Centre MLM de belgique

Les cinquante ans de la révolte indienne du Naxalbari

Depuis « Les Matérialistes », quotidien communiste en ligne des camarades du Parti Communiste de France (mlm)

Il y a cinquante ans, le Bengale connaissait une vaste révolte à Naxalbari, au Bengale, dans le district de Darjeeling, très connu pour son thé. C’était le fruit d’un travail de fond mené par les révolutionnaires soutenant Mao Zedong contre Khrouchtchev, avec à leur tête Charu Mazumdar.

Lorsque par la suite, celui-ci mènera la fondation du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste), le CPI(ML), les révolutionnaires seront alors connus comme les « naxalites », c’est-à-dire ceux et celles prenant comme modèle la révolte anti-féodale de Naxalbari.

Les forces répressives furent alors sanglantes : neuf femmes et un enfant furent tués en mai 1967 ; l’exécution d’un inspecteur marqua inversement le début de la réponse révolutionnaire, sous la forme de la lutte armée anti-féodale. La jeunesse de Calcutta au Bengale se souleva même en masse contre le régime.

Naxalbari représentait l’étincelle d’une vaste révolte, qui fut d’ailleurs saluée par la Chine dans un document retentissant en juillet 1967, Un tonnerre printanier en Inde.

La Chine commençait alors à porter le concept de Guerre populaire comme théorie de la révolution dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux ; un écho direct de ce moment historique fut, au Pérou, la synthèse du principe de Guerre populaire par le président Gonzalo.

Un tonnerre printanier en Inde est un document de la plus haute importance par conséquent, puisque la Chine de Mao Zedong reconnaissait la signification historique de l’initiative « naxalite », ouvrant la voie à la juste compréhension de la guerre populaire.

« Pourvu que le prolétariat indien s’allie avec des centaines de millions de paysans, les vastes régions rurales indiennes pourront connaître un bouleversement extraordinaire, et tout ennemi, quelle que soit sa puissance, pourra être vaincu par une guerre populaire épique (…).

L’étincelle de Darjeeling finira par mettre le feu à toute la plaine. La grande tempête de la lutte armée révolutionnaire qui s’étend à toute l’Inde va faire rage !

Bien que la voie de la lutte révolutionnaire indienne soit longue et tortueuse, la révolution indienne, à la lumière du grand marxisme-léninisme, de la brillante pensée de Mao Zedong, remportera la victoire finale. »

Nous avons été, bien entendu, les premiers à mettre en ligne un tel document, car il a toujours été d’une grande importance à nos yeux qu’on accorde à l’Inde une signification historique. À ce titre, le document Lal Salam - les Naxalitesen Inde est véritablement très précieux, puisqu’il présente l’historie du naxalisme.

Cependant, comme nous l’avons souligné déjà en 2009, il ne s’agit pas de fantasmer sur la vigueur de la révolution indienne, alors qu’un religieux ultra-nationaliste comme Narendra Modi, désormais Premier ministre, est particulièrement populaire dans le pays.

Le pays se développe d’ailleurs à marche forcée, le capitalisme bureaucratique se renforçant de manière significative. Le système des castes de l’hindouisme reste, tout comme l’Islam, mais ces valeurs féodales s’intègrent dans une modernisation relative rendant bien compliqué ce qui l’était déjà assez. La permanence du thème des fantômes, de la possession, est ici incontournable.

Les naxalites, d’ailleurs, ne s’embarrassent nullement de cela, ce qui est un vrai souci. On cherchera en vain une analyse de l’hindouisme ou encore du grand classique national, la Bhagavad Gîtâ.

Leur pragmatisme est historiquement très important ; ils se situent à ce niveau totalement dans la lignée de Kautilya, une sorte d’équivalent du cardinal Richelieu et de son pragmatisme du IIIe siècle avant notre ère.

Ce pragmatisme se situe d’ailleurs entièrement dans la perspective du Parti Communiste des Philippines, ainsi que du TKP/ML de Turquie ; dans les années 1990, leur revue internationale « Vanguard » célébrait les questions « pratiques » et s’opposait directement à « Un monde à gagner » du
Mouvement Révolutionnaire Internationaliste.

La démarche pragmatique-machiavélique des naxalites, du Parti Communiste des Philippines, du TKP/ML de Turquie, historiquement liés et formellement opposés à Gonzalo et au Parti Communiste du Pérou, est bien connu. Pour cette raison, le Parti Communiste du Pérou n’a jamais parlé que de « lutte armée » en Inde et jamais de « Guerre populaire ».

Les naxalites menaient également, dans les années 1990, une participation régulière aux conférences annuelles du Parti du Travail de Belgique dans le passé et de leur côté, les anciens naxalites ayant basculé dans le réformisme s’appuient sur l’absence de documents idéologiques, d’analyses de l’Inde, pour dénoncer la lutte armée anti-féodale.

En fait, les naxalites se sont fait coincés dans des zones peuplées principalement d’aborigènes et à part en Andhra Pradesh, les naxalites ne suivent pas le rythme de la politique indienne. Leur ligne se contente d’être contre les grands projets et de dénoncer l’impérialisme, de soutenir les aborigènes et de perfectionner leurs armes sur le plan technique (bombes à retardement, lancement d’explosifs, etc.).

Et ce n’est pas un soutien comme celui d’Arundhati Roy, une auteure totalement post-moderne tenant une posture alter-mondialiste, qui peut changer la situation.

Pour cette raison, le « corridor rouge » des zones sous influence naxalite est d’une grande fragilité et perd beaucoup de terrain ces dernières années, après un puissant élan au milieu des années 2000. Une partie significative des cadres a d’ailleurs été victime de la répression.

C’est donc un véritable tournant pour la révolution indienne, cinquante ans après la révolte du Naxalbari. Le grand risque est l’effondrement, ou bien une tournure comme au Népal, les naxalites ayant d’ailleurs été incapables de véritablement dénoncer Prachanda.

On peut donc considérer que révolution indienne se situe face à l’alternative : ou bien saisir le principe de pensée-guide et s’appuyer sur Charu Mazumdar pour analyser l’Inde, ou bien continuer une sorte de fuite en avant s’appuyant sur le pragmatisme, ce qui ne peut amener qu’à l’échec.

dimanche 28 mai 2017


International