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Matériaux pour la question d’organisation : La réorganisation sur la base des cellules d’usines – 1924

Matériaux pour la question d’organisation
La réorganisation sur la base des cellules d’usines,
par W. Ulbricht (Allemagne)

22ème séance
Moscou, 1er juillet 1924 (matin)

En rapport avec les délibérations du Vème Congrès mondial sur la réorganisation des partis communistes sur la base des cellules d’usines, il paraît utile de passer en revue les plus importantes expériences allemandes dans ce domaine.

Un examen méticuleux du travail d’organisation dans le parti communiste montre que la conscience des membres en cette matière est si faiblement développée que la plupart des camarades considèrent les formes et les méthodes d’organisation traditionnelles comme naturelles et valables une fois pour toutes. Ils n’ont pas l’idée que les formes et les méthodes d’organisation sont déterminées par les objectifs politiques du parti à telle ou telle époque.

Pour cette raison, il faut critiquer en premier lieu et sans merci la pratique actuelle et montrer comment la structure et les méthodes social-démocrate correspondent à une politique parlementaire. Il faut démontrer en même temps comment l’orientation politique contraire du P. C. conditionne nécessairement aussi d’autres méthodes d’organisation.

Le menchévisme en matière d’organisation au sein du parti communiste doit être exterminé. Cela n’est possible que si, à propos de chaque campagne et de chaque action, nous constatons ouvertement et sans aucune sentimentalité les tares et si nous les martelons dans la conscience de tous les membres du parti. En partant de son expérience, le parti doit justifier la nécessité de sa réorganisation fondamentale et fixer les mesures de politique et d’organisation nécessaires pour y arriver.

L’expérience allemande démontre qu’en formulant de telles directives, il faut tracer aux camarades toute la voie de la réorganisation jusqu’à ses dernières conséquences avec tous les dangers. Si on s’arrête à mi-chemin, les camarades ne comprennent pas pourquoi, par exemple, on emploie l’expression cellules d’usines au lieu de fractions d’usines, et ils demandent avec raison ce que le travail dans les cellules d’usines contient de nouveau.

Voilà pourquoi il faut exprimer dès l’abord et en principe, aussi nettement que possible, que la réorganisation sur la base des cellules d’usines c’est la réorganisation du parti en vue de la préparation des luttes ouvrières et que par conséquent tout le travail du parti doit être basé sur les usines. Il ne s’agit pas seulement de créer des cellules d’usines, mais d’en faire la base du travail du parti. Cela exige une campagne large et systématique.

Les cours d’organisation, auxquels ont participé surtout les représentants des grandes usines, ont donné les meilleurs résultats. Des camarades ont rapporté dans les réunions générales sur les questions d’organisation. La victoire sur les obstacles idéologiques a été énormément facilitée par la revue consacrée aux questions d’organisation « Le travailleur du parti », où toutes les plus importantes expériences en la matière ont été publiées.

La plupart des organisations du parti ignoraient complètement quelles usines se trouvaient sur leur champ d’action et où des communistes étaient occupés. Voilà pourquoi il était nécessaire d’abord d’enregistrer les grandes et les moyennes entreprises.

La constitution des cellules d’usines fut commencée dans les usines où les conditions étaient le plus favorables, Malheureusement on n’a pu au commencement travailler dans les entreprises où nous n’avions pas de relations, mais qui sont décisives dans les luttes ouvrières comme, par exemple les usines d’électricité et les chemins de fer.

Pour tous les mouvements il est important que le parti réunisse spécialement les cheminots communistes et concentre ses meilleures forces sur le travail politique parmi les ouvriers et les employés des transports. Aux usines les plus importantes ont été attribués des fonctionnaires du parti, des secrétaires, des rédacteurs, etc. pour soutenir le travail politique.

En outre, des camarades (chômeurs, députés à la Diète, etc.) furent désignés comme commissaires [1] chargés de travailler dans certaines sections de l’arrondissement, spécialement pour la constitution des cellules d’usines et pour en contrôler le travail.

