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Mao Zedong : Organisez-vous ! – 19 novembre 1943

[Allocution prononcée par le camarade Mao Zedong à la réception organisée en l’honneur des héros du travail de la région frontière du Chensi-Kansou-Ninghsia.]

Au nom du Comité central du Parti communiste, je voudrais dire quelques mots à l’occasion de la réception qu’il donne aujourd’hui en l’honneur de nos héros et héroïnes du travail et de nos travailleurs modèles de la production, désignés par les masses paysannes, les usines, les forces armées, les organismes et les écoles de la région frontière du Chensi-Kansou-Ninghsia. Ce que j’ai à vous dire peut se résumer en ces mots : « Organisez-vous ! » Cette année, un mouvement pour la production s’est poursuivi parmi les masses paysannes, dans l’armée, les organismes, les écoles et les usines de la Région frontière, conformément aux résolutions adoptées à la conférence des cadres supérieurs que le Bureau du Nord-Ouest de notre Comité central avait convoquée l’hiver dernier. Nous avons enregistré, au cours de l’année, d’importants succès et de grands progrès dans tous les domaines de la production, et notre Région frontière a pris un visage nouveau.

Les faits ont pleinement confirmé la justesse de la politique que nous avions définie à cette conférence et dont le point essentiel est d’organiser les masses, c’est-à-dire de mobiliser et de constituer en une vaste armée du travail toutes les forces disponibles, sans exception, dans la population, l’armée, les organismes et les écoles - hommes et femmes, jeunes et vieux, qu’ils aient une capacité de travail entière ou partielle. Nous avons une armée combattante et une armée du travail. L’armée combattante, formée de la VIIIe Armée de Route et de la Nouvelle IVe Armée, doit être utilisée pour une double tâche : combattre et produire. Disposant ainsi de deux armées dont l’une, l’armée combattante, est capable d’assumer cette double tâche et, en outre, de travailler parmi les masses, nous pouvons vaincre nos difficultés et abattre l’impérialisme japonais. A cet égard, si les succès de notre mouvement de production dans la Région frontière, enregistrés pendant les années précédentes, n’étaient pas assez importants ni assez sensibles pour être concluants, ils sont, cette année, tout à fait probants, comme chacun peut le constater de ses propres yeux.

Cette année, dans la Région frontière, toutes les unités de l’armée qui ont des terres à leur disposition sont parvenues à cultiver en moyenne dix-huit mous par combattant et elles ont pu pratiquement tout produire et tout faire elles-mêmes : la nourriture, comme les légumes, la viande et les huiles comestibles ; l’habillement, comme les vêtements ouatés, les tricots de laine, les chaussures et chaussettes ; les bâtiments et logements, comme les maisons, les grottes d’habitation et les salles de réunion ; les articles d’usage courant, comme les tables, les chaises et les bancs, le papier, les pinceaux et l’encre ; le combustible, comme le bois, le charbon de bois et la houille. Nous avons réussi, en nous mettant nous-mêmes à la tâche, à assurer largement vêtements et nourriture. Chaque combattant n’a besoin de participer à la production que trois mois par an, et peut consacrer le reste du temps à l’entraînement et aux opérations militaires. Nos troupes ne dépendent, pour leur entretien, ni du gouvernement du Kuornintang, ni du gouvernement de la Région frontière, ni de la population : elles subviennent elles-mêmes à leurs propres besoins. Quelle innovation importante pour la cause de notre libération nationale !

Depuis six ans et demi que dure la Guerre de Résistance, l’ennemi applique dans les bases antijaponaises la politique de « tout brûler, tout tuer, tout piller », la région frontière du Chensi-Kansou-Ninghsia est soumise à un blocus rigoureux par le Kuomintang, et nous nous sommes trouvés dans une situation financière et économique extrêmement difficile ; si notre armée n’avait été apte qu’au combat, nous n’aurions pu nous en tirer, Mais nos troupes de la Région frontière ont appris à produire ; au front, une partie de nos troupes l’ont également appris, alors que d’autres commencent à s’y mettre.

