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Cannibalisme social : communiqué d’Exarcheia de juillet 2016

[Article publié dans le n°4 de la nouvelle revue « Crise »]

Nous prenons la responsabilité de l’exécution du mafieux Habibi [le 7 juin 2016 à Athènes], qui pendant des années a été en première ligne dans les violents incidents avec les résidents et les personnes fréquentant le quartier d’Exárcheia, culminant dans l’attaque meurtrière contre trois camarades du centre social occupé VOX, le mois dernier.

Le caractère paranoïaque de cet individu en particulier et la violence impitoyable qu’il infligeait à la moindre provocation a fait de lui un serial killer potentiel, la peur et la terreur du quartier. Le harcèlement, le vol et les coups de couteaux étaient inclus dans le répertoire de sa présence quotidienne sur la place d’Exárcheia, lui donnant l’espace pour prétendre être le leader de quelque chose que personne ne pourrait, pensait-il, venir lui disputer.

Avec la force d’une bande de cannibales l’entourant, mais également avec l’appui de la mafia et de la police, il agissait sans être dérangé, vendant des drogues et terrorisant le voisinage, qui était sans défense et incapable de lui faire face soumis à son pouvoir et réduit au silence.

La peur causée par son activité criminelle lui a donné toujours davantage d’audace, l’amenant à mener de manière répétée des assauts avec des intentions meurtrières devant les yeux de dizaines de gens, laissant derrière lui des gens en sang, à moitié mort, alors que lui restait tranquille et fier.

Et cela parce que, malgré qu’il ait été dépendant aux drogues et paranoïaque, il savait très bien qu’il n’y aurait aucune conséquence. Parce qu’il savait que personne n’interviendrait, étant donné qu’en tant qu’employé de la mafia, il était essentiellement un employé de la police également. Cependant, son audace s’est montré « suicidaire » finalement, quand il a fait l’erreur d’attaquer trois camarades anarchistes du centre social occupé VOX, blessant deux d’entre eux. Ce fut la goutte d’eau faisant déborder le vase et la mise en œuvre de la justice populaire-révolutionnaire exigeait la sentence de mort.

Cela non seulement dans le cadre de la vengeance pour les camarades blessés, mais également en défense d’un voisinage tellement traumatisé, qui se sentira soulagé, nous en sommes certains, à la nouvelle de l’exécution de cette ordure. Parce que quelqu’un devait mener une action. Pour la restauration même marginale des rapports de pouvoir dans le voisinage d’Exárcheia, pour le rappel que le bras long du para-Etat [la mafia] doit faire face à l’arme punissante du mouvement.

En parlant du para-Etat, nous devons clarifier ici que pour nous l’exécution de cet individu en particulier ne se limite pas à un simple coup contre le « cannibalisme » qui règne à Exárcheia. Nous ne percevons pas la violence « cannibale » comme un phénomène social généralisé. Nous ne sommes pas des sociologues ; nous nous positionnons dans la classe qui est en guerre avec le capital et en tant que tel nous entrons dans la bataille pour regagner Exárcheia.

Avec cette orientation, cette exécution spécifique s’étend également avec le conflit physique avec le regroupement para-étatique de la police et de la mafia. C’est-à-dire que cela étend la lutte contre quiconque est l’expression la plus rude du capital. Et cela parce que Habibi a été recruté par la mafia d’Exárcheia, non seulement en tant que l’un des dizaines de trafiquants de drogues opérant dans cette zone, mais également en tant que gendarme gardant violemment la profitabilité régulière de ses patrons.

Le riche arrière-plan de Habibi, incluant toutes sortes d’activités anti-sociales, a fait de lui le suppôt, le chien de garde enragé de la mafia de la place Exárcheia. Et il était un chien de garde en raison de sa violence, indépendamment de sa nature psychotique et imprudente, de sa fonction comme menace contre quiconque pourrait imaginer perturber le trafic régulier des drogues.

