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Robert F. Williams : Discours à Pékin – Juin 1967

Prononcé dans le cadre de la réunion du Bureau des écrivains afro-asiatiques pour commémorer le 25e anniversaire des Interventions aux Causeries sur la Littérature et l’Art à Yenan de Mao Zedong

Révolutionnaires,

C’est une distinction honorable pour moi que d’avoir l’opportunité de dire quelques mots à cette belle occasion.

Il est bon et constructif que nous nous réunissions pour commémorer l’immortel ouvrage du président Mao Interventions aux Causeries sur la Littérature et l’Art à Yenan, pour nous en inspirer et nous guider. A l’occasion du 25e anniversaire de la publication des Interventions du président Mao, nous avons la grande possibilité de nous conformer sérieusement à l’esprit de Yenan.

La pensée du président Mao est universellement applicable. En tous lieux et en tous temps, elle est la ligne directrice des révolutionnaires.

Aujourd’hui, nous vivons et travaillons dans l’époque la plus favorable que jamais pour vaincre totalement et complètement l’impérialisme, la tyrannie, la discrimination raciale et toutes sortes de maux sociaux qui depuis longtemps tourmentent l’humanité.

La plume et le fusil sont deux armes indispensables qui se complètent l’une l’autre dans la lutte prolongée et acharnée pour en finir avec l’oppression et la tyrannie, pour édifier un monde du peuple.

Nous, les opprimés, qui œuvrons à la libération des opprimés et combattons pour cette cause, nous comprenons la vérité intrinsèque de la déclaration suivante du président Mao :

« Nous luttons pour la libération du peuple chinois sur maints fronts différents ; deux d’entre eux sont le front de la plume et le front de l’épée, c’est-à-dire le front culturel et le front militaire. Pour vaincre l’ennemi, nous devons nous appuyer en premier lieu sur l’armée qui a le fusil à la main. Mais à elle seule cette armée ne saurait suffire, il nous faut aussi une armée de la culture indispensable pour unir nos rangs et vaincre l’ennemi. »

Je suis venu d’un pays qui est la puissance diabolique de la Terre. Je suis venu d’un pays qui est le pilier de l’impérialisme. Je suis venu d’un pays où règne le racisme. Je suis venu d’un pays dégénéré qui s’évertue à renverser par tous les moyens les gouvernements honnêtes du monde.

Ce pays d’où je suis est barbare, spécialement par sa culture agressive qui a recours à la force brutale et sauvage, mais il se livre aussi à l’agression, à la subversion et à la conquête par des moyens culturels alléchants.

Il se sert tout spécialement de sa culture agressive comme d’une arme de combat, une arme pour la conquête. Nous devons y riposter. Nous devons relever le gant.

Nos ennemis sont rusés, sauvages et trompeurs. Ils étudient les formes d’art du monde entier. Ils étudient les mœurs et coutumes des victimes qu’ils guettent.

Ils font grand cas de la guerre psychologique. Nous devons déjouer et faire échouer ces vils desseins.

Mais il est impossible d’y parvenir sans faire une analyse claire et sérieuse de la nature et des mœurs soit de nos alliés éventuels soit de nos ennemis irréconciliables.

Nous devons nous exprimer à la manière et dans le langage du peuple, de nos frères de classe.

L’ennemi N°1 des peules épris de liberté dans le monde entier sont les Etats-Unis, impérialistes et racistes. Les révolutionnaires doivent se faire une idée réelle de cette bête féroce.

Les faits concernant l’américanisme barbare ne peuvent être passés sous silence par légèreté d’esprit ni effacés par un dédaigneux haussement d’épaules. Il nous serait fatal d’agir de la sorte.

Dans les Etats-Unis impérialistes, il y a plusieurs nations et non pas une seule nation. Il y a une Amérique blanche et une Amérique noire.

Il y a une Amérique fasciste et une Amérique progressiste. L’Amérique noire se révolte aujourd’hui contre l’Amérique fasciste, impérialiste et raciste.

