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Martin Luther et la réforme protestante - 7e partie : « C’est un rempart que notre Dieu »

On ne serait sous-estimer la quête existentielle de Martin Luther, mésestimer l’enjeu humain que sa démarche représente. Il ne s’agit pas de quelqu’un réfutant simplement une quête d’argent de la part d’une Eglise bureaucratisée et peuplée d’opportunistes ; il s’agit de vivre en tant qu’humain et pour cela d’acquérir un fondement solide à sa propre existence.

Envoyé à Rome à la fin de 1510, Martin Luther n’y resta que moins d’un mois ; de manière significative, cela ne déclencha pas de révolte contre l’Église romaine et sa corruption, comme on aurait pu s’y attendre en suivant une interprétation erronée.

Il fut ensuite nommé, en mai 1512, prieur du couvent augustin de Wittenberg, devenant trois ans plus tard le vicaire général de l’ordre pour le district, devenant entre-temps, en octobre 1512, docteur en théologie.

A ce titre, Martin Luther enseigna à l’université de Wittenberg, commentant de 1513 à 1516 le Psautier, ainsi que l’Épître aux Romains en 1515 et en 1516.

Et à l’opposé de l’expérience romaine, il est connu que, durant ce parcours, Martin Luther exprima un malaise existentiel. Dans un regard porté a posteriori, Martin Luther raconte cette inquiétude qui le travaillait à l’initial :

« Quand j’étais moine, je pensais que c’en était fait de mon salut sitôt qu’il m’arrivait de sentir la concupiscence de la chair, c’est-à-dire une impulsion mauvaise, un désir, un mouvement de colère, de haine ou d’envie contre un de mes frères... La concupiscence revenait perpétuellement. Je ne savais trouver de repos. J’étais constamment crucifié par des pensées comme celles-ci : « Voilà que tu es encore travaillé par l’envie, l’impatience ». »

Mais cela poursuivit par la suite, avec une accentuation sur la psychologie résolument nouvelle par rapport à la froideur catholique, où il suffisait de se placer correctement dans la hiérarchie cosmique pour être lié à Dieu.

Voici ce que dit Martin Luther dans ses Sept psaumes de la pénitence, de 1517 :

« Ô Dieu, jusques à quand ? Pour tous ceux qui souffrent, le temps est long ; en revanche, il est court pour ceux qui sont dans la joie...

Il est immensément long pour ceux qui connaissent cette douleur intérieure de l’âme qui, du fait de l’abandon et du renoncement de Dieu, est ressentie comme on le dit fort bien : une heure au purgatoire est plus cruelle que mille années de peines corporelles sur la terre.

Ainsi il n’est pas de souffrance plus grande que la souffrance, matériellement ressentie, de la conscience, qui a lieu quand Dieu, c’est-à-dire la vérité, la justice, la sagesse, etc., renonce, et qu’il ne reste plus rien que péché, ténèbres, plaintes et lamentations. »

En 1518, dans Resolutiones disputationum de indulgentiarum virtute, il exprime de manière véritablement existentiel :

« Je connais un homme qui affirme avoir souffert bien des fois ces peines, durant un temps très court il est vrai, mais d’une telle violence et si vraiment infernale que ni la langue ne peut le dire, ni la plume l’écrire, ni celui qui n’a pas fait cette expérience le croire.

C’est au point que si ces peines arrivaient leur extrémité ou si elles duraient une demi-heure ou même la dixième partie d’une heure, on en périrait totalement et les os seraient tous réduits en cendres.

Alors Dieu apparaît horriblement irrité et avec lui la naure entière. Alors on ne voit aucune fuite possible, aucune consolation, ni au-dedans ni au-dehors, mais de toutes parts un réquisitoire sans pitié. »

Cette inquiétude n’est pas celle d’un paysan : c’est celle de quelqu’un vivant désormais dans les villes, étant en rupture avec les modalités répétitives de la vie paysanne arriérée culturellement, et se posant des questions incessantes pour trouver une base à sa propre vie.

