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Mencius, champion de la restauration de l’esclavagisme − 1974

par Tien Li

Originaire de l’actuel district de Tseouhsien, dans la province du Ghantong, Mencius (390­-305 av.J.­C.) dont le nom de famille était Meng et le prénom Keh, fut l’élève d’un disciple de Tse Se, petit-fils de Confucius. Les prouesses qu’il accomplit pour assurer la continuité et la diffusion de la doctrine confucéenne lui valurent d’être honoré au cours des siècles, par les classes dominantes réactionnaires, comme le « sage n° 2 », juste après Confucius.

Il fut un grand propagandiste de la restauration esclavagiste. La soi-disant « politique de bienveillance », vivement critiquée par le président Mao dans De la dictature démocratique populaire, était en fait un mot d’ordre réactionnaire que claironnait Mencius pour restaurer l’esclavagisme. En critiquant ses propos et agissements réactionnaires et en analysant le contenu de classe de la ligne politique qu’il appliqua, nous pouvons mieux comprendre comment les classes réactionnaires renversées s’efforcent de restaurer l’ancien régime et comment elles attaquent avec la force du désespoir le nouveau régime.

Cela nous aide aussi à approfondir notre compréhension de la lutte de classes sous la dictature du prolétariat et à mieux pénétrer la nature contre-­révolutionnaire des escrocs du genre de Lin Piao.

« Suivre l’exemple des anciens rois » ­ : ligne politique réactionnaire de restauration de l’esclavagisme [1]

Mencius vécut à l’époque où le système féodal se substituait à l’esclavagisme ­ la période des Royaumes combattants (475­-221 av. J.­C.). Dans plusieurs principautés, le pouvoir esclavagiste s’était effondré, et successivement s’établit le nouveau pouvoir de la classe des propriétaires fonciers. La ligne politique de l’école légaliste s’acquit une place dominante.

Mais l’histoire de la lutte de classe nous apprend qu’après chaque grande transformation sociale surgissent presque toujours des personnages réactionnaires qui représentent les intérêts des classes renversées et dont le seul souci est d’opérer une restauration. De même qu’à l’époque de Tchouentsieou (770­-476 av. J.­C.) Confucius s’acharnait « à se modérer et à en revenir aux rites », de même se manifesta dans la période des Royaumes combattants un Mencius qui s’égosillait à prêcher qu’il fallait « suivre l’exemple des anciens rois ».

Pendant cette période, au courant principal progressiste et réformateur s’opposait le courant de la restauration et de la régression émanant de la classe des propriétaires d’esclaves. Et Mencius était le représentant de ce courant adverse. Nourrissant une ambition démesurée, il passa sa vie entière à se démener partout pour propager la ligne politique de l’école confucéenne : « suivre l’exemple des anciens rois ». Il se creusa le cerveau pour inventer et répandre les soi-disant « brillants exploits » de ces rois, chefs de file des propriétaires d’esclaves, et porta aux nues l’esclavagisme, système déjà périmé.

A cette époque-­là, bien que le régime féodal fût établi dans bon nombre de principautés, l’ancienne aristocratie esclavagiste exerçait encore une certaine influence à l’intérieur du nouveau pouvoir.

Certains gouvernants, qui avaient été des propriétaires d’esclaves, gardaient des liens de toute sorte avec les vieilles forces. Profitant de cet état de choses, Mencius, à la tête de ses partisans politiques, alla d’État en État colporter auprès des princes « les enseignements des anciens rois ».

Il appliquait là sa tactique contre-­révolutionnaire de « conquérir les esprits ». Il estimait que pour « rectifier les esprits du peuple », il fallait avant tout « rectifier celui du souverain », disant que « dès que le souverain aura rectifié sa pensée, la paix régnera dans son État ».

Quand il était dans l’État de Tsi (une des principales principautés de l’époque, située dans l’est et le nord de l’actuelle province du Ghantong), il eut trois entrevues avec le roi au cours desquelles il s’abstint d’aborder des questions concrètes. A ses disciples qui lui demandaient pourquoi il avait agi de la sorte, il répondit : « Je m’attaque d’abord à ses pensées mauvaises. »

Autrement dit, il voulait commencer par transformer la pensée directrice des souverains féodaux pour changer ensuite la ligne politique qu’ils appliquaient ainsi que la nature de leur pouvoir. La prétendue « politique de bienveillance » tant vantée par Mencius était au centre de sa ligne politique réactionnaire illustrée par ce précepte : « suivre l’exemple des anciens rois ». Il disait : « Sans appliquer une politique de bienveillance, on ne saurait ni gouverner ni obtenir la paix dans le pays. »

En fin de compte, qu’est-­ce que c’est que la « politique de bienveillance » de Mencius ?

