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Mao Zedong : La production est également possible dans les régions de partisans − 1945

Mao Zedong
La production est également possible
dans les régions de partisans
 [1]
31 janvier 1945

La question de savoir si, dans les bases d’appui relativement solides des régions libérées situées sur les arrières de l’ennemi, nous pouvons et devons lancer un mouvement pour la production au sein de l’armée et parmi la population est depuis longtemps résolue et ne se pose plus. Mais est-il possible d’en faire autant dans les régions de partisans, dans les régions situées loin sur les arrières de l’ennemi ? Voilà une question qui, dans l’esprit de beaucoup de gens, n’a pas été résolue, faute de preuves.

Or, nous avons maintenant des preuves. En 1944, la production a été entreprise sur une vaste échelle dans de nombreuses régions de partisans du Chansi-Tchahar-Hopei, et les résultats sont excellents, comme le rapporte le camarade Tchang Ping-kai dans son article publié le 28 janvier par le Kiéfangjepao et consacré au mouvement de production des partisans de la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei. Les secteurs et les unités de l’armée qu’il énumère dans son reportage sont les suivants : pour le Hopei central, la 6e sous-région, le 4e corps territorial de la 2e sous-région, le 8e corps territorial de la 4e sous-région, le détachement de Siuchouei-Tinghsien, le détachement de Paoting-Mantcheng et le détachement de Yunpiao ; pour le Chansi, les troupes des districts de Taihsien et de Kouohsien. Or, dans ces différents secteurs, les conditions sont très mauvaises :

Les points d’appui et les fortins de l’envahisseur et de ses fantoches sont aussi nombreux que les arbres dans la forêt, les fossés, les remparts et les routes aussi serrés que les mailles d’un filet ; l’ennemi profite de sa supériorité militaire et des facilités de communication pour lancer fréquemment contre nous des attaques surprise ainsi que des opérations d’encerclement et de “nettoyage”. Dans ces conditions, les détachements de partisans sont souvent obligés de se déplacer plusieurs fois par jour.

Ils ont pourtant réussi à assurer la production, en profitant des intervalles entre les combats, et voici les résultats qu’ils ont obtenus :

L’approvisionnement s’est amélioré ; chacun reçoit une demi-once d’huile et de sel et une livre de légumes par jour, ainsi qu’une livre et demie de viande par mois. En outre, on peut de nouveau se procurer des brosses à dents, de la poudre dentifrice et les premiers manuels de lecture, dont on était privé depuis des années.

Eh bien ! Peut-on encore prétendre qu’il est impossible d’assurer la production dans les régions de partisans ?

Beaucoup de gens affirment que là où la population est dense il ne reste plus de terres à cultiver. En est-il vraiment ainsi ? Regardez la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei :

Tout d’abord, on a résolu le problème de la terre conformément à la politique du développement prioritaire de l’agriculture. On a utilisé au total neuf procédés différents : 1) raser les remparts et combler les fossés dont l’ennemi s’est servi pour le blocus ; 2) détruire les routes carrossables qu’il peut utiliser, et ensemencer les bandes de terre aménagées de chaque côté ; 3) utiliser les petits lopins de terre laissés en friche ; 4) cultiver, par les nuits claires et en dépit de l’ennemi, les terres situées près de ses forteresses, tout en assurant avec la milice populaire une protection armée ; 5) labourer les champs sur la base de l’association avec les paysans qui manquent de force de travail ; 6) sous un déguisement paysan, cultiver quasi ouvertement les terres situées à proximité des points d’appui et des fortins ennemis ; 7) transformer les rives des cours d’eau en champs cultivables en construisant des digues et en enlevant les sables ; 8) aider les paysans à transformer les terres arides en champs irrigués ; 9) participer aux travaux des champs dans les villages situés dans le rayon d’action des partisans.

Mais, si l’agriculture est possible, il n’en est peut-être pas de même pour l’artisanat et les autres formes de production. Est-ce vraiment le cas ? Voyez encore la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei :

L’activité productrice des troupes, aux alentours des lignes et des fossés de blocus de l’ennemi, ne se limite pas à l’agriculture ; on y développe l’artisanat et les transports comme dans les régions consolidées. Le 4e corps territorial a installé un atelier de bonnets de feutre, une huilerie et une minoterie qui, en sept mois, ont réalisé des bénéfices atteignant 500.000 yuans en monnaie locale. Il a ainsi non seulement surmonté ses propres difficultés, mais encore satisfait aux besoins de la population dans sa région de partisans. Les combattants peuvent maintenant se suffire entièrement en tricots et en chaussettes de laine.

