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Mao Zedong : La lutte de classe dans les monts Tsingkang − 1928

Mao Zedong
La lutte de classe dans les monts Tsingkang [1]
25 novembre 1928

LA CRÉATION D’UNE BASE RÉVOLUTIONNAIRE DANS LA RÉGION FRONTIÈRE DU HOUNAN ET DU KIANGSI ET LA DÉFAITE D’AOÛT

Actuellement, c’est seulement en Chine qu’on a vu apparaître, à l’intérieur d’un pays, une ou plusieurs petites régions où triomphe le pouvoir rouge, au milieu de l’encerclement du pouvoir blanc. D’après notre analyse, les scissions et les guerres incessantes qui déchirent les classes des compradores et des despotes locaux et mauvais hobereaux sont une des raisons de ce phénomène. Aussi longtemps que dureront ces scissions et ces guerres, les bases révolutionnaires créées par les forces armées des ouvriers et des paysans pourront subsister et se développer. Il y faudra, en outre, les conditions suivantes : 1) une bonne base de masse ; 2) une forte organisation du Parti ; 3) une Armée rouge suffisamment puissante ; 4) un terrain propice aux opérations militaires ; 5) des ressources économiques suffisantes.

Les bases révolutionnaires doivent adopter une stratégie différente à l’égard des forces des classes dominantes qui les entourent, selon qu’il s’agit d’une période de stabilisation temporaire du pouvoir de ces classes dominantes ou d’une période de rupture entre elles. Dans une période de rupture, comme, par exemple, pendant la guerre entre Li Tsong-jen et Tang Cheng-tche dans le Houpei et le Hounan [2] ou au cours de la guerre entre Tchang Fa-kouei et Li Tsi-chen dans le Kouangtong [3], nous pouvons fonder notre stratégie sur une progression plus hardie ; les bases révolutionnaires peuvent s’étendre par les moyens militaires sur un territoire relativement plus vaste.

Néanmoins, même au cours de cette période, nous devons prendre soin de poser dans les zones centrales des fondations solides sur lesquelles nous pourrons nous appuyer sans avoir rien à craindre lorsque sévira la terreur blanche. Par contre, quand le pouvoir des classes dominantes est relativement stable, comme cela s’est produit, par exemple, dans les provinces méridionales depuis avril, nous devons fonder notre stratégie sur une progression graduelle. Il nous faut alors éviter à tout prix, sur le plan militaire, de diviser nos forces pour une progression aventureuse ; et, sur le plan du travail local (distribution des terres, établissement des organes du pouvoir, extension des organisations du Parti et création de forces armées locales), ce qu’il faut surtout éviter, c’est de disperser notre personnel et de négliger la création de solides fondations dans les zones centrales. Les défaites subies par beaucoup de petites régions rouges sont dues soit à l’absence de conditions objectives, soit à des erreurs tactiques subjectives. Les erreurs tactiques n’ont été commises que parce que nous n’avons pas bien saisi la différence entre les deux périodes — celle de la stabilisation temporaire du pouvoir des classes dominantes et celle de la rupture entre ces classes. Au cours de la période de stabilisation temporaire du pouvoir des classes dominantes, certains camarades ont préconisé la division de nos forces pour une progression aventureuse, voire l’organisation de la défense de régions importantes par la seule Garde rouge, comme s’ils avaient ignoré complètement que l’adversaire pouvait, outre les milices de ferme, jeter contre nous des concentrations de ses troupes régulières. En ce qui concerne le travail local, ces camarades ont absolument négligé de jeter de solides fondations dans les zones centrales et, ne tenant aucun compte de nos possibilités réelles, ils n’ont en vue qu’une expansion démesurée. Ils ont collé l’étiquette de “conservateurs” à tous ceux qui préconisent, sur le plan militaire, la tactique de la progression graduelle et, sur le plan du travail local, la concentration de nos efforts pour jeter de solides fondations dans les zones centrales, afin de nous assurer une position invincible. Ces vues erronées sont la cause même de la défaite que nous avons subie en août dernier dans la région frontière du Hounan et du Kiangsi et de celle qu’a subie, à la même époque, le 4e corps de l’Armée rouge dans le Hounan du Sud.

Le travail dans la région frontière du Hounan et du Kiangsi a commencé en octobre de l’année dernière. Il ne restait plus alors aucune organisation du Parti dans les districts ; quant aux forces armées locales, seuls subsistaient les détachements de Yuan Wen-tsai et de Wang Tsouo, établis à proximité des monts Tsingkang et n’ayant chacun que 60 fusils, d’ailleurs en mauvais état ; dans quatre districts : Yongsin, Lienhoua, Tchaling et Linghsien, les despotes locaux et les mauvais hobereaux avaient raflé tout l’armement des détachements paysans d’autodéfense ; l’élan révolutionnaire des masses populaires avait été étouffé. Mais, en février de cette année, il existait déjà des comités dé district du Parti à Ningkang, Yongsin, Tchaling et Soueitchouan, un comité d’arrondissement spécial à Linghsien ; on s’était mis enfin à créer une organisation du Parti à Lienhoua, et le contact avait été établi avec le Comité du Parti pour Wanan. Dans tous les districts, à l’exception de Linghsien, on a vu apparaître de petits détachements armés locaux. Dans les districts de Ningkang, Tchaling, Soueitchouan et Yongsin, en particulier dans les deux derniers, des actions armées de partisans, qui visaient à renverser les despotes locaux et les mauvais hobereaux et à soulever les masses, ont été maintes fois entreprises, avec un certain succès. A cette époque, la révolution agraire n’avait pas encore été poussée très loin. Les organes du pouvoir ont pris le titre de Gouvernement des Ouvriers, des Paysans et des Soldats. Dans l’armée, on a organisé des comités de soldats [4]. Lorsque les détachements devaient agir isolément, on a créé pour les diriger des comités d’action. L’organe supérieur de direction, dans le Parti, était le Comité du Front (dont le secrétaire était Mao Zedong), nommé par le Comité du Parti pour le Hounan à l’époque de l’Insurrection de la Moisson d’Automne [5]. Dans la première décade du mois de mars, ce Comité du Front, à la demande du Comité spécial du Parti pour le Hounan du Sud, a été réorganisé en Comité de Division (dont le secrétaire était Ho Ting-ying), chargé uniquement de diriger les organisations du Parti dans l’armée, sans avoir le droit d’intervenir dans les affaires des organisations locales de celui-ci. Simultanément, à la demande du Comité spécial du Parti pour le Hounan du Sud, les troupes de Mao Zedong furent envoyées dans le Hounan du Sud, à la suite de quoi la région frontière fut occupée pendant plus d’un mois par l’adversaire. A la fin de mars, nos troupes furent défaites dans le Hounan du Sud et, en avril, les troupes de Chu Teh et de Mao Zedong, de même que les détachements paysans du Hounan du Sud, revinrent dans le district de Ningkang et s’employèrent à reconstituer la base révolutionnaire dans la région frontière du Hounan et du Kiangsi.

La création, à partir d’avril, de la base révolutionnaire dans la région frontière du Hounan et du Kiangsi a eu lieu dans une période de stabilisation temporaire du pouvoir des forces dominantes dans le Sud ; les troupes réactionnaires que celui-ci envoyait du Hounan et du Kiangsi, pour des opérations “d’anéantissement”, comptaient au moins 8 ou 9 régiments, et même jusqu’à 18. Cependant, nos forces armées, qui n’atteignaient pas même 4 régiments, ont lutté contre l’ennemi pendant quatre mois ; nous avons ainsi élargi de jour en jour le territoire de la base révolutionnaire, approfondi la révolution agraire, multiplié les organes du pouvoir populaire, augmenté les effectifs de l’Armée rouge et de la Garde rouge : tout cela a été le résultat de la juste politique appliquée par les organisations du Parti (locales et de l’armée) de la région frontière. La politique du Comité spécial du Parti pour la Région frontière (secrétaire : Mao Zedong) et du Comité du Parti pour l’Armée (secrétaire : Tchen Yi) était la suivante : Lutter avec résolution contre l’ennemi, créer les organes du pouvoir dans la partie centrale des monts Louosiao et lutter contre les paniquards ; approfondir la révolution agraire sur le territoire de la base révolutionnaire ; apporter au développement des organisations locales du Parti l’aide des organisations du Parti dans l’armée, apporter au développement des forces armées locales l’aide des troupes régulières ; adopter la défensive dans le Hounan où le pouvoir des forces dominantes est relativement fort et l’offensive dans le Kiangsi où leur pouvoir est relativement faible ; déployer de grands efforts pour développer notre travail dans le district de Yongsin, y créer une base révolutionnaire des masses et préparer les conditions pour une lutte prolongée ; concentrer les forces de l’Armée rouge pour porter, au moment opportun, des coups à l’ennemi qui se présente, lutter contre la division des forces, éviter que l’ennemi ne nous écrase unité par unité ; appliquer la tactique de la progression par vagues pour élargir notre base révolutionnaire, lutter contre la tactique de la progression aventureuse. Grâce à ces justes principes tactiques, au relief de la région qui présente des conditions favorables à la lutte, et par suite de l’absence d’une unité complète parmi les assaillants venus du Hounan et du Kiangsi, nous avons pu remporter en l’espace de quatre mois, d’avril à juillet, une série de victoires militaires et étendre notre base révolutionnaire du peuple. Bien que les forces ennemies fussent de plusieurs fois supérieures en nombre aux nôtres, elles n’ont pu ni détruire la base révolutionnaire, ni même l’empêcher de s’étendre ; et l’influence de cette base sur les provinces du Hounan et du Kiangsi tendait à grandir. Notre défaite d’août tient uniquement à ce que certains de nos camarades, n’ayant pas compris qu’une période de stabilisation temporaire était survenue dans le camp des classes dominantes, ont appliqué malencontreusement la tactique qui ne convient qu’aux périodes de scission politique au sein des classes dominantes et ont divisé leurs forces pour une progression aventureuse dans le Hounan du Sud ; cela a abouti à la défaite, tant dans la région frontière que dans le Hounan du Sud. Profitant de l’absence de Mao Zedong, de Wan Hsi-sien et d’autres camarades énergiquement opposés à leur point de vue et qui se trouvaient à cette époque à Yongsin, le représentant du Comité du Parti pour le Hounan, Tou Sieou-king, et le secrétaire du Comité spécial du Parti pour la Région frontière, Yang Kai-ming, nommé à ce poste par le Comité du Parti pour le Hounan, n’ont tenu aucun compte de la situation qui s’était alors créée ; et passant outre à la décision désapprouvant les vues du Comité du Parti pour le Hounan prise à la séance commune du Comité pour l’Armée, du Comité spécial et du Comité pour Yongsin, ils ont voulu s’en tenir à l’exécution littérale de l’ordre donné par le Comité du Parti pour le Hounan de se diriger vers le Hounan du Sud, et ils se sont rangés à l’avis des hommes du 29e régiment de l’Armée rouge (composé de paysans du district de Yitchang), qui voulaient éviter le combat et rentrer chez eux ; cela a abouti à une défaite tant dans la région frontière que dans le Hounan du Sud.

Déjà auparavant, dans la deuxième décade de juillet, le 8e corps des forces ennemies du Hounan, sous le commandement de Wou Chang, avait fait irruption dans le district de Ningkang, puis avait progressé dans le district de Yongsin ; mais n’étant pas parvenu à engager le combat (à cette époque nos troupes cherchèrent à attaquer l’ennemi par un chemin de traverse et le manquèrent) et redoutant les masses populaires qui nous soutenaient, il se replia précipitamment, via Lienhoua, sur Tchaling. Pendant ce temps, le détachement principal de l’Armée rouge, parti de Ningkang et passé à l’offensive contre les districts de Linghsien et de Tchaling, modifia son plan à Linghsien et se dirigea vers le Hounan du Sud, tandis que 5 régiments du 3e corps des forces ennemies du Kiangsi, sous le commandement de Wang Kiun et de Kin Han-ting, et 6 régiments du 6e corps, sous le commandement de Hou Wen-teou, lançaient conjointement une offensive sur Yongsin. Nous n’avions alors qu’un régiment à Yongsin ; couvert par les masses populaires et développant la guerre de partisans dans toutes les directions, ce régiment réussit, pendant vingt-cinq jours, à enfermer les 11 régiments ennemis dans un rayon de 30 lis, près du chef-lieu du district. C’est seulement à la suite de la poussée impétueuse de l’adversaire que Yongsin, puis Lienhoua et Ningkang sont tombés. A ce moment, des dissensions se sont fait jour subitement dans les rangs des troupes ennemies du Kiangsi ; le 6e corps de Hou Wen-teou se retira à la hâte et engagea le combat devant Tchangchou, avec le 3e corps de Wang Kiun. Les 5 régiments du Kiangsi qui restaient se replièrent également à la hâte dans Yongsin. Si notre détachement principal n’avait pas été envoyé dans le Hounan du Sud, nous aurions eu largement la possibilité de vaincre cet ennemi, d’étendre notre base révolutionnaire en y incluant les districts de Kian, d’Anfou et de Pinghsiang, et de relier ce territoire aux districts de Pingkiang et de Lieouyang. Mais notre détachement principal ne se trouvait pas à Yongsin et le seul régiment qui y avait été maintenu était exténué ; c’est pourquoi on décida de détacher une partie des troupes de ce régiment pour défendre les monts Tsingkang avec deux unités sous le commandement respectif de Yuan Wen-tsai et de Wang Tsouo ; quant à moi, je devais me diriger vers Koueitong, avec l’autre partie des troupes placée sous mes ordres, pour rencontrer notre détachement principal et l’escorter sur le chemin de retour. Or, à cette époque, notre détachement principal avait déjà quitté le Hounan du Sud pour se diriger vers Koueitong, et c’est là que nos troupes se rencontrèrent le 23 août.