Si, dans nos héroïques et valeureuses VIIIe Armée de Route et Nouvelle IVe Armée, chaque homme sait non seulement se battre et travailler parmi les masses, mais aussi exercer une activité productrice, nous n’aurons plus aucune difficulté à redouter et nous serons, selon le mot de Mencius, « invincibles sous le ciel » [1]. Nos organismes et nos écoles, eux aussi, ont fait cette année un grand pas en avant : une faible partie seulement de leurs dépenses a été couverte par le gouvernement, alors que la plus grande partie l’a été par leur propre production. Ils ont satisfait par leur travail 100 pour cent de leurs besoins en légumes, contre 50 pour cent l’année dernière ; ils ont pu augmenter considérablement leur consommation de viande grâce à l’élevage des porcs et des moutons. Et ils ont mis sur pied un grand nombre d’ateliers pour la fabrication d’articles d’usage courant.

L’armée, les organismes et les écoles pourvoyant eux-mêmes à la totalité ou à la majeure partie de leurs besoins matériels, la contribution demandée à la population sous forme d’impôts a diminué, ce qui permet à celle-ci de jouir d’une plus grande part des fruits de son travail. Comme l’armée et la population développent l’une et l’autre la production, elles ont réussi à assurer largement vêtements et nourriture, et tout le monde est content. Par ailleurs, dans nos usines, la production s’est développée, les agents secrets ont été démasqués et la productivité a considérablement augmenté. Sur tout le territoire de notre Région frontière, un grand nombre de héros du travail ont surgi dans l’agriculture et l’industrie, dans les organismes et les écoles, ainsi que dans l’armée ; on peut dire que la production y est désormais en bonne voie. Tout cela vient de l’organisation des forces que recèlent les masses.

L’organisation de ces forces constitue une politique. En existe-t-il une contraire ? Oui. C’est la politique à laquelle manque le point de vue de masse, celle qui ne s’appuie pas sur les masses ou ne les organise pas et qui, n’accordant aucune attention à l’organisation des larges masses dans les campagnes, les forces armées, les organismes, les écoles et les usines, se préoccupe exclusivement d’organiser un petit : nombre de personnes dans les services chargés des finances, de l’approvisionnement et du commerce ; elle n’envisage pas le travail économique comme un vaste mouvement ou un large front de combat, mais seulement comme un expédient pour combler l’insuffisance des ressources financières.

Telle est la politique contraire, la fausse. Elle a été appliquée autrefois dans la région frontière du Chensi-Kansou-Ninghsia, mais après des années d’efforts pour la corriger, grâce surtout à la conférence des cadres supérieurs de l’an dernier et au mouvement de masse de cette année, elle n’a probablement plus qu’un très petit nombre de partisans. Dans nos bases d’appui en Chine du Nord et en Chine centrale, où se livrent de violents combats et où les organismes dirigeants n’ont pas prêté une attention suffisante au mouvement de production des masses, celui-ci n’a pas encore pris une grande extension. Mais depuis que le Comité central a émis sa directive du 1er octobre dernier [2], on se prépare à lancer partout, l’année prochaine, le mouvement de production. Dans les régions du front, les conditions sont encore plus difficiles que dans la région frontière du Chensl-Knnsou-Ninghsia : de durs combats s’y déroulent et de graves calamités naturelles ont frappé certaines contrées. Le seul moyen de soutenir la guerre, de faire face à la politique ennemie de « tout brûler, tout tuer ; tout piller » et de secourir les victimes des calamités naturelles, c’est de mobiliser totalement le Parti, le gouvernement, l’armée et la population civile pour la lutte contre l’ennemi et pour l’activité productrice.

Avec l’expérience acquise dans la production au front ces dernières années et le travail de préparation entrepris cet hiver sur le plan de l’idéologie et de l’organisation, comme sur le plan matériel, il est possible de donner, l’an prochain, une grande ampleur à ce mouvement, et il est du reste nécessaire de le faire. Dans les régions du front où les combats continuent, nous n’avons pas encore la possibilité d « assurer largement vêtements et nourriture », mais nous pouvons parfaitement et nous devons « nous mettre à la tâche pour surmonter les difficultés ».