Contre, finalement, quiconque mettrait en cause le règne de la mafia sur la place d’Exárcheia. En exécutant Habibi, nous avons rendu clair que dans les faits nous contestons le règne des trafiquants de drogues. Que nous aussi nous avons le moyen de leur faire face et que si cela est nécessaire nous nous engagerons dans une confrontation frontale avec ceux. Une confrontation qui est un impératif historique et politique.

Le regroupement de la mafia et de la police, bien qu’étant un phénomène constaté de très nombreuses fois, ne surprend plus personne ; à Exárcheia cela s’est exprimé de manière manifeste. Ceux qui vivent, travaillent ou fréquentent le quartier savent très bien que les posts de trafics de drogues ne sont pas des zones isolées, mais qu’au contraire occupent les points principaux de la place d’Exárcheia.

Ils savent également qui vend les drogues et quand, étant donné que nous parlons de 3/8 [roulement de huit heures de trois équipes] réalisées par des individus vivants et se déplaçant dans tout Exárcheia. Ils savent quels magasins servent à blanchir l’argent, qui sont les leaders de la mafia, les endroits fréquentés par eux, visiblement armés.

Ils savent également que le commandant du commissariat d’Exárcheia rencontre certains d’entre eux dans un climat particulièrement amical. Tout cela se déroule devant nos yeux chaque jour et personne ne dit rien. Et personne ne dit rien parce que la peur et l’indifférence dominent. Et c’est même pire, car parmi les forces saines du voisinage, la futilité prédomine comme quoi rien ne peut changer. Il est vrai qu’est grand le stock de voyous, d’« anarchistes », de hooligans, de propriétaires de grands magasins, de trafiquants de drogues et de policiers.

Et il est tellement profond qu’il y a besoin d’un tremblement de terre pour les déraciner. Ce tremblement de terre est notre but, et afin de l’accomplir nous devons dès le départ clairement diviser les camps. Qui nous sommes et qui sont contre nous.

Ainsi, nous pouvons mesurer les choses et ainsi cessent la tolérance, les compromis et les hésitations entre les deux. Nous ne sommes pas simplement tous « un voisinage » et il n’y a pas de place pour tous ceux d’entre nous dans ce voisinage.

Ce serait tragi-comique de la part de la police que de prétendre être dans l’ignorance au sujet des gens et de leurs situations et même pire de prétendre être incapable d’intervenir en raison de leur peur des anarchistes.

Et ce serait tragi-comique, parce que la police mène des raids, torture et arrête les anarchistes avec une grande capacité d’action et de manière particulièrement vicieuse quand il y a des affrontements dans la zone.

Pourquoi est-ce que la même chose ne pourrait pas se produire avec les trafiquants de drogues, les voyons et les hommes de main ? La question est bien sûr de type rhétorique. Elle l’est, parce que notre position en tant que combattants sociaux fait que nous ne pouvons dénoncer l’inactivité de la police, vu que cela impliquerait que nous avons besoin de leur intervention pour résoudre le problème.

Au contraire, ce que nous prouvons en parlant de cette absence de la police et de sa protection de la situation c’est la fusion flagrante de ses intérêts [avec la mafia], l’existence d’un front para-étatique, à qui ne peut se confronter que le peuple en lutte et que lui. Ne nous faisons pas d’illusions ici, en attendant le soutien des corps officiels et des institutions. Ils sont tous unis et sont tous contre nous.

Ainsi, le thème d’Exárcheia concerne dans son noyau même l’affrontement avec les mécanismes d’accumulation collatérale du capital, c’est-à-dire que nous parlons d’un para-État, de l’autre face de la profitabilité capitaliste. La prétendue para-économie est un réseau d’une taille inimaginable apportant des milliards.

