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Réactions internationales et normalisation après l’écrasement du Printemps de Prague

Les tensions causées par l’intervention militaire du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie avait provoqué une onde de choc. L’interprétation juste fut bien entendu celle de l’ensemble des forces anti-révisionnistes, le Parti Communiste de Chine en tête, qui dénonça le social-impérialisme soviétique. Les pays du bloc de l’Est avaient été transformés en semi-colonies.

Rassemblement contre l'invasion en Tchécoslovaquie, avec une message écrit en russe destiné aux occupants soviétiques : « rentrez à la maison ».

Soutenaient inversement unilatéralement l’intervention militaire en Tchécoslovaque les « Partis Communistes » des pays suivants :

– Cuba (avec Fidel Castro), Chili, Équateur, Venezuela, Costa Rica, Guyana, Salvador, Pérou, Uruguay, Colombie, Argentine, Panama,

– Portugal, Luxembourg, Grèce, Chypre, États-Unis,

– Vietnam du Nord, Mongolie, Inde, Ceylan,

– Syrie, Iran, Irak, Jordanie, Liban, Israël, Yémen du Sud,

– Afrique du Sud, Lesotho, Soudan.

L’Algérie de Houari Boumédiène, avec Alger censé être « la Mecque des révolutionnaires », ne critiqua pas l’intervention.

Les « Partis Communistes » des pays suivants dénoncèrent l’intervention : France, Italie, Japon, Autriche, Norvège, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Suède, Nouvelle-Zélande, Australie, Indonésie ; il s’agit surtout des « Partis Communistes » des pays occidentaux, qui suivaient leur propre agenda et allaient dans la tendance favorable à une autonomie par rapport à l’URSS, qui fut ensuite appelé « l’eurocommunisme ».

Cette tendance s’exprima très fortement, ces mouvements occidentaux connaissant de nombreuses ruptures ; en France, l’idéologue du Parti Communiste Français, Roger Garaudy, reçut un blâme du Comité Central pour avoir appelé les dirigeants soviétiques à la démission pour en être revenu aux pratiques « staliniennes ».

Tout cela se tasse cependant par le processus très feutré de « normalisation » en Tchécoslovaquie.

Initialement, il y eut ainsi une mobilisation de soutien à la direction du PCT, à la dénonciation de ceux collaborant avec le Pacte de Varsovie. Le 29 août, le Parti Communiste de Slovaquie tint même une conférence avec 607 des 638 délégués, appelant à soutenir Alexander Dubček.

Cependant, personne n’était prêt à aller à l’affrontement avec les forces d’occupation et la direction du PCT avait de toutes façons capitulé. Cela se déroulait d’autant mieux que l’URSS n’avait pas trouvé de quoi remplacer la direction du PCT ni le gouvernement. La thèse de « l’appel » de cadres du PCT et de l’État au Pacte de Varsovie passa même aux oubliettes.

Il fut simplement temporisé de part et d’autres, la priorité du côté soviétique étant le rétablissement général de la censure et le maintien de troupes soviétiques sur place.

Le traité sur ce maintien fut voté sans soucis à l’assemblée du pays par 228 représentants, avec à l’opposé 10 abstentions, 56 absences, 4 voix contre. Ne resta ainsi plus que la Roumanie comme membre du bloc de l’Est sans présence de troupes soviétiques.

Ludvík Svoboda resta tranquillement président du pays jusqu’en 1975.

Alexander Dubček resta secrétaire du PCT jusqu’en avril 1969 et encore son éviction ne fut dû qu’aux émeutes à Prague ayant suivi la victoire de la Tchécoslovaquie sur l’URSS en hockey sur glace aux championnats du monde en Suède. Il fut nommé ensuite président du parlement, ambassadeur en Turquie, puis finalement exclu du PCT en 1970.

Le même processus d’évictions des principales figures se fit sans douleur aucune, les mis de côté passant à l’Ouest ou tentant de faire vivre une « dissidence » constamment surveillée et réprimée.