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Le Mouvement de Libération Nationale -Tupamaros

Le Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros (MLN-T) a été une organisation active durant les années 1960 en Uruguay. Elle est typique du guévarisme, c’est-à-dire de l’anti-impérialisme utilisant le militarisme et s’appuyant sur l’URSS, alors devenu un social-impérialisme.

Dans cette perspective, les Tupamaros ont bien entendu été liés au trotskysme, et finalement au révisionnisme, jusqu’à finalement l’intégration totale dans les institutions.

L’Uruguay, pays semi-colonial semi-féodal

Avec une population issue de l’immigration italienne et espagnole, alors que les populations amérindiennes avaient déjà été anéanties, l’Uruguay est historiquement un pays coincé entre l’Argentine et le Brésil, puissances expansionnistes et influentes historiquement par l’intermédiaire des deux principaux partis, appelés blanco et colorado.

Au XIXe siècle il y aura ainsi pas moins de 40 soulèvements armés, mais cependant un compromis entre les forces amena la modernisation du pays ; en Uruguay, l’espagnol rioplatense est la langue officielle (comme en Argentine), mais le portugais est obligatoire très tôt à l’école.

L’Uruguay devint alors connue comme la « Suisse » de l’Amérique latine, grâce à une stratégie de corporatisme la plus avancée de toute l’Amérique latine, mise en place au début du XXe siècle par José Batlle y Ordóñez.

Après la guerre impérialiste de 1914-1918, la puissance tutélaire devint l’impérialisme américain, à la place de l’impérialisme britannique, faisant de l’Uruguay un pays typique de l’Amérique latine : de nature semi-coloniale semi-féodale et dépendant principalement de l’impérialisme américain.

La situation du pays s’appuyait ainsi sur cette nature. La crise économique de la fin des années 1960 fut alors marquée par 700 grèves en 1968, alors que l’inflation avait progressé de 137 % l’année précédente.

C’est l’arrière-plan de la lutte de Raul Sendic, qui avait organisé un syndicat des ouvriers du sucre à Artigas, amenant des marches de plusieurs centaines de kilomètres jusqu’à la capitale, Montevideo, pour exiger des terres et des salaires plus élevés. Devant les échecs répétés et les arrestations, Sendic finit par choisir le réformisme armé et donna naissance aux Tupamaros.

La nature guévariste des Tupamaros

Les Tupamaros ne formaient pas un Parti avec une base idéologique, ils se considéraient comme un mouvement en lutte contre une minorité infime, une oligarchie, liée à l’étranger. Ils entendaient soulever le peuple contre l’oligarchie.

Ils étaient par conséquent une organisation composée de cellules clandestines et armées de 4 à 6 membres, relativement autonomes mais suffisamment reliées pour former des « colonnes ». Chaque cellule était spécialisée dans une activité particulière : quête d’informations, actions armées, service médical, recrutement, etc.

Des logements clandestins furent organisées, également avec des « berratines », des planques construites illégalement pour abriter des gens ou des armes.

La première action fut le vol d’une trentaine d’armes dans un club de tir à Montevideo ; la seconde fut l’interception d’un camion rempli de nourriture, le jour de Noël, et la distribution de son contenu dans un bidonville de Montevideo.

Puis, les Tupamaros procédèrent à de multiples actions visant à récupérer des armes et des explosifs, alors que la police pensait de son côté que ces vols étaient liés au crime organisé.

Enfin, des actions à l’explosif servant de propagande armée furent effectuées, contre Coca Cola, la compagnie américaine de transports maritimes Moore-McCormack, ainsi que d’autres entreprises américaines ou encore l’entreprise allemande accusée de produire du gaz pour l’armée américaine au Vietnam. Cette dernière action fut la première revendiquée officiellement sous l’expression Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros.

Les Tupamaros comme « robins des bois »

Les Tupamaros multiplièrent ce type d’actions, jouant beaucoup sur le panache. Une fois fut même volé des uniformes et des armes prêtés par l’armée à une troupe de théâtre, afin d’aller cambrioler une banque ; une autre fois, ce fut un tribunal abritant les trophées pris aux Tupamaros – fusils, mitraillettes – qui est cambriolé, avec un simple mot laissé : « Nous reprenons ce qui nous appartient ».