Actuellement, sur le plan économique, la forme la plus importante pour l’organisation des masses, c’est la coopérative. Bien qu’il ne soit pas forcément nécessaire d’appliquer ce terme à toutes les activités productrices des masses dans notre armée, dans nos organismes et nos écoles, elles n’en ont pas moins un caractère coopératif, puisque c’est par l’entraide et le travail en commun, sous une direction centralisée, qu’elles visent à satisfaire les besoins matériels de chaque secteur, de chaque unité, de chaque personne. Il s’agit donc bien d’une sorte de coopérative.

Parmi les masses paysannes, c’est l’économie individuelle qui prédomine depuis des millénaires, chaque famille, chaque foyer formant une unité de production. Cette forme de production, individuelle et dispersée, constitue la base économique du régime féodal et maintient les paysans dans un état de pauvreté permanente. Le seul moyen d’en finir avec cette situation, c’est la collectivisation progressive ; et la seule voie qui mène à la collectivisation passe, selon Lénine, par la coopération [3]. Nous avons déjà organisé, dans la Région frontière, un grand nombre de coopératives paysannes, mais elles sont encore de forme élémentaire ; c’est seulement après plusieurs étapes de développement qu’elles deviendront des coopératives de type soviétique, connues sous le nom de kolkhozes.

Notre économie est une économie de démocratie nouvelle. Nos coopératives restent des organisations de travail collectif fondées sur une économie individuelle (sur la propriété privée). Elles sont de plusieurs formes. L’une d’elles est représentée par les organisations d’entraide pour le travail agricole, telles que les « équipes d’échange de travail » et les « équipes d’échange et de location de travail » [4]. Ces organisations étaient appelées, dans les régions rouges du Kiangsi, « groupes d’entraide dans le travail » ou encore « équipes de labour » [5] ; et maintenant on les appelle dans certaines régions du front « groupes d’entraide ».

Tant que ce sont des organisations d’entraide collective auxquelles les masses adhèrent librement (et en aucun cas sous la contrainte), elles sont toutes bonnes, quel que soit leur nom ; peu importe qu’elles comprennent quelques membres ou quelques dizaines, voire des centaines de membres, qu’elles groupent uniquement des personnes ayant une capacité de travail entière ou également des personnes ayant une capacité de travail partielle ; peu importe que cette aide mutuelle s’exprime sous forme d’un apport de main-d’œuvre, de force animale ou de matériel, ou que les membres mangent et dorment ou non sous le même toit à l’époque des gros travaux ; peu importe enfin que ces organisations aient un caractère provisoire ou permanent.

Ces méthodes d’entraide collective sont une invention des masses elles-mêmes. Nous avons autrefois dressé le bilan des expériences acquises par les masses dans le Kiangsi ; maintenant, nous le faisons dans le Chensi du Nord. Dans la Région frontière, l’entraide dans le travail est devenue beaucoup plus systématique et s’est encore développée depuis qu’elle a été encouragée, l’an dernier, par la conférence des cadres supérieurs et pratiquée pendant toute l’année en cours. En effet, beaucoup d’équipes d’échange de travail ont fait les labours, les semailles, le sarclage et la moisson collectivement, et elles ont obtenu des récoltes deux fois plus importantes que l’année dernière. Maintenant que les masses ont constaté à quel point les résultats sont substantiels, il y aura certainement l’année prochaine bien plus de gens qui adopteront ce système. Nous ne nous attendons pas à ce que les centaines de milliers d’habitants de la Région frontière qui ont une capacité de travail entière ou partielle s’organisent en coopératives en une seule année, mais ce but peut être atteint en quelques années. H faut aussi mobiliser les femmes pour qu’elles participent, dans une certaine mesure, à la production. Nous devons rééduquer tous les fainéants et en faire de bons citoyens en les associant à la production. Dans toutes les bases antijaponaises de la Chine du Nord et de la Chine centrale, on organisera largement, avec le libre consentement des masses, des coopératives de production fondées sur l’entraide collective.

