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Le second congrès de l’Internationale Communiste - 9e partie : la question syndicale et celle des pays opprimés

Il fallut bien trancher au-delà des incompréhensions et des désaccords, et c’est autour de la question syndicale que tout se joua, en rapport avec celle des pays opprimés.

Les deux questions sont liées en raison de la vision du monde de Lénine. Pour celui-ci, il y a une vague révolutionnaire mondiale. Au-delà de la conscience des avant-gardes, il y a donc les masses qui se mettent en branle.

Or, celles-ci peuvent avoir un caractère arriéré sur le plan de la conscience, de l’organisation, etc. Il faut donc savoir les accueillir, même si les formes qu’elles ont adopté sont inadéquates.

C’est pour cela que Lénine entra lui-même dans la bataille pour la question syndicale et la question des pays opprimés, ainsi que pour la question parlementaire qui est à comprendre selon le même angle d’approche.

La question des pays opprimés fut exposée par Lénine dans un rapport. La ligne était la suivante : il fallait soutenir les mouvements bourgeois-démocratiques nationaux, mais bien faire attention à ce que ceux-ci ne s’arrogent pas le contrôle sur les révoltes paysannes.

C’était là une partie de la révolution mondiale. Lénine précisa bien que les pays opprimés n’étaient d’ailleurs pas obligés de passer par l’étape capitaliste ; on a ici le principe de la révolution par étapes, l’étape démocratique d’abord, socialiste ensuite.

L’Italien Giacinto Menotti Serrati s’opposa à une telle perspective ; il considérait que si l’on en arrivait à soutenir tous les mouvements des pays opprimés, indistinctement, on se mettrait potentiellement à la remorque de leur bourgeoisie nationale. Il voyait davantage le soulèvement national comme un outil pratique pour un prolétariat extrêmement faible.

Sur ce plan, Giacinto Menotti Serrati avait une vision arriérée, social-démocratie à l’ancienne, n’ayant pas assimilé la démarche de Lénine. Ce dernier raisonnait en termes de masse et d’enclenchement de séquences révolutionnaires par les masses en mouvement.

Pour la même raison, Lénine souligna le besoin de participer à la bataille dans les syndicats. Il faut saisir ici que dans les pays capitalistes, les syndicats avaient vu le nombre de leurs membres puissamment reculer pendant la première guerre mondiale, pour à la fin de celle-ci, connaître une vaste croissance.

En Angleterre, il y avait 4,5 millions de syndiqués en 1914, pour 6,5 millions désormais. Les chiffres sont passés pareillement de 400 000 à deux millions pour la France, de 450 000 à deux millions en Italie, aux États-Unis de deux millions à 4 millions.

En Allemagne, les syndicats n’avaient en décembre 1918 plus que deux millions de membres ; au moment du second congrès, ils en avaient huit millions, soit à peu près la moitié des masses laborieuses.

Pour les communistes russes, il fallait donc obligatoirement se tourner vers eux alors qu’une nouvelle période s’ouvrait. Les tendances syndicalistes révolutionnaires – les Shop stewards britanniques et les IWW américaines – ne voulaient pas en entendre parler, ayant une démarche syndicaliste révolutionnaire et voulant que leur propre initiative soit la seule interface révolutionnaire.

La CNT a la même vision des choses, tout comme le KAPD qui lui voit en les conseils la seule forme d’organisation possible.

Les débats furent donc âpres et devant les protestations anglaises et américaines face à la fin des débats quant à cette question, Zinoviev expliqua simplement qu’on allait pas discuter jusqu’à s’évanouir.

Il est à souligner ici que sur les sept personnes intervenues à ce sujet, seulement trois prônaient la position russe. Aux trois Américains et britanniques s’ajoutaient l’Italien, Bombacci, sur une ligne très similaire. Il y avait clairement deux lignes.

Le congrès décida donc de clore les débats, par 50 voix contre 25. Les délégations américaine et anglaise refusèrent alors de participer au vote final quant aux principes généraux de l’orientation de l’Internationale Communiste sur les syndicats, devant ensuite être finalisés en commission. Le Français Ángel Pestaña, lui-même du syndicat CNT, protesta contre l’absence de traduction en français et refusa également de participer au vote.

Lors du vote, il y eut 64 voix en faveur de l’envoi en commission et 13 abstentions.