Elle consistait, sur le plan économique, à restaurer obstinément le système des champs en neuf carrés [2], qui avait été en vigueur dans la société esclavagiste des dynasties des Yin et des Tcheou ; sur le plan politique, à restaurer le système des postes et des appointements héréditaires de la noblesse esclavagiste ; dans le domaine de l’éducation, à éduquer les enfants des gens au pouvoir dans l’idéologie des propriétaires d’esclaves à l’exemple du système d’enseignement pratiqué dans la société esclavagiste des dynasties des Yin et des Tcheou.

En bref, Mencius chanta la même rengaine que son « ancien maître » Confucius ; selon lui, tout ce que les chefs de file des propriétaires d’esclaves avaient mis en pratique relevait de la « politique de bienveillance » la plus belle et la plus parfaite qu’on devait continuer et restaurer en bloc.

En réalité, la « politique de bienveillance » portée au pinacle par Mencius n’était rien d’autre qu’un voile pudique servant à couvrir la domination féroce de la classe décadente des propriétaires d’esclaves.

Dans les sociétés de classes où le conflit d’intérêts de classe est antagonique entre propriétaires d’esclaves et esclaves, entre propriétaires fonciers et paysans, entre capitalistes et ouvriers, il est hors de question que les classes oppresseuses appliquent une « politique de bienveillance » à l’égard des classes opprimées.

En propageant ses sermons réactionnaires, Mencius avait pour but de combattre et de nier la ligne du « règne de la loi » [3] avancée par l’école légaliste, et de préparer l’opinion à ses manœuvres de restauration.

En prêchant la « politique de bienveillance », il pensait tout le temps à restaurer le système des champs en neuf carrés. Cela montre clairement qu’il s’obstinait à rétablir les talus séparant les champs, déjà détruits par les esclaves insurgés et la classe montante des propriétaires fonciers, et à lier de nouveau les esclaves au système du partage des terres en domaines seigneuriaux de la société esclavagiste.

Tout en faisant du tapage autour de la « politique de bienveillance », Mencius aborda maintes fois la question du « peuple », se donnant l’air de « plaider pour le peuple ». Sous la démagogie de cette sentence : « le peuple est l’élément le plus important d’une nation ; ensuite viennent les dieux protecteurs de la terre et des cultures ; et le souverain est le moins important », il forgea de toutes pièces le mensonge selon lequel le peuple avait mené une vie heureuse sous le règne des « anciens rois » et se répandit en invectives contre la classe montante des propriétaires fonciers en lui reprochant de pratiquer une « politique brutale à l’égard du peuple ».

Pendant de longues années, cela servit d’arguments aux savants des propriétaires fonciers et de la bourgeoisie pour présenter Mencius comme un « champion de la cause du peuple », un « penseur progressiste » à l’« esprit démocratique ». Aujourd’hui, le social­-impérialisme soviétique va encore plus loin : il l’a auréolé du titre de « démocrate » et d’« humaniste » et attaqué avec fureur le mouvement de critique contre Lin Piao et Confucius qui se déroule actuellement en Chine. Mais c’est peine perdue.

Dans le Meng Tse, les mots « peuple » d’un côté et « populace » ou « rustres » de l’autre étaient très nettement séparés et constituaient deux notions foncièrement différentes. Le mot d’ordre de Mencius « tout pour le peuple » avait pour condition préalable qu’il fallait en exclure les « rustres », en d’autres termes, qu’il ne comprenait pas les esclaves dont la libération ne devait pas être reconnue.