L’Amérique noire se rend de plus en plus compte qu’elle est une partie inséparable des forces libératrices du monde entier. Elle est devenue de plus en plus anti-impérialiste. L’artiste noir devient une puissante source d’inspiration révolutionnaire des masses opprimées.

Dans l’Amérique raciste, les formes littéraires et artistiques du peuple noir opprimé ont depuis longtemps reflété la souffrance et l’aspiration de notre peuple brutalement subjugué.

La tendance à attribuer toute la culture américaine au groupe dominant est une erreur capitale qu’on commet généralement dans le monde entier.

Une étude minutieuse sur les formes d’art et la culture de l’Amérique noire et sur leur liaison avec l’histoire et l’évolution de notre peuple fait défaut. Notre musique est une modification des rythmes africains qui en sont à la base.

Le Negro Spiritual, né de la souffrance des esclaves, a servi de moyen de communication, d’expression, d’aspiration et de protestation. De cette forme d’art simple et parfois primitive, est né ce qu’on appelle habituellement le blues et le negro jazz.

Très souvent, toutes les formes de la musique afro-américaine sont classées sans distinction dans ce qu’on nomme communément le jazz le « jazz américain ».

Les compositeurs révolutionnaires afro-américains utilisent aujourd’hui le jazz comme une forme de protestation pour élever la conscience révolutionnaires des masses noires.

A présent, beaucoup de chants nouveaux ont un contenu social. Le président Mao a dit dans ses Interventions à Yenan :

« Nous devons recueillir le riche héritage et maintenir les meilleures traditions de la littérature et de l’art chinois et étrangers, mais pour les mettre au service des masses populaires . Nous ne refusons nullement d’utiliser les formes littéraires et artistiques du passé : entre nos mains, refaçonnées et chargées d’un contenu nouveau, elles deviennent elles aussi propres à servir la révolution et le peuple. »

Les impérialistes racistes et les révisionnistes modernes sont très sensibles au fait qu’il y a une grande différence entre le jazz nouveau, progressiste et revendicateur, et ce qui est ordinairement appelé le jazz américain dégénéré.

La bourgeoisie et ses intellectuels ont essayé d’étouffer le Negro Jazz à ses débuts. N’ayant pas réussi, ils en ont encouragé une forme qui servait leurs intérêts. Ils ont constaté qu’il existait des possibilités d’en tirer profit et de la commercialiser.

Les Afro-américains d’esprit et progressistes ont aussi organisé des groupes d’acteurs pour effectuer des tournées loin dans le Sud et pour intégrer le nouveau théâtre populaire à la lutte du peuple noir.

De plus en plus nombreux sont les artistes et écrivains noirs qui s’intègrent et s’identifient aux couches les plus opprimées des masses noires.

L’art est utilisé pour élever la conscience révolutionnaire et politique.

Il s’agit là de l’émancipation et du développement des formes d’art spécifiques et populaires créées pour servir plutôt les intérêts des opprimés que ceux des oppresseurs.

A Los Angeles, un groupe théâtral afro-américain a écrit une pièce intitulée Si nous devons vivre et basée sur l’histoire de la résistance des noirs à Monroe, en Caroline du Nord.

Par le canal de la scène, il a apporté le message de l’auto-défense armée ; et malgré ses moyens limités, il a sans doute aidé à relancer l’esprit militant du peuple noir de Watts.

Dans l’Amérique raciste, l’art afro-américain joue un rôle d’avant-garde dans la marche des Noirs vers la libération, vers son identification avec les peuples opprimés du monde.

De nouvelles œuvres hardies sont maintenant exposées dans les galeries de l’art communales qui ne cessent de se multiplier.

Les Noirs dépeignent le monde de leur propre point de vue, d’une nouvelle manière qui sert au mieux les intérêts de notre peuple opprimé.

Ils mettent l’accent sur la fierté de la couleur noire, en ferme opposition à l’accent mis par l’oppresseur blanc sur la représentation par la couleur blanche de tout ce qui est pur et supérieur.

Par l’intermédiaire de la radiodiffusion, du cinéma et de la télévision, l’impérialisme américain raciste cherche non seulement à amener les larges masses du monde à considérer l’impérialisme yankee comme une bénédiction chrétienne blanche, mais encore il calomnie grossièrement la culture et les mœurs des peuples non anglo-saxons du monde.

