternelle carrière ; ils sauront que la Réincarnation, enseignée dans tous les Mystères antiques, ainsi que par la primitive Eglise chrétienne et les Initiations modernes, est l’un des multiples moyens employés par la SOUVERAINE BONTE en vue de hâter l’évolution animique, intellectuelle et spirituelle de chacun d’entre nous ; ils verront que l’homme élabore sans cesse les conditions qui doivent présider à ses vies successives dan l’espace et dans le temps ; ils reconnaîtront que les Humains sont tous solidaires les uns des autres non seulement en actions, mais aussi en paroles et surtout en pensées. C’est alors qu’ils prépareront consciemment l’Avènement sur Terre de la Véritable Fraternité et du Règne du Saint-esprit, ou de la Science alliée à la Foi, de la Raison unie à l’Intuition, durable et céleste fusion que la fête de la Pentecôte symbolise si bien. »

jeudi 26 février 2015


La « belle époque » de l’élan capitaliste