Outre la coopérative agricole de production fondée sur l’entraide collective, il existe trois autres sortes de coopératives : la coopérative combinée, comme celle de l’arrondissement sud de Yenan, qui est à la fois une coopérative de production, de consommation, de transport (transport du sel) et de crédit ; la coopérative de transport (par exemple, les équipes pour le transport du sel) ; la coopérative artisanale.

Avec ces quatre sortes de coopératives créées par les masses, ainsi qu’avec les coopératives fondées sur le travail collectif dans l’armée, dans les organismes et dans les écoles, nous sommes à même d’organiser toutes les forces du peuple en une grande armée du travail. C’est la seule voie que peuvent suivre les masses populaires pour se libérer, pour passer de la pauvreté à la prospérité, pour remporter la victoire dans la Guerre de Résistance. Chaque communiste doit apprendre à organiser le travail des masses. Les communistes d’origine intellectuelle doivent évidemment l’apprendre aussi ; s’ils ont de la détermination, ils y arriveront en six mois ou un an. Ils pourront aider les masses à organiser la production, à faire le bilan de leur expérience.

Quand nos camarades auront acquis, en plus d’autres compétences, l’art d’organiser le travail des masses, c’est-à-dire quand ils auront appris à aider les paysans dans l’établissement de leur plan de production par foyer ; à créer des équipes d’échange de travail, des équipes pour le transport du sel et des coopératives combinées, à organiser la production dans l’armée, les organismes, les écoles et les usines, à organiser l’émulation dans la production, à encourager et à récompenser les héros du travail, à organiser des expositions sur la production, à développer l’activité et l’initiative créatrice des masses, nous serons certainement capables de chasser les impérialistes japonais et, avec tout le peuple, d’édifier une Chine nouvelle.

En toute chose, nous autres, communistes, nous devons savoir nous lier aux masses. Est-ce que les membres de notre Parti pourront se rendre utiles en quoi que ce soit au peuple chinois s’ils passent toute leur existence entre quatre murs, à l’abri des tempêtes et à l’écart du monde ? Non, absolument pas. Nous n’avons pas besoin de telles gens comme membres du Parti. Nous autres, communistes, nous devons nous aguerrir dans les tempêtes et nous jeter dans le monde, les grandes tempêtes et le monde grandiose de la lutte des masses. « Trois simples cordonniers font un Tchoukeh Liang » [6] : cela signifie que les masses recèlent d’énormes forces créatrices. En fait, il existe, dans le peuple chinois, des milliers et des milliers de Tchoukeh Liang ; il y en a dans chaque village, dans chaque bourg. Nous devons aller dans les masses ; nous mettre à leur école, généraliser leur expérience, en dégager des principes et des méthodes meilleurs, plus systématiques, puis les communiquer aux masses (par la propagande), appeler les masses à les suivre pour résoudre leurs problèmes, de sorte qu’elles se libèrent et conquièrent le bonheur. Si nos camarades qui travaillent dans le secteur civil sont coupés des masses, s’ils ignorent leurs sentiments, s’ils ne les aident pas à organiser la production et à améliorer leurs conditions d’existence, s’ils se contentent de collecter le « grain public pour le salut de la patrie » − sans comprendre qu’un dixième de leur énergie suffirait à cette tâche, à condition d’en consacrer d’abord les neuf dixièmes à aider les masses à résoudre le problème du "grain privé pour le salut du peuple » −, cela signifie qu’ils sont contaminés par le style de travail du Kuomintang et couverts de la poussière bureaucratique.

