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La peinture flamande : introduction

La peinture flamande représente un art d’une très grande valeur historique. Elle est le fruit du mouvement qui donne naissance à la bourgeoisie ; elle est un aboutissement culturel et idéologique de grande importance.

C’est en effet dans ce qui sera l’Italie, en Flandre et dans le Brabant, ainsi qu’en Bohême, que se développe pour la première fois un tissu urbain très prononcé.

Cependant, l’Italie restait marquée par le féodalisme et surtout le poids de l’Eglise, tandis que la Bohême, une grande puissance européenne alors, basculait dans une guerre civile d’une importance historique capitale (la « tempête hussite »).

Telle n’était pas la situation en Hollande, car la peinture flamande est en fait la peinture hollandaise.

Au 15e siècle en effet, ce qui est la Belgique aujourd’hui était une partie de la Hollande ; le développement capitaliste de la Hollande, sous la bannière protestante, amena une intervention catholique et réactionnaire.

En 1579, deux blocs existaient : la confédération d’Arras au sud, l’Union d’Utrecht au nord.

La partie maintenant son indépendance devint la Hollande, capitaliste et puissance maritime, alors que la partie reconquise par le duc d’Albe, Ferdinand Alvare de Tolède, représentant du catholicisme et envoyé par l’empereur Philippe II d’Espagne, suivit une voie indépendante du reste de la Hollande et devint la Belgique.

Au 15e siècle, cependant, la coupure n’est pas encore réalisée, et c’est le sud de la Hollande qui est le plus développé, avec Tournai, Gand, Bruxelles, Louvain, ainsi que Bruges qui est alors le plus grand port international.

La « découverte » de l’Amérique déplaça le poids du capitalisme, faisant d’Anvers la plaque tournante de la finance européenne et des échanges entre le nord et le sud de l’Europe.

L’historien italien Lodovico Guicciardini (né à Florence en 1521 et mort à Anvers en 1589), neveu de l’illustre historien italien Francesco Guicciardini et auteur du célèbre « Storia d’Italia », a décrit cette transformation, dans un ouvrage devenu célèbre.

Dans la Descrittione di Lodovico Guicciardini patritio fiorentino di tutti i Paesi Bassi altrimenti detti Germania inferiore (Description de l’ensemble des Pays-Bas augmentée de la Germanie inférieure), publié en 1567, il parle de la présence à Anvers de pas moins de 124 orfèvres et de 300 peintres et sculpteurs.

Parmi les très grands artistes, on retrouve les peintres Jan van Eyck, le Maître de Flémalle, Konrad Witz, Lukas Moser.

Il ne faut, cependant, pas opposer de manière unilatérale la peinture flamande et sa culture, à l’âge gothique. L’âge gothique marque l’avènement de la royauté comme système organisé et du clergé comme force idéologique centrale. La manière dont un pays sort de cet âge gothique est déterminée par les rapports entre les classes.

Voici une illustration avec un tableau du Maître de Flémalle, dont l’identité est inconnue. Il s’agit de du Triptyque de Mérode ou Triptyque de l’Annonciation.

Les commentateurs bourgeois n’ont dans cette œuvre remarqué que les allusions religieuses ; on a par exemple tout à droite, le charpentier Joseph qui a construit une ratière symbolisant le Christ piégeant et défaisant le diable, une métaphore utilisée par trois fois par saint Augustin.

Or, du point de vue matérialiste historique, ce qui nous intéresse surtout est le réalisme de cette œuvre. Il ne s’agit pas d’une reproduction métaphysique, malgré l’ange ; ce qui compte c’est la profusion de détails, détails empruntés à la vie réelle de l’époque du peintre.

Il y a là la grande contradiction incomprise par les commentateurs bourgeois : si la scène se déroule 1500 ans plus tôt, pourquoi les peintres la transposent-ils toujours dans leur propre contexte ?

Ces peintres qui transposent toujours dans leur propre pays une réalité palestinienne datant de 1500 ans plus tôt par rapport à eux, ont-ils été idiots, ou bien la religion n’a-t-elle été qu’un vecteur ?

La réponse matérialiste historique est la suivante : la religion n’est ici qu’un outil à l’expression du réalisme de la bourgeoisie naissante.

La peinture flamande est religieuse en apparence, la réalité y transparaît pourtant déjà, et le mouvement historique de cette peinture le prouve.