A la mi-juillet, alors que le détachement principal de l’Armée rouge venait d’arriver à Linghsien, les officiers et soldats du 29e régiment, qui se signalaient par leur instabilité politique et voulaient retourner chez eux dans le Hounan du Sud, refusèrent d’obéir ; le 28e régiment s’opposa au mouvement vers le Hounan du Sud, et chercha à gagner le Kiangsi du Sud, sans vouloir cependant revenir à Yongsin. Tou Sieou-king encouragea le 29e régiment à persister dans ses erreurs, et comme le Comité du Parti pour l’Armée fut impuissant à le dissuader de retourner dans le Hounan du Sud, le détachement principal de l’Armée rouge quitta Linghsien le 17 juillet pour se diriger vers Tchentcheou. Le 24 juillet, il livra une bataille aux troupes ennemies de Fan Che-cheng devant Tchentcheou. Le combat se déroula, au début, d’une manière favorable pour nos forces, mais elles furent finalement défaites et durent se retirer. A la suite de quoi, le 29e régiment se dirigea de son propre chef vers sa région d’origine, Yitchang ; il en résulta qu’une partie de ses effectifs fut anéantie à Lehtchang par la bande de Hou Feng-tchang et que l’autre se mit à errer à l’aventure dans les districts de Tchentcheou et de Yitchang ; on ne sait ce qu’elle est devenue depuis : ce jour-là, on ne réussit à regrouper qu’une centaine d’hommes à peine. Heureusement, le 28e régiment, qui constituait nos forces principales, n’eut pas à déplorer de grosses pertes et le 18 août il occupa Koueitong. Le 23 août, des unités venant des monts Tsingkang firent leur jonction avec ce régiment ; on décida de regagner les monts Tsingkang, via Tchongyi et Changyeou. A son arrivée à Tchongyi, un commandant de bataillon, Yuan Tchong-tsiuan, se mutina, entraînant dans sa fuite une compagnie d’infanterie et une batterie ; nous réussîmes néanmoins à rattraper ces deux unités, mais le commandant de régiment Wang Eul-tchouo fut tué. Le 30 août, des détachements ennemis du Hounan et du Kiangsi, profitant de ce que nos troupes n’avaient pas encore pu revenir, attaquèrent les monts Tsingkang. Notre garnison, à peine un bataillon, prenant avantage de la difficulté d’accès du lieu, résista à l’adversaire et le mit en déroute, préservant ainsi cette base.

La défaite d’août est due aux causes suivantes : 1) Les officiers et soldats d’une de nos unités avaient perdu leur capacité combative par suite de leur instabilité et de leur désir de rentrer chez eux ; dans une autre unité, les officiers et les soldats ne voulaient pas aller dans le Hounan du Sud et se sont montrés peu actifs. 2) Nos soldats ont été épuisés par une longue marche effectuée au plus fort de l’été. 3) Nos troupes, qui s’étaient aventurées à des centaines de lis de Ling-hsien et qui avaient perdu le contact avec la région frontière se sont trouvées isolées. 4) Les masses populaires ne s’étant pas soulevées dans le Hounan du Sud, notre action était devenue une pure aventure militaire. 5) On était mal renseigné sur la situation de l’adversaire. 6) Le travail préparatoire avait été mal exécuté et les officiers et soldats n’avaient pas bien compris le sens de cette opération.

LA SITUATION ACTUELLE DE LA BASE RÉVOLUTIONNAIRE

Depuis avril dernier, les régions rouges se sont progressivement étendues. Lorsque le 23 juin, près de Longyuankeou (à la limite des districts de Yongsin et de Ningkang), nous eûmes défait les forces ennemies du Kiangsi, et cela pour la quatrième fois, notre région frontière entra dans une période de plein essor ; elle englobait alors trois districts entiers, Ningkang, Yongsin et Lienhoua, une petite partie des districts de Kian et d’Anfou, le nord du district de Soueitchouan et le sud-est du district de Linghsien. La distribution des terres était déjà faite dans la plus grande partie des régions rouges et on l’effectua dans la partie restante. On créa partout des organes du pouvoir à l’échelon de l’arrondissement et du canton. A Ningkang, Yongsin, Lienhoua et Soueitchouan, il existait des organes du pouvoir à l’échelon du district, et l’on forma un gouvernement de la région frontière. Partout, dans les cantons et les villages, on créa des détachements insurrectionnels ouvriers et paysans, et dans les arrondissements et districts, des détachements de la Garde rouge. En juillet, les forces ennemies du Kiangsi ont commencé leur offensive et en août les forces conjointes du Hounan et du Kiangsi ont attaqué les monts Tsingkang ; les chefs-lieux et les plaines de tous les districts de la région frontière ont été complètement occupés par l’ennemi. Les corps de sécurité publique et les milices de ferme, qui servaient d’auxiliaires à l’ennemi, ont sévi sans la moindre retenue ; la terreur blanche régnait dans les villes et les campagnes. Les organisations du Parti et les organes du pouvoir ont été pour la plupart détruits. Les paysans riches ainsi que les éléments arrivistes qui s’étaient insinués dans le Parti sont passés à l’ennemi les uns après les autres. C’est seulement après la bataille du 30 août dans les monts Tsingkang que les troupes ennemies du Hounan ont commencé à se replier sur Linghsien, mais les troupes du Kiangsi continuèrent de tenir les chefs-lieux de district et la plupart des villages. Néanmoins, l’adversaire n’a jamais pu réussir à s’emparer des régions montagneuses, comprenant les régions du nord et de l’ouest de Ningkang, celles de Tienlong, de Siaosikiang et de Wannienchan, situées respectivement dans le nord, l’ouest et le sud de Yongsin, celle de Changsi dans le district de Lienhoua, celle des monts Tsingkang dans le district de Soueitchouan, et celles de Tsingchekang et de Tayuan dans le district de Linghsien. En juillet et août, un seul régiment de l’Armée rouge, opérant conjointement avec les détachements de la Garde rouge des districts, a livré plusieurs dizaines de combats à l’adversaire et s’est finalement replié dans les montagnes en n’abandonnant que 30 fusils.

Alors que nos forces revenaient dans les monts Tsingkang par les districts de Tchongyi et de Changyeou, la 7e division indépendante de Lieou Che-yi, qui se trouvait dans le Kiangsi du Sud, nous a poursuivis jusqu’à Soueitchouan. Le 13 septembre, nos troupes ont défait Lieou Che-yi, capturé plusieurs centaines de fusils et occupé Soueitchouan. Le 26 septembre, elles sont revenues dans les monts Tsingkang. Le 1er octobre, nous avons vaincu à Ningkang la brigade de Tcheou Houen-yuan, appartenant aux troupes de Hsiong Che-houei, et reconquis tout le district de Ningkang. A ce moment, 126 hommes du détachement de Yen Tchong-jou, appartenant aux forces ennemies du Hounan et cantonné dans le district de Koueitong, sont passés de notre côté ; nous en avons formé un bataillon spécial placé sous le commandement de Pi Tchan-yun. Le 9 novembre, à Ningkang et à Longyuankeou, nos troupes ont mis en déroute un régiment de la brigade de Tcheou Houen-yuan. Le lendemain, nous avons occupé Yongsin, puis nous nous sommes repliés à nouveau sur Ningkang. Actuellement, notre région constitue un territoire d’un seul tenant s’étendant en une mince bande du sud au nord, des pentes méridionales des monts Tsingkang, dans le district de Soueitchouan, jusqu’à la limite du district de Lienhoua, et comprenant tout le district de Ningkang et une partie des districts de Soueitchouan, de Linghsien et de Yongsin. Sont également dans nos mains la région de Changsi (district de Lienhoua) et les régions de Tienlong et de Wannienchan (district de Yongsin), ces dernières se trouvant, il est vrai, insuffisamment reliées au territoire principal. L’adversaire cherche à anéantir notre base d’appui par l’offensive militaire et le blocus économique. Quant à nous, nous nous apprêtons à briser son offensive.

LE PROBLÈME MILITAIRE

La lutte dans la région frontière a pris un caractère purement militaire, si bien que le Parti et les masses ont dû se mettre sur le pied de guerre. Comment affronter l’ennemi, comment se battre, est devenu le problème central de notre vie quotidienne. La création et le maintien d’une base révolutionnaire exigent des forces armées. Là où les forces armées font défaut ou quand elles sont en nombre insuffisant, là où l’on applique une tactique erronée à l’égard de l’adversaire, celui-ci s’empare immédiatement du terrain. Cette lutte gagne en âpreté de jour en jour et nous avons à résoudre des problèmes d’une complexité et d’une gravité extrêmes. L’Armée rouge de la région frontière s’est constituée avec : 1) les anciens détachements de Yé Ting et de Ho Long, venus de Tchaotcheou et de Swatow [6] ; 2) l’ancien régiment de la Garde du Gouvernement national de Woutchang [7] ; 3) des paysans des districts de Pingkiang et de Lieouyang [8] ; 4) des paysans du Hounan du Sud [9] et des ouvriers du Choueikeouchan [10] ; 5) des soldats prisonniers ayant appartenu aux unités de Hsiu Keh-siang, Tang Cheng-tche, Pai Tchong-hsi, Tchou Pei-teh, Wou Chang, Hsiong Che-houei ; 6) des paysans provenant des différents districts de la région frontière. Mais, après plus d’un an de combat, il n’est resté des anciens détachements de Yé Ting et de Ho Long, du régiment de la Garde et des détachements paysans des districts de Pingkiang et de Lieouyang qu’un tiers des effectifs initiaux. Les pertes en tués et en blessés sont grandes aussi parmi les paysans venus du Hounan du Sud. C’est pourquoi, bien que les quatre premières catégories continuent de former l’ossature du 4e corps de l’Armée rouge, elles le cèdent de beaucoup en nombre aux deux dernières catégories, dont la plus nombreuse est celle des anciens soldats ennemis faits prisonniers ; si nous n’avions pas pu compléter ainsi nos forces, le problème des effectifs se serait posé pour nous avec une extrême acuité. Néanmoins, entre l’accroissement du nombre des soldats et l’augmentation du nombre des fusils, il y a disproportion ; en effet, les pertes en fusils sont relativement rares alors que nos effectifs diminuent très rapidement : nous pouvons avoir des tués, des blessés, des malades et des déserteurs. Nous espérons vivement que le Comité du Parti pour le Hounan nous enverra des ouvriers d’Anyuan [11], comme il nous l’a promis.

L’Armée rouge se compose en partie d’ouvriers et de paysans, en partie d’éléments du Lumpenproletariat. Bien entendu, la présence d’un trop grand nombre d’éléments du Lumpenproletariat dans l’Armée rouge n’est pas un facteur favorable. Néanmoins, ces gens savent se battre et comme nous avons à faire face à des combats quotidiens, à de lourdes pertes en tués et en blessés, c’est déjà quelque chose si nous pouvons combler nos pertes à l’aide de ces éléments. La seule issue à une telle situation, c’est d’intensifier l’instruction politique.

