Centre MLM de belgique

La peinture flamande - 5ème partie : La Descente de Croix, Le changeur et sa femme


La Descente de Croix est un autre chef d’oeuvre réaliste de Rogier van der Weyden, le peintre de Saint Luc dessinant la Vierge. C’est une commande de la corporation des arbalétriers de Louvain.

Ce tableau est époustouflant de réalisme ; la Vierge Marie est évanouie, alors que tout le monde pleure : on a là une reconnaissance de la sensation éprouvée par les individus, mais de manière collective.

Les traits psychologiques sont ici présentés de manière impeccable ; le réalisme s’affirme dans toute sa splendeur. Rien que les mains témoignent du reflet de la réalité, avec une très grande concision dans leur représentation.

Le réalisme de l’oeuvre n’est pas du tout conforme à l’esprit catholique, pour qui ce qui compte n’est pas la représentation, mais le représenté au sens religieux. Or, ici, on a des sentiments humains universels qui sont affirmés.

Le christianisme touche ici à sa contradiction essentielle : se voulant universel, mais s’affirmant comme religion, et donc liée à la féodalité. Ainsi, ce tableau de 2mètres 30 de hauteur et 3 mètres 20 de largeur est conforme à l’humanisme, pas à la religion : il porte en lui le réalisme.

La formidable Descente de Croix est, il est vrai, encore attaché à la forme religieuse. Mais elle pave la voie au réalisme dans le sens typique. L’oeuvre magistrale est bien entendu Le changeur et sa femme, de Quinten Massys.

On a là une représentation fidèle, typique, de la classe sociale montante, celle de la bourgeoisie naissante, avec de visible dans le miroir une fenêtre avec l’inévitable beffroi, qui relève de la culture des Pays-Bas (soit les actuelles Hollande et Belgique, avec une partie du Nord de la France).

Ce tableau est le symbole du capitalisme naissant. Une classe sociale est représentée, de manière typique. Il est d’ailleurs significatif que des interprètes bourgeois opposent la figure de l’homme à celle de la femme. Celui-ci serait symbole d’avarice, soi-disant, alors qu’elle représenterait la religion : voilà une lecture parfaitement catholique (avec son anti-capitalisme romantique), mais nullement correcte.

La femme, en effet, lit un Livre d’heures, un ouvrage religieux pour les laïcs : c’est déjà l’affirmation protestante de la possibilité pour tout un chacun de mener une vie correcte en étudiant soi-même la religion.

On a là un monde de représenté qui est totalement indépendant de l’Eglise catholique : on est passé de la représentation réaliste d’un symbole religieux, à l’affirmation réaliste du monde bourgeois.