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La peinture naturaliste belge - 1re partie : la question nationale

La Belgique est une nation issue des Pays-bas ; elle a connu par la suite des tendances à la satellisation tant des Pays-Bas que de la France.

La différenciation actuelle entre francophones et néerlandophones n’a en effet rien de « naturel », car un capitalisme qui s’élance unifie le peuple, affirmant un cadre national, avec un territoire, certains traits psychologiques soulignés, une vie économique générale, et bien entendu une seule langue.

Or, à la fin du XIXe siècle, le capitalisme belge est bien plus qu’élancé : il est triomphant avec une révolution industrielle qui a commencé tôt et a été un véritable succès ; symbole de cette place aux premières loges, la première locomotive à vapeur construite après celle en Angleterre l’est en Belgique et s’intitule pas moins que « Le Belge ».

Or, cela signifie que certaines tâches unificatrices n’ont pas encore été faites, puisqu’en Wallonie on parle wallon ou picard, en Flandre flamand, tandis que la bourgeoisie parle quant à elle le français, et cela qu’elle soit à Bruxelles, Charleroi ou Anvers.

Était-il alors possible à la bourgeoisie triomphante de mener à bien les tâches qu’elle aurait dû accomplir patiemment et lentement au tout début du capitalisme, lorsqu’il s’élance ? La question est d’autant plus difficile à saisir lorsqu’on voit que les Pays-Bas et la France cherchent à satelliser la Belgique.

Et c’est d’autant plus difficile qu’à la fin du XIXe siècle, la Belgique est encore une monarchie, avec un droit de vote qui n’est pas universel, avec un parti catholique extrêmement puissant, au point qu’entre 1884 et 1914, il possède la majorité aux deux Chambres.

L’affirmation de la peinture naturaliste belge se produit exactement au cœur de cette question et, en partie, permet d’y répondre, car ses tendances et ses convergences correspondent à la capacité ou non de la bourgeoisie de poser définitivement un cadre national belge.

En effet, d’un côté la bourgeoisie avait besoin du rationalisme, d’une forme de réalisme, d’une affirmation populaire forte comme mobilisation historique de type national-bourgeois. De l’autre, la bourgeoisie avait déjà triomphé et donc avait déjà besoin d’une forme de subjectivisme.

Cela va se donner ce fait particulièrement marquant en Belgique que les peintres naturalistes vont se transformer en leur contraire, en symbolistes-décadentistes. Ils seront également strictement parallèles et mêlés aux impressionnistes et néo-impressionnistes, dont ils ne seront d’ailleurs finalement substantiellement qu’une variante.

C’est là un aspect historique essentiel de l’histoire de la Belgique, et qui montre par ailleurs bien que le naturalisme ne soit nullement un prolongement du réalisme, mais a bien tout à voir avec l’impressionnisme, avec le refus de l’esprit de synthèse, avec inversement l’affirmation de l’individualisme bourgeois.

Toutefois, la rapidité et la surprise apparente de la transformation des naturalistes en symbolistes-décadentistes – normalement naturalistes et symbolistes-décadentistes coexistent − nécessite une explication matérialiste historique.

De plus, l’exemple belge montre très bien comment les bourgeois les plus ultras peuvent prétendre se tourner vers le peuple, pour en réalité mieux l’utiliser selon leurs propres intérêts, dans un contexte où la bourgeoisie n’a pas fini sa tâche : les hommes ne peuvent tous voter qu’à partir de 1893 et encore certains peuvent le faire deux fois en raison de leurs moyens financiers.

Que des bourgeois puissent se revendiquer de la radicalité et affirmer former une avant-garde, se présenter comme les vrais représentants à la fois du peuple et de l’avenir, a ici quelque chose d’exemplaire.