Mais il s’est révélé que sans un plan de travail exactement élaboré, ou des dates sont fixées pour l’accomplissement des différents travaux, la réorganisation ne pourra être réalisée. Les bureaux fédéraux et les bureaux des sections sont chargés d’élaborer pour certaines périodes des plans de travail fixant les tâches. Par des rapports à la Centrale ainsi que par le contrôle direct des sections et des cellules les plus importantes, la Centrale a exercé la pression nécessaire sur les fédérations.

Lors de la constitution des cellules d’usines, il s’est révélé possible de saisir dans l’usine une partie des membres et de les entraîner, mais de nombreux camarades habitant ailleurs ne peuvent être saisis que difficilement. Pour ces misons, nous devions nous décider à enregistrer tous les membres du parti d’après l’usine où ils travaillent.

Le travail fut exécuté par les fonctionnaires des sections locales, ceux-ci transmettaient la carte de chaque membre travaillant à l’usine au président de la cellule ou bien, là où il n’y avait pas encore de cellule, aux camarades responsables de l’organisation de cette usine.

Le membre qui verse sa cotisation à la cellule d’usine appartient à l’organisation (section) dans la région de laquelle est située la cellule. Ce n’est pas l’endroit où l’on habite, mais l’endroit où l’on travaille qui détermine les relations du membre avec la section. Le membre n’exerce donc plus ses droits (vote aux élections de délégués, etc.), à la section, mais dans la cellule d’usine, ou bien dans la section de son lieu de travail.

En outre, il est encore enregistré dans la cellule de rue de l’endroit où il habite. Lors de la constitution des cellules, il faut souligner particulièrement que chaque membre de la cellule reçoit des tâches concrètes de la direction responsable. En aucun cas tout le travail ne doit reposer sur les épaules d’un seul camarade dirigeant, tandis que les autres membres pourraient selon leur volonté s’acquitter ou non des devoirs que leur confère le parti.

Ce n’est que si chaque membre a son travail, dont l’exécution est contrôlée, que les cellules d’usines seront à même de remplir leurs grandes tâches politiques et organisatrices. En cas de chômage le membre reste autant que possible membre de la cellule d’usine, Seulement si ce n’est pas possible, si le logement du membre est trop éloigné de l’endroit où il travaille, il peut verser sa cotisation dans la cellule de rue où il habite ou bien il peut être adjoint à une cellule d’usine de la région où il habite.

Dès le moment où ce camarade travaille de nouveau dans une autre usine, le trésorier de la cellule de rue doit immédiatement transmettre sa carte à la cellule d’usine en question. Si tous les communistes sont licenciés d’une usine, les membres de la cellule doivent être engagés à continuer leur travail parmi les travailleurs de cette usine. En outre la cellule d’usine voisine est obligée de contribuer activement à la réadmission de la cellule d’usine dans la fabrique d’où les communistes ont été expulsés. La réorganisation sur la base des cellules d’usines doit s’exprimer par l’influence dominante des cellules d’usines et parmi les fonctionnaires et dans la direction du parti.

Réorganisation des partis sur la base des cellules d’usines veut dire réorganisation de tout le travail du parti. Il est surtout nécessaire de mener le mouvement des comités d’usines révolutionnaires de sorte que les forces se concentrent sur les usines décisives pour le mouvement révolutionnaire. C’est là que les cellules d’usines ont le devoir de créer dans les usines les différents organes du parti et de constituer ainsi une base ferme pour la direction locale de la lutte ouvrière.

Il en est de même pour la question syndicale. Tandis que jusqu’ici, les camarades se sont bornés à réunir dans la section les membres communistes des syndicats par fraction, il faut concentrer à présent les forces sur les équipes décisives pour les syndicats et les fédérations locales. Ce n’est que si nous conquérons le poste des fonctionnaires aux usines, si nous réussissions à supprimer l’influence réformiste dans les usines, que nous serons capables de conduire et de diriger les masses ouvrières dans la lutte.

De la même façon, il faut changer les préparatifs techniques des luttes plus grandes. Tandis que jusqu’ici, le service de la garde du parti se basait sur les sections locales, les centuries doivent s’organiser et se développer à l’avenir dans les usines. Ce n’est qu’à l’usine que nous serons à même de faire tous les préparatifs techniques pour la lutte. La propagande politique doit être concentrée sur les usines.