Par la suite, les Tupamaros passèrent en 1968 à l’enlèvement comme tactique pour discréditer le régime. Le président de la compagnie de téléphone et d’électricité, un anti-Tupamaros forcené et ami du président uruguayen, fut ainsi enlevé pendant 131 heures.

Ils enlevèrent également, en septembre 1969, en pleine grève des banques où les travailleurs sont finalement réquisitionnés par l’armée, Gaetano Pellegrini Giampietro, membre de la commission patronale et lui-même fils de Domenico Pellegrini Giampietro, un italien ayant servi comme ministre des finances dans la « République de Salo » de Mussolini afin de passer dans la banque italo-américaine et de contrôler deux journaux de Montevideo.

Ils menèrent également des actions comme celle en février 1969 contre la Financiera Monty, où les Tupamaros prirent l’argent mais aussi les livres de compte, qui seront remis à un magistrat avec les lignes comptables des malversations soulignées en rouge.

Une autre fois, ils seront aidés par l’administrateur de la grande famille des Milhaus, active notamment dans l’élevage. Guidés jusqu’à la chambre-forte de leur résidence, ils démontèrent celui-ci en une demi-journée pour le charger sur un camion et le vider tranquillement, alors que les grands propriétaires terriens sont ridiculisés en raison de l’argent qu’ils n’avaient pas déclaré.

Le 15 mai 1969, les Tupamaros interrompirent l’émission sportive sur Radio Sarandi, relatant un match de football (entre Nacional et Estudiantes de la Plata), afin de diffuser un communiqué.

La seconde étape des Tupamaros

Les Tupamaros tentèrent alors, en octobre 1969, de passer un cap, à l’occasion du second anniversaire de la mort de Che Guevara. Ils lancèrent une offensive sur la ville de Pando, avec 13 000 personnes y vivant, à une trentaine de kilomètres de Montevideo. Les Tupamaros y pillèrent les banques et désarmèrent la police, détruisant les communications, mais sur le chemin du retour vers Montevideo, à deux kilomètres de leurs planques, ils furent confrontés à des barrages de police, trois Tupamaros étant tués, plusieurs blessés, une vingtaine arrêtée.

Ce fut le premier semi-échec des Tupamaros. De plus, la police organisa également une vague de répression, avec la torture, déjà présente de manière habituelle, comme méthode systématique vis-à-vis des Tupamaros.

A ce titre, en avril 1970, ces derniers exécutèrent Moran Charquero, le chef de la « brigade spéciale », formée à « l’académie internationale de police », une institution organisée par l’impérialisme américain. Ce fut alors la première exécution organisée par les Tupamaros, qui passèrent à une étape qualitative nouvelle, sans forcément l’avoir choisi.

Le mois suivant, ce fut le centre d’instruction de la marine qui fut infiltrée et ses armes pillées : au-delà du succès pratique, les Tupamaros ouvraient un chapitre nouveau, celui de l’affrontement avec l’armée.

Puis, les Tupamaros continuèrent la fuite en avant en procédant en juillet 1970 à une tentative de quatre enlèvements le même jour. Si deux responsables du consulat américain réussirent à échapper aux Tupamaros, ces derniers prirent ainsi en otages le diplomate brésilien Aloysio Dias Gomide et le fonctionnaire américain Dan Anthony Mitrione, agent du FBI formant les policiers et spécialiste de la torture.

Les Tupamaros sont coincés stratégiquement...

La seconde étape des Tupamaros avait consisté en une fuite en avant ; il n’y a pas eu de saut qualitatif, mais des améliorations quantitatives, avec l’élargissement de la méthode de l’enlèvement, avec l’approfondissement des coups d’éclat, etc. Les Tupamaros étaient incapables de dépasser la propagande armée, et cela tenait à un problème simple : l’absence d’idéologie, le guévarisme comme seule approche considérée comme juste, avec des initiatives devant donner spontanément naissance à des luttes, avec la perpétuelle quête des coups d’éclat comme influant sur l’opinion publique, etc.

Les Tupamaros furent ainsi coincés dans une guerre contre l’État et les enlèvements de Aloysio Dias Gomide et Dan Anthony Mitrione furent accompagnés de la demande de la libération des 150 prisonniers politiques, la plupart issus des Tupamaros. C’était déjà un appel du pied pour une reconnaissance « officielle » de la part de l’Etat, qui répondit de son côté par une vaste répression et l’arrestation de nombreux responsables, dont le dirigeant Raul Sendic. Il s’évadera, puis sera de nouveau arrêté plus tard.

