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Le dualisme du néoplatonisme – 2de partie : le « Timée » de Platon

Le « Timée » est l’œuvre de Platon dont le succès fut le plus retentissant après l’effondrement d’Athènes ; durant l’obscur Moyen-Âge européen, il sera l’unique œuvre connue réellement qui soit issue de l’antiquité gréco-romaine, et son influence sera énorme.

La raison en est que c’est une œuvre profondément mystique. Normalement, Platon œuvre à régénérer Athènes, et ce sur une base élitiste au possible ; son mysticisme est secondaire, visant à justifier l’élitisme. La disparition de cet élitisme, dû à l’effondrement du mode de production esclavagiste, a amené la récupération de son idéalisme.

Le « Timée » étant l’œuvre la plus mystique de toutes celles connues, il fut à ce titre utilisé massivement par les différents mysticismes, principalement le néo-platonisme. Il faut bien noter ici que, naturellement, le néo-platonisme trouve dans le « Timée » des choses bien différentes de ce que Platon mettait en avant comme principal.

Platon, en effet, fait parler dans le « Timée » la figure éponyme qu’est Timée de Locres : c’est un pythagoricien, croyant que « Dieu » a créé le monde au moyen de nombres, et que par conséquent il existe une harmonie des chiffres dans l’Univers.

Au début de l’œuvre, il est fait un bref rappel de la nécessité d’une société organisée en castes, avec une collectivisation des efforts et une division élitiste du travail. Voici un exemple de comment Platon envisage son ordre social, de type aristocratique-militaire, avec les mariages tirés au sort, etc.

« Puis il a été dit que nos guerriers ainsi élevés devaient s’estimer comme n’ayant en propre ni or ni argent ni aucun autre bien, mais que, recevant de ceux qu’ils défendent un salaire de leur protection suffisant à des hommes tempérants, ils doivent le dépenser en commun, vivre et manger ensemble, tout occupés du soin de la vertu, et libres de tous autres soucis. »

Puis, Timée explique l’origine de l’Univers – le but étant bien sûr de légitimer l’ordre social proposé à l’initial. De manière plus ou moins délirante – au point que les chercheurs universitaires bourgeois affirment parfois que ce serait de « l’humour » afin de masquer cela – Timée explique l’origine du corps humain, de ses parties, du foie, des mains, des pieds, etc.

De manière par contre beaucoup plus intéressante, on trouve aussi une réflexion cosmologique, sur la nature de l’Univers. C’est précisément cela qui va intéresser le néo-platonisme, les élucubrations sur les parties du corps, voire sur les nombres, étant passées à la trappe.

Timée imagine un Dieu qui est totalement indépendant, qui produit indirectement un Dieu qui, lui, va donner naissance au monde.

Voici les mots employés par Timée tout à la fin de l’œuvre :

« Plaçons ici le terme de notre discours sur l’univers. Ainsi a été formé cet univers qui comprend tous les animaux mortels et immortels et en est rempli, animal visible renfermant tous les animaux visibles, Dieu sensible, image du Dieu intelligible, très grand et très bon, d’une beauté et d’une perfection accomplies, monde unique et d’une seule nature. »

Ce que raconte en fait Timée dans l’œuvre de Platon, c’est la théorie idéaliste selon laquelle la « vraie » réalité ne serait pas matérielle. On retrouve ici le principe commun à toutes les religions, mais développée pour ainsi dire de manière « pure », uniquement théorique. Les thèses qu’on a ici sont retrouvables, sous différentes formes, dans toutes les religions.

La conception que l’on trouve dans le Timée est la suivante : c’est en quelque sorte le principe des poupées russes. Dieu est un grand tout, sans limites et sans bornes, qui n’a ni début ni fin, qui est toujours le même. C’est le grand « 1 » , unique, toujours pareil.

Or, nous voyons que sur notre planète tout naît et périt ; le monde est « visible, tangible et corporel ». On saisit notre environnement, par les sens et non par l’intelligence, alors forcément il y a une origine à cela, ce monde né ayant comme source quelque chose qui n’est pas né.

Le monde est alors une sorte de reflet de quelque chose de parfait, ce parfait étant immatériel, le monde matériel étant une copie imparfaite, justement parce que matériel. Timée explique :

« Le monde a donc été formé d’après un modèle intelligible, raisonnable et toujours le même ; d’où il suit, par une conséquence nécessaire, que le monde est une copie. »

« En conséquence il mit l’intelligence dans l’âme, l’âme dans le corps, et il organisa l’univers de manière à ce qu’il fût, par sa constitution même, l’ouvrage le plus beau et le plus parfait. Ainsi, on doit admettre comme vraisemblable que ce monde est un animal véritablement doué d’une âme et d’une intelligence par la Providence divine. »

« Dieu, voulant faire le monde semblable à ce qu’il y a de plus beau et de plus parfait parmi les choses intelligibles, en fit un animal visible, un et renfermant en lui tous les autres animaux, comme étant de la même nature que lui. »

« Dieu donna au monde la forme la plus convenable et la plus appropriée à sa nature ; or la forme la plus convenable à l’animal qui devait renfermer en soi tous les autres animaux ne pouvait être que celle qui renferme en elle toutes les autres formes. C’est pourquoi, jugeant le semblable infiniment plus beau que le dissemblable, il donna au monde la forme sphérique, ayant partout les extrémités également distantes du centre, ce qui est la forme la plus parfaite et la plus semblable à elle-même. »

C’est la même conception que celle, très connue, de l’allégorie de la caverne de Platon, avec une insistance ouverte par contre sur le caractère lié au divin d’une humanité devant retourner à la source, car elle en porterait une certaine pureté.