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Ludo Martens et AMADA - 2e partie : ligne politique du SVB

Affiche pour le café Bochevik à Louvain, quartier général d'AMADA à l'époqueLe Studentenvakbeweging (SVB) (Mouvement syndical étudiant) a été constitué par Ludo Martens pour prendre la tête du mouvement étudiant flamand. La ligne du SVB imposée par Martens fut dès le début populiste, chauvine et révisionniste, sous une apparence marxiste-léniniste soigneusement dosée afin de ne pas choquer le large public étudiant.

Cette ligne compose une étrange macédoine politique, telle que seuls les comploteurs populistes peuvent en cuisiner dans l’ombre.

a) chauvinisme

En 1966, le mouvement étudiant flamand a comme mot d’ordre « Leuven Vlaams » (Louvain flamand) et « Wallen buiten » (Wallons dehors). En 1968, sous l’influence d’un noyau progressiste au sein du SVB, le second mot d’ordre est remplacé par « Burgers buiten » (Bourgeois dehors).

Affiche appelant à une manifestation massive-unitaire entre SVB, KVHV, VNSU et SK

Les liens avec la Volksunie, parti nationaliste flamand aujourd’hui disparu, ne sont pas rompus pour autant. En 1968, le SVB signe un manifeste commun avec le Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond (KVHV) (Association des étudiants catholiques flamands) et le VNSU, organisation de jeunes de la Volksunie. Le titre de sa revue est « 13 mai », date symbolique du mouvement nationaliste étudiant de 1966.

Dans la brochure « Expérience de deux années de lutte à Louvain », manifeste du SVB, la Volksunie est vue comme « le représentant de la classe moyenne progressiste », en butte à la fascisation du régime. Jamais au cours de leur histoire, ni SVB ni AMADA ne feront la moindre critique du nationalisme flamand ; AMADA a toujours maintenu intact le chauvinisme dans sa ligne.

En 1972, alors que l’UC(ML)B propose l’unité de tous les marxistes-léninistes de Belgique, AMADA propose quant à lui de créer deux centres, un en Flandres, et un en Wallonie, comme embryon du futur parti… De plus, il n’hésita pas à dire par ailleurs qu’il entendait construire le « Vlaamse Kommunistische Partij » (Parti communiste flamand) (Texte en 15 points sur les cellules, 1971)

Université de Louvain, 17 mai 1966 : manifestation contre les autorités académiques.

Dans sa polémique avec le groupe « De Vonk » (« L’étincelle », tentative de scission avortée au sein d’AMADA en 1971), AMADA écrivait « l’application du marxisme-léninisme en Flandres n’est possible que dans une organisation de parti centralisée » (Bulletin voor ideologische strijd I, p. 32)

Au cours de sa campagne électorale de 1974, sa « dénonciation » de la Volksunie ne fut qu’une caricature de critique. C’était en fait une véritable provocation à l’égard des défenseurs des positions communistes sur la question linguistique.

AMADA écrivait :

« Pour savoir comment la Volksunie évoluera et quel est son vrai visage politique, nous n’avons qu’à regarder Lode Claes. Celui-ci déclare d’ailleurs avec insistance : ’La proposition de poser ma candidature a été approuvée unanimement par la Volksunie’ ». (AMADA, n° 66, p. 2).

Grande référence pour les nationalistes flamands, Lode Claes fut collaborateur zélé en 40-45 et co-fondateur du Vlaams Blok en 1978.

ULB, 1 juin 1968 : Ludo Martens debout en pull blanc sous le sigle SS à l'arrière-plan

Durant l’occupation nazie de la Belgique, celui qui ne ne reniera jamais cette période de son existence − ce qui lui vaudra 5 années de prison à la Libération −, fut ainsi successivement :

- Chef de Cabinet à la Corporation nationale de l’Agriculture et de l’Alimentation ;

- Directeur du Service d’Etudes au Ministère de l’Intérieur ;

- Commissaire général-adjoint à la Création des grandes Agglomérations (1941-1942) ;

- Échevin du Gröss Brussel de septembre 1942 à septembre 1944, structure ayant été créée par les autorités d’occupation dans un souci de simplification administrative.

AMADA considère cependant que Lode Claes est « soi-disant » un nationaliste flamand, lui reprochant de « parler le français à la maison » et d’avoir, par-dessus le marché épousé une « bourgeoise francophone », le tout pour, au final, y voir la preuve que la question nationale « n’est qu’un truc démagogique de la Volksunie » !

Voilà comment AMADA « combattait » la Volksunie ; voilà ce qu’il servait à la classe ouvrière comme réfutation du chauvinisme. En fin de cet article (le seul de toute la campagne qu’AMADA ait consacré à la Volksunie), il donnait à celle-ci de bons conseils :

« occupez-vous donc un peu plus des intérêts des ouvriers et revoyez donc vos projets de lois ’ridicules’ sur la défense de « l’emploi ».

AMADA avait également poussé très loin la complaisance envers le Taal Aktie Komitee (TAK) − (Comité d’Action Linguistique), groupe d’action flamingant co-fondé par l’avocat gantois Piet De Pauw, également membre de la Volksunie... − qu’il voulait distinguer du VMO (Vlaamse militanten Orde), sous prétexte que ces deux organisations fascistes utilisent des tactiques différentes, le TAK n’usant pas officiellement de violence et masquant dans une certaine mesure des objectifs que le VMO affiche ouvertement.