Les Tupamaros répondirent en enlevant l’agronome américain Claude Fly, puis finalement en exécutant Dan Anthony Mitrione en août 1970, avant d’enlever en janvier 1970 l’ambassadeur britannique Geoffrey Jackson.

Des négociations pour obtenir 250 000 dollars et l’arrêt des lois spéciales aboutirent dès février à la libération du diplomate brésilien, dans la foulée Claude Fly fut libéré pour raisons de santé, les Tupamaros ayant même enlevé des experts en cardiologie pour connaître ses problèmes et le soigner.

Les Tupamaros firent alors le choix d’une ligne politique claire : celle de se placer comme bras armé du réformisme, c’est-à-dire en réalité d’une fraction capitaliste bureaucratique.

...et se placent sous l’aile du social-impérialisme soviétique

En mai 1971, dans le numéro de « Tricontinentale », la revue publiée à Cuba, on trouva ainsi un article intitulé « Programme du gouvernement révolutionnaire du MLN » ; en pratique, les Tupamaros avaient décidé de se placer comme aile gauche du « Frente Amplio », un « front large » né en 1971.

Ce Frente Amplio représentait un courant porté par les démocrates-chrétiens, le Parti « Communiste » lié à l’URSS, le Parti socialiste, les trotskystes, etc. ; il s’opposait tant à l’impérialisme américain qu’à l’expansionnisme brésilien, qui appuyaient largement le vieil État uruguayen pour écraser cette nouvelle faction bureaucratique, évidemment également liée de son côté à l’expansionnisme argentin.

Les Tupamaros formèrent eux-même un front, le Mouvement du 26-Mars, qui fut intégré au Frente Amplio et se considérait comme un front de soutien au front. Leur position était la suivante : « le Mouvement de libération nationale - Tupamaros considère positif que se forge une aussi importante alliance des forces populaires, même s’il regrette que cette alliance ait été réalisée précisément à l’occasion des élections et non avant... Par conséquent l’appui au Front large implique que la tâche principale de ce dernier soit la mobilisation des masses laborieuses et que son travail en leur sein ne commence pas ni ne finisse avec les élections. »

En signe d’ouverture au processus, les Tupamaros libérèrent l’ambassadeur britannique ; ils parvinrent également à faire s’échapper une centaine de leurs prisonniers politiques, par l’intermédiaire d’un tunnel creusé de l’intérieur même de la prison. Les opérations de contre-guérilla passèrent alors aux mains de l’armée elle-même.

Les Tupamaros annoncèrent avant les élections qu’en cas de victoire du Frente Amplio, ils feraient un cessez-le-feu d’une année, en cas de victoire des « blancos », de six mois, mais que la guerre serait ouverte en cas de victoire des « colorados ». En avril 1972, les Tupamaros exécutèrent quatre membres des forces armées, alors que toutes leurs opérations pour installer des bases dans les campagnes avaient échoué.

Supprimant toutes les libertés politiques, l’armée écrasa alors les Tupamaros, profitant notamment de la défection d’un dirigeant, Amodio Perez. Les planques furent découvertes et les Tupamaros défaits dans des affrontements qui n’étaient plus ceux effectués contre la police, mais contre l’armée elle-même. En septembre 1972, un raid fut effectué contre une planque des Tupamaros, aboutissant à l’arrestation de tout le comité exécutif.

Les Tupamaros avaient été anéantis : 2500 étaient en prison, 700 en fuite à l’étranger, 200 en fuite dans le pays. La direction fut même enfermée dans des puits, gardés comme « otages » par l’État, jusqu’en1985

Une fraction des Tupamaros tenta alors de se sauver politiquement en considérant le panaméricanisme comme aspect principal de son idéologie, avec une unité avec d’autres organisations guévaristes, voire trotskystes, dans la Junte de coordination révolutionnaire.

Mais tout cela était vain ; les Tupamaros n’avaient en fait été en pratique que la frange radicale de la faction bureaucratique favorable au social-impérialisme soviétique et à l’expansionnisme argentin. Dès 1985, l’ancienne direction des Tupamaros soutint le régime « démocratique », avec finalement José Mujica élu président en 2009.