Méprisant à l’extrême les « rustres », Mencius s’égosillait à prêcher : « Sans hommes de qualité, personne pour gouverner les rustres. Sans rustres, personne pour nourrir les hommes de qualité. »

Il en ressort qu’aux yeux de Mencius, « peuple » ne désignait pas les esclaves, mais leurs propriétaires ayant perdu leur fortune et leur pouvoir au cours des transformations sociales, et les « plébéiens libres » sortis de la société esclavagiste. Mencius demanda à la classe montante des propriétaires fonciers de renoncer à la propriété féodale des terres et de les redistribuer aux propriétaires d’esclaves et aux plébéiens libres. En disant que « le peuple est l’élément le plus important d’une nation », il visait à élever la position politique de ces deux dernières catégories.

Quant à son allégation « le souverain est le moins important », cela servait à s’opposer à ce que la classe montante des propriétaires fonciers renforçât la centralisation du pouvoir. Sous la dictature du prolétariat, la classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie renversées se sont toujours déguisées en « porte-parole » du peuple et ont dissimulé leur vrai objectif de classe dans leurs attaques contre la dictature du prolétariat. C’est de la même manière que Mencius avait attaqué le pouvoir des propriétaires fonciers dans le but de restaurer l’esclavagisme.

Que les réactionnaires de Chine et de l’étranger aient fait le panégyrique de Mencius ne fait que montrer qu’eux-mêmes sont un ramassis de partisans de Confucius et de Mencius, hostiles au peuple révolutionnaire.

Mencius reprit un vers du Che King (Livre des Odes, un classique confucéen), qui disait qu’« il ne fallait ni s’écarter des anciens règlements ni les oublier, mais s’y conformer en tout », pour en faire sa devise dans ses activités de restauration. Ses camelotes telles que « suivre l’exemple des anciens rois », « appliquer une politique de bienveillance », « restaurer les champs en neuf carrés », « le peuple est l’élément le plus important d’une nation » etc., se ramènent en dernière analyse à ceci : se conformer en tout aux anciens règlements, ressusciter l’esclavagisme et déclencher sur une large échelle une régression historique.

Pour mettre en pratique cette ligne politique réactionnaire recommandant de « suivre l’exemple des anciens rois », ce fanatique de Mencius faisait la navette entre les États de Tsi, de Wei, de Song, de Tseou, de Teng et de Siué (tous des principautés de l’époque, Wei et Song étant dans l’actuelle province du Honan, et le reste dans la province du Chantong). Il se rendait là où apparaissaient des signes de restauration contre-­révolutionnaire, et soutenait de tout son poids de telles activités.

Il alla trois fois dans l’État de Tsi pour y encourager les activités de restauration, car dans cet État vaste et fortement peuplé, un de ses partisans commandait d’importantes troupes. Quand le prince Yen de l’État de Song proclama son intention de mettre en application la « politique des anciens rois », Mencius l’incita à « faire preuve de prouesses militaires » et à « massacrer jusqu’au dernier les gens qui avaient mérité la mort. ».

Pour un temps, ce petit pays qu’était l’État de Song devint le centre des complots de restauration ourdis par les propriétaires d’esclaves.

Dans ses agissements pervers, le prince Yen se heurta à l’opposition du peuple, dut s’enfuir de son État et mourut en terre étrangère.

L’esclavagisme ayant fait son temps, Mencius rêvait en plein jour en voulant le restaurer, par l’application de la ligne politique réactionnaire consistant à « suivre l’exemple des anciens rois ».

C’est en vain qu’il se fit l’avocat de la restauration de l’esclavagisme, et qu’il se démena un peu partout à cette fin. Il n’obtint aucun succès et termina sa vie dans le désespoir de s’être partout heurté à un mur. Tel fut le sort de Mencius !

L’opposition à l’État de Ts’in et à l’école légaliste, ou l’obsession d’aller contre le sens de l’histoire

Au moment où Mencius allait d’État en Etat pour mener des activités effrénées de restauration, le légaliste Chang Yang (environ 390­-338 av. J.­C.) procéda avec vigueur à la réforme dans l’État de Ts’in. Avant cette réforme, la vieille aristocratie des propriétaires d’esclaves y détenait le pouvoir réel. Dilapidant les richesses et menant une vie de débauche, elle se livrait de fréquentes luttes intestines.

Il en résulta que la situation politique était en plein chaos, le territoire se rétrécissait comme peau de chagrin et l’économie était très retardataire.

Des États de la plaine Centrale (à savoir les vastes régions des cours moyen et inférieur du fleuve Jaune) méprisaient l’État de Ts’in et lui retirèrent son droit de participer à la « conférence d’alliance des principautés ».