A côté de cela, le fait qu’aujourd’hui soit accepté que les capitaux « noirs », opaques, sauvent internationalement le système bancaire est particulièrement caractéristique, prouvant ainsi non pas seulement la taille des profits, mais aussi l’agrégation de l’économie capitaliste « illégale » et de celle « légitime ». C’est pourquoi, de par cette agrégation, il est évident que les mafias sont l’expression organisée de l’économie « au noir », donc l’organisation latérale du mécanisme d’État.

Les juges, les journalistes, les politiciens, les entrepreneurs et la police forment un comité d’entreprise de la para-économie, utilisant des hommes de paille comme idiots utiles pour faire le sale boulot.

Par conséquent, les trafiquants de drogues d’Exárcheia, composés d’éléments lumpenprolétaires, de « videurs », de petits criminels et de gens aimant devenir gangsters, sont simplement les idiots utiles du commissariat d’Exárcheia et de la GADA (le siège de la police d’Athènes), les centres officiels de contrôle des trafics de drogues.

Ces ordures, qui prétendent être Escobar et sans peur, sont des mouchards standards et les associés de la police, ce sont des petits durs sournois car sans leurs protecteurs ils n’oseraient jamais poser la main, ni même en fait poser leur regard sur ceux qui luttent pour le voisinage d’Exárcheia.

Comprenant le problème à la racine même, nous sommes arrivés à la conclusion que la guerre contre les mafias est une guerre contre le cœur de l’accumulation capitaliste, c’est une guerre anti-capitaliste.

Pour cela, afin de ne pas nous perdre dans des schémas théoriques fantaisistes qui nous amèneraient à ne pas nous confronter avec les mafias car le capitalisme existerait aussi sans elles, nous avons considéré que nous devions bien commencer quelque part.

Parce que le capitalisme n’est pas un rapport abstrait, mais au contraire un rapport tangible, matériel et bien précis. Cela – la guerre pour conserver le voisinage propre de la boue des déchets capitalistes que la mafia accumule – n’est pas une guerre d’idées, mais une guerre pour faire se basculer la corrélation matérielle du pouvoir. Il est tout à fait vrai que le quartier d’Exárcheia est tourmenté par toute une série de problèmes. Le début de tout cela est la transformation d’Exárcheia en une zone consumériste de masse, qui attire la mafia et amène en fin de compte la détérioration politique et culturelle de la zone.

La concentration de douzaines d’entreprises de restauration rapide, qui anéantit la charge historique et politique de la zone et qui profite de la vente d’un mode de vie alternatif et d’un pseudo insurrectionnalisme, a comme conséquence le rassemblement de milliers de jeunes dans un contexte de consumérisme et de dépolitisation.

C’est précisément là que la mafia trouve un terreau fertile pour grandir. Parce que la zone rapporte des profits inimaginables de la « protection » de douzaines de magasins et encore plus du trafic de drogues.

C’est un triste fait que les centaines de jeunes qui fréquentent un quartier caractérisé par l’agitation politique constante semblent avoir une fausse interprétation de la liberté, qui se conclut par la confusion amenée par l’utilisation de drogues.

Les idéologies urbaines qui nourrissent toutes ces formes de « mode de vie alternatif », visant la désorientation et une aphasie [un mutisme] idéologique, font l’éloge des drogues comme prétendue expérience libératrice, transformant des milliers de jeunes en des utilisateurs de drogues, dépendants ou non, et en « clients » soutenant économiquement les organisations criminelles de la mafia.

Nous appelons tous ces jeunes, qui pourraient et devraient être de notre côté, à considérer que les drogues sont un moyen de sédation et non pas de libération.

Nous les appelons à ne pas contribuer économiquement la mafia, nous les appelons prendre position dans cette bataille, soit en cessant de consommer des drogues, soit en quittant Exárcheia. Autrement, alors que la lutte s’intensifie, les consommateurs et la vaste demande qu’ils offrent aux trafiquants de drogue devront être considérés comme un problème à résoudre, même au moyen de la violence.

