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La paupérisation selon Marx - 6e partie : « mais aussi dans un sens social »

Lénine avait tout à fait compris la question, bien entendu. Voici ce qu’il dit, dans un article de 1899 intitulé Karl Kautsky, Bernstein et le programme social-démocrate :

« Bernstein dit de la « théorie de la misère » de Marx ou « théorie de la paupérisation » qu’elle est abandonnée en général.

Kautsky montre qu’il s’agit ici de nouveau d’une exagération trompeuse de l’ennemi et que Marx n’a jamais affirmé une théorie de ce type.

Marx parlait de l’augmentation de la misère, de l’humiliation, etc., faisant remarquer en même temps quant à la tendance faisant opposition et aux forces sociales réelles, qui seules sont en situation d’en appeler à cette tendance.

Les mots de Marx quant à augmentation de la misère sont totalement confirmés par les faits : premièrement, nous voyons vraiment que le capitalisme a la tendance de produire la misère et de la renforcer, une misère qui prend une proportion violente, quand manque la tendance faisant opposition mentionnée plus haut.

Deuxièmement, la misère n’augmente pas au sens physique, mais au sens social, c’est dans le sens que le niveau grandissant des besoins de la bourgeoisie et les besoins de toute la société sont en rapport déséquilibré par rapport au niveau de vie des masses travailleuses.

Bernstein faisait de l’ironie au sujet d’une telle conception de la « misère », comme quoi il s’agissait d’une conception dans un sens borné.

Kautsky montre comme contre-attaque que les gens comme Lassalle, Rodbertus, Engels, ont remarqué avec une pleine décision qu’il ne fallait pas saisir la misère simplement dans un sens physique, mais aussi dans un sens social. »

La chose était tout à fait entendue dans la social-démocratie : il n’y aucun misérabilisme et pas de conception d’une paupérisation absolue comme loi du mode de production capitaliste.

Ce serait même en contradiction fondamentale avec les lois essentielles du développement capitaliste. Citons ici une autre importante figure social-démocrate, Rosa Luxembourg.

Dans L’accumulation du capital, elle aborde très brièvement la question, pour dénoncer bien sûr la position d’Eduard Bernstein :

« De la détermination des salaires par les lois de la valeur d’échange, il s’avère de fait qu’avec le progrès de la productivité du travail, la part des ouvriers dans le produit devient de plus en plus petite.

Nous sommes ici au point Archimède du « système » de Rodbertus. La « baisse de la part du salaire » est la plus importante idée « à lui », qu’il a répété depuis son premier écrit social (probablement 1839) jusqu’à sa mort et qu’il considère comme « son bien propre ».

Bien que cette « idée » soit une simple conclusion de la théorie de la valeur de Ricardo, elle est implicitement contenue dans la théorie de la théorie des fonds de salaire, qui a dominé l’économie nationale bourgeoise des classiques jusqu’à l’apparition du Capital de Marx.

Néanmoins, avec cette « découverte », Rodbertus croit qu’il est devenu une sorte de Galilée dans l’économie nationale, et il fait de sa « baisse de la part du salaire » l’explication de tous les maux et les contradictions de l’économie capitaliste.

De la chute de la part du salaire, il déduit ainsi avant tout le paupérisme qui, aux côtés des crises, consiste en la « question sociale » par excellence..

Et il serait conseillé de recommander aux assassins de Marx de porter leur attention sur le fait que ce ne soit pas Marx, mais bien Rodbertus qui a été beaucoup plus proche d’eux, qui a mis en place une théorie de l’appauvrissement en tant que tel, et dans la forme la plus grossière, et à la différence de Marx, non pas comme phénomène d’accompagnement, mais comme point central de la « question sociale ».

Voyez par exemple sa preuve de la paupérisation absolue de la classe ouvrière dans sa première lettre sociale à von Kirchmann. »

Rosa Luxembourg est ici davantage critique avec Karl Rodbertus ; cela tient à sa version particulière de la compréhension du mode de production capitaliste, justement expliquée dans L’accumulation du capital. Elle considérait que le capitalisme ne pouvait continuer son développement que par l’assimilation de zones non capitalistes.

Elle n’accordait pas d’importance en tant que telle à la paupérisation, voyant une certaine stabilité dans le niveau de vie. Cette erreur va être malheureusement puissamment partagée dans le mouvement communiste.