La plupart des soldats nous sont venus d’armées de mercenaires, mais dès leur arrivée dans l’Armée rouge, ils se sont transformés. Avant tout, le système mercenaire ayant été banni de l’Armée rouge, nos soldats ont conscience qu’ils ne se battent pas pour d’autres, mais pour eux-mêmes, pour le peuple. Il n’existe pas, jusqu’à présent, dans l’Armée rouge, de paiement régulier de solde ; on ne donne qu’une ration de riz, un peu d’argent pour le ravitaillement quotidien et les menues dépenses. Parmi les officiers et soldats de l’Armée rouge, tous ceux qui sont originaires de la région frontière reçoivent chacun un lot de terre ; mais il est assez difficile d’en attribuer aux autres.

Grâce au travail d’éducation politique qui a été accompli, les soldats de l’Armée rouge ont tous la conscience de classe ; ils ont acquis des notions générales notamment sur la distribution des terres, l’instauration du pouvoir, l’armement des ouvriers et des paysans ; ils savent qu’ils se battent pour eux-mêmes, pour la classe ouvrière et la paysannerie ; c’est pourquoi, malgré l’âpreté de la lutte, ils ne se plaignent pas. Chaque compagnie, bataillon ou régiment a son comité de soldats qui représente les intérêts de nos hommes de troupe et exécute le travail politique et le travail de masse.

L’expérience a montré qu’on ne peut abolir le système des délégués du Parti [12]. Le délégué du Parti joue un rôle particulièrement important à l’échelon de la compagnie, puisque la cellule du Parti est organisée sur la base de la compagnie. Il doit veiller à ce que le comité de soldats entreprenne le travail d’instruction politique, diriger le travail de masse et, en même temps, assumer les fonctions de secrétaire de cellule. Les faits ont montré que les compagnies les plus saines sont celles où les délégués du Parti sont les meilleurs ; or, le commandant de la compagnie pourrait difficilement jouer un rôle politique aussi important. Comme les pertes parmi les cadres des échelons inférieurs sont très lourdes, il nous faut souvent nommer à la tête des sections et des compagnies d’anciens soldats de l’ennemi, récemment faits prisonniers. Parmi les prisonniers capturés en février ou mars dernier, il y en a qui commandent déjà des bataillons. A première vue, il semble que, puisque nous nous appelons Armée rouge, nous pourrions nous passer de délégués du Parti. Mais en réalité ce n’est pas du tout le cas. Quand il se trouvait dans le Hounan du Sud, le 28e régiment a supprimé une fois le système des délégués du Parti, mais il l’a rétabli par la suite. Rebaptiser instructeurs les délégués, ce serait risquer de faire confondre nos instructeurs avec ceux du Kuomintang, que les soldats prisonniers détestent. D’ailleurs, ce n’est pas le changement de nom qui modifie l’essence même du système. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas les débaptiser. Les pertes en tués et en blessés parmi les délégués du Parti sont très lourdes ; aussi, à côté des cours de formation que nous allons créer nous-mêmes, nous attendons du Comité central et des comités du Parti des deux provinces qu’ils nous envoient au moins trente camarades capables de remplir les fonctions de délégués du Parti.

D’ordinaire, un soldat ne peut se battre qu’après six mois ou un an d’instruction ; mais nos soldats, recrutés hier, doivent se battre aujourd’hui — c’est-à-dire littéralement sans la moindre préparation. Connaissant très mal la technique militaire, ils ne peuvent compter que sur la bravoure. Comme il n’est pas possible d’obtenir un répit prolongé pour organiser l’instruction des troupes, il ne nous reste qu’à voir s’il y a moyen d’éviter certains combats afin de gagner le temps nécessaire à cette instruction. Pour préparer les officiers subalternes, nous avons créé un peloton d’instruction de 150 hommes ; nous avons l’intention de poursuivre, à l’avenir, l’instruction de cette manière. Nous attendons du Comité central et des comités du Parti des deux provinces qu’ils nous envoient un plus grand nombre d’officiers ayant rang de commandants de section, de compagnie et d’unités plus importantes.

Le Comité du Parti pour le Hounan demande que nous nous préoccupions de la vie matérielle des soldats, et ajoute que leurs conditions de vie doivent être au moins un peu meilleures que celles des ouvriers et des paysans en général. Toutefois, c’est actuellement le contraire qui se produit : outre la ration de riz, chaque homme reçoit par jour en tout et pour tout 5 cents pour le ravitaillement quotidien, et encore est-il difficile de maintenir ce niveau de vie. Rien que pour le ravitaillement quotidien, il nous faut au total plus de 10.000 yuans par mois, et cette somme, nous la prélevons uniquement sur les despotes locaux [13]. Nous avons maintenant de l’ouate pour les vêtements d’hiver de nos 5.000 hommes de troupe, mais nous manquons toujours de toile. Par le froid qu’il fait, nombre de soldats continuent de porter deux vêtements d’été, l’un par-dessus l’autre. Heureusement, nous sommes habitués aux difficultés et en outre tout le monde supporte les mêmes privations : chacun, du commandant de corps d’armée au cuistot, en dehors de sa ration de riz, reçoit tout juste 5 cents par jour. Si l’on donne 20 cents pour les petites dépenses, chacun reçoit 20 cents ; si l’on en donne 40, chacun en reçoit 40 [14]. C’est pourquoi les soldats ne murmurent contre personne.

A l’issue de chaque combat, nous avons des blessés. Par suite de la sous-alimentation, du froid, et pour d’autres raisons encore, nombre de nos officiers et soldats tombent malades. Les hôpitaux de l’Armée rouge sont installés dans les montagnes ; on y soigne selon les règles des médecines chinoise et occidentale, mais on manque de médecins et de médicaments. Actuellement, il y a plus de 800 malades dans ces hôpitaux. Le Comité du Parti pour le Hounan nous a promis de nous envoyer des médicaments, mais nous n’avons encore rien reçu. Nous demandons à nouveau au Comité central et aux comités des deux provinces de nous envoyer quelques médecins pratiquant la médecine occidentale et une certaine quantité d’iode.

Malgré les dures conditions matérielles et les combats incessants, l’Armée rouge tient bon, comme par le passé ; cela ne s’explique pas seulement par le rôle dirigeant du Parti, mais également par la réalisation, dans l’armée, des principes démocratiques. Les officiers ne frappent pas les soldats ; officiers et soldats jouissent de conditions de traitement égales ; les soldats peuvent se réunir et s’exprimer librement ; les formalités et cérémonies inutiles sont supprimées ; l’administration financière se fait au vu et au su de tout le monde. Les soldats s’occupent eux-mêmes de l’ordinaire et ils s’ingénient même à économiser un peu d’argent sur les 5 cents qu’on leur remet chaque jour pour le ravitaillement quotidien ; cette “économie sur la popote” est en moyenne de 60 à 70 wen par homme et par jour. Tout cela plaît aux soldats, surtout aux nouveaux venus, à ces anciens prisonniers qui voient que l’armée du Kuomintang et nos troupes sont deux mondes différents. Ils trouvent certes que les conditions matérielles sont pires dans l’Armée rouge que dans l’armée blanche, mais chez nous ils se sentent libérés moralement. L’application des principes démocratiques a pour résultat que le soldat qui hier, chez l’adversaire, ne manifestait aucune bravoure combat aujourd’hui, dans nos rangs, avec vaillance. L’Armée rouge est un véritable creuset où les prisonniers se trouvent refondus dès leur arrivée. En Chine, la démocratie n’est pas seulement nécessaire au peuple ; elle l’est aussi à l’armée. Le régime démocratique dans l’armée constitue une arme importante pour détruire l’armée mercenaire des féodaux [15].

L’organisation du Parti comprend actuellement quatre échelons : la cellule de compagnie, le comité de bataillon, le comité de régiment et le comité de corps d’armée. Il y a une cellule par compagnie et un groupe par escouade. Si l’Armée rouge a pu combattre dans de si dures conditions sans se disloquer, une des raisons importantes en est que “la cellule du Parti est organisée sur la base de la compagnie”. Il y a deux ans, quand nous étions dans l’armée du Kuomintang, nos organisations n’avaient aucune influence directe sur les soldats ; même dans les unités de Yé Ting [16], il n’y avait qu’une cellule par régiment ; c’est pourquoi nous n’avons pu résister aux épreuves sérieuses. Actuellement, le rapport numérique entre les membres du Parti et les non-communistes, dans l’Armée rouge, est de 1 à 3, c’est-à-dire que, sur 4 hommes, il y a un membre du Parti. Nous avons décidé récemment d’augmenter parmi les soldats combattants le nombre des membres du Parti, de sorte que ceux-ci soient à égalité avec les non-communistes [17]. Nous manquons actuellement de bons secrétaires de cellules de compagnie et nous demandons au Comité central de nous envoyer, pour remplir cette fonction, un certain nombre d’éléments actifs choisis parmi ceux qui ne peuvent plus rester dans les régions où ils travaillent actuellement. Presque tous les cadres qui nous sont arrivés du Hounan du Sud effectuent un travail de Parti dans l’armée ; mais comme un certain nombre d’entre eux se sont dispersés, en août, pendant la retraite dans le Hounan du Sud, nous n’avons actuellement personne qui soit disponible.

Nos forces armées locales se composent de détachements de la Garde rouge et de détachements insurrectionnels ouvriers et paysans. Ces derniers sont armés de piques et de fusils de chasse. Du point de vue de l’organisation, l’unité est le canton ; chaque canton a son détachement, dont les effectifs dépendent de l’importance du canton. La tâche de ces détachements consiste à réprimer la contre-révolution, à protéger les organes du pouvoir dans le canton, et, au cas où l’ennemi se présente, à aider les unités de l’Armée rouge ou les détachements de la Garde rouge dans leur combat. Créés pour la première fois à Yongsin, les détachements insurrectionnels étaient alors clandestins, puis ils ont pris un caractère public après la prise du pouvoir dans tout le district. Cette organisation a été étendue aux différents districts de la région frontière, sous la même dénomination. Les détachements de la Garde rouge sont armés principalement de fusils à cinq coups, voire à neuf, mais quelquefois aussi à un coup. Le nombre des fusils pour différents districts est le suivant : Ningkang, 140 ; Yongsin, 220 ; Lienhoua, 43 ; Tchaling, 50 ; Linghsien, 90 ; Soueitchouan, 130 ; Wanan, 10 ; soit en tout 683. La plus grande partie de ces fusils provient de l’Armée rouge, le reste a été pris à l’ennemi. Les détachements de la Garde rouge des districts qui sont, pour la plupart, constamment en lutte contre les corps de sécurité publique et les milices de ferme, ont une capacité combative sans cesse accrue. Avant l’Incident du 21 Mai [18], des détachements paysans d’auto-défense existaient dans tous les districts. Ils comptaient à Yeouhsien 300 fusils ; à Tchaling, 300 ; à Linghsien, 60 ; à Soueitchouan, 50 ; à Yongsin, 80 ; à Lienhoua, 60 ; à Ningkang (détachement de Yuan Wen-tsai), 60 ; aux monts Tsingkang (détachement de Wang Tsouo), 60 ; soit en tout 970. Après l’Incident du 21 Mai, à part les fusils conservés intacts dans les détachements de Yuan Wen-tsai et de Wang Tsouo, il en est resté seulement 6 dans le district de Soueitchouan et un dans celui de Lienhoua, les autres ont été tous raflés par les despotes locaux et les mauvais hobereaux. Cette incapacité des détachements paysans d’autodéfense à conserver leurs armes provient de la ligne opportuniste qu’on avait suivie. Actuellement, les détachements de la Garde rouge dans les districts ont beaucoup trop peu de fusils ; ils en ont moins que les despotes locaux et les mauvais hobereaux, et c’est pourquoi l’Armée rouge doit continuer à leur fournir des armes. Elle doit faire tout ce qu’elle peut, sans toutefois affecter sa propre capacité de combat, pour aider la population à s’armer. Selon le système que nous avons adopté, chaque bataillon de l’Armée rouge se compose de quatre compagnies ayant chacune 75 fusils ; en incluant la compagnie spéciale, la compagnie de mitrailleuses et celle de mortiers, l’état-major de régiment et les trois états-majors de bataillon, on arrive à un total de 1.075 fusils par régiment. Les fusils pris à l’ennemi au cours des combats servent, dans la mesure du possible, à l’armement des forces locales. Les officiers commandants de la Garde rouge sont choisis parmi les hommes que les districts ont envoyés dans le peloton d’instruction créé par l’Armée rouge et qui y ont accompli leur stage de préparation. L’envoi par l’Armée rouge d’hommes originaires de régions éloignées pour commander les détachements locaux devrait être graduellement réduit. Tchou Pei-teh, de son côté, est en train d’armer ses corps de sécurité publique et les milices de ferme ; par l’importance de leurs effectifs et leur capacité de combat, les détachements des despotes locaux et des mauvais hobereaux dans les districts de la région frontière constituent une force non négligeable. C’est une raison de plus pour accroître les forces locales rouges sans le moindre délai.