Puisque nous parlons de cette question des drogues et de la culture des drogues en général comme d’un phénomène inondant principalement la jeunesse, notre position est absolument que l’empoisonnement de notre cerveau et de notre corps avec des substances est une expérience de fuite, un égarement de nos sensations opprimées et une fausse échappatoire de la réalité et des problèmes généraux qui nous touchent.

En particulier dans les sociétés occidentales où le capital a dévalisé chaque aspect de notre monde émotionnel, le concept de personnalité a été déconstruit au moyen de son placement dans un environnement social aliéné et asphyxiant : celui de la solitude, de l’insécurité, de l’amputation émotionnelle et d’une vie insupportable.

La quête justifiable pour trouver des portes de sortie, quand menée un état de manque de conscience de classe, amènera en fait à des voies fâcheuses. Les drogues sont l’une d’entre elles.

Et elles sont probablement l’expression la plus rude de punition de soi et d’introversion, dans la mesure où la « porte de sortie » désirée nous ramène à nous-mêmes et à nos problèmes, de la pire des manières. En d’autres mots, il n’est pas répondu par la violence libératrice à la violence imposée sur nous par la société de classe, mais par la violence contre nous-mêmes.

C’est pourquoi, en tant que révolutionnaires, nous combattons les drogues, qui sont un soutien à l’imposition de la paralysie sociale, mais également une attaque directe sur la partie la plus vivante de la société, la jeunesse.

Nous avons déjà dit qu’il n’y a pas d’espace pour tous dans notre quartier. Et par cela nous ne voulons pas seulement parler de la mafia, mais également de l’hooliganisme, où que ce soit qu’il s’exprime. Que ce soit sous le manteau de la politique, ou apolitique et cru.

La lutte pour Exárcheia, même si nous devons pour cela aller au conflit armé, ne concerne pas les moyens de la lutte, mais le contenu que celle-ci représente. La bataille d’Exárcheia est une bataille de civilisations, pour la simple raison qu’il ne s’agit pas de deux gangs qui s’affrontent, mais de deux mondes. D’un côté, le monde du para-Etat et de la pourriture et de l’autre, notre monde d’espoir, de solidarité et de lutte.

Toutefois, la formation de notre camp n’est pas accomplie seulement par des appels déclaratoires pour la bataille, mais avec l’éducation et la conformité avec les standards culturels du nouveau monde que nous représentons. C’est pourquoi la bataille d’Exárcheia est une bataille contre le capital et la mafia, tout comme une lutte contre la corrosion interne du mouvement. Contre la culture des drogues, l’indiscipline, l’anti-socialisme et la violence dénuée de sens.

Autrement, nous sommes condamnés à perdre cette bataille ou même pire : à devenir une partie du problème. Il est donné que quand quelque chose n’est pas limité à un certain niveau, il va tellement s’étendre qu’il va nous anéantir à la fin.

Cela va se répandre comme un cancer. C’est le cas à Exárcheia, quand le caractère romantique sinon du quartier, qui a toujours accueilli les proscrits, les sans compromis et les déshérités, tourne dans le mauvais sens.

Non pas parce que ces gens ne doivent pas être accueillis, mais parce qu’ils devraient être incarnés dans des règles fondamentales de solidarité sociale. Ils devraient accepter l’offre mais également agir de manière réciproque, prouvant en pratique que la solidarité n’est pas la porte dérobée pour le chaos et le cannibalisme, mais bien le modèle de la maturité sociale, par la capacité à s’auto-institutionnaliser et d’agir en harmonie.

La solidarité sociale est pour cette raison une question de responsabilité et pas seulement de tolérance. Plus particulièrement, quand nous avons affaire à des éléments criminels anti-sociaux, la gestion de ceux-ci n’est pas ajustée par une main invisible [allusion à la main invisible qui selon le libéral Adam Smith régule l’offre et la demande], mais par notre capacité à maintenir au moins un équilibre des forces.