Dans la bonne dizaine d’années qui suivit la réforme de Chang Yang, l’État de Ts’in devint rapidement un pays riche et fort. A maintes reprises, il battit l’État de Wei.

Non seulement les États de la plaine Centrale se réunirent en conférence avec lui, mais encore ils dépêchaient des envoyés présenter leurs hommages à la cour de l’État de Ts’in. Cela montre de façon vivante qu’un État retardataire pouvait devenir un pays avancé, pourvu qu’il aille dans le sens de l’histoire et qu’il applique fermement la ligne légaliste. En revanche, les principautés, telles que Han et Wei, s’affaiblirent, se laissèrent distancer et pratiquèrent même le retour au passé, parce qu’elles n’avaient pas mené à fond la réforme et n’avaient pas résolument rejeté la ligne confucéenne, cette ligne réactionnaire.

Le succès de la réforme de Chang Yang et l’ascension de l’État de Ts’in suscitèrent la haine extrême de la classe des propriétaires d’esclaves.

Lançant un retour offensif dans l’État de Ts’in, les forces de restauration de cette classe firent écarteler Chang Yang. Dans les États de la plaine Centrale, profitant de la panique des gouvernants de divers États devant l’État de Ts’in en pleine prospérité, elles menaient partout des activités contre l’État de Ts’in et l’école légaliste.

Porte-parole de ces forces, Mencius remit en ordre l’école confucéenne et lança de furieuses attaques contre la ligne légaliste représentée par Chang Yang.

Il commença par attaquer et calomnier l’ensemble de la situation politique du moment, sous le règne de la ligne légaliste.

Tout comme Confucius qui considérait qu’à l’époque de Tchouentsieou, « le monde manquait de vertu », Mencius présenta l’époque des Royaumes combattants comme une époque ténébreuse où « le peuple était égaré par l’hérésie qui avait refoulé la bienveillance et la justice » et où « les gens étaient sur le point de s’entre­dévorer ».

Se répandant en récriminations, il clama que « jamais le peuple n’avait souffert d’un gouvernement despotique aussi durement qu’à cette époque ».

Il prétendit que les « cinq princes hégémoniques » [4] de l’époque de Tchouentsieou étaient coupables de « crimes » contre « trois rois » des dynasties de Hsia, de Chang et de Tcheou, que les princes des États de l’époque des Royaumes combattants étaient coupables de « crimes » contre les « cinq princes-hégémoniques », et que les taifu (hauts fonctionnaires qui appliquaient la ligne légaliste) étaient coupables de « crimes » contre ces princes.

Aux yeux de Mencius, de l’époque de Tchouentsieou à celle des Royaumes combattants, la société, dans son ensemble, allait de mal en pis et la génération présente ne valait pas la génération précédente.

Dans le Meng Tse d’un bout à l’autre se mêlaient jérémiades et libelles , s’y déversait la nostalgie de Mencius pour l’esclavagisme et ses diffamations perfides de la nouvelle société apparue à l’époque des Royaumes combattants.

Mencius vouait la plus implacable haine à deux mesures politiques principales de l’école légaliste : 1. « défricher les prairies » et « raser les talus séparant les champs et effacer les limites des domaines » ; et 2. « récompenser ceux qui accomplissaient des exploits militaires ».

La première mesure encourageait la classe montante des propriétaires fonciers et les plébéiens libres à défricher et niait ainsi le monopole héréditaire des propriétaires d’esclaves sur les terres.

La seconde renforçait l’appareil d’État de la classe des propriétaires fonciers et niait le système des postes et des appointements héréditaires de la noblesse esclavagiste, système qui lui permit de monopoliser le pouvoir militaire et politique. C’est précisément ces deux mesures qui constituaient l’essence de la réforme de Chang Yang.

Leur application permit de détruire l’esclavagisme, dans sa base économique comme dans sa superstructure politique, et de développer le féodalisme.

Quant à Mencius, il considérait que ceux qui appliquaient ces deux mesures étaient des archi-criminels et devaient être condamnés à de lourdes peines.

Pour combattre ces deux mesures capitales, il provoqua deux polémiques, à savoir le débat sur « la justice et les avantages » et la dispute entre « la droiture et la force ».