Le principe de l’Armée rouge est la concentration des forces, et celui de la Garde rouge, la dispersion des forces. Dans la période actuelle de stabilisation temporaire du pouvoir de la réaction, au moment où l’adversaire est à même de réunir d’importantes forces pour les lancer contre l’Armée rouge, la dispersion ne serait pas avantageuse pour celle-ci. L’expérience montre que la dispersion des forces nous a presque toujours conduits à la défaite, alors que la concentration des forces contre un adversaire inférieur, égal ou légèrement supérieur a le plus souvent abouti à la victoire. La région où le Comité central nous a chargés de développer les opérations de partisans s’étend sur plusieurs milliers de lis et est visiblement trop grande pour nous ; nous pensons que cette directive du Comité central s’explique par une surestimation de nos forces. Quant aux détachements de la Garde rouge, il leur est plus avantageux de disperser leurs forces ; actuellement, c’est cette méthode qui est appliquée dans tous les districts.

Le moyen le plus efficace de propagande auprès des troupes ennemies est de libérer les prisonniers et de soigner les blessés. Dès que nous faisons prisonniers des soldats ou des commandants de bataillon, de compagnie ou de section de l’ennemi, nous commençons un travail de propagande parmi eux. Nous les divisons en deux groupes : nous rangeons dans l’un ceux qui veulent rester, dans l’autre, ceux qui veulent s’en aller ; nous laissons partir ces derniers en leur donnant de l’argent pour la route. Ceci détruit immédiatement la propagande mensongère de l’ennemi, qui prétend que “les bandits communistes tuent tout le monde sans faire de distinction”. Contre cette mesure de notre part, la Revue décadaire de la Neuvième Division de Yang Tche-cheng se met à crier : “Quelle perfidie !” Les hommes de l’Armée rouge entourent les prisonniers de beaucoup de sollicitude et accompagnent leur départ de vœux chaleureux ; au cours de ces “adieux aux nouveaux frères”, les prisonniers qui s’en vont prennent la parole pour nous assurer de leur plus vive reconnaissance. Les soins apportés aux soldats ennemis blessés constituent également un moyen très efficace. Les adversaires plus intelligents, dans le genre de Li Wen-pin, se sont récemment mis à nous imiter : ils ne tuent plus les prisonniers et soignent ceux qui sont blessés. Néanmoins, certains des nôtres, à la première occasion, sont revenus à nous, avec leurs armes. C’est ce qui est arrivé, par deux fois déjà. D’autre part, les moyens de propagande par l’écriture, par exemple les affiches, sont également employés dans toute la mesure du possible. Dès que nous arrivons dans un endroit, les murs se couvrent de mots d’ordre. Mais nous manquons de dessinateurs, et nous demandons au Comité central et aux comités du Parti des deux provinces de nous en envoyer quelques-uns.

Pour ce qui est des bases militaires, la première est constituée par les monts Tsingkang, à la limite des quatre districts de Ningkang, Linghsien, Soueitchouan et Yongsin. De Maoping, district de Ningkang, sur le versant nord, à Houangao, district de Soueitchouan, sur le versant sud, la distance est de 90 lis ; de Nachan, district de Yongsin, sur le versant est, à Choueikeou, district de Linghsien, sur le versant ouest, elle est de 80 lis. Notre base a une circonférence de 550 lis qui, de Nachan, passe par Longyuankeou (district de Yongsin), Sintcheng, Maoping, Talong (district de Ningkang), Chetou, Choueikeou, Hsiatsouen (district de Linghsien), Yingpanhsiu, Taikiapou, Tafen, Toueitsetsien, Houangao, Wouteoukiang, Tchehao (district de Soueitchouan) pour revenir à Nachan. Dans les montagnes, à Tatsing, Siaotsing, Changtsing, Tchongtsing, Hsiatsing, Tseping, Hsiatchouang, Hsingtcheou, Tsaoping, Painihou, Louofou, il y a des rizières et des villages ; autrefois refuge des brigands et des débris des armées vaincues, cette région est devenue maintenant notre base d’appui. Mais la population compte moins de 2.000 habitants et les récoltes de céréales ne dépassent pas 10.000 piculs ; c’est pourquoi le ravitaillement en grain de notre armée dépend entièrement des fournitures en provenance des districts de Ningkang, Yongsin et Soueitchouan. Dans les montagnes, on a construit des fortifications aux points d’importance stratégique. Là se trouvent nos hôpitaux, nos ateliers de matériel de couchage et d’uniformes, nos services des magasins militaires, les services de l’arrière de nos régiments. Actuellement, on est en train d’amener des vivres du district de Ningkang dans les montagnes. Si notre ravitaillement en vivres est assuré d’une manière suffisante, l’ennemi ne pourra pénétrer dans cette base. Notre seconde base d’appui est constituée par les monts Kieoulong, à la limite des districts de Ningkang, Yongsin, Lienhoua et Tchaling. Cette base le cède à la première en importance, mais elle constitue la base la plus reculée des forces armées locales des quatre districts précités et on y a construit également des fortifications. Pour les bases rouges, entourées par les territoires blancs de toutes parts, il est indispensable de mettre à profit les difficultés d’accès qui caractérisent les régions montagneuses.

LE PROBLÈME AGRAIRE

La situation agraire dans la région frontière. D’une façon générale, plus de 60 pour cent des terres sont aux mains des propriétaires fonciers et moins de 40 pour cent aux mains des paysans. Dans le Kiangsi, c’est dans le district de Soueitchouan qu’on trouve la plus grande concentration de la propriété foncière : environ 80 pour cent des terres appartiennent aux propriétaires fonciers. Puis vient le district de Yongsin, où les propriétaires fonciers possèdent environ 70 pour cent des terres. Dans les districts de Wanan, Ningkang et Lienhoua, il y a un peu plus de paysans propriétaires, mais ce sont toujours les propriétaires fonciers qui détiennent la majeure partie des terres, soit environ 60 pour cent, alors que les paysans n’en ont que 40 pour cent. Dans le Hounan, environ 70 pour cent des terres de Tchaling et de Linghsien se trouvent aux mains des propriétaires fonciers.

Les couches intermédiaires. Etant donné la situation décrite plus haut, la confiscation et la redistribution de toutes les terres [19] peuvent obtenir l’appui d’une importante majorité de la population. Au point de vue des classes, la population des régions rurales se divise toutefois en trois catégories : les gros et moyens propriétaires fonciers, les couches intermédiaires — petits propriétaires fonciers et paysans riches, et enfin les paysans moyens et pauvres. Les intérêts des paysans riches se confondent souvent avec ceux des petits propriétaires fonciers. Leurs terres ne constituent qu’une petite partie de l’ensemble des terres, mais jointes à celles des petits propriétaires fonciers, elles finissent par constituer quelque chose d’assez important. La situation doit être à peu près la même dans tout le pays. La politique agraire que nous appliquons dans la région frontière est la confiscation totale et la redistribution intégrale des terres ; c’est pourquoi, dans les régions rouges, les couches intermédiaires se trouvent frappées en même temps que les despotes locaux et mauvais hobereaux. Telle est notre politique, mais son application pratique se heurte à de sérieux obstacles suscités par les couches intermédiaires. Dans la phase initiale de la révolution, celles-ci font mine de capituler devant les paysans pauvres, mais, en fait, elles utilisent leur ancienne position sociale et le régime patriarcal pour intimider les paysans pauvres et différer la redistribution des terres. Lorsqu’il n’est plus possible de reculer le délai, les petits propriétaires fonciers et les paysans riches ou bien cachent la superficie exacte de leurs propriétés ou bien gardent les terres fertiles pour eux et abandonnent les terres pauvres aux autres. Dans cette phase, les paysans pauvres, qui se trouvent sous l’influence d’une oppression séculaire et qui manquent de confiance dans la victoire de la révolution, cèdent souvent à l’argumentation des couches intermédiaires et n’osent pas intervenir énergiquement contre elles. Ils ne commencent à le faire que lorsque la révolution prend son essor, lorsque nous nous sommes emparés du pouvoir dans un ou même plusieurs districts, lorsque les troupes de la réaction ont subi plusieurs défaites successives et que l’Armée rouge a fait preuve plus d’une fois de sa puissance. C’est ainsi que dans la partie sud du district de Yongsin, où les couches intermédiaires sont les plus nombreuses, on a constaté les cas les plus graves de retard dans la redistribution des terres et de dissimulation de la superficie réelle des propriétés foncières. En fait, la redistribution des terres n’a commencé qu’après la grande victoire de l’Armée rouge à Longyuankeou, le 23 juin, lorsque les organes du pouvoir de l’arrondissement ont statué sur les cas des personnes qui avaient retardé cette redistribution. L’organisation patriarcale féodale est toutefois largement répandue dans chaque district ; souvent, tout un village, voire plusieurs, portent le même nom de famille. Aussi faut-il un temps assez long avant que le processus de différenciation de classe soit achevé, et l’esprit patriarcal vaincu dans les villages.

La défection des couches intermédiaires pendant la terreur blanche. Les couches intermédiaires, qui ont été l’objet d’attaques dans la période d’essor de la révolution, tournent casaque dès que s’abat la terreur blanche. Dans les districts de Yongsin et de Ningkang, ce sont justement les petits propriétaires fonciers et les paysans riches qui ont servi de guides aux troupes réactionnaires pour incendier les maisons des paysans révolutionnaires. Sur les instructions des réactionnaires, les petits propriétaires fonciers et les paysans riches ont incendié des maisons et arrêté des gens, faisant preuve d’une audace peu ordinaire. Lorsque l’Armée rouge revint dans la région de Ningkang, Sintcheng, Koutcheng, Longche, des milliers de paysans s’enfuirent jusqu’à Yongsin avec les réactionnaires, abusés qu’ils étaient par la propagande de ces derniers affirmant que le Parti communiste les massacrerait les uns après les autres. C’est seulement à la suite de notre travail de propagande sur les mots d’ordre : “Ne pas tuer les paysans transfuges” et “Bienvenue aux paysans transfuges qui rentrent pour faire la moisson” que peu à peu un certain nombre de paysans sont revenus.

Pendant la période de reflux de la révolution dans tout le pays, le problème le plus difficile que rencontrent les bases révolutionnaires, c’est de tenir en main les couches intermédiaires. La raison principale de leur trahison est la dureté excessive des coups que leur a infligés la révolution. Mais lorsque, dans tout le pays, la révolution est en plein essor, les paysans pauvres se sentent assez appuyés pour agir avec plus de courage, et les couches intermédiaires sont trop effrayées pour tenter des sorties hostiles. Quand la guerre entre Li Tsong-jen et Tang Cheng-tche a gagné le Hounan, les petits propriétaires fonciers du district de Tchaling ont proposé la paix aux paysans et certains leur ont même offert du porc à l’occasion du Nouvel An (bien qu’à cette époque l’Armée rouge eût déjà quitté Tchaling pour Soueitchouan). Mais tout cela cessa dès la fin de la guerre. Maintenant que les vagues de la contre-révolution déferlent dans tout le pays, on voit dans les régions blanches les couches intermédiaires, qui ont subi les coups de la révolution, se mettre presque entièrement sous la dépendance des despotes locaux et des mauvais hobereaux. Les paysans pauvres se trouvent isolés. C’est là un problème des plus sérieux [20].