Nous devrions avoir un œil sur eux, nous imposer et leur rappeler qu’ils sont dans un environnement hostile. Sinon, les mafiosos et les hooligans se sentiront en sécurité et forts, imposeront leur hégémonie et nous élimineront. C’est pourquoi, en réponse aux théories incompréhensibles comme quoi « Exárcheia a toujours été ainsi », nous disons que ceux qui prétendent cela appartiennent aux forces conservatrices, à ceux qui avec leur attitude perpétuent la situation décadente du quartier.

Ainsi, à partir de maintenant, ils seront également considérés comme une partie du problème. Exárcheia est une des zones les plus chargées politiquement d’Europe. Là-bas, de rudes luttes ont été menées, des camarades ont été assassinés par la police, des insurrections ont commencé, des mouvements et des idées y sont nés.

L’image du quartier a désormais capitulé devant la décadence des drogues, du pseudo divertissement et de l’hooliganisme, c’est une image triste. Cependant, nous devons admettre que cela reflète les problèmes structurelles, organisationnelles et idéologiques de notre mouvement. Au nom d’un « anti-autoritarisme » latent, qui identifie les termes de la formation d’un front prolétarien, au niveau des rapports moraux et des rapports internes, avec ceux avec lesquels nous combattons contre le monde civil, nous oublions que nous ne répondons pas à la brutalité avec des caresses.

Ainsi, quand nos idées sur les rapports sociaux se transforment en idéologie, et non pas en conflit constant afin de les préserver, alors il y a des décalages qui sont créés et les pouvoirs de l’ennemi trouvent de l’espace pour s’asseoir sur notre « anti-autoritarisme ».

Tout se juge par les corrélations matérielles réelles et non pas par nos visions abstraites. « L’anti-autoritarisme », par conséquent, afin de survivre dans l’environnement urbain où il évolue, et pour convaincre que c’est une proposition réaliste d’organisation sociale, devrait exercer l’autorité sur ses ennemis. Sinon, il est condamné à s’effondrer.

De l’autre côté, la signification élargie de la tolérance, qui permet à des éléments anti-sociaux d’agir sans être dérangée dans le quartier d’Exárcheia, amène plusieurs questions essentielles.

Pourquoi sommes-nous (devrions-nous) être tolérants avec quiconque utilisant comme alibi son identité nationale ou soi-disant politique (celle d’immigré ou d’« anarchiste ») et exerçant une violence anti-sociale, et pourquoi ne sommes-nous pas tolérants avec la société locale qui, de manière justifiée, proteste contre eux ?

Pourquoi les premiers sont-ils considérés comme des forces amies et les seconds comme des petit-bourgeois et des fascistes ? A qui nous adressons-nous et qui sont nos alliés ?

C’est ici que nous rentrons dans les profondeurs du caractère historique de notre mouvement, ses distorsions concernant la lutte des classes et son rôle en son sein. La tolérance, par conséquent, n’est pas un coupon de contributions libres à prix libre. Le prix est lourd. Le prix de la responsabilité.

Et face au danger de devenir des proscrits dans notre propre quartier, d’être assailli moralement et politiquement et incapable de défendre notre espace vital, de perdre la crédibilité d’une proposition politique responsable pour la société, nous disons que cette responsabilité est la nôtre. Quel qu’en soit le prix.

Ainsi, comment défendons-nous dans les faits l’auto-organisation dans le quartier d’Exárcheia, sans parler de quand nous sommes menacés ? Certainement pas en le proclamant comme une formation abstraite, ou bien comme structure qui ne communique nulle part avec le monde extérieur.

L’auto-organisation signifie la forme (et non pas le contenu) avec laquelle nous composons nos forces. Cela signifie que nous avons la capacité, avec nos propres outils politiques et expérimentaux, de former un camp prolétarien organisé contre la classe bourgeoise.