Affichant sa répugnance à « parler des avantages », Confucius prétendit que « les hommes de qualité pensaient en termes de justice tandis que les hommes vulgaires ne pensaient qu’aux avantages ». Mencius développa notamment cet argument absurde et réactionnaire.

La « bienveillance et la justice » plein la bouche, il résuma les diverses mesures prises par l’école légaliste pour transformer les rapports de production et développer les forces productives en disant qu’elles étaient motivées par un seul mot : les « avantages ».

Se répandant en diffamations, il prétendit que les avantages corrompaient l’esprit et étaient la source de tous les troubles. Il lança des calomnies contre les légalistes en les qualifiant de « despotes, de fonctionnaires corrompus » et de « bandits » « assoiffés de profits ».

Il est parfaitement vrai que l’école légaliste parla ouvertement d’« avantages ».

Chang Yang disait : « Ne vous conformez pas aux rites, si cela est profitable au peuple. »

Le président Mao a indiqué : « En ce monde, il n’y a pas de considérations non utilitaristes ». (Interventions aux causeries sur la littérature et l’art à Yenan)

Dans la société de classes, chaque classe sauvegarde et défend obstinément ses propres intérêts, et tous les concepts politiques, moraux et philosophiques sont le reflet des intérêts d’une classe donnée.

La différence est que les classes révolutionnaires, progressistes, sont à même de « parler ouvertement d’avantages », car leurs intérêts de classe sont conformes au développement des forces productives et à l’orientation de l’évolution sociale. C’était le cas de la classe montante des propriétaires fonciers à l’époque des Royaumes combattants.

Au contraire, la classe réactionnaire et décadente des propriétaires d’esclaves n’osait pas « parler ouvertement de ses avantages » et cherchait à couvrir ses intérêts égoïstes par des principes moraux, abstraits et immuables, parce que ses intérêts de classe étaient diamétralement opposés à ceux des masses populaires, au développement des forces productives et au sens du développement de la société.

La bienveillance, la justice prêchées par Mencius étaient justement cette sorte de pacotille.

Il disait : « Il n’est jamais arrivé qu’un homme bienveillant abandonnât ses parents, ni qu’un homme épris de justice fît peu de cas de son souverain. »

Cela montre clairement que ses soi-disant « bienveillance et justice » visaient à préserver la domination et l’ordre patriarcal de l’esclavagisme, traduits par ce précepte : « c’est une vertu inestimable que d’aimer ses parents », ainsi que les intérêts égoïstes de la classe des propriétaires d’esclaves. Chang Yang souligna de façon mordante que « la bienveillance et la justice » confucéennes encourageaient en fait cette pratique : « aimer ses parents, c’est se faire une règle d’agir pour son intérêt égoïste » et qu’elles étaient à l’origine de tous les maux.

La dispute entre « la droiture et la force » et le débat sur « la justice ou les avantages » étaient étroitement liés. L’époque des Royaumes combattants était, on peut s’en rendre compte par son nom, une époque jalonnée de guerres.

Le président Mao dit : « La guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens. Une guerre éclate pour lever les obstacles qui se dressent sur la voie de la politique, quand celle-ci a atteint un certain stade qui ne peut être dépassé par les moyens habituels. » (De la guerre prolongée)

La classe montante des propriétaires fonciers pourrait-­elle anéantir les forces armées du pouvoir esclavagiste, s’emparer du pouvoir et réaliser l’unification féodale du pays tout entier, si elle ne renforçait pas ses forces armées et ne menait pas de guerre ?

Non !

Les légalistes ont déclaré sans équivoque qu’il fallait renforcer les forces armées et mener la guerre. Ghang Yang énonça une idée lumineuse : « éliminer la guerre par la guerre. »

Mencius taxait calomnieusement de « despotique », de « belliqueuse » et de « folie meurtrière » la politique de renforcement de l’armée et des guerres d’annexion féodales nécessaires pour réaliser l’unification, préconisée par l’école légaliste.

Cela montre bel et bien qu’il s’opposait à la violence révolutionnaire et à la guerre progressiste.