Ainsi, AMADA fit certainement preuve de plus d’ouverture d’esprit envers les militants fascistes du TAK qu’envers les militants communistes liés aux organisations marxistes-léninistes francophones.

Cette sinistre ligne noire nationaliste qui court à travers toute l’histoire d’AMADA depuis le début, ne s’interrompt pas avec l’implantation en Wallonie. Bien au contraire, le seul objectif de cette manœuvre était et ne pouvait être que de détruire les forces de l’UC(ML)B. La façon dont les militants d’AMADA s’y prennent dans ce travail de sape manifeste cela d’ailleurs parfaitement. Ils étaient là pour coincer leurs sympathisants dans les coins et les assommer de calomnies et de mensonges, ou encore pour s’allier avec les trotskistes.

En 1975, des militants marxistes-léninistes francophones s’étaient rendus en Flandre et notamment à Anvers pour manifester leur solidarité avec Kris Merckx et pour défendre la ligne marxiste-léniniste de l’unité. Cette action s’est heurtée à une vive opposition de la part de certains cadres dirigeants d’AMADA. Deux d’entre eux sont allés jusqu’à déclarer aux ouvriers francophones : « Nous allons vous faire connaître la dictature du prolétariat flamand ».

b) Révisionnisme et complot

La brochure « Expérience de deux années de lutte » fut le Best-seller qui attira la publicité du SVB ; des personnages politiques (révolutionnaires véritables, mais aussi grippistes et trotskistes − y compris le français Alain Krivine) prirent contact avec lui.

Meeting à l'Université de Gand - mars 1969

Ce texte défend la ligne des comploteurs populistes.

- sans jamais faire référence au Parti Communiste de Chine, le texte présente l’analyse mondiale des quatre contradictions contenue dans les « 25 points » du Parti communiste de Chine.

- seul Cuba et l’URSS sont mentionnés dans le « camp socialiste ».

- En Belgique, l’ennemi principal est les monopoles américains qui colonisent les pays, Capitalistes belges, petite-bourgeoisie et classe ouvrière sont tous en contradiction avec l’impérialisme U.S. et doivent s’unir contre lui. Les capitalistes belges n’ont pas les caractéristiques de l’impérialisme.

La brochure reprend (p.64) sous le titre « Documentation » un texte de Mao, sans le citer. Idem pour des citations tirées de « Que Faire ? » de Lénine et de Kautsky, sur le rôle des intellectuels révolutionnaires et de la conscience socialiste. (P. 63)

Curieux marxiste-léniniste, qui utilise certains éléments fondamentaux du marxisme-léninisme, cache ses sources et soutient un programme révisionniste.

Fort heureusement, la première partie du texte donne la clé du mystère : nous avons là le manuel pratique du parfait comploteur, appelé « l’organisation syndicale ». Ainsi nous apprenons que pour construire une organisation d’avant-garde, exerçant un attrait irrésistible et subtil sur les individus désirant un engagement total, il faut un noyau de quelques individus formés de cette manière.

« Il faut de nombreuses études discrètes et dans l’ombre, avant d’en arriver à constituer une réelle avant-garde. Avant que cela ne soit prêt, on ne doit pas encore battre le grand tambour progressiste. Avant que cela ne soit prêt, il faut mener une vie cachée. »

Ce noyau d’avant-garde doit se mettre à l’avant-plan, être « le premier » dans tout, mais en se gardant bien de se déclarer ouvertement comme l’avant-garde. Il doit se lier à d’autres groupes dans un front uni, où il infiltre son programme sans que ces groupes y adhèrent, et en reprenant des revendications réformistes comme « l’université au service du peuple » afin de s’assurer une audience de masse.

Le devoir des révolutionnaires est ici de dénoncer historiquement de quelles « études secrètes », de quelle ombre, Ludo Martens sort exactement, car pareil aveu de la part du comploteur lui-même est à la fois révélateur et rarissime !

Le réformisme petit-bourgeois

A côté des déclarations tirées des « lectures secrètes », « sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». La pratique s’aligne sur le plus plat réformisme : les aspirations révolutionnaires étant absentes du « Manifeste » de 68, signé par le SVB, le VNSU et le KVHV.

La lettre ouverte de Ludo Martens au recteur, lors de son renvoi de l’université de Louvain illustre parfaitement ce mélange de vernis révolutionnaire provocateur et d’aplatissement devant l’Etat capitaliste. Le bilan de la grève à Ford-Genk de début 69, garde ainsi toujours le point de vue petit-bourgeois, malgré l’affirmation que le « SVB se place sur le terrain du marxisme-léninisme » (Marxistes-léninistes, unissez-vous…). La liaison des étudiants avec la lutte de la classe ouvrière y est présentée comme un soutien du prolétariat à la lutte des étudiants progressistes.

Conclusion

Le passé politique populiste de Ludo Martens annonce une continuité dans le présent. AMADA est né du populisme et on trouve là une persistance ininterrompue du populisme, que cela soit avant AMADA ou après AMADA c’est-à-dire avec le Parti du Travail de Belgique − mais pas dans le marxisme-léninisme.

- le chauvinisme unit les différentes périodes.

- la façade marxiste-léniniste camouflant les prises de position révisionnistes (abandon de la révolution socialiste et alliance avec la bourgeoisie nationale contre l’impérialisme extérieur).

- les complots et les manœuvres dans le mouvement et dans l’organisation (unité avec des bourgeois ; manipulations des autres groupes révolutionnaires).