On a ici l’expression de l’urbanisation des pays allemands, du développement intellectuel des couches éclaires. De fait, les pays allemands avaient connu un vaste développement universitaire.

L’université de Prague fut fondé en 1348, celle de Vienne en 1365, celle d’Heidelberg en 1386, celle de Cologne en 1388, celle d’Erfurt en 1392, celle de Wurzbourg en 1402, celle de Leipzig en 1409, celle de Rostock en 1419, celle de Greifswald en 1456, celles de Fribourg et Trèves en 1457, celle de Bâle en 1460, celle d’Ingolstadt en 1472, celles de Tubingue et de Mayence en 1477, celle de Wittenberg en 1502, celle de Francfort sur l’Oder en 1506.

Dieu est ici un point d’appui ; ce qu’on appelle la chute, c’est la perte totale de repères. La conscience, livrée à elle-même en dehors des travaux des champs ou de la froide scolastique des monastères, est torturée et en quête de repères, de point d’appui.

C’est la quête existentielle d’une base permettant le raisonnement. Du point de vue matérialiste dialectique, c’est la preuve que l’être humain ne pense pas et que ses raisonnements sont le reflet de la réalité qui a besoin d’être saisi.

Pour Martin Luther, c’est un tourment terrible qui ne peut trouver sa résolution que dans la liaison au Saint-Esprit, permettant de s’autodépasser, de se nier pour se réaliser. Dans La liberté du chrétien, en 1525, Martin Luther conclura ainsi de la manière suivante :

« De tout cela, il résulte en conclusion qu’un chrétien ne vit pas en lui-même, mais dans le Christ et dans son prochain : dans le Christ par la foi, dans le prochain par la charité. Par la foi, il s’élève au-dessus de lui-même en Dieu ; de Dieu, il redescend au-dessous de lui-même par la charité, tout en demeurant toujours en Dieu et dans l’amour de Dieu. »

Voici également un chant écrit par Martin Luther en 1523, Nun freut euch, lieben Christen g’mein (Désormais réjouissez-vous, chers chrétiens ensemble), exprimant ce besoin d’affermissement :

« Désormais réjouissez-vous, chers chrétiens ensemble,
et laissons-nous joyeusement jaillir,
comme nous sommes consolés et tous en un
chanter avec envie et amour

ce que Dieu s’est tourné vers nous
et son doux acte miraculeux
très cher il l’a obtenu

J’étais prisonnier du diable,
Perdu dans la mort.

Le péché, dans lequel je suis né,
Me torturait nuit et jour,
J’étais né en lui.

Je m’enfonçais de plus en plus.
Il n’y avait rien de bon dans ma vie
Le péché avait pris possession de moi. »

Et voici le cantique extrêmement connu écrit par Martin Luther à la fin des années 1520, inspiré de la Psaume 46, Ein feste Burg ist unser Gott (C’est un rempart que notre Dieu) :

« C’est un rempart que notre Dieu :
Si l’on nous fait injure,
Son bras puissant nous tiendra lieu
De cuirasse et d’armure.
L’ennemi contre nous
Redouble de courroux :
Vaine colère !
Que pourrait l’adversaire ?
L’Éternel détourne ses coups

Seuls, nous bronchons à chaque pas,
Notre force est faiblesse.
Mais un héros, dans les combats,
Pour nous lutte sans cesse.
Quel est ce défenseur ?
C’est toi, puissant Seigneur,
Dieu des armées !
Ton Eglise opprimée
Reconnaît son Libérateur !

Que les démons forgent des fers
Pour accabler l’Église,
Ta cité brave les enfers,
Sur le rocher assise !
Constant dans son effort,
En vain, avec la mort,
Satan conspire :
Pour briser son empire,
Il suffit d’un mot du Dieu fort !

Dis-le, ce mot victorieux,
Dans toutes nos détresses !
Répands sur nous du haut des cieux
L’Esprit et ses largesses.
Qu’on nous ôte nos biens,
Qu’on serre nos liens,
Que nous importe ?
Ta grâce est la plus forte,
Et ton royaume est pour les tiens. »

vendredi 2 mars 2018


Martin Luther et la réforme protestante