En réalité, il encourageait partout, à l’instar de Confucius, des « expéditions punitives » réactionnaires, qu’il présentait sous un jour flatteur, poussait les forces de restauration des propriétaires d’esclaves à reprendre le pouvoir par la force des armes et à déclencher des interventions armées contre­ révolutionnaires contre le pouvoir de la classe montante des propriétaires fonciers.

Cela révèle au grand jour le vrai visage d’hégémoniste, au service des propriétaires d’esclaves, de ce Mencius qui avait toujours à la bouche qu’il fallait « gouverner par la droiture », mais agissait en fait de manière despotique.

Après avoir déchaîné ses attaques contre la ligne légaliste, Mencius, cet entêté allant à l’encontre du sens de l’histoire,menaçait avec rage les légalistes en ces termes : « Si vous continuez d’agir de cette sorte, sans modifier votre ligne politique, vous ne pourrez pas garder un seul jour le pouvoir même si vous arriviez à le conquérir. »

Cependant, l’histoire se développa indépendamment de la volonté de Mencius.

Loin de succomber rapidement, le pouvoir de la classe montante des propriétaires fonciers se consolida toujours davantage et l’État de Ts’in, le plus ferme dans l’application de la ligne légaliste, se trouva à la tête de son époque. Comme la classe des propriétaires d’esclaves vouée à la ruine, les malédictions contre­révolutionnaires de Mencius se perdirent dans les torrents de l’histoire qui progressaient fougueusement.

« L’homme est bon par nature » ­ une théorie réactionnaire de la classe décadente des propriétaires d’esclaves

A l’époque de Tchouentsieou et des Royaumes combattants, les soulèvements d’esclaves et les mouvements réformateurs de la classe naissante des propriétaires fonciers détruisirent l’esclavagisme et ébranlèrent le système idéologique de la classe des propriétaires d’esclaves centré sur la théorie « de la volonté du Ciel ».

Les idées matérialistes se développèrent de manière remarquable.

Pour s’en tenir à l’idéologie de l’esclavagisme, Mencius combina la théorie « de la volonté du Ciel » avec celle « de la nature humaine » et, complétant la première par la seconde, il propagea « l’unité du Ciel et de l’être humain ».

De la sorte, il mit au point, sur le plan idéologique, une ligne idéaliste, encore plus réactionnaire et plus trompeuse qui préconisait « la connaissance de la nature humaine et du Ciel ». C’est en continuant et en développant la théorie idéaliste de la connaissance de Confucius et de Tse Se que Mencius formula sa théorie : « l’homme est bon par nature ».

Il dit qu’« il n’y avait personne qui ne soit bon » et que « tout homme avait des sentiments de compassion pour les malheureux, de honte et d’aversion pour le mal, de déférence et de respect pour les autres, et savait discerner le vrai du faux et le bien du mal ».

Mais il ajouta que « cette bonté par nature s’était perdue chez les plébéiens » mais « s’était conservée » chez les « hommes de qualité », et qu’elle était à l’origine de la bienveillance, de la justice, des rites, de l’intelligence et d’autres vertus morales de la classe des propriétaires d’esclaves. Ainsi montra-t­-il le bout de l’oreille : il estimait que seule la classe réactionnaire des propriétaires d’esclaves possédait cette « bonté innée ».

Selon lui, une telle bonté se manifesta particulièrement chez les « anciens rois » et les « ministres loyaux » de la classe des propriétaires d’esclaves. Ils avaient « un cœur qui répugnait à voir les autres souffrir » et pouvaient mettre en application une politique dans ce sens, c’est­-à­-dire une « politique de droiture ». Ils possédaient « des capacités et des connaissances innées » sans devoir ni apprendre ni réfléchir.

C’étaient donc « des gens qui avaient un savoir inné » et qui étaient nés gouvernants, et qui n’apparaissaient « qu’une fois en plusieurs siècles ».

Il appert que le concept de Mencius : « l’homme est bon par nature », était bel et bien un amalgame de la théorie « de la volonté du Ciel » et de celle « de la nature humaine », un concept réactionnaire formulé dans le but de combattre la ligne du règne de la loi appliquée par la classe nouvelle des propriétaires fonciers.

Le président Mao a dit : « Dans la société de classes, il n’existe de nature humaine que revêtue d’un caractère de classe et il n’y a pas de nature humaine étrangère aux classes. » (Interventions aux causeries sur la littérature et l’art à Yenan) Appartenant à la catégorie des principes moraux, les concepts du bien et du mal sont différents chez des classes différentes. Ce qui est bon aux yeux des classes exploiteuses est forcément mauvais pour les classes exploitées.