Le Kuomintang ne sait que mettre le peuple à contribution, il ne lui donne absolument rien. Si un communiste agit de la même manière, c’est que son style de travail est celui du Kuomintang, qu’il a le visage couvert d’une couche de poussière bureaucratique et qu’il a besoin de se laver à grande eau. J’ai l’impression que ce style bureaucratique existe dans le travail du secteur civil de toutes nos bases antijaponaises et qu’il y a partout des camarades auxquels le point de vue de masse fait défaut et qui sont donc coupés des masses. Si nous voulons nous unir étroitement à elles, nous devons nous débarrasser résolument de ce style de travail.

En outre, il existe dans notre travail au sein de l’armée un comportement militariste, qui est aussi le comportement du Kuomintang, dont l’armée est coupée des masses. Nos troupes doivent observer les principes justes· qui régissent les rapports de l’armée avec le peuple, le gouvernement et le Parti, les rapports entre officiers et soldats, entre le travail militaire et le travail politique et les rapports entre les cadres ; en aucun cas, elles ne doivent verser dans le militarisme des seigneurs de guerre. Les officiers doivent aimer leurs hommes ; ils ne se montreront pas indifférents à leur égard et ne leur infligeront pas de châtiments corporels ; il faut que l’armée aime le peuple, qu’elle ne lèse pas ses intérêts ; elle doit respecter le gouvernement et le Parti et ne pas réclamer d’ « indépendance ».

Notre VIIe Armée de Route et notre Nouvelle IVe Armée sont les forces armées du peuple ; elles ont toujours été et restent excellentes, elles sont les meilleures troupes du pays. Mais il est vrai qu’au cours de ces dernières années un certain comportement militariste a fait son apparition, et certains camarades qui travaillent dans l’armée sont devenus arrogants et se conduisent d’une manière arbitraire à l’égard des soldats, du peuple, du gouvernement et du Parti. Ils rendent responsables de tout ce qui ne va pas les camarades travaillant dans le secteur civil ; quant à eux, ils s’estiment au-dessus de tout reproche ; ils ne voient que leurs succès et sont aveugles à leurs défauts ; ils n’aiment que les louanges et ne supportent aucune critique. On peut constater de tels cas, par exemple, dans la région frontière du Chensi-Kansou-Ninghsia. Après la conférence des cadres supérieurs et celle des cadres militaires et politiques, tenues l’année dernière, et grâce aussi au mouvement pour « le soutien au gouvernement et l’amour du peuple » et pour « le soutien à l’armée », lancé cette année à la Fête du Printemps [7], cette tendance a été pour l’essentiel éliminée, mais nous devons persévérer dans nos efforts pour en liquider les dernières survivances. Dans nos bases d’appui en Chine du Nord et en Chine centrale, le comportement militariste existe aussi. Les organisations du Parti et nos forces armées dans ces régions doivent s’employer sérieusement à s’en débarrasser.

Qu’il s’agisse de la bureaucratie dans le travail du secteur civil ou de l’esprit militariste dans le travail de l’armée, le mal est de même nature : on est coupé des masses. Nos camarades sont, dans leur écrasante majorité, de bons camarades. Ceux qui ont ces défauts pourront se corriger quand ils auront été soumis à la critique et que leurs erreurs auront été ainsi mises à nu. Mais ils doivent faire leur autocritique, regarder leurs tendances erronées en face et les corriger sérieusement. Si l’on se refuse à critiquer la bureaucratie dans le travail du secteur civil et le comportement militariste dans le travail de l’armée, c’est qu’on tient à conserver le style du Kuomintang, à garder sur sa figure, qui était propre, la poussière bureaucratique et militariste, et on n’est pas un bon communiste. Mais une fois éliminées ces deux tendances, notre travail se développera avec succès dans tous les domaines, y compris, bien entendu, le mouvement de production.