C’est ainsi qu’au moyen de ses ressources culturelles, l’impérialisme américain représente les peuples de l’Amérique du Sud comme étant paresseux, irresponsables et malhonnêtes.

Il décrit les peuples d’Asie comme obséquieux, parfaits serviteurs de la soit-disant race des maîtres, incapables de grands exploits industriels et scientifiques.

Dans ce même contexte raciste, les Africains sont décrits comme enfantins, extrêmement fermés et stupides.

Ils sont présentés comme une foule lâche, servile, superstitieuse, qui doit être constamment soumise au commandement strict et brutal des Blancs, supérieurs par la grâce divine.

Les puissants moyens de communication avec les masses dont disposent les impérialistes ont tellement réussi à répandre cette image profondément dénaturée des grandes masses de l’humanité que, dans beaucoup de cas, les victimes de cette calomnie fasciste en sont venues à admettre cette image défigurée par les oppresseurs.

Ce fait constitue une source de désunion parmi les peuples.

Il a été une source de la honte résultant des fausses barrières élevées parmi les peuples qui ont une cause commune.

Il a estompé les ressemblances et les souffrances communes des peuples opprimés du monde, et par-dessus tout, il a dissimulé le visage de leur ennemi incorrigible et barbare.

Il a empêché les opprimés et humiliés de connaître les nobles qualités de leur propre groupe et de comprendre en même temps la nature hypocrite et sauvage de la soi-disant société des maîtres.

Les conditions révolutionnaires qui règnent actuellement dans le monde offrent une très belle occasion pour les journalistes et écrivains afro-asiatiques.

Aux écrivains en particulier, une grande chance leur est offerte à présent de servir la cause de la libération de ceux qui sont victimes de l’oppression culturelle et physique.

Les artistes et journalistes doivent stimuler l’enthousiasme révolutionnaire et créer parmi les masses opprimées la confiance en soi et la fierté. Ils doivent jouer le rôle du poussoir qui amène l’explosion de la rébellion.

Il nous incombe de connaître notre public, de connaître bien ses besoins et de communiquer avec lui par un langage commun, vivant et fortifiant.

Les organisations des journalistes et des écrivains afro-asiatiques doivent devenir des centres d’étude des mœurs, des coutumes, des traditions et de l’histoire des peuples opprimés du monde.

Les connaissances acquises par ces centres d’étude et d’expériences doivent poser les bases de la création d’une nouvelle méthode de propagande révolutionnaire qui sera extrêmement efficace du moment qu’elle sera répandue par les peuples opprimés du monde eux-mêmes.

La lutte pour la libération des Afro-américains entre dans une nouvelle étape. Elle devient une lutte sanglante prolongée. Elle peut apporter une contribution inestimable à la lutte libératrice dans le monde entier.

Les journalistes et les écrivains afro-asiatiques peuvent contribuer grandement à notre lutte.

Ils peuvent jouer le rôle d’un important pont menant les révolutionnaires afro-asiatiques à se mettre au courant soit des nouveaux aspects de cette lutte, soit de l’héritage artistique qui est mis en valeur pour la cause de la libération des Noirs. Ils peuvent servir d’une grande source d’inspiration de la nouvelle tendance révolutionnaire.

Je suis sûr que, dans l’Amérique raciste, il y a beaucoup d’artistes afro-américains brûlant du désir de travailler directement avec les journalistes et les écrivains afro-asiatiques dans une telle entreprise.

Le 25e anniversaire des Interventions du président Mao à Yenan nous offre la bonne chance d’examiner attentivement la nouvelle situation et les conséquences favorables qui en découlent.

Dans le vrai esprit de Yenan et répondant résolument à l’appel du président Mao, commençons notre longue marche vers la victoire.

Vive l’esprit de Yenan ! Vive l’unité révolutionnaire !

Vive l’architecte de la guerre populaire, Mao Zedong !

Vive la grande République populaire de Chine, base révolutionnaire !