Puisque les combats sont si fréquents dans les régions de partisans, l’activité productrice des troupes ne risque-t-elle pas d’affecter le déroulement des opérations ? Qu’en est-il en fait ? Regardez encore une fois la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei :

On a appliqué le principe de la combinaison du travail productif et de l’activité militaire, en accordant une égale importance aux tâches de production et de combat.

Ainsi :

Prenons l’exemple du 4e corps territorial de la 2e sous-région. Dès le début des labours de printemps, tout en lançant une puissante offensive politique, il a envoyé un détachement spécial attaquer l’ennemi. Il en est résulté une activité militaire plus intense et un accroissement de la capacité de combat des troupes. De février au début de septembre, ce petit détachement a livré 71 combats, enlevé les points d’appui de Tchoutongcheh, Changtchouang, Yétchouang, Fengkiatchai et Yaiteou, tué ou blessé 165 soldats japonais et fantoches, fait prisonniers 91 soldats fantoches, capturé 3 mitrailleuses légères ainsi que 101 fusils et pistolets.

D’autre part :

Coordonnant l’action militaire avec la propagande pour un vaste mouvement de production, on a lancé immédiatement une offensive politique avec le mot d’ordre : “Frappons qui conque essaie de saboter le grand mouvement de production !” Dans les chefs-lieux des districts de Taihsien et de Kouohsien, l’ennemi a demandé aux habitants : “Pourquoi la VIIIe Armée de Route est-elle devenue si terrible ces derniers temps ?” Ils ont répondu : “Parce que vous sabotez le grand mouvement de production de la Région frontière.” Les soldats de l’armée fantoche se sont dit entre eux : “Mieux vaut ne pas faire de sorties pendant qu’ils font leur grand mouvement de production.”

Est-ce que, dans les régions de partisans, les masses populaires peuvent, elles aussi, lancer un mouvement de production ? Les paysans sont-ils intéressés à l’augmentation de la production là où les fermages n’ont peut-être pas encore été réduits ou bien ne l’ont pas été comme il faut ? A cette question également, la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei donne une réponse affirmative :

Grâce au développement du mouvement de production aux alentours des lignes et des fossés de blocus de l’ennemi, les troupes ont pu, en outre, apporter une aide directe à la population locale. D’une part, elles ont assuré la protection armée des masses engagées dans la production, d’autre part, elles les ont partout secondées par un apport en main-d’œuvre. Certaines unités se sont fait une règle de consacrer la moitié de leur force de travail à les aider bénévolement à l’époque des gros travaux. Aussi l’ardeur des masses pour la production s’est-elle considérablement accrue ; les rapports entre l’armée et le peuple sont devenus plus harmonieux encore, et en outre les masses ont suffisamment à manger. Dès lors, dans les régions de partisans, la sympathie et l’appui qu’elles accordent au Parti communiste et à la VIIIe Armée de Route ont encore augmenté.

Tous les doutes sont donc levés quant à la possibilité et à la nécessité pour l’armée et la population d’entreprendre un vaste mouvement de production dans les régions de partisans. Nous demandons à tous les cadres du Parti, du gouvernement et de l’armée, dans les régions libérées, et notamment dans les régions de partisans, de bien s’en convaincre. Lorsqu’ils auront pleinement compris cette possibilité et cette nécessité, la production se développera partout. C’est précisément par là qu’on a commencé dans la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei :

Du fait que, dans le mouvement de production, les cadres ont transformé leur façon de penser et se sont mis à attacher de l’importance à la production, à la combinaison du travail productif et de l’activité militaire et qu’ils ont formé, parmi les masses, des héros du travail et des travailleurs modèles (au nombre de 66, selon un premier bilan), les troupes qui se trouvent aux alentours des lignes et des fossés de blocus de l’ennemi ont pu, en cinq mois seulement, accomplir leur plan de production et par surcroît introduire de nombreuses innovations pratiques.

Il faut qu’en 1945 toutes les régions libérées développent dans l’armée et dans la population un mouvement de production d’une ampleur accrue ; au début de l’hiver, nous comparerons les résultats obtenus dans les différentes régions.

La guerre n’est pas seulement une compétition sur le plan militaire et politique, c’est aussi une compétition économique. Pour vaincre l’agresseur japonais, nous devons, en plus des autres tâches, nous appliquer au travail économique et apprendre en deux ou trois ans à bien l’accomplir ; en cette année 1945, nous devons obtenir des succès encore plus importants. Voilà ce que le Comité central du Parti communiste chinois attend instamment de tous les cadres et de toute la population des régions libérées ; espérons que ce but sera atteint.


[1Éditorial écrit par le camarade Mao Zedong pour le quotidien de Yenan, le Kiéfangjepao.

dimanche 12 juillet 2020


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