Les syndicats, les assemblées, les commissions, les occupations, les groupes armés, etc. sont l’expression physique de l’auto-organisation, ce sont nos armes contre l’État bourgeois et ses institutions.

Et comme précisément l’auto-organisation ne veut pas dire des îles et des communautés de liberté, mais des points de brassage, de vigilance et d’offensive des forces prolétariennes, nous devons le préserver. Du réformisme, tout comme l’ennemi de classe.

Des milices comme forme d’auto-organisation, apparaissant partout et tout le temps comme une nécessité, défendant les acquis collectifs, mais également le droit du peuple et du mouvement à contre-attaquer la violence des capitalistes et de ceux qui les servent. Contre la police, l’armée, les fascistes et toutes les sortes de paramilitaires.

Les milices ont toujours été la chair de la chair du peuple et du mouvement, parce qu’elles servaient ses besoins et exprimées la réponse collective à la question de comment nos luttes seront préservées de la violence des patrons, et de comment nous défendre d’un bain de sang nous menaçant.

Parce que, finalement, elles expriment l’acceptation dans les faits de la violence comme condition préalablement nécessaire dans le développement de la lutte des classes et que les obstacles inévitables auxquelles elle fera face sont balayés en termes réellement révolutionnaires.

Aujourd’hui, à Exárcheia, malgré que nous soyons dans un espace-temps complètement différent de celui qui donna naissance aux milices du siècle dernier, nous rencontrons les mêmes questions que celles rencontrées par nos prédécesseurs.

Les questions de l’organisation et de la préservation de la lutte contre la violence de l’ennemi de classe. Même s’il est inapproprié de procéder à des réductions automatiques et au mimétisme, nous sommes obligés relire l’histoire, d’étudier les raisons ayant amené la création de gardes armés et d’apprendre d’elles.

C’est pourquoi, nous parlons ici en premier lieu du contenu et en second lieu seulement de la forme. Et cela parce que le contenu est commun et concerne le besoin existentiel diachronique [relatif à l’évolution d’un fait dans le temps] du mouvement de se défendre.

La force que cette défense prendra aujourd’hui, étant donné la violence requise d’une part, et les corrélations particulières présentes de l’autre, ont à être analysée dans la juridiction du mouvement. C’est pourquoi dans le cadre de cette nécessité de trouver des réponses au sujet des questions de préserver le peuple et le mouvement, nous y incorporons également l’exécution justifiée de Habibi.

Nous avons mené cette action spécifique en étant motivés par le besoin impératif de cesser de regarder de manière impassible la chute d’Exárcheia, de ne pas se courber devant la violence que nous recevons des voyous agissant dans cette zone, mais aussi afin d’ouvrir avec maturité les discussions quant aux moyens de la bataille que les situations exigent.

Ce choix qui est le nôtre est dialectiquement connecté aux mobilisations ayant lieu ces derniers mois à Exárcheia contre les mafias et le « cannibalisme » social en général.

Nous voulions contribuer selon nos propres termes à ces mobilisations que nous estimons positivement. Parce que, avant tout, l’unité est importante dans la perspective d’une cible commune et impérative, et non pas les identifications idéologiques.

Parce que la mafia nous a déclaré la guerre et que nous n’avons plus de temps à perdre. Autrement, chacun tiendra haut la bannière de sa pureté idéologique, alors qu’en même temps nous deviendrons une minorité sans défense. Par conséquent, chacun devrait faire son choix. Ou alors avec le mouvement et son histoire ou seul avec ses arrogances idéologiques.

C’EST NOUS OU EUX. IL N’Y A PAS DE SOLUTION INTERMÉDIAIRE.

GROUPES MILICIENS ARMÉS – ΕΝΟΠΛΕΣ ΟΜΑΔΕΣ ΠΟΛΙΤΟΦΥΛΑΚΩΝ

lundi 27 juillet 2020


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