Ce qui est bon aux yeux de la classe des propriétaires fonciers à sa période ascendante est forcément mauvais pour la classe décadente et corrompue des propriétaires d’esclaves. Et vice versa.

Pour consolider le pouvoir féodal, la classe montante des propriétaires fonciers devait réprimer la résistance de l’ancienne noblesse esclavagiste ; pour l’école légaliste, cela était bon, c’était bien agir.

En procédant à la réforme dans l’État de Ts’in, Chang Yang donna la première place à l’« élimination des gens indésirables ».

Il s’agissait avant tout de réprimer la résistance des propriétaires d’esclaves au système féodal. Selon Chang Yang, ce n’était pas de braves gens et il fallait les soumettre à la dictature.

Durant sa vie contre-révolutionnaire, c’est en partant de ce critère de « bonté par nature », propre à la classe des propriétaires d’esclaves, que Mencius traitait tout ce qui se produisait dans la société.

Il considérait comme « bon » tout ce qui s’avérait conforme aux intérêts de la classe décadente des propriétaires d’esclaves et s’employait à le soutenir ; il considérait comme « mauvais » tout ce qui n’était pas conforme aux intérêts de cette classe et le combattit de toutes ses forces.

Ayant le pouvoir entre ses mains, le ministre Tse Tche de l’État de Yen (l’une des principales principautés de l’époque, située dans le nord de l’actuelle province du Hopei et l’ouest de la province du Liaoning) procéda à des réformes féodales. Mencius estimait qu’il s’agissait là d’un sacrilège offensant l’esclavagisme et qu’il fallait le châtier sévèrement. S’empressant de quitter l’État de Lou pour celui de Tsi, il s’efforça d’inciter le roi de Tsi à déclencher une expédition punitive contre l’État de Yen dans le but de soutenir les forces des jusqu’au-boutistes et de soumettre la classe montante des propriétaires fonciers à la répression.

A l’instigation de Mencius, Kouang Tchang, un de ses partenaires, commanda des troupes de Tsi dans une intervention armée contre l’État de Yen, s’empara de Tse Tche et le mit à mort cruellement. Ainsi la réforme politique qui battait son plein dans l’État de Yen fut-­elle réprimée dans le sang.

Cela révèle au grand jour la nature féroce de la théorie de Mencius selon laquelle « l’homme est bon par nature ». La théorie idéaliste de la connaissance de Mencius recommande de se garder d’être influencé par son milieu et de se concentrer sur les examens de conscience subjectifs afin de conserver et de développer « la bonté » que l’homme possède dès sa naissance.

Mencius était d’avis que la « sincérité » était un critère moral défini par le Ciel et que la ligne de conduite d’un homme consistait à s’efforcer d’être « sincère ».

L’homme devrait « s’examiner » sans cesse et s’employer à découvrir et à développer « les traces de bonté » qui existent au fond de lui-même.

Une fois doté d’une « sincérité atteignant le plus haut point », il pourrait communiquer avec « le Ciel ».

Si un gouvernant y parvenait, il deviendrait un « sage », une « divinité », possédant « toutes les choses faites pour lui ». Les dominés obéiraient de leur plein gré à sa domination. Ces sophismes n’avaient d’autre but que de tenter de prouver, sur le plan philosophique, l’« éternité » de l’esclavagisme et le « bien-fondé naturel » de la restauration de ce régime.

Toute cette série de sornettes sur « le perfectionnement individuel » centrées sur la « sincérité », prêchées par Mencius, étaient si sinistres que tous les représentants des classes réactionnaires, et tous les chefs de file du révisionnisme au sein du Parti, tels Tchiang Kaï­-chek, Liou Chao-­chi, Lin Piao, les considéraient comme « le plus précieux trésor », le fondement pour « édifier le pays » et une « force motrice » pour entreprendre des activités contre­-révolutionnaires.

Leur but était de se servir de la « sincérité » pour camoufler leur vulnérabilité, la barbarie et la férocité de leur domination réactionnaire ainsi que leurs complots criminels visant à restaurer le capitalisme, en appliquant une ligne révisionniste. Dans l’histoire chinoise, Mencius fut un penseur réactionnaire qui prêcha la restauration sous un régime nouveau.