La défection des couches intermédiaires sous le coup des privations matérielles. L’opposition entre les régions rouges et les régions blanches en fait deux pays ennemis. Par suite du blocus sévère établi par l’adversaire et de notre attitude erronée à l’égard de la petite bourgeoisie, le commerce entre les régions des deux sortes s’est trouvé presque entièrement interrompu ; les articles et produits de première nécessité, comme le sel, les tissus, les médicaments, sont devenus rares et chers, et les produits agricoles, comme le bois, le thé, les huiles comestibles, ne peuvent plus être expédiés dans les régions blanches, de sorte que l’argent a cessé d’arriver aux paysans, et tout cela influe sur l’ensemble de la population. Les paysans pauvres peuvent encore supporter de telles difficultés, mais les couches moyennes, quand elles n’en peuvent plus, capitulent devant les despotes locaux et les mauvais hobereaux. Si, en Chine, les scissions et les guerres cessent dans le camp des despotes locaux, des mauvais hobereaux et des seigneurs de guerre, si la révolution ne progresse pas dans tout le pays, les bases rouges de peu d’importance seront soumises à une pression économique extrêmement forte et leur existence prolongée deviendra problématique. Car les couches moyennes ne sont pas seules à ne pouvoir supporter pareille pression économique ; il arrivera peut-être un jour où même les ouvriers, les paysans pauvres et l’Armée rouge ne pourront plus la supporter. Dans les districts de Yongsin et de Ningkang, il n’y avait pas de sel, les tissus et les médicaments avaient complètement disparu ; quant au reste, n’en parlons pas. Actuellement, on peut trouver du sel en vente, mais il est extrêmement cher, et les tissus et les médicaments continuent à manquer. On n’a toujours pas le moyen d’envoyer à l’extérieur le bois, le thé et les huiles comestibles qu’on trouve en abondance à Ningkang, dans l’ouest de Yongsin et dans le nord de Soueitchouan (toutes ces régions font actuellement partie de notre base révolutionnaire) [21].

Les critères adoptés pour la distribution des terres. Lors de la distribution des terres, on prend comme unité le canton. Dans les régions très montagneuses, où il y a peu de terres arables, comme, par exemple, dans l’arrondissement de Siaokiang, district de Yongsin, trois ou quatre cantons sont pris comme une seule unité ; mais de tels cas sont extrêmement rares. Les terres sont réparties en parts égales entre tous les habitants du lieu — hommes et femmes, jeunes et vieux. Mais, actuellement, suivant les modalités établies par le Comité central, nous avons adopté le critère de la capacité de travail : ceux qui sont capables de travailler reçoivent deux fois plus de terre que ceux qui ne le sont pas [22].

La question des concessions aux paysans propriétaires. Cette question n’a pas encore été examinée en détail. Parmi les paysans propriétaires, les paysans riches présentent l’exigence suivante : au moment de la redistribution des terres, il faut prendre comme critère les forces productives, c’est-à-dire qu’il faudrait donner davantage de terre à ceux qui ont davantage de force de travail et de capital (instruments aratoires, etc.). Les paysans riches trouvent que la redistribution des terres par parts égales et celle qui tient compte de la capacité de travail leur sont toutes deux désavantageuses. Ils se disent prêts à fournir un plus grand effort qui, avec l’utilisation de leur capital, leur permettrait d’obtenir de meilleures récoltes. C’est pourquoi ils ne sont pas d’accord qu’on leur attribue la même part de terre qu’aux paysans en général, sans mettre à profit leur effort particulier et leur excédent de capital (laissés inemployés). Nous continuons ici à nous conformer aux modalités fixées par le Comité central. Néanmoins, la question demande encore à être examinée et un autre rapport vous sera adressé dès que nous aurons tiré des conclusions.

L’impôt foncier. L’impôt foncier perçu dans le district de Ningkang se monte à 20 pour cent de la récolte, ce qui dépasse de 5 pour cent le taux prévu par le Comité central. Il serait inopportun de le modifier maintenant que la perception est en train : le taux sera abaissé l’an prochain. En outre, la partie des districts de Soueitchouan, Linghsien et Yongsin qui appartient à notre base révolutionnaire forme une région montagneuse où les paysans vivent très durement, aussi convient-il de ne pas lever l’impôt foncier sur eux. Nous arrachons aux despotes locaux des régions blanches les sommes nécessaires pour couvrir les dépenses du gouvernement et de la Garde rouge. En ce qui concerne l’approvisionnement de l’Armée rouge, nous obtenons provisoirement le riz par l’impôt foncier levé dans le district de Ningkang ; pour l’argent, on fait payer également les despotes locaux. En octobre, au cours d’un raid de partisans dans le district de Soueitchouan, nous avons recueilli de cette manière plus de 10.000 yuans. Cet argent nous permettra de tenir un certain temps ; après on verra bien.

LA QUESTION DU POUVOIR POLITIQUE

Le pouvoir populaire a été établi partout à l’échelon du district, de l’arrondissement et du canton, mais son appellation ne correspond pas à ce qu’il est en réalité. Dans bien des endroits, il n’existe pas de conseils des délégués des ouvriers, des paysans et des soldats. Les comités exécutifs de canton, d’arrondissement et même de district sont élus dans des sortes de meetings de masse. Ces meetings, convoqués à la hâte, ne permettent pas d’examiner les questions et ne peuvent servir à l’éducation politique des masses. En outre, dans de tels meetings, les intellectuels et les arrivistes l’emportent aisément. Dans certains endroits, des conseils de délégués ont été convoqués, mais on ne les considère que comme des organes provisoires ayant pour fonction essentielle l’élection des comités exécutifs ; après les élections, tout le pouvoir se trouve concentré dans les mains des comités et l’on ne parle plus des conseils de délégués. On ne peut pas dire qu’il n’existe aucun conseil des délégués des ouvriers, des paysans et des soldats digne de ce nom ; on en trouve, mais en nombre infime. Cela s’explique par l’insuffisance de la propagande et du travail d’éducation concernant ce nouveau système politique. Les mauvaises traditions de l’époque féodale, avec ses méthodes dictatoriales, sont profondément enracinées dans la conscience des masses et même des simples membres du Parti, et on ne peut les extirper d’un seul coup ; les gens veulent résoudre les problèmes sans se faire du tracas, le système démocratique ne leur sourit guère avec toutes ses complications. Le centralisme démocratique ne prendra vraiment partout dans les organisations de masse que lorsqu’il aura fait la preuve de son efficacité dans la lutte révolutionnaire, et lorsque les masses auront compris qu’il est capable de mobiliser au mieux les forces du peuple et de leur donner la plus grande aide possible dans le combat. Nous élaborons actuellement, d’une manière détaillée, la loi organique des conseils de délégués à tous les échelons (conformément aux grandes lignes définies par le Comité central) et nous corrigeons méthodiquement les erreurs du passé. Dans l’Armée rouge, les conseils des délégués des soldats, à tous les échelons, sont en voie de devenir des organes fonctionnant régulièrement ; nous corrigeons notre ancienne erreur de n’avoir que des comités de soldats, et pas de conseils des délégués des soldats.

Ce que les masses populaires entendent en général par “Gouvernement des Ouvriers, des Paysans et des Soldats”, c’est le comité exécutif,car elles ignorent encore le pouvoir du conseil de délégués et considèrent que seul le comité représente le pouvoir réel. Les comités exécutifs, qui n’ont pas de conseils de délégués sur lesquels s’appuyer, résolvent souvent les questions sans tenir compte des opinions des masses ; partout on peut constater qu’ils sont indécis, et enclins au compromis dans les problèmes de confiscation et de distribution des terres, qu’ils gaspillent et détournent les fonds, et que, par peur des Blancs, ils n’osent les combattre ou ne le font qu’avec hésitation. En outre, les comités exécutifs se réunissent rarement en séance plénière, et c’est leur bureau qui décide et règle toutes les affaires. Dans les comités d’arrondissement et de canton, même le bureau ne se réunit que rarement, les affaires sont décidées et réglées directement par le président, le secrétaire, le trésorier ou le commandant du détachement de la Garde rouge (ou du détachement insurrectionnel), ces quatre hommes travaillant en permanence au comité. On voit ainsi que, même dans les organes gouvernementaux, le principe du centralisme démocratique n’est pas entré dans les habitudes.

Au début, les petits propriétaires fonciers et les paysans riches font tous leurs efforts pour entrer dans les comités gouvernementaux, surtout à l’échelon du canton. Ils arborent des brassards rouges, font les empressés, s’infiltrent par la ruse dans les comités gouvernementaux, prennent tout en main et réduisent les membres qui sont des paysans pauvres au rôle de simples figurants. On ne peut éliminer ces gens des comités que s’ils sont démasqués au cours de la lutte et que si les paysans pauvres se dressent contre eux. Bien que de tels cas ne se soient pas généralisés, on en a découvert dans de nombreux endroits.

Le Parti jouit d’une autorité considérable auprès des masses, mais celle des organes gouvernementaux est loin d’être suffisante. Cela provient du fait que les organes du Parti, voulant simplifier leur travail, règlent eux-mêmes un grand nombre d’affaires par-dessus la tête des organes du pouvoir. De tels cas sont très fréquents. Les groupes du Parti n’existent pas dans tous les organes du pouvoir, mais là où ils existent, on ne les utilise pas suffisamment. A l’avenir, le Parti doit jouer le rôle de dirigeant dans les organes du pouvoir ; la politique et les mesures adoptées par le Parti doivent, sauf dans le domaine de la propagande, se réaliser par l’intermédiaire des organes gouvernementaux. Il faut éviter la mauvaise pratique du Kuomintang qui dicte ses ordres directement au gouvernement.

LA QUESTION DE L’ORGANISATION DU PARTI

La lutte contre l’opportunisme. Dans la période qui précède et suit l’Incident du 21 Mai, les organisations du Parti dans les districts de la région frontière étaient, pour ainsi dire, entièrement aux mains des opportunistes. Lors de l’offensive de la contre-révolution, on a rarement lutté contre elle de manière résolue. En octobre de l’année dernière, lorsque l’Armée rouge (le 1er régiment de la 1re division du 1er corps de l’Armée révolutionnaire des Ouvriers et des Paysans) est arrivée dans les districts de la région frontière, il n’y avait plus dans ces districts que des membres isolés du Parti qui s’étaient cachés pour échapper aux poursuites, et les organisations du Parti avaient été complètement détruites par l’ennemi. De novembre à avril, on a procédé à leur reconstitution, et à partir de mai, elles ont connu un grand essor. Mais, depuis un an, on a vu partout se manifester l’opportunisme au sein du Parti : des membres qui manquaient de fermeté dans la lutte allaient, dès que l’ennemi approchait, se réfugier au loin dans les montagnes, appelant cela “se mettre en embuscade” ; d’autres, quoique actifs, se jetaient dans des entreprises inconsidérées. Tout cela n’était que des manifestations de l’idéologie petite-bourgeoise. Au fur et à mesure que la lutte a trempé les gens et grâce à l’éducation donnée par le Parti, on a vu diminuer les cas de ce genre. Ces manifestations de l’idéologie petite-bourgeoise ont également existé dans l’Armée rouge. Lorsque l’ennemi attaquait, on proposait soit d’engager une lutte à outrance, soit de prendre la fuite. Et souvent, ces deux idées émanaient de la même personne dans la discussion sur les opérations militaires à entreprendre. C’est seulement à la suite d’une lutte prolongée à l’intérieur du Parti et lorsqu’on eut tiré les leçons des faits objectifs — lorsque, par exemple, la lutte à outrance entraînait de lourdes pertes et que la fuite aboutissait à la défaite — qu’on a vu la situation s’améliorer progressivement.

Le régionalisme. L’économie de la région frontière est de type agricole et, dans certains endroits, elle se trouve encore au stade du mortier et du pilon (dans les régions montagneuses, on utilise généralement le pilon à main, en bois, pour le décorticage du riz ; dans les vallées, on utilise fréquemment le pilon à pied, en pierre). L’organisation sociale a partout pour unité de base le clan, groupant des familles qui portent le même nom. Dans les organisations du Parti à la campagne, il arrive souvent que les membres qui ont le même de famille soient groupés en une cellule, en raison de leur lieu d’habitation ; la réunion de cellule n’est alors tout simplement qu’un conseil de clan. Dans ces conditions, il est très difficile d’édifier un “parti bolchévik de combat”. Les gens ne comprennent pas bien que, pour le Parti communiste, il n’existe pas de frontières d’Etats ou de provinces ; ils ne comprennent pas bien non plus que, pour lui, il n’y a pas de limites de districts, d’arrondissements et de cantons. Le régionalisme affecte fortement les relations entre les districts et entre les arrondissements, voire même entre les cantons d’un même district. Pour éliminer le régionalisme, les arguments peuvent donner, tout au plus, quelques résultats limités, mais l’oppression des Blancs, qui ne se borne pas à une seule région, fait beaucoup. Par exemple, c’est seulement quand les “campagnes d’anéantissement conjointes” entreprises par la contre-révolution dans les deux provinces donneront au peuple le sens de l’intérêt commun dans la lutte qu’il sera possible d’éliminer progressivement le régionalisme. C’est grâce à beaucoup de leçons semblables que les manifestations de régionalisme tendent à diminuer.

