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Le quatrième congrès de la seconde Internationale et l’impérialisme

Le quatrième congrès aborda dans une très longue résolution la « question économique et industrielle ». L’objectif est présenté comme tel :

« la socialisation de tous les moyens de production, de transport, de distribution et d’échange »

« des mesures bien définies de socialisation, de nationalisation et de communalisation »

C’est là la dimension « sociale ». La dimension « démocrate » est contenue dans la précision suivante :

« le tout devant être contrôlé par une organisation complètement démocratique dans l’intérêt de la communauté toute entière, de manière à émanciper la classe ouvrière et le peuple tout entier de la domination du capitalisme »

La dimension internationale de la question est considérée comme toujours plus importante…

« vue la disparition de la concurrence libre et de la croissance rapide des monopoles nationaux et internationaux contrôlés par des organisations vastes de la classe capitaliste »

Ce que le congrès constate, c’est ce que Lénine définira comme le passage à l’impérialisme du capitalisme : le capitalisme se maintient comme base, mais il dispose d’une superstructure impérialiste.

De manière très intéressante, une résolution du quatrième congrès aborde le phénomène de l’émigration et de l’immigration, en soulignant le grand danger politique qui existe avec ce que le congrès de 1893 de Zurich désignait comme « le caractère cosmopolite de leurs populations » :

En raison des grandes émigrations d’Europe en Amérique et autres continents : ce qui donne à un capitalisme extrêmement concentré le moyen de réduire les salaires et de triompher des résistances des ouvriers à l’oppression et à la dégradation ; En vue aussi du fait que beaucoup d’émigrants qui étaient auparavant attachés aux partis ouvriers et aux organisations des pays d’où ils venaient, n’arrivent généralement pas (surtout à cause de leur ignorance de la langue anglaise) à entrer en relation avec des groupes ouvriers de leur pays d’adoption, de sorte que les forces perdues pour le mouvement européen par l’immigration sont de même complètement perdues pour le mouvement international ;

Le Congrès recommande que l’on s’arrange entre l’Europe et l’Amérique et les continents transocéaniques pour la distribution parmi les émigrants dans les ports européens et à bord des bateaux pour les émigrants, de bulletins contenant les informations nécessaires, et aussi pour les agitateurs socialistes dont ces continents peuvent demander le concours, afin d’organiser la partie étrangère de leur prolétariat.

Face à cette question impérialiste, le congrès ne fait toutefois pas la même réponse que Lénine fera par la suite. Cela va littéralement sceller le destin de la seconde Internationale. Le congrès affirme en effet qu’il faut attendre l’organisation de la totalité des ouvriers avant que quelque chose puisse être mis en œuvre.

Il est dit en même temps que cette organisation ne peut pas encore exister, même qu’elle est très difficile et qu’une grève générale internationale est impossible en raison des disparités selon les pays. Il faut toutefois aller dans le sens d’une organisation internationale des syndicats de travailleurs.

On a ici la matrice de la ligné légaliste, réformiste-possibiliste qui finira par triompher. La résolution sur la « question économique et industrielle » fait ainsi du Parti l’appendice de l’organisation syndicale de masse.

Voilà comment la chose est expliquée, avec en gras la phrase capitale, fatidique :

La lutte économique et syndicale des ouvriers est indispensable pour combattre la toute-puissance du capital et pour améliorer la situation des ouvriers dans la société actuelle. Pas de syndicats ouvriers, pas de salaires suffisants, pas de réduction des heures de travail.

Mais cette lutte économique ne peut pas supprimer l’exploitation capitaliste, elle ne fait que l’adoucir. L’exploitation des ouvriers ne prendra fin que lorsque la société elle-même aura pris possession de tous les moyens de production, y compris le sol et les moyens de transport.

Cette socialisation des moyens de production a comme condition sine qua non tout un système de mesures législatives. Ces mesures ne seront réalisées que si la classe ouvrière possède le pouvoir politique.

Mais ce pouvoir politique ne peut être conquis qu’au fur et à mesure que la classe ouvrière sera organisée. Les syndicats constituent la classe ouvrière en puissance politique en organisant les ouvriers.

L’organisation de la classe ouvrière est incomplète et insuffisante, tant qu’elle n’est organisée que politiquement. Mais la lutte syndicale des ouvriers exige aussi l’action politique de la classe ouvrière.

Ce que les ouvriers ont conquis par la lutte syndicale contre leurs exploiteurs, ils doivent toujours l’assurer par des mesures législatives pour le maintenir définitivement. Dans d’autres cas, les réformes législatives conquises évitent des conflits économiques.

Ces thèses sont très précisément le contraire de ce qu’est le bolchevisme avec Lénine…. Et donc, forcément, des thèses social-démocrates traditionnelles à ce sujet, celles du programme d’Erfurt de la social-démocratie allemande.

Cette tendance, issue du compromis réalisé pour faire face à l’anarchisme et maintenir une unité y compris avec des variantes non social-démocrates, allait fournir la base de la vague révisionniste ébranlant la seconde Internationale à la toute fin du XIXe siècle.