La doctrine, la ligne et les tactiques réactionnaires qu’il avait mises au point furent reprises en héritage par les réactionnaires du passé qui pratiquaient la restauration et la régression. Sous la dictature du prolétariat, la classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie renversées reprirent à leur compte ces camelotes réactionnaires de Mencius dans leurs attaques contre le prolétariat.

Le sinistre livre de Liou Chao-­chi sur le perfectionnement individuel et le « Projet des Travaux 571 », plan de coup d’État contre-révolutionnaire de la clique antiparti de Lin Piao, sont hantés par le spectre de Mencius.

Mais, que ce soit Mencius ou les réactionnaires et les manitous révisionnistes du Parti, ils seront tous écrasés par la roue de l’histoire puisqu’ils vont a l’encontre du courant de l’histoire.


[1Suivre l’exemple des anciens rois : En Chine, la société esclavagiste, qui a commencé sous la dynastie des Hsia (XXIe siècle­-XVIe siècle av. J.­C.), en passant par celle des Chang (XVIe siècle­-XIe siècle av. J.­C.), est parvenue à son apogée sous la dynastie des Tcheou de l’Ouest (XIe siècle­-771 av. J.­C.). Partant de sa conception réactionnaire de l’histoire, en faveur de la restauration et de la régression, Mencius développa la conception idéaliste de l’histoire de Confucius, selon laquelle l’esclavagisme des Tcheou de l’Ouest resterait inchangé même après cent générations, présenta les dynasties des Hsia, des Chang et des Tcheou (qu’il appela les « trois dynasties ») comme une époque prospère, idéale, et le roi Yu des Hsia, le roi Tchengtang des Chang et le roi Wen des Tcheou (qu’il appela les « trois rois ») comme des souverains sanctissimes, inégalés. En proposant de « suivre l’exemple des anciens rois », Mencius voulait en fait qu’on « suivît celui des trois rois ». Sa vraie intention était de renverser le système féodal déjà établi et de restaurer l’esclavagisme, système suranné

[2Les champs en neuf carrés constituaient le système agraire qui servait dans la société esclavagiste chinoise à exploiter les esclaves. A cette époque, toutes les terres appartenaient au Fils du Ciel, chef de file des propriétaires d’esclaves. Les terres, divisées en neuf carrés selon le caractère chinois jing, étaient distribuées aux propriétaires d’esclaves de divers rangs, qui forçaient les esclaves à les cultiver pour leur compte. Les terres ainsi divisées servaient à la fois à marquer les dons reçus par les propriétaires d’esclaves de divers rangs et à calculer le travail des esclaves. C’est pourquoi des caniveaux ou des talus séparaient ces champs carrés, grands ou petits

[3Le règne de la loi préconisait de recourir à des lois et décrets reflétant les intérêts de la classe montante des propriétaires fonciers pour s’opposer aux prérogatives héréditaires de la classe des propriétaires d’esclaves et aux systèmes de hiérarchie et de partage en domaines seigneuriaux en vigueur sous l’esclavagisme, d’employer la violence pour combattre les forces politiques de la classe des propriétaires d’esclaves, de fonder et consolider un État féodal de pouvoir centralisé

[4Tcheou de l’Est s’affaiblit rapidement et les principautés, faisant fi de l’existence du souverain, déclenchèrent de fréquentes guerres d’annexion. Pas mal de petits États ayant ainsi été annexés, plusieurs grands États se disputèrent l’hégémonie. Le duc Houan des Tsi, le duc Wen des Tsin, le duc Mou des Ts’in, le duc Siang des Song et le roi Tchouang des Tchou devinrent successivement des princes hégémoniques que l’histoire appela « cinq princes hégémoniques ». En déclenchant des guerres ou par d’autres actions politiques, sans en recevoir l’ordre de ce roi, ni obtenir son autorisation, ils avaient en fait écarté le roi des Tcheou, chef de file suprême des propriétaires d’esclaves. C’est pourquoi Mencius, partant de sa position des propriétaires d’esclaves, les attaqua en les taxant de « criminels » offensant les « trois rois »

mardi 22 janvier 2019


Les documents de 1974