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Le matérialisme contre l’empirio-criticisme - 7e partie : empirique et critique

Il y a lieu de résumer ce qu’est l’empiriocriticisme, ou néo-kantisme, etc. de manière relativement simple, car on s’y perd facilement dans cet embrouillamini d’une théorie entre idéalisme et matérialisme.

Tout devient très simple si l’on comprend la logique suivante : l’idéalisme nie la réalité au profit de l’esprit. L’empiriocriticisme ne le fait pas : il reconnaît les sens, mais il ne leur accorde qu’une valeur partielle. Il est empirique - il se fonde sur l’expérience - mais il n’est que critique, il n’en fait pas une suite.

Il croit tout de même à l’indépendance de l’esprit, et sa théorie consiste en un va-et-vient entre esprit et matière, le rythme de ce va-et-vient étant prétexte à de multiples variantes, que Lénine réunifie cependant en n’étant pas du tout dupe de la pseudo-importance de ces prétendues nuances.

« Si les sensations sont appelées des « éléments » donnant le physique dans une connexion et le psychique dans une autre, le point de départ fondamental de l’empiriocriticisme, on l’a vu, ne s’en trouve qu’obscurci, au lieu d’être écarté. Avenarius et Mach admettent que les sensations sont la source de nos connaissances.

Ils se placent donc au point de vue de l’empirisme (tout savoir dérive de l’expérience) ou du sensualisme (tout savoir dérive des sensations).

Or, cette conception, loin d’effacer la différence entre les courants philosophiques fondamentaux, idéalisme et matérialisme, y conduit au contraire, quelle que soit la « nouvelle » parure verbale (« éléments ») dont on la revêt. Le solipsiste, c’est-à-dire l’idéaliste subjectif, peut, tout aussi bien que le matérialiste, voir dans les sensations la source de nos connaissances. Berkeley et Diderot relèvent tous deux de Locke.

Le premier principe de la théorie de la connaissance est, sans aucun doute, que les sensations sont la seule source de nos connaissances. Ce premier principe admis, Mach obscurcit le second principe important : celui de la réalité objective, donnée à l’homme dans ses sensations ou constituant la source des sensations humaines.

A partir des sensations, on peut s’orienter vers le subjectivisme qui mène au solipsisme (« les corps sont des complexes ou des combinaisons de sensations. »), et l’on peut s’orienter vers l’objectivisme qui mène au matérialisme (les sensations sont les images des corps, du monde extérieur).

Du premier point de vue ‑ celui de l’agnosticisme ou, allant un peu plus loin, celui de l’idéalisme subjectif ‑ il ne saurait y avoir de vérité objective. Le second point de vue, c’est-à-dire celui du matérialisme, reconnaît essentiellement la vérité objective.

Cette vieille question philosophique des deux tendances, ou plutôt des deux conclusions autorisées par les principes de l’empirisme et du sensualisme, n’est ni résolue, ni écartée, ni dépassée par Mach : elle n’est qu’obscurcie sous une débauche verbale avec le mot « élément » et autres. La répudiation de la vérité objective par Bogdanov n’est pas une déviation de la doctrine de Mach ; elle en est la séquence inévitable (…).

Les disciples de Kant et de Hume (parmi ces derniers Mach et Avenarius, dans la mesure où ils ne sont pas de purs disciples de Berkeley) nous traitent, nous matérialistes, de « métaphysiciens », parce que nous admettons la réalité objective qui nous est donnée dans l’expérience, parce que nous admettons que nos sensations ont une source objective indépendante de l’homme.

Matérialistes, nous qualifions avec Engels les kantiens et les disciples de Hume d’agnostiques parce qu’ils nient la réalité objective en tant que source de nos sensations. Le mot agnostique vient du grec : a, préfixe négatif, et gnosis, connaissance.

L’agnostique dit : j’ignore s’il existe une réalité objective reflétée, représentée par nos sensations, et je déclare impossible de le savoir (voir plus haut ce qu’en dit Engels, exposant le point de vue de l’agnostique). D’où la négation de la vérité objective par l’agnostique et la tolérance petite‑bourgeoise, philistine, pusillanime envers la croyance aux loups‑garous, aux lutins, aux saints catholiques et à d’autres choses analogues. »

Lénine précise encore :

« Quelles sont les deux tendances philosophiques qu’Engels oppose ici l’une à l’autre ?

D’abord, celle qui considère que les sens nous fournissent une reproduction fidèle des choses, que nous connaissons ces choses mêmes, que le monde extérieur agit sur nos organes des sens. Tel est le matérialisme que l’agnostique répudie. Quel est donc le fond de sa tendance ?

C’est qu’il ne va pas au‑delà des sensations ; qu’il s’arrête en deçà des phénomènes, se refusant à voir quoi que ce soit de « certain » au‑delà des sensations. Nous ne pouvons rien savoir de certain de ces choses mêmes (c’est‑à‑dire choses en soi, des « objets en eux-mêmes », comme s’exprimaient les matérialistes contre lesquels s’élevait Berkeley), telle est la déclaration très précise de l’agnostique.

Ainsi, le matérialiste affirme, dans la discussion dont parle Engels, l’existence des choses en soi et la possibilité de les connaître. L’agnostique n’admettant même pas l’idée des choses en soi, affirme que nous ne pouvons en connaître rien de certain (…).

Engels fait ressortir en toute clarté que l’existence réelle est, pour le matérialiste, au‑delà des limites de la « perception des sens », des impressions et des représentations humaines, alors qu’il n’est pas possible, pour l’agnostique, de sortir des limites de ces perceptions (…).

Engels dit franchement et nettement que ce qui le sépare de l’agnostique, ce n’est pas seulement le doute de ce dernier sur l’exactitude des reproductions, mais aussi le doute agnostique sur la possibilité de parler des choses mêmes, sur la possibilité de connaître « authentiquement » leur existence. »