Le problème de la population autochtone et des immigrants originaires d’autres régions. Dans les districts de la région frontière, il existe encore un problème particulier : c’est le fossé qui sépare la population autochtone de celle qui est originaire d’autres régions. Entre les anciens habitants du pays et ceux qui sont venus du Nord pour s’y établir, il y a quelques siècles, existe un profond fossé, et même une violente hostilité, dont les raisons sont historiques et qui dégénère parfois en une lutte acharnée. Ces immigrants d’autres régions, disséminés sur les frontières du Foukien et du Kouangtong, le long des limites du Hounan et du Kiangsi, jusque dans le sud du Houpei, sont au nombre de plusieurs millions. Refoulés dans les montagnes et opprimés par les autochtones qui occupent les plaines, ils sont depuis toujours privés de droits politiques. Ils avaient accueilli avec joie la révolution nationale des deux dernières années, car ils croyaient que des temps meilleurs allaient commencer pour eux. Mais la révolution a échoué et ils sont toujours opprimés par les autochtones. Dans notre région (districts de Ningkang, Soueitchouan, Linghsien et Tchaling), on se heurte toujours à ce problème des relations entre les autochtones et les habitants venus d’ailleurs ; la question se pose avec une acuité particulière dans le district de Ningkang. En 1926 et 1927, les éléments révolutionnaires de la population autochtone du district de Ningkang s’étaient joints aux éléments originaires d’autres régions et, sous la direction du Parti communiste, ils s’étaient unis pour renverser le pouvoir des despotes locaux et mauvais hobereaux originaires du pays et avaient pris le pouvoir dans tout le district. En juin de l’année dernière, le gouvernement du Kiangsi dirigé par Tchou Pei-teh se tourna contre la révolution et, en septembre, les despotes locaux et les mauvais hobereaux servirent de guides à l’armée de Tchou Pei-teh dans sa campagne “d’anéantissement” contre Ningkang et provoquèrent de nouveaux conflits entre les éléments autochtones et ceux venus d’ailleurs. Logiquement, le fossé entre autochtones et originaires d’autres régions ne devrait pas exister dans les rangs des classes exploitées, ouvrière et paysanne, et encore moins dans les rangs du Parti communiste. Mais, en réalité, sous l’effet de préjugés fort anciens, ce fossé subsiste toujours. C’est ainsi qu’en août, lors de notre défaite dans la région frontière, les despotes locaux et les mauvais hobereaux de la population autochtone sont revenus à Ningkang avec les troupes réactionnaires et se sont mis à répandre le bruit que les gens originaires d’autres régions allaient tuer les autochtones ; sur ce, la plupart des paysans autochtones ont tourné casaque, arborant des brassards blancs et guidant les troupes blanches pour incendier les maisons et effectuer des rafles dans les montagnes. Par contre, lorsqu’en octobre et en novembre l’Armée rouge a écrasé les Blancs, les paysans autochtones se sont enfuis avec les réactionnaires, et les paysans originaires d’autres régions se sont emparés des biens des paysans autochtones. Cette situation a eu son écho dans le Parti, où elle a souvent donné lieu à des conflits insensés. Nos mesures pour arriver à une solution consistent d’une part à populariser les mots d’ordre : “Ne pas tuerles paysans transfuges” et “Les paysans transfuges recevront de la terre comme les autres quand ils reviendront”, et cela afin de les aider à se soustraire à l’influence des despotes locaux et des mauvais hobereaux et à rentrer tranquillement chez eux ; elles consistent d’autre part à ordonner, par l’intermédiaire de nos gouvernements de district, aux paysans originaires d’autres régions de restituer à leurs anciens propriétaires les biens confisqués, et, également par leur intermédiaire, à afficher un avis déclarant que les paysans autochtones seront protégés. Au sein du Parti, notre travail d’éducation doit être renforcé pour assurer la cohésion entre les membres du Parti appartenant soit à l’un soit à l’autre des deux groupes.

La défection des arrivistes. Au moment de l’essor de la révolution (en juin), nombre d’arrivistes, profitant de ce que le recrutement des membres du Parti se faisait au grand jour, se sont introduits dans nos rangs : les effectifs du Parti dans la région frontière ont rapidement dépassé 10.000. Comme les responsables des cellules et des comités d’arrondissement étaient pour la plupart de nouveaux membres, il n’a pas été possible d’entreprendre au sein du Parti une bonne éducation politique. Vint la terreur blanche, les éléments arrivistes tournèrent casaque et livrèrent nos camarades aux réactionnaires, ce qui entraîna l’effondrement d’une grande partie des organisations du Parti dans les régions blanches. Après septembre, nous avons entrepris une épuration énergique du Parti, et la qualité de membre fut soumise à des conditions rigoureuses quant à l’appartenance de classe. Dans les districts de Yongsin et de Ningkang, les organisations du Parti ont toutes été dissoutes et une réinscription des adhérents a été entreprise. Le nombre des membres du Parti a considérablement diminué, mais la capacité combative de ses organisations s’est accrue. Dans le passé, toutes les organisations du Parti menaient leurs activités au grand jour, mais, après septembre, nous avons commencé à créer des organisations clandestines, capables d’agir même après l’arrivée des forces réactionnaires. En même temps, nous nous efforçons par tous les moyens de pénétrer dans les régions blanches, afin de pouvoir opérer dans le camp même de l’ennemi. Mais les conditions pour établir des organisations du Parti n’existent pas encore dans les villes voisines ; en premier lieu, parce que l’ennemi est relativement fort dans les villes, en second lieu, parce que, quand nos troupes s’étaient emparées de ces villes, elles avaient porté de trop fortes atteintes aux intérêts de la bourgeoisie, si bien que les membres du Parti ont du mal à y prendre pied. Nous corrigeons actuellement ces erreurs et nous nous efforçons de créer nos organisations dans les villes ; toutefois, nous n’avons obtenu jusqu’à présent que peu de résultats.

Les organes dirigeants du Parti. Le bureau de cellule a reçu le nom de comité de cellule. Au-dessus de la cellule, il y a le comité d’arrondissement, et, au-dessus de ce dernier, le comité de district. Là où des circonstances particulières l’exigent, on crée, comme maillon intermédiaire entre les comités d’arrondissement et de district, le comité d’arrondissement spécial ; c’est le cas, par exemple, pour les deux arrondissements spéciaux qui coiffent l’un le nord, l’autre le sud-est du district de Yongsin. Dans toute la région frontière, il y a cinq comités de district, à Ningkang, Yongsin, Lienhoua, Soueitchouan et Linghsien. Il y avait jadis un comité de district à Tchaling, mais comme le travail n’y avançait pas, la majeure partie des nombreuses organisations créées au cours de l’hiver et du printemps derniers ont été détruites par les Blancs, et, pendant les six derniers mois, le travail du comité s’est limité aux régions montagneuses, contiguës aux districts de Ningkang et de Yongsin ; c’est pourquoi le comité de district de Tchaling a été transformé en comité d’arrondissement spécial.Il faut passer par Tchaling pour atteindre les districts de Yeouhsien et d’Anjen ; nous y avons envoyé des gens, mais ceux-ci sont revenus sans succès. En ce qui concerne le comité de district de Wanan, avec lequel nous avions tenu une session commune à Soueitchouan, en janvier dernier, il s’est trouvé coupé de nous par les Blancs pendant plus de six mois ; nous n’avons réussi à reprendre le contact qu’une seule fois, en septembre, lorsque l’Armée rouge atteignit Wanan au cours d’actions de partisans. Quatre-vingts paysans d’esprit révolutionnaire ont quitté cette région avec nos détachements pour gagner les monts Tsingkang où ils ont constitué la Garde rouge de Wanan. Dans le district d’Anfou, il n’y a pas d’organisation du Parti. Le district de Kian est voisin de celui de Yongsin, mais le Comité du Parti pour Kian n’a pris contact avec nous qu’à deux reprises et ne nous a apporté aucune aide, ce qui nous étonne fort. Dans l’arrondissement de Chatien, district de Koueitong, la redistribution des terres a été faite en deux fois, en mars et en août, et l’on a créé des organisations du Parti qui se trouvent sous l’autorité du Comité spécial pour le Hounan du Sud avec Longhsicheeultong comme centre. Les comités de district sont sous l’autorité du Comité spécial de la Région frontière du Hounan-Kiangsi. Le 20 mai, dans le village de Maoping (district de Ningkang) s’est tenue la Première Conférence de l’Organisation du Parti de la Région frontière. Elle a élu le premier Comité spécial, composé de 23 membres, avec Mao Zedong comme secrétaire. En juillet, le Comité du Parti pour le Hounan a envoyé Yang Kai-ming, comme secrétaire par intérim. En septembre, Yang Kai-ming est tombé malade et cette fonction a été transférée à Tan Tchen-lin. En août, lorsque le détachement principal de l’Armée rouge s’est dirigé vers le Hounan du Sud et que les Blancs ont commencé à exercer une forte pression sur la région frontière, nous avons tenu une réunion extraordinaire à Yongsin. Lorsque l’Armée rouge est revenue à Ningkang, en octobre, la Deuxième Conférence de l’Organisation du Parti de la Région frontière a été convoquée à Maoping. Au cours de cette Conférence, qui s’est ouverte le 14 octobre et qui a duré trois jours, la résolution “Les Problèmes politiques et les tâches de l’Organisation du Parti de la Région frontière” [23] a été adoptée, ainsi que d’autres décisions. La Conférence a élu le deuxième Comité spécial, composé de 19 membres : Tan Tchen-lin, Chu Teh, Tchen Yi, Long Tchao-tsing, Tchou Tchang-kié, Lieou Tien-tsien, Yuan Pan-tchou, Tan Se-tsong, Tan Ping, Li Kiué-fei, Song Yi-yué, Yuan Wen-tsai, Wang Tsouo-nong, Tchen Tcheng-jen, Mao Zedong, Wan Hsi-sien, Wang Tsouo, Yang Kai-ming et Ho Ting-ying. Cinq membres ont été élus au Bureau permanent, avec, comme secrétaire, Tan Tchen-lin (ouvrier) et comme secrétaire adjoint, Tchen Tcheng-jen (intellectuel). Le 14 novembre s’est réunie la Sixième Conférence de l’Organisation du Parti pour le 4e Corps de l’Armée rouge, qui a élu le Comité d’Armée composé de 23 membres et un bureau permanent de 5 membres ayant à sa tête, comme secrétaire, Chu Teh. Le Comité spécial et le Comité d’Armée relèvent du Comité du Front. Celui-ci, remanié le 6 novembre, comprend 5 membres désignés par le Comité central : Mao Zedong, Chu Teh, le secrétaire de l’organisation locale du Parti (Tan Tchen-lin), un camarade ouvrier (Song Kiao-cheng), un camarade paysan (Mao Keh-wen), avec Mao Zedong comme secrétaire. Au sein du Comité du Front ont été créés, à titre provisoire, le secrétariat, la section de propagande, la section d’organisation, la commission pour le mouvement ouvrier et la commission militaire. Le Comité du Front dirige les organisations locales du Parti. La nécessité d’avoir un comité spécial du Parti subsiste, car il arrive parfois au Comité du Front de se déplacer avec les troupes. Nous avons conscience que la direction idéologique du prolétariat est d’une importance capitale. Les organisations du Parti dans les districts de la région frontière se composent presque entièrement de paysans, et sans la direction idéologique du prolétariat, elles peuvent s’engager dans une fausse voie. Outre qu’il faut porter une attention soutenue au mouvement ouvrier dans les chefs-lieux de district et les grandes agglomérations, nous devons augmenter le pourcentage des représentants des ouvriers dans les organes du pouvoir. Il est également indispensable d’augmenter le pourcentage des ouvriers et des paysans pauvres dans tous les organes dirigeants du Parti.