A la place des réunions populaires publiques, nous organiserons des réunions publiques d’usines. Les députés doivent parler surtout dans ces réunions. Les cellules d’usines décisives doivent recevoir les matériaux politiques directement des instances supérieures, pour que l’information soit aussi rapide que possible. Le recrutement doit se faire en premier lieu dans les usines, le renforcement des cellules d’usines étant la meilleure préparation de la capacité d’action du parti.

La réorganisation de la vente du journal est d’une importance particulière. La presse communiste est aujourd’hui diffusée par les sections locales. Malgré toutes les difficultés techniques, il faut essayer de créer un système combiné et de faire distribuer le journal en premier lieu par les colporteurs des usines et on outre par les camarades locaux. Le journal duit être en relations intimes avec les usines. C’est de la plus grande importance pour toute notre action politique.

Au fur et à mesure que les cellules d’usines commencent à fonctionner, et que le journal est répandu et discuté dans l’usine son contenu change. En ce moment seulement quelques lignes du journal sont écrites par des ouvriers. A l’avenir, les rapports des usines, les lettres d’ouvriers, les poésies ouvrières, etc... rempliront au moins la moitié des colonnes. Les correspondants des usinés doivent être souvent réunis et instruits dans ce but. Il faut faire dans ce domaine un travail d’éducation systématique.

Le colportage des brochures et autres publications se fait aujourd’hui également par les sections locales. Nous ne pourrons écouler des masses de tracts, etc. que si le système du colportage à l’usine est développé. Le travail d’éducation poursuivi jusqu’ici par les sections locales doit être réorganisé. Surtout dans les grandes usines, les cellules doivent organiser des cours pour leurs membres, mais aussi pour des milieux plus larges, pour l’équipe.

Notre propagande parmi les femmes doit se concentrer en premier lieu sur les ouvrières des usines. Les femmes non occupées à l’usine doivent être mises en relations avec les femmes travaillant à la fabrique. Nos camarades femmes doivent participer régulièrement aux réunions des cellules.

L’agitation dans les campagnes doit être organisée sur la base de l’expérience des dernières luttes ouvrières, de sorte que les cellules d’usines travaillent systématiquement et en permanence les villages, etc. ou certains domaines qui leur auront été désignés. Si nous réussissons de cette façon à réaliser une liaison intime avec la campagne, le ravitaillement des ouvriers pendant les combats et les luttes ne sera pas difficile.

Une intime collaboration est aussi nécessaire avec les cellules d’usines des jeunesses communistes. L’importance des jeunes ouvriers dans les luttes ouvrières exige que les cellules soutiennent dans les usines la constitution et le développement des cellules de jeunes ou bien les commencent eux-mêmes. D’autre part, les camarades des Jeunesses sont souvent capables de trouver des intermédiaires dans d’importantes usines où il n’y a pas encore de cellules du parti et de contribuer ainsi à la création de la cellule.

Cette réorganisation de tous les travaux essentiels du parti exige un travail méthodique. Ce n’est que si chaque chef de ressort travaille selon un plan concret, si les fonctionnaires des différents ressorts rentrent justement dans le cadre du travail du parti entier, si les forces du parti sont réparties proportionnellement à l’importance des fonctions que le parti sera capable de remplir cette énorme tache.

La description ci-dessous donnée de nos mesures d’organisation ne doit pas donner l’impression que le parti allemand aurait déjà accompli toute sa tâche. Les obstacles idéologiques dans le parti sont surmontés, on apprend peu à peu à concentrer ses forces sur les tâches qui sont d’une importance décisive pour l’organisation des luttes ouvrières.

C’est un progrès immense en comparaisons de l’époque du IVème Congrès. Que les décisions du Vème Congrès contribuent, en mettant à profit tout l’expérience accumulée, en mettant en évidence ses principes d’organisation bolchévistes et en formulant avec précision les tâches des différentes sections en la matière, à organiser la révolution.


[1Ces « commissaires » nous semblent tout à fait superflus, c’est aux différents fonctionnaires du parti (Instructeurs) qu’il faut poser les tâches mentionnées. (Réd. du Bulletin).