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Spinoza, l’Éthique - 2e partie : le retour à Aristote et son dépassement averroïste

1. La « cause de toutes les causes » comme tour de passe-passe matérialiste

Avicenne et Averroès ne pouvaient pas se débarrasser de Dieu, et ce pour une raison très simple expliquée par Baruch Spinoza, qui a buté sur le même problème. En effet, en l’absence du matérialisme dialectique, on tombe forcément sur une logique où il y a des causes et des conséquences.

Ce qui se passe alors, c’est qu’à un moment donné, il faut bien s’arrêter et trouver la « cause des causes. » Le matérialisme dialectique rejette cela, concevant l’univers comme s’auto-transformant et composé de couches infinies (tel une sorte d’oignon éternel et infini).

Baruch Spinoza ne peut pas encore concevoir cela, par conséquent il retombe sur un « point de départ » :

« ce qui ne peut être conçu par le moyen d’une autre chose, doit être conçu par soi. »

C’est là que se situe le nœud gordien de la pensée de Baruch Spinoza. Il regarde la réalité et dit : ces choses ont des propriétés, qu’il appelle des « attributs. » Or, les choses ne viennent pas des autres choses. Elles sont donc indépendantes, existent en tant que telles, elles coexistent. C’est cela qui rend Dieu nécessaire.

Baruch Spinoza explique :

« Pour toute chose il doit y avoir une cause, ou raison assignable, pourquoi elle existe ou pourquoi elle n’existe pas.

Par exemple, si un triangle existe, il doit y avoir une raison ou cause pourquoi il existe ; s’il n’existe pas, il doit aussi y avoir une raison ou cause qui empêche qu’il n’existe ou ôte son existence. »

L’origine des choses est donc Dieu, et la preuve que Dieu existe, c’est qu’on ne peut pas parler de deux « Dieu » en même temps, puisqu’il ne peut pas exister en même temps deux choses toutes-puissantes (selon le principe : si l’une est plus puissante que l’autre, alors l’autre n’est pas Dieu, et si les deux sont égales à l’autre, alors elles ne sont pas toutes-puissante et donc « Dieu »).

On a là un tour de passe-passe. Car ce que fait Baruch Spinoza, c’est simplement dire que le « grand tout » est Dieu. Il ne fait que redire ici la thèse du moteur premier d’Aristote. Voyons si cela est juste par rapport à ce qu’il dit après.

2. Retour au moteur premier d’Aristote, en apparence

De fait, Baruch Spinoza réaffirme les thèses d’Aristote. Cela peut sembler n’être rien, mais c’est en fait un dynamitage de toute l’idéologie religieuse juive et musulmane ; Baruch Spinoza complète l’averroïsme.

Comment Baruch Spinoza s’y prend-il ? Il commence par fermer la porte à la théorie de « l’émanation », où Dieu émane de l’énergie donnant naissance aux choses matérielles. Baruch Spinoza conserve son « Dieu » comme absolu, éternel, intouchable. En apparence, il sépare Dieu des choses matérielles.

Il affirme ainsi :

« Une substance absolument infinie est indivisible. Si elle était divisible, les parties dans lesquelles elle serait divisée ou bien retiendraient la nature d’une substance absolument infinie, ou bien ne la retiendraient pas.

Dans la première hypothèse, il y aurait plusieurs substances de même nature, ce qui est absurde. Dans la seconde, une substance absolument infinie pourrait, comme on l’a vu plus haut, cesser d’être, ce qui est également absurde. »

Génial Baruch Spinoza ! En apparence, il conserve Dieu n’étant en rien mêlé aux choses. Si Dieu était mêlé aux choses, celles-ci seraient aussi Dieu en partie, or Dieu n’a pas de parties ; si Dieu n’était pas mêlé aux choses, alors il aurait une « frontière » et ne serait plus infini.

En apparence, Baruch Spinoza conserve l’ancien Dieu « métaphysique », qui est « au-delà » de la physique.

Cependant et c’est habile, il revient alors à Aristote, en parlant de « modes » : les choses ne sont pas éternelles, mais leur nature l’est (un chat peut mourir, mais pas l’espèce, en quelque sorte). Le chat vivant est alors un « mode » d’existence d’un attribut de Dieu (qui serait ici l’espèce chat).

Baruch Spinoza explique ainsi :

« Les choses particulières ne sont rien si ce n’est des affections des attributs de Dieu, autrement dit des modes, par lesquels les attributs de Dieu sont exprimés d’une manière certaine et déterminée. »

En apparence, on a un « moteur premier » faisant s’activer des choses correspondant à une forme bien précise fournie à la base par le « moteur premier » (en sachant que cette base a toujours existé et existera toujours, chez Aristote).

Seulement voilà : Aristote n’a jamais dit que les « formes » que prenaient la matière étaient des « attributs ». Cela signifie que Baruch Spinoza complète Aristote, dans le prolongement des efforts avant lui de la tradition d’Avicenne et d’Averroès. Il arrive encore plus près de la grande synthèse.

Ici, on n’a plus un « moteur premier » purement mécanique, dans une version déiste. On a un système matérialiste où chaque aspect matériel est relié au « grand tout », en est même une de ses composantes.

Dieu est le monde lui-même. C’est là le fameux « panthéisme » de Baruch Spinoza.