LE CARACTÈRE DE LA RÉVOLUTION

Nous sommes entièrement d’accord avec les décisions de l’Internationale communiste sur la Chine. Actuellement, la Chine n’en est encore, en effet, qu’à l’étape de la révolution démocratique bourgeoise.Le programme d’une révolution démocratique conséquente en Chine prévoit, en politique extérieure, le renversement de l’impérialisme et une libération nationale totale ; en politique intérieure, la liquidation de la bourgeoisie compradore dans les villes, l’achèvement de la révolution agraire, l’abolition des rapports féodaux à la campagne et le renversement du gouvernement des seigneurs de guerre. C’est seulement par l’intermédiaire de cette révolution démocratique qu’on pourra jeter une base réelle pour le passage au socialisme. Au cours des combats livrés en divers endroits depuis un an, nous avons ressenti profondément le reflux de la révolution dans tout le pays. Nous voyons, d’une part, le pouvoir rouge subsister sur quelques petits territoires et, d’autre part, l’ensemble du peuple encore privé des droits démocratiques fondamentaux : les ouvriers, les paysans et même les milieux démocratiques de la bourgeoisie n’ont pas la liberté de parole et de réunion ; quant à l’adhésion au Parti communiste, elle est considérée comme le plus grand crime. Quand l’Armée rouge arrive dans un endroit, elle trouve les masses dans une morne inaction ; c’est seulement après un travail de propagande qu’on voit la population commencer à agir. Quelles que soient les forces ennemies qui nous sont opposées, nous devons leur livrer un combat farouche ; il n’y a eu pour ainsi dire aucun exemple de mutinerie ni de désertion à notre profit au sein de l’armée ennemie. La situation est la même pour le 6e corps de l’adversaire, bien que ce soit celui qui ait recruté, après l’Incident du 21 Mai, le plus d’“émeutiers”. Nous ressentons très vivement notre isolement et nous espérons bien en sortir. Pour que la révolution entre dans une période d’essor impétueux à l’échelle nationale, il est nécessaire de déclencher une lutte politique et économique pour la démocratie, lutte à laquelle participera également la petite bourgeoisie des villes.

En ce qui concerne notre politique à l’égard de la petite bourgeoisie, nous l’avons relativement bien appliquée jusqu’en février dernier. En mars, nous avons vu arriver à Ningkang le représentant du Comité spécial du Parti pour le Hounan du Sud qui nous a critiqués pour avoir, prétendait-il, dévié à droite, pour avoir trop peu incendié et fait trop peu d’exécutions, et enfin pour n’avoir pas appliqué la politique de “prolétarisation des petits-bourgeois pour les contraindre à faire la révolution”. En vertu de quoi la direction du Comité du Front fut réorganisée et notre politique changea. En avril, lorsque toute l’armée est arrivée dans la région frontière, nous n’avons que peu incendié et peu exécuté, comme par le passé, mais nous avons procédé avec une extrême rigueur à la confiscation des biens des négociants moyens àla ville, et à la perception de contributions imposées aux petits propriétaires fonciers et aux paysans riches à la campagne. Le mot d’ordre du Comité spécial du Parti pour le Hounan du Sud : “Toutes les entreprises aux ouvriers” a reçu une très large diffusion. Cette politique ultra-gauchiste, frappant la petite bourgeoisie, en a rejeté la plus grande partie dans le camp des despotes locaux et des mauvais hobereaux. Cette fraction de la petite bourgeoisie a arboré des brassards blancs et nous a combattus. Dans les derniers temps, avec les modifications progressives de notre politique, la situation s’est un peu améliorée. Nous avons obtenu de bons résultats tout particulièrement dans le district de Soueitchouan, où les marchands du chef-lieu de district et des bourgs n’ont plus peur de nous et ne nous évitent plus ; certains disent même du bien de l’Armée rouge. La foire de Tsaolin, qui se tient tous les trois jours à midi, attire maintenant quelque 20.000 personnes, ce qui ne s’était jamais produit. Ce fait prouve que notre politique a pris une direction juste. Les impôts et les contributions prélevés par les despotes locaux et les mauvais hobereaux sur la population étaient très lourds ; le détachement de pacification [24] de Soueitchouan percevait cinq péages sur un parcours de 70 lis, entre Houangao et Tsaolin, et aucun produit agricole n’en était exonéré. Nous avons taillé en pièces ce détachement de pacification et supprimé ces impositions, grâce à quoi nous nous sommes assuré l’appui de tous les paysans et de tous les petits et moyens commerçants.

Etant donné que le Comité central nous a demandé de publier un programme politique tenant compte des intérêts de la petite bourgeoisie, nous lui proposons de notre côté d’élaborer à l’intention des directions locales un programme pour l’ensemble de la révolution démocratique, qui tienne compte des intérêts des ouvriers et prévoie la révolution agraire et la libération nationale.

Un trait spécifique de la révolution en Chine, pays où prédomine l’économie agricole, est le recours à l’action militaire pour développer l’insurrection. Nous suggérons au Comité central de consacrer la plus grande attention au problème militaire.

LA QUESTION DE LA LOCALISATION DE LA BASE RÉVOLUTIONNAIRE

Le territoire qui s’étend du nord du Kouangtong, le long de la frontière du Hounan et du Kiangsi, jusqu’au sud du Houpei fait entièrement partie des monts Louosiao. Nous avons parcouru toute cette chaîne montagneuse ; et une comparaison de ses différentes parties montre que la partie centrale autour de Ningkang constitue la région la plus favorable à l’établissement de notre base révolutionnaire armée. La partie nord présente un relief qui se prête moins à l’attaque ou à la défense que la partie centrale ; et, de plus, elle est trop rapprochée des grands centres politiques ; si nous ne prévoyons pas la prise rapide de Tchangcha ou de Wouhan, il y a grand risque à déployer la plupart de nos forces dans le territoire groupant les districts de Lieouyang, Liling, Pinghsiang et Tongkou. Dans la partie sud, le relief est plus favorable que dans la partie nord, mais nous y disposons d’une base de masse moins bonne que dans la partie centrale ; nos possibilités d’exercer une influence politique sur le Hounan et le Kiangsi y sont plus limitées que dans le centre, où chacune de nos actions peut avoir de l’influence sur les régions septentrionales des deux provinces. Les avantages de la partie centrale des monts Louosiao sont les suivants:1 ) Appui des masses populaires avec lesquelles nous travaillons depuis plus d’un an. 2) Existence d’une organisation du Parti relativement forte. 3) Présence de forces armées locales créées depuis plus d’un an et qui ont déjà une grande expérience des combats, ce qui est chose rare ; avec le 4e corps de l’Armée rouge, elles constituent une force qu’aucun adversaire ne pourra détruire. 4) Existence d’une très bonne base militaire, les monts Tsingkang, et de bases d’appui pour les forces armées locales dans tous les districts. 5) Possibilité d’exercer une influence sur les deux provinces et justement sur leurs parties septentrionales ; comparée au Hounan du Sud ou au Kiangsi du Sud d’où l’on ne peut influencer qu’une seule province, et encore seulement le sud et les régions retirées de celle-ci, la partie centrale des monts Louosiao offre une importance politique beaucoup plus grande. Le désavantage de la partie centrale, c’est qu’elle a à faire face à de grandes difficultés économiques, en particulier, à la pénurie d’argent liquide ; ce qui s’explique par le fait que la base révolutionnaire y existe depuis longtemps et que l’ennemi a concentré tout autour d’elle d’importantes forces “d’encerclement et d’anéantissement”.

En l’espace de quelques semaines, en juin et juillet, le Comité du Parti pour le Hounan a modifié à trois reprises sa position quant au plan d’action dans notre région. La première fois, c’est Yuan Teh-cheng qui vint nous voir ; il approuva notre plan relatif à l’établissement de notre pouvoir politique dans la partie centrale des monts Louosiao. La seconde fois, nous eûmes la visite de Tou Sieou-king et de YangKai-ming, qui proposèrent que l’Armée rouge se dirigeât sans la moindre hésitation vers le Hounan du Sud et ne laissât que 200 fusils aux détachements de la Garde rouge pour assurer la défense de la région frontière : c’est là, déclarèrent-ils, la ligne “absolument juste”. La troisième fois, à peine dix jours plus tard, nous vîmes revenir Yuan Teh-cheng ; dans la lettre qu’il nous apportait, outre les nombreuses remontrances qui nous étaient faites, on nous demandait cette fois de nous diriger avec l’Armée rouge vers l’est du Hounan ; c’est là, affirmait-on une fois de plus, la ligne “absolument juste”, selon laquelle il faut agir “sans la moindre hésitation”. Munis d’instructions aussi catégoriques, nous nous trouvions devant un dilemme : ne pas obéir, c’était enfreindre les instructions ; obéir, c’était à coup sûr aller à la défaite. A la réception de la seconde lettre, on convoqua une session commune du Comité pour l’Armée, du Comité spécial et du Comité du Parti pour Yongsin. La marche vers le Hounan du Sud y fut déclarée dangereuse et on décida de ne pas appliquer les instructions du Comité provincial. Quelques jours plus tard, Tou Sieou-king et Yang Kai-ming, s’en tenant obstinément au point de vue du Comité provincial et jouant sur l’état d’esprit des soldats du 29e régiment qui voulaient rentrer chez eux, poussèrent l’Armée rouge à attaquer Tchentcheou, ce qui aboutit à une défaite à la fois pour la région frontière et pour l’Armée rouge. Celle-ci perdit environ la moitié de ses effectifs, pendant que dans la région frontière, un nombre incalculable de maisons étaient incendiées et une foule de gens massacrés ; l’adversaire s’est emparé des districts les uns après les autres et jusqu’à présent nous n’avons pas encore réussi à les reconquérir tous. Quant à une avance vers l’est du Hounan, les forces principales de l’Armée rouge ne devraient en aucune manière y être engagées, aussi longtemps qu’une scission ne serait pas intervenue au sein des milieux dirigeants des despotes locaux et des mauvais hobereaux du Hounan, du Houpei et du Kiangsi. Si nous n’étions pas allés dans le sud du Hounan au mois de juillet, nous aurions pu non seulement éviter la défaite d’août dans la région frontière, mais même mettre à profit le combat opposant le 6e corps du Kuomintang et les troupes de Wang Kiun à Tchangchou, dans le Kiangsi, pour écraser les forces de l’adversaire à Yongsin et nous emparer des districts de Kian et d’Anfou, ce qui aurait permis à nos unités d’avant-garde d’atteindre Pinghsiang et d’établir le contact avec le 5e corps de l’Armée rouge qui opérait dans la partie nord de la chaîne de montagnes. Mais même dans ce cas, nous aurions dû établir notre grand quartier général à Ningkang, et envoyerdans l’est du Hounan seulement des détachements de partisans. Puisqu’on n’a pas commencé à se battre dans le camp des despotes locaux et mauvais hobereaux et que d’importantes forces ennemies se trouvent encore dans les districts de Pinghsiang, Tchaling et Yeouhsien, à la frontière du Hounan, le transfert de nos forces principales vers le nord aurait été, à coup sûr, exploité par l’adversaire. Le Comité central nous a demandé de songer à marcher vers l’est ou le sud du Hounan, mais la réalisation de ce plan présenterait de gros dangers. Il est vrai que nous n’avons pas essayé de réaliser la variante du Hounan de l’Est, mais l’expérience du Hounan du Sud a été pleinement convaincante. Cette amère expérience mérite de ne jamais être oubliée.