Notre Région frontière a profondément changé d’aspect, par suite des remarquables succès obtenus dans la production tant par les masses paysannes que par les organismes, les écoles, l’armée et les usines, par suite aussi de l’importante amélioration des rapports entre l’armée et le peuple. Tout cela indique que nos camarades ont un point de vue de masse plus net, qu’ils ont fait de grands progrès dans leur liaison avec les masses. Nous ne devons pas pour autant nous reposer sur nos lauriers, mais continuer à pratiquer l’autocritique et à faire des progrès. Dans la production également, nous nous efforcerons sans cesse de progresser. Notre visage peut se salir, nous devons donc nous laver tous les jours. Notre plancher peut se couvrir de poussière, nous devons donc le balayer tous les jours. Bien que la bureaucratie dans le travail du secteur civil et le comportement militariste dans l’armée aient été pour l’essentiel éliminés, ces tendances nuisibles peuvent renaître. Nous sommes assiégés de tous côtés par l’impérialisme japonais et les forces de la réaction chinoise et nous vivons au milieu d’une petite bourgeoisie indisciplinée, d’où toute cette crasse de bureaucratie et de militarisme qui se dépose chaque jour sur notre visage. C’est pourquoi nous ne devons en aucun cas nous enorgueillir de nos succès. Rabattons notre suffisance, critiquons sans relâche nos propres défauts, comme, chaque jour, nous nous lavons la figure pour rester propres et balayons le plancher pour enlever la poussière.

Héros du travail et Travailleurs modèles de la production ! Vous êtes à la tête du peuple, vous avez obtenu de beaux résultats dans votre travail, j’espère que vous non plus vous ne vous reposerez pas sur vos lauriers. J’espère que, de retour chez vous, aux sous-régions de Kouantchong, Longtong, Sanpien, Soueiteh et aux différents districts dépendant de Yenan, de retour dans vos organismes, vos écoles, vos unités de l’armée ou vos usines, vous vous mettrez à la tête du peuple, à la tête des masses, pour accomplir encore mieux votre travail, et qu’avant tout vous grouperez les masses dans les coopératives selon le principe du libre consentement, que vous les organiserez mieux et toujours plus largement. J’espère qu’à votre retour vous vous consacrerez à cette tâche, vous vous en ferez les propagandistes, de sorte que d’ici à la nouvelle conférence des héros du travail, l’année prochaine, nous puissions obtenir des résultats encore plus remarquables.


[1Tiré de Mencius, livre III, « Kongsouen Tcheou », Ire partie.

[2Il s’agit du texte : « Développer dans les bases d’appui les mouvements pour la réduction des fermages, l’accroissement de la production, le soutien au gouvernement et l’amour du peuple », pp. 137-142 du présent tome.

[3Voir V. I. Lénine : « De la coopération », Œuvres, tome 33.

[4Les « équipes d’échange de travail » et les « équipes d’échange et de location de travail », dans la région frontière du Chensi-Kansou-Ninghsia, étaient des organisations pour l’entraide collective dans l’agriculture. L’ « échange de travail » était un moyen pour les paysans de rajuster entre eux leur force de travail ; il revêtait les formes suivantes : échanges de journées de travail d’homme contre journées de travail d’homme, de journées de travail de bœuf contre journées de travail de bœuf, de journées de travail d’homme contre journées de travail de bœuf, etc. Les paysans qui adhéraient aux équipes d’échange de travail apportaient, par roulement et collectivement, une contribution en force de travail humaine ou animale à la culture des terres de chaque famille membre. Pour régler les comptes, on prenait la journée de travail comme unité d’échange, Ceux qui avaient fourni plus de journées de travail d’homme ou plus de journées de travail animal se faisaient payer la différence par ceux qui en avaient fourni moins. Les « équipes d’échange et de location de travail » étaient en général organisées par les paysans qui n’avaient pas suffisamment de terres ; à côté de l’échange de travail entre eux dans un but d’aide mutuelle, leurs membres se louaient collectivement aux familles qui avaient besoin de force de travail.

[5Voir « Notre politique économique », note 2, Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome I, p. 162.

[6Tchoukeh Liang (181-234), homme d’Etat et stratège de la Chine antique, est considéré dans la légende chinoise comme le symbole même de l’intelligence et de la sagesse.

[7La Fête du Printemps est le jour de l’An selon le calendrier lunaire chinois.

jeudi 24 octobre 2019


Oeuvres de Mao Zedong