Actuellement, l’entente n’est pas encore rompue dans le camp des despotes locaux et mauvais hobereaux, et les forces ennemies qui encerclent la région frontière et se livrent contre nous à des opérations “d’anéantissement” dépassent toujours au total les effectifs de 10 régiments. Néanmoins, si nous réussissons à l’avenir à nous procurer de l’argent liquide (le grain et les vêtements ne posent plus un grand problème), nous pourrons, en nous appuyant sur les fondations que nous avons jetées au cours de notre travail dans la région frontière, venir à bout de ces forces et même de forces ennemies plus importantes encore. Pour la région frontière, le départ de l’Armée rouge peut entraîner immédiatement des dévastations comme après la défaite d’août. Même si les détachements de la Garde rouge ne sont pas entièrement anéantis, les organisations du Parti et notre base de masse seront soumises à une sauvage destruction et, à l’exception de certains secteurs montagneux de la base révolutionnaire, nous devrons passer partout à l’illégalité, comme en août et en septembre. Si, par contre, l’Armée rouge reste ici, nous pourrons, en nous appuyant sur les fondations que nous avons jetées, étendre progressivement notre territoire dans toutes les directions, et les perspectives sont, à cet égard, très encourageantes. En ce qui concerne l’Armée rouge, elle ne peut se développer que dans la mesure où elle livrera un combat prolongé à l’adversaire dans la région qui entoure les monts Tsingkang, où il existe une base de masse, c’est-à-dire dans les quatre districts de Ningkang, Yongsin, Linghsien et Soueitchouan ; pour cela, elle devra utiliser les divergences d’intérêts entre les groupements ennemis du Hounan et du Kiangsi et l’impossibilité où se trouve l’adversaire, qui devra se protéger de toutes parts contre le risque d’une attaque, de concentrer ses forces. Nous pouvons accroître progressivement les forces de l’Armée rouge en recourantà une tactique juste et en n’engageant le combat que si nous sommes sûrs de pouvoir remporter la victoire, faire des prisonniers et nous emparer du matériel ennemi. Compte tenu du travail préparatoire fait parmi les masses populaires de la région frontière d’avril à juillet, l’Armée rouge aurait sûrement accru ses forces en août si elle n’avait pas laissé partir son détachement principal pour le Hounan du Sud. Malgré cette faute, elle a réussi à revenir dans la région frontière, où le relief et la population lui sont favorables ; aussi les perspectives ne sont-elles quand même pas mauvaises. Elle ne pourra accroître son armement et former de bons combattants que si elle est décidée à lutter, que si elle a le courage d’engager des combats prolongés dans une région comme la région frontière. Voilà une année déjà que le drapeau rouge flotte au-dessus de la région frontière ; il suscite la haine des despotes locaux et des mauvais hobereaux du Hounan, du Houpei, du Kiangsi et même du pays entier, mais en même temps, il devient progressivement l’espoir des masses d’ouvriers, de paysans et de soldats des provinces voisines. En considérant la campagne d’“extermination des bandits” contre la région frontière comme une de leurs tâches majeures et en faisant des déclarations comme celles-ci : “nous avons dépensé un million de yuans au cours d’une année de campagne pour l’extermination des bandits” (Lou Ti-ping), “ils sont 20.000, armés de 5.000 fusils” (Wang Kiun), les seigneurs de guerre ont peu à peu dirigé sur nous l’attention de leurs soldats et de leurs officiers subalternes, qui ne voient pas d’issue à leur situation ; ainsi, ces soldats et officiers viendront à nous de plus en plus nombreux, ce qui sera pour l’Armée rouge une autre source d’accroissement de ses effectifs. De plus, le fait que le drapeau rouge flotte toujours dans la région frontière témoigne non seulement de la force du Parti communiste, mais également de la faillite des classes dominantes, et cela exerce une influence énorme sur la situation politique dans tout le pays. C’est pourquoi nous avons toujours soutenu qu’il est absolument indispensable et juste d’instaurer et d’étendre notre pouvoir dans la partie centrale des monts Louosiao.


[1Rapport adressé par le camarade Mao Zedong au Comité central du Parti communiste chinois.

[2Cette guerre s’est déroulée en octobre 1927.

[3Cette guerre s’est déroulée en novembre-décembre 1927.

[4Le système des conseils des délégués des soldats et des comités de soldats a été aboli par la suite. Toutefois, à partir de 1947, on a introduit le système des conférences de militaires et des comités de soldats, dirigés par les cadres de l’armée.

[5En septembre 1927, les détachements armés de la population de la région située à la limite du Hounan et du Kiangsi, c’est-à-dire des districts de Sieouchouei, Pinghsiang, Pingkiang et Lieouyang, déclenchèrent, sous la direction du camarade Mao Zedong, la célèbre Insurrection de la Moisson d’Automne et formèrent la 1re division du 1er corps de l’Armée révolutionnaire des Ouvriers et des Paysans. Le camarade Mao Zedong conduisit cette force dans les monts Tsingkang où il créa la base révolutionnaire de la région frontière du Hounan-Kiangsi.

[6Il s’agit des troupes des camarades Yé Ting (voir ci-dessous note 15) et Ho Long qui s’étaient soulevées à Nantchang le 1er août 1927. Après la défaite de ces troupes lors de l’offensive sur Tchaotcheou et Swatow, une partie d’entre elles, commandée par les camarades Chu Teh, Lin Piao et Tchen Yi, se replia du Kouangtong vers le sud du Hounan, en passant par le Kiangsi, pour se livrer à la guerre de partisans. En avril 1928, ces unités arrivèrent dans les monts Tsingkang et firent jonction avec les unités du camarade Mao Zedong.

[7La plupart des cadres de ce régiment étaient des membres du Parti communiste. Après que Wang Tsing-wei et d’autres eurent trahi la révolution en 1927, ce régiment quitta Woutchang à la fin de juillet 1927 pour prendre part au soulèvement de Nantchang. Apprenant en chemin que les unités qui s’étaient soulevées étaient parties vers le sud, ce régiment prit la direction du district de Sieouchouei, dans l’ouest du Kiangsi, où il fut sa jonction avec les détachements paysans des districts de Pingkiang et de Lieouyang, province du Hounan.

[8Au cours du printemps 1927, des détachements paysans armés, relativement puissants, se formèrent dans la région de Pingkiang et de Lieouyang. Le 21 mai 1927, Hsiu Keh-siang organisa une émeute contre-révolutionnaire à Tchangcha et se livra à une sauvage répression des masses révolutionnaires. Le 31 mai, ces détachements paysans marchèrent sur Tchangcha pour porter un coup aux contre-révolutionnaires, mais leur progression fut empêchée par l’opportuniste Tchen Tou-sieou, et ils revinrent sur leurs pas. Au sein de ces détachements paysans se constitua bientôt un régiment indépendant qui mena une guerre de partisans. Après l’Insurrection de Nantchang, le 1er août 1927, ces détachements paysans firent leur jonction, dans la région de Sieouchouei, Tongkou, Pingkiang et Lieouyang, avec l’ancien régiment de la Garde du Gouvernement national de Woutchang. En coordination avec les forces armées des mineurs de Pinghsiang, ils déclenchèrent l’Insurrection de la Moisson d’Automne. En octobre, ces détachements insurrectionnels, conduits par le camarade Mao Zedong, arrivèrent dans les monts Tsingkang.

[9Au début de 1928, alors que le camarade Chu Teh dirigeait les actions révolutionnaires des partisans dans le sud du Hounan, des détachements paysans se constituèrent dans les districts de Yitchang, Tchentcheou, Leiyang, Yonghsing et Tsehsing, où le mouvement paysan s’était déjà développé. Par la suite, ces détachements paysans, sous la conduite du camarade Chu Teh, arrivèrent dans les monts Tsingkang et firent jonction avec les forces du camarade Mao Zedong.

[10Région montagneuse dans le district de Tchangning, province du Hounan, où se trouvent d’importants gisements de plomb. Les mineurs de Choueikeouchan avaient organisé dès 1922, sous la direction du Parti communiste, un syndicat ; ils combattirent la contre-révolution pendant des années. Après l’Insurrection de la Moisson d’Automne en 1927, de nombreux ouvriers entrèrent dans l’Armée rouge.

[11Les mines de charbon d’Anyuan, district de Pinghsiang, province du Kiangsi, font partie des Aciéries Hanyéping. A cette époque, il y avait 12.000 mineurs à Anyuan. Dès 1921, le Comité du Parti communiste chinois pour le Hounan y avait envoyé des cadres pour travailler parmi eux. Une organisation du Parti et un syndicat y furent créés.

[12A partir de 1929, le délégué du Parti dans l’Armée rouge reçut le nom de commissaire politique, puis à partir de 1931 le commissaire politique de compagnie reçut le nom d’instructeur politique.

[13Ce n’était qu’une mesure provisoire pour couvrir une partie des dépenses de l’armée. Lorsque celle-ci se développa et que le territoire s’agrandit, il devint à la fois nécessaire et possible d’imposer régulièrement la population pour subvenir à l’entretien des troupes.

[14Cet état de choses subsista longtemps dans l’Armée rouge. Une telle égalité était nécessaire ; plus tard, cependant, officiers et soldats reçurent une somme légèrement différente selon l’échelon auquel ils appartenaient.

[15Le camarade Mao Zedong souligne tout particulièrement, ici, la nécessité d’un régime démocratique dans l’armée révolutionnaire, car sans ce régime, il aurait été impossible, lors de la création de l’Armée rouge, de soulever l’enthousiasme révolutionnaire des paysans nouvellement enrôlés dans l’armée ou des soldats de l’armée blanche faits prisonniers et qui avaient rejoint nos rangs ; de même, il aurait été impossible pour nos cadres de se débarrasser des habitudes militaristes propres à l’armée réactionnaire. Bien entendu, le régime démocratique dans l’armée n’était admissible que dans les limites tracées par la discipline militaire ; il devait contribuer au renforcement de celle-ci et non à son relâchement ; c’est pourquoi il fallait, tout en encourageant l’esprit démocratique indispensable dans l’armée, lutter contre les infractions à la discipline engendrées par un esprit ultra-démocratique, dont les manifestations constituaient un sérieux problème dans la période initiale. Sur la lutte menée par le camarade Mao Zedong contre l’ultra-démocratisme dans l’armée, voir “L’Elimination des conceptions erronées dans le Parti”, pp. 118-120 du présent tome.

[16Les unités du camarade Yé Ting constituaient, en 1926, au moment de l’Expédition du Nord, dans les combats de laquelle elles s’illustrèrent, un régiment indépendant, dont l’ossature était formée de communistes. Après la prise de Woutchang par l’armée révolutionnaire, elles s’accrurent pour devenir la 24e division et, après l’Insurrection de Nantchang, le 11e corps.

[17En fait, il suffisait d’avoir au sein de l’Armée rouge une proportion de membres du Parti sensiblement égale au tiers des effectifs totaux ; c’est ce rapport qui fut pratiquement atteint par la suite dans l’Armée rouge et dans l’Armée populaire de Libération.

[18Le 21 mai 1927, les commandants des armées contre-révolutionnaires du Kuomintang dans le Hounan : Hsiu Keh-siang, Ho Kien et autres, agissant à l’instigation de Tchiang Kaï-chek et de Wang Tsing-wei, exécutèrent à Tchangcha un raid contre l’Union syndicale du Hounan, l’Union paysanne du Hounan et toutes les organisations révolutionnaires. Ils se livrèrent à une sauvage répression des communistes et des ouvriers et paysans révolutionnaires. Ces événements, connus sous le nom d’incident du 21 Mai, furent le signal de la collusion ouverte des contre-révolutionnaires du Kuomintang à Wouhan, dirigés par Wang Tsing-wei, avec ceux de Nankin, ayant à leur tête Tchiang Kaï-chek.

[19Il s’agit d’une des dispositions de la loi agraire introduite dans la région frontière du Hounan-Kiangsi en 1928. Par la suite, le camarade Mao Zedong indiqua que la confscation de toutes les terres, et non pas seulement des terres des propriétaires fonciers, était une erreur due au manque d’expérience dans la lutte agraire. En avril 1929, dans la loi agraire du district de Hsingkouo, la formule : “confiscation de toutes les terres” fut remplacée par la formule : “confiscation des terres publiques et des terres des propriétaires fonciers”.

[20Mesurant combien il était important de conquérir les couches intermédiaires des régions rurales, le camarade Mao Zedong corrigea bientôt la politique erronée qui leur portait des coups trop durs. Les vues du camarade Mao Zedong concernant la politique à l’égard des couches intermédiaires sont aussi exposées dans les thèses qu’il présenta à la Sixième Conférence de l’Organisation du Parti pour le 4e Corps de l’Armée rouge, en novembre 1928, où on relève en particulier les points suivants : “interdiction de se livrer d’une manière inconsidérée à des incendies et à des exécutions”, “défense des intérêts des petits et moyens commerçants”, dans l’appel lancé par le 4e corps de l’Armée rouge, en janvier 1929, qui disait notamment : “Tant qu’ils obéiront aux autorités, il faut laisser les commerçants des villes qui ont amassé quelque fortune se consacrer à leur activité” et dans la loi agraire appliquée en avril 1929 dans le district de Hsingkouo (voir ci-dessus note 18).

[21Avec le développement de la guerre révolutionnaire, l’extension du territoire de la base révolutionnaire et l’application de la politique de protection de l’industrie et du commerce par le gouvernement révolutionnaire, cette situation pouvait être modifiée ; et, en fait, elle le fut par la suite. L’essentiel dans cette question était de protéger résolument l’industrie et le commerce nationaux et de lutter contre la politique ultra-gauchiste.

[22La méthode de distribution des terres selon la capacité de travail n’est pas juste. En fait, sur les territoires rouges, c’était le principe du partage égal des terres par tête d’habitant qui était appliqué.

[23Voir la note introductive au texte “Pourquoi le pouvoir rouge peut-il exister en Chine ?”, p. 65 du présent tome.

[24Ce sont des forces armées contre-révolutionnaires locales.

jeudi 30 juillet 2020


Oeuvres de Mao Zedong